Les derniers avis (31940 avis)

Par PAco
Note: 4/5
Couverture de la série Dernière réunion avant l'apocalypse
Dernière réunion avant l'apocalypse

Et voici le retour du Karibou ! Moi qui l'avait découvert avec Waterlose (avec Josselin Duparcmeur au dessin), le revoici cette fois-ci avec Thierry Chavant au crayon pour nous proposer une petite fin du monde pas piquée des hannetons ! Enfin, de cette fin nous ne saurons pas grand chose, mais Karibou nous délecte de son humour décalé pour nous narrer LA dernière journée avant cette fin totale. Alors oui, tout n'est pas égal dans ce genre de recueil de gags, mais certains m'ont fait vraiment me poiler ! (mention spéciale à l'instit' qui fait l'appel entre autre :P ). Voilà un album à prendre tel quel, qui sait mettre le doigt sur les travers et conneries de notre humanité (du moins ce qu'il en reste...). Un concentré de connerie qui fait du bien où ça fait mal !

31/08/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série X-Men - Le Massacre Mutant
X-Men - Le Massacre Mutant

La fin de l'innocence - Ce tome contient une histoire complète, essentielle dans la continuité et le développement des X-Men, parue en 1986/1987. Il comprend les épisodes suivants : 210 à 214 d'Uncanny X-men (scénario de Chris Claremont, dessins successivement de John Romita junior & Dan Green, JRjr & Bret Blevins, Rick Leonardi & Dan Green, Alan Davis & Paul Neary, Barry Windsor Smith et Bob Wiacek), 9 à 11 de X-Factor (scénario de Louise Simonson, dessins successivement de Terry Shoemaker & Joe Rubinstein, puis Walter Simonson & Bob Wiacek), 46 de New Mutants (scénario de Chris Claremont, dessins de Jackson Guice, encrage de Kyle Baker), 373 & 374 de Mighty Thor (scénario de Walter Simonson, dessins et encrage de Sal Buscema), 27 de Power Pack (scénario de Louise Simonson, dessins de John Bogdanove, encrage d'Al Gordon). Initialement, cette histoire est parue en 1986/1987. Cette histoire est remarquable à plus d'un titre. Pour commencer il s'agit d'un crossover construit avec une certaine dextérité. Chris Claremont joue le rôle de locomotive pour l'histoire avec la série Uncanny X-Men (en abrégé UXM), Louise Simonson (ancienne responsable éditoriale de la série UXM, sous son nom de jeune fille Louise Jones) raccroche le wagon de X-Factor pour gagner en notoriété avec cette série débutante. Elle en profite pour raccrocher sa deuxième série : Power Pack (Power Pack Classic 1, épisodes 1 à 10). Walter Simonson vient épauler sa femme Louise, avec le titre dont il est le scénariste (Mighty Thor) et en dessinant la série X-Factor. Ann Nocenti (c'est son deuxième épisode en tant que scénariste sur Daredevil, la suite sera nettement meilleure, par exemple Lone stranger, épisodes 265 à 273) s'invite également, en tant que responsable éditoriale de la série UXM. Ces considérations permettent de comprendre comment les enfants de Power pack en viennent à découdre avec le psychopathe Sabretooth, et pourquoi Thor et Daredevil se retrouvent soudain embarqués dans cette histoire de mutants. Lors de la (re)lecture de cette histoire, ses qualités et son rôle charnière apparaissent pleinement. Chris Claremont dispose encore de plein d'idées neuves pour les personnages qu'il a fait sien et cette équipe dont il dirige la destinée depuis 1975. Au fil des épisodes, le lecteur se rappelle que Magneto est alors directeur de l'école pour surdoués de Westchester (qui accueille l'équipe des New Mutants), qu'Ororo n'a plus ses pouvoirs. Il découvre pour la première fois les Marauders et il apprend l'existence d'un certain Mister Sinister. Il découvre Malice, il apprend que Wolverine et Sabretooth (un personnage encore nouveau à l'époque, en provenance des épisodes d'Iron Fist écrits par Claremont et dessinés par Byrne) se connaissent de longue date. Il voit Betsy Braddock intégrer l'équipe des X-Men (avec son joli costume rose pâle). de son coté Louise Simonson essaye de récupérer comme elle peut le concept de départ calamiteux de la série X-Factor (les 5 premiers X-Men qui se font passer pour des chasseurs de mutants, attisant ainsi le racisme envers les mutants, ne cherchez pas, c'est aussi idiot que ça en a l'air). Contre toute attente (alors qu'il s'agit de ses débuts de scénariste), elle réussit à faire ressortir l'étrangeté de la situation par le biais de Jean Grey qui revient d'un coma prolongé. Au-delà de cette phase historique de l'équipe des X-Men, la locomotive Claremont a senti le vent tourner : il sait que le lectorat vieillit et qu'il doit écrire des récits plus sombres. de ce coté là, le lecteur est servi : une épuration ethnique par le biais d'exécution de sang froid, et des héros tuant leur adversaire faute d'autre solution. En vrai scénariste, Claremont raconte une vraie histoire, pas simplement une suite de scènes de carnage. Lorsque Colossus tue l'un des Marauders, ce n'est pas une scène choc n'ayant de valeur que pour la case de l'exécution. C'est un véritable traumatisme, un reniement d'une des valeurs fondamentales de Piotr Rasputin qui est confronté à un individu dont les agissements dépassent son entendement. Lorsque des X-Men sont blessés, ils ne guérissent pas entre 2 épisodes. le niveau de souffrance des personnages est à la hauteur de l'abomination de l'extermination mise en scène. Les époux Simonson ne sont pas en reste avec la torture infligée à Angel (Warren Worthington), ou la blessure de Thor. La violence et les blessures ne sont pas édulcorées ou réduites à l'état de ressort dramatique gratuit, il y a une vraie souffrance avec des répercussions à long terme. Dans l'épisode des New Mutants, Claremont décrit l'installation de l'hôpital de fortune, la pression subie par les New Mutants s'occupant de la logistique, et le dénuement des victimes. On est très loin de la violence glorifiée comme simple dispositif de divertissement. Bien sûr parmi ces 12 épisodes, certains ressortent comme des pièces rapportées. Les 2 premiers épisodes de X-Factor sont assez indigestes à lire parce Louise Simonson s'applique de manière besogneuse pour tout expliquer, dans un style lourd et dépourvu d'émotion. Ça va mieux pour le troisième épisode. La présence des enfants de Power Pack semble totalement déplacée parce qu'il s'agit d'une série destinée à un lectorat plus jeune, trop en décalage avec cette épuration sadique. le cas de Walter Simonson est un peu différent : le rythme de son scénario est plus fluide, par contre il écrit d'une manière vieillotte (déjà pour l'époque), trop proche de celle de Stan Lee. Malgré tout l'ensemble dépeint un événement horrifiant de grande ampleur en donnant plusieurs points de vue complémentaires. Sur le plan visuel, Simonson semble dessiner un peu vite, avec une apparence très dynamique, mais là aussi une approche encore légèrement teintée d'une vision enfantine. Les dessins de Bogdanove transcrivent gentiment les aventures du Power Pack, pour une apparence plus douce, plus adaptée à ce lectorat plus jeune. le meilleur se trouve donc dans les épisodes de la série UXM. La mise en page de Romita junior est très vivante et Dan Green, comme Blevins apporte une texture un peu coupante aux dessins qui illustrent bien le ton cruel du récit. L'épisode dessiné par Leonardi n'est pas très joli à regarder (comme celui de Shoemaker). Betsy Braddock affronte Sabretooth dans des dessins vifs et très jolis, tout en rondeurs, de Davis et Neary. D'un coté, c'est visuellement très mignon (et donc peu raccord avec l'animalité de Sabretooth). de l'autre, cet aspect un peu jovial retranscrit bien le refus de Claremont de se vautrer dans une narration se complaisant dans une violence facile, et préférant mettre en avant le travail d'équipe, et des valeurs humanistes. Oui, Betsy est ridicule dans sa robe rose et ses petits talons ; oui elle n'en est que plus admirable dans son courage. le tome se clôt avec l'incroyable prestation de Barry Windsor Smith. À cette époque il réalise 1 épisode des X-Men de temps à autre : épisodes 53, 186, 198, 205 et 214). Il ne s'agit pas du plus beau car il ne s'encre pas lui-même et il ne fait la mise en couleurs. Malgré cela, la maîtrise et l'inventivité graphique de Windsor Smith éclatent par comparaison avec les prédécesseurs. Au lieu de jouer dans le registre du réalisme sanguinolent, il met magnifiquement en valeur les superpouvoirs des mutants, mais aussi leurs émotions, un vrai régal. D'un coté cette histoire est plombée par quelques épisodes à la narration maladroite (même pour l'époque), et par l'aspect hétérogène des différentes séries. de l'autre, Chris Claremont raconte un récit qui marque la fin de l'innocence pour les X-Men, avec une plongée dans un massacre écoeurant, et des cicatrices aussi bien physiques que psychologiques qui ne s'effaceront pas de sitôt, à l'opposé des récits où seul l'effet choc compte. Après quelques épisodes plus mineurs, les X-Men luttent contre une invasion démoniaque dans Fall of the mutants. Kitty Pride et Piotr Rasputin pansent leurs plaies avec l'équipe Excalibur.

