Mon Dieu que c’est beau. Je commence rarement un avis en parlant du dessin, mais les planches de cet album m’ont vraiment émerveillé. Le dessin en noir et blanc est d’une précision remarquable et fourmillent de détails. Du travail d’orfèvre, que ce soit au niveau des personnages ou des paysages alpins magnifiques.
L’intrigue m’a aussi passionné, même si elle reste assez simple : deux aventuriers amateurs de créatures mythiques (Monstre du Loch Ness, Yeti etc.) se lancent à la recherche du Tatzelwurm, « créature légendaire du folklore de la chaîne des Alpes » (source). S’en suit une promenade champêtre dépaysante, et une fin… non, je vous laisse la découvrir ! Et puis l’Histoire avec un grand H rattrape nos protagonistes, avec la montée du nazisme.
Une grande aventure revigorante, et une mise en image magistrale. Un coup de cœur en ce qui me concerne !
Il fallait oser une telle approche et l'auteure l'a très bien réalisée tout en légèreté. On entre dans l'envers du décors pour comprendre comment fonctionne le monde de la pornographie. Il y a certes beaucoup de désillusions provoquées par ces fabricants de fantasmes.
A la base de cette oeuvre, il y a toute une étude sociologique. Fort heureusement, on n'aura pas droit à des données brutes mais à une petite intrigue qui nous tiendra en haleine durant ces 164 pages. L'auteure s'est en effet servie des différents témoignages pour les intégrer de manière subtile dans les dialogues. On comprend mieux la situation de ces salariés pas comme les autres et qui ont le minimum de droits. Pour un Rocco Sifredi, il y a mille hommes sous évalués et idem pour les femmes.
Visiblement, on entre un peu par hasard dans le monde du hard comme Howard le vigile d'un centre commercial ou Betty l'étudiante. On déchante assez vite devant les réalités de ce milieu et devant toute cette industrie pornographique. Le travail du corps peut vite s'avérer épuisant contrairement à ce qu'on pourrait penser.
L'oeuvre est parfois trash mais elle parvient à mettre le lecteur assez à l'aise en introduisant la distance nécessaire par la douceur du trait ou encore par l'humour des situations.
« Les carnets de Cerise » fait un tabac auprès du jeune public – il serait réducteur de dire « auprès des fillettes » - et on comprend pourquoi au vu des nombreux ingrédients réunis pour cette excellente série.
Conçues par Joris Chamblain, les histoires, où sont abordés des thèmes très adultes du fait que Cerise se plait à observer les grandes personnes, sont servies avec brio par le dessin d’Aurélie Neyret qui sait insuffler de la grâce et du naturel dans ses personnages aux visages d’aspect « cartoon ». De même, le travail sur la couleur est chiadé, ce qui rend cette BD très vivante, chaleureuse et pétillante, à tel point qu’on aurait envie d’y rentrer. Enfin, même la mise en page ne souffre d’aucune fausse note, avec des inserts du journal intime de Cerise ponctuant chacune des scènes.
Tout cela fait pas mal d’arguments en faveur de cette BD extrêmement attachante qui fait la part belle à l’humanisme et à la tolérance et n'est jamais mièvre. Les plus jeunes ne s’y sont pas trompés en plébiscitant ces carnets.
Cela faisait un moment que je n'avais pas lu un album d'Hermann & d'Yves H, pourtant depuis leur première collaboration (Liens de Sang) je suis assez fan de leur travail. Il aura fallu l'incompréhensible Zhong Guo pour que le charme n'opère plus.
Depuis, seule Une nuit de pleine lune avait trouvé grâce à mes yeux.
Ici, je retrouve un Hermann en pleine forme, avec un superbe dessin qui nous plonge dès les premières planches dans l'ambiance du Mississippi des années 50. Même les scènes de nuit sont lumineuses. Personnages, paysages, voitures...le dessin est vraiment réussi.
Quant au scénario, très sombre, très violent, d'Yves H, il est d'une fluidité exemplaire, pour une fois! C'est simple, bien amené. Le thème de la vengeance, doublé d'une chasse à l'homme est parfaitement maîtrisé.
Pour comprendre cette atmosphère du Mississippi, n'oubliez pas de lire la post-face signé Yves H., c'est effrayant !
Un bon album qui me réconcilie avec le duo père-fils.
