Voilà bientôt 11 ans que j'avais parcouru et apprécié le premier tome de « Les Fléaux d’Enharma ». Nouveau bébé des auteurs de Acriboréa, cette série en devenir était pleine de promesses. Malheureusement, après le second tome, elle a rejoint la triste liste des œuvres abandonnées.
Le style visuel s'inscrit dans la fantasy traditionnelle. Les dessins sont fouillés et fourmillent de détails. Les textures, bien qu'informatiques, sont intéressantes et variées. On peut presque toucher la crasse et la sueur des soldats combattant au champ d’honneur. Mon regret portera uniquement sur les visages des personnages, qui malgré une grande expressivité, me semblent un peut trop caricaturaux.
Les personnages principaux sont plutôt réussis et bien introduits. Après deux tomes, force est toutefois de constater que l'on ne sait finalement pas grand chose sur eux, à part qu'ils semblent tous être des margoulins au grand cœur et à l'honneur pas si absent que ça. Le magicien médiocrement bon, la grosse brute, le cerveau de la bande et la jolie fille qui absorbe les pouvoirs sont sympathiques mais je ne suis pas parvenu à m'attacher à eux.
En quête de fortune, nos quatre héros se font passer pour les plus grands mercenaires du continent : les fléaux d’Enharma. Cela leur permet notamment de se faire engager par Grimillion, sortileste du royaume d’Anspech luttant pour détruire une liche au sommeil millénaire. Cette série ne révolutionne donc pas le genre et s'approche même du style de Soleil Productions. Malheureusement, elle s'interrompt au moment où l'histoire commence à décoller. Nous ne saurons donc jamais ce que les vrais fléaux d'Enharma réservent à nos imposteurs, ni de quelle manière la liche sera vaincue, ou à quel prix.
Dans ces conditions, difficile de ne pas être déçu et de noter plus généreusement.
Note réelle : 2.25/5
Cette histoire est présentée comme une grande aventure étrange dans le numéro 101 de Circus qui venait de changer de formule et de format en 1986. Oui ben moi je veux bien, étrange certes, ce récit en a l'étoffe, par contre une grande aventure, faudra repasser parce que moi je n'y ai rien trouvé de vraiment extraordinaire. Je m'attendais à quelque chose d'un peu mystérieux par les décors proposés, en vain, je la vois plutôt comme une fable des temps modernes à la limite du réel.
Pourtant, ça démarre pas trop mal avec ce jeune gars qui part en expédition dans les souterrains de Paris, on peut s'attendre à des rencontres fortuites intéressantes ou à de petits événements insolites, mais très vite, ça tourne en rond, les dialogues envahissants qui reproduisent les descriptions dictées au magnétophone, les lieux délabrés, le sentiment de solitude et de désenchantement... tout ça plane au-dessus de cette histoire où le héros passe son temps pratiquement seul tout au long du récit à décrire ce qu'il fait et ce qu'il voit, ceci n'est guère passionnant, et au bout d'un moment, l'ennui s'installe. C'est un récit à tendance onirique et au ton poétique, une certaine poésie de l'urbain, mais je n'y ai pas du tout été sensible, je n'ai rien trouvé qui puisse m'intéresser dans cette errance un peu vaine.
Dommage pour le dessin de Wininger que j'ai trouvé plus maitrisé que sur sa série Victor Billetdoux (Les Aventures de), ici il hésite entre les styles conjugués de Tardi, Cosey et Ab'Aigre, et aurait mérité une histoire un peu plus passionnante pour le mettre en valeur.
J'ai lu la réédition de 1976 par Futuropolis dans la collection Hic et Nunc de cette Bd qui se place comme un véritable ovni, une curiosité dont l'audace serait sans doute regardée de travers de nos jours. C'était le début des années 70 et la bande affiche clairement son côté post-soixantehuitard, Tardi s'essayait au dessin et Christin signait encore Linus, tous deux faisaient irruption dans Pilote en 1972 où soufflait toujours le vent de Mai 68 ; sur la couverture, ils avaient eu le culot d'inscrire CRS = SS. Je crois que l'essai a été maladroit dans cet album qui constituait le premier volume de la série Légendes d'aujourd'hui, Tardi se lancera ensuite seul dans ses propres récits, et Christin continuera cette série avec Bilal pour des récits beaucoup plus travaillés.
