Fan d'Edgar Allan Poe, à qui je dois certainement mon goût plus que prononcé pour le fantastique, c'est avec une certaine curiosité et une appréhension mêlée que je me suis lancé dans cette lecture. Si d'un côté je ne connaissais pas le travail de Louis (le scénariste), j'avais par contre plutôt bien accueilli le travail de Bastien Orenge et Thomas Verguet avec leur album Magellan sorti dans la collection Explora de chez Glénat. Restait à voir ce qui allait émaner de cet album...
J'avoue avoir eu un peu peur au fil des premières pages, ne saisissant pas où le récit voulait nous mener. Car si la mise en place est un peu longuette à mon goût, une fois les personnages et le contexte plantés, l'histoire s'installe, prends son rythme et nous accroche bien comme il faut, resserrant son étreinte au fil des planches, comme tout bon piège bien huilé. J'avoue avoir refermé cet album avec le sourire satisfait de celui qui vient d'être le témoin d'une machination parfaitement menée à son terme et dont heureusement, nous ne sommes que le spectateur... Louis a su de par son scénario insuffler à son récit l'esprit des écrits de Poe, en jouant sur les clins d’œil et les appels du pied à l'œuvre du maître.
Pour ce qui est du dessin, Thomas Verguet et Bastien Orenge confirment leur savoir faire et leur coup de patte. On retrouve leur coup de crayon marqué dans les traits mais moins tranchés que dans Magellan et les recherches dans le découpage. Le duo fonctionne parfaitement et nous transpose à merveille cette ambiance de la Nouvelle Angleterre du XIXe.
Alors si une petite virée mystérieuse dans la Nouvelle Angleterre du XIXe vous tente et que vous aimez Poe, vous devriez apprécier cet album.
Cet ouvrage est diablement intéressant, et nous raconte le calvaire de 3 militants au sein du parti des Black Panther, emprisonnés pour attaques à main armée. Mais voilà, les faits sont flous, les preuves sont fragiles voire fabriquées, et surtout les conditions d’emprisonnement terribles. Les « 3 d’Angola » vont militer pendant toute leur vie pour l’amélioration des conditions de vie pénitentiaires, et attirer l’attention du monde entier sur leur cause (dont celle d'Amnesty International, coéditeur de cet album). Le ton est bien évidement engagé, et les auteurs se sont clairement documentés (voir mini dossier en fin d’album).
La réalisation est réussie. Ce genre d’exercice documentaire est toujours un peu casse gueule, mais les auteurs évitent les pièges habituels, même si certaines planches sont un poil chargées textuellement, et la narration trop factuelle et académique (cela manque d’émotion tout ça !). La réalisation graphique, elle, est superbe (voir planches dans la galerie).
Un album engagé et passionnant, qui vous donnera envie d’en savoir plus sur le sujet.
Je continue ma découverte de l’univers « Avant Watchmen » avec cette minisérie de 4 épisodes s’intéressant au personnage le plus bedonnant et faiblard de la série originale : le hibou.
Notez que la série aurait pu s’appeler « Le hibou et Rorschach », tant elle s’intéresse à ces deux personnages et à leur relation compliquée. On en apprend aussi beaucoup sur Hollis Mason, le hibou original, et sur le passage de relai entre deux générations de hiboux. Tout cela est forte intéressant, mais du coup Dan Dreiberg (le hibou actuel donc) peine un peu à s’imposer dans l’ombre de ces deux grosses pointures, Rorschach en tête. Reste que l’histoire est prenante et intéressante, même si j’ai trouvé que Rorschach « sonnait faux » sur certains passages un peu trop humoristiques.
Niveau graphisme, ça a dû être compliqué à gérer, avec le décès de Joe Kubert en plein encrage du 3ème épisode. Bill Sienkiewicz prend le relai « en catastrophe » et fait de son mieux pour adapter son style à celui de Joe, et le résultat est ma foi bluffant. J’ai trouvé le trait est un peu gras, mais globalement les planches sont magnifiques et très lisibles.
Cette minisérie m’a beaucoup plu. On en apprend énormément sur le trio Hollis Mason - Dan Dreiberg – Rorschach, et l’histoire s’intègre habillement à l’œuvre originale (voir pancarte de Rorschach). Un bon moment de lecture !
Nous continuons la découverte de cette série de récits provenant de l’univers Watchmen.
