Apollinaire est un personnage clé pour ce qui est de la « modernité » (en art, mais pas seulement), dans ces années de grands bouleversements au début du XXème siècle. Il a souvent ouvert la voie, et a fait office de « passeur » entre plusieurs générations.
Sa pièce « Les Mamelles de Tirésias » a fait grand bruit à l’époque de sa première représentation (ça a été relaté à plusieurs reprises, sous divers points de vue, par certains « spectateurs » Cocteau, Breton, etc.), le spectacle étant parfois plus dans la salle (c’est l’époque des premiers scandales dada – Jacques Vaché y a été de son intervention anticonformiste...).
Daniel Casanave a pris le parti de rester fidèle au texte et à l’esprit d’Apollinaire. Un texte qui, effectivement, est d’une grande modernité : écrite et jouée en 1917, en pleine guerre mondiale, la pièce a de forts relents anti-militaristes – voir le prologue d’Apollinaire sur ces canons qui « assassinent les constellations ».
Mais, au travers du personnage de Thérèse/Tirésias, on a aussi et surtout une femme forte, indépendante, qui affirme et revendique les pouvoirs, et même de devenir un homme. Même si Apollinaire sur la fin la fait revenir sur un chemin « plus droit », encourageant à faire des enfants.
Le texte du prologue est une défense de l’art moderne, cubiste, mais pas seulement. Casanave a glissé dans cette partie quelque clins d’œil pour accompagner le monologue d’Apollinaire : Picasso dans le public page 12 ; tableaux cubistes de Braque ou Picasso page 14 ; reprise du beau tableau de de Chirico « Portrait prémonitoire de Guillaume Apollinaire » page 15, enfin tableau du Douanier Rousseau « La muse inspirant le poète » [où l’on voit Marie Laurencin et Apollinaire] page 16).
La pièce elle-même est pleine de poésie et de dialogues en vers libres ou rimés, avec prises de position non conventionnelles, mais aussi un humour certain (nombreux jeux de mots). On comprend que le public de 1917 ait été désarçonné !
A noter que c’est à propos de cette pièce qu’Apollinaire a créé le terme surréaliste – qu’André Breton (qui côtoyait Apollinaire à l’époque) reprendra peu après sous une autre acceptation.
Une pièce « historique », reprise de façon peut-être trop respectueuse par Casanave (même si son dessin moderne accompagne très bien le texte). Mais ça reste quelque chose d’agréable à lire, pour se replonger dans un moment d’ébullition artistique majeur.
Note réelle 3,5/5.
Une histoire dans un univers médiéval-fantastique se déroulant dans les steppes sibériennes. Pas hyper originale, mais qui se laisse lire agréablement.
Il faut dire que le dessin de Faure est vraiment très bon, certaines planches sont de toute beauté ! Même si certains personnages sont un peu difficiles à distinguer dans le détail parfois (des visages surtout), les décors sont plutôt réussis.
L’histoire se laisse lire, mais, arrivé vers la page quarante, j’ai commencé à me demander si la série n’avait pas été abandonnée, tant l’intrigue semblait n’en être qu’à son commencement (en tout cas semblait partir sur une voie pleine de nombreux rebondissements possibles), alors que l’album touchait à sa fin.
Et bien cette fin justement, m’a carrément déçu. Elle donne l’air d’avoir été expédiée, comme si une suite avait été prévue au départ, puis abandonnée (problèmes avec l’éditeur ?), pour forcer Corteggiani à boucler en urgence l’intrigue. Ça donne une impression désagréable, et c’est un peu bâclé, artificiel, dommage.
Qu’en est-il des sœurs de la reine ayant accueilli le héros enfant ? Qu’en est-il de cette horde noire de mercenaires ? que vont devenir les deux enfants devenus adultes ? Une fin frustrante donc.
Note réelle 2,5/5.
Je mets trois étoiles, parce que l’histoire se laisse lire très facilement, la narration est fluide et agréable.
Mais je suis quand même resté un peu sur ma faim. En effet, j’ai trouvé que l’histoire manquait de densité, d’aspérité, qu’elle était même un petit peu creuse par moments.
Cette histoire de vengeance finalement toujours repoussée donne un peu de sel à l’intrigue, en maintenant la tension entre Hawkins et le capitaine Kidd (on se demande quand et comment cela va « éclater » (puisque nous sommes sûrs que ça va éclater, l’histoire étant un long flash-back – qui révèle en fin une petite surprise).