Pourtant il y avait une bonne idée de départ : sur fond de réalité française provinciale et contemporaine, Christin a voulu raconter une histoire où perçait l'insolite en maquillant le fantastique et le vieux merveilleux et en s'enfonçant dans le Rouergue, une région très rurale, sous des dehors de revendication politique. Christin montre des manoeuvres industrielles et les agissements de CRS mandatés par la préfecture pour rétablir l'ordre à propos d'une grève et d'une mine qui défigurerait la région selon ses habitants, en somme c'est une lutte des classes où soudain surgit l'étrange et le féerique, tout un monde que l'on croyait enfoui dans les limbes du Moyen Age, un petit peuple des bois avec gnomes, lutins, diablotins et fées.
Honnêtement, même si ça peut sembler étrange et ridicule, ce conte politico-poétique, naïvement provocant et gentiment écolo, représente la fibre gauchiste de Christin, le message délivré est trop daté, c'est du militantisme qui signifiait en 1972 un engagement politique fait d'utopie généreuse, mais je crois que le jeune lecteur d'aujourd'hui aura du mal à comprendre cette lutte du capitalisme contre la paysannerie dans le contexte qui est présenté. Quant à Tardi, il faisait ses premiers pas, son dessin est déjà prometteur, maitrisé et où perce son style futur, il est plus incisif et moins caricatural que sur Adèle Blanc-Sec, et il a déjà une certaine fascination pour le grotesque et le monstrueux.
Tout ceci a dû inquiéter quelque peu Dargaud qui à l'époque n'avait pas pris le risque d'éditer ce récit en album, ça peut donc se lire par curiosité pour voir les débuts d'un grand dessinateur, mais le propos peut laisser pensif. D'autre part, je verrais plus cette Bd en fantastique ou mieux, en inclassable plutôt qu'en fantasy.
Le blog de Liz Prince semble avoir beaucoup de succès, mais je me demande si ce genre de contenu sentimental léger et futile est adapté à un album BD… pourtant « Seule pour toujours » est déjà son quatrième album, il faut croire que ça se vend !
Liz parle donc de ses soucis relationnels, de ses mésaventures avec les mecs, des rendez-vous galants catastrophiques, du fait qu’elle veut être seule et indépendante, mais que du coup elle se sent seule. Bref, je ne suis peut-être pas le public cible, mais je dois avouer que j’ai trouvé ça quand même très léger. Un dessin de temps en temps sur un blog, passe encore, mais 100 pages d’affilé, c’est vraiment indigeste.
Bon, jetez un coup d’œil sur la galerie, voyez donc si c’est votre came. Je mets quand même 2/5 parce que 2 ou 3 histoires m’ont fait sourire, mais sur 100 pages c’est bien peu.
Mouais c'est clairement pas l'album jeunesse du siècle. J'ai aperçu celui-ci à Angoulême et l'on m'en avait dit le plus grand bien. L'ensemble est bien troussé comme on l'aurait dit à l'époque mais rien d'exceptionnel qui fasse se tordre de rire. J'ai vraiment du mal avec ces BD dites humoristiques, depuis "Gaston" à vrai dire je ne me suis que rarement marré avec une BD.
Le dessin est très sympathique avec de jolies couleurs mais cela ne fait pas tout.
Encore une fois un album pas assez percutant pour sortir de l'ordinaire; c'est le problème de ces bandes qui fonctionnent en strips, difficiles pour l'auteur de garder le rythme tout au long des pages.
Voilà une première BD pour deux auteurs dont on sent qu'ils ont intégré les codes du western mais n'ont pas tout à fait su de quelle manière les agencer.
Le scénario n'est en soi pas mauvais mais il accumule toutefois les poncifs. Cela ne serait rien si des raccourcis des évidences venaient alourdir ou rendre le récit assez peu original. Le scénario se permet même d'inclure des histoires de vieilles légendes et puis au final on devine assez vite la nature de la belle Rhonda.
