Eh bien, Nicolas Juncker est vraiment un auteur intéressant ! Je l’avais découvert il y a quelque temps de ça avec son petit album Le Front, et ce « Malet » est à la fois plus épais et encore mieux réussi !
Juncker reste fidèle à son dessin assez épuré, avec un Noir et Blanc tranché, qui convient bien à l’atmosphère de conspiration. Même si parfois la lisibilité est un peu faible (mais là je chipote peut-être).
L’histoire quant à elle est rondement menée, que ce soient les étapes de présentation de l’intrigue et des protagonistes, et ensuite le déroulement du coup d’Etat à proprement parler (c’est dans cette partie que certaines cases sont un peu dures à suivre, parfois).
Cela se lit assez vite, mais la lecture est agréable. Juncker s’inspire de faits réels – et pas si connus finalement. Le dossier final, présente ces faits et les personnages originaux, et le travail que Juncker a réalisé autour pour en faire un chouette album. J’ai d’ailleurs bien aimé et ce dossier et le ton employé pour présenter son travail.
C’est vraiment une belle réussite, et un album à découvrir !
Ces récits indépendants par album, mais conservant une connexion, sont très séduisants dans leur démarche, car Peru développe un postulat beaucoup plus nuancé sur les orcs, un peu comme l'a fait Chauvel dans Wollodrïn, c'est à dire en s'attachant de plus près à ces guerriers brutaux qu'aux autres races humaines, elfiques ou naines. A première vue, il y a un aspect bourrin qui est supposé, c'est ce que laisse paraître la couverture du tome 1, faut s'y attendre, mais le tout est soigné et bien élaboré.
Bien sûr, il y a encore du Tolkien dans tout ça. On y retrouve quasiment tous les composants, y compris des araignées géantes, mais quelques détails parviennent à séduire et à intéresser le lecteur ; le scénario du tome 1 est le plus réussi car l'ascension de Kil'Tyrson et la résistance de son peuple face aux autres races sont très bien développées par les auteurs, tellement bien qu'on en arrive presque à prendre parti pour les orcs contre leurs ennemis.
Les lecteurs puristes préféreront sans doute des orcs plus conformes à l'image qu'on connaît d'eux, c'est à dire des lourdauds sanguinaires et hideux ; ici, leur look est bien-sûr très athlétique mais aussi assez policé, ils sont presque beaux, on voit clairement que ce sont des elfes qui ont mal tourné. Finalement, j'aime bien cette option, elle ne me choque pas, et c'est bien de bousculer un peu les composants de ce type de bandes.
Le dessin est puissant, chargé, appliqué, avec une seule pleine page grandiose dans le tome 1, ça donne un beau visuel musclé, avec de belles séquences de batailles et pas mal de sang, c'est conforme au genre fantasy ; les dragons sont également très réussis. J'ai peut-être une petite préférence pour le dessin de Lorusso sur le tome 2, qui est plus léché, plus élégant, mais les 2 sont proches graphiquement, ça ne dépare donc pas la série.
Mon seul regret, c'est que les auteurs ne développent pas l'organisation sociale des orcs, leur vie en dehors de la guerre, on ne voit pas de femelles orcs, rien que des guerriers.. c'est peut-être ce côté qu'il faudra décrire dans les albums qui suivront. Pour l'instant, c'est une lecture très agréable, une Bd typiquement fantasy par son univers et son graphisme.
On va éluder de suite les aspects négatifs de cette série :
- Oui le premier tome est le plus beau et abouti mais le plus creux.
- Oui l’histoire aurait pu s’en tenir à un seul tome.
Sorti de ces deux a priori pouvant être légèrement rebutants, on y trouve quoi dans cette série aux couvertures magnifiques sur une ènième variation éculée sur Alice au pays des merveilles ? Et bien il s’agit d’une aventure humoristique sur les pérégrinations de la fameuse héroïne de Lewis Carroll qui devient amnésique et complètement paumée dans la jungle de Tarzan avec tous les personnages détournés des contes de l’oncle Walt.
Si le premier tome peine à trouver ses marques, faute à un Tebo en plein tâtonnement de son œuvre, il se lache complètement sur le second et troisième tome en rajoutant pèle mèle Peter Pan, le capitaine Crochet, le petit Chaperon Rouge et Barbe-Bleue aux protagonistes initiaux que sont une plante carnivore nommée Ella, le tigre du livre de la jungle et Eddy le Mandrill.
Je ne sais si cette relecture se doit d’être conseillée aux tout petits vu le nombre de références cachées ici et là mais même pour un public adulte ayant gardé une âme d’enfant, c’est un sacré régal… Il faut dire également que les dessins de Nicolas Keramidas sont de toute beauté en usant de cadrages délirants, lecture en organigramme sur double page et quelques cases géantes chatoyantes…
On sent bien que l’inspiration n’aurait pas été si soutenue sans la décision d’achever le tout au bout de 3 tomes. Car au final on raconte le passage d’Alice et du mandrill et leurs rencontres de personnages atypiques. Certains resteront de marbre, d’autres auront le sourire au bord des lèvres et la mission principale d’être diverti est pleinement réussie.
Certains passages pourraient même devenir cultes pour un peu qu’on soit bien le public ciblé… Aucun regret me concernant malgré une conclusion facile où l’on sent bien qu’on pourrait continuer la ballade de Alice sur un autre univers mais c’est très bien tel quel. Pour les grands qui ont conservé leur âme d’enfant sans restriction.
