Gorazde (Safe Area Gorazde)

Note: 4.33/5
(4.33/5 pour 9 avis)

Will Eisner Award 2001 : Best Graphic Album: New Des témoignages recueillis par le reporter-dessinateur Joe Sacco à Gorazde, la seule enclave musulmane à avoir survécu à la guerre en Bosnie.


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Fin 1995, un accord de cessez-le-feu en Bosnie est signé à Dayton, après 3 ans de guerre en ex- Yougoslavie. Des trois enclaves musulmanes déclarées "zones de sécurité" par l'ONU (Gorazde, Srebrenica, Zepa) mais abandonnées aux Serbes quelques mois plus tôt par les Casques Bleus, Gorazde est la seule à avoir survécu, tant bien que mal, à ce conflit meurtrier. Alors que la paix est encore loin d'être certaine, le journaliste et dessinateur Joe Sacco, auteur de "Palestine", s'est rendu dans un Gorazde ravagé en compagnie de plusieurs journalistes. Sacco a ainsi passé quatre semaines à recueillir des témoignages de survivants, civils et soldats. Son livre donne la parole à ces hommes et femmes aux vies brisées, tout en revenant sur les origines et le déroulement du conflit en Bosnie et l'histoire récente de l'ex-Yougoslavie.

Scénariste
Dessinateur
Editeur / Collection
Genre / Public / Type
Date de parution Janvier 2001
Statut histoire Série terminée (existe en 2 tomes ou en intégrale) 2 tomes parus
Couverture de la série Gorazde
Les notes (9)
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30/01/2003 | Cassidy
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Par Gaston
Note: 4/5
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Enfin lu cet album important de Joe Sacco, un auteur que j'aime beaucoup. Tout d'abord contrairement à d'autres j'aime bien son dessin et ensuite je trouve que la plupart de ses bd reportages sont instructives et intéressantes. J'ai trouvé que ce one-shot était plus fluide et plus facile à comprendre que "The Fixer'". Sacco montre les horreurs qui se sont passées durant la guerre en Bosnie et il raconte de manière claire les problèmes qui ont engendré ce conflit, notamment ce qui s'est passé dans cette région durant la Seconde Guerre mondiale, une époque où on dirait que tous les groupes ethniques de la région se tuaient entre eux. Les différents témoignages recueillis par l'auteur sont émouvants et horrifiants (ça fait peur que des voisins ou des amis veuillent soudainement vous tuer à cause de votre nationalité !). Un album à lire si on veut comprendre ou apprendre sur ce conflit. Dans l'édition que j'ai lue il y avait des bonus dont une interview de l'auteur très intéressante.

30/04/2016 (modifier)
Par gruizzli
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
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Enfin fini ce Gorazde ! C'est sans doute la première fois que j'ai gardé une BD pendant six mois sans la lire. Je ne sais pas vraiment la raison de cette attente, peut-être la taille du livre, ou le sujet qui m'effrayait un peu. La peur d'être déprimé aussi. Mais j'ai franchi le cap, et une fois commencé, je n'ai pas réussi à m'arrêter. En terme de documentaire, ce récit est proprement époustouflant. J'ai très peu de connaissance sur la guerre en Bosnie, sauf ce que m'a expliqué une amie (en partie serbe) l'année dernière, et j'ai eu envie depuis d'en apprendre un peu plus sur cette guerre qui s'est déroulée si près de chez nous voila moins de vingt ans. La BD Gorazde me semblait un bon moyen de toucher d'un peu plus près la réalité du conflit. Et quelle claque ! J'ai rarement vu un reportage en BD aussi bien mené, excusez du peu. C'est proprement hallucinant ! Sacco parviens à nous mêler pendant plus de 200 planches la vie des gens qu'il a rencontré à Gorazde, sa propre expérience des voyages qu'il y a mené et l'histoire générale de la guerre de Bosine. Le tout mené avec un tel brio qu'on ne se rend pas compte qu'on a le droit à un reportage, des témoignages et un carnet de voyage. Le tout mené par un graphisme excellent, bien que très particulier, qui rend à merveille les paysages, les têtes et surtout les ambiances. Parce que cette BD nous plonge dans une ambiance ... Cruelle, noire et sombre. La guerre de Bosnie fut atroce, d'un côté comme de l'autre, mais pas que par les armes. Les drames psychologiques, les famines et les blessés, les privations, la pression sur l'enclave ... Tout est magnifiquement rendu, on s'y croirait tant que j'ai eu un soulagement énorme en voyant la paix annoncée, alors qu'elle est effective depuis quinze ans. C'est vous dire si j'étais dans le récit. Gorazde est vraiment une BD sublime, j'ai été conquis lors de ma lecture par ses personnages humains, sa façon de mettre en scène et de raconter, le trait de Joe Sacco et le découpage en petits chapitre, tout est parfait. L'édition est en sus complété par des interviews et de superbes explications de l'auteur qui mettent en lumière certains choix du livre, que je trouve pertinent. Non, vraiment, je ne vois pas de défaut. La BD-reportage à son top niveau, c'est pour moi une réussite totale. Je donne la note maximale sans même réfléchir.