30/08/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Beowulf (Casterman)
Beowulf (Casterman)

Un héros épique - Ce tome contient une histoire complète et indépendante de toute autre, une adaptation d'un poème épique de la littérature anglo-saxonne. Il a été réalisé par Santiago García (scénariste) et David Rubín (dessins et couleurs), paru initialement en 2013, en Espagne. Dans la deuxième moitié du premier millénaire, il y a un monstre aux yeux rouges tapi au fond d'une grotte. À l'extérieur, un vent froid agite les herbes, et la neige tombe sur les branches dénudées. Un chat observe la scène. Un corbeau fond sur un cadavre qu'il picore, son bec se maculant de rouge sang. Une nuée immense de corbeaux s'attaque au charnier. Dans la maison longue à proximité, le palais Heorot, le roi Hrothgar, fils de Halfdan, célèbre la force de son peuple. Il est averti du massacre qui vient d'avoir lieu, alors que Æschere se tient à ses côtés. Les guerriers qui viennent l'avertir indiquent que c'est l'acte d'un démon et qu'il a tué trente des leurs. Douze ans plus tard, un détachement de goths arrive par la mer, avec leur tête le guerrier Beowulf. Aux guerriers qui les accueillent, il déclare qu'il vient aider le roi Hrothgar. En passant par le village, ils sont regardés avec méfiance. Arrivés devant Heorot, ils se font barrer le chemin par le garde. Beowulf lui confie son épée et entre d'autorité. Dans la salle du trône, Beowulf s'agenouille devant le roi Hrothgar, décline son ascendance, et lui indique qu'il est venu avec 14 guerriers qu'il met à son service. le roi se souvient de Beowulf quand il n'était qu'un enfant. Il l'informe que cela fait une dizaine d'années que le monstre Grendel sème la panique et égorge les citoyens. Il accepte l'aide de Beowulf et ordonne qu'une fête soit donnée en son honneur. Pendant le banquet, Beowulf se renseigne sur les armes de Grendel, son mode opératoire. Il se fait traiter de vantard irresponsable par Unferth, ne devant sa renommée que par une course à la nage où il s'était mis en danger avec Brecca. le soir même, Beowulf revêt sa cotte de mailles. Il sort sur le perron de Heorot où il trouve Ragnar en train de pleurer à l'idée de mourir loin de chez lui, digéré dans le ventre d'un démon de l'enfer. En fait, il pleure de joie à l'idée de la renommée qu'il acquerra ainsi. Dans la forêt, Grendel s'est réveillé et il détruit tout sur passage en progressant vers Heorot. Le titre est clair : il s'agit de l'adaptation de ce poème épique composé et écrit entre le septième et le dixième siècle après Jésus Christ. Les deux auteurs ont choisi de ne pas reprendre la forme en vers du poème, et d'insuffler le rythme par d'autres moyens. Ils n'ont pas non plus repris les références historiques, et pas du tout les éléments relevant de la christianisation. Ils ont conservé à l'identique le récit en trois parties : la première racontant le combat de Beowulf contre Grendel, la seconde racontant le combat de Beowulf contre la mère de Grendel, et la troisième partie racontant le combat de Beowulf contre un dragon. le lecteur plonge donc dans une bande dessinée épaisse d'environ 180 pages, qui reprend l'intrigue du poème épique Beowulf, avec fidélité. Il peut ainsi découvrir cette référence incontournable du développement de la littérature anglaise, l'un des plus vieux témoignages écrits de la littérature anglo-saxonne, mais aussi un ouvrage littéraire dont J.R.R. Tolkien promut les qualités d'écriture, sa beauté et sa richesse. de ce point de vue, cette bande dessinée remplit sa fonction de passeur de culture, sous une forme de vulgarisation de cet écrit. le lecteur referme le tome en sachant ce que raconte ledit poème, mais sans le contexte historique et social. Dans la postface de deux pages, Javier Olivares explique que c'était un projet qui tenait à cœur de son scénariste qui a dû attendre de trouver le dessinateur approprié pour mener ce projet à bien. le lecteur constate effectivement que les auteurs ont choisi un mode narratif qui fait la part belle aux grands dessins, et à la narration visuelle, voire sans mot. C'est ainsi que la première partie comporte une séquence muette de 27 pages pour l'affrontement contre Grendel, 21 pages pour le combat contre la mère de Grendel (avec une exception au milieu de cette séquence) dans la deuxième partie, et 14 pages pour le dernier combat. Il y a également des dessins en double page assez régulièrement, mais sans systématisme. Il s'agit donc d'une narration qui donne de la place aux hauts faits du héros, qui le montre dans sa lutte physique contre un monstre après l'autre, qui exalte ses prouesses au combat. Il s'agit d'une histoire d'hommes, dans laquelle Beowulf est placé au centre de la majorité des scènes. Il part au combat, il affronte les monstres au péril de sa vie, il triomphe par la force et la ténacité. Les auteurs reprennent à leur compte ce point de vue romanesque avec un personnage principal sur lequel se focalise le récit, un héros au centre de tout. D'un côté, le lecteur peut se projeter dans cet homme extraordinaire, reconnaitre sa propre volonté d'aller de l'avant dans la sienne, adhérer à son élan pour affronter l'adversité. D'un autre côté, il peut aussi éprouver des difficultés à s'imaginer en guerrier courageux jusqu'à la témérité, prêt à mettre sa vie en jeu pour faire