Nous avons là l'un des titres les plus réussis de la collection sur les grands peintres. Nous suivons deux époques différentes pour expliquer l'oeuvre du peintre flamand Jérôme Bosch spécialisé dans les petites diableries et autres démoneries. C'est l'un des premiers artistes à nous emmener aux confins du fantastique et du surréel.
Bonne idée que d'avoir associée une jeune restauratrice d'art officiant à Gand en 2016 et qui tente de percer le secret du vernis que le peintre a utilisé au milieu du XVème siècle. Cela donne du poids à l'ensemble ainsi qu'une certaine cohérence afin d'expliquer l'inspiration de ce peintre hors normes qui continue de fasciner plusieurs siècles après.
J'ai bien aimé cette simplicité ainsi que cet enchaînement limpide qui rend le récit assez vivant. Le côté onirique ne gâche rien pour une fois bien au contraire malgré la folie de ce maître. On va savoir pourquoi les démons s'échappent de ces toiles et ce qu'il va tenter de faire pour les retenir...
Hermann est très doué pour installer une ambiance et il le fait dès la première page où il pose tout de suite les éléments de cette histoire tragique : une cabane de fortune qui sert de bistrot, le pick up garé à côté, un vieux chien étendu dans la poussière, des Noirs sur le perron et à l'intérieur qui trainent leur négritude, à l'image de Old Pa qui trimbale son vague à l'âme. On est dans le Sud profond, celui du Mississipi, avec l'ambiance très américaine d'une petite ville de ploucs et de son quartier noir. C'est le décor d'une Amérique ségrégationniste typique des années 50, celle de Truman puis de Eisenhower, d'une american way of life qui se traduit par le confort ménager et la société de consommation, mais qui en réalité masque les problèmes qui rongent ce pays : l'engourdissement de la société qui vit dans l'angoisse d'une guerre nucléaire avec l'URSS, qui vit avec le maccarthysme, le désoeuvrement d'une jeunesse secouée par le rock 'n'roll et la ségrégation raciale dont les Etats du Sud ont adopté la loi Jim Crow depuis la fin du XIXème siècle, stipulant que les 2 communautés blanche et noire sont considérées comme égales mais doivent être bien séparées.
Dans les faits, elles sont bien séparées, il y a des bars et des transports "for colored people", mais question égalité, c'est pas du tout ça, les Noirs sont carrément isolés avec interdiction de se rendre dans certains lieux ou d'exercer certaines professions, sans parler des arrestations arbitraires (pour parfois 3 fois rien, un simple regard), des lynchages, de la pression du Ku Klux Klan, et des jeux débiles que des cons de Blancs racistes et avinés pratiquent pour s'amuser.
C'est exactement ce qui est arrivé à Old Pa, sa petite fille a été assassinée par des Blancs, et il sait que justice ne sera jamais rendue, il ne lui reste donc plus que la vengeance. C'est un drame hélas courant dans l'Amérique de cette époque où le racisme était à son point maximal, ça m'a rappelé de très bons films qui ont abordé ce problème tels les Fantômes du passé en 1996, Juste cause en 1994, ou Mississipi burning en 1989 (qui en est le plus proche)...
Dans cette quête du désespoir tissée classiquement par Yves H., on constate l'escalade de la violence qui aboutit fatalement au bain de sang où le constat d'une société sclérosée est bien rendue, rien ne doit changer dans ce Sud où le Blanc a le pouvoir de vie et de mort et pour qui les lynchages sont comme une distraction qui sert à se rassembler autour d'un barbecue. Rien de nouveau dans tout ça donc, on le sait tous plus ou moins, soit à travers des films comme je l'ai dit, soit à travers des docs édifiants ; il aurait été juste intéressant de creuser un peu plus dans la réflexion, mais le personnage de Old Pa, la progression du récit et les rouages sont bien employés et permettent une lecture agréable.
Hermann est toujours un dessinateur de premier plan, même si sa couleur directe rend parfois les visages assez vilains, mais dans l'ensemble, la partie graphique est très réussie et décuple l'impact du récit, elle correspond parfaitement à cet univers. Je suis d'autant plus content d'avoir apprécié cet album après les 2 derniers Station 16 et Sans Pardon qui m'avaient laissé un peu dubitatif.