En substance, cette série semble bien, et elle l'est, elle l'est même trop ; c'est un peu ironique d'affirmer ça , mais c'est un peu mon excuse pour ne pas la poursuivre au-dela des 3 albums existants. Je ne voulais pas au départ me lancer encore dans une série sur la guerre de 14-18, surtout quand on voit le nombre d'albums prévus, j'en ai marre des séries longues, et c'est pourquoi je ne recommande pas l'achat, c'est trop onéreux, il vaut mieux la lire en biblio. Mais bon, j'ai quand même craqué et lu le premier album pour voir, puis les 2 suivants... et ce que j'imaginais se produisit : je perçais tout de suite la qualité du propos, le sérieux des auteurs, et l'excellence du dessin.
Mais surtout, je me retrouvai avec 8 braves types, des copains qui quittent leur petit village de campagne et leurs femmes pour aller se frotter au gigantesque abattoir humain de cette Grande Guerre, décidée par de bedonnants politiques à barbiches, incapables de régler leurs problèmes autrement que dans le sang de millions d'innocents qui n'ont rien demandé et qui n'en ont rien à foutre de leur connerie.
Déjà, le prologue laisse percevoir l'horreur qui va se jouer, "les gueules cassées" vont être légion. Les portraits de ces 8 copains et de leurs compagnes sont si attachants que je n'ai pas envie de les voir souffrir ou mourir dans les tranchées puantes et les champs de bataille de Verdun ou de la Somme. Tout le début lors de la fête au village qui présente les personnages, permet d'apprécier des gens sympathiques, même si c'est pas évident de bien les identifier, et le contraste est plutôt violent dès le premier coup de feu dans ce village allemand où la mort est déjà de sortie (dans son plus simple appareil, comme dirait une chanson célèbre). Cette hécatombe est rendue encore plus horrible par l'excellent dessin de Le Roux.
Le premier contact aussi des 8 gars avec leur hiérarchie toujours aussi bornée et détestable, est aussi très significatif, c'est pour eux à l'évidence un ennemi aussi néfaste que le Boche en casque à pointe.
Tout ceci me rappelle trop de souvenirs de lecture ou de films assez douloureux et que je n'ai pas trop envie de revivre, et surtout j'aime trop ces braves types pour les voir réduits en chair à canon, comme dans les Bd de Tardi... aussi, j'ai décidé d'arrêter là, c'est très dommage, j'aurais aimé continuer car je sens bien que la série est forte, qu'elle va être passionnante et instructive, l'intérêt grandit, mais dans la tristesse et l'amertume, car combien reviendront ?
Une belle série qui donne déjà le ton, mais qui risque de lasser le lecteur par sa longueur ; je lui souhaite en tout cas de réussir ; déjà avec L'Ambulance 13, j'ai eu ma dose de douleur en 14-18..
De par la couverture où l’on voit une pieuvre sur le point de s’emparer du lit-amphibie sur lequel un jeune garçon bouquine tranquillement, on doute que ce « Wonderland » s’apparente au pays des bisounours. En tout cas, on a très envie d’aller voir ce qui se trame dans cette mer sombre et hantée par des créatures terrifiantes.
Ceux qui s’attendent à un récit d’aventures traditionnel seront déçus, car si effectivement il est question d’enfance, c’est uniquement pour l’exploration des souvenirs enfouis dans les profondeurs du passé. « Ma vie est plutôt confortable, alors pourquoi ce désenchantement et ce sentiment d’urgence ? » se demande Tom Tirabosco en bon quadra qu’il est devenu. Partant de ce constat, il s’est vaillamment lancé il y a dix ans dans ce projet autobiographique, en évitant d’édulcorer les aspects les plus sombres. Si l’auteur évoque avec tendresse cette enfance « sans problèmes », il parle aussi de ce frère handicapé avec la rage chevillée à un corps privé d’avant-bras et de la jambe droite, une rage si folle qu’elle le transformera en terreur du quartier. Il dresse également un portrait sans complaisance de ce père macho et sanguin face auquel sa sensibilité peinait à s’épanouir, tout en évoquant les querelles incessantes avec son épouse, elle-même révoltée par l’injustice sans doute en raison du handicap de son fils. Mais la maturité aidant, il fait preuve vis-à-vis du paternel d’une indulgence à la fois moqueuse et bienveillante en décrivant son goût pour la peinture « réaliste » et l’opérette, et lui reconnaît le soutien dont il fit preuve lorsque l’auteur, à la fois influencé par Walt Disney et Titien, manifesta la volonté de s’orienter vers une carrière de dessinateur.
Quant au dessin en noir et blanc, à la fois réaliste et schématique, Tom Tirabosco possède une technique toute personnelle et plutôt rare, dont l’aspect final donne l’impression qu’il s’en est tenu au crayon à papier. En fait, il s’agit du monotype, un procédé un peu plus long que le simple dessin au trait. Conjugué à la sensibilité de l’auteur, le rendu est extrêmement plaisant et traduit l’amour de ce dernier pour son art.
Ainsi « Wonderland » s’impose comme une œuvre introspective, humaine et riche en questionnements, mais à laquelle une pointe d’humour et d’onirisme évite toute lourdeur. On ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec « L’Ascension du haut-mal » de David B., où l’auteur évoquait l’épilepsie de son frère, maladie beaucoup plus difficile à appréhender qu’un handicap physique et autrement plus dommageable pour la personne atteinte et son entourage. Là où David B. produisait un récit âpre et désenchanté, Tirabosco montre davantage de tendresse et d’indulgence, avec même une pointe de nostalgie. L’histoire se termine sur un échange tout en pudeur entre les deux frères, qui, devenus des adultes d’âge mûr, parviennent à se livrer mutuellement, brisant ainsi les commandements d’un père envers lequel ils savent toutefois exprimer leur reconnaissance.
Ne rejoignant pas du tout l'avis d'Erik je me suis motivé à mettre un commentaire !
