Suite à l’avis d’Alix, j’attendais la sortie de cet album avec impatience. À sa sortie, le prix a été difficile à avaler… mais je l’ai quand même acheté, et je ne le regrette pas ! L’histoire de Jack Joseph est à la fois bien construite et bien dessinée.
Tout le récit tourne autour de ce personnage, futur père pas très investi, qui va devoir affronter son passé afin de pouvoir s’engager dans l’avenir. Selon moi, la quête du père est centrale, bien qu’elle ne soit longtemps pas consciente. L’auteur arrive à engendrer une bonne empathie pour son personnage que, personnellement, j’avais parfois du mal à comprendre, mais toujours envie de soutenir. Et le développement de l’histoire nous rappelle que les actes présents sont souvent conditionnés par les événements passés. Plus on connaît Jackie, mieux on comprend son comportement présent, et plus on a envie de le voir heureux.
Le tout est servi, et je dirais même très bien servi, par le dessin en noir et blanc de Jeff Lemire. Je trouve qu’on sent que la même personne a réalisé le scénario et le dessin. Hormis les "gueules" féminines, je trouve ce dessin fort agréable. Mais ce que j’ai vraiment trouvé magnifique, c’est le travail de découpage et les cadrages. Le dessin, tout en étant très beau en soi, est surtout au service du scénario et le transcende. Les pleines pages et doubles-pages sont aussi très belles, et jamais gratuites.
Bref, c’est une lecture que je vous conseille chaleureusement. Et merci à Alix qui m’a donné envie de découvrir cette BD.
Une très belle adaptation du Roman du même nom sur les derniers jours d'un homme qui ne supporta pas de voir le monde ancien balayé par la montée en puissance du nazisme.
Exilé aux Etats Unis puis au Brésil Stefan Sweig pensait attendre calmement que les alliés prennent le dessus sur le régime Hitlérien, pour retourner vivre dans la Vienne de l'art nouveau. Mais il fut rongé par le pessimisme, pensant que la victoire des alliés n'était pas possible, il fut également échaudé par le traitement que lui et son épouse reçurent en certaines circonstances à l'occasion desquelles on lui faisait comprendre qu'il n'était pas forcément le bienvenue.
Sombrant progressivement dans la mélancolie et le désespoir, il décida de mettre fin à ses jours avec son épouse.
Le dessin de Sorel, qui fait penser à Mael est superbe, même si on a le sentiment qu'il n'est peut être pas encore totalement abouti avec notamment de superbes couleurs directes.
La fin du récit est également une réussite avec un suicide qui est seulement suggéré et non pas proposé brutalement aux lecteurs.
A lire sans aucun doute
Une superbe biographie d'un des héros de l'aviation moderne de la première partie du siècle dernier racontée par un des maitres de la BD Italienne sur plus de cent pages en noire et blanc.
Mermoz c'est un peu un héros grec, quelqu'un issu d'un milieu modeste mais qui qui avait un but: voler, toujours plus loin toujours plus haut. Se dépasser, souvent dans la souffrance, en y laissant sa santé, et au final sa vie; tel a été la vie de cet aviateur qui a du sans cesse gravie la colline, recommencer sans cesse les vols, les réparations, les décollages pour finalement parvenir à ses fins à la différence d'un Sysiphe.
Mermoz c'est aussi l'homme qui pour conduire un projet concret, la traversée de l'atlantique, a du férrailler contre des politiciens et les industriels, avides de rentabilité immédiate et de notoriété médiatique, contre l'administration tatillonne, contre ses petits chéfaillons dans l'armée, qui l'ont souvent méprisé et dénigré.
Avec ce récit Micheluzzi nous montre comment la volonté d'un homme peut parvenir à changer beaucoup de chose et comment la poursuite de ses rêves, l'accomplissement de soi est le seul moyen de l'épanouissement personnel.
Nul doute que Nietzche aurait beaucoup apprécié Mermoz
Terra Australis est une BD réussie… à plusieurs égards d’ailleurs.
D’abord le récit ; il s’agit ici d’être le spectateur de la création d’une colonie sur le continent australien. Du projet à l’arrivée, en passant par le voyage et l’approche des « naturels », tout est présenté dans ce pavé de quelques 500 planches. C’est manifestement documenté ce qui rend l’album assez dense sans que cela ne devienne pesant. Pour se faire, le lecteur suit les destinées, parallèles puis croisées, de plusieurs protagonistes, ce qui permet à l’histoire de bien respirer et garder le rythme.
Cette respiration, cette bouffée d’oxygène, c’est aussi, et surtout, dans l’humanité de l’histoire que l’album va la chercher. Tantôt touchant, tantôt blessant, l’état d’esprit du lecteur est parfois mis à rude épreuve. Non pas qu’il s’agisse ici de choquer pour choquer. Non, la spontanéité de ce voyage humain trouve son origine dans l’authenticité de son approche. C’est là, selon moi, la principale qualité de ce récit.