01/01/2014 (modifier)
Par Blue boy
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
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Cet ouvrage m’a impressionné par sa densité et son respect des détails. Joe Sacco a effectué un travail remarquable de documentation et de témoignages, qu’il a su retranscrire parfaitement avec sa ligne claire dans la tradition du comics US à la Crumb. L'alternance des portraits de plusieurs personnages livrant leur vision de cette guerre, avec une description historique et politique du pays, a permis au reporter de produire un ouvrage fluide et instructif. Sacco a su y mêler la précision et l’objectivité du journaliste, la sensibilité et la pudeur de l’humaniste qui ne cherche pas à désigner un camp du doigt plus qu’un autre, mais dénonce surtout l’absurdité de la guerre… et au passage les lenteurs et les lâchetés de l’ONU. L’auteur nous montre par quel processus des gens qui vivaient en harmonie en viennent progressivement à ne plus fréquenter leur voisin pour devenir leur ennemi mortel, par le seul choix d’un leader nationaliste jouant avec le feu, en l’occurrence le criminel Milosevic, en liguant les Serbes contre les Musulmans. Certains passages sont assez durs mais édulcorer l’horreur aurait équivalu à travestir la réalité, et il s’agit bien là d’un travail de journaliste. Dire qu’il s’agit d’une mise en garde est une évidence, mais ce qui est sûr, c’est que cela fait froid dans le dos. Il n’est même pas totalement farfelu de penser que cela pourrait arriver chez nous. Que se passerait-il en France dans le cas de l’arrivée au pouvoir d’un Le Pen ? Je conseille cette passionnante docu-BD sur une guerre qui n’était qu’à « deux heures d’avion de Paris » et fait encore partie de l’Histoire récente. La barbarie n’est jamais bien loin sous le vernis de nos sociétés dites civilisées, elle se terre en chacun de nous et ne pourra être domestiquée que par la raison et la réflexion.

