J’ai abordé cette lecture avec beaucoup de recul. Il faut dire que j’étais l’un des rares lecteurs à ne pas avoir aimé Souvenirs de l'empire de l'atome des mêmes auteurs dont l’œuvre avait fait l’effet d’une bombe. Le style graphique est le même mais le récit est totalement différent. Et je ne sais pas ce qui s’est passé au juste, le résultat est que cela m’a plu contre toute attente. J’ai cru d’abord à un miracle inexpliqué. Comme j’ai perdu la foi, je pense que cela doit avoir des explications plus scientifiques à défaut d’être diaboliques.
A l’inverse, je me rappelle avoir été enthousiasmé par une œuvre comme Daytripper (au jour le jour) pour ensuite être plutôt déçu par les publications ultérieures des mêmes auteurs. Aimer une œuvre est quelque chose qui ne se commande pas à l’avance. Un auteur qu’on aime bien peut nous décevoir et inversement. Les choses ne sont jamais figées à l’avance. On ne peut pas alors affirmer que tel posteur persiste à lire des choses qu’il n’aime pas ou inversement. C’est également cela la richesse de la bande dessinée.
Oui, j’ai été véritablement surpris par cet été diabolik car entraîné par cette histoire à rebondissements. On va vivre l’été 1967 avec les yeux d’un adolescent qui découvre l’amour sous l’œil bienveillant d’un père assez mystérieux qui va finir par disparaître de sa vie. On aura droit à une explication 20 ans plus tard au regard de petits détails qui ont été parsemés. Il y a juste un épisode qui me titille à savoir celui du cascadeur qui trouve la mort dans un accident de voiture sur la corniche. Etait-ce un trompe l’œil ou un faux indice ? Et puis, le personnage d’Erik était-il aussi indispensable derrière sa superficialité ? Autant de questions que l’on peut se poser.
En tout cas, c’est une réussite aussi bien scénaristique que graphique avec une belle ambiance des années 60 qui nous est restituée pour notre plus grand plaisir. Au-delà du polar d’espionnage, on aura droit à une belle quête dans l’intimité.
Lupano nous sert là un scénario drôle et à contre-pieds des héros ; ici, les anti-héros sont le gang de trois quadragénaires quelque peu, et partiellement, grabataires, et relativement réactionnaires, voire carrément anarchistes.
C'est vraiment un plaisir de lire ce triptyque atypique parfois un soupçon trop enclin à virer vers la caricature. Mais comme on baigne dans l'humour ...
Pour le dessin, il n'est pas très beau en soi, mais efficace, et on l'oublie vite, une fois le lecteur dévoré par le récit.
Un très chouette moment de lecture badine.
Ce manga est une vraie claque !
Usamura Furuya adapte librement un roman de 1948 de Osamu Dazai. Il replace son histoire dans le Japon contemporain. Autant le préciser tout de suite, Je ne suis pas un homme est extrêmement dur. On assiste avec effroi à la déchéance inéluctable d'un jeune homme qui avait pourtant tout pour réussir et être heureux. Son désespoir et son incapacité à comprendre les autres et à tisser des liens sincères avec eux (les femmes notamment) vont progressivement le faire basculer.
Narré d'une main de maître, le récit est aussi noir que passionnant. La plongée dans l'âme torturée de Yôzô Ôba est une vraie réussite. L'auteur a su rendre toute la complexité de la personnalité de son (anti)héros.
Visuellement, c'est remarquable. Le trait réaliste de Furuya accentue le ton très sombre de l'histoire. Le choix de publier le manga en grand format permet une meilleure perception de la grande qualité graphique de l'ouvrage
Je ne suis pas un homme est un manga dérangeant, intense et complexe, à découvrir de toute urgence.
Avant Hedge Fund, le dessinateur Patrick Hénaff s'était essayé au récit de pirates avec ce "Testament du capitaine Crown". Coup d'essai coup de maitre serais je tenté de dire.
