A n’en pas douter, si l’éditeur Cornelius n’avait pas eu le bon goût de publier une rétrospective de Pépito en 3 tomes, je n’aurais surement jamais eu vent des aventures humoristiques de ce petit pirate qui a bercé la jeunesse des années 50 à nos jours.
Pépito est surement le pirate le plus méconnu du neuvième art. Il a pourtant inspiré Belin pour ses gâteaux chocolatés (100% véridique !), surement Remacle pour ses Vieux Nick et Barbe-Noire dont il reprend le trait anguleux et le comique absurde et dans une moindre mesure One Piece et tout un pan de la flibusterie à vocation humoristique.
Je ne vais pas m’en cacher, sans le travail éditorial exceptionnel de l’éditeur pour ce gros bouquin panaché de noir & blanc, trichromie et couleur et à la couverture dorée, je serais surement passé à coté d’un divertissement sans prétention mais de haute qualité.
Les aventures de Pépito et de son équipage posent toujours le même axe narratif : se battre contre les injustices de « La Banane », sombre dictateur d’une île coloniale dans les Caraïbes fantasmées de Bottaro à grands coups de calembours, entourloupes et autres ressorts assez drôles.
Le dessin est simple mais précis, les histoires se rapprochent davantage des aventures de Donald et Picsou de la grande époque et conservent ce même charme rétro et attractif. Dommage que les décors ne soient pas tellement travaillés mais l’ensemble est tellement expressif que cela colle au strip de base tout en produisant des aventures variant de 10 à 20 pages !
Ce qui est en revanche vraiment exceptionnel, c’est qu’au lieu de paraitre désuètes et naïves, les histoires de Pepito sont plutôt encore d’actualité avec un coté Robin des Bois des mers bien présent.
Si toutes les histoires ne conservent pas le même centre d’intérêt, toutes se laissent lire avec un petit plaisir coupable indescriptible et bon enfant : Bosco Ventempoupe le second n’arrête pas de s’embrouiller dans des situations pas possibles et le grand méchant, le gros « La Banane » est aussi cupide que machiavélique à souhait !
Rien n’est vraiment manichéen et on peut même y voir une mince critique sociale avec ces impôts sur l’air respiré ou des inventions loufoques par l’inventeur fou à la solde du gouverneur ce qui permet de lire les histoires selon plusieurs aspects de 7 à 77 ans !
J’insiste sur le fait que l’édition présenté par Cornelius est vraiment exceptionnelle pour un prix dérisoire et que ce Pépito fera bonne figure aussi bien dans ma bibliothèque de quadragénaire nostalgique que dans certaines bottes du Père Noël pour mes filleuls en lieu et place des classiques Titeuf ou Astérix ! Vraiment ne passez pas à côté de ce petit trésor !
Horacio est arrivé d'Italie très jeune en 1916 en Argentine avec son père. Anarchiste celui-ci aura pour maitresse une bourgeoise qui initiera son fils au piano. Très doué, une grande carrière s'ouvre à lui et un contrat en or l'attend à New-York 20 ans plus tard. Mais l'ambition n'est pas au rendez-vous et il préfère s'introduire au sein de la bourgeoisie locale. Il épousera d'ailleurs une fille de bonne famille. Les années passent et il s'aperçoit qu'il n'a pas emprunté la bonne voie, sa vie de couple est un échec et dès lors, seul le retour à la musique semble lui redonner le gout de vivre, le gout d'aimer. Mais alors qu'il a une nouvelle chance de relancer sa carrière, il ne la saisit pas et reste prisonnier des conventions.
"BANDONEON" c'est l'histoire d'une vie ratée dans l'Argentine du siècle dernier, une histoire mise en image par le digne successeur des Pratt, Altuna, et autres Breccia.
Avec un dessin à mi chemin entre Pedrosa et Crecy pour la France ou Fior, grand prix à Angoulème pour l'Italie, Gonzalez nous livre des planches d'une grande beauté réalisées dans des tons pastels.