J'ai trouvé les histoires pour la plupart très réussies et certaines très touchantes (notamment celle sur son père). C'est assez rare en bd et j'imagine que c'est une des raisons qui lui a ramené quelques prix. Autre particularité plutôt inhabituelle aussi en bd : les textes sont particulièrement bien écrits. Ce n'est pas de la "pseudo-poésie intellectuelle" ! Sachant qu'il y a peu de places pour les textes en bd par définition, l'auteur s'est juste pour une fois un peu raclé la soupière 5 minutes avant d'écrire. Le résultat est qu'en peu de pages il arrive à transmettre avec pas mal de finesse ce qu'il a envie de dire. J'ai adoré la plupart des dessins aussi, certains sont très très réussis.
Tout ça pour dire que je vous conseille cette bd :)
Je rejoins l'avis de Iannick. J'ai trouvé cette bd très intelligente. La narration est très bien faite car on est de suite pris par le récit et l'ambiance d'été, lourd et chaud et la torpeur des longues vacances. Du coup je trouve que le dessin est très réussi, et plutôt esthétique. Le sujet abordé est original et je trouve subtilement traité.
Une bd qui se lit assez vite mais dont l'atmosphère reste quelques minutes après qu'on l'ait refermé. Ca vaut le coup prendre 10 min pour la lire.
( Après lecture des tomes 1-8 )
Ma critique portera surtout sur les quatre premiers tomes, qui forment un cycle. Ces tomes 1 à 4, à mon avis, sont bons et même meilleurs que la série mère Lanfeust De Troy. Enfin plus exactement, ils sont du même niveau que le tout début de Lanfeust, c'est-à-dire qu'on se poile bien !
Alors d'accord, il ne faut pas être trop regardant sur la cohérence du scénario. Par exemple, à certains moments les trolls ont l'air quasiment invincibles ; alors qu'à d'autres, ils paraissent super vulnérables, ce qui est somme toute logique quand on pense aux pouvoirs magiques bourrins que possèdent certains humains. Ainsi, dans ce premier cycle, des villages de trolls entiers sont capturés avec une facilité déconcertante ; on se demande pourquoi les humains ne l'ont pas fait plus tôt ! Autre truc pas logique, on nous dit au début du premier tome que les trolls ne doivent pas révéler aux humains qu'ils savent parler, mais c'est contradictoire avec tout le reste de la série.... Il y a aussi beaucoup de facilités scénaristiques. De ce point de vue, le pouvoir magique aléatoire de Waha est un peu le deus ex machina par excellence : il peut sortir les héros de n'importe quelle situation, et ne pas marcher quand le scénariste veut les laisser dans la mouise ; c'est pratique !
Mais peu importe, car on est surtout là pour ce marrer, et ça fonctionne très bien. Arleston est dans un de ses bons moments, où il manie plusieurs types d'humour pas subtils mais bien fendards : trolls idiots mais foncièrement sympathiques, humour crade sur leurs mœurs alimentaires et hygiéniques, personnages humains lâches, idiots et/ou cupides, et évidemment des jeux de mots douteux, qui dans ce contexte passent très bien. Les références à notre monde (comme la parodie de politiquement correct, T.1 pl. 8 ) sont rigolotes et pas trop envahissantes dans ces 4 premiers tomes. Il y a de grands moments de déconne, comme le cauchemar de Teträm, qui m'ont bien fait rigoler. Le dessin, parfaitement adapté, rend notamment les visages expressifs et rigolos (et souvent assez abrutis, il faut bien le dire).
Sur l'aventure elle-même, il y a de chouettes idées, et la meilleure réside sans doute dans le tome 3, "Comme un vol de pétaures", où la gravité est annulée par la conjonction des trois lunes de Troy. C'était une des images qui m'étaient restées de cette BD, après plusieurs années. D'ailleurs, avant de relire tout ça, je croyais que ce passage était dans la série mère : c'est dire à quel point, même inconsciemment, je place "Trolls de Troy" devant Lanfeust De Troy. Un petit plus au passage, on évite d'avoir en permanence des bimbos qui font du racolage pour mâles hétéros frustrés comme dans Lanfeust, et on ne s'en porte pas plus mal. Bien au contraire, le personnage loufoque de Waha, l'humaine élevée comme une troll, donne lieu à des scènes assez cocasses !
À partir du tome 5, il s'agit d'aventures indépendantes. Les tomes 5, 6 et 7 sont un peu faibles. Il y a moins d'idées pour l'aventure elle-même et moins de variété dans l'humour. Le comique de situation et de personnage devient assez répétitif, et dans ce contexte les jeux de mots paraissent poussifs et forcés (alors qu'ils ne sont pas spécialement plus foireux que d'habitude). Quant au tome 8, ça devient franchement n'importe quoi, il y a beaucoup trop d'allusions à notre monde humain moderne : pour tout dire, il n'y a même quasiment que ça. Se contenter de transposer dans le monde de Troy les concerts de rock, la Star academy, Mission impossible et j'en passe, déjà, ça fait complètement artificiel et on ne croit plus deux secondes au monde de Troy. Et surtout, comme ce n'est pas vraiment parodié, c'est juste de la transposition sans intérêt, voire du plagiat (pour Mission impossible par exemple).
T. 1-4 : (et demi)
T. 5 :
T. 6 : (l'annonce de la grossesse de Puitepée m'a quand même bien fait rire).
T. 7 :
T. 8 :
T. 9 et suivants : je n'ai pas lu.
Ma note globale sur la série et mon conseil d'achat ne portent évidemment que sur les quatre premiers tomes. Je vous suggère d'oublier l'existence des autres pour rester sur une bonne impression.
Après Histoires pour tous, Demain les Oiseaux et L'Arbre au soleil, tous excellents, je continue de découvrir l'œuvre de Tezuka qui reste, même bien des années après, incroyable d'inventivité.