L’autre qualité, également indéniable, vient dans la beauté graphique du trait et du noir et blanc. C’est beau, parfois très beau. À la fois dynamique et précis, j’ai trouvé le travail graphique tout simplement magistral. Seul léger bémol, certains visages se ressemblent un peu trop, ce qui peut par moment compliquer la reconnaissance des personnages.
Au final, c’est un travail impressionnant qui a été réalisé par les auteurs. Une fois rentré dans le récit, il est très difficile de lâcher la barre. Suivre étapes après étapes les « motivations » des colons permet de percevoir l’aspect si fatidique, car tellement humain, de cette expédition.
Chapeau bas Messieurs ! Du très bon boulot, tout simplement !
Ces intégrales reprennent la plupart des épisodes que j'ai lus dans les numéros de Strange, Spécial Strange ou Nova; j'étais alors entre 1977 et 1982 dans ma période super-héros, mais tous ne me passionnaient pas, mes préférés étaient Spiderman, Iron Man, Daredevil, 4 Fantastiques, Punisher, Surfer d'Argent et un peu X-Men pour Marvel, tandis que chez D.C., j'étais fan de Batman dont les exploits étaient publiés chez nous par Sagédition. C'est pourquoi, aujourd'hui, même si je ne suis plus dans cette phase super-héros et si je n'en lis pratiquement plus, ce que j'aime par nostalgie, c'est ces séries d'époque 70's avec leur graphisme à l'ancienne du style Kirby, Romita, Buscema ou Ditko. C'est peut-être démodé comme graphisme et comme esprit, mais c'est comme ça que j'ai vibré, et j'ai donc gardé en mémoire à peu près toutes les caractéristiques de ces personnages qui m'ont fait rêver. Ceci ne m'empêche pas d'aller voir les films de super-héros puisque c'est devenu une mode d'adaptation, mais certains sont hélas de vraies trahisons; j'y reviendrai dans d'autres avis. Parlons des Fantastiques.
L'apparition des Fantastic Four (ou 4 Fantastiques) a été indiscutablement une étape importante dans le monde du comic book et des super-héros, ainsi qu'une figure de proue de la firme Marvel, car c'est la grande première de Stan Lee et Jack Kirby en 1961, au début d'une décennie qui succédait à celle de l'étiolement de ces personnages, et qui va marquer le second Age d'or des super-héros, celui des années Marvel. L'association Lee/Kirby fut sans aucun doute la plus riche, la plus productive et la plus durable de l'histoire des comic books; jointes à la richesse d'invention de Lee (qui sait ce qu'attend le public, en correspondant par le courrier des lecteurs), les qualités graphiques de Kirby ont beaucoup contribué au succès des FF comme de leurs autres créations.
Ne s'embarrassant pas de détails et de décors superflus, le dessin de Kirby est reconnaissable, toujours au service de l'action, ses qualités graphiques nerveuses imposent un style tranchant nettement avec celui des super-héros du premier Age d'or; avec Kirby, le mouvement était amplifié, les onomatopées explosaient, débordant des cadres, l'abondance des bulles emplissaient les cases, les personnages étaient toujours en mouvement dont l'aspect rageur était poussé au maximum, muscles bandés, corps frémissants, symbolisant la force animale et la puissance. Cet aspect percutant et tonique était non seulement une nouvelle forme de dessin réaliste, mais surtout, cette exagération dans le dessin influença tous les dessinateurs de comic books, et Kirby fit l'objet d'un véritable culte auprès de hordes de fans.
De son côté, Stan Lee décide de rendre les super-héros plus humains, moins tout puissants, voire vulnérables, tout en gardant leurs pouvoirs, qui pour la plupart étaient dûs à des accidents. C'est le cas des FF; je ne vais pas ici répéter les causes de leur accident spatial qui a causé leurs pouvoirs, mais ils étaient assez impressionnants : Red Richards qui peut étirer son corps caoutchouteux sous toutes les formes, Jane Storm qui devient invisible, Johnny Storm qui s'enflamme sous l'effet du danger (qui aura du mal à maîtriser cette énergie au début); seul Ben Grimm est le moins gâté, puisqu'il a hérité d'une force exceptionnelle mais aussi d'un aspect de colosse pierreux qui lui vaudra le surnom peu valorisant de La Chose (The Thing), au contraire de ses amis, il ne peut reprendre son aspect normal.
Le coup de génie de Stan Lee, c'est d'attirer l'attention du lecteur sur les soucis quotidiens et domestiques de ses héros qui payent leur loyer et leurs impôts, ont une vie privée, en les faisant ressembler à n'importe quel Américain moyen; il fera de même avec ses autres créations, et certains auront de sacrés problèmes de conscience, tel Spiderman.