Ce dessinateur est à mon sens une des grandes révélations des dernières années, et cette bd parue aux éditions Dupuis étant épuisée, je me dis que je n'ai sans doute pas été le seul à penser de même.
Son nouvel ouvrage paru chez Dupuis dans la collection Air Libre sur la Patagonie est une occasion unique de découvrir cet auteur argentin installé en Espagne, qui est aussi par ailleurs un remarquable illustrateur dont les travaux ont par exemple été publiés dans le "New Yorker".
A coup sûr un superbe one shot
J'attendais depuis longtemps une autre oeuvre de Craig Thompson. Il faut dire que Blankets - Manteau de neige fut l'une de mes toutes premières lectures dans le roman graphique. J'avais beaucoup apprécié son talent de conteur. Après des années d'attente, voici Habibi qui nous libre une histoire totalement différente même si l'amour reste le thème central.
Habibi est presque une révolution ultime: celle des sens, de la calligraphie qui épouse avec merveille le dessin au rythme d'un royaume imaginaire sorti des mille et une nuits. C'est le Moyen-Orient dans toute sa splendeur et sa décadence. On voit à l'horizon les problèmes de pollution qu'engendre une urbanisation à outrance. Il y a également le problème du traitement des eaux et de sa rareté.
On pouvait craindre l'enlisement au bout de 600 pages. Ce fut tout le contraire ! C'est un récit qui monte en puissance pour nous délivrer d'un message au-delà des religions. Une œuvre forte et encore une belle réussite qui donne ses lettres de noblesse à la bande dessinée. De belles trouvailles graphiques avec un trait sombre, nerveux et puissant. On atteint presque le chef d'oeuvre annoncé avec un message fort et une conclusion idéale.
C'est un émouvant témoignage bien documenté sur la catastrophe de Tchernobyl que nous avons là. J'ai peu lu sur le sujet notamment sur le support de la bande dessinée. Cette bd documentaire a le mérite de nous rappeler ce qui s'est passé en 1986.
Je déplore totalement le manque de sincérité de la part des autorités russes. La crise aurait pu être gérée autrement. On ne voulait sans doute pas gérer une panique à l'échelle mondiale ce que je peux comprendre. Cependant, j'ai été particulièrement choqué d'apprendre que les autorités russes ont dit aux enfants en partance qu'ils reverraient bientôt leurs animaux de compagnie. Le récit vous montrera ce qu'il advient d'eux en réalité...
J'ai aimé ces deux histoires d'une même famille en 3 parties qui se rejoignent dans un ultime lien à la fin. Il y a peu de mots mais des images qui transmettent suffisamment d'émotion sans tomber dans le pathos. Ce poids du silence est bien lourd de sens.
J'ai bien aimé voir la carte mondiale des réacteurs dans le monde. On y voyait que le Japon est le troisième pays à posséder le plus de réacteurs. La catastrophe récente de Fukushima est là pour nous rappeler que le pire est sans doute pour demain. Rappelons que la France est le second pays au monde avec 58 réacteurs. Cela laisse à réfléchir sans nécessairement prendre une position hâtive ou binaire. La réalité est quelques fois plus complexe.
Je ne pensais pas accrocher mais en fait ce manga est très bien. Je craignais un shojo cucul-la-praline avec une romance un peu neuneu, de jolis costumes et beaucoup de guimauve. Au lieu de ça, j'ai plongé dans une belle découverte des peuplades d'Asie Centrale du 19e siècle.
Graphiquement, c'est une série extrêmement soignée. Les costumes, paysages et autres architectures sont finement détaillés et très beaux. Il est dommage qu'en revanche, les visages n'aient presque aucune caractéristique distinctive autre que les coiffures et barbes : avec un simple visage ovale et deux traits pour des nez ultra-fins, il est parfois bien difficile de différencier une femme d'une autre.
