C'est en consultant le site que je me suis aperçu que seuls les deux premiers tomes étaient disponibles pour le moment. Je souhaite vraiment que Drakoo n'interrompe pas la série de Mara car j'ai trouvé bien du plaisir à cette lecture tout public. Dans un esprit de comédie type "SOS fantômes" avec un zest de Voldemort, l'autrice délivre un scénario bien ficelé et très tonique. Les personnages principaux sont très attachants bien que très classiques. L'adjonction de l'aviatrice Mary Pickett presque en hommage à l'aviatrice pionnière Bessie Coleman héroïne de Black Squaw est très sympathique. Cela permet d'introduire la thématique du racisme de façon soft mais réelle. J'ai lu les deux tomes avec plaisir même si, ça et là on peut chicaner sur quelques détails de facilité.
Graphiquement j'aime bien les deux couvertures proposées par l'éditeur. Le dessin fait un peu dessin animé mais reste agréable. On se situe toujours dans un registre comique assez jeunesse même pour des scènes avec des morts. A l'image du scénario c'est vif et très expressif.
La mise en couleur (avec Morgane Bride et Violette Nouvel) propose une belle variété de tons pour coller au différentes ambiances.
J'espère une suite dans pas trop longtemps.
Je me permets une "petite" MAJ après la lecture d'un excellent T3. Mara y complexifie la personnalité de ses personnages dans un récit flashback à deux voix. C'est très bien huilé et cette double vision donne beaucoup de sel à la narration. On glisse doucement d'un "tout public" à un "Youg Adult" comme le précise la quatrième. En effet Mara introduit des thématiques et des dialogues qui peuvent être moins accessibles à un jeune public. Le fort rebondissement du tome introduit plusieurs nouveaux sujets comme l'être et le paraître, l'homosexualité, les effets pervers d'une découverte scientifique. En effet ce T3 flashback met le personnage d'Anya au centre du récit avec une culture scientifique qui rappelle celle de Marie Curie. Mara équilibre ainsi son récit entre le fantastique/spiritisme (très en vogue à l'époque) et le réalisme historique de la découverte de l'uranium ( porteuse de grands espoirs à cette même époque).
C'est très intelligemment construit et donne un récit qui m'a enthousiasmé. Pour le reste nous sommes dans la continuité graphique des deux premiers tomes avec une très très belle couverture. Une série qui a vraiment de "la gueule" dans la forme et le fond.
Si le T4 est de la même force je n'hésiterai pas à monter ma note au max.
Je ne suis plus un enfant monsieur Braddock.
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Ce tome constitue un recueil de 9 histoires courtes, d'une page à 16 pages. Elles sont toutes en couleurs. L'album comprend 44 planches de bandes dessinées. Il a été réalisé par Daniel Goossens qui a tout fait : scénario, dessins, couleurs. La première édition date de 2014.
(1) Les bidoches (4 pages) - Louis indique à Georges qu'il souhaite réaliser une adaptation de la célèbre bande dessinée des Bidoches, mais à sa manière, parce que la vie en HLM ça ne fait pas rêver, et en ajoutant aussi du drame parce que l'humour ça ne suffit pas. Le titre : Autant en emporte la Bidoche. (2) La piste des Magombos (16 pages) - Le guide Mac Cabe conduit Brenda Willis à travers la brousse jusqu'à la mission où se trouve son mari. Elle tombe sous le charme du chasseur Butch Braddock, un individu qui n'a plus son bras gauche. Elle l'accompagne dans la brousse. Il lui fait rencontrer les indigènes de la tribu Magombos, et elle assiste à une scène terrible de mise à mort d'un bébé sauvage, avec récupération de couche sale. (3) - Chagrin (5 pages) - Louis rend visite à sa mère ; il est assis dans le fauteuil en face d'elle, son chapeau à la main, pendant qu'elle tricote. Il évoque une femme qu'il voyait en bas d'un immeuble qu'il ne pouvait pas aborder faut d'avoir de quoi se payer ses tarifs. Ensuite, il évoque le sourire vertical, celui de la braguette ouverte. (4) Charmes (2 pages) - Louis continue à parler avec sa mère de son besoin d'argent pour aller voir une prostituée, qui a besoin d'argent pour se faire refaire la poitrine. Ils parlent ensuite de son charme, ou plutôt de son absence de charme à lui.
(5) Solitude (1 page) - Louis papote avec sa mère et évoque sa difficulté à mettre des femmes dans son lit. Il arrive à les faire bailler, parfois à les faire rire ; sa mère ne réagit pas. (6) Place aux jeunes (2 pages) - La mère de Louis revient de faire les courses et son fils l'attend pour lui demander de l'argent afin d'aller voir une professionnelle. Sa mère lui fait observer qu'il s'est déjà reproduit. (7) Une fille formidable (5 pages) - Louis lit un poème en prose à Georges, écrit par une femme et d'un érotisme torride. Il lui indique qu'il va rejoindre l'autrice qui est dans la pièce d'à côté. (8) La fureur du désir (3 pages) - Georges et Louis sont sur leur transat dans le joli jardin de leur pavillon. Pour sortir de la routine, Louis envisage le fait que Georges soit une péripatéticienne et que lui Louis soit son client, ce qui les met en indélicatesse face à son mac qui fait irruption dans la chambre. (9) Passions (6 pages) - Louis et Georges sont sur leur transat dans le joli jardin de leur pavillon et Louis indique à Georges qu'il ne le fait plus rêver, en se laissant pousser des doubles mentons. Ils entrent se reposer dans leur fauteuil devant la cheminée, et Louis évoque sa vie rêvée de conquêtes amoureuses.
Daniel Goossens participe à la revue Fluide Glacial depuis 1977, ce qui en fait de lui un des piliers. Il est connu et reconnu pour son humour absurde s'exprimant aussi bien contre les bébés dans L'encyclopédie des bébés , que pour révéler La vie d'Einstein . Il n'y a pas de raison objective ou logique à découvrir l'œuvre de cet auteur à l'humour fin, froid, glacé et sophistiqué, par cet album plutôt qu'un autre, ou le contraire. Le lecteur plonge donc dans une suite d'histoires courtes et il remarque que pour une raison inexplicable et qui reste inexpliquée, celle portant le titre de Le sourire vertical n'est pas répertoriée dans le sommaire, et que les pages des histoires (3) à (6) sont en fait numérotées comme s'il s'agissait d'une unique histoire. Le lecteur observe que l'auteur met en scène Louis dans toutes ses histoires sauf une (la numéro 2), sans que cela n'ait non plus d'importance. Il ne peut rien déduire non plus du nombre de pages par histoire ou du nombre de personnages mis en scène. Il ne lui reste plus qu'à prendre ces séquences comme elles viennent, sans essayer d'y retrouver un horizon d'attentes sans fondement.