A l'entame de la lecture ou à son issue oublions le LJS de M. Lauffray, tentative de comparaison n'est pas raison. Le dessin n'a pas ici la même puissance ni le côté parfois un peu grandiloquent de LJS, mais sans afféteries aucune je le trouve personnellement grandement efficace et possédant une virtuosité évidente capable de vous embarquer au fil des océans. Alors que Lauffray et Dorison nous proposaient des aventures autres que purement maritimes, ici nous sommes très souvent à bord des navires de pirates excepté sur la toute fin de ce diptyque.
Personnellement j'ai trouvé un grand plaisir à lire cette aventure qui possède son lot de péripéties et de retournements de situations. Le seul bémol à charge contre ce récit est peut être la rapidité du tome 2, j'aurais pour ma part souhaiter plus d'approfondissement sur la vie sur cette île coupée du monde. Pour autant je m’aperçois qu'en disant cela c'est le syndrome LJS qui frappe.
Au final ce Capitaine Crown est rudement bien foutu, divertissant et fleurant bon l'air du large avec de vraies trognes, alors forcément à lire et à posséder.
Si vous êtes un habitué des productions de la Boîte à Bulles, vous n'avez pas pu passer à côté de cet auteur, qui met en scène ses aventures sentimentales de façon unique.
Et si vous avez, comme moi, loupé l'un ou l'autre de ses albums, l'éditeur vous propose de vous rattraper avec cette intégrale regroupant 3 minutes, Litost, Souvenir de moments uniques... L'occasion de revenir sur ce trait fin et sensuel, cette joie de vivre qui traverse toutes ses histoires, cette infinie délicatesse qui émane de ses récits. L'émotion est omniprésente, au travers de ces planches au look éthéré, de ces petits bonheurs du quotidien, de ces rencontres qui forment un jeune homme, de ces regards, de ces sourires qui en disent long.
C'est franchement superbe !
Je ne suis pas un grand fan des dessins de Peeters, mais ici, comme parfois, je trouve qu'il a parfaitement trouvé ses marques pour que le récit fonctionne.
Les couleurs assez claquantes conviennent assez bien à l'encrage plutôt épais du dessinateur, et du fait que l'histoire se déroule dans un quasi désert, au très grand soleil.
Le scénario est fantastique, ... dans les deux sens du terme !
Loo Hui Phang nous envoie une histoire à contre-pieds de tout ce que nous aurions pu imaginer ou lire en mode western. Tout se déroule comme à l'envers du possible.
Comme l'image inversée sur la plaque en verre de la chambre technique du photographe.
Déroutant, déconcertant, ... et touchant !
Car en résumé, dans cette contrée sauvage et hostile rempli de guerriers, d’assassins, et de rustres, nous allons voir poindre une improbable et belle histoire d'amour ...
Un 4 * surtout pour la scénariste.
Me voilà bien embêté concernant cette série entamée il y a environ un an, suite à la réédition en intégrale chez Urban Comics, et qui me faisait envie depuis longtemps.
Alors autant j'ai a-do-ré le tome 1 (), qui est vraiment culte, et que j'ai pris beaucoup de plaisir à lire, et encore plus à relire. Tout est au top: l'originalité de l'histoire, l'action incessante, qui rend la lecture addictive et vous pousse à lire jusqu'à des heures impossibles, le dessin et les couleurs impeccables de Steve Dillon. Fort heureusement on peut même apprécier toutes les couv' de chaque chapitre, et également les brouillons non retenus, en fin d'ouvrage. Enfin, les personnalités des différents caractères sont très bien travaillées et sont vraiment complémentaires.
J'ai apprécié aussi qu'il y ait des histoires dans l'histoire, comme celle du tueur en série.
Malheureusement, je suis beaucoup plus critique envers le 2e tome de cette intégrale (). Si le graphisme reste d'une magnifique constance, on ne peut plus en dire autant du scénario. Le personnage principal de Jesse Custer devient insupportable, américanisé à outrance. Il devient invincible, même en n'utilisant pas ''la Voix", et les adversaires qu'il a en face de lui, censés être des badass de grande dimension, en deviennent ridicules. Il pourrait à ce stade être incarné au ciné par d'anciennes stars comme Stallone ou Steven Seagal.
On a bien évidemment droit à un couplet sur la guerre, cette formidable armée américaine qui déchire tout sur son passage.