Au niveau du récit, il n'y a pas d'intrigue spécifique autre que de découvrir la vie intime et quotidienne d'habitants des steppes d'Asie, entre le Turkménistan et la Turquie. Je croyais qu'on allait suivre la vie de couple des deux héros initiaux, Amir et Karluk, mais j'ai été surpris de voir qu'on suivait finalement un autre des protagonistes pour découvrir d'autres personnages et d'autres couples. J'ai été un petit peu déçu car je m'étais attaché aux deux jeunes tourtereaux mais cela permet d'élargir l'horizon et de découvrir d'autres peuples et d'autres moeurs tout aussi intéressants.
Et contrairement à ce que l'on pourrait craindre, cela n'a rien d'un documentaire dans la forme, même si dans le fond le sujet est extrêmement instructif et présenté parfois de manière discrètement didactique.
Ce fut en tout cas une agréable lecture, très belle et très intéressante.
Je suis tombé sur cet album un peu par hasard, et je ressors satisfait de ma lecture. Alors qu’une BD comme Une par une fait dans la dentelle et la poésie, « Les Larmes du sexe » représente le sexe de manière beaucoup plus crue (la couverture annonce d’ailleurs la couleur !) Les textes et dialogues sont souvent crus voire vulgaires, ce qui bizarrement n’est pas un reproche. J’ai trouvé les différentes scènes émoustillantes (sauf celle où la nana pisse sur le mec – je ne comprendrai jamais ce fantasme).
L’auteur alterne les pages de BD traditionnelles et les textes illustrés – je vous ai mis des exemples des deux dans la galerie. Le dessin en noir et blanc est superbe et a remarquablement vieilli (la première édition date de 1989). L’auteur maitrise l’anatomie féminine, pas de souci de ce côté.
Un chouette album.
Après avoir lu cette série (et j'ai eu tout le loisir de l'analyser dans ma tête après) je dois bien admettre que "Black Hole" est un excellent récit, une perle dans le style comics underground.
Le style graphique de Charles Burns est au début assez hermétique, avec ses planches extrêmement ombragées et contrastées, mais finalement, au fil des chapitres, on apprécie vraiment l'esthétisme et le sens de la mise en page de l'auteur. Le fait que le dessin soit assez réaliste renforce le côté oppressant du scénario et ça n'est pas pour me déplaire, même si la lecture n'en devient pas plus simple.
En effet, nombreux sont les qualificatifs qui me viennent à l'esprit pour décrire l'histoire : glauque, poisseuse, psychédélique, oppressante, malsaine, dérangeante, triste, psychotique, mais qu'il est bon de se faire violence et de se forcer à plonger dans cet univers rempli de drogues, des premiers émois amoureux/sexuels, de jeunes défigurés et dépressifs.
Un excellente histoire, dont le paroxysme de "violence" se trouve au milieu. Ce qui m'a rendu la fin un peu plate face à mes attentes, mais ça reste une œuvre forte que je vous conseille, en particulier dans cette intégrale Delcourt de qualité.
Inès est une BD coup de poing sur la violence conjugale.
A la différence de … A la folie (de Ricard et James), les auteurs ne cherchent pas à mettre en lumière les mécanismes de la violence dans le couple. On est ici au bout d’un processus. Ils se concentrent sur le calvaire d’une mère de famille sur un laps de temps très court.
Très dur et réaliste, Inès veut être un album qui dérange, qui interpelle et qui émeut.
Le ton est juste et la narration est bien rythmée.
Impossible de sortir indemne de la lecture !
Avant de lire ce manga, je connaissais bien entendu sa version animée (mal doublée en français dans le club Dorothée). Je partais donc plutôt avec un a priori négatif.
Et pourtant, même si les dessins sont au début franchement mauvais (à tel point que tous les visages sont les mêmes quasiment), le manga s'avère prenant. Les dessins évoluent et finissent même par devenir assez bons même si l'on est loin des chefs d'oeuvre du genre.