Si c'est la première œuvre de Tezuka que vous lisez, vous serez peut-être dérouté par un mélange des genres qui est presque impensable dans nos contrées. Car c'est à la fois un ouvrage qui traite sérieusement de la vie "du" Bouddha et un récit très libre sur le destin de certains personnages secondaires (historiques ou totalement inventés), sans oublier des gags franchement burlesques, des anachronismes volontaires, des mises en scène de l'auteur lui-même, etc. Bref, dit comme ça, ça peut sembler un mélange vraiment improbable ; mais ce qui est incroyable, ce que ça fonctionne, et même très bien !
Tezuka a un talent incroyable (oui, je sais, j'en parle au présent) qui lui permet de passer plus d'une centaine de pages pendant lesquelles on ne voit jamais le personnage principal, juste pour développer une intrigue secondaire ! Ce qui serait du délayage chez d'autres auteurs enrichit l'histoire ici, car Tezuka fourmille toujours d'idées pour rendre ces digressions intéressantes et leur permettre de développer des personnages qui joueront ensuite un rôle important dans la trame principale. Ça, ce n'est vraiment pas donné à tout le monde... Alors certes, j'avoue qu'il y a eu quelques moment où j'étais moins passionné qu'à d'autres (surtout le début, qui est un peu déroutant en première lecture). Mais dans l'ensemble, c'est assez fou d'avoir une saga d'environ 3000 pages (!) qui ne sombre jamais dans la routine et qui est à ce point bourrée d'idées.
Cette série se déroule sur plus de la durée d'une vie, et on a le bonheur de voir tous les personnages évoluer énormément au cours du récit : pour ne rien dévoiler, je me contenterais de citer les noms de Siddhartha "Bouddha" lui-même bien sûr, mais aussi Ananda, Tatta, Miguéla, Naradatta, les cinq ascètes, le prince Luly, le prince Ajasé... Les personnages de l'innocent Asaji et de Devadatta sont aussi très réussis. D'ailleurs, pour ceux qui seraient effrayés par la profusion de personnages aux prénoms parfois ressemblants pour notre oreille européenne, ne vous inquiétez pas : la narration est suffisamment bien faite pour qu'on se rappelle toujours qui est qui ! Un tour de force impressionnant, c'est qu'il y a clairement un souffle épique et légendaire, et pourtant les personnages sont profondément humains, avec leur bons et leurs mauvais côtés, loin des archétypes figés qu'on pourrait craindre dans ce type de récit.
Comme toujours chez Tezuka, la narration graphique est excellente, basée notamment sur des personnages aux traits stylisés et très reconnaissables dans des décors beaucoup plus réalistes et parfois très fouillés, ainsi que sur un découpage toujours très dynamique et inventif, allant jusqu'à des personnages qui cassent en deux la limite de leur case et passent dans la case d'à côté, ce qui surprendrait moins dans un genre onirique (Philémon) mais beaucoup plus dans ce type de récit ! D'ailleurs, plusieurs exemples de L'Art Invisible, un excellent ouvrage théorique en BD sur la BD, sont tirés de cette Vie de Bouddha.
Paradoxalement, je ne conseillerai pas l'achat pour le moment car à l'heure où j'écris ces lignes, l'édition actuelle est un peu chère et pas très bien réussie : ce n'est pas le sens de lecture européen qui me dérange, mais un certain nombre de coquilles, d'erreurs manifestes de traduction, d'incohérences entre la table des matières et les titres de chapitre au sein de l'ouvrage... Quelques notes culturelles ne seraient pas superflues, comme dans l'excellente édition des Histoires pour tous. Et l'idée de mettre les premières pages de chaque tome en couleurs et le reste en noir et blanc me semble totalement incongrue ; comme je ne suis pas un puriste absolu, je n'aurais pas dit non à la couleur, mais à mon avis il faut faire tout l'un ou tout l'autre. Alors je me dis qu'une telle œuvre majeure bénéficiera forcément un jour ou l'autre d'une réédition, que j'espère meilleure : à ce moment-là, clairement, il faudra sauter dessus !
J'hésite à mettre 5 étoiles directement en première lecture, mais il est probable que je revienne remonter ma note dans quelques temps, car je relirai sans aucun doute cette série exceptionnelle !
Encore une histoire d'un auteur en panne d'inspiration. Cette fois-ci, il s'agit d'un dessinateur de bd. Cela ne sera pas la page blanche mais la case blanche !
On se demande si ce n'est pas un récit réellement vécue par un auteur. Il me semblait avoir entendu cette histoire de planches oubliées dans un train. On va également rencontrer le gratin de la bande dessinée actuelle. Il y a également une critique de ces oeuvres composées de monstres et de dragons qui font fureur en terme de ventes. On se dit que Lanfeust est un peu visé ou du moins, ce genre de bd. J'ai bien aimé cette critique subtile mise en image. C'est bien la première fois qu'on pénètre dans les coulisses de la bd. On se rend compte également que la vie menée par les auteurs est loin d'être facile.
Je n'ai pas eu réellement de compassion pour Vincent Marbier qui tente d'échapper à ses responsabilités par tous moyens. Dans une autre profession, je verrai mal un ouvrier arrêter la chaîne de production car il est en panne d'inspiration. Bon, en même temps, ce sont des artistes qui échappent à toutes les contraintes du monde réel. Pour autant, ils ne sont pas épargnés comme on le voit.