Et il y a le dessin, je m'étonne tout de même qu'un éditeur ait laissé passer cela. On sent bien qu'il s'agit d'une première œuvre. Tant bien que mal le dessinateur Pierre roux possède un trait très hachuré et tente e reproduire des visages connus. Ainsi nous avons droit pour le héros à une sorte de Clint Eastwood période western-spaghetti mais avec un visage plus que mouvant mais le pompon revient au grand méchant qui a la tête d'un Keith Richards, période "Urban jungle". Bon cela pourrait être amusant mais le dessin est trop bâclé pour ne pas nous arracher un sourire de commisération.
Au final cette ballade de Rhonda ne laissera pas un souvenir impérissable, mieux vaut passer votre chemin
J'ai trouvé cet album très beau visuellement mais très vain et ennuyeux en terme d'histoire.
Le graphisme est charmant. Il est dans un style désuet, très propre, très maîtrisé, qui me rappelle de grands dessinateurs anciens comme Winsor McCay (Little Nemo in Slumberland). C'est vraiment classe même si ce style est également assez rigide.
Rigide, l'histoire l'est également. Elle est très contemplative, majoritairement muette, et met en scène un héros mollasson et taiseux, au visage déprimé, qui traîne sa carcasse de musées en musées, comme un éternel insatisfait qui cherche sa voie. Hormis un dialogue à sens unique dans une voiture, puis un autre dialogue malaisant avec sa voisine, il ne se passe quasiment rien de concret de tout l'album. Et cela se termine sans que rien n'ait commencé, avec juste un mince sourire du héros pour montrer qu'il a peut-être enfin trouvé ce qu'il cherchait, mais ça m'a laissé bien indifférent.
Dommage de mettre un si beau dessin au service d'une histoire aussi vide.
Publiés dans un supplément du « Monde » entre septembre 2017 et mai 2018, ces strips mettent en scène l’auteur, qui visionne des films (au ciné le plus souvent, mais parfois sur Netflix), et nous livre ses commentaires, nous fait découvrir son comportement et son ressenti en salles à propos de ces films. Comme une chronique ciné mais décalée, voire trashouille. Une sorte de mixe entre Marion Montaigne et Vuillemin (qui penche vers le second, quand même).
C’est du Salch « classique », c’est-à-dire provocateur, un brin scato, dans une veine crado déjà exploitée ailleurs – par Vuillemin entre autres (et en mieux je trouve !). On y voit ainsi régulièrement des personnages, avec plein de flèches autour pour préciser tel ou tel détail de leur habits, émotions, etc, le tout caricature et excessif.
Bon, ça se laisse lire, mais je n’ai pas accroché à ces strips qui se révèlent souvent creux. D’autant plus que le côté provocateur du style s’émousse rapidement, et cache difficilement du coup le manque d’intérêt intrinsèque de l’ensemble.
Alors, certes, quelques passages sont amusants, mais je suis quand même ressorti déçu de ma lecture, pas aussi drôle qu’espéré.
Note réelle 2,5/5.
J'ai ramené cet album d'Angoulême que j'ai eu pour 5 euros, et heureusement parce que ce n'est pas de la grande BD. Ce qui m'a motivé, c'est que c'est totalement inconnu et c'est donc une rareté, je sais que la bande a été prépubliée dans le journal Tintin (édition belge et édition française) en 1979, à peu près au moment où je ne lisais plus ce journal, d'où le fait que je ne la connaissais pas. Je pense que c'est peut-être une trouvaille de Greg qui à cette époque était le représentant des éditions Dargaud à New York, il avait rencontré Leonard Starr et Stan Drake et les avait décidé à travailler pour la France, avec une grande liberté et dégagés des contraintes des syndicates qui pèsent sur la bande dessinée aux States, le résultat en fut Kelly Green qui fut diffusée dans Pilote en 1980. Ce "Cannonball Carmody" est donc un boulot pour les éditions du Lombard cette fois, j'ignore s'il était prévu d'en faire une série, en tout cas c'est resté à l'état d'un one-shot où Starr a eu la même liberté de faire un vrai récit long, pas du comic strip comme il le faisait habituellement, sauf qu'ici, il n'y a pas de fesse.
