J'ai dévoré la série en une soirée, mais ce n'était pas forcément pour les meilleures raisons. L'histoire, remplie d'action incessante, m'a tenu en haleine. Je crois n'avoir jamais lu six tomes d'un manga où 95 % du temps, les personnages crient à chaque fois qu'ils ouvrent la bouche Ah ah ! Cela dit, le contexte stressant justifie en partie cette intensité verbale.
Au début, j'appréciais vraiment ma lecture. Le scénario était original et captivant. Mais, à mesure que l'histoire avançait, elle devenait de plus en plus irréaliste, ce qui a gâché le potentiel du scénario que j'avais imaginé.
La conclusion, qui se déroule en une dizaine de pages à peine, m'a quelque peu déçu . Il y avait du potentiel non exploité dans les événements finaux.
Bien que le manga commence fort avec une histoire engageante et originale, il se perd rapidement dans l'irréalisme et une fin précipitée, laissant un goût d'inachevé.
Après lecture des cinq premiers tomes, je trouve que cette série demeure plaisante à suivre malgré quelques petits défauts.
J’aime le dessin de Shun Umezawa. Charlie, l’humanzee est parfaitement réussi. Il ne ressemble ni vraiment à un humain, ni vraiment à un chimpanzé mais nous rappelle clairement ces deux espèces. Le style réaliste d’ensemble est agréable à lire, avec des décors souvent soignés et un emploi modéré de photos retouchées. Les personnages sont bien typés et les confusions sont rares. Enfin, cerise sur le gâteau, les scènes d’action et de combat sont la plupart du temps faciles à déchiffrer. Et ça, c’est quand même devenu furieusement rare dans le genre manga !
L’intrigue brasse pas mal de thèmes d’actualité, terrorisme et veganisme en tête, mais aussi massacres dans les écoles aux USA ou statut juridique des droits des animaux et de la nature. Et grâce à son héros, qui présente une philosophie animiste, l’auteur parvient à nuancer certains propos, sur le veganisme notamment. Ce qui a pour effet que cette série n’est pas une propagande pour ce mode de vie mais propose des réflexions souvent pertinentes.
Dans l’ensemble, et à condition d’accepter le postulat de départ, je trouve la série plutôt réaliste tant dans les comportements des différents acteurs que dans les rebondissements proposés. Au fil des tomes, l'auteur a tout de même tendance à surenchérir mais cela reste dans des limites acceptables. Surtout, cela permet de relancer une intrigue qui donnerait, dans le cas contraire, la désagréable impression de tourner en rond.
Si les personnages ne me touchent pas toujours (ils semblent parfois très froids, très analytiques, à l'exception de l'un ou l'autre d'entre eux), l'évolution de l'histoire ne cesse de me passionner. Du coup, j'attends chaque nouveau tome avec impatience même si j'espère une conclusion rapide (je continue de craindre que soit elle se mette à tourner en rond, soit à force de surenchérir son auteur ne la fasse sombrer dans le ridicule). Jusqu'à présent, ça passe et je demeure accro... mais je ne saurais pas dire pour combien de temps encore.
Jean M. Auel a connu un grand succès avec sa saga préhistorique il y a déjà quelques années.
Ce n'était qu'une question de temps avant d'en lire une adaptation en BD. Camille Moog, à l’œuvre encore peu fournie, s'en charge en commençant par le récit concernant Ayla, cette enfant trouvée qui va devoir trouver sa place au sein de ce clan de l'ours des cavernes. Il s'agit donc d'un récit d'empowerment, d'affirmation de soi entant que femme et qu'individu dans un environnement certes primaire mais surtout très codifié. La fois où elle utilise une arme au vu et au su de tous est par exemple le prétexte à un procès au sein de sa tribu, alors que c'est un rôle réservé aux hommes.
Je n'ai pas lu l’œuvre originale, mais Camille Moog s'en sort plutôt pas mal je trouve, les enjeux et les péripéties se montrent plutôt clairs à saisir, avec un trait qui fait un peu "nouvelle vague des années 80" par moments. Il y a de belles ambiances, complétées par les couleurs de Marta Todeschini.
C'est sympa, mais plutôt à réserver, je pense, aux fans de l’œuvre d'Auel.
Petite déception, car si j'aime bien le scénario, je n'ai pas toujours adhéré au style graphique, surtout le dernier épisode qui a pour moi gâché le final. Ceci dit, on adhère ou pas, c'est une histoire de goût personnel.
Sur base du premier tome, le seul sorti à l’heure où j’écris cet avis, je vais dire « pas mal » mais je crains que la série ne tourne rapidement en rond.
Princesse Puncheuse nous offre une héroïne plutôt agréable. D’un naturel franc et bagarreur, elle s’est retenue durant des années afin de satisfaire sa famille, devenant la souffre-douleur de son fiancé. Mais lorsque celui-ci rompt ses fiançailles, c’est l’occasion pour notre Princesse Puncheuse de laisser s’exprimer son vrai tempérament, et de cogner ceux qui lui déplaisent.