27/02/2012 (modifier)
Par iannick
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
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Ceci est mon 700ème avis sur ce site de bédéphiles acharnés… Après avoir apprécié « Derniers jours de guerre, Bosnie 1995-1996 », je me suis procuré « Gorazde » en espérant y lire un récit intéressant et instructif sur la guerre en Bosnie : c’est gagné ! Si vous voulez savoir ce que pensent les bosniaques sur ce conflit, quelle était leur relation avec les serbes avant que cet enfer n’éclate, comment ils l’ont vécue, comment ils voient leurs avenirs maintenant que cette guerre est terminée, etc… : pas de problème, vous aurez toutes les réponses ! Car Joe Sacco nous présente un album ultra-complet sur la situation à Gorazde en y réunissant un nombre incroyable d’informations et de témoignages de survivants. De plus, certaines planches me sont apparues très émouvantes, je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir le cœur serré en apprenant les atrocités que les serbes ont infligé aux bosniaques. Bref, Joe Sacco a fait un travail de titan en rencontrant ces gens et en concevant cette bd qui dépasse de loin, de très très loin même la somme de tous les reportages bidons rapportés par tous les journalistes entiers aux chaines télévisées. Mais alors, cette bd est-elle le must des musts des documentaires sur la guerre en Bosnie ? Oui… et non ! Car il manque –à mon avis- une donnée très importante qui nous aurait apporté un éclaircissement majeur sur ce conflit : le point de vue des serbes. Je trouve pénalisant pour le travail de Joe Sacco que ce dernier n’ait pas pu réunir les propos des serbes sur le pourquoi du conflit. On ne saura jamais pourquoi ils avaient cette haine envers les musulmans. Je dis bien « musulmans » parce que les bosniaques étaient en majorité convertis à la religion islamique alors que les serbes étaient en grande partie des chrétiens. Cela est d’autant rageant de ne pas avoir ce genre de témoignages parce qu’apparemment, les deux communautés semblaient vivre comme des frères avant le conflit : tout porte à croire que du jour au lendemain, les serbes ont « disjoncté » d’un seul coup en allant flinguer leurs amis bosniaques alors qu’ils étaient ensemble autour d’une table en train de se marrer et de discuter tranquillement la veille d’après les témoignages du peuple bosniaque ! J’ai un mal fou à comprendre ce genre de réactions de la part des serbes, il devait bien avoir des rancœurs accumulées d’années en années pour en arriver à canarder du jour au lendemain son propre voisin ! C’est d’autant incompréhensible qu’apparemment, les bosniaques semblaient peu fidèles aux principes de l’islam : ils semblaient boire de l’alcool, les femmes ne portaient pas de vêtements islamiques, les signes de distinction religieuse avaient l’air d’être bannies… Bref, bien que je pense que la religion y est pour quelque chose dans cette guerre, je ne comprends pas la haine des serbes envers le peuple bosniaque ! Que dire du coup de patte de Joe Sacco ? Après un apriori négatif lors de mes premiers feuilletages rapides de ses œuvres, je me suis mis à adorer son style au fur et à mesure que je découvrais ces réalisations ! Je trouve que Joe Sacco est le meilleur dessinateur actuellement pour illustrer l’horreur vécue par les populations lors des bombardements ; à chaque fois que je découvre ces scènes réalisées par cet auteur, je ne peux m’empêcher d’avoir le cœur serré ! Fou comme ça me donne des frissons ! La voix-off est très présente mais pas trop : il ne faut pas oublier que cet ouvrage est une bd documentaire et que par conséquent il est très difficile d’établir un équilibre entre les inévitables commentaires explicatives et les scènes imagées. Les bds classées dans le genre « documentaire » figurent parmi celles que j’apprécie le plus, celles dont je prends énormément de plaisir à lire, « Gorazde » figure sans problème parmi les albums qui m’ont les plus captivé, interrogé et enrichi à ce jour. Il est clair pour aimer ce genre de bds qu’il faut s’intéresser un minimum soit peu à l’histoire et l’actualité internationale. Si vous avez les mêmes centres d’intérêt que moi, vous serez inévitablement séduit(e)s par ce livre. Dommage toutefois que Joe Sacco n’ait pas pu réunir davantage de témoignages de serbes… A découvrir !

15/05/2010 (modifier)

Je viens juste d'achever ma lecture, je pense d'ailleurs relire cette oeuvre sous peu une seconde fois. Autant le dire tout de suite, j'ai été impressionné et sous le charme de cette histoire géniale, les raisons : - Les personnages sont attachants, Sacco arrive à transmettre toute les misères, les joies, les attentes de ces personnes et les diverses fortunes qu'ils ont pu avoir tout en restant simple, pas de tirade de 15 lignes, on en apprend au fur et à mesure. - L'Histoire (avec un grand h) prend une place importante dans l'oeuvre de Sacco, on apprend de nombreuses choses sur l'époque mais cela reste très intéressant (Comme le bon professeur que vous aviez en histoire/géo, quelqu'un qui arrive à transmettre sa passion). - La division en chapitre rend l'oeuvre plus rythmée, on passe d'un sujet à un autre sans trop s'en rendre compte, on déguste le récit. C'est une chose que j'avais aussi aimé dans Pourquoi j'ai tué Pierre. - L'auteur ne se met vraiment pas en avant, on a très rarement ses sentiments sur ce qu'il se passe, au contraire c'est bien souvent "servit cru", juste une description sans chercher à embellir. Le seul point négatif de l'oeuvre est je pense les dessins, même si on s'y habitue, j'ai vraiment trouvé les visages bizarres sur la rondeur, l'atmosphère que dégage cependant le graphisme général de l'oeuvre est bonne, toujours adaptée à la situation (surtout le ton noirâtre de certaines cases). Si je devais donner une bd qui se rapproche le plus de Gorazde, je dirais Chroniques Birmanes, l'humour en moins mais l'atmosphère et l'aspect historique en plus. Je recommande donc particulièrement la lecture de cette oeuvre.