Daniel Goossens fait comme tout le monde et appâte le lecteur avec une magnifique couverture, vaguement évocatrice du souvenir que le lecteur peut se faire d'Autant en emporte le vent. Il observe un coup de crayon agile et élégant qui croque des personnages avec un gros nez. Il n'y a que les protagonistes du récit La piste des Magombos qui échappent à un appendice nasal surdéveloppé. Étrangement, ça ne les rend pas plus crédibles. Au contraire, l'auteur se déchaîne avec l'humour absurde, ce qui ne fait que plus ressortir le ridicule de la tonalité romantique de ces beaux acteurs. Les gros nez deviennent la manifestation de l'intention comique, l'élément qui assure la cohérence des personnages avec leur fonction de ressort comique. Pour le reste, le lecteur est frappé par la qualité descriptive des dessins et leur richesse. En tant qu'artiste Goossens réalise des planches à l'identique de ce qu'il ferait pour une comédie dramatique ou un récit d'aventures. Les acteurs présentent des morphologies bien distinctes. Ils bénéficient de tenues vestimentaires spécifiques, parfois teintées d'une touche d'exagération : le décolleté pigeonnant du chemisier rouge de Brenda Willis, les pagnes et les parures stéréotypées des Magombos, la robe et les charentaises très confortables de la mère de Louis, les tenues racoleuses et voyantes des différentes prostituées.
De séquence en séquence, le lecteur peut se projeter dans chaque endroit grâce à un travail soigné du chef décorateur. La recréation du salon d'une maison de riches propriétaires du Sud est consistante et cohérente. La page d'ouverture du deuxième récit montre les différents animaux qu'évoque le guide : serpent, alligator, toucan, calaos, grenouille du Brésil. Le Citroën type H (utilitaire léger de type fourgon automobile) est d'une authenticité remarquable. Le salon de la mère de louis est confortable et accueillant. Le lecteur se dit qu'il aimerait bien profiter du soleil sur un transat, dans le jardin de Georges et Louis (mais de préférence sans eux). L'opulence des différents intérieurs décrits dans la dernière histoire atteste de l'aisance financière des différentes femmes de Louis. Pour ses découpages de planche, Goossens privilégie les cases bien détourées et sagement alignées. Le nombre de case par page est en moyenne de 6, mais il peut monter jusqu'à 12 quand il s'agit d'une discussion entre Louis et sa mère, et que l'intérêt visuel réside dans le langage corporel des interlocuteurs : variation des postures, expressions des visages. Il n'y a que dans l'histoire Une fille formidable, où Goossens se lâche un peu avec des dessins différents coexistant au sein d'une même case, ou des cases sans bordure, pour que la forme de la narration soit à l'unisson du poème en prose.
Le lecteur plonge dans une suite de 10 saynètes (ou 5, ça dépend comment il compte, mais on ne va pas revenir dessus) grâce à des images soignées, des acteurs avec une trogne marquée, mais avec un jeu d'acteur naturaliste, des décors réalistes et détaillés. En total décalage, dès la première histoire, il est confronté sans ménagement à l'humour puissant de l'auteur. Cela commence par un jeu sur une référence, celle aux Bidochon et à Binet dont les noms sont écorchés. Par la suite, Goossens effectue d'autres références plus ou moins marquées, parfois à ses propres œuvres (L'encyclopédie des bébés), parfois à des films précis ( Autant en emporte le vent dans la première histoire), parfois de manière plus générique (le héros viril et marqué par ses aventures), parfois à des stéréotypes culturels (à de nombreuses reprises sur les prostituées dans ce tome), d'autres fois à des humoristes comme Fabrice Luchini ou Édika (une maladie imaginaire appelée Delirium Profondicum). Il peut aussi effectuer des variations humoristiques sur des expressions toutes faites comme Femme qui rit à moitié dans son lit, Couvrir une femme de bijoux, Un individu dans sa tour d'ivoire. Il s'amuse également beaucoup avec les conventions propres aux publicités télévisuelles pour les couches. Enfin il n'hésite pas à utiliser une citation totalement inventée de René Chateaubriand : Le désespoir, c'est une culotte vide ; à quoi bon mettre les mains dans le désespoir ?
Le lecteur peut prendre la première saynète comme une aimable moquerie des producteurs ou auteurs se lançant dans l'adaptation cinématographique d'une œuvre (ici une série de bande dessinée) sans rien en connaître et en la transformant tellement qu'il ne reste plus rien de la création originelle. La deuxième histoire commence comme un pastiche d'une comédie dramatique où une femme va découvrir les vraies valeurs de la vie au contact d'un homme marquée par la nature, et des indigènes africains. Mais rapidement, l'histoire se transforme en une réclame pour les couches pour bébé (avec les petites fronces à l'entrejambe), aboutissant à un manteau de couches sales que même Lady Gaga n'aurait pas eu l'audace de concevoir. Goossens met en œuvre un humour absurde à froid, en utilisant des conventions et des stéréotypes de différents genres littéraires en dehors de leur contexte, à contretemps, les désamorçant totalement. Parfois, le lecteur a besoin de prendre un peu de recul pour mesurer l'absurdité d'une situation allant jusqu'à l'obscène, par exemple Louis taxant sa mère pour aller voir les prostituées, en lui expliquant leurs difficultés économiques. En fonction de son état d'esprit, le lecteur peut trouver les situations juste absurdes sans aucune dimension comique (les blagues filées sur les couches souillées), ou au contraire d'une perspicacité pénétrante et élégante (la transposition des formes de poitrine et de seins, à la forme des portefeuilles des hommes). Dans tous les cas, il sait que l'auteur maîtrise chaque abus de langage, chaque situation absurde, et qu'il le fait sciemment.