Le charme de la série repose sur les épaules de cette princesse atypique, arborant de belles robes d’époque mais aimant se battre comme un chiffonnier. Le contraste est réussi, prête à sourire et rend le personnage attachant malgré son goût pour la violence.
Malheureusement, au-delà de ce volet « jeune femme rebelle en quête d’émancipation », les autrices nous proposent un récit classique de complot de nantis dans une lutte pour le pouvoir. On retombe alors dans le déjà-vu peu original et très balisé. Les rôles secondaires sont très convenus et aucun ne parvient à réellement sortir du lot.
Au niveau du dessin, un gros travail est réalisé sur les costumes (et les robes en particulier) alors que les scènes de bagarre sont assez lisibles pour le genre. C’est donc plaisant à lire sans atteindre des sommets inégalés.
Pas mal, quoi… mais j’ai vraiment peur que la suite ne sombre dans le lieu commun.
***Petite mise à jour après lecture des trois premiers tomes***
Ce que je craignais dès le premier tome a tendance à se concrétiser : le déroulement de l'histoire est très répétitif. La série ronronne, se satisfaisant de l'idée de départ, et tricote autour des relations entre les personnages. Alors, de deux choses, l'une : soit l'autrice parvient à densifier et à diversifier son intrigue, soit je vais être furieusement tenté de laisser tomber l'affaire.
Voilà une BD graphiquement assez splendide. C'est typiquement le genre de truc qui vous immerge direct dans l'ambiance, et tout (ou presque) repose sur le dessin. Un noir profond, un trait alerte. La classe !
Hawaï sonnait pour moi, quand j'étais ado/jeune adulte, comme une terre promise, un fantasme peuplé de véliplanchistes. C'est en effet sur cette terre battue par le swell, perdue au beau milieu du Pacifique, qu'avaient trouvé refuge les héros de ma jeunesse, les Robert Teriitéhau et autres Robby Naish (oui oui, je sais : j'ai été sportif dans une autre vie...). Kikuo Johnson, lui, en dresse un portrait moins reluisant, loin des clichés.
R. Kikuo Johnson est un natif de l'île (Maui donc), située dans l'archipel de Hawai. Il y a grandi, et on sent bien qu'il connait intimement l'âme de cette terre isolée de tout. Il arrive parfaitement à nous faire saisir ce que peut être la vie d'un insulaire de la dite-terre, une sorte de désolation qui vous condamne à fuir ou à abandonner toute autre perspective que de se laisser couler dans le désœuvrement. Sans doute a-t-il balancé dans ce récit quelque chose de très personnel. En soi, c'est déjà un petit exploit que de parvenir à retranscrire toutes ces émotions, à prendre de la distance avec ses sentiments tout en conservant la chaleur du vécu. Le dessin est la grande force de cette BD ; à travers lui, l'auteur nous fait toucher du doigt l'impalpable de la condition de... Mauian ??? (Il ne semble pas exister de gentilé pour Maui).
Belle ambiance donc. Mais alors pourquoi 3/5 s'étonnera-ton ??? Mais oui, pourquoi ?
Je crois que c'est la fin de cette fin, trop brutale à mon goût, ainsi qu'un petit manque de sens dans l'attitude globale des personnages dont on perd un peu la substance sur la toute fin, qui a présidé mon jugement. Difficile à expliquer car en réalité, il s'agit bien davantage d'un ressenti que de quelque chose de réellement conscient. En fait, tout se passe comme si j'avais absolument voulu adorer cette lecture, ce qui est effectivement le cas sur les trois quarts (et non les trois tiers - ceci est une private joke). Ce n'est pas tant le fait qu'à la fin, rien ne soit vraiment résolu (car cela n'est absolument pas un critère pour moi), mais plutôt que j'imaginais une histoire à la Persona, le film de Bergman, avec une inversion des destins entre les personnages. C'est d'ailleurs ce qu'annonçait le pitch officiel. Or ce n'est pas vraiment ça. Du coup, j'ai un peu la sensation de passer à côté d'un truc, en même temps que je dubite sur la vacuité de la chose. C'est idiot, inexplicable : j'ai aimé le ton du récit, assez distancié mais très réaliste, ainsi que son déroulé général, mais je reste sur ma fin. Encore une fois c'est étrange parce qu'habituellement, ce sont des aspects qui ne me rebutent pas. Disons que ça commençait bien, très bien même avec ce trait sublime, mais que ça s'achève dans une froideur similaire à celle d'un Adrian Tomine ou d'un Daniel Clowes. Dommage !
Pour être tout à fait juste, j'aurais mis 3,5.