Il s'agit d'une histoire à la James Bond au ton très aventureux, avec une mission basique qui récupère une tonne de clichés et tout un tas d'éléments mille fois vus dans ce genre de récits, l'action n'est pas foisonnante, c'est plutôt statique, assez bavard, et les dialogues sont souvent naïfs, voire niais par endroits. L'intrigue se base sur la rivalité CIA-KGB, et les ressorts dramatiques sont très peu excitants, bref je n'ai pas trouvé cet album vraiment génial, c'est trop commun et banal. C'est dommage que Starr ne se soit pas forcé un peu plus, la psychologie de ses 2 héros n'est pas déplaisante, mais le scénario est vraiment trop rebattu, c'est doublement dommage parce que le héros principal Carmody avait tout pour plaire, et le potentiel était assez vaste. Je trouve que ça ressemble vaguement à du Bob Morane lorsque cette Bd était dessinée par Forton.
Leonard Starr, on le sait, est surtout connu pour être l'auteur de "On Stage", sorte de soap opera évoluant dans les milieux du spectacle, qui fut diffusé dans de nombreux quotidiens américains jusqu'en 1979 et en France sous le nom de "Mary Perkins", mais sa diffusion chez nous fut assez confidentielle. C'est un dessin réaliste très américain, typique de ce qu'on voyait dans les comic strips des années 50 et 60, ici, on reconnait son trait, mais je le trouve un tout petit peu moins appliqué, il n'y a pas la finesse des contours qu'on rencontre sur "Mary Perkins", peut-être est-ce la couleur qui affadit le dessin, j'en sais rien. Toujours est-il que même si c'est pas une Bd inoubliable, c'est intéressant d'avoir sur BDT une Bd franco-belge dessinée par un grand auteur américain comme Leonard Starr.
Note : 2.5/5
Avec Strangelands, j'ai fini de découvrir les trois séries se déroulant dans l'univers "Ignition" mis en place par la branche US des Humanoïdes Associés. Et pour le moment, c'est celle des trois qui m'a le moins enthousiasmé.
Le concept de l’univers « Ignition » est de raconter l'histoire d'êtres humains soudainement dotés de super-pouvoirs variés après avoir été confrontés à une situation de stress intense. Toute la Terre est visiblement impactée par le phénomène à peu près au même moment, pour une raison encore mystérieuse.
Strangelands focalise son attention sur deux personnages seulement, Adam et Elakshi, qui ont été touchés en même temps par le phénomène et ne peuvent plus depuis s'éloigner d'une trop grande distance sans déclencher un vrai cataclysme autour d'eux. Du coup, ils sont obligés de vivre en permanence ensemble et de voyager à travers le monde à la recherche du moyen de leur faire perdre leurs capacités surnaturelles. Ils sont aidés en cela par une invisible inconnue qui les soutient financièrement, les équipe et les dirige vers chacune de leurs nouvelles étapes dans le monde. En même temps, un tueur est à leurs trousses sans qu'ils sachent bien pourquoi.
Le tome 1 de cette série démarre très brusquement, comme en plein cœur d'une action entamée depuis un moment et d'un contexte qui manque au lecteur. La méthode est un peu agaçante : cela donne l'impression de débarquer en plein milieu d'un épisode d'une série télévisée dont on a raté le début et les épisodes précédents. L'intrigue de l'album finit par révéler en gros ce qu'il fallait comprendre mais cela ne vient que plus tard et encore de manière très incomplète. Le flou est notamment total sur cette fameuse aide que reçoivent les héros.
Le scénario de ce premier tome se borne à amener nos deux protagonistes dans un endroit où on leur a dit qu'ils pourraient peut-être trouver une solution à leurs problèmes. Mais l'endroit se révèle bien pire que leurs soucis et surtout plus dangereux. D'où quelques péripéties d'action et puis une histoire qui se conclut sans avoir vraiment décollé. Le graphisme n'est pas non plus enthousiasmant. Et les personnalités des deux héros eux-mêmes ne sont guère charismatiques.