Mais bon, j’attendais un peu plus de cette histoire.
Le dessin est lui aussi fluide et efficace. La colorisation aurait pu moins lisser le rendu par contre.
Note réelle 2,5/5.
J'ai voulu tester une "BD" sans dessins. Ce Guacamole Vaudou est donc un roman photo avec Céline Nieszawer derrière l'objectif, à la mise en page classique et où de nombreuses photos sont retouchées.
L'histoire de Stéphane Chabert, incarné par Éric Judor (affublé d'une horrible perruque blonde), un looser qui veut à tout prix réussir dans une entreprise de publicité, même si pour cela il doit participer à un stage singulier qui va chambouler son existence.
C'est délirant et absurde, on reconnaît la marque de fabrique de Fabcaro dans un univers très kitsch. En guest-star, Arthur H et Hervé Le Tellier. Ce n'est pas la lecture du siècle, mais elle a eu le mérite de me faire sourire et c'était pas gagné d'avance.
Une curiosité.
Comme l'explique Pietro Zemelo en préface, ceci est son histoire, son témoignage au sujet de la façon dont sa belle-famille élargie essaie de gérer le traumatisme de l'invasion de l'Ukraine par la Russie en mars 2022. Il ne prétend aucunement se substituer aux personnes directement impactées, mais au contraire montre la façon dont il perçoit leur résilience.
Et c'est là que se trouve le principal point d'intérêt de cette BD : dans le regard qu'il pose, lui un Italien qui, malgré ses années de présence en Ukraine, ne peut saisir totalement la tristesse, la colère, et tant d'autres sentiments qui ne sont pas forcément descriptibles par des mots. D'autant plus que la barrière de la langue est, sans être importante, un véritable obstacle. On voit bien que chacun(e) gère d'une façon ou d'un autre : en se réfugiant dans les corvées domestiques, dans une colère sourde, dans un mutisme inquiétant... Pietro, loin de se sentir rejeté par sa belle-famille, essaie tant bien que mal de maintenir à flots cette famille recomposée en Italie, qui vit le drame à distance, dans une peur constante que le père, resté sur place, se retrouve sous les bombardements ou la proie des milices pro-russes...
Zemelo utilise un trait assez épuré, une sorte de ligne claire plutôt expressive, avec des couleurs pastel et un jeu d'ombres constant. Plutôt agréable à l’œil.
Quant aux tournesols du titre, je craignais un peu qu'ils soient omniprésents dans l'album, mais n'ont qu'une occurrence limitée, mais réaliste, autant que symbolique.
Précieux pour comprendre partiellement ce que vivent les Ukrainiens expatriés.
Le contenu de cette BD est intéressant et estomaquant, et représente une quantité de travail incroyable. Tout est référencé, les sources sont citées, le jargon et les acronymes sont expliqués. Je suis ressort de ma lecture révolté, bien entendu, comme tout le monde. J’ai trouvé le ton juste malgré le côté clairement partisan et militant, on entend l’avis de quelques agriculteurs, et on comprend bien que le « vrai » ennemi, c’est les lobbies agroalimentaires. On reste malheureusement sur une impression d’impuissance… que faire pour affronter la machine à pognon ?
Après, j’ai quand même quelques réserves sur la présentation même de l’ouvrage. C’est très lourd et dense, on se retrouve bombardé de noms, sociétés, organisations etc. et les textes sont très présents… un mal nécessaire, certes, mais je me demandais parfois à quoi servait le medium de la BD, l’art séquentiel et le dessin… une remarque à propos de ce dernier : je ne suis pas fan du tic graphique qui consiste à représenter les « méchants » soit avec une tête de con, soit avec un rictus diabolique… je trouve le procédé vraiment limite dans une œuvre qui se dit dénoncer les manipulations de l’opinion publique.
Je suis vraiment content d’avoir lu « Algues vertes - L'Histoire interdite », j’y ai appris beaucoup de choses, et je note le travail journalistique incroyable. Mais je ne suis pas convaincu par le choix du medium BD.
Belle maquette pour cette nouvelle série ! On voit d'emblée que le dessin est travaillé, et la petite touche de vernis sélectif sur le costume du protagoniste renforce le soin porté à cette jaquette.