Une nouvelle fois, l’album est réussi. Légèrement moins épais que d’autres opus, les auteurs nous démontrent qu’il ne faut pas spécialement un gros pavé pour faire dans l’éfficacité.
Alors certes, le récit n’est pas complètement inédit, mais l’objectif premier n’est sans doute pas là. Ici, il est question de nous faire découvrir Dan Dreiberg, successeur de Hollis Mason en tant que Le Hibou, dans son enfance puis dans ses débuts, en duo, avec le génial Rorschach, dont on en apprend aussi un peu plus, pour notre plus grand plaisir évidemment !
Graphiquement, c’est une belle réussite, tant dans la précision du trait, tantôt fin, tantôt plus nerveux, que dans la colorisation.
Au final, je suis toujours aussi satisfait de ces créations qui nous replongent dans l’univers de la série mère, même si cet album développe moins les grosses ficelles de la série de Moore et Gibbons.
Quelle belle surprise!
L'histoire est rondement bien menée, les personnages sont très bien trouvés et les dessins font mouche.
Le scénario a de quoi réconcilier les lecteurs allergiques aux westerns, on se plait à suivre les aventures des personnages et chaque page tournée apporte son lot de surprise.
A lire d'urgence.
Cette bande dessinée, c'est un reportage en bande dessinée. C'est l'histoire vraie d'un mois passé en Afghanistan en 2010 par la reporter belge Pascale Bourgaux et son caméraman. Il ne s'agit pas d'une découverte du pays puisqu'elle y a déjà passé de longs mois à l'époque de la guerre contre les Talibans et elle y retourne pour retrouver le vieux seigneur de guerre et chef respecté auprès de qui elle avait séjourné à l'époque, pour le revoir lui et sa famille d'une part, mais aussi voir comment la situation a évolué depuis que les occidentaux ont chassé les Talibans.
On commence par y constater l'insécurité et le danger permanent pour les civils occidentaux sur place. Puis on découvre la situation dans cette petite ville du Nord Afghan que les deux reporters réussissent à rejoindre malgré son grand éloignement de toute présence militaire occidentale. A la vision de ces observateurs extérieurs vient s'ajouter celle des locaux grâce aux interviews de nombreux personnages clés, allant du seigneur de guerre à l'instituteur, de la femme libérée au taliban convaincu, desquels la reporter réussit à obtenir des paroles sincères et parfois très intimes sur leurs convictions personnelles et politiques. Et en même temps, le lecteur est témoin du danger que vivent en permanence les deux journalistes tandis que la tension monte dans ce village au bord de la rupture.
C'est une lecture particulièrement intéressante. Présentée ainsi, la situation politique en Afghanistan à l'époque parait édifiante voire désespérante (à lire les pages de conclusion de l'album, les choses semblent s'être un petit peu améliorées depuis). Nous sommes loin du discours officiel des forces de l'OTAN et des médias et c'est une vision à la fois très humaine et très politique qui nous est présentée de manière claire et saisissante. Le lecteur est plongé avec brio dans le contexte Afghan et j'ai personnellement appris beaucoup sur la situation du pays et de ses habitants par le biais de cet ouvrage.
La narration qui suit au jour le jour le séjour des deux reporters sur place et la façon dont ils obtiennent leurs interviews permet en outre d'éviter le risque d'ennui d'un documentaire trop classique.
Un très instructif et très bel ouvrage d'information parfaitement adapté dans sa forme au média bande dessinée.
Après le savoureux La Légende des nuées écarlates, Saverio Tenuta n'en a pas fini avec ce Japon médiéval qui l'inspire tant.
Il revient donc nous raconter une histoire où les Izunas, ces loups intelligents, tiennent une large place. Pour cela il a constitué un véritable studio autour de lui, puisqu'ils sont désormais deux au scénario, et que c'est sa compagne, Carita Lupattelli, qui tient les pinceaux, sur un storyboard du maître. Et le résultat est de haute volée. On est dans le même style graphique, à part peut-être pour les humains, des personnages où je sens Lupattelli moins à l'aise, même si Aki est particulièrement soignée. La mise en couleurs, assurée par Lupattelli, écrase un peu son trait, mais la richesse de la palette provoque un véritable orgasme visuel. Rarement les kamis auront été si sublimement représentés...
Sur le plan de l'histoire, ce premier tome est très dense, entre la disparition de l'arbre sacré, la présence d'Aki au milieu des Izunas (avec un fonctionnement tribal très particulier), le jeune Kenshin qui semble avoir un destin sans pareil et les Noggos qui menacent toute vie dans la forêt. Et puis ces ninjas qui font des bonds dans les bambous...