Enfin lu cet album important de Joe Sacco, un auteur que j'aime beaucoup. Tout d'abord contrairement à d'autres j'aime bien son dessin et ensuite je trouve que la plupart de ses bd reportages sont instructives et intéressantes.
J'ai trouvé que ce one-shot était plus fluide et plus facile à comprendre que "The Fixer'". Sacco montre les horreurs qui se sont passées durant la guerre en Bosnie et il raconte de manière claire les problèmes qui ont engendré ce conflit, notamment ce qui s'est passé dans cette région durant la Seconde Guerre mondiale, une époque où on dirait que tous les groupes ethniques de la région se tuaient entre eux. Les différents témoignages recueillis par l'auteur sont émouvants et horrifiants (ça fait peur que des voisins ou des amis veuillent soudainement vous tuer à cause de votre nationalité !).
Un album à lire si on veut comprendre ou apprendre sur ce conflit. Dans l'édition que j'ai lue il y avait des bonus dont une interview de l'auteur très intéressante.
Excellent, tout bonnement excellent !!!!
Envie de vous changer les idées ? De rigoler avec un récit léger mais pas futile et de passer un bon moment ?
Ce one-shot s'inscrivant dans la collection des Sept de David Chauvel devrait vous en procurer l'occasion.
L'occasion justement de détourner un conte arche-célèbre pour mieux en rire avec une Blanche-Neige bombasse mais hargneuse, une méchante Reine aux apparences trompeuses et une sacrée bande de bras cassés comme je les affectionne en guise de nains !!!
Il suffit de voir la tronche de Simplet qui pour le coup l'est plus que jamais et son "rôle actif" dans le célèbre passage de "Miroir, mon beau miroir".
Les autres ne sont pas en reste et même s'ils sont sommairement décrits (on perçoit surtout Prof et Grincheux), sont tous devenus des vieux pervers lubriques sous la plume avisée d'un Lupano en super forme.
Raconter le reste serait vous en retirer une bonne part de plaisir... Le chasseur et le prince charmant sont également de la partie et participent activement au charme tout nauséabond de cette grosse farce au final surprenant.
Roberto Ali possède un style qui sied bien à tout cet univers même s'il prend parfois quelques raccourcis (hormis Simplet, les expressions faciales des nains auraient mérité un peu plus d'attention) et la colorisation plutôt sombre est particulière.
En tous cas un excellent moment de lecture sans prétention et avec le vœu de lire d'autres détournements de Lupano du même acabit !
3.5
Une série qui regroupe les Daredevil par Frank Miller où Elektra apparaissait et il y a eu des changements. Personnellement, je n'ai pas avec moi les histoires originales pour comparer et voir les différences, mais en tout cas j'ai bien aimé.
Le personnage d'Elektra me laisse indifférent (en gros je ne l'aime pas, mais je ne la déteste pas), mais j'aime bien les autres personnages qui apparaissent dans cette histoire et le scénario est tellement bien fait que cela ne me dérange pas trop qu'elle me laisse froid. Cela a peut-être vieilli, mais c'est un comic vieillot comme je les aime (j'ai remarqué qu'en matière de comics de super-héros, j'aime bien les années 70-80).
À lire si on aime le Daredevil de Frank Miller.
Parmi les séries de Frank Miller qui me restaient à lire, celle-ci faisait partie de celles que je voulais absolument lire. En effet, je trouve qu'il est à son meilleur lorsqu'il travaille sur le personnage de Daredevil et c'est encore le cas ici.
Miller réécrit les origines de Daredevil en prenant des éléments des origines de Daredevil écrit par Stan Lee (le père de Daredevil, l'accident qui l'a rendu aveugle) et des éléments qu'il a établis lors de son run sur le titre (la relation de Matt avec Elektra, le Caid comme ennemi numéro 1 de Daredevil). Le scénario est prenant et il est assez long pour permettre de développer davantage la vie de Matt Murdock avant qu'il ne devienne un super-héros sans qu'il n'y ait des longueurs. J'ai trouvé que le personnage de Matt était vraiment attachant. Le scénario est noir sans que cela devienne trop noir comme cela sera le cas dans certains scénarios de Miller.
Le dessin de John Romita Jr est dynamique et son style va très bien avec ce type d'histoire.