L'appréciation de ce tome et de cette forme d'humour dépend beaucoup de l'état d'esprit du lecteur. Le savoir-faire et les compétences de l'auteur apparaissent comme une évidence, qu'il s'agisse de la qualité de ses dessins et de sa narration visuelle, ou de l'inventivité des différentes situations. Pour ressentir l'effet comique des situations et des propos, le lecteur doit y participer activement, en se moquant de ce qui lui est montré, soit de la bêtise des personnages, soit de leur misère affective. Ce sens de l'absurde repose sur la conviction profonde que la vie est dépourvue de sens et que chacun est prisonnier de sa finitude ce qui fait de lui un idiot se heurtant à ses limites. De ce point de vue, il devient drôle que Louis s'ouvre de sa misère sexuelle à sa mère, ou que la frustration soit au cœur de la vie de tout être humain, sans espoir d'y échapper. C'est un humour qui ne peut pas laisser indifférent, mais qui peut aussi s'avérer très dérangeant. Une inventivité extraordinaire, et une vision de la vie peut-être trop décapante, trop décillée qui fait que le lecteur n'éprouve pas d'envie de s'identifier aux personnages.
Un manga horrifique comme je l'aime.
Dans le futur, un groupe d'étudiant sont en voyage dans l'espace et tout va bien jusqu'à ce que le vaisseau soit victime d'une catastrophe qui va l'endommager et il y a rien à faire sauf attendre et espérer que les secours arrivent avant le manque d'oxygène... On sait déjà que cela va mal se finir parce qu'on suit un groupe de pilleurs de vaisseaux qui sont tombés sur le journal d'un des étudiants, mais cela reste un scénario qui contient des surprises et des retournements de situations tout le long des 3 tomes.
Le scénario est prenant et l'auteur explore bien ce qui peut arriver lorsque des ados sont laissé à eux-mêmes dans une situation où un seul a une chance de survivre. On va aborder plusieurs thèmes qui sont bien utilisés, j'ai aimé l'ambiance huis-clos du vaisseau et il y a une bonne ambiance qui se dégage du dessin. L'intrigue se passe dans un futur où la terre est dirigée par une dictature. On ne voit pas grand chose de ce qui se passe sur Terre et dans les colonies, mais l'auteur distille bien les informations et on comprend facilement la situation actuelle des humains dans cet univers.
Je regrette toutefois que certains élèves soient un peu difficiles à différencier et aussi par moment on dirait qu'il y avait des nouveaux élèves qui semblaient sortir de nulle part. On tombe aussi sur le cliché du récit se passant dans le passé narré par une personne et il y a des scènes sans le narrateur !
Aimer les filles ou les garçons, c'est aimer de toute façon.
On va découvrir au travers plusieurs histoires le parcours d'une jeune fille, Ichiko. On va suivre son parcours amoureux de lesbienne aux travers différentes thématiques (certaines ne sont pas spécifiques à l'homosexualité) : le coming out, le premier amour, le regard des autres, la jalousie, le plaisir de la chair, la peur d'être rejetée, la relation à distance. Bref, la découverte de soi, un passage obligé pour grandir.
Évidemment, pour apprécier cette lecture il faut un minimum aimer la romance, ce qui est mon cas. J'ai trouvé Ichiko très touchante, on ressent ses doutes et ses questionnements de jeune fille (on ne peut pas lui demander de penser comme une personne de 30/40 ans) qui va entrer dans le monde des adultes. Ici, pas de pupilles bandées ou de biceps amoureux mais plutôt un sourire qui pleure. Le ton est léger et les dialogues sont justes. Alors oui, elles font souvent l'amour, mais n'est-ce pas de leur âge ?
Graphiquement, un dessin qui m'a charmé avec son trait simple, fin et épuré.
Une belle lecture.
Ce n'est pas le premier Darryl Cunningham que je lis, et même si je ne suis pas en total accord avec lui sur certains points, je reconnais que ses documentaires ont l'avantage de ne pas être trop partisans, permettant ainsi de toucher un plus large public par des faits examinés scrupuleusement.
Cette BD est un bon pendant à d'autres sur l'économie (je pense à Economix, Capital & Idéologie ou encore La Survie de l'Espèce) avec une centralisation ici sur le néolibéralisme et la façon dont celui-ci a conduit à la crise bancaire de 2008. La BD s'ouvre de manière originale en présentant une autrice que je ne connaissais pas, mais qui a eu une pensée politique importante dans la construction de plusieurs personnes devenues par la suite importantes dans la politique américaine. Et franchement, cette dame fait froid dans le dos. Son discours, sa pensée, sa façon d'être la font passer pour une fasciste s'imaginant libératrice de l'humanité. Une femme impressionnante, mais pas dans le bon sens du terme.
C'est assez originale de présenter cette autrice en premier lieu, puisque cette idéologie de l'égoïsme est ce qui transparait par la suite. Sauf que finalement, les crises (notamment donc celle de 2008) présentent bel et bien les limites de ces pensées. Le déroulé du discours est glaçant, en même temps qu'il montre implacablement l'incapacité du néo-libéralisme à tenir ses promesses. Ce qu'il crée comme monde, nous le connaissons désormais bien : l'enrichissement des plus riches, l'appropriation du monde par une petite élite, la privatisation de tout, le délaissement de tout ceux qui n'ont rien. La plus belle dystopie que le monde capitaliste pouvait nous vendre ...
Cette BD est franchement bien faite, malgré son dessin simplifié au maximum. L'exposé est clair, démontrant dès l'origine les défauts de cette pensée et du système qui le défend. Les trois parties, bien équilibrées et très claires dans leurs propositions, mettent en lumière tous les rouages qui se sont imbriqués les uns dans les autres jusqu'à un final incroyable. Décortiquer l'opposition droite-gauche sous un angle psychologique est assez fou, même si je trouve que sa démonstration semble vouloir proposer un sophisme du juste milieu ("Nous avons besoin des deux"). En tout cas, malgré plusieurs lectures à ce sujet, j'ai encore appris des choses. Et surtout, j'ai été étonné de découvrir Alan Greenspan surpris que sa pensée politique soit finalement mauvaise, après quarante années à la défendre.
Je retirerais surtout de cette BD que l'égoïsme est lié par essence au néo-libéralisme, mais aussi que Ayn Rand est l'autrice préférée de Donald Trump. Et que si la pensée de gauche a disparu de nos radars, il nous appartient de faire renaitre dans l'espace public la défense de l'entraide et de la solidarité.