En finissant ce premier tome, j'apprends que la série sera un diptyque ; j'avoue que j'espère que ce sera aussi réussi au deuxième tome, car il y a beaucoup de choses à résoudre...
Mesdames et messieurs, voici la pépite du moment ! Je ne peux être que d'accord avec l'ensemble des critiques précédentes.
Trois septuagénaires se retrouvent à l'occasion d'une crémation, et, suite à la révélation d’événements de leur passé, partent sur les routes de France et d'Italie à bord d'un vieux camion rouge estampillé d'un loup en slip... L'histoire oscille entre moments présents et flash-back, parfaitement reconnaissables grâce aux passages en noir et blanc. L'intrigue principale est intéressante et réaliste. Mais surtout, l'humour est omniprésent sans desservir l'histoire. Je pense avoir ri à chaque page. Nos retraités sont très attachants et donneraient presque envie d'être vieux !
Lupano nous prouve encore une fois son immense talent avec "Les vieux fourneaux", après l'excellent Ma révérence.
Cet album est génial, et si la suite est du même niveau, je gonflerai ma note jusqu'au 5/5 sans hésiter. Un futur immanquable !
C’est le premier album de Mokeït que je lis. Mais j’avais déjà eu l’occasion de voir des choses de lui dans des publications collectives de L’Association – et je m’étonne d’ailleurs qu’elle n’ait pas accueilli cet opus qui correspond à ses critères éditoriaux (même si The Hoochie Coochie est un éditeur intéressant !). Visiblement il aurait dû paraître en 1987 dans la collection X de Futuropolis (« le vrai » comme l’écrit dans une courte préface son directeur de l’époque Etienne Robial), et il a donc fallu attendre 27 ans pour le lire.
Alors autant le dire tout de suite, c’est vraiment une œuvre intéressante. D’abord le dessin, qui joue sur les différentes nuances de gris est très bon, original, expressif, tout en étant simple. « Une texture veinée façon bois » comme le dit Robial, avec un dessin – surtout vers la fin (de l’album et du héros) proche de dessins réalisés par des détenus des camps nazis.
L’histoire est clairement kafkaïenne, sauf que le personnage principal ne se transforme pas en cafard, mais devient de plus en plus léger, au point d’avoir besoin de se lester pour ne pas s’envoler dans son appartement, où il vit de plus en plus reclus. Une lente descente aux enfers, mais vers le haut, qui mène le héros à la mort.
Mokeït raconte cette histoire en mode indirect (pas de dialogue, le personnage principal commentant sa situation, sa « métamorphose » comme le faisait Kafka).
A noter que Mokeït glisse plein de détails dans ses planches d’extérieur, où en faisant bien attention on aperçoit toutes sortes d’atteinte aux bonnes mœurs ou à la loi : voleurs, drogués, voire gamin vomissant ou se curant le nez (l’extérieur est donc à la fois indifférent, mais aussi potentiellement dangereux, pas question de faire appel à quelqu’un pour obtenir de l’aide). Ces arrières plans discrets ajoutent une légère touche d’humour au drame qui traverse l’album : la chute finale – dans tous les sens du terme d’ailleurs en est bien une, à la fois surprenante, humoristique et triste.
Assez vite lu, mais je l’ai déjà relu trois fois pour observer certains détails. C’est une réelle réussite (note réelle 3,5/5) dont je vous recommande lecture et achat.
En usant du style roman photo, Dimitri Planchon nous propose une relecture des évangiles plutôt réussie.
L’histoire de Jésus et des apôtres est transposée de nos jours. Le décalage est accentué par les dialogues absurdes, parodiant les textes bibliques, mais aussi par les tronches impassibles et improbables des protagonistes.
L’ensemble est drôle, les décors moches et kitsch – donnant parfois un côté collages artisanaux – accentuant l’envie de rire de ces aventures totalement nazes. C’est en tout cas techniquement réussi !
Si je ne suis pas sûr que cette version convertisse beaucoup de monde à la geste christique (comme d’ailleurs le récent In God We Trust de Winshluss ou le Sacré comique de Goossens, deux albums que je vous recommande pour compléter ce joyeux blasphème), c’est en tout cas une lecture et un achat qui sont recommandés.