Le manga a de grandes qualités que ce soit au niveau du dessin très dynamique ou du scénario qui plutôt que de se focaliser sur un ou deux personnages en introduit de très nombreux dont les intentions et la psychologie sont approfondis. En effet, si le héros du manga est Oozora Tsubasa (d'où le titre), on croise malgré tout nombre de protagonistes importants tels Hyuga, Misugi, Wakabayashi, etc.
Bon, passons aux points négatifs. Comme je l'ai dit au début du manga, les visages sont quasiment tous les mêmes, pas évident pour s'y retrouver donc. Un des autres problèmes est le syndrome supermutant des personnages. Ceux ci s'envolent à 3 mètres de haut pour faire leurs reprises de volée et si cette tendance est tout de même moins poussée que dans la version animée (3 minutes de vol en moyenne pour un tir dans celle ci ~) ça reste un peu génant. Et enfin, j'ai du mal à croire que des matchs de jeunes entre 10 et 14/15 ans aient autant de spectateurs et même des retransmissions à la télévision... pas très crédible sur ces points donc, ce qui fait clairement baisser la note.
Bref un bon shonen sportif qui a su se renouveler et être créatif. A éviter si vous n'aimez pas le foot j'imagine. Un bon 3,5 /5.
Avis portant sur le premier tome, une bonne lecture, vive et fraiche. Une belle retranscription de l'Afrique coloniale, où les aventuriers au long cours et les riches chasseurs se côtoient, chroniques d'une "supériorité" ordinaire. Malgré tout, se dégage dans cette évocation un amour réel de l'Afrique, de ses mythes et beautés. C'est envoutant, on suit à plaisir les évolutions des personnages, dans leurs attitudes et psychologies. C'est très agréable, une lecture rapide rendue possible par un trait imparfait mais terriblement aguicheur et qui rend fortement hommage à ces demoiselles.
Seul bémol, le personnage de Victoire qui n'amène rien à ce volume (peut être au deuxième) et qui amène quelques scènes de sexe sans intérêt ou plutôt sans fondement (si je puis me permettre).
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Pepito
A n’en pas douter, si l’éditeur Cornelius n’avait pas eu le bon goût de publier une rétrospective de Pépito en 3 tomes, je n’aurais surement jamais eu vent des aventures humoristiques de ce petit pirate qui a bercé la jeunesse des années 50 à nos jours. Pépito est surement le pirate le plus méconnu du neuvième art. Il a pourtant inspiré Belin pour ses gâteaux chocolatés (100% véridique !), surement Remacle pour ses Vieux Nick et Barbe-Noire dont il reprend le trait anguleux et le comique absurde et dans une moindre mesure One Piece et tout un pan de la flibusterie à vocation humoristique. Je ne vais pas m’en cacher, sans le travail éditorial exceptionnel de l’éditeur pour ce gros bouquin panaché de noir & blanc, trichromie et couleur et à la couverture dorée, je serais surement passé à coté d’un divertissement sans prétention mais de haute qualité. Les aventures de Pépito et de son équipage posent toujours le même axe narratif : se battre contre les injustices de « La Banane », sombre dictateur d’une île coloniale dans les Caraïbes fantasmées de Bottaro à grands coups de calembours, entourloupes et autres ressorts assez drôles. Le dessin est simple mais précis, les histoires se rapprochent davantage des aventures de Donald et Picsou de la grande époque et conservent ce même charme rétro et attractif. Dommage que les décors ne soient pas tellement travaillés mais l’ensemble est tellement expressif que cela colle au strip de base tout en produisant des aventures variant de 10 à 20 pages ! Ce qui est en revanche vraiment exceptionnel, c’est qu’au lieu de paraitre désuètes et naïves, les histoires de Pepito sont plutôt encore d’actualité avec un coté Robin des Bois des mers bien présent. Si toutes les histoires ne conservent pas le même centre d’intérêt, toutes se laissent lire avec un petit plaisir coupable indescriptible et bon enfant : Bosco Ventempoupe le second n’arrête pas de s’embrouiller dans des situations pas possibles et le grand méchant, le gros « La Banane » est aussi cupide que machiavélique à souhait ! Rien n’est vraiment manichéen et on peut même y voir une mince critique sociale avec ces impôts sur l’air respiré ou des inventions loufoques par l’inventeur fou à la solde du gouverneur ce qui permet de lire les histoires selon plusieurs aspects de 7 à 77 ans ! J’insiste sur le fait que l’édition présenté par Cornelius est vraiment exceptionnelle pour un prix dérisoire et que ce Pépito fera bonne figure aussi bien dans ma bibliothèque de quadragénaire nostalgique que dans certaines bottes du Père Noël pour mes filleuls en lieu et place des classiques Titeuf ou Astérix ! Vraiment ne passez pas à côté de ce petit trésor !