cesser les massacres, déterminé à combattre jusqu'au bout au péril de sa vie, voire en ayant conscience qu'il ne survivra pas au dernier affrontement. Les auteurs ont donc choisi de transmettre le souffle épique du poème par la narration visuelle. Il y a bien sûr le format de bande dessinée franco-belge, plutôt que le format comics. Il y a également le choix de réaliser des planches muettes qui deviennent un spectacle visuel, avec un appel à la participation du lecteur pour qu'il se raconte l'histoire dans sa tête, qu'il effectue l'opération de passer en mots dans son esprit, là où ses yeux ne voient que des images. Il y a bien sûr les dessins en double page au nombre d'une dizaine. Il y a bien sûr la pagination importante qui permet aux auteurs de consacrer une page entière à un effet de couleur rouge sur un dessin en pleine page totalement abstrait. Ils peuvent aussi consacrer une double page à 4 cases noires de la hauteur de la page pour marquer le passage au vide absolu, à la disparition de la lumière. Ces particularités transmettent au lecteur le fait que ce récit a besoin de place pour exister, qu'il est important de par le nombre de pages qu'on y consacre, que les personnages ont besoin d'espace pour accomplir leurs actions. le lecteur constate que ce récit lui laisse la maîtrise de son rythme de lecture, qu'il est puissant sans être frénétique, qu'il progresse rapidement mais en prenant de la place, ce sont des hauts fais qui méritent qu'on leur consacre de l'espace. Dès la première page, le lecteur voit les caractéristiques de représentation de David Rubín : des formes simplifiées, à la fois descriptives et naïves. Les corbeaux sont exacts d'un point de vue anatomique, mais le degré de détails en fait une espèce globale plutôt qu'une somme d'individus chacun avec des caractéristiques différenciées. Alors que le lecteur découvre les cadavres déchiquetés, il peut observer la réaction des villageois. Ils ne sont pas tous vêtus pour le temps de neige. Ce n'est donc pas une description pour un reportage, mais plus un récit construit pour un auditoire. Il regarde les visages des personnages, et il voit des traits simplifiés, ainsi que des expressions parfois exagérées (les grands yeux de la femme découvrant les mutilations). de même s'il regarde les corps de plus près, il voit des os brisés, de la tripaille sanguinolente, mais sans pouvoir rassembler les différents morceaux pour reconstituer un corps anatomiquement exact. David Rubín reste attaché aux détails : les différentes tenues vestimentaires présentent des variations et des accessoires différenciées. Les personnages n'ont pas tous la même morphologie, à commencer par la haute stature de Beowulf. le lecteur constate également que l'artiste a investi du temps pour la conception graphique des monstres. Il ne s'agit pas d'un dragon générique, ou d'un monstre en caoutchouc prêt à l'emploi pour Grendel. Ils ont bien une morphologie monstrueuse et contre nature. David Rubín impressionne également par sa mise en couleurs. Dans un premier temps, elle semble naturaliste, avec des nuances discrètes dans les teintes pour ajouter un discret relief sur les surfaces détourées. Rapidement, le lecteur se rend compte que l'artiste les utilise également pour installer une ambiance particulière, et pour souligner un éclairage ou une texture par l'emploi de couleurs sans rapport avec le naturel, dans une démarche impressionniste. L'artiste utilise également une grande variété de mises en pages, pour des effets divers. Cela commence avec les vues accolées de la première page, correspondant à un regard jeté sur des éléments différents, comme si le lecteur ne retenait qu'un kaléidoscope de moments fugaces. Ça continue avec la découverte des cadavres montrée dans les cases du bas, alors que dans les cases du haut Hrothgar est en train de festoyer pour un parallèle sarcastique. Ça continue avec l'arrivée de Beowulf et de ses hommes dans le village, avec des grandes cases les montrant sur leurs montures, et des petites cases comme posées sur les grandes, pour un détail, un coup d'oeil furtif, transcrivant la simultanéité de ces éléments. David Rubín se montre tout aussi inventif pour les plans de prise de vue des combats, à la fois dans les angles de vue, à la fois dans la forme et le montage des cases sur une planche, ou sur 2 planches en vis-à-vis. Tous ces éléments concourent à une forme narrative inhabituelle qui souligne et amplifie les actes du héros, ses combats, ses pérégrinations en terre étrangère, méfiante et parfois hostile. Cette bande dessinée offre l'occasion de découvrir le mythe de Beowulf, de son combat contre Grendel, dans un format très alléchant. La lecture révèle que le scénariste a scrupuleusement respecté le déroulement du poème épique de la deuxième moitié du premier millénaire, tout en en faisant une adaptation. Il a de laisser de côté la dimension religieuse, pour se focaliser sur la progression du héros au fils des trois épreuves successives. Il a travaillé avec David Rubín pour construire une forme de narration visuelle qui transcrive avec fidélité la dimension mythique du récit et des épreuves de Beowulf. Cette lecture constitue à la fois une découverte du mythe de Beowulf, et à la fois une version personnelle insufflant une vigueur extraordinaire à ce héros au premier sens du terme.