Je connaissais le Zidrou humoriste, policier, fantastique voire historique ou presque gore (Marina) et même au centre d'une polémique de stéréotype raciste, mais je n'avais pas encore rencontré le Zidrou poète. C'est chose faite avec cette série qui m'a vraiment beaucoup plu. Les auteurs nous proposent un véritable poème (romantique) d'amour chargé d'une belle émotion. Sa construction est assez étonnante. J'ai emprunté ce volume dans la section jeunesse et effectivement cela débute sur un mode d'illustrations d'un conte pour enfants sur un sujet que je ne connaissais pas: la poste maritime. Cette accroche m'a tout de suite intéressé d'autant qu'elle introduit la thématique principale sur l'amour de la mer et l'amour de son métier. Comme ce poème est aussi conte, le fantastique a droit de cité dans la rencontre avec une baleine vieille comme la terre et la culture humaine. Puis le réalisme reprend ses droits avec un amour à sa belle et quelques planches surprenantes si on les imagine entre les mains de jeunes enfants. Malheureusement même par une belle nuit de mai, les chants les plus beaux … Zidrou se fait alors porteur de la poésie Romantique où la souffrance ( d'un accouchement par césarienne ?) est moteur de la création la plus belle.
Il serait injuste de réduire cette œuvre au travail de Zidrou tellement le graphisme de Judith Vanistendael apporte à la série. Ses peintures sont à la fois belles et touchantes. Judith propose un équilibre subtil entre l'illustration posée et le dynamisme des cases BD. C'est une succession de temps forts et de temps faibles qui nous conduit à travers la houle et le danger de vivre toujours présents.
Une œuvre surprise bien plus riche qu'il n'y paraît et à découvrir. J'ai été complétement sous le charme.
Je me suis vraiment régalé à lire cette série pleine de fraicheur. A travers un scénario d'une grande fluidité les autrices mettent en valeur la thématique du mérite. Flavia expérimente la fameuse maxime sur le génie "1% d'inspiration et le reste de transpiration". Manon Heugel fait de sa petite brésilienne issue d'une favela de Belem une illustration parfaite, touchante et crédible d'un tel parcours. Le second personnage clé de la série est l'Ecole Normale de Musique de Paris qui forme dans l'excellence les concertistes de musique classique. Sans tomber dans un côté documentaire aride les auteurs dépeignent avec une belle humanité le très difficile apprentissage vers l'excellence. Le côté universel du langage de la musique est bien rendu par cette population étudiante issue d'un nombre important de pays. Les autrices y glissent aussi une chronique très réaliste de la vie étudiante où recherche d'argent , isolement de la famille ou attirances sentimentales trouvent une petite place dans un quotidien qui ne tolère pas de relâchement.
Le graphisme de Kim Consigny au trait fin donne une allure de reportage à cette histoire. La narration graphique développe ainsi une grande tonicité . Sa belle fluidité vous colle à ce récit qui propose de très belles valeurs sans être guimauve à mes yeux. Une mise en couleur classique mais adéquat participe au grand plaisir que j'ai eu à lire cette série.
Cette série relate les rencontres de l'auteure marocaine Leïla Slimani à la suite de son essai sur la sexualité des femmes marocaines. Le récit s'appuie sur des témoignages souvent bouleversants de femmes qui rencontrent de grandes difficultés à vivre une sexualité épanouissante et libre. Elle souligne ainsi les contradictions au sein d'une société qui doit équilibrer progressisme et tradition dans le respect de l'Islam. Il y a beaucoup de passages très intéressants même si je me suis senti en dehors de la thématique. La réflexion et le débat portés par Slimani s'adressent avant tout aux législateurs de son pays. Le message est aussi fort envers ses compatriotes masculins pour qu'ils s'interrogent sereinement sur leur position vis à vis de la sexualité féminine.
Le graphisme de Laetitia Coryn est très classique parfois un peu scolaire et rigide mais il accompagne très bien un texte fourni et intelligent. Comme il y a beaucoup d'entretiens cela produit un visuel un peu statique mais la multiplication des témoignages permet une dynamique qui favorise la narration.
Une lecture intéressante pour un ouvrage courageux.
Je pousse un peu ma note pour tirer le général vers le haut. 3.5 me convient bien
Dans un royaume qui rappelle la France de Versailles, une jeune noble sans le sou mais volontaire et intelligente quitte sa famille pour devenir demoiselle de compagnie de la reine. Elle va découvrir les manigances qui se trament dans les alcôves du château et devra mettre en action toute sa finesse d'esprit et sa bonté d'âme pour s'en sortir et aider le vieux roi. Quitte pour cela à jouer le rôle de bouffon du royaume...
J'ai passé un excellent moment à la lecture de cette BD. Ce que je croyais au départ être la trame d'une aventure historique se rapproche en définitive bien plus du conte pour la jeunesse. Il y a des méchants pas trop méchants, des gentils un peu naïfs, un cadre de palais entre le conte de fées et le Versailles du Roi Soleil, et une héroïne très débrouillarde qui réussit à se sortir de toutes les péripéties par son astuce, sa maîtrise de la langue française, son ouverture d'esprit et sa générosité. C'est une aventure empreinte de bienveillance, peuplée de personnages charmants, de situations pleines de finesse et d'humour, et d'une tonalité aérienne qui illumine la lecture. Le dessin, lui aussi, s'épanouit dans une légèreté lumineuse qui réchauffe le cœur et suscite le sourire.
Une lecture chaleureuse, divertissante, dépaysante et pleine d'optimisme. Pour tous publics, même si je trouve que la cible principale est aux alentours de 12 ou 13 ans.
Belle claque, rien d'autre à dire.
Si, bien sûr qu'il y a des choses à dire.
Déjà, la figure de la sorcière est à mes yeux fascinante, à la fois conséquence de la diabolisation des femmes et des sciences rejetées par les religions monothéistes, et figure monstrueuse (ou en tout cas vue comme telle) sous forme humaine, elle est source de bons nombres de bonnes histoires. Ici, la sorcière est utilisée pour symboliser la peur, la peur d'autrui, la peur de soi-même, la peur de ce qu'on est capable de faire. Les scènes sont viscérales, les personnages vivent des choses horribles, sont capables de choses tout aussi horribles, sont traqués comme des animaux, … L'histoire prend aux tripes, en tout cas elle m'a prise aux tripes. Les violences corporelles, les défigurations, les émotions et passés chaotiques des personnages, les noms étranges et pourtant si significatifs, les dessins aux traits parfois tremblant, les visages déformés, la belle bichromie, … Vraiment, tout ça m'a fait rentrer dans l'histoire très vite et a maintenu mon attention jusqu'au bout.
Coup de cœur, hâte de lire la suite.