Le plus terrible ennemi des FF est Galactus, qu'ils repoussent parfois avec l'aide du Surfer d'Argent, mais les empoignades avec Doc Fatalis restent mémorables; j'adorais ce personnage qui reste probablement un des super-méchants les plus fascinants des comic books. Scientifique dérangé, victime d'une expérience qui a mal tourné et dont il rend responsable Red Richards, il n'aura de cesse de combattre les FF. Le spectacle offert par les Four est toujours exceptionnel, chacun mettant en application sa spécificité physique, exaltant l'action de groupe, ce qui donnera l'idée à Stan Lee de créer des groupes de super-héros, on n'est pas loin des Vengeurs. La réussite des FF tient donc souvent à leurs pouvoirs conjugués, bien que Johnny (la Torche) ait eu des aventures en solo, notamment contre Namor, et même la Chose connaîtra ses propres aventures. L'humour est aussi présent avec les vannes que s'envoient Johnny et Ben, mais on sait qu'ils s'adorent.
Côté dessinateurs, à la suite de Kirby, je retiendrais entre autres John Buscema, John Romita, Steve Ditko, Vince Coletta, Frank Springer, Bill Sienkiewicz, Gene Colan, John Byrne, et du côté des scénarios, après Stan Lee, ont oeuvré surtout Roy Thomas et Archie Goodwin.
Des 2 blockbusters vus à l'écran en 2005 et en 2007, le premier n'est pas mal, mais manque un peu de rythme, le second est plus faible, mais permet d'introduire le Surfer.
Au final, eh bien ces intégrales sont indispensables pour tout fan.
Le scénario est captivant dès l'entame et distille les infos au compte-goutte sans jamais que l'intérêt ne faiblisse. Une grande maîtrise qui met au supplice dans l'attente du tome 2.
Le dessin est de style réaliste mais au trait rendu brut par son caractère assez épais et la présence de nombreux traits annexes. La colorisation est impeccable et participe correctement à ce style particulier mais finalement agréable.
Au final, un album bien conçu et réalisé.
L’auteur italien Paolo Cossi semble avoir un faible pour l’Arménie dont les habitants ont été les premiers chrétiens de l’histoire. Il est vrai que son fameux Medz Yeghern : Le grand mal avait marqué les consciences par sa pudeur et sa force. Le second essai à savoir 1432 n’était pas très réussi en raison d’un sujet plutôt limité.
Voilà qu’il revient sur l’un des mythes fondateurs les plus importants de l’histoire de l’humanité : l’arche de Noé a-t-elle existé et reste-t-il des vestiges sur le Mont Ararat ? Selon la Bible, après le déluge, l'Arche de Noé se serait posée sur le mont Ararat, l'un des sommets les plus élevés de l'actuelle Turquie, avec plus de 5 000 mètres d'altitude. L’enjeu est de taille car il s’agit de prouver la véracité d’un célèbre fait biblique. Il est vrai que cet essai a connu un véritable succès en Italie. Voilà qu’il est publié dans notre pays.
Cette histoire est inspirée de faits réels comme l’expédition initié par le tsar Nicolas II peu avant la révolution d’octobre ou encore le survol d’un avion de l’US Air Force en 1949 qui détecte une anomalie près du sommet de la montagne. Un jeune scientifique d’origine arménienne va tenter de percer le secret de cette montagne en recherchant les traces de l’arche au mépris du danger puisque l’armée turque qui occupe les lieux veille à l’intégrité de son territoire arraché au gré des évènements historiques. Il est vrai que cette région au cœur de l’Arménie historique a été au fil des siècles sous contrôle notamment romain, perse, byzantin, arabe, seldjoukide, ottoman et russe avant de tomber sous la domination turque. Ce mont reste un symbole national en Arménie.
L’auteur va en remettre une couche tout en finesse par rapport au grand mal. En même temps, il ne pouvait pas passer à côté même si ce n’est pas le sujet de ce récit. Le trait, toujours en noir et blanc, nous plonge au cœur des coutumes arméniennes. On en apprendra également un peu plus sur l’origine du peuple kurde. Au final, une belle histoire sur fond d’échange et de partage et de découvertes culturelles et culinaires.
Franchement c'est super mignon Chi !
Alors certes je penses qu'il faut aimer les chats ou avoir un chat pour bien apprécier. L'humour fait mouche justement quand on fait le rapprochement avec ce qu'on vit au quotidien : J'ai retrouvé des choses qu'a fait ou qu'aurait pu faire mon chat dans ce manga. Je me suis même surpris à rire plusieurs fois !
Autre point fort, c'est le dessin, Chi est hyper expressif, fait des tronches pas possible, ça rajoute de l'humour, du bon travail ! Les couleurs pastels ajoutent vraiment un plus au dessin, c'est doux, mignon...
Bref, Chi est à mon avis à mettre entre toutes les mains !
Serpieri est bien entendu connu pour sa série porno Druuna (bandes de cochons), mais il a aussi réalisé de nombreuses histoires courtes « western » (dont bon nombre sont déjà postées sur BDT : Femmes de l'ouest, L'Homme Médecine, L'Indienne blanche, Lakota).
Mosquito nous propose un nouvel ouvrage regroupant 4 histoires originellement publiées entre 1978 et 1983. Ces histoires tintées de fantastique sont certes classiques et ne tentent même pas de réinventer le genre, mais elles sont intéressantes et font parfaitement passer l’amour que porte Serpieri à la civilisation indienne, ses légendes, ses traditions.