30/08/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Contrition
Contrition

J'ai adoré cette BD et pourtant, je suis très peu fan de polar, trouvant que notamment la vague des polars suédois brode sur des canevas que je n'aime pas, avec souvent des problématiques que je trouve tiré par les cheveux. Ici, je dirais qu'on est presque dans le polar qui fait anti-polar : c'est l'opposé exact de la tendance habituelle. L'inspectrice qui officie ici est une journaliste, et si au final elle a bien une intuition fondée, mais pas d'entrée par effraction quelque part, pas de mystère qu'on découvre par hasard ou par un concours de circonstances. Juste une recherche méthodique et documentée, qui mènera à une conclusion logique. J'ai beaucoup aimé le poids de la réalité dans cette histoire, elle pose une chape sur l'ensemble dont on ne peut pas échapper. Je me demande si ce n'est pas une raison des critiques plus mitigé sur la BD, puisque cette histoire sort bien de la norme du polar, ce qui peut bousculer les habitués du genre. Personnellement j'ai trouvé l'histoire très bonne, surtout combiné à ce dessin qui m'a fait rappeler un truc, jusqu'à découvrir que le dessinateur est celui de la trilogie du Moi (Moi, assassin ...). Un dessinateur dont j'avais beaucoup apprécié le trait, qui renouvelle ici dans l'ambiance noire et sombre, réaliste mais sociale. Il s'entoure encore une fois d'un scénariste compétent et dans son style, semble-t-il. L'auteur reste dans une critique acerbe du monde contemporain, toujours aussi cynique. Le scénario est habillement construit sur son principe de base, la fin restant d'ailleurs volontairement très ouverte quant aux résolutions. En fait, c'est surtout une construction sur les revers d'une Amérique profonde. Le village des délinquants sexuels au centre du récit, bien sur, mais aussi le reste : violence et harcèlement à l'école, l'armée et ses noirs secrets, la vie de famille de la journaliste (cuisant rappel de l'explosion de la bulle de 2007 selon moi, menant des centaines de familles à être dépossédé de leurs petites entreprises), le racisme chez les flics ... Pour moi, l'histoire de la BD n'est pas cette disparition mais ce qu'elle révèle d'une Amérique qui perd ses acquis. La BD me semble un constat sur une Amérique contemporaine, en proie à de nombreuses violences en son sein et qui ne sait plus ce qu'elle doit faire. Tout semble se déliter dans la BD, le final n'offre rien de spécialement satisfaisant, mais c'est le propos. J'ai refermé la BD sur une foule d'interrogations autour de ce qui y est évoqué, et je suis presque certain que c'est le but de l'auteur. Réussi en ce qui me concerne !

30/08/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série La Discipline
La Discipline