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A la recherche du monstre
Mon Dieu que c’est beau. Je commence rarement un avis en parlant du dessin, mais les planches de cet album m’ont vraiment émerveillé. Le dessin en noir et blanc est d’une précision remarquable et fourmillent de détails. Du travail d’orfèvre, que ce soit au niveau des personnages ou des paysages alpins magnifiques. L’intrigue m’a aussi passionné, même si elle reste assez simple : deux aventuriers amateurs de créatures mythiques (Monstre du Loch Ness, Yeti etc.) se lancent à la recherche du Tatzelwurm, « créature légendaire du folklore de la chaîne des Alpes » (source). S’en suit une promenade champêtre dépaysante, et une fin… non, je vous laisse la découvrir ! Et puis l’Histoire avec un grand H rattrape nos protagonistes, avec la montée du nazisme. Une grande aventure revigorante, et une mise en image magistrale. Un coup de cœur en ce qui me concerne !
La Fabrique pornographique
Il fallait oser une telle approche et l'auteure l'a très bien réalisée tout en légèreté. On entre dans l'envers du décors pour comprendre comment fonctionne le monde de la pornographie. Il y a certes beaucoup de désillusions provoquées par ces fabricants de fantasmes. A la base de cette oeuvre, il y a toute une étude sociologique. Fort heureusement, on n'aura pas droit à des données brutes mais à une petite intrigue qui nous tiendra en haleine durant ces 164 pages. L'auteure s'est en effet servie des différents témoignages pour les intégrer de manière subtile dans les dialogues. On comprend mieux la situation de ces salariés pas comme les autres et qui ont le minimum de droits. Pour un Rocco Sifredi, il y a mille hommes sous évalués et idem pour les femmes. Visiblement, on entre un peu par hasard dans le monde du hard comme Howard le vigile d'un centre commercial ou Betty l'étudiante. On déchante assez vite devant les réalités de ce milieu et devant toute cette industrie pornographique. Le travail du corps peut vite s'avérer épuisant contrairement à ce qu'on pourrait penser. L'oeuvre est parfois trash mais elle parvient à mettre le lecteur assez à l'aise en introduisant la distance nécessaire par la douceur du trait ou encore par l'humour des situations.
Les Carnets de Cerise
« Les carnets de Cerise » fait un tabac auprès du jeune public – il serait réducteur de dire « auprès des fillettes » - et on comprend pourquoi au vu des nombreux ingrédients réunis pour cette excellente série. Conçues par Joris Chamblain, les histoires, où sont abordés des thèmes très adultes du fait que Cerise se plait à observer les grandes personnes, sont servies avec brio par le dessin d’Aurélie Neyret qui sait insuffler de la grâce et du naturel dans ses personnages aux visages d’aspect « cartoon ». De même, le travail sur la couleur est chiadé, ce qui rend cette BD très vivante, chaleureuse et pétillante, à tel point qu’on aurait envie d’y rentrer. Enfin, même la mise en page ne souffre d’aucune fausse note, avec des inserts du journal intime de Cerise ponctuant chacune des scènes. Tout cela fait pas mal d’arguments en faveur de cette BD extrêmement attachante qui fait la part belle à l’humanisme et à la tolérance et n'est jamais mièvre. Les plus jeunes ne s’y sont pas trompés en plébiscitant ces carnets.
Old Pa Anderson
Cela faisait un moment que je n'avais pas lu un album d'Hermann & d'Yves H, pourtant depuis leur première collaboration (Liens de Sang) je suis assez fan de leur travail. Il aura fallu l'incompréhensible Zhong Guo pour que le charme n'opère plus. Depuis, seule Une nuit de pleine lune avait trouvé grâce à mes yeux. Ici, je retrouve un Hermann en pleine forme, avec un superbe dessin qui nous plonge dès les premières planches dans l'ambiance du Mississippi des années 50. Même les scènes de nuit sont lumineuses. Personnages, paysages, voitures...le dessin est vraiment réussi. Quant au scénario, très sombre, très violent, d'Yves H, il est d'une fluidité exemplaire, pour une fois! C'est simple, bien amené. Le thème de la vengeance, doublé d'une chasse à l'homme est parfaitement maîtrisé. Pour comprendre cette atmosphère du Mississippi, n'oubliez pas de lire la post-face signé Yves H., c'est effrayant ! Un bon album qui me réconcilie avec le duo père-fils.