Bandonéon
Horacio est arrivé d'Italie très jeune en 1916 en Argentine avec son père. Anarchiste celui-ci aura pour maitresse une bourgeoise qui initiera son fils au piano. Très doué, une grande carrière s'ouvre à lui et un contrat en or l'attend à New-York 20 ans plus tard. Mais l'ambition n'est pas au rendez-vous et il préfère s'introduire au sein de la bourgeoisie locale. Il épousera d'ailleurs une fille de bonne famille. Les années passent et il s'aperçoit qu'il n'a pas emprunté la bonne voie, sa vie de couple est un échec et dès lors, seul le retour à la musique semble lui redonner le gout de vivre, le gout d'aimer. Mais alors qu'il a une nouvelle chance de relancer sa carrière, il ne la saisit pas et reste prisonnier des conventions. "BANDONEON" c'est l'histoire d'une vie ratée dans l'Argentine du siècle dernier, une histoire mise en image par le digne successeur des Pratt, Altuna, et autres Breccia. Avec un dessin à mi chemin entre Pedrosa et Crecy pour la France ou Fior, grand prix à Angoulème pour l'Italie, Gonzalez nous livre des planches d'une grande beauté réalisées dans des tons pastels. Ce dessinateur est à mon sens une des grandes révélations des dernières années, et cette bd parue aux éditions Dupuis étant épuisée, je me dis que je n'ai sans doute pas été le seul à penser de même. Son nouvel ouvrage paru chez Dupuis dans la collection Air Libre sur la Patagonie est une occasion unique de découvrir cet auteur argentin installé en Espagne, qui est aussi par ailleurs un remarquable illustrateur dont les travaux ont par exemple été publiés dans le "New Yorker". A coup sûr un superbe one shot
Habibi
J'attendais depuis longtemps une autre oeuvre de Craig Thompson. Il faut dire que Blankets - Manteau de neige fut l'une de mes toutes premières lectures dans le roman graphique. J'avais beaucoup apprécié son talent de conteur. Après des années d'attente, voici Habibi qui nous libre une histoire totalement différente même si l'amour reste le thème central. Habibi est presque une révolution ultime: celle des sens, de la calligraphie qui épouse avec merveille le dessin au rythme d'un royaume imaginaire sorti des mille et une nuits. C'est le Moyen-Orient dans toute sa splendeur et sa décadence. On voit à l'horizon les problèmes de pollution qu'engendre une urbanisation à outrance. Il y a également le problème du traitement des eaux et de sa rareté. On pouvait craindre l'enlisement au bout de 600 pages. Ce fut tout le contraire ! C'est un récit qui monte en puissance pour nous délivrer d'un message au-delà des religions. Une œuvre forte et encore une belle réussite qui donne ses lettres de noblesse à la bande dessinée. De belles trouvailles graphiques avec un trait sombre, nerveux et puissant. On atteint presque le chef d'oeuvre annoncé avec un message fort et une conclusion idéale.