Il y a manifestement un manque de volonté de coller à la réalité, puisque les auteurs nous infligent un décor du sud de la France qui n'a rien de crédible, avec ces espèces de montagnes plutôt évocatrices des Rocheuses américaines (rien à voir avec Arles, quoi...).
Garth Ennis tombe dans le piège d'en faire trop dans le gore, alors que l'horreur était bien dosée dans le tome 1: pédérastes, pédophiles, sadiques, boulimiques...franchement ça devient gratuit et pesant.
Pour finir, j'ai même fini par m'ennuyer avec l'histoire sur le passé de Cassidy, chiante au possible, surtout avec ses dialogues insipides et interminables, je me suis endormi dessus plus d'une fois, alors qu'avant, je devais me forcer à éteindre la lumière...
Bien évidemment, j'achèterai le tome 3, j'espère juste que le cap sera redressé.
Une grande saga d'aventures maritimes et de cape et d'épée aux nombreuses péripéties. J'aime cet univers plein de panache, au parfum romanesque ; cette période historique à ce moment capital est intéressante car elle est peu montrée (excepté dans Dampierre), c'est la fin de la chouannerie, et on y voit Cadoudal qui fut le dernier grand chef chouan. Cette figure de la République est intéressante à évoquer : il sera l'instigateur de complots contre Bonaparte, dont celui de l'attentat de la rue Saint-Nicaise à Paris le 24 décembre 1800 qui fit 22 morts à cause d'une machine infernale, mais dont le Premier Consul sortit indemne ; le second complot sera déjoué, et Cadoudal capturé sur trahison, finalement exécuté en 1804. Son corps servira à la dissection des étudiants de la Fac de Médecine, tandis que Larrey gardera son squelette ; ses restes seront ensuite déposés dans un mausolée sur la colline boisée de Kerléano près d'Auray (j'ai vu ce tombeau).
La Bd reste injustement méconnue car elle ne fut pas publiée chez un grand éditeur comme Glénat ou Dargaud, elle marche un peu sur les traces de L'Epervier puis s'en écarte, le scénario co-écrit avec l'épouse d'Alain Robet, est très condensé et aurait mérité un album supplémentaire pour être mieux structuré et étoffé.
Le récit s'ouvre sur le siège de Granville par un dessin aérien saisissant. Je connais parfaitement cette cité ceinturée de remparts qui m'a séduit en 2003 lors d'un petit voyage en Cotentin, et qu'on surnomme "la Monaco du Nord" en raison de la forme de son rocher, car elle est bâtie sur un long promontoire rocheux ; elle possède un cachet un peu sévère mais pittoresque, c'est une bonne base pour aborder les îles anglo-normandes.
J'avais complètement zappé cet épisode du siège qui en 1793 marqua la défaite de l'armée chouanne commandée par La Rochejaquelein, comme on le voit ici. De même que mes recherches m'ont conduit au corsaire granvillais Beaubriand-Lévêque, preuve que les époux Robet sont très bien documentés en faisant de leur héroïne une Baubriand, femme très séduisante par ailleurs. Ils prennent bien sûr quelques libertés (tel que l'improbable rôle de Gabrielle en capitaine corsaire à 17 ans, historiquement c'est peu réaliste), mais on pardonne car cette aventure mêle plusieurs objectifs : récit historique, récit de corsaires, histoire d'amour, quête personnelle familiale de son héroïne... Mais je trouve que l'épisode anglais ralentit l'action et n'apporte pas grand chose.
Quant au dessin, c'est du Robet, je l'avais déjà apprécié sur Le Chevalier, la Mort et le Diable en collection Vécu, c'est un trait classique et clair comme j'aime, assez ressemblant à Juillard, mais dommage que le tome 2 accuse un style graphique différent, un peu trop épais, avant de revenir ensuite un peu plus soigné.
Bref, une belle série qui aurait mérité plus de reconnaissance, mais qui reste très divertissante, avec un fond historique solide.
Mon Dieu que c’est beau. Je commence rarement un avis en parlant du dessin, mais les planches de cet album m’ont vraiment émerveillé. Le dessin en noir et blanc est d’une précision remarquable et fourmillent de détails. Du travail d’orfèvre, que ce soit au niveau des personnages ou des paysages alpins magnifiques.