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Spirite
C'est en consultant le site que je me suis aperçu que seuls les deux premiers tomes étaient disponibles pour le moment. Je souhaite vraiment que Drakoo n'interrompe pas la série de Mara car j'ai trouvé bien du plaisir à cette lecture tout public. Dans un esprit de comédie type "SOS fantômes" avec un zest de Voldemort, l'autrice délivre un scénario bien ficelé et très tonique. Les personnages principaux sont très attachants bien que très classiques. L'adjonction de l'aviatrice Mary Pickett presque en hommage à l'aviatrice pionnière Bessie Coleman héroïne de Black Squaw est très sympathique. Cela permet d'introduire la thématique du racisme de façon soft mais réelle. J'ai lu les deux tomes avec plaisir même si, ça et là on peut chicaner sur quelques détails de facilité. Graphiquement j'aime bien les deux couvertures proposées par l'éditeur. Le dessin fait un peu dessin animé mais reste agréable. On se situe toujours dans un registre comique assez jeunesse même pour des scènes avec des morts. A l'image du scénario c'est vif et très expressif. La mise en couleur (avec Morgane Bride et Violette Nouvel) propose une belle variété de tons pour coller au différentes ambiances. J'espère une suite dans pas trop longtemps. Je me permets une "petite" MAJ après la lecture d'un excellent T3. Mara y complexifie la personnalité de ses personnages dans un récit flashback à deux voix. C'est très bien huilé et cette double vision donne beaucoup de sel à la narration. On glisse doucement d'un "tout public" à un "Youg Adult" comme le précise la quatrième. En effet Mara introduit des thématiques et des dialogues qui peuvent être moins accessibles à un jeune public. Le fort rebondissement du tome introduit plusieurs nouveaux sujets comme l'être et le paraître, l'homosexualité, les effets pervers d'une découverte scientifique. En effet ce T3 flashback met le personnage d'Anya au centre du récit avec une culture scientifique qui rappelle celle de Marie Curie. Mara équilibre ainsi son récit entre le fantastique/spiritisme (très en vogue à l'époque) et le réalisme historique de la découverte de l'uranium ( porteuse de grands espoirs à cette même époque). C'est très intelligemment construit et donne un récit qui m'a enthousiasmé. Pour le reste nous sommes dans la continuité graphique des deux premiers tomes avec une très très belle couverture. Une série qui a vraiment de "la gueule" dans la forme et le fond. Si le T4 est de la même force je n'hésiterai pas à monter ma note au max.
Passions
Je ne suis plus un enfant monsieur Braddock. - Ce tome constitue un recueil de 9 histoires courtes, d'une page à 16 pages. Elles sont toutes en couleurs. L'album comprend 44 planches de bandes dessinées. Il a été réalisé par Daniel Goossens qui a tout fait : scénario, dessins, couleurs. La première édition date de 2014. (1) Les bidoches (4 pages) - Louis indique à Georges qu'il souhaite réaliser une adaptation de la célèbre bande dessinée des Bidoches, mais à sa manière, parce que la vie en HLM ça ne fait pas rêver, et en ajoutant aussi du drame parce que l'humour ça ne suffit pas. Le titre : Autant en emporte la Bidoche. (2) La piste des Magombos (16 pages) - Le guide Mac Cabe conduit Brenda Willis à travers la brousse jusqu'à la mission où se trouve son mari. Elle tombe sous le charme du chasseur Butch Braddock, un individu qui n'a plus son bras gauche. Elle l'accompagne dans la brousse. Il lui fait rencontrer les indigènes de la tribu Magombos, et elle assiste à une scène terrible de mise à mort d'un bébé sauvage, avec récupération de couche sale. (3) - Chagrin (5 pages) - Louis rend visite à sa mère ; il est assis dans le fauteuil en face d'elle, son chapeau à la main, pendant qu'elle tricote. Il évoque une femme qu'il voyait en bas d'un immeuble qu'il ne pouvait pas aborder faut d'avoir de quoi se payer ses tarifs. Ensuite, il évoque le sourire vertical, celui de la braguette ouverte. (4) Charmes (2 pages) - Louis continue à parler avec sa mère de son besoin d'argent pour aller voir une prostituée, qui a besoin d'argent pour se faire refaire la poitrine. Ils parlent ensuite de son charme, ou plutôt de son absence de charme à lui. (5) Solitude (1 page) - Louis papote avec sa mère et évoque sa difficulté à mettre des femmes dans son lit. Il arrive à les faire bailler, parfois à les faire rire ; sa mère ne réagit pas. (6) Place aux jeunes (2 pages) - La mère de Louis revient de faire les courses et son fils l'attend pour lui demander de l'argent afin d'aller voir une professionnelle. Sa mère lui fait observer qu'il s'est déjà reproduit. (7) Une fille formidable (5 pages) - Louis lit un poème en prose à Georges, écrit par une femme et d'un érotisme torride. Il lui indique qu'il va rejoindre l'autrice qui est dans la pièce d'à côté. (8) La fureur du désir (3 pages) - Georges et Louis sont sur leur transat dans le joli jardin de leur pavillon. Pour sortir de la routine, Louis envisage le fait que Georges soit une péripatéticienne et que lui Louis soit son client, ce qui les met en indélicatesse face à son mac qui fait irruption dans la chambre. (9) Passions (6 pages) - Louis et Georges sont sur leur transat dans le joli jardin de leur pavillon et Louis indique à Georges qu'il ne le fait plus rêver, en se laissant pousser des doubles mentons. Ils entrent se reposer dans leur fauteuil devant la cheminée, et Louis évoque sa vie rêvée de conquêtes amoureuses. Daniel Goossens participe à la revue Fluide Glacial depuis 1977, ce qui en fait de lui un des piliers. Il est connu et reconnu pour son humour absurde s'exprimant aussi bien contre les bébés dans L'encyclopédie des bébés , que pour révéler La vie d'Einstein . Il n'y a pas de raison objective ou logique à découvrir l'œuvre de cet auteur à l'humour fin, froid, glacé et sophistiqué, par cet album plutôt qu'un autre, ou le contraire. Le lecteur plonge donc dans une suite d'histoires courtes et il remarque que pour une raison inexplicable et qui reste inexpliquée, celle portant le titre de Le sourire vertical n'est pas répertoriée dans le sommaire, et que les pages des histoires (3) à (6) sont en fait numérotées comme s'il s'agissait d'une unique histoire. Le lecteur observe que l'auteur met en scène Louis dans toutes ses histoires sauf une (la numéro 2), sans que cela n'ait non plus d'importance. Il ne peut rien déduire non plus du nombre de pages par histoire ou du nombre de personnages mis en scène. Il ne lui reste plus qu'à prendre ces séquences comme elles viennent, sans essayer d'y retrouver un horizon d'attentes sans fondement. Daniel Goossens fait comme tout le monde et appâte le lecteur avec une magnifique couverture, vaguement évocatrice du souvenir que le lecteur peut se faire d'Autant en emporte le vent. Il