Initiation - Ce tome contient une histoire complète indépendante de tout autre. Il comprend les 6 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2016, écrits par Peter Milligan, dessinés et encrés par Leandro Fernández, avec une mise en couleurs de Cris Peter, et un lettrage de Simon Bowland. Il débute par une introduction de 2 pages en prose de Peter Milligan, indiquant qu'effectivement il y a beaucoup de relations sexuelles dans cette histoire, mais qu'elles sont montrées à part égale d'un point de vue masculin et d'un point de vue féminin, et que la discipline recouvre beaucoup plus de thèmes que celui-là. Un homme et une femme sont en train de faire l'amour, l'homme se transforme en monstre, et la femme en une sorte de serpent. À la fin de l'accouplement, l'homme souhaite la bienvenue à la femme dans la Discipline. Quelques temps plutôt, Melissa Peake (23 ans) rendait visite à sa mère dans la banlieue, rappelant à sa sœur Krystal de bien emmener leur mère à ses rendez-vous médicaux. Elle rentre ensuite dans son appartement à New York où elle trouve un message de son mari Andrew Peake lui indiquant qu'il rentrera tard et qu'il dormira dans la chambre d'ami. le lendemain, elle promène leur chien Hemingway en faisant son jogging et en lui parlant du projet d'Andrew de déménager à Westchester. Dans la suite de sa journée, elle se rend au musée pour contempler toujours le même tableau : La vénus et le satyre, de Francisco de Goya. Au musée, Melissa Peake est abordée par un étrange individu déclarant s'appeler Orlando qui lui met une main au pubis. La nuit même, elle fait un puissant rêve érotique qui la réveille et elle se masturbe. le lendemain, elle prend un café avec Bliss McMurrau sa meilleure amie et lui parle de son expérience. Elle décide d'accepter de revoir Orlando qui lui donne rendez-vous dans un abattoir. Après l'avoir repoussée, Orlando l'invite à nouveau le soir dans un appartement où il s'est introduit par effraction. Sur le mur il a dessiné l'homme de Vitruve de Léonard de Vinci. La partie de jambes en l'air prend rapidement une tournure malsaine, avec l'irruption d'un Stalker, et une tentative de rapport sexuel forcé. Melissa Peake progresse irrémédiablement dans le parcours d'intronisation dans la Discipline. Peter Milligan ne ment pas dans son introduction : il y a de nombreuses scènes de rapports sexuels pendant ces 6 épisodes. Ça commence doucement avec de l'onanisme féminin, ça continue avec quelques attouchements, pour passer ensuite à une levrette non consentie. Et ce n'est que le premier épisode. Dans le second, la belle Melissa passe par un club BDSM qui ne fait pas semblant. Il y a ainsi des rapports dans chacun des épisodes, jusqu'au dernier. Leandro Fernández avait déjà illustré une histoire de Peter Milligan : The names (2014/2015). Il dessine de manière descriptive avec des contours un peu simplifiés et une utilisation copieuse d'aplats de noir tirant les images vers l'obscurité qui dissimule beaucoup de choses. Mais dans cette histoire, les auteurs ont choisi de représenter la nudité de manière franche, proscrivant l'hypocrisie habituelle des comics américains. le lecteur peut donc voir Melissa Peake dans le plus simple appareil de dos comme de face, ainsi que d'autres femmes, et les hommes également. Il n'y a pas de gros plans sur les appareils génitaux, encore moins les pénétrations. D'un point de vue visuel, le récit s'inscrit donc plus dans un registre érotique que pornographique. D'ailleurs Leandro Fernández n'utilise pas les postures et les cadrages spécifiques aux films pornographiques. Les personnages ne sont ni bodybuildés, ni siliconés. Ils ne sont pas rasés non plus. La nudité n'est pas le centre d'intérêt du récit, ni même des cases où elle est représentée. Elle s'inscrit à chaque fois dans une séquence d'initiation pour Melissa Peake, ou dans un rapport classique pour les autres personnages. Pendant ces séquences, l'artiste ne se focalise pas sur les positions ou le va-et-vient, les protagonistes se déplaçant, se parlant, gesticulant ou s'arrêtant pour réfléchir. de ce point de vue, Milligan n'a pas menti en indiquant que les relations sexuelles ne sont pas l'unique centre d'intérêt du récit, et qu'elles ne sont qu'un moyen et pas une fin. Néanmoins les représentations de l'acte sexuel ne sont pas neutres ou fades. Leandro Fernández représente des personnages avec une morphologie plutôt élancée, et rend bien compte de la jeunesse et de la fraîcheur de Melissa Peake, même si elle ne se laisse pas cantonner au rôle de victime loin s'en faut. Lors des relations sexuelles, il y a souvent un rapport de force qui s'installe, en faveur d'un sexe ou de l'autre. En évitant la crudité des corps et en jouant sur les aplats de noir, le dessinateur fait ressortir ce rapport de force, ainsi qu'une forme d'horreur. Il s'agit bien sûr de l'horreur de la violence, mais aussi d'une forme d'horreur corporelle. le lecteur ne peut réprimer une grimace en voyant la pratique masochiste avec du fil de fer barbelé dans le club BDSM. Il voit aussi les personnages se transformer au fur et à mesure de l'initiation, donnant lieu à des rapprochements contre nature entre des corps normaux et des corps surnaturels, pour des instants évoquant la bestialité. Là encore c'est la force de l'artiste que de trouver le point d'équilibre entre ce qu'il montre et ce qu'il suggère. Peter Milligan raconte donc une histoire à plusieurs niveaux. le premier, le plus simple, est celui de l'initiation de Melissa Peake, dans une sorte de secte surnaturelle. le scénariste procède progressivement, tout en indiquant qu'Orlando est contraint d'accélérer la procédure du fait d'une menace qui a augmenté en intensité. Il prend le temps de présenter le caractère et l'histoire personnelle de son personnage principal, en particulier avec sa situation sociale privilégiée mais qui la relègue au rang de trophée pour son mari, et avec sa situation familiale, la relation tendue avec sa soeur, la maladie de sa mère. La relation avec son mari bénéficie d'une évolution attestant des modifications intervenues chez Melissa, alors que celle avec sa soeur et sa mère stagne dans la position de départ. de la même manière, le lecteur se rend compte que Bliss McMurray (la meilleure copine de Melissa) est très vite réduite à un artifice narratif, sans réelle épaisseur ou personnalité. Leandro Fernández sait représenter des postures correspondantes à un langage corporel très expressif, sans les caricaturer. le lecteur sent la tension psychologique de Melissa Peake dans la manière dont elle se tient face à sa soeur, et il constate également l'agressivité chez cette dernière. Il voit aussi l'évolution du comportement de Melissa vis-à-vis de son mari dans des gestes plus violents, et moins contrôlés. Néanmoins l'évolution de Melissa Peake suit des rails rigides vers dans une direction que le lecteur anticipe facilement. Cette initiation joue également un rôle de désinhibition. Melissa Peake est une jeune femme bien comme il faut. Elle a réussi économiquement parlant et également sur le plan social, par rapport à son milieu d'origine incarné par sa sœur Krystal. Malgré tout, la réussite matérielle la laisse insatisfaite. Elle va donc s'encanailler avec un bel inconnu pour goûter aux plaisirs charnels, réprouvés par la morale judéo-chrétienne. le lecteur retrouve là une trame classique dans laquelle la transgression (ici de nature sexuelle) permet de s'ouvrir à des réalités (ou au moins des points de vue) cachées. La progression dans les découvertes est bien menée au travers d'expériences de nature différente. Mais Peter Milligan a choisi d'utiliser un autre dispositif narratif classique, à savoir celui de la secte et des d'une guerre entre 2 factions dont les êtres humains normaux ne soupçonnent pas l'existence. D'épisode en épisode, l'auteur donne l'impression d'y croire de moins en moins. Il introduit des individus vivant hors du temps et pilotant la secte de la Discipline depuis une réalité en décalage avec celle des individus normaux. Pour une raison peu claire ces individus ont une origine dans la Rome antique, et utilisent donc des expressions latines dans leurs phrases. Leandro Fernández s'acquitte correctement de quelques cases montrant des villas de la Rome antique et des individus en toge. Mais d'épisode en épisode, le lecteur se demande pourquoi ça plutôt qu'autre chose. Les vagues particularité de l'autre camp (celui des stalkers) le laisse encore plus dubitatif sur le fond de l'affaire. Autant l'initiation par les pratiques sexuelles libérées renvoie à une ouverture d'esprit à d'autres valeurs. Autant ces 2 factions en guerre ne semblent présentes que fournir le quota d'action dans l'histoire, sans réelle signification métaphorique ou philosophique. À la fin du récit, le lecteur a apprécié le courage (voire l'inconscience) de Peter Milligan d'aborder la question des pratiques sexuelles de manière frontale, dans le cadre d'un récit d'initiation. Il a également apprécié l'intelligence avec laquelle Leandro Fernández met en scène des personnages dans des situations scabreuses, tout en évitant de les transformer en simple objet du désir, et en montrant des images qui indiquent que l'intérêt du récit ne se trouve pas dans la nudité. Les pages évoquent parfois les contrastes tranchés chers à Frank Miller ou les clair-obscur d'Eduardo Risso, tout en restant dans l'hommage sans jamais basculer dans le plagiat, en en gardant l'esprit sans en reproduire servilement les formes. Ce récit constitue donc un bon thriller, original et dépourvu d'hypocrisie. Mais les auteurs promettent un sens qui ne parvient jamais à émerger, laissant le lecteur dans une petite déception quant à cette histoire de Discipline.