J'ai découvert cette BD qui est un très bel objet éditorial, entre la couverture s'ouvrant de façon originale et trois documents glissés dans la BD comme autant d'indices que l'on va découvrir au fur et à mesure de l'histoire. C'est intéressant et c'est une grosse qualité de la BD.
Maintenant, je dois dire que la BD n'a pas non plus une histoire qui m'a transporté plus que ça. On a une jeune femme de la bonne société anglaise qui recherche son fiancé disparu lors d'une exploration dans le nord Scandinave. Sous des faux airs de Alexandra David-Neel, l'histoire peut sembler proche d'autres ouvrages (je pense à la série Une Aventure de Jeanne Picquigny) et de fait je m'attendais à ce qui arrive dans le final. D'ailleurs ça m'a rappelé aussi des histoires de Jack London, sans trop savoir si le récit en est inspiré ou non.
Toujours est-il que j'ai trouvé le déroulé sans grande surprise et que les indices semés au début sont assez vite explicite dans le récit. J'aurais aimé une plus grande interaction laissé au lecteur, le choix de comprendre les choses petit à petit. Dommage, l'idée est bonne mais l'utilisation est assez peu développée.
Pour le reste, j'ai trouvé que le récit reste assez classique aussi. Pas de grande surprise à la lecture, même si elle reste satisfaisante.
C'est surtout le dessin que j'ai apprécié. Il est très joli et c'est la première fois que je lis une BD de Edith, son trait m'a plu. Je suis assez preneur d'une nouvelle BD de sa part en tout cas !
Gentil mais un peu léger.
Parole de chat est un récit fantaisiste destiné à un large public mais plutôt ciblé jeunes lecteurs. Il n’y a qu’un seul niveau de lecture et je crains que les lecteurs les plus anciens ne trouvent l’ensemble trop léger. C’est d’ailleurs l’impression qui persiste chez moi alors que je referme ce premier tome : tant au niveau du format de l’album qu’au niveau du contenu scénaristique, j’ai eu ce sentiment que ce récit était trop petit comparé à l’espace dont il disposait. Au niveau du visuel, je pense vraiment que le rendu aurait été plus immersif si l’album avait été édité dans un format de type « comics » (genre 190 x 285 mm). Les détails auraient été plus concentrés et je n’aurais pas eu cette impression de vide, de devoir chercher les éléments dans les cases. Ceci dit, le dessin de BidyBop est agréable. Il s’en dégage de la bonne humeur et l’artiste a vraiment soigné ses planches (beau travail sur les éclairages comme sur les décors, personnages bien typés, mise en page variée). L’album n’est certainement pas déplaisant à lire.
Au niveau du scénario, ce premier tome permet de présenter les personnages et les enjeux tout en proposant une fin de récit satisfaisante puisqu’un premier volet de l’intrigue trouve sa conclusion. Et ce n’est pas plus mal, que l’album propose une fin sans gros cliffhanger, car la série fait clairement partie de cette catégorie d’albums dont on ne sait trop s’ils connaitront une suite ou non. Ce premier tome a d’abord été financé via une campagne de crowdfunding avant d’être récupéré par Delcourt et cela semble être une première œuvre pour ses auteurs : autant d’éléments qui font craindre pour la suite lorsque l’on a conscience de la difficulté à l’heure actuelle pour des auteurs de faire publier un tome 2.
Le ton est léger et donne la part belle à l’humour. Le personnage principal a des faux airs d’Arthur (« la nef des fous ») et amuse par sa maladresse. Les chats sont casse-pieds et exigeants mais aussi malins et débrouillards (ce sont eux qui mènent la danse). Un aspect fantastique/science-fiction est également présent grâce aux inventions du grand-père du héros (dont des colliers qui permettent de traduire les propos des chats ou des chiens). Ce dernier étant un ancien magicien, on se doute que de nouvelles inventions farfelues feront leur apparition au fil du récit.
En gros, pour un premier tome de jeunes auteurs, je dirais que c’est pas mal mais un peu facile (et pour me répéter un peu léger). A voir ce que la suite offrira… en espérant qu’elle paraisse un jour.
Comme j’ai pu trouver les critiques sévères sur cette série de Jodorowsky.
Car finalement, c’est une série tout ce qu’il y a de plus classique pour cet auteur.
On y retrouve vraiment sa marque de fabrique, des être difformes, du sexe, des questions de filiation, le complexe d’Electre, d’identité, des jeux de pouvoir, un côté assez malsain, une frontière ténue entre le bien et le mal, où tous les personnages ont leur part d’ombre, sont à la foi des personnes que l’on comprend, et qui se révèlent aussi être de belles ordures que l’on comprend également.
Alors c’est sûr, si on lit ce Jodorowsky en s’attendant a une série de la qualité de L'Incal, on va être très clairement déçu.