"From FPS to RPG" nous raconte comment un jeune homme fan de FPS (jeu vidéo de tir fondé sur des combats en vision subjective) va se retrouver plongé dans un nouvel univers. Sortie de map ! Pour plonger dans une nouvelle... Car c'est bien dans un autre univers de jeu qu'il vient d’atterrir, mais cette fois-ci un RPG (on va dire de type jeu de rôle) où la magie domine. Pour Ren Saitô (notre héros) la surprise est de taille, mais il a toujours accès à son interface de jeu qui lui permet d'utiliser tout un arsenal d'armes de guerre. C'est comme ça qu'il va sauver une jeune femme des griffes d'une bande de gobelins et ainsi continuer à évoluer dans ce nouvel univers.
Un nouvel isekai de plus pourrait-on dire pour aller vite en besogne. Pourtant, le trait soigné et détaillé me donne envie de laisser une chance à cette série qui pose avec ce premier tome les bases d'une confrontation d'univers de joueur intéressante. Le soin des détails, que ce soit dans les décors, costumes ou personnages, le bestiaire qu'on découvre au fil des chapitres, ont réussi à titiller la curiosité de l'ancien joueur que j'étais. Même si je ne suis pas fan de tout le charadesign utilisé (ses gobelins sont laids ! :P ), on sent un bon potentiel pour cette série.
A suivre donc, je suis curieux de voir comment peut évoluer cette série.
J'ai été un peu dérouté par cette adaptation d'un roman japonais. Cette saga familiale qui reprend l'histoire de Hana, Fumio sa fille et Hanako sa petite fille ne m'a pas captivé outre mesure. Cette réflexion sur la tradition et l'acceptation de cette tradition d'un point de vue féminin et sur un rythme contemplatif est intéressante mais trop éloignée de mon vécu.
De plus j'ai l'impression que Cyril Bonin est à l'étroit pour traduire la globalité de la pensée de l'auteure japonaise. Hana reste le centre de gravité du récit, l'auteur décrivant son comportement traditionnel (mariage, vie quotidienne) très en détail par rapport aux deux autres femmes.
Le décor historique qui accompagne le récit est assez paradoxal. En effet l'apogée d'Hana correspond à la victoire japonaise sur les Russes en 1905 alors que les revendications plus modernes de Fumio se produisent dans l'environnement de la défaite de 1945. Hanako se retrouve ainsi héritière d'un Japon tiraillé entre tradition et modernité.
La thématique est intéressante mais résonne probablement plus à des plus fins connaisseurs de la culture japonaise que moi.
Ce n'est pas le graphisme de Bonin que je préfère. Peut-être à cause du rythme assez lent, je trouve que cela manque de dynamisme et que les attitudes sont trop raides.
Une œuvre avec des qualités mais qui ne m'a pas fait vibrer.
Cet album porte un message résolument écologiste. Dans l'histoire qu'il raconte évidemment, mais également dans l'objet en lui même. De sa fabrication à sa distribution, en passant par sa promotion tout a été pensé pour avoir un impact environnemental moindre. Papiers recyclés, pour l'album comme pour les goodies qui accompagnent sa sortie, encres végétales, recyclage prévu pour les futurs invendus ... La démarche est expliquée à l'intérieur de la 2e de couverture et mérite d'être soulignée.
L'histoire est celle d'Eva, une jeune ingénieure qui claque la porte de son emploi de bureau pour partir en mission sur une mini ile déserte, s'occuper de la station météo implantée la-bas. Elle va vivre en autonomie et en harmonie avec la nature. Elle devra se débrouiller pour se bricoler un toit, gérer son potager, sa pêche, ses réserves en eau, etc... Le retour à la vie sauvage quoi.
C'est gentiment amusant de la voir galèrer à essayer d'attraper des poissons ou complètement échouer à essayer de faire pousser un légume. Son quotidien sera troublé par l'arrivée d'un énorme bateau, envoyé par un puissant groupe minier. Ses occupants vont se lancer dans l'exploration des fonds marins à la recherche de nouveaux minerais. Leur but : trouver une alternative aux énergies fossiles actuelles. L'intention est louable mais la méthode employée, beaucoup moins propre, pose question.