observe un coup de crayon agile et élégant qui croque des personnages avec un gros nez. Il n'y a que les protagonistes du récit La piste des Magombos qui échappent à un appendice nasal surdéveloppé. Étrangement, ça ne les rend pas plus crédibles. Au contraire, l'auteur se déchaîne avec l'humour absurde, ce qui ne fait que plus ressortir le ridicule de la tonalité romantique de ces beaux acteurs. Les gros nez deviennent la manifestation de l'intention comique, l'élément qui assure la cohérence des personnages avec leur fonction de ressort comique. Pour le reste, le lecteur est frappé par la qualité descriptive des dessins et leur richesse. En tant qu'artiste Goossens réalise des planches à l'identique de ce qu'il ferait pour une comédie dramatique ou un récit d'aventures. Les acteurs présentent des morphologies bien distinctes. Ils bénéficient de tenues vestimentaires spécifiques, parfois teintées d'une touche d'exagération : le décolleté pigeonnant du chemisier rouge de Brenda Willis, les pagnes et les parures stéréotypées des Magombos, la robe et les charentaises très confortables de la mère de Louis, les tenues racoleuses et voyantes des différentes prostituées. De séquence en séquence, le lecteur peut se projeter dans chaque endroit grâce à un travail soigné du chef décorateur. La recréation du salon d'une maison de riches propriétaires du Sud est consistante et cohérente. La page d'ouverture du deuxième récit montre les différents animaux qu'évoque le guide : serpent, alligator, toucan, calaos, grenouille du Brésil. Le Citroën type H (utilitaire léger de type fourgon automobile) est d'une authenticité remarquable. Le salon de la mère de louis est confortable et accueillant. Le lecteur se dit qu'il aimerait bien profiter du soleil sur un transat, dans le jardin de Georges et Louis (mais de préférence sans eux). L'opulence des différents intérieurs décrits dans la dernière histoire atteste de l'aisance financière des différentes femmes de Louis. Pour ses découpages de planche, Goossens privilégie les cases bien détourées et sagement alignées. Le nombre de case par page est en moyenne de 6, mais il peut monter jusqu'à 12 quand il s'agit d'une discussion entre Louis et sa mère, et que l'intérêt visuel réside dans le langage corporel des interlocuteurs : variation des postures, expressions des visages. Il n'y a que dans l'histoire Une fille formidable, où Goossens se lâche un peu avec des dessins différents coexistant au sein d'une même case, ou des cases sans bordure, pour que la forme de la narration soit à l'unisson du poème en prose. Le lecteur plonge dans une suite de 10 saynètes (ou 5, ça dépend comment il compte, mais on ne va pas revenir dessus) grâce à des images soignées, des acteurs avec une trogne marquée, mais avec un jeu d'acteur naturaliste, des décors réalistes et détaillés. En total décalage, dès la première histoire, il est confronté sans ménagement à l'humour puissant de l'auteur. Cela commence par un jeu sur une référence, celle aux Bidochon et à Binet dont les noms sont écorchés. Par la suite, Goossens effectue d'autres références plus ou moins marquées, parfois à ses propres œuvres (L'encyclopédie des bébés), parfois à des films précis ( Autant en emporte le vent dans la première histoire), parfois de manière plus générique (le héros viril et marqué par ses aventures), parfois à des stéréotypes culturels (à de nombreuses reprises sur les prostituées dans ce tome), d'autres fois à des humoristes comme Fabrice Luchini ou Édika (une maladie imaginaire appelée Delirium Profondicum). Il peut aussi effectuer des variations humoristiques sur des expressions toutes faites comme Femme qui rit à moitié dans son lit, Couvrir une femme de bijoux, Un individu dans sa tour d'ivoire. Il s'amuse également beaucoup avec les conventions propres aux publicités télévisuelles pour les couches. Enfin il n'hésite pas à utiliser une citation totalement inventée de René Chateaubriand : Le désespoir, c'est une culotte vide ; à quoi bon mettre les mains dans le désespoir ? Le lecteur peut prendre la première saynète comme une aimable moquerie des producteurs ou auteurs se lançant dans l'adaptation cinématographique d'une œuvre (ici une série de bande dessinée) sans rien en connaître et en la transformant tellement qu'il ne reste plus rien de la création originelle. La deuxième histoire commence comme un pastiche d'une comédie dramatique où une femme va découvrir les vraies valeurs de la vie au contact d'un homme marquée par la nature, et des indigènes africains. Mais rapidement, l'histoire se transforme en une réclame pour les couches pour bébé (avec les petites fronces à l'entrejambe), aboutissant à un manteau de couches sales que même Lady Gaga n'aurait pas eu l'audace de concevoir. Goossens met en œuvre un humour absurde à froid, en utilisant des conventions et des stéréotypes de différents genres littéraires en dehors de leur contexte, à contretemps, les désamorçant totalement. Parfois, le lecteur a besoin de prendre un peu de recul pour mesurer l'absurdité d'une situation allant jusqu'à l'obscène, par exemple Louis taxant sa mère pour aller voir les prostituées, en lui expliquant leurs difficultés économiques. En fonction de son état d'esprit, le lecteur peut trouver les situations juste absurdes sans aucune dimension comique (les blagues filées sur les couches souillées), ou au contraire d'une perspicacité pénétrante et élégante (la transposition des formes de poitrine et de seins, à la forme des portefeuilles des hommes). Dans tous les cas, il sait que l'auteur maîtrise chaque abus de langage, chaque situation absurde, et qu'il le fait sciemment. L'appréciation de ce tome et de cette forme d'humour dépend beaucoup de l'état d'esprit du lecteur. Le savoir-faire et les compétences de l'auteur apparaissent comme une évidence, qu'il s'agisse de la qualité de ses dessins et de sa narration visuelle, ou de l'inventivité des différentes situations. Pour ressentir l'effet comique des situations et des propos, le lecteur doit y participer activement, en se moquant de ce qui lui est montré, soit de la bêtise des personnages, soit de leur misère affective. Ce sens de l'absurde repose sur la conviction profonde que la vie est dépourvue de sens et que chacun est prisonnier de sa finitude ce qui fait de lui un idiot se heurtant à ses limites. De ce point de vue, il devient drôle que Louis s'ouvre de sa misère sexuelle à sa mère, ou que la frustration soit au cœur de la vie de tout être humain, sans espoir d'y échapper. C'est un humour qui ne peut pas laisser indifférent, mais qui peut aussi s'avérer très dérangeant. Une inventivité extraordinaire, et une vision de la vie peut-être trop décapante, trop décillée qui fait que le lecteur n'éprouve pas d'envie de s'identifier aux personnages.