Mais si on la prend comme une série de Jodo où on sait que ça va être un peu du n’importe quoi et qu’il va partir dans ses délires habituels ça passe très très bien. Il faut dire que j’ai toujours eu beaucoup d’affection pour lui…
L’histoire de ce roi déchu, qui revient, qui reperd tout, tous ces jeux d’intrigues et de pouvoir, avec la touche de fantastique qui se rajoute à ça. Et bien j’ai passé un bon moment, le cahier des charges de Jodorowsky est rempli à mes yeux, et je n’en demandais pas plus.
Et graphiquement, que c’est beau, vraiment, je ne connais pas ce dessinateur, mais il fait un travail incroyable et m’a permis de m’immerger dans l’histoire avec un plaisir immense, chaque planche, chaque case est une pure merveille, un doux bonbon pour les yeux.
J’ai donc passé un très agréable moment de lecture avec cette série, une histoire comme je m’y attendais, et une belle surprise graphique. Le cahier des charge a donc été rempli par les auteurs et a comblé mes attentes.
Publié pour la première fois en 2008 chez Tonkam, racheté depuis par Delcourt, cet ouvrage du maître de l’horreur japonais vient d’être réédité dans un format « prestige ». Junji Ito avait fait forte impression à Angoulême lors de l’exposition qui lui a été consacrée en début d’année, l’éditeur français ayant vraisemblablement profité de l’occasion pour remettre en lumière le travail de cet auteur.
La lecture de « Remina » m'a laissé un sentiment contradictoire, tant j'ai eu quelque difficulté à retrouver le côté merveilleux de l’exposition qui imprégnait l’univers de l'auteur, celui-ci étant devenu très à la mode hors des frontières nippones, après plusieurs Eisner Awards.ayant récompensé quelques-unes de ses œuvres, dont celle-ci en 2021.
Pourtant, l’histoire commence plutôt bien et parvient à captiver en suscitant l’anxiété chez le lecteur, intrigué par cette planète venue des confins de l’espace et se dirigeant tout droit vers la Terre. Malheureusement, ce récit qui s’inscrit dans le genre SF horrifique va très vite tourner au grand-guignol avec un enchainement de situations tout aussi invraisemblables les unes que les autres. Mené à un rythme ébouriffant, le récit comporte moult scènes qui suscitent plus le vertige que l’émerveillement. Cette gigantesque langue qui sort des entrailles de la planète Remina pour absorber la moindre météorite passant à proximité, ou cette crucifixion par une meute déchaînée de la jeune héroïne (et de son père juste avant elle) ont tout de même de quoi laisser pantois….
Certes, on ne pourra dénier à Junji Ito une imagination foisonnante, bien au-delà des limites du réalisme. Une imagination dans le rocambolesque et la terreur liée à une catastrophe planétaire de grande ampleur, qu’on ne peut s’empêcher de mettre sur le compte du traumatisme encore vivace lié à Hiroshima et Nagasaki. Pourtant, une question demeure : ce type de récit a-t-il été conçu à l’intention des grands ados — ou au mieux des jeunes adultes ? — en quête de sensations fortes ? Si on peut toujours apprécier le propos sur le terrifiant effet de meute ou la fragilité du statut de célébrité, celui de Remina (devenue soudainement une star pour être très vite clouée au pilori, ou plutôt sur une croix dans le cas présent), le récit comporte son lot de scènes gore et sadiques dont on ne saisit guère la finalité, si ce n’est de servir de catharsis à un auteur en proie à ses cauchemars. On peut supposer qu’il se soit inspiré de l’univers lovecraftien, mais le retranscrire dans ce mode exubérant et survitaminé pourra difficilement convaincre les admirateurs du romancier américain.
On ne s’attardera pas sur les dialogues insipides et qui plus est assez triviaux, ni sur les personnages aux contours psychologiques assez superficiels. Le gros point fort restera le talent graphique de l’auteur qui, malgré tout le mal qu’on peut penser de la narration, réussit à produire des scènes spectaculaires, totalement saisissantes, dont certaines dégagent une étrangeté qui appartiennent bien à son univers fantasmagorique.
A noter que cette édition inclut en fin d'ouvrage une nouvelle en couleur de Ito, « Des millions de solitaires », figurant également dans le recueil « Histoires courtes » publié l’an dernier. Un récit plus « posé » et beaucoup plus inquiétant sur des meurtres en série, qui révèle également l’obsession de Junji Ito pour les enchevêtrements grouillants de corps humains réifiés.
« Remina » permettra au moins de mesurer le décalage entre le savoir-faire graphique de Junji Ito et son aptitude plus limitée à concevoir des narrations satisfaisantes. Pour mieux apprécier le travail de cet auteur, il faudra sans doute se tourner vers d’autres de ses productions moins tapageuses, telles que « Le Mort amoureux » ou sa revisite du chef d’œuvre de Marie Shelley, « Frankenstein ». En ce qui me concerne, je suis passé à côté...