Et puis alors quelle mise en image ! Vraiment on en prend plein les yeux, surtout sur les planches en noir et blanc : les compositions sont grandioses, le trait précis et détaillé… vraiment le genre de planches qu’on admire pendant de longues minutes.
Je pense que les amateurs de western devraient apprécier ces histoires à leur juste valeur.
J'ai bien souvent ri avec cette charmante série de gags parfois dévastateurs qui annoncent ceux de Gaston Lagaffe, mais je l'ai découverte sous le crayon de Dino Attanasio, qui avec la période Franquin reste la meilleure ; celle de Franquin, je l'ai lue alors que j'étais déja plus âgé, et je ne la trouve pas si exceptionnelle que ça. D'abord graphiquement, elle était très moyenne, et il suffit de se rappeler les premières apparitions de Gaston qui elles aussi n'étaient pas au point, car n'oublions pas que "Modeste et Pompon" a été créée 2 ans avant. Le mérite de Franquin est d'avoir mis en place un univers qu'il a ensuite transmis à Attanasio. Cet univers lui a permis d'essayer des idées et des gimmicks qui lui serviront ensuite pour Gaston.
Modeste et son ami Félix forment une fois de plus un duo dissemblable comme il y en a tant dans la BD, et qui sont en fait, les vrais héros de la bande, Pompon n'apparaissant qu'épisodiquement.
1ème idée à roder : Modeste est un employé de bureau, dont le directeur Mr Rugisson ressemble beaucoup au De Mesmaeker de Gaston (un type sérieux qui ne rit jamais).
2ème idée à roder : Modeste vit (ou plutôt pourrait vivre) paisiblement dans un petit pavillon de banlieue bien propret entouré d'un jardinet mitoyen avec celui de l'irascible Ducrin ; on a là le thème du voisin pénible qui sera exploité dans Achille Talon ou Marc Lebut et son voisin, mais ici, Ducrin est un petit vieux amer, rabougri et d'une méchanceté déprimante qui fait penser à ces ronds de cuir besogneux des administrations d'antan.
3ème idée à roder : les neveux de Modeste qui viennent troubler de leur espièglerie la tranquillité de Modeste ; ils seront remplacés chez Gaston par une ménagerie instable.
4ème idée à roder : il y a aussi un agent de police étrangement vêtu d'un uniforme à l'américaine ; une idée à creuser pour créer Lontarin chez Gaston.
5ème idée à roder : Pompon a un rôle secondaire, comparable à celui de M'oiselle Jeanne
6 ème idée à roder, et non la moindre : Félix qui s'apparente à Prunelle, sauf que les rôles seront inversés dans Gaston (le calme et gaffeur Gaston est suggéré par Félix, le vindicatif Prunelle est suggéré par Modeste).
Mais Modeste n'est pas si méchant que ça, il est victime d'un prototype de casse-pied infernal aussi crispant que peut l'être le Séraphin Lampion de "Tintin" ; il est harcelé par Félix qui tente de lui fourguer des produits de mauvaise qualité qui générent des catastrophes. C'est bien-sûr cette opposition qui est la plupart du temps source de gags, bien que Franquin se concentre plus sur le couple Modeste/Pompon, où Félix est souvent absent.
En 1961, Attanasio prend le relais et s'en sort fort bien en continuant dans la même veine, en utilisant certains rouages mis en place par Franquin, mais en concentrant les gags plutôt sur les 2 compères Modeste/Félix, et en offrant également comme l'a fait son prédécesseur une vision du design des années 50-60, surtout flagrante dans le mobilier. Graphiquement, il prouve qu'il est vraiment à l'aise dans la bande humoristique, son dessin est enlevé et bien mieux que dans ses bandes réalistes ; n'oublions pas qu'il a aussi crée Spaghetti. La plupart des gags, publiés généralement en dos de couverture du journal Tintin, étaient écrits par Lucien Meys ; je me souviens que c'était la première bande que je lisais avant d'ouvrir le journal.
La série aurait pu perdre de sa qualité lorsqu'en 1968, elle arrive sous le crayon de Mitteï, mais elle connaît encore de bons moments, avec l'aide de Foal pour les décors et de Godard sur certains gags. Mais pour moi, ça n'a plus la même saveur, car on sent que Mitteï était plus à l'aise avec ses propres créations comme L'Indésirable Désiré. Après 1975, la bande est reprise par d'autres dessinateurs, elle s'étiole et c'en est fini.
Voici donc une Bd qui se rapproche du family-strip bien qu'il s'agisse d'une fausse famille, et qui figure parmi les meilleures séries humoristiques du journal Tintin, à condition d'accepter le fait qu'elle est représentative d'une époque, celle des années 50 et 60. Mais aujourd'hui, elle n'est peut-être pas assez "mordante" pour les générations nouvelles. A tester donc pour les non-convaincus.