Léviathan (Ki-oon)
Un manga horrifique comme je l'aime. Dans le futur, un groupe d'étudiant sont en voyage dans l'espace et tout va bien jusqu'à ce que le vaisseau soit victime d'une catastrophe qui va l'endommager et il y a rien à faire sauf attendre et espérer que les secours arrivent avant le manque d'oxygène... On sait déjà que cela va mal se finir parce qu'on suit un groupe de pilleurs de vaisseaux qui sont tombés sur le journal d'un des étudiants, mais cela reste un scénario qui contient des surprises et des retournements de situations tout le long des 3 tomes. Le scénario est prenant et l'auteur explore bien ce qui peut arriver lorsque des ados sont laissé à eux-mêmes dans une situation où un seul a une chance de survivre. On va aborder plusieurs thèmes qui sont bien utilisés, j'ai aimé l'ambiance huis-clos du vaisseau et il y a une bonne ambiance qui se dégage du dessin. L'intrigue se passe dans un futur où la terre est dirigée par une dictature. On ne voit pas grand chose de ce qui se passe sur Terre et dans les colonies, mais l'auteur distille bien les informations et on comprend facilement la situation actuelle des humains dans cet univers. Je regrette toutefois que certains élèves soient un peu difficiles à différencier et aussi par moment on dirait qu'il y avait des nouveaux élèves qui semblaient sortir de nulle part. On tombe aussi sur le cliché du récit se passant dans le passé narré par une personne et il y a des scènes sans le narrateur !
Love My Life
Aimer les filles ou les garçons, c'est aimer de toute façon. On va découvrir au travers plusieurs histoires le parcours d'une jeune fille, Ichiko. On va suivre son parcours amoureux de lesbienne aux travers différentes thématiques (certaines ne sont pas spécifiques à l'homosexualité) : le coming out, le premier amour, le regard des autres, la jalousie, le plaisir de la chair, la peur d'être rejetée, la relation à distance. Bref, la découverte de soi, un passage obligé pour grandir. Évidemment, pour apprécier cette lecture il faut un minimum aimer la romance, ce qui est mon cas. J'ai trouvé Ichiko très touchante, on ressent ses doutes et ses questionnements de jeune fille (on ne peut pas lui demander de penser comme une personne de 30/40 ans) qui va entrer dans le monde des adultes. Ici, pas de pupilles bandées ou de biceps amoureux mais plutôt un sourire qui pleure. Le ton est léger et les dialogues sont justes. Alors oui, elles font souvent l'amour, mais n'est-ce pas de leur âge ? Graphiquement, un dessin qui m'a charmé avec son trait simple, fin et épuré. Une belle lecture.
L'Ère de l'égoïsme
Ce n'est pas le premier Darryl Cunningham que je lis, et même si je ne suis pas en total accord avec lui sur certains points, je reconnais que ses documentaires ont l'avantage de ne pas être trop partisans, permettant ainsi de toucher un plus large public par des faits examinés scrupuleusement. Cette BD est un bon pendant à d'autres sur l'économie (je pense à Economix, Capital & Idéologie ou encore La Survie de l'Espèce) avec une centralisation ici sur le néolibéralisme et la façon dont celui-ci a conduit à la crise bancaire de 2008. La BD s'ouvre de manière originale en présentant une autrice que je ne connaissais pas, mais qui a eu une pensée politique importante dans la construction de plusieurs personnes devenues par la suite importantes dans la politique américaine. Et franchement, cette dame fait froid dans le dos. Son discours, sa pensée, sa façon d'être la font passer pour une fasciste s'imaginant libératrice de l'humanité. Une femme impressionnante, mais pas dans le bon sens du terme. C'est assez originale de présenter cette autrice en premier lieu, puisque cette idéologie de l'égoïsme est ce qui transparait par la suite. Sauf que finalement, les crises (notamment donc celle de 2008) présentent bel et bien les limites de ces pensées. Le déroulé du discours est glaçant, en même temps qu'il montre implacablement l'incapacité du néo-libéralisme à tenir ses promesses. Ce qu'il crée comme monde, nous le connaissons désormais bien : l'enrichissement des plus riches, l'appropriation du monde par une petite élite, la privatisation de tout, le délaissement de tout ceux qui n'ont rien. La plus belle dystopie que le monde capitaliste pouvait nous vendre ... Cette BD est franchement bien faite, malgré son dessin simplifié au maximum. L'exposé est clair, démontrant dès l'origine les défauts de cette pensée et du système qui le défend. Les trois parties, bien équilibrées et très claires dans leurs propositions, mettent en lumière tous les rouages qui se sont imbriqués les uns dans les autres jusqu'à un final incroyable. Décortiquer l'opposition droite-gauche sous un angle psychologique est assez fou, même si je trouve que sa démonstration semble vouloir proposer un sophisme du juste milieu ("Nous avons besoin des deux"). En tout cas, malgré plusieurs lectures à ce sujet, j'ai encore appris des choses. Et surtout, j'ai été étonné de découvrir Alan Greenspan surpris que sa pensée politique soit finalement mauvaise, après quarante années à la défendre. Je retirerais surtout de cette BD que l'égoïsme est lié par essence au néo-libéralisme, mais aussi que Ayn Rand est l'autrice préférée de Donald Trump. Et que si la pensée de gauche a disparu de nos radars, il nous appartient de faire renaitre dans l'espace public la défense de l'entraide et de la solidarité.