Tchernobyl - La Zone
C'est un émouvant témoignage bien documenté sur la catastrophe de Tchernobyl que nous avons là. J'ai peu lu sur le sujet notamment sur le support de la bande dessinée. Cette bd documentaire a le mérite de nous rappeler ce qui s'est passé en 1986. Je déplore totalement le manque de sincérité de la part des autorités russes. La crise aurait pu être gérée autrement. On ne voulait sans doute pas gérer une panique à l'échelle mondiale ce que je peux comprendre. Cependant, j'ai été particulièrement choqué d'apprendre que les autorités russes ont dit aux enfants en partance qu'ils reverraient bientôt leurs animaux de compagnie. Le récit vous montrera ce qu'il advient d'eux en réalité... J'ai aimé ces deux histoires d'une même famille en 3 parties qui se rejoignent dans un ultime lien à la fin. Il y a peu de mots mais des images qui transmettent suffisamment d'émotion sans tomber dans le pathos. Ce poids du silence est bien lourd de sens. J'ai bien aimé voir la carte mondiale des réacteurs dans le monde. On y voyait que le Japon est le troisième pays à posséder le plus de réacteurs. La catastrophe récente de Fukushima est là pour nous rappeler que le pire est sans doute pour demain. Rappelons que la France est le second pays au monde avec 58 réacteurs. Cela laisse à réfléchir sans nécessairement prendre une position hâtive ou binaire. La réalité est quelques fois plus complexe.
Bride Stories
Je ne pensais pas accrocher mais en fait ce manga est très bien. Je craignais un shojo cucul-la-praline avec une romance un peu neuneu, de jolis costumes et beaucoup de guimauve. Au lieu de ça, j'ai plongé dans une belle découverte des peuplades d'Asie Centrale du 19e siècle. Graphiquement, c'est une série extrêmement soignée. Les costumes, paysages et autres architectures sont finement détaillés et très beaux. Il est dommage qu'en revanche, les visages n'aient presque aucune caractéristique distinctive autre que les coiffures et barbes : avec un simple visage ovale et deux traits pour des nez ultra-fins, il est parfois bien difficile de différencier une femme d'une autre. Au niveau du récit, il n'y a pas d'intrigue spécifique autre que de découvrir la vie intime et quotidienne d'habitants des steppes d'Asie, entre le Turkménistan et la Turquie. Je croyais qu'on allait suivre la vie de couple des deux héros initiaux, Amir et Karluk, mais j'ai été surpris de voir qu'on suivait finalement un autre des protagonistes pour découvrir d'autres personnages et d'autres couples. J'ai été un petit peu déçu car je m'étais attaché aux deux jeunes tourtereaux mais cela permet d'élargir l'horizon et de découvrir d'autres peuples et d'autres moeurs tout aussi intéressants. Et contrairement à ce que l'on pourrait craindre, cela n'a rien d'un documentaire dans la forme, même si dans le fond le sujet est extrêmement instructif et présenté parfois de manière discrètement didactique. Ce fut en tout cas une agréable lecture, très belle et très intéressante.
Les Larmes du sexe
Je suis tombé sur cet album un peu par hasard, et je ressors satisfait de ma lecture. Alors qu’une BD comme Une par une fait dans la dentelle et la poésie, « Les Larmes du sexe » représente le sexe de manière beaucoup plus crue (la couverture annonce d’ailleurs la couleur !) Les textes et dialogues sont souvent crus voire vulgaires, ce qui bizarrement n’est pas un reproche. J’ai trouvé les différentes scènes émoustillantes (sauf celle où la nana pisse sur le mec – je ne comprendrai jamais ce fantasme). L’auteur alterne les pages de BD traditionnelles et les textes illustrés – je vous ai mis des exemples des deux dans la galerie. Le dessin en noir et blanc est superbe et a remarquablement vieilli (la première édition date de 1989). L’auteur maitrise l’anatomie féminine, pas de souci de ce côté. Un chouette album.