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Edgar Allan Poe - Hantise
Fan d'Edgar Allan Poe, à qui je dois certainement mon goût plus que prononcé pour le fantastique, c'est avec une certaine curiosité et une appréhension mêlée que je me suis lancé dans cette lecture. Si d'un côté je ne connaissais pas le travail de Louis (le scénariste), j'avais par contre plutôt bien accueilli le travail de Bastien Orenge et Thomas Verguet avec leur album Magellan sorti dans la collection Explora de chez Glénat. Restait à voir ce qui allait émaner de cet album... J'avoue avoir eu un peu peur au fil des premières pages, ne saisissant pas où le récit voulait nous mener. Car si la mise en place est un peu longuette à mon goût, une fois les personnages et le contexte plantés, l'histoire s'installe, prends son rythme et nous accroche bien comme il faut, resserrant son étreinte au fil des planches, comme tout bon piège bien huilé. J'avoue avoir refermé cet album avec le sourire satisfait de celui qui vient d'être le témoin d'une machination parfaitement menée à son terme et dont heureusement, nous ne sommes que le spectateur... Louis a su de par son scénario insuffler à son récit l'esprit des écrits de Poe, en jouant sur les clins d’œil et les appels du pied à l'œuvre du maître. Pour ce qui est du dessin, Thomas Verguet et Bastien Orenge confirment leur savoir faire et leur coup de patte. On retrouve leur coup de crayon marqué dans les traits mais moins tranchés que dans Magellan et les recherches dans le découpage. Le duo fonctionne parfaitement et nous transpose à merveille cette ambiance de la Nouvelle Angleterre du XIXe. Alors si une petite virée mystérieuse dans la Nouvelle Angleterre du XIXe vous tente et que vous aimez Poe, vous devriez apprécier cet album.
Panthers in the hole
Cet ouvrage est diablement intéressant, et nous raconte le calvaire de 3 militants au sein du parti des Black Panther, emprisonnés pour attaques à main armée. Mais voilà, les faits sont flous, les preuves sont fragiles voire fabriquées, et surtout les conditions d’emprisonnement terribles. Les « 3 d’Angola » vont militer pendant toute leur vie pour l’amélioration des conditions de vie pénitentiaires, et attirer l’attention du monde entier sur leur cause (dont celle d'Amnesty International, coéditeur de cet album). Le ton est bien évidement engagé, et les auteurs se sont clairement documentés (voir mini dossier en fin d’album). La réalisation est réussie. Ce genre d’exercice documentaire est toujours un peu casse gueule, mais les auteurs évitent les pièges habituels, même si certaines planches sont un poil chargées textuellement, et la narration trop factuelle et académique (cela manque d’émotion tout ça !). La réalisation graphique, elle, est superbe (voir planches dans la galerie). Un album engagé et passionnant, qui vous donnera envie d’en savoir plus sur le sujet.
Before Watchmen - Le Hibou
Je continue ma découverte de l’univers « Avant Watchmen » avec cette minisérie de 4 épisodes s’intéressant au personnage le plus bedonnant et faiblard de la série originale : le hibou. Notez que la série aurait pu s’appeler « Le hibou et Rorschach », tant elle s’intéresse à ces deux personnages et à leur relation compliquée. On en apprend aussi beaucoup sur Hollis Mason, le hibou original, et sur le passage de relai entre deux générations de hiboux. Tout cela est forte intéressant, mais du coup Dan Dreiberg (le hibou actuel donc) peine un peu à s’imposer dans l’ombre de ces deux grosses pointures, Rorschach en tête. Reste que l’histoire est prenante et intéressante, même si j’ai trouvé que Rorschach « sonnait faux » sur certains passages un peu trop humoristiques. Niveau graphisme, ça a dû être compliqué à gérer, avec le décès de Joe Kubert en plein encrage du 3ème épisode. Bill Sienkiewicz prend le relai « en catastrophe » et fait de son mieux pour adapter son style à celui de Joe, et le résultat est ma foi bluffant. J’ai trouvé le trait est un peu gras, mais globalement les planches sont magnifiques et très lisibles. Cette minisérie m’a beaucoup plu. On en apprend énormément sur le trio Hollis Mason - Dan Dreiberg – Rorschach, et l’histoire s’intègre habillement à l’œuvre originale (voir pancarte de Rorschach). Un bon moment de lecture !