L’intrigue m’a aussi passionné, même si elle reste assez simple : deux aventuriers amateurs de créatures mythiques (Monstre du Loch Ness, Yeti etc.) se lancent à la recherche du Tatzelwurm, « créature légendaire du folklore de la chaîne des Alpes » (source). S’en suit une promenade champêtre dépaysante, et une fin… non, je vous laisse la découvrir ! Et puis l’Histoire avec un grand H rattrape nos protagonistes, avec la montée du nazisme.
Une grande aventure revigorante, et une mise en image magistrale. Un coup de cœur en ce qui me concerne !
Il fallait oser une telle approche et l'auteure l'a très bien réalisée tout en légèreté. On entre dans l'envers du décors pour comprendre comment fonctionne le monde de la pornographie. Il y a certes beaucoup de désillusions provoquées par ces fabricants de fantasmes.
A la base de cette oeuvre, il y a toute une étude sociologique. Fort heureusement, on n'aura pas droit à des données brutes mais à une petite intrigue qui nous tiendra en haleine durant ces 164 pages. L'auteure s'est en effet servie des différents témoignages pour les intégrer de manière subtile dans les dialogues. On comprend mieux la situation de ces salariés pas comme les autres et qui ont le minimum de droits. Pour un Rocco Sifredi, il y a mille hommes sous évalués et idem pour les femmes.
Visiblement, on entre un peu par hasard dans le monde du hard comme Howard le vigile d'un centre commercial ou Betty l'étudiante. On déchante assez vite devant les réalités de ce milieu et devant toute cette industrie pornographique. Le travail du corps peut vite s'avérer épuisant contrairement à ce qu'on pourrait penser.
L'oeuvre est parfois trash mais elle parvient à mettre le lecteur assez à l'aise en introduisant la distance nécessaire par la douceur du trait ou encore par l'humour des situations.
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L'Eté Diabolik
J’ai abordé cette lecture avec beaucoup de recul. Il faut dire que j’étais l’un des rares lecteurs à ne pas avoir aimé Souvenirs de l'empire de l'atome des mêmes auteurs dont l’œuvre avait fait l’effet d’une bombe. Le style graphique est le même mais le récit est totalement différent. Et je ne sais pas ce qui s’est passé au juste, le résultat est que cela m’a plu contre toute attente. J’ai cru d’abord à un miracle inexpliqué. Comme j’ai perdu la foi, je pense que cela doit avoir des explications plus scientifiques à défaut d’être diaboliques. A l’inverse, je me rappelle avoir été enthousiasmé par une œuvre comme Daytripper (au jour le jour) pour ensuite être plutôt déçu par les publications ultérieures des mêmes auteurs. Aimer une œuvre est quelque chose qui ne se commande pas à l’avance. Un auteur qu’on aime bien peut nous décevoir et inversement. Les choses ne sont jamais figées à l’avance. On ne peut pas alors affirmer que tel posteur persiste à lire des choses qu’il n’aime pas ou inversement. C’est également cela la richesse de la bande dessinée. Oui, j’ai été véritablement surpris par cet été diabolik car entraîné par cette histoire à rebondissements. On va vivre l’été 1967 avec les yeux d’un adolescent qui découvre l’amour sous l’œil bienveillant d’un père assez mystérieux qui va finir par disparaître de sa vie. On aura droit à une explication 20 ans plus tard au regard de petits détails qui ont été parsemés. Il y a juste un épisode qui me titille à savoir celui du cascadeur qui trouve la mort dans un accident de voiture sur la corniche. Etait-ce un trompe l’œil ou un faux indice ? Et puis, le personnage d’Erik était-il aussi indispensable derrière sa superficialité ? Autant de questions que l’on peut se poser. En tout cas, c’est une réussite aussi bien scénaristique que graphique avec une belle ambiance des années 60 qui nous est restituée pour notre plus grand plaisir. Au-delà du polar d’espionnage, on aura droit à une belle quête dans l’intimité.