Black Hole
Après avoir lu cette série (et j'ai eu tout le loisir de l'analyser dans ma tête après) je dois bien admettre que "Black Hole" est un excellent récit, une perle dans le style comics underground. Le style graphique de Charles Burns est au début assez hermétique, avec ses planches extrêmement ombragées et contrastées, mais finalement, au fil des chapitres, on apprécie vraiment l'esthétisme et le sens de la mise en page de l'auteur. Le fait que le dessin soit assez réaliste renforce le côté oppressant du scénario et ça n'est pas pour me déplaire, même si la lecture n'en devient pas plus simple. En effet, nombreux sont les qualificatifs qui me viennent à l'esprit pour décrire l'histoire : glauque, poisseuse, psychédélique, oppressante, malsaine, dérangeante, triste, psychotique, mais qu'il est bon de se faire violence et de se forcer à plonger dans cet univers rempli de drogues, des premiers émois amoureux/sexuels, de jeunes défigurés et dépressifs. Un excellente histoire, dont le paroxysme de "violence" se trouve au milieu. Ce qui m'a rendu la fin un peu plate face à mes attentes, mais ça reste une œuvre forte que je vous conseille, en particulier dans cette intégrale Delcourt de qualité.
Inès
Inès est une BD coup de poing sur la violence conjugale. A la différence de … A la folie (de Ricard et James), les auteurs ne cherchent pas à mettre en lumière les mécanismes de la violence dans le couple. On est ici au bout d’un processus. Ils se concentrent sur le calvaire d’une mère de famille sur un laps de temps très court. Très dur et réaliste, Inès veut être un album qui dérange, qui interpelle et qui émeut. Le ton est juste et la narration est bien rythmée. Impossible de sortir indemne de la lecture !
Captain Tsubasa
Avant de lire ce manga, je connaissais bien entendu sa version animée (mal doublée en français dans le club Dorothée). Je partais donc plutôt avec un a priori négatif. Et pourtant, même si les dessins sont au début franchement mauvais (à tel point que tous les visages sont les mêmes quasiment), le manga s'avère prenant. Les dessins évoluent et finissent même par devenir assez bons même si l'on est loin des chefs d'oeuvre du genre. Le manga a de grandes qualités que ce soit au niveau du dessin très dynamique ou du scénario qui plutôt que de se focaliser sur un ou deux personnages en introduit de très nombreux dont les intentions et la psychologie sont approfondis. En effet, si le héros du manga est Oozora Tsubasa (d'où le titre), on croise malgré tout nombre de protagonistes importants tels Hyuga, Misugi, Wakabayashi, etc. Bon, passons aux points négatifs. Comme je l'ai dit au début du manga, les visages sont quasiment tous les mêmes, pas évident pour s'y retrouver donc. Un des autres problèmes est le syndrome supermutant des personnages. Ceux ci s'envolent à 3 mètres de haut pour faire leurs reprises de volée et si cette tendance est tout de même moins poussée que dans la version animée (3 minutes de vol en moyenne pour un tir dans celle ci ~) ça reste un peu génant. Et enfin, j'ai du mal à croire que des matchs de jeunes entre 10 et 14/15 ans aient autant de spectateurs et même des retransmissions à la télévision... pas très crédible sur ces points donc, ce qui fait clairement baisser la note. Bref un bon shonen sportif qui a su se renouveler et être créatif. A éviter si vous n'aimez pas le foot j'imagine. Un bon 3,5 /5.
Une Aventure de Jeanne Picquigny
Avis portant sur le premier tome, une bonne lecture, vive et fraiche. Une belle retranscription de l'Afrique coloniale, où les aventuriers au long cours et les riches chasseurs se côtoient, chroniques d'une "supériorité" ordinaire. Malgré tout, se dégage dans cette évocation un amour réel de l'Afrique, de ses mythes et beautés. C'est envoutant, on suit à plaisir les évolutions des personnages, dans leurs attitudes et psychologies. C'est très agréable, une lecture rapide rendue possible par un trait imparfait mais terriblement aguicheur et qui rend fortement hommage à ces demoiselles. Seul bémol, le personnage de Victoire qui n'amène rien à ce volume (peut être au deuxième) et qui amène quelques scènes de sexe sans intérêt ou plutôt sans fondement (si je puis me permettre).