Cases blanches permet de resituer les choses dans leur contexte et de montrer l'envers du décors aux lecteurs de bd. J'ai bien aimé la fin qui est pleine d'humanité. Les véritables héros ne sont pas ce que l'on croît. Il y a plein de gens sympathiques autour de nous qui sont de véritables ordures et vice versa. Et puis et surtout, il y a toujours un homme derrière les cases avec sa propre vie et ses difficultés. Cette oeuvre bouscule les codes et c'est tant mieux.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Malet
Eh bien, Nicolas Juncker est vraiment un auteur intéressant ! Je l’avais découvert il y a quelque temps de ça avec son petit album Le Front, et ce « Malet » est à la fois plus épais et encore mieux réussi ! Juncker reste fidèle à son dessin assez épuré, avec un Noir et Blanc tranché, qui convient bien à l’atmosphère de conspiration. Même si parfois la lisibilité est un peu faible (mais là je chipote peut-être). L’histoire quant à elle est rondement menée, que ce soient les étapes de présentation de l’intrigue et des protagonistes, et ensuite le déroulement du coup d’Etat à proprement parler (c’est dans cette partie que certaines cases sont un peu dures à suivre, parfois). Cela se lit assez vite, mais la lecture est agréable. Juncker s’inspire de faits réels – et pas si connus finalement. Le dossier final, présente ces faits et les personnages originaux, et le travail que Juncker a réalisé autour pour en faire un chouette album. J’ai d’ailleurs bien aimé et ce dossier et le ton employé pour présenter son travail. C’est vraiment une belle réussite, et un album à découvrir !
La Guerre des Orcs
Ces récits indépendants par album, mais conservant une connexion, sont très séduisants dans leur démarche, car Peru développe un postulat beaucoup plus nuancé sur les orcs, un peu comme l'a fait Chauvel dans Wollodrïn, c'est à dire en s'attachant de plus près à ces guerriers brutaux qu'aux autres races humaines, elfiques ou naines. A première vue, il y a un aspect bourrin qui est supposé, c'est ce que laisse paraître la couverture du tome 1, faut s'y attendre, mais le tout est soigné et bien élaboré. Bien sûr, il y a encore du Tolkien dans tout ça. On y retrouve quasiment tous les composants, y compris des araignées géantes, mais quelques détails parviennent à séduire et à intéresser le lecteur ; le scénario du tome 1 est le plus réussi car l'ascension de Kil'Tyrson et la résistance de son peuple face aux autres races sont très bien développées par les auteurs, tellement bien qu'on en arrive presque à prendre parti pour les orcs contre leurs ennemis. Les lecteurs puristes préféreront sans doute des orcs plus conformes à l'image qu'on connaît d'eux, c'est à dire des lourdauds sanguinaires et hideux ; ici, leur look est bien-sûr très athlétique mais aussi assez policé, ils sont presque beaux, on voit clairement que ce sont des elfes qui ont mal tourné. Finalement, j'aime bien cette option, elle ne me choque pas, et c'est bien de bousculer un peu les composants de ce type de bandes. Le dessin est puissant, chargé, appliqué, avec une seule pleine page grandiose dans le tome 1, ça donne un beau visuel musclé, avec de belles séquences de batailles et pas mal de sang, c'est conforme au genre fantasy ; les dragons sont également très réussis. J'ai peut-être une petite préférence pour le dessin de Lorusso sur le tome 2, qui est plus léché, plus élégant, mais les 2 sont proches graphiquement, ça ne dépare donc pas la série. Mon seul regret, c'est que les auteurs ne développent pas l'organisation sociale des orcs, leur vie en dehors de la guerre, on ne voit pas de femelles orcs, rien que des guerriers.. c'est peut-être ce côté qu'il faudra décrire dans les albums qui suivront. Pour l'instant, c'est une lecture très agréable, une Bd typiquement fantasy par son univers et son graphisme.
Alice au pays des singes
On va éluder de suite les aspects négatifs de cette série : - Oui le premier tome est le plus beau et abouti mais le plus creux. - Oui l’histoire aurait pu s’en tenir à un seul tome. Sorti de ces deux a priori pouvant être légèrement rebutants, on y trouve quoi dans cette série aux couvertures magnifiques sur une ènième variation éculée sur Alice au pays des merveilles ? Et bien il s’agit d’une aventure humoristique sur les pérégrinations de la fameuse héroïne de Lewis Carroll qui devient amnésique et complètement paumée dans la jungle de Tarzan avec tous les personnages détournés des contes de l’oncle Walt. Si le premier tome peine à trouver ses marques, faute à un Tebo en plein tâtonnement de son œuvre, il se lache complètement sur le second et troisième tome en rajoutant pèle mèle Peter Pan, le capitaine Crochet, le petit Chaperon Rouge et Barbe-Bleue aux protagonistes initiaux que sont une plante carnivore nommée Ella, le tigre du livre de la jungle et Eddy le Mandrill. Je ne sais si cette relecture se doit d’être conseillée aux tout petits vu le nombre de références cachées ici et là mais même pour un public adulte ayant gardé une âme d’enfant, c’est un sacré régal… Il faut dire également que les dessins de Nicolas Keramidas sont de toute beauté en usant de cadrages délirants, lecture en organigramme sur double page et quelques cases géantes chatoyantes… On sent bien que l’inspiration n’aurait pas été si soutenue sans la décision d’achever le tout au bout de 3 tomes. Car au final on raconte le passage d’Alice et du mandrill et leurs rencontres de personnages atypiques. Certains resteront de marbre, d’autres auront le sourire au bord des lèvres et la mission principale d’être diverti est pleinement réussie. Certains passages pourraient même devenir cultes pour un peu qu’on soit bien le public ciblé… Aucun regret me concernant malgré une conclusion facile où l’on sent bien qu’on pourrait continuer la ballade de Alice sur un autre univers mais c’est très bien tel quel. Pour les grands qui ont conservé leur âme d’enfant sans restriction.