Bref, pour le moment, bof, même si le déroulé du récit reste suffisamment accrocheur pour ne pas s'ennuyer et laisser espérer une suite plus réjouissante...
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Les Fléaux d'Enharma
Voilà bientôt 11 ans que j'avais parcouru et apprécié le premier tome de « Les Fléaux d’Enharma ». Nouveau bébé des auteurs de Acriboréa, cette série en devenir était pleine de promesses. Malheureusement, après le second tome, elle a rejoint la triste liste des œuvres abandonnées. Le style visuel s'inscrit dans la fantasy traditionnelle. Les dessins sont fouillés et fourmillent de détails. Les textures, bien qu'informatiques, sont intéressantes et variées. On peut presque toucher la crasse et la sueur des soldats combattant au champ d’honneur. Mon regret portera uniquement sur les visages des personnages, qui malgré une grande expressivité, me semblent un peut trop caricaturaux. Les personnages principaux sont plutôt réussis et bien introduits. Après deux tomes, force est toutefois de constater que l'on ne sait finalement pas grand chose sur eux, à part qu'ils semblent tous être des margoulins au grand cœur et à l'honneur pas si absent que ça. Le magicien médiocrement bon, la grosse brute, le cerveau de la bande et la jolie fille qui absorbe les pouvoirs sont sympathiques mais je ne suis pas parvenu à m'attacher à eux. En quête de fortune, nos quatre héros se font passer pour les plus grands mercenaires du continent : les fléaux d’Enharma. Cela leur permet notamment de se faire engager par Grimillion, sortileste du royaume d’Anspech luttant pour détruire une liche au sommeil millénaire. Cette série ne révolutionne donc pas le genre et s'approche même du style de Soleil Productions. Malheureusement, elle s'interrompt au moment où l'histoire commence à décoller. Nous ne saurons donc jamais ce que les vrais fléaux d'Enharma réservent à nos imposteurs, ni de quelle manière la liche sera vaincue, ou à quel prix. Dans ces conditions, difficile de ne pas être déçu et de noter plus généreusement. Note réelle : 2.25/5
Terminus Crusoé
Cette histoire est présentée comme une grande aventure étrange dans le numéro 101 de Circus qui venait de changer de formule et de format en 1986. Oui ben moi je veux bien, étrange certes, ce récit en a l'étoffe, par contre une grande aventure, faudra repasser parce que moi je n'y ai rien trouvé de vraiment extraordinaire. Je m'attendais à quelque chose d'un peu mystérieux par les décors proposés, en vain, je la vois plutôt comme une fable des temps modernes à la limite du réel. Pourtant, ça démarre pas trop mal avec ce jeune gars qui part en expédition dans les souterrains de Paris, on peut s'attendre à des rencontres fortuites intéressantes ou à de petits événements insolites, mais très vite, ça tourne en rond, les dialogues envahissants qui reproduisent les descriptions dictées au magnétophone, les lieux délabrés, le sentiment de solitude et de désenchantement... tout ça plane au-dessus de cette histoire où le héros passe son temps pratiquement seul tout au long du récit à décrire ce qu'il fait et ce qu'il voit, ceci n'est guère passionnant, et au bout d'un moment, l'ennui s'installe. C'est un récit à tendance onirique et au ton poétique, une certaine poésie de l'urbain, mais je n'y ai pas du tout été sensible, je n'ai rien trouvé qui puisse m'intéresser dans cette errance un peu vaine. Dommage pour le dessin de Wininger que j'ai trouvé plus maitrisé que sur sa série Victor Billetdoux (Les Aventures de), ici il hésite entre les styles conjugués de Tardi, Cosey et Ab'Aigre, et aurait mérité une histoire un peu plus passionnante pour le mettre en valeur.