Before Watchmen - Le Hibou
Nous continuons la découverte de cette série de récits provenant de l’univers Watchmen. Une nouvelle fois, l’album est réussi. Légèrement moins épais que d’autres opus, les auteurs nous démontrent qu’il ne faut pas spécialement un gros pavé pour faire dans l’éfficacité. Alors certes, le récit n’est pas complètement inédit, mais l’objectif premier n’est sans doute pas là. Ici, il est question de nous faire découvrir Dan Dreiberg, successeur de Hollis Mason en tant que Le Hibou, dans son enfance puis dans ses débuts, en duo, avec le génial Rorschach, dont on en apprend aussi un peu plus, pour notre plus grand plaisir évidemment ! Graphiquement, c’est une belle réussite, tant dans la précision du trait, tantôt fin, tantôt plus nerveux, que dans la colorisation. Au final, je suis toujours aussi satisfait de ces créations qui nous replongent dans l’univers de la série mère, même si cet album développe moins les grosses ficelles de la série de Moore et Gibbons.
L'Homme qui n'aimait pas les armes à feu
Quelle belle surprise! L'histoire est rondement bien menée, les personnages sont très bien trouvés et les dessins font mouche. Le scénario a de quoi réconcilier les lecteurs allergiques aux westerns, on se plait à suivre les aventures des personnages et chaque page tournée apporte son lot de surprise. A lire d'urgence.
Les Larmes du Seigneur Afghan
Cette bande dessinée, c'est un reportage en bande dessinée. C'est l'histoire vraie d'un mois passé en Afghanistan en 2010 par la reporter belge Pascale Bourgaux et son caméraman. Il ne s'agit pas d'une découverte du pays puisqu'elle y a déjà passé de longs mois à l'époque de la guerre contre les Talibans et elle y retourne pour retrouver le vieux seigneur de guerre et chef respecté auprès de qui elle avait séjourné à l'époque, pour le revoir lui et sa famille d'une part, mais aussi voir comment la situation a évolué depuis que les occidentaux ont chassé les Talibans. On commence par y constater l'insécurité et le danger permanent pour les civils occidentaux sur place. Puis on découvre la situation dans cette petite ville du Nord Afghan que les deux reporters réussissent à rejoindre malgré son grand éloignement de toute présence militaire occidentale. A la vision de ces observateurs extérieurs vient s'ajouter celle des locaux grâce aux interviews de nombreux personnages clés, allant du seigneur de guerre à l'instituteur, de la femme libérée au taliban convaincu, desquels la reporter réussit à obtenir des paroles sincères et parfois très intimes sur leurs convictions personnelles et politiques. Et en même temps, le lecteur est témoin du danger que vivent en permanence les deux journalistes tandis que la tension monte dans ce village au bord de la rupture. C'est une lecture particulièrement intéressante. Présentée ainsi, la situation politique en Afghanistan à l'époque parait édifiante voire désespérante (à lire les pages de conclusion de l'album, les choses semblent s'être un petit peu améliorées depuis). Nous sommes loin du discours officiel des forces de l'OTAN et des médias et c'est une vision à la fois très humaine et très politique qui nous est présentée de manière claire et saisissante. Le lecteur est plongé avec brio dans le contexte Afghan et j'ai personnellement appris beaucoup sur la situation du pays et de ses habitants par le biais de cet ouvrage. La narration qui suit au jour le jour le séjour des deux reporters sur place et la façon dont ils obtiennent leurs interviews permet en outre d'éviter le risque d'ennui d'un documentaire trop classique. Un très instructif et très bel ouvrage d'information parfaitement adapté dans sa forme au média bande dessinée.
La Légende des nuées écarlates - Izunas
Après le savoureux La Légende des nuées écarlates, Saverio Tenuta n'en a pas fini avec ce Japon médiéval qui l'inspire tant. Il revient donc nous raconter une histoire où les Izunas, ces loups intelligents, tiennent une large place. Pour cela il a constitué un véritable studio autour de lui, puisqu'ils sont désormais deux au scénario, et que c'est sa compagne, Carita Lupattelli, qui tient les pinceaux, sur un storyboard du maître. Et le résultat est de haute volée. On est dans le même style graphique, à part peut-être pour les humains, des personnages où je sens Lupattelli moins à l'aise, même si Aki est particulièrement soignée. La mise en couleurs, assurée par Lupattelli, écrase un peu son trait, mais la richesse de la palette provoque un véritable orgasme visuel. Rarement les kamis auront été si sublimement représentés... Sur le plan de l'histoire, ce premier tome est très dense, entre la disparition de l'arbre sacré, la présence d'Aki au milieu des Izunas (avec un fonctionnement tribal très particulier), le jeune Kenshin qui semble avoir un destin sans pareil et les Noggos qui menacent toute vie dans la forêt. Et puis ces ninjas qui font des bonds dans les bambous... En finissant ce premier tome, j'apprends que la série sera un diptyque ; j'avoue que j'espère que ce sera aussi réussi au deuxième tome, car il y a beaucoup de choses à résoudre...