29/08/2024 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série Le Juif arabe
Le Juif arabe

Un autre album de BD qui a retenu mon attention uniquement parce qu'il a été posté sur ce merveilleux site. C'est triste de voir qu'à cause de la surproduction de BD, des bons titres passent sous le radar. L'action se passe à deux périodes différentes. Dans une on voit l'auteur enquêter sur une tragédie familiale, et dans l'autre on voit la vie de son arrière-grand père jusqu'à son meurtre par, semble-t-il, le jeune arabe qu'il avait adopté. Le scénario est simple et efficace. On voit bien comment les tensions ont fini par diviser les Arabes et les juifs et ce n'est malheureusement pas près de se terminer. Le seul problème que j'ai eu avec la BD est que je n'ai pas trop compris si certaines scènes situées dans le passé sont vraiment arrivé, ou si c'est l'auteur qui fait des spéculations sur la vie de son arrière-grand-père. L'album se lit rapidement et cela risque de frustrer des lecteurs qui auraient voulu un scénario plus profond. Il faut voir cet album comme un témoignage et pas comme un documentaire qui expliquerait tous les problèmes d'Israël.

29/08/2024 (modifier)
Couverture de la série Oniria
Oniria

Attention, ovni ! Foutraque, loufoque, bordélique, frappadingue, déjanté et j’en passe, tous les adjectifs qui me viennent à l’esprit après avoir lu ce triptyque le renvoient au large, dans les cieux. Quel délire, narratif et visuel ! Une œuvre inclassable en tout cas, qui m’a parfois fait penser à un autre ovni espagnol, « La mort amoureuse » (bien plus ancien et sans doute plus joli – en tout cas selon mes goûts), même si ça s’en écarte. L’histoire est difficile à résumer, et la série tout aussi difficile à ranger dans un genre. En effet, si le fantastique est très présent dans cette série, elle est aussi et surtout marqué par un fort érotisme, à la fois exacerbé et soft. Soft, car finalement aucune scène explicite. Mais les tenues des dames (hyper sexy, tendance BDSM, avec des talons d’un kilomètre), leur soif de sexe souvent et leur poitrine – très généreuse ! – assez mal dissimulée, transforment plusieurs scènes en orgies virtuelles, même si ça n’est évoqué que par la bande, de façon allégorique (voir la longue scène où deux donzelles font l’amour avec des vagues – des surfeurs en gouttelettes…). Rien de pornographique donc, mais un ton volontairement irrévérencieux, un habillage général et particulier très sexué. Tant que j’en suis à l’habillage, parlons du dessin et de la mise en page. Cette dernière est souvent déstructurée, là aussi ça part dans tous les sens ! Il y a un peu de Druillet dans cette mise en page – parfois la lecture en est rendue difficile – et aussi dans la profusion des couleurs. Une colorisation qui renforce certains aspects psychédéliques et seventies de l’histoire (c’est tout à fait dans l’esprit de ce que pouvaient publier les Humanos, ou l’Echo des savanes à cette époque). Le dessin est semi caricatural, il érotise pas mal donc, et s’écarte parfois du réalisme, rêves obligent (personnages devenant géant, en avalant d’autres devenus minuscules, etc.). Car oui, l’essentiel de l’intrigue navigue dans les rêves. Les deux héroïnes s’y meuvent, ce qui permet à Xalabarder de multiplier les décors (le dernier tome développe d’ailleurs une vision baroque et apocalyptique, quasi expressionniste de la Première guerre mondiale, tout en étant largement le moins érotisé du triptyque). Ébouriffant, baroque, grandiose et souvent pas facile à suivre, voilà une série très originale ! Mais ça fait partie des œuvres qu’il n’est pas nécessaire de comprendre pour les apprécier. A feuilleter avant d’acheter, car on est loin du classique franco-belge, mais c’est une curiosité qui intrigue que je recommande aux lecteurs souhaitant sortir d’une certaine zone de confort. A découvrir ! Note réelle 3,5/5.

29/08/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Le Sommet des dieux
Le Sommet des dieux

Bon, ben voila, j'ai finalement apprécié un Taniguchi ! Il en a fallu beaucoup mais finalement j'en ai trouvé un que j'ai apprécié suffisamment pour me dire que la lecture a été plaisante. Maintenant, je ne dirais pas que je suis assez fan pour l'acheter, le prêt m'a suffit ! Comme à chaque lecture de Taniguchi, je trouve que tout ses personnages passent leur temps à faire la gueule tout le temps. C'est un tic de dessin, je sais, mais ça m'insupporte ! De fait, heureusement qu'ici l'important n'est clairement pas les personnages mais les environnements et décors de montagnes, bien représentés et dont je n'imagine pas le travail faramineux. Mais c'est beau, ça c'est sur ! Cela étant, en dehors du dessin, on retrouve quelques questionnements que Taniguchi a déjà pu développer sur d'autres personnages. J'y retrouve des solitaires attirés par quelque chose de plus important que leurs propres vies. J'ai déjà remarqué que l'auteur aime isoler ces personnages, mais là pour le coup je trouve que c'est logique et censé dans son déroulé. Je n'ai jamais eu l'impression de voir uniquement des personnages ayant surtout besoin de consulter, même si certains d'entre eux sont clairement très spéciaux. En fait, j'ai surtout été intéressé par l'histoire parce qu'elle me rappelait le film "L'ascension" de Ludovic Bernard, qui m'avait émerveillé sur sa capacité à faire ressentir une ascension de l'Everest sans la magnifier ou la rendre horrible. Bref, j'ai beaucoup aimé ce film et je me suis un peu intéressé à l'Everest, que je ne ferais jamais parce que j'aime ces montagnes donc je les laisse tranquille. La lecture a donc été une redécouverte de la montagne, des différents alpinistes qui s'y sont succédé (et notamment la fameuse tentative de Malory) ainsi que des questionnements sur ceux qui veulent faire de nouveaux exploits. Et le rendu est bon, quoi qu'un peu long. C'est d'abord la découverte d'un personnage, les recherches de ce qu'il a fait dans sa vie précédemment puis la fameuse tentative et tout ce qu'il s'en suit. Si je devais pinailler, je dirais que sur les cinq tomes l'un est peut-être de trop, mais lorsqu'on est dedans il faut dire que la lecture est plaisante. C'est une lecture plaisante, dépaysante et qui doit une bonne partie de son plaisir au paysage. L'histoire est plaisante, un peu longue mais entrainante. J'ai été pris dedans, je dois l'avouer, mais pas sur que la relecture sera du même acabit. Il faut s'enfiler les cinq volumes, tout de même !