Le dessin sert bien le propos. Le trait est lisible et des couleurs judicieuses mettent agréablement en lumière ce petit coin de paradis. La mission d'Eva parait bien improbable, tant elle est livrée à elle même. Mais si on fait abstraction de cela, le récit est interessant et fait se poser quelques questions. Comment gérer la transition écologique sans passer par une étape qui aggrave l'existant ? Sommes nous prêt à tout et devons nous tout accepter ? Il n'y a pas de réponse mais cet album met ces problèmes en lumière. Cela reste divertissant, le message écologiste n'est pas insistant mais en toile de fond. Le tout offre un moment de lecture plutôt agréable.
Décidément, j'aime bien ce que fait Axel. Dans le milieu très prolifique de la BD érotique/pornographique, il se démarque par une approche très humaine et marquée par l'âge sur les corps. Il fait aussi montre d'une certaine conscience de son époque, exposant à la fois des problématiques actuelles mais aussi un regard lucide dessus. Pas de faux semblants, on parle de la réalité telle qu'elle est.
Dans cette histoire, c'est une parenthèse de vacances qui est évoquée. Le personnage de Valérie est le type même de la femme d'affaire dans la cinquantaine, qui vient s'évader un peu dans ses vacances et reste lucide sur ce qu'il se passe durant celles-ci. C'est un récit où l'histoire se développe presque doucement et se termine forcément par un départ. C'est ce qui rend cette histoire intéressante, c'est la parenthèse de vacances, où l'on s'autorise ce qui n'est pas convenable le reste du temps.
Sous des airs de BD classique, Axel nous parle de vieillesse, de tourisme sexuel, de réenchanter sa vie à un âge où l'on peut devenir désabusé. Ses personnages ne sont ni des canons de beauté ni des personnages de fiction. Ils sonnent réels, et son dessin accompagne parfaitement bien cette idée.
Le bémol que je trouvais aux autres histoires que j'ai lues de lui (la brièveté du récit empêchant des réels développements) est gommé ici, avec une histoire tout à fait satisfaisante. C'est du très bon, ça sort clairement de l'ordinaire, personnellement je recommande. Un 3.5 !
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Les Mamelles de Tiresias
Apollinaire est un personnage clé pour ce qui est de la « modernité » (en art, mais pas seulement), dans ces années de grands bouleversements au début du XXème siècle. Il a souvent ouvert la voie, et a fait office de « passeur » entre plusieurs générations. Sa pièce « Les Mamelles de Tirésias » a fait grand bruit à l’époque de sa première représentation (ça a été relaté à plusieurs reprises, sous divers points de vue, par certains « spectateurs » Cocteau, Breton, etc.), le spectacle étant parfois plus dans la salle (c’est l’époque des premiers scandales dada – Jacques Vaché y a été de son intervention anticonformiste...). Daniel Casanave a pris le parti de rester fidèle au texte et à l’esprit d’Apollinaire. Un texte qui, effectivement, est d’une grande modernité : écrite et jouée en 1917, en pleine guerre mondiale, la pièce a de forts relents anti-militaristes – voir le prologue d’Apollinaire sur ces canons qui « assassinent les constellations ». Mais, au travers du personnage de Thérèse/Tirésias, on a aussi et surtout une femme forte, indépendante, qui affirme et revendique les pouvoirs, et même de devenir un homme. Même si Apollinaire sur la fin la fait revenir sur un chemin « plus droit », encourageant à faire des enfants. Le texte du prologue est une défense de l’art moderne, cubiste, mais pas seulement. Casanave a glissé dans cette partie quelque clins d’œil pour accompagner le monologue d’Apollinaire : Picasso dans le public page 12 ; tableaux cubistes de Braque ou Picasso page 14 ; reprise du beau tableau de de Chirico « Portrait prémonitoire de Guillaume Apollinaire » page 15, enfin tableau du Douanier Rousseau « La muse inspirant le poète » [où l’on voit Marie Laurencin et Apollinaire] page 16). La pièce elle-même est pleine de poésie et de dialogues en vers libres ou rimés, avec prises de position non conventionnelles, mais aussi un humour certain (nombreux jeux de mots). On comprend que le public de 1917 ait été désarçonné ! A noter que c’est à propos de cette pièce qu’Apollinaire a créé le terme surréaliste – qu’André Breton (qui côtoyait Apollinaire à l’époque) reprendra peu après sous une autre acceptation. Une pièce « historique », reprise de façon peut-être trop respectueuse par Casanave (même si son dessin moderne accompagne très bien le texte). Mais ça reste quelque chose d’agréable à lire, pour se replonger dans un moment d’ébullition artistique majeur. Note réelle 3,5/5.