La Baleine bibliothèque
Je connaissais le Zidrou humoriste, policier, fantastique voire historique ou presque gore (Marina) et même au centre d'une polémique de stéréotype raciste, mais je n'avais pas encore rencontré le Zidrou poète. C'est chose faite avec cette série qui m'a vraiment beaucoup plu. Les auteurs nous proposent un véritable poème (romantique) d'amour chargé d'une belle émotion. Sa construction est assez étonnante. J'ai emprunté ce volume dans la section jeunesse et effectivement cela débute sur un mode d'illustrations d'un conte pour enfants sur un sujet que je ne connaissais pas: la poste maritime. Cette accroche m'a tout de suite intéressé d'autant qu'elle introduit la thématique principale sur l'amour de la mer et l'amour de son métier. Comme ce poème est aussi conte, le fantastique a droit de cité dans la rencontre avec une baleine vieille comme la terre et la culture humaine. Puis le réalisme reprend ses droits avec un amour à sa belle et quelques planches surprenantes si on les imagine entre les mains de jeunes enfants. Malheureusement même par une belle nuit de mai, les chants les plus beaux … Zidrou se fait alors porteur de la poésie Romantique où la souffrance ( d'un accouchement par césarienne ?) est moteur de la création la plus belle. Il serait injuste de réduire cette œuvre au travail de Zidrou tellement le graphisme de Judith Vanistendael apporte à la série. Ses peintures sont à la fois belles et touchantes. Judith propose un équilibre subtil entre l'illustration posée et le dynamisme des cases BD. C'est une succession de temps forts et de temps faibles qui nous conduit à travers la houle et le danger de vivre toujours présents. Une œuvre surprise bien plus riche qu'il n'y paraît et à découvrir. J'ai été complétement sous le charme.
Forté
Je me suis vraiment régalé à lire cette série pleine de fraicheur. A travers un scénario d'une grande fluidité les autrices mettent en valeur la thématique du mérite. Flavia expérimente la fameuse maxime sur le génie "1% d'inspiration et le reste de transpiration". Manon Heugel fait de sa petite brésilienne issue d'une favela de Belem une illustration parfaite, touchante et crédible d'un tel parcours. Le second personnage clé de la série est l'Ecole Normale de Musique de Paris qui forme dans l'excellence les concertistes de musique classique. Sans tomber dans un côté documentaire aride les auteurs dépeignent avec une belle humanité le très difficile apprentissage vers l'excellence. Le côté universel du langage de la musique est bien rendu par cette population étudiante issue d'un nombre important de pays. Les autrices y glissent aussi une chronique très réaliste de la vie étudiante où recherche d'argent , isolement de la famille ou attirances sentimentales trouvent une petite place dans un quotidien qui ne tolère pas de relâchement. Le graphisme de Kim Consigny au trait fin donne une allure de reportage à cette histoire. La narration graphique développe ainsi une grande tonicité . Sa belle fluidité vous colle à ce récit qui propose de très belles valeurs sans être guimauve à mes yeux. Une mise en couleur classique mais adéquat participe au grand plaisir que j'ai eu à lire cette série.
Paroles d'honneur
Cette série relate les rencontres de l'auteure marocaine Leïla Slimani à la suite de son essai sur la sexualité des femmes marocaines. Le récit s'appuie sur des témoignages souvent bouleversants de femmes qui rencontrent de grandes difficultés à vivre une sexualité épanouissante et libre. Elle souligne ainsi les contradictions au sein d'une société qui doit équilibrer progressisme et tradition dans le respect de l'Islam. Il y a beaucoup de passages très intéressants même si je me suis senti en dehors de la thématique. La réflexion et le débat portés par Slimani s'adressent avant tout aux législateurs de son pays. Le message est aussi fort envers ses compatriotes masculins pour qu'ils s'interrogent sereinement sur leur position vis à vis de la sexualité féminine. Le graphisme de Laetitia Coryn est très classique parfois un peu scolaire et rigide mais il accompagne très bien un texte fourni et intelligent. Comme il y a beaucoup d'entretiens cela produit un visuel un peu statique mais la multiplication des témoignages permet une dynamique qui favorise la narration. Une lecture intéressante pour un ouvrage courageux. Je pousse un peu ma note pour tirer le général vers le haut. 3.5 me convient bien
De Cape et de Mots
Dans un royaume qui rappelle la France de Versailles, une jeune noble sans le sou mais volontaire et intelligente quitte sa famille pour devenir demoiselle de compagnie de la reine. Elle va découvrir les manigances qui se trament dans les alcôves du château et devra mettre en action toute sa finesse d'esprit et sa bonté d'âme pour s'en sortir et aider le vieux roi. Quitte pour cela à jouer le rôle de bouffon du royaume... J'ai passé un excellent moment à la lecture de cette BD. Ce que je croyais au départ être la trame d'une aventure historique se rapproche en définitive bien plus du conte pour la jeunesse. Il y a des méchants pas trop méchants, des gentils un peu naïfs, un cadre de palais entre le conte de fées et le Versailles du Roi Soleil, et une héroïne très débrouillarde qui réussit à se sortir de toutes les péripéties par son astuce, sa maîtrise de la langue française, son ouverture d'esprit et sa générosité. C'est une aventure empreinte de bienveillance, peuplée de personnages charmants, de situations pleines de finesse et d'humour, et d'une tonalité aérienne qui illumine la lecture. Le dessin, lui aussi, s'épanouit dans une légèreté lumineuse qui réchauffe le cœur et suscite le sourire. Une lecture chaleureuse, divertissante, dépaysante et pleine d'optimisme. Pour tous publics, même si je trouve que la cible principale est aux alentours de 12 ou 13 ans.
Ils brûlent
Belle claque, rien d'autre à dire. Si, bien sûr qu'il y a des choses à dire. Déjà, la figure de la sorcière est à mes yeux fascinante, à la fois conséquence de la diabolisation des femmes et des sciences rejetées par les religions monothéistes, et figure monstrueuse (ou en tout cas vue comme telle) sous forme humaine, elle est source de bons nombres de bonnes histoires. Ici, la sorcière est utilisée pour symboliser la peur, la peur d'autrui, la peur de soi-même, la peur de ce qu'on est capable de faire. Les scènes sont viscérales, les personnages vivent des choses horribles, sont capables de choses tout aussi horribles, sont traqués comme des animaux, … L'histoire prend aux tripes, en tout cas elle m'a prise aux tripes. Les violences corporelles, les défigurations, les émotions et passés chaotiques des personnages, les noms étranges et pourtant si significatifs, les dessins aux traits parfois tremblant, les visages déformés, la belle bichromie, … Vraiment, tout ça m'a fait rentrer dans l'histoire très vite et a maintenu mon attention jusqu'au bout. Coup de cœur, hâte de lire la suite.