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L'Ecole emportée
J'ai dévoré la série en une soirée, mais ce n'était pas forcément pour les meilleures raisons. L'histoire, remplie d'action incessante, m'a tenu en haleine. Je crois n'avoir jamais lu six tomes d'un manga où 95 % du temps, les personnages crient à chaque fois qu'ils ouvrent la bouche Ah ah ! Cela dit, le contexte stressant justifie en partie cette intensité verbale. Au début, j'appréciais vraiment ma lecture. Le scénario était original et captivant. Mais, à mesure que l'histoire avançait, elle devenait de plus en plus irréaliste, ce qui a gâché le potentiel du scénario que j'avais imaginé. La conclusion, qui se déroule en une dizaine de pages à peine, m'a quelque peu déçu . Il y avait du potentiel non exploité dans les événements finaux. Bien que le manga commence fort avec une histoire engageante et originale, il se perd rapidement dans l'irréalisme et une fin précipitée, laissant un goût d'inachevé.
Darwin's Incident
Après lecture des cinq premiers tomes, je trouve que cette série demeure plaisante à suivre malgré quelques petits défauts. J’aime le dessin de Shun Umezawa. Charlie, l’humanzee est parfaitement réussi. Il ne ressemble ni vraiment à un humain, ni vraiment à un chimpanzé mais nous rappelle clairement ces deux espèces. Le style réaliste d’ensemble est agréable à lire, avec des décors souvent soignés et un emploi modéré de photos retouchées. Les personnages sont bien typés et les confusions sont rares. Enfin, cerise sur le gâteau, les scènes d’action et de combat sont la plupart du temps faciles à déchiffrer. Et ça, c’est quand même devenu furieusement rare dans le genre manga ! L’intrigue brasse pas mal de thèmes d’actualité, terrorisme et veganisme en tête, mais aussi massacres dans les écoles aux USA ou statut juridique des droits des animaux et de la nature. Et grâce à son héros, qui présente une philosophie animiste, l’auteur parvient à nuancer certains propos, sur le veganisme notamment. Ce qui a pour effet que cette série n’est pas une propagande pour ce mode de vie mais propose des réflexions souvent pertinentes. Dans l’ensemble, et à condition d’accepter le postulat de départ, je trouve la série plutôt réaliste tant dans les comportements des différents acteurs que dans les rebondissements proposés. Au fil des tomes, l'auteur a tout de même tendance à surenchérir mais cela reste dans des limites acceptables. Surtout, cela permet de relancer une intrigue qui donnerait, dans le cas contraire, la désagréable impression de tourner en rond. Si les personnages ne me touchent pas toujours (ils semblent parfois très froids, très analytiques, à l'exception de l'un ou l'autre d'entre eux), l'évolution de l'histoire ne cesse de me passionner. Du coup, j'attends chaque nouveau tome avec impatience même si j'espère une conclusion rapide (je continue de craindre que soit elle se mette à tourner en rond, soit à force de surenchérir son auteur ne la fasse sombrer dans le ridicule). Jusqu'à présent, ça passe et je demeure accro... mais je ne saurais pas dire pour combien de temps encore.
Le Clan de l'ours des cavernes
Jean M. Auel a connu un grand succès avec sa saga préhistorique il y a déjà quelques années. Ce n'était qu'une question de temps avant d'en lire une adaptation en BD. Camille Moog, à l’œuvre encore peu fournie, s'en charge en commençant par le récit concernant Ayla, cette enfant trouvée qui va devoir trouver sa place au sein de ce clan de l'ours des cavernes. Il s'agit donc d'un récit d'empowerment, d'affirmation de soi entant que femme et qu'individu dans un environnement certes primaire mais surtout très codifié. La fois où elle utilise une arme au vu et au su de tous est par exemple le prétexte à un procès au sein de sa tribu, alors que c'est un rôle réservé aux hommes. Je n'ai pas lu l’œuvre originale, mais Camille Moog s'en sort plutôt pas mal je trouve, les enjeux et les péripéties se montrent plutôt clairs à saisir, avec un trait qui fait un peu "nouvelle vague des années 80" par moments. Il y a de belles ambiances, complétées par les couleurs de Marta Todeschini. C'est sympa, mais plutôt à réserver, je pense, aux fans de l’œuvre d'Auel.
The Midnight Order
Petite déception, car si j'aime bien le scénario, je n'ai pas toujours adhéré au style graphique, surtout le dernier épisode qui a pour moi gâché le final. Ceci dit, on adhère ou pas, c'est une histoire de goût personnel.