Les Vieux Fourneaux
Mesdames et messieurs, voici la pépite du moment ! Je ne peux être que d'accord avec l'ensemble des critiques précédentes. Trois septuagénaires se retrouvent à l'occasion d'une crémation, et, suite à la révélation d’événements de leur passé, partent sur les routes de France et d'Italie à bord d'un vieux camion rouge estampillé d'un loup en slip... L'histoire oscille entre moments présents et flash-back, parfaitement reconnaissables grâce aux passages en noir et blanc. L'intrigue principale est intéressante et réaliste. Mais surtout, l'humour est omniprésent sans desservir l'histoire. Je pense avoir ri à chaque page. Nos retraités sont très attachants et donneraient presque envie d'être vieux ! Lupano nous prouve encore une fois son immense talent avec "Les vieux fourneaux", après l'excellent Ma révérence. Cet album est génial, et si la suite est du même niveau, je gonflerai ma note jusqu'au 5/5 sans hésiter. Un futur immanquable !
La Chute vers le haut
C’est le premier album de Mokeït que je lis. Mais j’avais déjà eu l’occasion de voir des choses de lui dans des publications collectives de L’Association – et je m’étonne d’ailleurs qu’elle n’ait pas accueilli cet opus qui correspond à ses critères éditoriaux (même si The Hoochie Coochie est un éditeur intéressant !). Visiblement il aurait dû paraître en 1987 dans la collection X de Futuropolis (« le vrai » comme l’écrit dans une courte préface son directeur de l’époque Etienne Robial), et il a donc fallu attendre 27 ans pour le lire. Alors autant le dire tout de suite, c’est vraiment une œuvre intéressante. D’abord le dessin, qui joue sur les différentes nuances de gris est très bon, original, expressif, tout en étant simple. « Une texture veinée façon bois » comme le dit Robial, avec un dessin – surtout vers la fin (de l’album et du héros) proche de dessins réalisés par des détenus des camps nazis. L’histoire est clairement kafkaïenne, sauf que le personnage principal ne se transforme pas en cafard, mais devient de plus en plus léger, au point d’avoir besoin de se lester pour ne pas s’envoler dans son appartement, où il vit de plus en plus reclus. Une lente descente aux enfers, mais vers le haut, qui mène le héros à la mort. Mokeït raconte cette histoire en mode indirect (pas de dialogue, le personnage principal commentant sa situation, sa « métamorphose » comme le faisait Kafka). A noter que Mokeït glisse plein de détails dans ses planches d’extérieur, où en faisant bien attention on aperçoit toutes sortes d’atteinte aux bonnes mœurs ou à la loi : voleurs, drogués, voire gamin vomissant ou se curant le nez (l’extérieur est donc à la fois indifférent, mais aussi potentiellement dangereux, pas question de faire appel à quelqu’un pour obtenir de l’aide). Ces arrières plans discrets ajoutent une légère touche d’humour au drame qui traverse l’album : la chute finale – dans tous les sens du terme d’ailleurs en est bien une, à la fois surprenante, humoristique et triste. Assez vite lu, mais je l’ai déjà relu trois fois pour observer certains détails. C’est une réelle réussite (note réelle 3,5/5) dont je vous recommande lecture et achat.
Jésus et les copains
En usant du style roman photo, Dimitri Planchon nous propose une relecture des évangiles plutôt réussie. L’histoire de Jésus et des apôtres est transposée de nos jours. Le décalage est accentué par les dialogues absurdes, parodiant les textes bibliques, mais aussi par les tronches impassibles et improbables des protagonistes. L’ensemble est drôle, les décors moches et kitsch – donnant parfois un côté collages artisanaux – accentuant l’envie de rire de ces aventures totalement nazes. C’est en tout cas techniquement réussi ! Si je ne suis pas sûr que cette version convertisse beaucoup de monde à la geste christique (comme d’ailleurs le récent In God We Trust de Winshluss ou le Sacré comique de Goossens, deux albums que je vous recommande pour compléter ce joyeux blasphème), c’est en tout cas une lecture et un achat qui sont recommandés.