14-18
En substance, cette série semble bien, et elle l'est, elle l'est même trop ; c'est un peu ironique d'affirmer ça , mais c'est un peu mon excuse pour ne pas la poursuivre au-dela des 3 albums existants. Je ne voulais pas au départ me lancer encore dans une série sur la guerre de 14-18, surtout quand on voit le nombre d'albums prévus, j'en ai marre des séries longues, et c'est pourquoi je ne recommande pas l'achat, c'est trop onéreux, il vaut mieux la lire en biblio. Mais bon, j'ai quand même craqué et lu le premier album pour voir, puis les 2 suivants... et ce que j'imaginais se produisit : je perçais tout de suite la qualité du propos, le sérieux des auteurs, et l'excellence du dessin. Mais surtout, je me retrouvai avec 8 braves types, des copains qui quittent leur petit village de campagne et leurs femmes pour aller se frotter au gigantesque abattoir humain de cette Grande Guerre, décidée par de bedonnants politiques à barbiches, incapables de régler leurs problèmes autrement que dans le sang de millions d'innocents qui n'ont rien demandé et qui n'en ont rien à foutre de leur connerie. Déjà, le prologue laisse percevoir l'horreur qui va se jouer, "les gueules cassées" vont être légion. Les portraits de ces 8 copains et de leurs compagnes sont si attachants que je n'ai pas envie de les voir souffrir ou mourir dans les tranchées puantes et les champs de bataille de Verdun ou de la Somme. Tout le début lors de la fête au village qui présente les personnages, permet d'apprécier des gens sympathiques, même si c'est pas évident de bien les identifier, et le contraste est plutôt violent dès le premier coup de feu dans ce village allemand où la mort est déjà de sortie (dans son plus simple appareil, comme dirait une chanson célèbre). Cette hécatombe est rendue encore plus horrible par l'excellent dessin de Le Roux. Le premier contact aussi des 8 gars avec leur hiérarchie toujours aussi bornée et détestable, est aussi très significatif, c'est pour eux à l'évidence un ennemi aussi néfaste que le Boche en casque à pointe. Tout ceci me rappelle trop de souvenirs de lecture ou de films assez douloureux et que je n'ai pas trop envie de revivre, et surtout j'aime trop ces braves types pour les voir réduits en chair à canon, comme dans les Bd de Tardi... aussi, j'ai décidé d'arrêter là, c'est très dommage, j'aurais aimé continuer car je sens bien que la série est forte, qu'elle va être passionnante et instructive, l'intérêt grandit, mais dans la tristesse et l'amertume, car combien reviendront ? Une belle série qui donne déjà le ton, mais qui risque de lasser le lecteur par sa longueur ; je lui souhaite en tout cas de réussir ; déjà avec L'Ambulance 13, j'ai eu ma dose de douleur en 14-18..
Wonderland
De par la couverture où l’on voit une pieuvre sur le point de s’emparer du lit-amphibie sur lequel un jeune garçon bouquine tranquillement, on doute que ce « Wonderland » s’apparente au pays des bisounours. En tout cas, on a très envie d’aller voir ce qui se trame dans cette mer sombre et hantée par des créatures terrifiantes. Ceux qui s’attendent à un récit d’aventures traditionnel seront déçus, car si effectivement il est question d’enfance, c’est uniquement pour l’exploration des souvenirs enfouis dans les profondeurs du passé. « Ma vie est plutôt confortable, alors pourquoi ce désenchantement et ce sentiment d’urgence ? » se demande Tom Tirabosco en bon quadra qu’il est devenu. Partant de ce constat, il s’est vaillamment lancé il y a dix ans dans ce projet autobiographique, en évitant d’édulcorer les aspects les plus sombres. Si l’auteur évoque avec tendresse cette enfance « sans problèmes », il parle aussi de ce frère handicapé avec la rage chevillée à un corps privé d’avant-bras et de la jambe droite, une rage si folle qu’elle le transformera en terreur du quartier. Il dresse également un portrait sans complaisance de ce père macho et sanguin face auquel sa sensibilité peinait à s’épanouir, tout en évoquant les querelles incessantes avec son épouse, elle-même révoltée par l’injustice sans doute en raison du handicap de son fils. Mais la maturité aidant, il fait preuve vis-à-vis du paternel d’une indulgence à la fois moqueuse et bienveillante en décrivant son goût pour la peinture « réaliste » et l’opérette, et lui reconnaît le soutien dont il fit preuve lorsque l’auteur, à la fois influencé par Walt Disney et Titien, manifesta la volonté de s’orienter vers une carrière de dessinateur. Quant au dessin en noir et blanc, à la fois réaliste et schématique, Tom Tirabosco possède une technique toute personnelle et plutôt rare, dont l’aspect final donne l’impression qu’il s’en est tenu au crayon à papier. En fait, il s’agit du monotype, un procédé un peu plus long que le simple dessin au trait. Conjugué à la sensibilité de l’auteur, le rendu est extrêmement plaisant et traduit l’amour de ce dernier pour son art. Ainsi « Wonderland » s’impose comme une œuvre introspective, humaine et riche en questionnements, mais à laquelle une pointe d’humour et d’onirisme évite toute lourdeur. On ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec « L’Ascension du haut-mal » de David B., où l’auteur évoquait l’épilepsie de son frère, maladie beaucoup plus difficile à appréhender qu’un handicap physique et autrement plus dommageable pour la personne atteinte et son entourage. Là où David B. produisait un récit âpre et désenchanté, Tirabosco montre davantage de tendresse et d’indulgence, avec même une pointe de nostalgie. L’histoire se termine sur un échange tout en pudeur entre les deux frères, qui, devenus des adultes d’âge mûr, parviennent à se livrer mutuellement, brisant ainsi les commandements d’un père envers lequel ils savent toutefois exprimer leur reconnaissance.