Les Vieux Fourneaux
Lupano nous sert là un scénario drôle et à contre-pieds des héros ; ici, les anti-héros sont le gang de trois quadragénaires quelque peu, et partiellement, grabataires, et relativement réactionnaires, voire carrément anarchistes. C'est vraiment un plaisir de lire ce triptyque atypique parfois un soupçon trop enclin à virer vers la caricature. Mais comme on baigne dans l'humour ... Pour le dessin, il n'est pas très beau en soi, mais efficace, et on l'oublie vite, une fois le lecteur dévoré par le récit. Un très chouette moment de lecture badine.
Je ne suis pas un homme
Ce manga est une vraie claque ! Usamura Furuya adapte librement un roman de 1948 de Osamu Dazai. Il replace son histoire dans le Japon contemporain. Autant le préciser tout de suite, Je ne suis pas un homme est extrêmement dur. On assiste avec effroi à la déchéance inéluctable d'un jeune homme qui avait pourtant tout pour réussir et être heureux. Son désespoir et son incapacité à comprendre les autres et à tisser des liens sincères avec eux (les femmes notamment) vont progressivement le faire basculer. Narré d'une main de maître, le récit est aussi noir que passionnant. La plongée dans l'âme torturée de Yôzô Ôba est une vraie réussite. L'auteur a su rendre toute la complexité de la personnalité de son (anti)héros. Visuellement, c'est remarquable. Le trait réaliste de Furuya accentue le ton très sombre de l'histoire. Le choix de publier le manga en grand format permet une meilleure perception de la grande qualité graphique de l'ouvrage Je ne suis pas un homme est un manga dérangeant, intense et complexe, à découvrir de toute urgence.
Le Testament du Capitaine Crown
Avant Hedge Fund, le dessinateur Patrick Hénaff s'était essayé au récit de pirates avec ce "Testament du capitaine Crown". Coup d'essai coup de maitre serais je tenté de dire. A l'entame de la lecture ou à son issue oublions le LJS de M. Lauffray, tentative de comparaison n'est pas raison. Le dessin n'a pas ici la même puissance ni le côté parfois un peu grandiloquent de LJS, mais sans afféteries aucune je le trouve personnellement grandement efficace et possédant une virtuosité évidente capable de vous embarquer au fil des océans. Alors que Lauffray et Dorison nous proposaient des aventures autres que purement maritimes, ici nous sommes très souvent à bord des navires de pirates excepté sur la toute fin de ce diptyque. Personnellement j'ai trouvé un grand plaisir à lire cette aventure qui possède son lot de péripéties et de retournements de situations. Le seul bémol à charge contre ce récit est peut être la rapidité du tome 2, j'aurais pour ma part souhaiter plus d'approfondissement sur la vie sur cette île coupée du monde. Pour autant je m’aperçois qu'en disant cela c'est le syndrome LJS qui frappe. Au final ce Capitaine Crown est rudement bien foutu, divertissant et fleurant bon l'air du large avec de vraies trognes, alors forcément à lire et à posséder.
Dans ta bulle
Si vous êtes un habitué des productions de la Boîte à Bulles, vous n'avez pas pu passer à côté de cet auteur, qui met en scène ses aventures sentimentales de façon unique. Et si vous avez, comme moi, loupé l'un ou l'autre de ses albums, l'éditeur vous propose de vous rattraper avec cette intégrale regroupant 3 minutes, Litost, Souvenir de moments uniques... L'occasion de revenir sur ce trait fin et sensuel, cette joie de vivre qui traverse toutes ses histoires, cette infinie délicatesse qui émane de ses récits. L'émotion est omniprésente, au travers de ces planches au look éthéré, de ces petits bonheurs du quotidien, de ces rencontres qui forment un jeune homme, de ces regards, de ces sourires qui en disent long. C'est franchement superbe !