31/03/2008 (modifier)
Par André
Note: 5/5

Joe Sacco est un héros. N'y allons pas par quatre chemins: ce qu'il a réalisé avec Gorazde remplace n'importe quel livre d'histoire ou article d'un journaliste gauchisant (forcément). On connaissait tous plus ou moins ce qui s'était passé dans un pays qui s'auto-éclatait (la Yougoslavie). On savait tous qu'il y avait eu des bombardements, des morts, que c'était la guerre en somme. On savait tous cela. Mais, est-ce mon jeune âge qui m'a empêché d'ouvrir les yeux sur ce génocide? Je pense que oui, à 10 ans on ne s'intéresse guère aux histoires de guerre... Mais 10 ans plus tard, on est en mesure de comprendre plus de choses sur l'être humain en générale. Et avec ce livre, des choses on en comprend et on en apprend surtout. Car j'étais vraiment très loin d'imaginer que cette guerre, basée sur la purification ethnique d'un état (ça donne la gerbe cette expression) fut aussi horrible, quand bien même il est possible d'établir une hiérarchie dans la cruauté. Ce reportage de guerre met en lumière le rôle de représentants étatiques dans cette abomination, celui de l'ONU, de l'OTAN des USA et des pays les plus puissants sur cette planète. La force de cette bd est dans la façon dont Saccoe fait parler ses "survivants", sans pathos exagéré. Et ça c'est très fort dès lors que l'on parle de sujets atroces. De plus, comme le disait mon collègue webmaster, Joe Saccoe ne se met jamais lui-même en avant. Gorazde apporte une réponse à toutes les questions que l'on se posait (ou pas d'ailleurs) sur cette guerre. A noter toutefois, que pour bien tout comprendre sur tout, il est nécessaire d'être hyper concentré. Mais en même temps, dès que l'on commence cette bd, le silence s'installe autour de nous sans que l'on s'en aperçoive... Joe Saccoe est, tout comme Jean Hatzfeld pour son travail sur le génocide rwandais, un auteur ayant un talent fou pour s'effacer et laisser la parole aux victimes Je terminerai par dire que ce genre d'oeuvre devrait, à mon sens, faire partie des programmes scolaires car elles ont au moins aussi légitimes que les indéboulonnables Corneille et autres Beaumarchais...

28/05/2007 (modifier)
Par Spooky
Note: 3/5
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Note approximative : 3,5/5 Je ne vais pas en rajouter sur les qualités de cette BD, mes camarades Alix et Cassidy l'ont très bien fait avant moi. Certes, Joe Sacco fait oeuvre d'utilité publique en racontant, par la bouche des victimes, ce qu'il s'est passé en Bosmie il y a maintenant plus de 10 ans. 10 ans, déjà... Je me rappelle avoir suivi tout ça à la télé. Les noms exotiques de villes dont je ne soupçonnais même pas l'existence... La révélation (à l'époque) du puzzle ethnique et religieux qu'était alors la Yougoslavie en fin d'existence... Je ne m'y intéressais pas trop, alors que tout cela se passait à moins de deux heures d'avion de l'Hexagone... Je n'ai pas oublié ce qu'il s'est passé en Bosnie, mais je ne connaissais pas l'ampleur du désastre, ni même certains détails. Ces détails, Sacco les rapporte de façon sobre, neutre, journalistique presque. Et c'est là que le bât blesse, selon moi. Car on sent qu'il souffre en entendant ces récits de familles déchirées, de maisons bombardées, de gens crevant la faim, pour un conflit absurde. Mais Sacco ne met pas de colère, pas tout à fait de la compassion, et pas d'émotion, en fait, dans son compte-rendu. Alors qu'il a visiblement été très affecté par les récits de ses amis de Gorazde. Je pense que plus qu'un compte-rendu journalistique, c'est aussi de compréhension, d'une possibilité de faire passer les émotions que ces gens auraient eu besoin. Sacco est un peu froid. C'est peut-être aussi dû à son style graphique, un poil rebutant en début de lecture. Mais on s'y habitue par la suite. "Gorazde" est une oeuvre utile, mais qui n'accroche pas assez le lecteur.