Princesse Puncheuse
Sur base du premier tome, le seul sorti à l’heure où j’écris cet avis, je vais dire « pas mal » mais je crains que la série ne tourne rapidement en rond. Princesse Puncheuse nous offre une héroïne plutôt agréable. D’un naturel franc et bagarreur, elle s’est retenue durant des années afin de satisfaire sa famille, devenant la souffre-douleur de son fiancé. Mais lorsque celui-ci rompt ses fiançailles, c’est l’occasion pour notre Princesse Puncheuse de laisser s’exprimer son vrai tempérament, et de cogner ceux qui lui déplaisent. Le charme de la série repose sur les épaules de cette princesse atypique, arborant de belles robes d’époque mais aimant se battre comme un chiffonnier. Le contraste est réussi, prête à sourire et rend le personnage attachant malgré son goût pour la violence. Malheureusement, au-delà de ce volet « jeune femme rebelle en quête d’émancipation », les autrices nous proposent un récit classique de complot de nantis dans une lutte pour le pouvoir. On retombe alors dans le déjà-vu peu original et très balisé. Les rôles secondaires sont très convenus et aucun ne parvient à réellement sortir du lot. Au niveau du dessin, un gros travail est réalisé sur les costumes (et les robes en particulier) alors que les scènes de bagarre sont assez lisibles pour le genre. C’est donc plaisant à lire sans atteindre des sommets inégalés. Pas mal, quoi… mais j’ai vraiment peur que la suite ne sombre dans le lieu commun. ***Petite mise à jour après lecture des trois premiers tomes*** Ce que je craignais dès le premier tome a tendance à se concrétiser : le déroulement de l'histoire est très répétitif. La série ronronne, se satisfaisant de l'idée de départ, et tricote autour des relations entre les personnages. Alors, de deux choses, l'une : soit l'autrice parvient à densifier et à diversifier son intrigue, soit je vais être furieusement tenté de laisser tomber l'affaire.
Les Ombres de Maui
Voilà une BD graphiquement assez splendide. C'est typiquement le genre de truc qui vous immerge direct dans l'ambiance, et tout (ou presque) repose sur le dessin. Un noir profond, un trait alerte. La classe ! Hawaï sonnait pour moi, quand j'étais ado/jeune adulte, comme une terre promise, un fantasme peuplé de véliplanchistes. C'est en effet sur cette terre battue par le swell, perdue au beau milieu du Pacifique, qu'avaient trouvé refuge les héros de ma jeunesse, les Robert Teriitéhau et autres Robby Naish (oui oui, je sais : j'ai été sportif dans une autre vie...). Kikuo Johnson, lui, en dresse un portrait moins reluisant, loin des clichés. R. Kikuo Johnson est un natif de l'île (Maui donc), située dans l'archipel de Hawai. Il y a grandi, et on sent bien qu'il connait intimement l'âme de cette terre isolée de tout. Il arrive parfaitement à nous faire saisir ce que peut être la vie d'un insulaire de la dite-terre, une sorte de désolation qui vous condamne à fuir ou à abandonner toute autre perspective que de se laisser couler dans le désœuvrement. Sans doute a-t-il balancé dans ce récit quelque chose de très personnel. En soi, c'est déjà un petit exploit que de parvenir à retranscrire toutes ces émotions, à prendre de la distance avec ses sentiments tout en conservant la chaleur du vécu. Le dessin est la grande force de cette BD ; à travers lui, l'auteur nous fait toucher du doigt l'impalpable de la condition de... Mauian ??? (Il ne semble pas exister de gentilé pour Maui). Belle ambiance donc. Mais alors pourquoi 3/5 s'étonnera-ton ??? Mais oui, pourquoi ? Je crois que c'est la fin de cette fin, trop brutale à mon goût, ainsi qu'un petit manque de sens dans l'attitude globale des personnages dont on perd un peu la substance sur la toute fin, qui a présidé mon jugement. Difficile à expliquer car en réalité, il s'agit bien davantage d'un ressenti que de quelque chose de réellement conscient. En fait, tout se passe comme si j'avais absolument voulu adorer cette lecture, ce qui est effectivement le cas sur les trois quarts (et non les trois tiers - ceci est une private joke). Ce n'est pas tant le fait qu'à la fin, rien ne soit vraiment résolu (car cela n'est absolument pas un critère pour moi), mais plutôt que j'imaginais une histoire à la Persona, le film de Bergman, avec une inversion des destins entre les personnages. C'est d'ailleurs ce qu'annonçait le pitch officiel. Or ce n'est pas vraiment ça. Du coup, j'ai un peu la sensation de passer à côté d'un truc, en même temps que je dubite sur la vacuité de la chose. C'est idiot, inexplicable : j'ai aimé le ton du récit, assez distancié mais très réaliste, ainsi que son déroulé général, mais je reste sur ma fin. Encore une fois c'est étrange parce qu'habituellement, ce sont des aspects qui ne me rebutent pas. Disons que ça commençait bien, très bien même avec ce trait sublime, mais que ça s'achève dans une froideur similaire à celle d'un Adrian Tomine ou d'un Daniel Clowes. Dommage ! Pour être tout à fait juste, j'aurais mis 3,5.