29/08/2024 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série American Parano
American Parano

La série doit encore faire ses preuves, mais le premier tome est très encourageant et promet un très bon diptyque pour peu que la conclusion soit à la hauteur des espérances. San Francisco 1967, pleine époque beatnik, une jeune recrue, vice-major de sa promo, intègre la police de la ville au moment où des victimes d'un serial-killer sont retrouvées nues et mutilées avec un symbole satanique gravé sur le ventre. Avec pour partenaire un vieux de la vieille bienveillant mais confrontée à la misogynie de ses autres collègues, elle va enquêter sur le gourou d'une église sataniste. Et autant cette église n'a rien de sérieux, faisant cela avant tout pour le spectacle et l'argent, autant le gourou est intelligent et fascinant, à même de déstabiliser la jeune policière. Le graphisme de Lucas Varela se rapproche ici de la ligne claire, avec une couverture qui rappelle même celles de Philippe Berthet. Mais il a son propre style mélangeant des décors esthétiques et à la colorisation étudiée avec des personnages aux visages moins réalistes. Le résultat est élégant, agréable à la lecture, et doté d'une bonne mise en scène. Le lecteur est très vite plongé dans ce polar au cadre historique assez marqué. La ville de San Francisco y est un personnage à part entière, ainsi que toute l'ambiance qui y régnait dans les années 60, entre conservatisme américain d'une part et attrait pour la nouveauté et la liberté de penser d'autre part. Si le pitch initial laisse penser à une sombre histoire de serial-killer et d'ésotérisme, la manière réaliste mais aussi volontairement ridicule dont est tournée la secte sataniste du principal suspect apporte une dose de fraicheur et d'originalité à l'histoire. Les personnages sont très bons, qu'il s'agisse du vieux briscard un peu paternaliste, du gourou extravagant mais cultivé, ou de l'héroïne elle-même. Celle-ci se révèle troublante : très mutique, posée et visiblement intelligente, elle endure sans sourciller les moqueries de ses nouveaux collègues tout en donnant l'impression de cacher ses motivations, notamment dans son rapport à son père suicidé et avec son nouveau partenaire à qui elle reproche d'avoir abandonné ce dernier au pire moment alors qu'ils étaient amis. Jusqu'au bout, elle restera insaisissable, alternant des facettes bien particulières et souvent surprenantes. Le gourou semble d'ailleurs en savoir beaucoup à ce sujet, s'attachant à l'héroïne quitte à la mettre à mal alors qu'elle pensait être maitresse de la situation. L'intrigue vaut avant tout par son atmosphère et l'originalité de ses personnages. Le voile de mystère est épais dans le premier tome mais il se révèle un peu plus classique quand il finit par se lever dans le second tome. La quasi banalité de la conclusion de l'enquête, quelques coïncidences trop heureuses (l'héroïne qui se trouve seule au bon endroit au bon moment) ainsi que le comportement pas totalement explicable du complice de l'assassin vers la fin d'histoire et qui amène l'enquêtrice pile là où il faut rabaisse un peu la qualité du scénario pour sa partie policière du moins, mais j'ai quand même pris grand plaisir à être plongé dans cette drôle d'ambiance et dans ce que San Francisco à l'époque pouvait avoir de troublant et de fascinant. Et comme toute l'ambiguïté du personnage de l'héroïne n'est pas levée sur la dernière page, on se prend à imaginer d'autres aventures avec elle.

14/03/2024 (MAJ le 29/08/2024) (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Il était une fois en Jamaïque
Il était une fois en Jamaïque