29/03/2006 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5
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Comme Cassidy, j’étais jeune quand la guerre d’ex-Yougoslavie avait secoué l’Europe, et je n’en gardais que des vagues souvenirs. J’aurais été bien incapable d’expliquer ce qui s’y était passé exactement, ce qui est quand même malheureux quand on considère que le drame s’est déroulé juste à coté de chez nous, il y a une 10aine d’années à peine. Certes il existe de nombreux livres sur le sujet, mais il ne m’est jamais venu à l’esprit d’en ouvrir un. Est-ce pour cette raison que Joe Sacco a décidé de « vulgariser » l’événement en en faisant une BD, ou tout simplement parce qu’il juge que c’est un support comme un autre, parfaitement capable de faire passer son message, je ne sais pas. Mais le fait est là : grâce à cette BD, je me suis intéressé à cette période de notre histoire, et surtout je l’ai comprise. Grâce au talent narratif de l’auteur, j’ai compris les engrenages politiques qui ont petit à petit créé ces tensions entre Serbes et Bosniaques. Grâce aux nombreux témoignages récoltés par l’auteur, j’ai pu me rendre compte des épouvantables crimes dont se sont rendus coupables les Serbes. Grâce à cette BD, j’ai compris que quand des associations pour la paix déclarent que « si on oublie le passé, l’histoire se répète », en parlant de l’holocauste, ils n’ont pas vraiment tort. Alors oui, Joe Sacco ne donne la parole qu’à un seul camp, celui des opprimés. Quand on fait un procès, il est toujours préférable d’entendre les deux « camps ». Mais cette lecture m’a quand même ouvert les yeux sur les horreurs de la guerre en Bosnie, sur l’inactivité incompréhensible des force de l’ONU pourtant présentes sur place, et sur l’importance du journalisme … pas le journalisme à sensation qui pollue trop souvent nos télévisions, mais le journalisme qui témoigne et montre au monde les horreurs que certains malades voudraient bien voir passer sous silence.

14/04/2005 (modifier)
Par Cassidy
Note: 4/5

Je n'adhère pas trop au style graphique de Sacco, visiblement inspiré de Crumb, mais au niveau du contenu, rien à redire, le bonhomme force le respect. J'étais encore pas bien vieux à l'époque de la guerre en Bosnie, et j'avoue que je n'y pigeais à peu près rien, et aucun de mes profs ne s'est jamais donné la peine d'en parler en classe ; eh bien, après avoir lu "Gorazde", j'avais enfin l'impression d'avoir une petite idée de ce qui s'est tramé à l'époque, et ce sans avoir à subir une leçon ennuyeuse et verbeuse ni de langue de bois journalistique : merci, m'sieur Sacco. Outre ce talent de vulgarisateur (au sens le plus noble du terme), un autre truc formidable (parmi d'autres encore) chez Joe Sacco, c'est son humilité. Certes, il se met en scène dans ses histoires, mais jamais, jamais il ne se met en avant. Il n'est pas allé en Bosnie pour faire le beau comme le premier BHL venu ; il y est allé pour donner la parole à ceux qui vivaient là-bas. Il laisse les gens se raconter, sans en rajouter lui-même dans le commentaire larmoyant ou la pseudo-dénonciation des méchants- pas-beaux. "Gorazde" doit parler de la ville et de ses habitants avant tout, pas servir de démonstration ostentatoire du courage et de l'engagement de son auteur. C'est peut-être pas comme ça qu'on gagne un "prix Tournesol" à Angoulême, une préface de José Bové, un capital-sympathie énorme et définitif auprès du public et de la critique et le droit de publier n'importe quel navet par la suite, hein, mais visiblement, Sacco n'aspire à rien d'autre qu'à faire sérieusement et honnêtement son travail de journaliste, tout en racontant une bonne histoire (car si tragique soit-elle, celle de Gorazde, la ville "qui s'apprêtait à mourir" mais a dû se réhabituer à vivre, en est une). Maintenant, comme pour Palestine, difficile de vous conseiller cet achat quand, moi-même, je n'ai pas l'intention d'acheter, préférant bêtement garder mon grisbi pour des BD de divertissement... Ce qui est sûr en tout cas, c'est que c'est un excellent bouquin dont je vous recommande chaudement la lecture, même si à la base le sujet et/ou le dessin vous rebute (c'était mon cas à moi aussi au départ).

30/01/2003 (modifier)