Emma G. Wildford
J'ai découvert cette BD qui est un très bel objet éditorial, entre la couverture s'ouvrant de façon originale et trois documents glissés dans la BD comme autant d'indices que l'on va découvrir au fur et à mesure de l'histoire. C'est intéressant et c'est une grosse qualité de la BD. Maintenant, je dois dire que la BD n'a pas non plus une histoire qui m'a transporté plus que ça. On a une jeune femme de la bonne société anglaise qui recherche son fiancé disparu lors d'une exploration dans le nord Scandinave. Sous des faux airs de Alexandra David-Neel, l'histoire peut sembler proche d'autres ouvrages (je pense à la série Une Aventure de Jeanne Picquigny) et de fait je m'attendais à ce qui arrive dans le final. D'ailleurs ça m'a rappelé aussi des histoires de Jack London, sans trop savoir si le récit en est inspiré ou non. Toujours est-il que j'ai trouvé le déroulé sans grande surprise et que les indices semés au début sont assez vite explicite dans le récit. J'aurais aimé une plus grande interaction laissé au lecteur, le choix de comprendre les choses petit à petit. Dommage, l'idée est bonne mais l'utilisation est assez peu développée. Pour le reste, j'ai trouvé que le récit reste assez classique aussi. Pas de grande surprise à la lecture, même si elle reste satisfaisante. C'est surtout le dessin que j'ai apprécié. Il est très joli et c'est la première fois que je lis une BD de Edith, son trait m'a plu. Je suis assez preneur d'une nouvelle BD de sa part en tout cas !
Parole de chat
Gentil mais un peu léger. Parole de chat est un récit fantaisiste destiné à un large public mais plutôt ciblé jeunes lecteurs. Il n’y a qu’un seul niveau de lecture et je crains que les lecteurs les plus anciens ne trouvent l’ensemble trop léger. C’est d’ailleurs l’impression qui persiste chez moi alors que je referme ce premier tome : tant au niveau du format de l’album qu’au niveau du contenu scénaristique, j’ai eu ce sentiment que ce récit était trop petit comparé à l’espace dont il disposait. Au niveau du visuel, je pense vraiment que le rendu aurait été plus immersif si l’album avait été édité dans un format de type « comics » (genre 190 x 285 mm). Les détails auraient été plus concentrés et je n’aurais pas eu cette impression de vide, de devoir chercher les éléments dans les cases. Ceci dit, le dessin de BidyBop est agréable. Il s’en dégage de la bonne humeur et l’artiste a vraiment soigné ses planches (beau travail sur les éclairages comme sur les décors, personnages bien typés, mise en page variée). L’album n’est certainement pas déplaisant à lire. Au niveau du scénario, ce premier tome permet de présenter les personnages et les enjeux tout en proposant une fin de récit satisfaisante puisqu’un premier volet de l’intrigue trouve sa conclusion. Et ce n’est pas plus mal, que l’album propose une fin sans gros cliffhanger, car la série fait clairement partie de cette catégorie d’albums dont on ne sait trop s’ils connaitront une suite ou non. Ce premier tome a d’abord été financé via une campagne de crowdfunding avant d’être récupéré par Delcourt et cela semble être une première œuvre pour ses auteurs : autant d’éléments qui font craindre pour la suite lorsque l’on a conscience de la difficulté à l’heure actuelle pour des auteurs de faire publier un tome 2. Le ton est léger et donne la part belle à l’humour. Le personnage principal a des faux airs d’Arthur (« la nef des fous ») et amuse par sa maladresse. Les chats sont casse-pieds et exigeants mais aussi malins et débrouillards (ce sont eux qui mènent la danse). Un aspect fantastique/science-fiction est également présent grâce aux inventions du grand-père du héros (dont des colliers qui permettent de traduire les propos des chats ou des chiens). Ce dernier étant un ancien magicien, on se doute que de nouvelles inventions farfelues feront leur apparition au fil du récit. En gros, pour un premier tome de jeunes auteurs, je dirais que c’est pas mal mais un peu facile (et pour me répéter un peu léger). A voir ce que la suite offrira… en espérant qu’elle paraisse un jour.