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Jack Joseph - Soudeur sous-marin
Suite à l’avis d’Alix, j’attendais la sortie de cet album avec impatience. À sa sortie, le prix a été difficile à avaler… mais je l’ai quand même acheté, et je ne le regrette pas ! L’histoire de Jack Joseph est à la fois bien construite et bien dessinée. Tout le récit tourne autour de ce personnage, futur père pas très investi, qui va devoir affronter son passé afin de pouvoir s’engager dans l’avenir. Selon moi, la quête du père est centrale, bien qu’elle ne soit longtemps pas consciente. L’auteur arrive à engendrer une bonne empathie pour son personnage que, personnellement, j’avais parfois du mal à comprendre, mais toujours envie de soutenir. Et le développement de l’histoire nous rappelle que les actes présents sont souvent conditionnés par les événements passés. Plus on connaît Jackie, mieux on comprend son comportement présent, et plus on a envie de le voir heureux. Le tout est servi, et je dirais même très bien servi, par le dessin en noir et blanc de Jeff Lemire. Je trouve qu’on sent que la même personne a réalisé le scénario et le dessin. Hormis les "gueules" féminines, je trouve ce dessin fort agréable. Mais ce que j’ai vraiment trouvé magnifique, c’est le travail de découpage et les cadrages. Le dessin, tout en étant très beau en soi, est surtout au service du scénario et le transcende. Les pleines pages et doubles-pages sont aussi très belles, et jamais gratuites. Bref, c’est une lecture que je vous conseille chaleureusement. Et merci à Alix qui m’a donné envie de découvrir cette BD.
Les Derniers Jours de Stefan Zweig
Une très belle adaptation du Roman du même nom sur les derniers jours d'un homme qui ne supporta pas de voir le monde ancien balayé par la montée en puissance du nazisme. Exilé aux Etats Unis puis au Brésil Stefan Sweig pensait attendre calmement que les alliés prennent le dessus sur le régime Hitlérien, pour retourner vivre dans la Vienne de l'art nouveau. Mais il fut rongé par le pessimisme, pensant que la victoire des alliés n'était pas possible, il fut également échaudé par le traitement que lui et son épouse reçurent en certaines circonstances à l'occasion desquelles on lui faisait comprendre qu'il n'était pas forcément le bienvenue. Sombrant progressivement dans la mélancolie et le désespoir, il décida de mettre fin à ses jours avec son épouse. Le dessin de Sorel, qui fait penser à Mael est superbe, même si on a le sentiment qu'il n'est peut être pas encore totalement abouti avec notamment de superbes couleurs directes. La fin du récit est également une réussite avec un suicide qui est seulement suggéré et non pas proposé brutalement aux lecteurs. A lire sans aucun doute
Mermoz
Une superbe biographie d'un des héros de l'aviation moderne de la première partie du siècle dernier racontée par un des maitres de la BD Italienne sur plus de cent pages en noire et blanc. Mermoz c'est un peu un héros grec, quelqu'un issu d'un milieu modeste mais qui qui avait un but: voler, toujours plus loin toujours plus haut. Se dépasser, souvent dans la souffrance, en y laissant sa santé, et au final sa vie; tel a été la vie de cet aviateur qui a du sans cesse gravie la colline, recommencer sans cesse les vols, les réparations, les décollages pour finalement parvenir à ses fins à la différence d'un Sysiphe. Mermoz c'est aussi l'homme qui pour conduire un projet concret, la traversée de l'atlantique, a du férrailler contre des politiciens et les industriels, avides de rentabilité immédiate et de notoriété médiatique, contre l'administration tatillonne, contre ses petits chéfaillons dans l'armée, qui l'ont souvent méprisé et dénigré. Avec ce récit Micheluzzi nous montre comment la volonté d'un homme peut parvenir à changer beaucoup de chose et comment la poursuite de ses rêves, l'accomplissement de soi est le seul moyen de l'épanouissement personnel. Nul doute que Nietzche aurait beaucoup apprécié Mermoz
Terra Australis
Terra Australis est une BD réussie… à plusieurs égards d’ailleurs. D’abord le récit ; il s’agit ici d’être le spectateur de la création d’une colonie sur le continent australien. Du projet à l’arrivée, en passant par le voyage et l’approche des « naturels », tout est présenté dans ce pavé de quelques 500 planches. C’est manifestement documenté ce qui rend l’album assez dense sans que cela ne devienne pesant. Pour se faire, le lecteur suit les destinées, parallèles puis croisées, de plusieurs protagonistes, ce qui permet à l’histoire de bien respirer et garder le rythme. Cette respiration, cette bouffée d’oxygène, c’est aussi, et surtout, dans l’humanité de l’histoire que l’album va la chercher. Tantôt touchant, tantôt blessant, l’état d’esprit du lecteur est parfois mis à rude épreuve. Non pas qu’il s’agisse ici de choquer pour choquer. Non, la spontanéité de ce voyage humain trouve son origine dans l’authenticité de son approche. C’est là, selon moi, la principale qualité de ce récit. L’autre qualité, également indéniable, vient dans la beauté graphique du trait et du noir et blanc. C’est beau, parfois très beau. À la fois dynamique et précis, j’ai trouvé le travail graphique tout simplement magistral. Seul léger bémol, certains visages se ressemblent un peu trop, ce qui peut par moment compliquer la reconnaissance des personnages. Au final, c’est un travail impressionnant qui a été réalisé par les auteurs. Une fois rentré dans le récit, il est très difficile de lâcher la barre. Suivre étapes après étapes les « motivations » des colons permet de percevoir l’aspect si fatidique, car tellement humain, de cette expédition. Chapeau bas Messieurs ! Du très bon boulot, tout simplement !