Trop de mères ont versé des larmes pour un fils. Trop de femmes ont pleuré un mari. - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Sa première publication date de 2023. Il a été réalisé par Loulou Dedola pour le récit, Luca Ferrera pour les dessins et les couleurs, avec Gloria Martinelli pour les couleurs. Il comprend cent-deux pages de bande dessinée. Il se termine avec un dossier de six pages dans lequel le scénariste présente les personnes dont il a recueilli les témoignages, car pour écrire cette histoire il lui a paru indispensable d'aller à la rencontre de celles et ceux qui en ont été les artisans. C'est sa manière de remercier Trinity alias Keith Gardner, Edward Seaga, Sidoney Massop, Sly Dunbar, Stephen Stewart, Tommy Cowan, Tyrone Downie, Judy Mowatt, Ezric Brown, Donovan Wright. La dernière page liste une douzaine de chansons citées dans la BD, de Bob Marley bien sûr, mais aussi de Peter Tosh, Dennis Brown, Buddy Wailer, Toots and the Maytalls. Les deux créateurs avaient déjà réalisé ensemble Fela back to Lagos (2019) et le combat du siècle (2021). 1952. Grand soleil et beau ciel bleu sans un nuage à l'horizon sur l'île de la Jamaïque. Robert Nesta et son copain Bunny Wailer sont en train de pédaler à toute allure. Ils s'arrêtent le long d'une voie ferrée, le passage étant bloqué par Claudius Massop, tout juste quatre ans de plus qu'eux. Ils expliquent que c'est un blanc qui leur a acheté leurs bicyclettes. Ils sont rejoints par Bucky Marshall (Aston Thomson) qui est en train de se faire courser par deux adultes. Claudius prend le vélo de Bob et va tirer son pote de sa situation, en le faisant monter derrière lui. Bob et Bunny les rejoignent plus tard dans le quartier pauvre de la ville. Quatre ans plus tard, la Jamaïque fête son indépendance en 1962, devenant un État souverain indépendant, membre du Commonwealth, et faisant partie des Antilles. Bunny présente Peter Tosh, chanteur et guitariste, ainsi que Joe Higgs, Beverley, Joe et Bob à des amis, dont Keith Gardner. Une fois assis tout le monde participe pour chanter un gospel. Février 1964 : c'est la formation du groupe The Wailers, avec Nesta Robert Marley, Neville Livingston et Winston Hubert McIntosh. Dix ans plus tard, sort l'album Catch a fire, de The Wailers. Keith Michael Douglas Gardner intègre la police de Kingston. le commissaire lui explique la situation. Pour gagner les élections, les politiciens ont investi les ghettos. Les socialistes du PNP du premier ministre Michael Manley tiennent Rema, Mathews Lane, Jungle et East Kingston. Mais Edward Seaga, le leader de l'opposition, tient toujours West Kingston et son fief de Tivoli Gardens. La politique et les gangs sont liés. À Tivoli Gardens, c'est Claude Massop le don. Il roule pour le JLP. À la tête des gun men du PNP, il y a Tony Welch, et l'étoile montante qui a la gâchette rapide et affectionne le fusil à canon scié : Bucky Marshall. Il y a des affrontements avec arme à feu en pleine rue. le trois décembre 1976, des individus tirent sur Bob Marley, son épouse Rita et son manager Don Taylor dans leur maison, deux jours avant le concert gratuit Smile Jamaïca, organisé par le premier ministre Michael Manley. Le dossier en fin de tome commence par un court texte posant la question suivante : Fallait-il être fan de reggae pour écrire ce scénario ? La réponse explique que le scénariste, dès son adolescence, apprit la musique en reprenant à la basse, les hits de Bob Marley, avant de devenir lui-même auteur-compositeur-interprète au sein de son groupe, et de réaliser des albums et des tournées. le lecteur néophyte en la matière découvre l'environnement de Kingston en 1978, et voit passer des noms connus comme Bob Marley et Peter Tosh, et d'autres plus confidentiels. Il lui suffit de prendre connaissance de la liste des participants au concert One Love Peace pour pouvoir estimer son niveau de connaissance : The Meditations, Althea & Donna, Dillinger, The mighty Diamonds, Junior Tucker, Culture, Dennis Brown, Trinity, Leroy Smart, Jacob Miller & Inner Circle, Big Youth, Beres Hammond, Peter Tosh, Bunny Wailer, Ras Michael & The sons of Negus, U-Toy, Judy Moratt, Bob Marley & The Wailers. La date du 22 avril fut choisie car elle correspond au douzième anniversaire de la visite officielle de Haïlé Sélassié Ier en Jamaïque. À l'époque le concert fut surnommé le Woodstock du tiers monde. de fait, cette lecture s'apprécie mieux en ayant connaissance de quelques événements, ou allant se renseigner dessus, comme la tentative d'assassinat de Bob Marley en 1976, le contexte politique de l'époque en Jamaïque, la culture et la consommation de cannabis, et quelques notions sur le mouvement rastafari, et l'importance du séjour de Haïlé Sélassié (1892-1972) en Jamaïque en 1966. Le scénariste a fait le choix de raconter les événements dans l'ordre chronologique : depuis la rencontre entre Bob Marley (1945-1981), Claudius Massop (1949-1979) et Bunny Wailer (1947-2021), jusqu'aux mains jointes entre Michael Manley (PNP, People National's Party) et Edward Seaga (JLP, Jamaica Labour Party), sur scène lors du festival pendant que Bob Marley et son groupe jouent leur morceau Jamming, extrait de l'album Exodus (1977). le fil conducteur du récit réside dans l'organisation du concert, depuis l'idée de Massop jusqu'à sa tenue, en passant par la discussion pour convaincre le propriétaire du stade, et le choix des artistes. de fait, il s'agit de suivre plusieurs personnes ayant existé : Massop bien sûr, dans une moindre mesure Buckie Marshall (?-1980, de son vrai nom Aston Thomson) et le policier Keith Michael Douglas Gardner. Ils se rencontrent, les deux premiers en prison pour décider de l'instauration d'un cessez-le-feu entre les gangs, puis avec le troisième qui participe au maintien de l'ordre dans les quartiers défavorisés de Kingston. L'un ou l'autre peuvent se déplacer à Londres pour rencontrer Bob Marley, alors en couple avec Cindy Breakspeare (Miss Monde 1976). L'organisation du concert se fait sur fond de guerre des gangs pas tout à fait apaisée, de trafic d'armes à feu, et d'une virée inattendue auprès des producteurs de cannabis. le lecteur finit par relever qu'il s'agit surtout d'une affaire d'hommes. L'artiste effectue cette reconstitution en images, dans un registre naturaliste et descriptif. Il travaille d'après des photographies, des documents d'époque, des vidéos pour recréer les quartiers de Kingston, le séjour londonien de Bob Marley, les tenues vestimentaires et les habitations. Il commence avec cette couverture mettant en avant l'artiste reggae le plus connu, lors de sa prestation au One Love Peace Concert, et bien sûr les couleurs associées au mouvement rastafari vert, jaune et rouge. En quatrième de couverture, le lecteur découvre les deux personnages principaux, Massop & Marshall, conscient qu'ils auraient dû figurer en couverture, mais que les chances de l'album auraient été obérées d'autant. le dessin en pleine page d'ouverture repose plus sur l'impression que produit l'île de la Jamaïque, que sur une description de qualité photographique. le lecteur remarque rapidement que l'artiste développe une narration visuelle dans laquelle les têtes en train de parler occupent moins de cinquante pourcents des cases. Cela amène plus de variété dans la bande dessinée, et le conduit à représenter plus d'éléments, que ce soient les décors, les tenues vestimentaires ou les activités L'artiste se montre aussi à l'aise pour des scènes de la vie quotidienne, que pour des moments sortant de l'ordinaire. Dans la première catégorie, le lecteur ressent le plaisir de Bob et Bunny à pédaler fièrement, les garçons écoutant le père de l'un d'eux expliquant le temps qui s'écoule entre l'éclair et le tonnerre, Bob Marley en train de jammer avec ses musiciens dans son appartement de Londres, le commissaire et son lieutenant en train d'échanger des informations dans son bureau, Marley tapant le ballon avec des potes, trois rastas assis sur la plage les pieds dans l'eau, etc. Sans oublier, la consommation de la ganja pour se détendre. Dans le second registre, le dessinateur à fort à faire : échanges de coups de feu en pleine rue, une bagarre entre deux détenus dans une cellule de prison avec lame de rasoir, la découverte d'une cache d'armes à feu, une visite aux plantations de cannabis en pleine zone sauvage, et bien sûr le concert annoncé. Il ne s'agit pas d'une narration visuelle spectaculaire qui en met plein la vue, mais d'une narration visuelle solide et variée qui se tient à l'écart de toute glorification, que ce soit de la violence, ou d'une forme de culte de la personnalité de l'un ou l'autre. La quatrième de couverture indique que le 22 avril 1978, Bob Marley, entouré des plus grands artistes reggae, chante au One Love Peace Concert à Kingston, pour mettre fin à la guerre civile qui déchire la Jamaïque. La bande dessinée raconte les circonstances dans lesquelles ce concert a vu le jour, et les efforts qu'il a fallu déployer pour créer les conditions nécessaires. La narration visuelle s'avère très solide, l'artiste s'étant investi pour les éléments composant la reconstitution historique, et pour donner du rythme à chaque scène. le scénariste se focalise sur le rôle de deux dons régnant chacun sur un territoire défavorisé de Kingston, et sur les rencontres pour convaincre tout le monde et créer les conditions d'une trêve des gangs. le lecteur en ressort avec une image de la Jamaïque à cette époque, l'incitant à se renseigner plus avant.

29/08/2024 (modifier)