L'Odeur des garçons affamés
Je ne suis pas un grand fan des dessins de Peeters, mais ici, comme parfois, je trouve qu'il a parfaitement trouvé ses marques pour que le récit fonctionne. Les couleurs assez claquantes conviennent assez bien à l'encrage plutôt épais du dessinateur, et du fait que l'histoire se déroule dans un quasi désert, au très grand soleil. Le scénario est fantastique, ... dans les deux sens du terme ! Loo Hui Phang nous envoie une histoire à contre-pieds de tout ce que nous aurions pu imaginer ou lire en mode western. Tout se déroule comme à l'envers du possible. Comme l'image inversée sur la plaque en verre de la chambre technique du photographe. Déroutant, déconcertant, ... et touchant ! Car en résumé, dans cette contrée sauvage et hostile rempli de guerriers, d’assassins, et de rustres, nous allons voir poindre une improbable et belle histoire d'amour ... Un 4 * surtout pour la scénariste.
Preacher
Me voilà bien embêté concernant cette série entamée il y a environ un an, suite à la réédition en intégrale chez Urban Comics, et qui me faisait envie depuis longtemps. Alors autant j'ai a-do-ré le tome 1 (
), qui est vraiment culte, et que j'ai pris beaucoup de plaisir à lire, et encore plus à relire. Tout est au top: l'originalité de l'histoire, l'action incessante, qui rend la lecture addictive et vous pousse à lire jusqu'à des heures impossibles, le dessin et les couleurs impeccables de Steve Dillon. Fort heureusement on peut même apprécier toutes les couv' de chaque chapitre, et également les brouillons non retenus, en fin d'ouvrage. Enfin, les personnalités des différents caractères sont très bien travaillées et sont vraiment complémentaires.
J'ai apprécié aussi qu'il y ait des histoires dans l'histoire, comme celle du tueur en série.
Malheureusement, je suis beaucoup plus critique envers le 2e tome de cette intégrale (
). Si le graphisme reste d'une magnifique constance, on ne peut plus en dire autant du scénario. Le personnage principal de Jesse Custer devient insupportable, américanisé à outrance. Il devient invincible, même en n'utilisant pas ''la Voix", et les adversaires qu'il a en face de lui, censés être des badass de grande dimension, en deviennent ridicules. Il pourrait à ce stade être incarné au ciné par d'anciennes stars comme Stallone ou Steven Seagal.
On a bien évidemment droit à un couplet sur la guerre, cette formidable armée américaine qui déchire tout sur son passage.
Il y a manifestement un manque de volonté de coller à la réalité, puisque les auteurs nous infligent un décor du sud de la France qui n'a rien de crédible, avec ces espèces de montagnes plutôt évocatrices des Rocheuses américaines (rien à voir avec Arles, quoi...).
Garth Ennis tombe dans le piège d'en faire trop dans le gore, alors que l'horreur était bien dosée dans le tome 1: pédérastes, pédophiles, sadiques, boulimiques...franchement ça devient gratuit et pesant.
Pour finir, j'ai même fini par m'ennuyer avec l'histoire sur le passé de Cassidy, chiante au possible, surtout avec ses dialogues insipides et interminables, je me suis endormi dessus plus d'une fois, alors qu'avant, je devais me forcer à éteindre la lumière...
Bien évidemment, j'achèterai le tome 3, j'espère juste que le cap sera redressé.
Gabrielle B.