Fantastic Four - L'intégrale
Ces intégrales reprennent la plupart des épisodes que j'ai lus dans les numéros de Strange, Spécial Strange ou Nova; j'étais alors entre 1977 et 1982 dans ma période super-héros, mais tous ne me passionnaient pas, mes préférés étaient Spiderman, Iron Man, Daredevil, 4 Fantastiques, Punisher, Surfer d'Argent et un peu X-Men pour Marvel, tandis que chez D.C., j'étais fan de Batman dont les exploits étaient publiés chez nous par Sagédition. C'est pourquoi, aujourd'hui, même si je ne suis plus dans cette phase super-héros et si je n'en lis pratiquement plus, ce que j'aime par nostalgie, c'est ces séries d'époque 70's avec leur graphisme à l'ancienne du style Kirby, Romita, Buscema ou Ditko. C'est peut-être démodé comme graphisme et comme esprit, mais c'est comme ça que j'ai vibré, et j'ai donc gardé en mémoire à peu près toutes les caractéristiques de ces personnages qui m'ont fait rêver. Ceci ne m'empêche pas d'aller voir les films de super-héros puisque c'est devenu une mode d'adaptation, mais certains sont hélas de vraies trahisons; j'y reviendrai dans d'autres avis. Parlons des Fantastiques. L'apparition des Fantastic Four (ou 4 Fantastiques) a été indiscutablement une étape importante dans le monde du comic book et des super-héros, ainsi qu'une figure de proue de la firme Marvel, car c'est la grande première de Stan Lee et Jack Kirby en 1961, au début d'une décennie qui succédait à celle de l'étiolement de ces personnages, et qui va marquer le second Age d'or des super-héros, celui des années Marvel. L'association Lee/Kirby fut sans aucun doute la plus riche, la plus productive et la plus durable de l'histoire des comic books; jointes à la richesse d'invention de Lee (qui sait ce qu'attend le public, en correspondant par le courrier des lecteurs), les qualités graphiques de Kirby ont beaucoup contribué au succès des FF comme de leurs autres créations. Ne s'embarrassant pas de détails et de décors superflus, le dessin de Kirby est reconnaissable, toujours au service de l'action, ses qualités graphiques nerveuses imposent un style tranchant nettement avec celui des super-héros du premier Age d'or; avec Kirby, le mouvement était amplifié, les onomatopées explosaient, débordant des cadres, l'abondance des bulles emplissaient les cases, les personnages étaient toujours en mouvement dont l'aspect rageur était poussé au maximum, muscles bandés, corps frémissants, symbolisant la force animale et la puissance. Cet aspect percutant et tonique était non seulement une nouvelle forme de dessin réaliste, mais surtout, cette exagération dans le dessin influença tous les dessinateurs de comic books, et Kirby fit l'objet d'un véritable culte auprès de hordes de fans. De son côté, Stan Lee décide de rendre les super-héros plus humains, moins tout puissants, voire vulnérables, tout en gardant leurs pouvoirs, qui pour la plupart étaient dûs à des accidents. C'est le cas des FF; je ne vais pas ici répéter les causes de leur accident spatial qui a causé leurs pouvoirs, mais ils étaient assez impressionnants : Red Richards qui peut étirer son corps caoutchouteux sous toutes les formes, Jane Storm qui devient invisible, Johnny Storm qui s'enflamme sous l'effet du danger (qui aura du mal à maîtriser cette énergie au début); seul Ben Grimm est le moins gâté, puisqu'il a hérité d'une force exceptionnelle mais aussi d'un aspect de colosse pierreux qui lui vaudra le surnom peu valorisant de La Chose (The Thing), au contraire de ses amis, il ne peut reprendre son aspect normal. Le coup de génie de Stan Lee, c'est d'attirer l'attention du lecteur sur les soucis quotidiens et domestiques de ses héros qui payent leur loyer et leurs impôts, ont une vie privée, en les faisant ressembler à n'importe quel Américain moyen; il fera de même avec ses autres créations, et certains auront de sacrés problèmes de conscience, tel Spiderman. Le plus terrible ennemi des FF est Galactus, qu'ils repoussent parfois avec l'aide du Surfer d'Argent, mais les empoignades avec Doc Fatalis restent mémorables; j'adorais ce personnage qui reste probablement un des super-méchants les plus fascinants des comic books. Scientifique dérangé, victime d'une expérience qui a mal tourné et dont il rend responsable Red Richards, il n'aura de cesse de combattre les FF. Le spectacle offert par les Four est toujours exceptionnel, chacun mettant en application sa spécificité physique, exaltant l'action de groupe, ce qui donnera l'idée à Stan Lee de créer des groupes de super-héros, on n'est pas loin des Vengeurs. La réussite des FF tient donc souvent à leurs pouvoirs conjugués, bien que Johnny (la Torche) ait eu des aventures en solo, notamment contre Namor, et même la Chose connaîtra ses propres aventures. L'humour est aussi présent avec les vannes que s'envoient Johnny et Ben, mais on sait qu'ils s'adorent. Côté dessinateurs, à la suite de Kirby, je retiendrais entre autres John Buscema, John Romita, Steve Ditko, Vince Coletta, Frank Springer, Bill Sienkiewicz, Gene Colan, John Byrne, et du côté des scénarios, après Stan Lee, ont oeuvré surtout Roy Thomas et Archie Goodwin. Des 2 blockbusters vus à l'écran en 2005 et en 2007, le premier n'est pas mal, mais manque un peu de rythme, le second est plus faible, mais permet d'introduire le Surfer. Au final, eh bien ces intégrales sont indispensables pour tout fan.