L'Amour infini que j'ai pour toi
Ne rejoignant pas du tout l'avis d'Erik je me suis motivé à mettre un commentaire ! J'ai trouvé les histoires pour la plupart très réussies et certaines très touchantes (notamment celle sur son père). C'est assez rare en bd et j'imagine que c'est une des raisons qui lui a ramené quelques prix. Autre particularité plutôt inhabituelle aussi en bd : les textes sont particulièrement bien écrits. Ce n'est pas de la "pseudo-poésie intellectuelle" ! Sachant qu'il y a peu de places pour les textes en bd par définition, l'auteur s'est juste pour une fois un peu raclé la soupière 5 minutes avant d'écrire. Le résultat est qu'en peu de pages il arrive à transmettre avec pas mal de finesse ce qu'il a envie de dire. J'ai adoré la plupart des dessins aussi, certains sont très très réussis. Tout ça pour dire que je vous conseille cette bd :)
Trois jours en été
Je rejoins l'avis de Iannick. J'ai trouvé cette bd très intelligente. La narration est très bien faite car on est de suite pris par le récit et l'ambiance d'été, lourd et chaud et la torpeur des longues vacances. Du coup je trouve que le dessin est très réussi, et plutôt esthétique. Le sujet abordé est original et je trouve subtilement traité. Une bd qui se lit assez vite mais dont l'atmosphère reste quelques minutes après qu'on l'ait refermé. Ca vaut le coup prendre 10 min pour la lire.
Trolls de Troy
( Après lecture des tomes 1-8 ) Ma critique portera surtout sur les quatre premiers tomes, qui forment un cycle. Ces tomes 1 à 4, à mon avis, sont bons et même meilleurs que la série mère Lanfeust De Troy. Enfin plus exactement, ils sont du même niveau que le tout début de Lanfeust, c'est-à-dire qu'on se poile bien ! Alors d'accord, il ne faut pas être trop regardant sur la cohérence du scénario. Par exemple, à certains moments les trolls ont l'air quasiment invincibles ; alors qu'à d'autres, ils paraissent super vulnérables, ce qui est somme toute logique quand on pense aux pouvoirs magiques bourrins que possèdent certains humains. Ainsi, dans ce premier cycle, des villages de trolls entiers sont capturés avec une facilité déconcertante ; on se demande pourquoi les humains ne l'ont pas fait plus tôt ! Autre truc pas logique, on nous dit au début du premier tome que les trolls ne doivent pas révéler aux humains qu'ils savent parler, mais c'est contradictoire avec tout le reste de la série.... Il y a aussi beaucoup de facilités scénaristiques. De ce point de vue, le pouvoir magique aléatoire de Waha est un peu le deus ex machina par excellence : il peut sortir les héros de n'importe quelle situation, et ne pas marcher quand le scénariste veut les laisser dans la mouise ; c'est pratique ! Mais peu importe, car on est surtout là pour ce marrer, et ça fonctionne très bien. Arleston est dans un de ses bons moments, où il manie plusieurs types d'humour pas subtils mais bien fendards : trolls idiots mais foncièrement sympathiques, humour crade sur leurs mœurs alimentaires et hygiéniques, personnages humains lâches, idiots et/ou cupides, et évidemment des jeux de mots douteux, qui dans ce contexte passent très bien. Les références à notre monde (comme la parodie de politiquement correct, T.1 pl. 8 ) sont rigolotes et pas trop envahissantes dans ces 4 premiers tomes. Il y a de grands moments de déconne, comme le cauchemar de Teträm, qui m'ont bien fait rigoler. Le dessin, parfaitement adapté, rend notamment les visages expressifs et rigolos (et souvent assez abrutis, il faut bien le dire). Sur l'aventure elle-même, il y a de chouettes idées, et la meilleure réside sans doute dans le tome 3, "Comme un vol de pétaures", où la gravité est annulée par la conjonction des trois lunes de Troy. C'était une des images qui m'étaient restées de cette BD, après plusieurs années. D'ailleurs, avant de relire tout ça, je croyais que ce passage était dans la série mère : c'est dire à quel point, même inconsciemment, je place "Trolls de Troy" devant Lanfeust De Troy. Un petit plus au passage, on évite d'avoir en permanence des bimbos qui font du racolage pour mâles hétéros frustrés comme dans Lanfeust, et on ne s'en porte pas plus mal. Bien au contraire, le personnage loufoque de Waha, l'humaine élevée comme une troll, donne lieu à des scènes assez cocasses ! À partir du tome 5, il s'agit d'aventures indépendantes. Les tomes 5, 6 et 7 sont un peu faibles. Il y a moins d'idées pour l'aventure elle-même et moins de variété dans l'humour. Le comique de situation et de personnage devient assez répétitif, et dans ce contexte les jeux de mots paraissent poussifs et forcés (alors qu'ils ne sont pas spécialement plus foireux que d'habitude). Quant au tome 8, ça devient franchement n'importe quoi, il y a beaucoup trop d'allusions à notre monde humain moderne : pour tout dire, il n'y a même quasiment que ça. Se contenter de transposer dans le monde de Troy les concerts de rock, la Star academy, Mission impossible et j'en passe, déjà, ça fait complètement artificiel et on ne croit plus deux secondes au monde de Troy. Et surtout, comme ce n'est pas vraiment parodié, c'est juste de la transposition sans intérêt, voire du plagiat (pour Mission impossible par exemple). T. 1-4 :
(et demi)
T. 5 :
T. 6 :
(l'annonce de la grossesse de Puitepée m'a quand même bien fait rire).
T. 7 :
T. 8 :
T. 9 et suivants : je n'ai pas lu.
Ma note globale sur la série et mon conseil d'achat ne portent évidemment que sur les quatre premiers tomes. Je vous suggère d'oublier l'existence des autres pour rester sur une bonne impression.