L'Ombre de l'ours
Une histoire dans un univers médiéval-fantastique se déroulant dans les steppes sibériennes. Pas hyper originale, mais qui se laisse lire agréablement. Il faut dire que le dessin de Faure est vraiment très bon, certaines planches sont de toute beauté ! Même si certains personnages sont un peu difficiles à distinguer dans le détail parfois (des visages surtout), les décors sont plutôt réussis. L’histoire se laisse lire, mais, arrivé vers la page quarante, j’ai commencé à me demander si la série n’avait pas été abandonnée, tant l’intrigue semblait n’en être qu’à son commencement (en tout cas semblait partir sur une voie pleine de nombreux rebondissements possibles), alors que l’album touchait à sa fin. Et bien cette fin justement, m’a carrément déçu. Elle donne l’air d’avoir été expédiée, comme si une suite avait été prévue au départ, puis abandonnée (problèmes avec l’éditeur ?), pour forcer Corteggiani à boucler en urgence l’intrigue. Ça donne une impression désagréable, et c’est un peu bâclé, artificiel, dommage. Qu’en est-il des sœurs de la reine ayant accueilli le héros enfant ? Qu’en est-il de cette horde noire de mercenaires ? que vont devenir les deux enfants devenus adultes ? Une fin frustrante donc. Note réelle 2,5/5.
L'Oeil du diable
Je mets trois étoiles, parce que l’histoire se laisse lire très facilement, la narration est fluide et agréable. Mais je suis quand même resté un peu sur ma faim. En effet, j’ai trouvé que l’histoire manquait de densité, d’aspérité, qu’elle était même un petit peu creuse par moments. Cette histoire de vengeance finalement toujours repoussée donne un peu de sel à l’intrigue, en maintenant la tension entre Hawkins et le capitaine Kidd (on se demande quand et comment cela va « éclater » (puisque nous sommes sûrs que ça va éclater, l’histoire étant un long flash-back – qui révèle en fin une petite surprise). Mais bon, j’attendais un peu plus de cette histoire. Le dessin est lui aussi fluide et efficace. La colorisation aurait pu moins lisser le rendu par contre. Note réelle 2,5/5.
Guacamole Vaudou
J'ai voulu tester une "BD" sans dessins. Ce Guacamole Vaudou est donc un roman photo avec Céline Nieszawer derrière l'objectif, à la mise en page classique et où de nombreuses photos sont retouchées. L'histoire de Stéphane Chabert, incarné par Éric Judor (affublé d'une horrible perruque blonde), un looser qui veut à tout prix réussir dans une entreprise de publicité, même si pour cela il doit participer à un stage singulier qui va chambouler son existence. C'est délirant et absurde, on reconnaît la marque de fabrique de Fabcaro dans un univers très kitsch. En guest-star, Arthur H et Hervé Le Tellier. Ce n'est pas la lecture du siècle, mais elle a eu le mérite de me faire sourire et c'était pas gagné d'avance. Une curiosité.
Les Tournesols d'Ukraine
Comme l'explique Pietro Zemelo en préface, ceci est son histoire, son témoignage au sujet de la façon dont sa belle-famille élargie essaie de gérer le traumatisme de l'invasion de l'Ukraine par la Russie en mars 2022. Il ne prétend aucunement se substituer aux personnes directement impactées, mais au contraire montre la façon dont il perçoit leur résilience. Et c'est là que se trouve le principal point d'intérêt de cette BD : dans le regard qu'il pose, lui un Italien qui, malgré ses années de présence en Ukraine, ne peut saisir totalement la tristesse, la colère, et tant d'autres sentiments qui ne sont pas forcément descriptibles par des mots. D'autant plus que la barrière de la langue est, sans être importante, un véritable obstacle. On voit bien que chacun(e) gère d'une façon ou d'un autre : en se réfugiant dans les corvées domestiques, dans une colère sourde, dans un mutisme inquiétant... Pietro, loin de se sentir rejeté par sa belle-famille, essaie tant bien que mal de maintenir à flots cette famille recomposée en Italie, qui vit le drame à distance, dans une peur constante que le père, resté sur place, se retrouve sous les bombardements ou la proie des milices pro-russes... Zemelo utilise un trait assez épuré, une sorte de ligne claire plutôt expressive, avec des couleurs pastel et un jeu d'ombres constant. Plutôt agréable à l’œil. Quant aux tournesols du titre, je craignais un peu qu'ils soient omniprésents dans l'album, mais n'ont qu'une occurrence limitée, mais réaliste, autant que symbolique. Précieux pour comprendre partiellement ce que vivent les Ukrainiens expatriés.