Une grande saga d'aventures maritimes et de cape et d'épée aux nombreuses péripéties. J'aime cet univers plein de panache, au parfum romanesque ; cette période historique à ce moment capital est intéressante car elle est peu montrée (excepté dans Dampierre), c'est la fin de la chouannerie, et on y voit Cadoudal qui fut le dernier grand chef chouan. Cette figure de la République est intéressante à évoquer : il sera l'instigateur de complots contre Bonaparte, dont celui de l'attentat de la rue Saint-Nicaise à Paris le 24 décembre 1800 qui fit 22 morts à cause d'une machine infernale, mais dont le Premier Consul sortit indemne ; le second complot sera déjoué, et Cadoudal capturé sur trahison, finalement exécuté en 1804. Son corps servira à la dissection des étudiants de la Fac de Médecine, tandis que Larrey gardera son squelette ; ses restes seront ensuite déposés dans un mausolée sur la colline boisée de Kerléano près d'Auray (j'ai vu ce tombeau). La Bd reste injustement méconnue car elle ne fut pas publiée chez un grand éditeur comme Glénat ou Dargaud, elle marche un peu sur les traces de L'Epervier puis s'en écarte, le scénario co-écrit avec l'épouse d'Alain Robet, est très condensé et aurait mérité un album supplémentaire pour être mieux structuré et étoffé. Le récit s'ouvre sur le siège de Granville par un dessin aérien saisissant. Je connais parfaitement cette cité ceinturée de remparts qui m'a séduit en 2003 lors d'un petit voyage en Cotentin, et qu'on surnomme "la Monaco du Nord" en raison de la forme de son rocher, car elle est bâtie sur un long promontoire rocheux ; elle possède un cachet un peu sévère mais pittoresque, c'est une bonne base pour aborder les îles anglo-normandes. J'avais complètement zappé cet épisode du siège qui en 1793 marqua la défaite de l'armée chouanne commandée par La Rochejaquelein, comme on le voit ici. De même que mes recherches m'ont conduit au corsaire granvillais Beaubriand-Lévêque, preuve que les époux Robet sont très bien documentés en faisant de leur héroïne une Baubriand, femme très séduisante par ailleurs. Ils prennent bien sûr quelques libertés (tel que l'improbable rôle de Gabrielle en capitaine corsaire à 17 ans, historiquement c'est peu réaliste), mais on pardonne car cette aventure mêle plusieurs objectifs : récit historique, récit de corsaires, histoire d'amour, quête personnelle familiale de son héroïne... Mais je trouve que l'épisode anglais ralentit l'action et n'apporte pas grand chose. Quant au dessin, c'est du Robet, je l'avais déjà apprécié sur Le Chevalier, la Mort et le Diable en collection Vécu, c'est un trait classique et clair comme j'aime, assez ressemblant à Juillard, mais dommage que le tome 2 accuse un style graphique différent, un peu trop épais, avant de revenir ensuite un peu plus soigné. Bref, une belle série qui aurait mérité plus de reconnaissance, mais qui reste très divertissante, avec un fond historique solide.
A la recherche du monstre
Mon Dieu que c’est beau. Je commence rarement un avis en parlant du dessin, mais les planches de cet album m’ont vraiment émerveillé. Le dessin en noir et blanc est d’une précision remarquable et fourmillent de détails. Du travail d’orfèvre, que ce soit au niveau des personnages ou des paysages alpins magnifiques. L’intrigue m’a aussi passionné, même si elle reste assez simple : deux aventuriers amateurs de créatures mythiques (Monstre du Loch Ness, Yeti etc.) se lancent à la recherche du Tatzelwurm, « créature légendaire du folklore de la chaîne des Alpes » (source). S’en suit une promenade champêtre dépaysante, et une fin… non, je vous laisse la découvrir ! Et puis l’Histoire avec un grand H rattrape nos protagonistes, avec la montée du nazisme. Une grande aventure revigorante, et une mise en image magistrale. Un coup de cœur en ce qui me concerne !
La Fabrique pornographique
Il fallait oser une telle approche et l'auteure l'a très bien réalisée tout en légèreté. On entre dans l'envers du décors pour comprendre comment fonctionne le monde de la pornographie. Il y a certes beaucoup de désillusions provoquées par ces fabricants de fantasmes. A la base de cette oeuvre, il y a toute une étude sociologique. Fort heureusement, on n'aura pas droit à des données brutes mais à une petite intrigue qui nous tiendra en haleine durant ces 164 pages. L'auteure s'est en effet servie des différents témoignages pour les intégrer de manière subtile dans les dialogues. On comprend mieux la situation de ces salariés pas comme les autres et qui ont le minimum de droits. Pour un Rocco Sifredi, il y a mille hommes sous évalués et idem pour les femmes. Visiblement, on entre un peu par hasard dans le monde du hard comme Howard le vigile d'un centre commercial ou Betty l'étudiante. On déchante assez vite devant les réalités de ce milieu et devant toute cette industrie pornographique. Le travail du corps peut vite s'avérer épuisant contrairement à ce qu'on pourrait penser. L'oeuvre est parfois trash mais elle parvient à mettre le lecteur assez à l'aise en introduisant la distance nécessaire par la douceur du trait ou encore par l'humour des situations.