La Vie de Bouddha
Après Histoires pour tous, Demain les Oiseaux et L'Arbre au soleil, tous excellents, je continue de découvrir l'œuvre de Tezuka qui reste, même bien des années après, incroyable d'inventivité. Si c'est la première œuvre de Tezuka que vous lisez, vous serez peut-être dérouté par un mélange des genres qui est presque impensable dans nos contrées. Car c'est à la fois un ouvrage qui traite sérieusement de la vie "du" Bouddha et un récit très libre sur le destin de certains personnages secondaires (historiques ou totalement inventés), sans oublier des gags franchement burlesques, des anachronismes volontaires, des mises en scène de l'auteur lui-même, etc. Bref, dit comme ça, ça peut sembler un mélange vraiment improbable ; mais ce qui est incroyable, ce que ça fonctionne, et même très bien ! Tezuka a un talent incroyable (oui, je sais, j'en parle au présent) qui lui permet de passer plus d'une centaine de pages pendant lesquelles on ne voit jamais le personnage principal, juste pour développer une intrigue secondaire ! Ce qui serait du délayage chez d'autres auteurs enrichit l'histoire ici, car Tezuka fourmille toujours d'idées pour rendre ces digressions intéressantes et leur permettre de développer des personnages qui joueront ensuite un rôle important dans la trame principale. Ça, ce n'est vraiment pas donné à tout le monde... Alors certes, j'avoue qu'il y a eu quelques moment où j'étais moins passionné qu'à d'autres (surtout le début, qui est un peu déroutant en première lecture). Mais dans l'ensemble, c'est assez fou d'avoir une saga d'environ 3000 pages (!) qui ne sombre jamais dans la routine et qui est à ce point bourrée d'idées. Cette série se déroule sur plus de la durée d'une vie, et on a le bonheur de voir tous les personnages évoluer énormément au cours du récit : pour ne rien dévoiler, je me contenterais de citer les noms de Siddhartha "Bouddha" lui-même bien sûr, mais aussi Ananda, Tatta, Miguéla, Naradatta, les cinq ascètes, le prince Luly, le prince Ajasé... Les personnages de l'innocent Asaji et de Devadatta sont aussi très réussis. D'ailleurs, pour ceux qui seraient effrayés par la profusion de personnages aux prénoms parfois ressemblants pour notre oreille européenne, ne vous inquiétez pas : la narration est suffisamment bien faite pour qu'on se rappelle toujours qui est qui ! Un tour de force impressionnant, c'est qu'il y a clairement un souffle épique et légendaire, et pourtant les personnages sont profondément humains, avec leur bons et leurs mauvais côtés, loin des archétypes figés qu'on pourrait craindre dans ce type de récit. Comme toujours chez Tezuka, la narration graphique est excellente, basée notamment sur des personnages aux traits stylisés et très reconnaissables dans des décors beaucoup plus réalistes et parfois très fouillés, ainsi que sur un découpage toujours très dynamique et inventif, allant jusqu'à des personnages qui cassent en deux la limite de leur case et passent dans la case d'à côté, ce qui surprendrait moins dans un genre onirique (Philémon) mais beaucoup plus dans ce type de récit ! D'ailleurs, plusieurs exemples de L'Art Invisible, un excellent ouvrage théorique en BD sur la BD, sont tirés de cette Vie de Bouddha. Paradoxalement, je ne conseillerai pas l'achat pour le moment car à l'heure où j'écris ces lignes, l'édition actuelle est un peu chère et pas très bien réussie : ce n'est pas le sens de lecture européen qui me dérange, mais un certain nombre de coquilles, d'erreurs manifestes de traduction, d'incohérences entre la table des matières et les titres de chapitre au sein de l'ouvrage... Quelques notes culturelles ne seraient pas superflues, comme dans l'excellente édition des Histoires pour tous. Et l'idée de mettre les premières pages de chaque tome en couleurs et le reste en noir et blanc me semble totalement incongrue ; comme je ne suis pas un puriste absolu, je n'aurais pas dit non à la couleur, mais à mon avis il faut faire tout l'un ou tout l'autre. Alors je me dis qu'une telle œuvre majeure bénéficiera forcément un jour ou l'autre d'une réédition, que j'espère meilleure : à ce moment-là, clairement, il faudra sauter dessus ! J'hésite à mettre 5 étoiles directement en première lecture, mais il est probable que je revienne remonter ma note dans quelques temps, car je relirai sans aucun doute cette série exceptionnelle !
Cases blanches
Encore une histoire d'un auteur en panne d'inspiration. Cette fois-ci, il s'agit d'un dessinateur de bd. Cela ne sera pas la page blanche mais la case blanche ! On se demande si ce n'est pas un récit réellement vécue par un auteur. Il me semblait avoir entendu cette histoire de planches oubliées dans un train. On va également rencontrer le gratin de la bande dessinée actuelle. Il y a également une critique de ces oeuvres composées de monstres et de dragons qui font fureur en terme de ventes. On se dit que Lanfeust est un peu visé ou du moins, ce genre de bd. J'ai bien aimé cette critique subtile mise en image. C'est bien la première fois qu'on pénètre dans les coulisses de la bd. On se rend compte également que la vie menée par les auteurs est loin d'être facile. Je n'ai pas eu réellement de compassion pour Vincent Marbier qui tente d'échapper à ses responsabilités par tous moyens. Dans une autre profession, je verrai mal un ouvrier arrêter la chaîne de production car il est en panne d'inspiration. Bon, en même temps, ce sont des artistes qui échappent à toutes les contraintes du monde réel. Pour autant, ils ne sont pas épargnés comme on le voit. Cases blanches permet de resituer les choses dans leur contexte et de montrer l'envers du décors aux lecteurs de bd. J'ai bien aimé la fin qui est pleine d'humanité. Les véritables héros ne sont pas ce que l'on croît. Il y a plein de gens sympathiques autour de nous qui sont de véritables ordures et vice versa. Et puis et surtout, il y a toujours un homme derrière les cases avec sa propre vie et ses difficultés. Cette oeuvre bouscule les codes et c'est tant mieux.