Bosch
Nous avons là l'un des titres les plus réussis de la collection sur les grands peintres. Nous suivons deux époques différentes pour expliquer l'oeuvre du peintre flamand Jérôme Bosch spécialisé dans les petites diableries et autres démoneries. C'est l'un des premiers artistes à nous emmener aux confins du fantastique et du surréel. Bonne idée que d'avoir associée une jeune restauratrice d'art officiant à Gand en 2016 et qui tente de percer le secret du vernis que le peintre a utilisé au milieu du XVème siècle. Cela donne du poids à l'ensemble ainsi qu'une certaine cohérence afin d'expliquer l'inspiration de ce peintre hors normes qui continue de fasciner plusieurs siècles après. J'ai bien aimé cette simplicité ainsi que cet enchaînement limpide qui rend le récit assez vivant. Le côté onirique ne gâche rien pour une fois bien au contraire malgré la folie de ce maître. On va savoir pourquoi les démons s'échappent de ces toiles et ce qu'il va tenter de faire pour les retenir...
Old Pa Anderson
Hermann est très doué pour installer une ambiance et il le fait dès la première page où il pose tout de suite les éléments de cette histoire tragique : une cabane de fortune qui sert de bistrot, le pick up garé à côté, un vieux chien étendu dans la poussière, des Noirs sur le perron et à l'intérieur qui trainent leur négritude, à l'image de Old Pa qui trimbale son vague à l'âme. On est dans le Sud profond, celui du Mississipi, avec l'ambiance très américaine d'une petite ville de ploucs et de son quartier noir. C'est le décor d'une Amérique ségrégationniste typique des années 50, celle de Truman puis de Eisenhower, d'une american way of life qui se traduit par le confort ménager et la société de consommation, mais qui en réalité masque les problèmes qui rongent ce pays : l'engourdissement de la société qui vit dans l'angoisse d'une guerre nucléaire avec l'URSS, qui vit avec le maccarthysme, le désoeuvrement d'une jeunesse secouée par le rock 'n'roll et la ségrégation raciale dont les Etats du Sud ont adopté la loi Jim Crow depuis la fin du XIXème siècle, stipulant que les 2 communautés blanche et noire sont considérées comme égales mais doivent être bien séparées. Dans les faits, elles sont bien séparées, il y a des bars et des transports "for colored people", mais question égalité, c'est pas du tout ça, les Noirs sont carrément isolés avec interdiction de se rendre dans certains lieux ou d'exercer certaines professions, sans parler des arrestations arbitraires (pour parfois 3 fois rien, un simple regard), des lynchages, de la pression du Ku Klux Klan, et des jeux débiles que des cons de Blancs racistes et avinés pratiquent pour s'amuser. C'est exactement ce qui est arrivé à Old Pa, sa petite fille a été assassinée par des Blancs, et il sait que justice ne sera jamais rendue, il ne lui reste donc plus que la vengeance. C'est un drame hélas courant dans l'Amérique de cette époque où le racisme était à son point maximal, ça m'a rappelé de très bons films qui ont abordé ce problème tels les Fantômes du passé en 1996, Juste cause en 1994, ou Mississipi burning en 1989 (qui en est le plus proche)... Dans cette quête du désespoir tissée classiquement par Yves H., on constate l'escalade de la violence qui aboutit fatalement au bain de sang où le constat d'une société sclérosée est bien rendue, rien ne doit changer dans ce Sud où le Blanc a le pouvoir de vie et de mort et pour qui les lynchages sont comme une distraction qui sert à se rassembler autour d'un barbecue. Rien de nouveau dans tout ça donc, on le sait tous plus ou moins, soit à travers des films comme je l'ai dit, soit à travers des docs édifiants ; il aurait été juste intéressant de creuser un peu plus dans la réflexion, mais le personnage de Old Pa, la progression du récit et les rouages sont bien employés et permettent une lecture agréable. Hermann est toujours un dessinateur de premier plan, même si sa couleur directe rend parfois les visages assez vilains, mais dans l'ensemble, la partie graphique est très réussie et décuple l'impact du récit, elle correspond parfaitement à cet univers. Je suis d'autant plus content d'avoir apprécié cet album après les 2 derniers Station 16 et Sans Pardon qui m'avaient laissé un peu dubitatif.