Algues vertes - L'Histoire interdite
Le contenu de cette BD est intéressant et estomaquant, et représente une quantité de travail incroyable. Tout est référencé, les sources sont citées, le jargon et les acronymes sont expliqués. Je suis ressort de ma lecture révolté, bien entendu, comme tout le monde. J’ai trouvé le ton juste malgré le côté clairement partisan et militant, on entend l’avis de quelques agriculteurs, et on comprend bien que le « vrai » ennemi, c’est les lobbies agroalimentaires. On reste malheureusement sur une impression d’impuissance… que faire pour affronter la machine à pognon ? Après, j’ai quand même quelques réserves sur la présentation même de l’ouvrage. C’est très lourd et dense, on se retrouve bombardé de noms, sociétés, organisations etc. et les textes sont très présents… un mal nécessaire, certes, mais je me demandais parfois à quoi servait le medium de la BD, l’art séquentiel et le dessin… une remarque à propos de ce dernier : je ne suis pas fan du tic graphique qui consiste à représenter les « méchants » soit avec une tête de con, soit avec un rictus diabolique… je trouve le procédé vraiment limite dans une œuvre qui se dit dénoncer les manipulations de l’opinion publique. Je suis vraiment content d’avoir lu « Algues vertes - L'Histoire interdite », j’y ai appris beaucoup de choses, et je note le travail journalistique incroyable. Mais je ne suis pas convaincu par le choix du medium BD.
From FPS to RPG
Belle maquette pour cette nouvelle série ! On voit d'emblée que le dessin est travaillé, et la petite touche de vernis sélectif sur le costume du protagoniste renforce le soin porté à cette jaquette. "From FPS to RPG" nous raconte comment un jeune homme fan de FPS (jeu vidéo de tir fondé sur des combats en vision subjective) va se retrouver plongé dans un nouvel univers. Sortie de map ! Pour plonger dans une nouvelle... Car c'est bien dans un autre univers de jeu qu'il vient d’atterrir, mais cette fois-ci un RPG (on va dire de type jeu de rôle) où la magie domine. Pour Ren Saitô (notre héros) la surprise est de taille, mais il a toujours accès à son interface de jeu qui lui permet d'utiliser tout un arsenal d'armes de guerre. C'est comme ça qu'il va sauver une jeune femme des griffes d'une bande de gobelins et ainsi continuer à évoluer dans ce nouvel univers. Un nouvel isekai de plus pourrait-on dire pour aller vite en besogne. Pourtant, le trait soigné et détaillé me donne envie de laisser une chance à cette série qui pose avec ce premier tome les bases d'une confrontation d'univers de joueur intéressante. Le soin des détails, que ce soit dans les décors, costumes ou personnages, le bestiaire qu'on découvre au fil des chapitres, ont réussi à titiller la curiosité de l'ancien joueur que j'étais. Même si je ne suis pas fan de tout le charadesign utilisé (ses gobelins sont laids ! :P ), on sent un bon potentiel pour cette série. A suivre donc, je suis curieux de voir comment peut évoluer cette série.