Spyware
Le scénario est captivant dès l'entame et distille les infos au compte-goutte sans jamais que l'intérêt ne faiblisse. Une grande maîtrise qui met au supplice dans l'attente du tome 2. Le dessin est de style réaliste mais au trait rendu brut par son caractère assez épais et la présence de nombreux traits annexes. La colorisation est impeccable et participe correctement à ce style particulier mais finalement agréable. Au final, un album bien conçu et réalisé.
Ararat, la montagne du mystère
L’auteur italien Paolo Cossi semble avoir un faible pour l’Arménie dont les habitants ont été les premiers chrétiens de l’histoire. Il est vrai que son fameux Medz Yeghern : Le grand mal avait marqué les consciences par sa pudeur et sa force. Le second essai à savoir 1432 n’était pas très réussi en raison d’un sujet plutôt limité. Voilà qu’il revient sur l’un des mythes fondateurs les plus importants de l’histoire de l’humanité : l’arche de Noé a-t-elle existé et reste-t-il des vestiges sur le Mont Ararat ? Selon la Bible, après le déluge, l'Arche de Noé se serait posée sur le mont Ararat, l'un des sommets les plus élevés de l'actuelle Turquie, avec plus de 5 000 mètres d'altitude. L’enjeu est de taille car il s’agit de prouver la véracité d’un célèbre fait biblique. Il est vrai que cet essai a connu un véritable succès en Italie. Voilà qu’il est publié dans notre pays. Cette histoire est inspirée de faits réels comme l’expédition initié par le tsar Nicolas II peu avant la révolution d’octobre ou encore le survol d’un avion de l’US Air Force en 1949 qui détecte une anomalie près du sommet de la montagne. Un jeune scientifique d’origine arménienne va tenter de percer le secret de cette montagne en recherchant les traces de l’arche au mépris du danger puisque l’armée turque qui occupe les lieux veille à l’intégrité de son territoire arraché au gré des évènements historiques. Il est vrai que cette région au cœur de l’Arménie historique a été au fil des siècles sous contrôle notamment romain, perse, byzantin, arabe, seldjoukide, ottoman et russe avant de tomber sous la domination turque. Ce mont reste un symbole national en Arménie. L’auteur va en remettre une couche tout en finesse par rapport au grand mal. En même temps, il ne pouvait pas passer à côté même si ce n’est pas le sujet de ce récit. Le trait, toujours en noir et blanc, nous plonge au cœur des coutumes arméniennes. On en apprendra également un peu plus sur l’origine du peuple kurde. Au final, une belle histoire sur fond d’échange et de partage et de découvertes culturelles et culinaires.
Chi - Une vie de chat
Franchement c'est super mignon Chi ! Alors certes je penses qu'il faut aimer les chats ou avoir un chat pour bien apprécier. L'humour fait mouche justement quand on fait le rapprochement avec ce qu'on vit au quotidien : J'ai retrouvé des choses qu'a fait ou qu'aurait pu faire mon chat dans ce manga. Je me suis même surpris à rire plusieurs fois ! Autre point fort, c'est le dessin, Chi est hyper expressif, fait des tronches pas possible, ça rajoute de l'humour, du bon travail ! Les couleurs pastels ajoutent vraiment un plus au dessin, c'est doux, mignon... Bref, Chi est à mon avis à mettre entre toutes les mains !