Gorazde
Enfin lu cet album important de Joe Sacco, un auteur que j'aime beaucoup. Tout d'abord contrairement à d'autres j'aime bien son dessin et ensuite je trouve que la plupart de ses bd reportages sont instructives et intéressantes. J'ai trouvé que ce one-shot était plus fluide et plus facile à comprendre que "The Fixer'". Sacco montre les horreurs qui se sont passées durant la guerre en Bosnie et il raconte de manière claire les problèmes qui ont engendré ce conflit, notamment ce qui s'est passé dans cette région durant la Seconde Guerre mondiale, une époque où on dirait que tous les groupes ethniques de la région se tuaient entre eux. Les différents témoignages recueillis par l'auteur sont émouvants et horrifiants (ça fait peur que des voisins ou des amis veuillent soudainement vous tuer à cause de votre nationalité !). Un album à lire si on veut comprendre ou apprendre sur ce conflit. Dans l'édition que j'ai lue il y avait des bonus dont une interview de l'auteur très intéressante.
Sept Nains
Excellent, tout bonnement excellent !!!! Envie de vous changer les idées ? De rigoler avec un récit léger mais pas futile et de passer un bon moment ? Ce one-shot s'inscrivant dans la collection des Sept de David Chauvel devrait vous en procurer l'occasion. L'occasion justement de détourner un conte arche-célèbre pour mieux en rire avec une Blanche-Neige bombasse mais hargneuse, une méchante Reine aux apparences trompeuses et une sacrée bande de bras cassés comme je les affectionne en guise de nains !!! Il suffit de voir la tronche de Simplet qui pour le coup l'est plus que jamais et son "rôle actif" dans le célèbre passage de "Miroir, mon beau miroir". Les autres ne sont pas en reste et même s'ils sont sommairement décrits (on perçoit surtout Prof et Grincheux), sont tous devenus des vieux pervers lubriques sous la plume avisée d'un Lupano en super forme. Raconter le reste serait vous en retirer une bonne part de plaisir... Le chasseur et le prince charmant sont également de la partie et participent activement au charme tout nauséabond de cette grosse farce au final surprenant. Roberto Ali possède un style qui sied bien à tout cet univers même s'il prend parfois quelques raccourcis (hormis Simplet, les expressions faciales des nains auraient mérité un peu plus d'attention) et la colorisation plutôt sombre est particulière. En tous cas un excellent moment de lecture sans prétention et avec le vœu de lire d'autres détournements de Lupano du même acabit !
Elektra Saga
3.5 Une série qui regroupe les Daredevil par Frank Miller où Elektra apparaissait et il y a eu des changements. Personnellement, je n'ai pas avec moi les histoires originales pour comparer et voir les différences, mais en tout cas j'ai bien aimé. Le personnage d'Elektra me laisse indifférent (en gros je ne l'aime pas, mais je ne la déteste pas), mais j'aime bien les autres personnages qui apparaissent dans cette histoire et le scénario est tellement bien fait que cela ne me dérange pas trop qu'elle me laisse froid. Cela a peut-être vieilli, mais c'est un comic vieillot comme je les aime (j'ai remarqué qu'en matière de comics de super-héros, j'aime bien les années 70-80). À lire si on aime le Daredevil de Frank Miller.
DareDevil - L'Homme sans peur (Miller/Romita Jr)
Parmi les séries de Frank Miller qui me restaient à lire, celle-ci faisait partie de celles que je voulais absolument lire. En effet, je trouve qu'il est à son meilleur lorsqu'il travaille sur le personnage de Daredevil et c'est encore le cas ici. Miller réécrit les origines de Daredevil en prenant des éléments des origines de Daredevil écrit par Stan Lee (le père de Daredevil, l'accident qui l'a rendu aveugle) et des éléments qu'il a établis lors de son run sur le titre (la relation de Matt avec Elektra, le Caid comme ennemi numéro 1 de Daredevil). Le scénario est prenant et il est assez long pour permettre de développer davantage la vie de Matt Murdock avant qu'il ne devienne un super-héros sans qu'il n'y ait des longueurs. J'ai trouvé que le personnage de Matt était vraiment attachant. Le scénario est noir sans que cela devienne trop noir comme cela sera le cas dans certains scénarios de Miller. Le dessin de John Romita Jr est dynamique et son style va très bien avec ce type d'histoire.