Les Dames de Kimoto
J'ai été un peu dérouté par cette adaptation d'un roman japonais. Cette saga familiale qui reprend l'histoire de Hana, Fumio sa fille et Hanako sa petite fille ne m'a pas captivé outre mesure. Cette réflexion sur la tradition et l'acceptation de cette tradition d'un point de vue féminin et sur un rythme contemplatif est intéressante mais trop éloignée de mon vécu. De plus j'ai l'impression que Cyril Bonin est à l'étroit pour traduire la globalité de la pensée de l'auteure japonaise. Hana reste le centre de gravité du récit, l'auteur décrivant son comportement traditionnel (mariage, vie quotidienne) très en détail par rapport aux deux autres femmes. Le décor historique qui accompagne le récit est assez paradoxal. En effet l'apogée d'Hana correspond à la victoire japonaise sur les Russes en 1905 alors que les revendications plus modernes de Fumio se produisent dans l'environnement de la défaite de 1945. Hanako se retrouve ainsi héritière d'un Japon tiraillé entre tradition et modernité. La thématique est intéressante mais résonne probablement plus à des plus fins connaisseurs de la culture japonaise que moi. Ce n'est pas le graphisme de Bonin que je préfère. Peut-être à cause du rythme assez lent, je trouve que cela manque de dynamisme et que les attitudes sont trop raides. Une œuvre avec des qualités mais qui ne m'a pas fait vibrer.
La Brute et le Divin
Cet album porte un message résolument écologiste. Dans l'histoire qu'il raconte évidemment, mais également dans l'objet en lui même. De sa fabrication à sa distribution, en passant par sa promotion tout a été pensé pour avoir un impact environnemental moindre. Papiers recyclés, pour l'album comme pour les goodies qui accompagnent sa sortie, encres végétales, recyclage prévu pour les futurs invendus ... La démarche est expliquée à l'intérieur de la 2e de couverture et mérite d'être soulignée. L'histoire est celle d'Eva, une jeune ingénieure qui claque la porte de son emploi de bureau pour partir en mission sur une mini ile déserte, s'occuper de la station météo implantée la-bas. Elle va vivre en autonomie et en harmonie avec la nature. Elle devra se débrouiller pour se bricoler un toit, gérer son potager, sa pêche, ses réserves en eau, etc... Le retour à la vie sauvage quoi. C'est gentiment amusant de la voir galèrer à essayer d'attraper des poissons ou complètement échouer à essayer de faire pousser un légume. Son quotidien sera troublé par l'arrivée d'un énorme bateau, envoyé par un puissant groupe minier. Ses occupants vont se lancer dans l'exploration des fonds marins à la recherche de nouveaux minerais. Leur but : trouver une alternative aux énergies fossiles actuelles. L'intention est louable mais la méthode employée, beaucoup moins propre, pose question. Le dessin sert bien le propos. Le trait est lisible et des couleurs judicieuses mettent agréablement en lumière ce petit coin de paradis. La mission d'Eva parait bien improbable, tant elle est livrée à elle même. Mais si on fait abstraction de cela, le récit est interessant et fait se poser quelques questions. Comment gérer la transition écologique sans passer par une étape qui aggrave l'existant ? Sommes nous prêt à tout et devons nous tout accepter ? Il n'y a pas de réponse mais cet album met ces problèmes en lumière. Cela reste divertissant, le message écologiste n'est pas insistant mais en toile de fond. Le tout offre un moment de lecture plutôt agréable.
Le Prix de l'amour
Décidément, j'aime bien ce que fait Axel. Dans le milieu très prolifique de la BD érotique/pornographique, il se démarque par une approche très humaine et marquée par l'âge sur les corps. Il fait aussi montre d'une certaine conscience de son époque, exposant à la fois des problématiques actuelles mais aussi un regard lucide dessus. Pas de faux semblants, on parle de la réalité telle qu'elle est. Dans cette histoire, c'est une parenthèse de vacances qui est évoquée. Le personnage de Valérie est le type même de la femme d'affaire dans la cinquantaine, qui vient s'évader un peu dans ses vacances et reste lucide sur ce qu'il se passe durant celles-ci. C'est un récit où l'histoire se développe presque doucement et se termine forcément par un départ. C'est ce qui rend cette histoire intéressante, c'est la parenthèse de vacances, où l'on s'autorise ce qui n'est pas convenable le reste du temps. Sous des airs de BD classique, Axel nous parle de vieillesse, de tourisme sexuel, de réenchanter sa vie à un âge où l'on peut devenir désabusé. Ses personnages ne sont ni des canons de beauté ni des personnages de fiction. Ils sonnent réels, et son dessin accompagne parfaitement bien cette idée. Le bémol que je trouvais aux autres histoires que j'ai lues de lui (la brièveté du récit empêchant des réels développements) est gommé ici, avec une histoire tout à fait satisfaisante. C'est du très bon, ça sort clairement de l'ordinaire, personnellement je recommande. Un 3.5 !