Chaman
Serpieri est bien entendu connu pour sa série porno Druuna (bandes de cochons), mais il a aussi réalisé de nombreuses histoires courtes « western » (dont bon nombre sont déjà postées sur BDT : Femmes de l'ouest, L'Homme Médecine, L'Indienne blanche, Lakota). Mosquito nous propose un nouvel ouvrage regroupant 4 histoires originellement publiées entre 1978 et 1983. Ces histoires tintées de fantastique sont certes classiques et ne tentent même pas de réinventer le genre, mais elles sont intéressantes et font parfaitement passer l’amour que porte Serpieri à la civilisation indienne, ses légendes, ses traditions. Et puis alors quelle mise en image ! Vraiment on en prend plein les yeux, surtout sur les planches en noir et blanc : les compositions sont grandioses, le trait précis et détaillé… vraiment le genre de planches qu’on admire pendant de longues minutes. Je pense que les amateurs de western devraient apprécier ces histoires à leur juste valeur.
Modeste et Pompon
J'ai bien souvent ri avec cette charmante série de gags parfois dévastateurs qui annoncent ceux de Gaston Lagaffe, mais je l'ai découverte sous le crayon de Dino Attanasio, qui avec la période Franquin reste la meilleure ; celle de Franquin, je l'ai lue alors que j'étais déja plus âgé, et je ne la trouve pas si exceptionnelle que ça. D'abord graphiquement, elle était très moyenne, et il suffit de se rappeler les premières apparitions de Gaston qui elles aussi n'étaient pas au point, car n'oublions pas que "Modeste et Pompon" a été créée 2 ans avant. Le mérite de Franquin est d'avoir mis en place un univers qu'il a ensuite transmis à Attanasio. Cet univers lui a permis d'essayer des idées et des gimmicks qui lui serviront ensuite pour Gaston. Modeste et son ami Félix forment une fois de plus un duo dissemblable comme il y en a tant dans la BD, et qui sont en fait, les vrais héros de la bande, Pompon n'apparaissant qu'épisodiquement. 1ème idée à roder : Modeste est un employé de bureau, dont le directeur Mr Rugisson ressemble beaucoup au De Mesmaeker de Gaston (un type sérieux qui ne rit jamais). 2ème idée à roder : Modeste vit (ou plutôt pourrait vivre) paisiblement dans un petit pavillon de banlieue bien propret entouré d'un jardinet mitoyen avec celui de l'irascible Ducrin ; on a là le thème du voisin pénible qui sera exploité dans Achille Talon ou Marc Lebut et son voisin, mais ici, Ducrin est un petit vieux amer, rabougri et d'une méchanceté déprimante qui fait penser à ces ronds de cuir besogneux des administrations d'antan. 3ème idée à roder : les neveux de Modeste qui viennent troubler de leur espièglerie la tranquillité de Modeste ; ils seront remplacés chez Gaston par une ménagerie instable. 4ème idée à roder : il y a aussi un agent de police étrangement vêtu d'un uniforme à l'américaine ; une idée à creuser pour créer Lontarin chez Gaston. 5ème idée à roder : Pompon a un rôle secondaire, comparable à celui de M'oiselle Jeanne 6 ème idée à roder, et non la moindre : Félix qui s'apparente à Prunelle, sauf que les rôles seront inversés dans Gaston (le calme et gaffeur Gaston est suggéré par Félix, le vindicatif Prunelle est suggéré par Modeste). Mais Modeste n'est pas si méchant que ça, il est victime d'un prototype de casse-pied infernal aussi crispant que peut l'être le Séraphin Lampion de "Tintin" ; il est harcelé par Félix qui tente de lui fourguer des produits de mauvaise qualité qui générent des catastrophes. C'est bien-sûr cette opposition qui est la plupart du temps source de gags, bien que Franquin se concentre plus sur le couple Modeste/Pompon, où Félix est souvent absent. En 1961, Attanasio prend le relais et s'en sort fort bien en continuant dans la même veine, en utilisant certains rouages mis en place par Franquin, mais en concentrant les gags plutôt sur les 2 compères Modeste/Félix, et en offrant également comme l'a fait son prédécesseur une vision du design des années 50-60, surtout flagrante dans le mobilier. Graphiquement, il prouve qu'il est vraiment à l'aise dans la bande humoristique, son dessin est enlevé et bien mieux que dans ses bandes réalistes ; n'oublions pas qu'il a aussi crée Spaghetti. La plupart des gags, publiés généralement en dos de couverture du journal Tintin, étaient écrits par Lucien Meys ; je me souviens que c'était la première bande que je lisais avant d'ouvrir le journal. La série aurait pu perdre de sa qualité lorsqu'en 1968, elle arrive sous le crayon de Mitteï, mais elle connaît encore de bons moments, avec l'aide de Foal pour les décors et de Godard sur certains gags. Mais pour moi, ça n'a plus la même saveur, car on sent que Mitteï était plus à l'aise avec ses propres créations comme L'Indésirable Désiré. Après 1975, la bande est reprise par d'autres dessinateurs, elle s'étiole et c'en est fini. Voici donc une Bd qui se rapproche du family-strip bien qu'il s'agisse d'une fausse famille, et qui figure parmi les meilleures séries humoristiques du journal Tintin, à condition d'accepter le fait qu'elle est représentative d'une époque, celle des années 50 et 60. Mais aujourd'hui, elle n'est peut-être pas assez "mordante" pour les générations nouvelles. A tester donc pour les non-convaincus.