Sang Royal
Comme j’ai pu trouver les critiques sévères sur cette série de Jodorowsky. Car finalement, c’est une série tout ce qu’il y a de plus classique pour cet auteur. On y retrouve vraiment sa marque de fabrique, des être difformes, du sexe, des questions de filiation, le complexe d’Electre, d’identité, des jeux de pouvoir, un côté assez malsain, une frontière ténue entre le bien et le mal, où tous les personnages ont leur part d’ombre, sont à la foi des personnes que l’on comprend, et qui se révèlent aussi être de belles ordures que l’on comprend également. Alors c’est sûr, si on lit ce Jodorowsky en s’attendant a une série de la qualité de L'Incal, on va être très clairement déçu. Mais si on la prend comme une série de Jodo où on sait que ça va être un peu du n’importe quoi et qu’il va partir dans ses délires habituels ça passe très très bien. Il faut dire que j’ai toujours eu beaucoup d’affection pour lui… L’histoire de ce roi déchu, qui revient, qui reperd tout, tous ces jeux d’intrigues et de pouvoir, avec la touche de fantastique qui se rajoute à ça. Et bien j’ai passé un bon moment, le cahier des charges de Jodorowsky est rempli à mes yeux, et je n’en demandais pas plus. Et graphiquement, que c’est beau, vraiment, je ne connais pas ce dessinateur, mais il fait un travail incroyable et m’a permis de m’immerger dans l’histoire avec un plaisir immense, chaque planche, chaque case est une pure merveille, un doux bonbon pour les yeux. J’ai donc passé un très agréable moment de lecture avec cette série, une histoire comme je m’y attendais, et une belle surprise graphique. Le cahier des charge a donc été rempli par les auteurs et a comblé mes attentes.
Rémina
Publié pour la première fois en 2008 chez Tonkam, racheté depuis par Delcourt, cet ouvrage du maître de l’horreur japonais vient d’être réédité dans un format « prestige ». Junji Ito avait fait forte impression à Angoulême lors de l’exposition qui lui a été consacrée en début d’année, l’éditeur français ayant vraisemblablement profité de l’occasion pour remettre en lumière le travail de cet auteur. La lecture de « Remina » m'a laissé un sentiment contradictoire, tant j'ai eu quelque difficulté à retrouver le côté merveilleux de l’exposition qui imprégnait l’univers de l'auteur, celui-ci étant devenu très à la mode hors des frontières nippones, après plusieurs Eisner Awards.ayant récompensé quelques-unes de ses œuvres, dont celle-ci en 2021. Pourtant, l’histoire commence plutôt bien et parvient à captiver en suscitant l’anxiété chez le lecteur, intrigué par cette planète venue des confins de l’espace et se dirigeant tout droit vers la Terre. Malheureusement, ce récit qui s’inscrit dans le genre SF horrifique va très vite tourner au grand-guignol avec un enchainement de situations tout aussi invraisemblables les unes que les autres. Mené à un rythme ébouriffant, le récit comporte moult scènes qui suscitent plus le vertige que l’émerveillement. Cette gigantesque langue qui sort des entrailles de la planète Remina pour absorber la moindre météorite passant à proximité, ou cette crucifixion par une meute déchaînée de la jeune héroïne (et de son père juste avant elle) ont tout de même de quoi laisser pantois…. Certes, on ne pourra dénier à Junji Ito une imagination foisonnante, bien au-delà des limites du réalisme. Une imagination dans le rocambolesque et la terreur liée à une catastrophe planétaire de grande ampleur, qu’on ne peut s’empêcher de mettre sur le compte du traumatisme encore vivace lié à Hiroshima et Nagasaki. Pourtant, une question demeure : ce type de récit a-t-il été conçu à l’intention des grands ados — ou au mieux des jeunes adultes ? — en quête de sensations fortes ? Si on peut toujours apprécier le propos sur le terrifiant effet de meute ou la fragilité du statut de célébrité, celui de Remina (devenue soudainement une star pour être très vite clouée au pilori, ou plutôt sur une croix dans le cas présent), le récit comporte son lot de scènes gore et sadiques dont on ne saisit guère la finalité, si ce n’est de servir de catharsis à un auteur en proie à ses cauchemars. On peut supposer qu’il se soit inspiré de l’univers lovecraftien, mais le retranscrire dans ce mode exubérant et survitaminé pourra difficilement convaincre les admirateurs du romancier américain. On ne s’attardera pas sur les dialogues insipides et qui plus est assez triviaux, ni sur les personnages aux contours psychologiques assez superficiels. Le gros point fort restera le talent graphique de l’auteur qui, malgré tout le mal qu’on peut penser de la narration, réussit à produire des scènes spectaculaires, totalement saisissantes, dont certaines dégagent une étrangeté qui appartiennent bien à son univers fantasmagorique. A noter que cette édition inclut en fin d'ouvrage une nouvelle en couleur de Ito, « Des millions de solitaires », figurant également dans le recueil « Histoires courtes » publié l’an dernier. Un récit plus « posé » et beaucoup plus inquiétant sur des meurtres en série, qui révèle également l’obsession de Junji Ito pour les enchevêtrements grouillants de corps humains réifiés. « Remina » permettra au moins de mesurer le décalage entre le savoir-faire graphique de Junji Ito et son aptitude plus limitée à concevoir des narrations satisfaisantes. Pour mieux apprécier le travail de cet auteur, il faudra sans doute se tourner vers d’autres de ses productions moins tapageuses, telles que « Le Mort amoureux » ou sa revisite du chef d’œuvre de Marie Shelley, « Frankenstein ». En ce qui me concerne, je suis passé à côté...