Rumeurs sur le Rouergue
J'ai lu la réédition de 1976 par Futuropolis dans la collection Hic et Nunc de cette Bd qui se place comme un véritable ovni, une curiosité dont l'audace serait sans doute regardée de travers de nos jours. C'était le début des années 70 et la bande affiche clairement son côté post-soixantehuitard, Tardi s'essayait au dessin et Christin signait encore Linus, tous deux faisaient irruption dans Pilote en 1972 où soufflait toujours le vent de Mai 68 ; sur la couverture, ils avaient eu le culot d'inscrire CRS = SS. Je crois que l'essai a été maladroit dans cet album qui constituait le premier volume de la série Légendes d'aujourd'hui, Tardi se lancera ensuite seul dans ses propres récits, et Christin continuera cette série avec Bilal pour des récits beaucoup plus travaillés. Pourtant il y avait une bonne idée de départ : sur fond de réalité française provinciale et contemporaine, Christin a voulu raconter une histoire où perçait l'insolite en maquillant le fantastique et le vieux merveilleux et en s'enfonçant dans le Rouergue, une région très rurale, sous des dehors de revendication politique. Christin montre des manoeuvres industrielles et les agissements de CRS mandatés par la préfecture pour rétablir l'ordre à propos d'une grève et d'une mine qui défigurerait la région selon ses habitants, en somme c'est une lutte des classes où soudain surgit l'étrange et le féerique, tout un monde que l'on croyait enfoui dans les limbes du Moyen Age, un petit peuple des bois avec gnomes, lutins, diablotins et fées. Honnêtement, même si ça peut sembler étrange et ridicule, ce conte politico-poétique, naïvement provocant et gentiment écolo, représente la fibre gauchiste de Christin, le message délivré est trop daté, c'est du militantisme qui signifiait en 1972 un engagement politique fait d'utopie généreuse, mais je crois que le jeune lecteur d'aujourd'hui aura du mal à comprendre cette lutte du capitalisme contre la paysannerie dans le contexte qui est présenté. Quant à Tardi, il faisait ses premiers pas, son dessin est déjà prometteur, maitrisé et où perce son style futur, il est plus incisif et moins caricatural que sur Adèle Blanc-Sec, et il a déjà une certaine fascination pour le grotesque et le monstrueux. Tout ceci a dû inquiéter quelque peu Dargaud qui à l'époque n'avait pas pris le risque d'éditer ce récit en album, ça peut donc se lire par curiosité pour voir les débuts d'un grand dessinateur, mais le propos peut laisser pensif. D'autre part, je verrais plus cette Bd en fantastique ou mieux, en inclassable plutôt qu'en fantasy.
Seule pour toujours
Le blog de Liz Prince semble avoir beaucoup de succès, mais je me demande si ce genre de contenu sentimental léger et futile est adapté à un album BD… pourtant « Seule pour toujours » est déjà son quatrième album, il faut croire que ça se vend ! Liz parle donc de ses soucis relationnels, de ses mésaventures avec les mecs, des rendez-vous galants catastrophiques, du fait qu’elle veut être seule et indépendante, mais que du coup elle se sent seule. Bref, je ne suis peut-être pas le public cible, mais je dois avouer que j’ai trouvé ça quand même très léger. Un dessin de temps en temps sur un blog, passe encore, mais 100 pages d’affilé, c’est vraiment indigeste. Bon, jetez un coup d’œil sur la galerie, voyez donc si c’est votre came. Je mets quand même 2/5 parce que 2 ou 3 histoires m’ont fait sourire, mais sur 100 pages c’est bien peu.
Les Petits Génies - Le Petit Mozart
Mouais c'est clairement pas l'album jeunesse du siècle. J'ai aperçu celui-ci à Angoulême et l'on m'en avait dit le plus grand bien. L'ensemble est bien troussé comme on l'aurait dit à l'époque mais rien d'exceptionnel qui fasse se tordre de rire. J'ai vraiment du mal avec ces BD dites humoristiques, depuis "Gaston" à vrai dire je ne me suis que rarement marré avec une BD. Le dessin est très sympathique avec de jolies couleurs mais cela ne fait pas tout. Encore une fois un album pas assez percutant pour sortir de l'ordinaire; c'est le problème de ces bandes qui fonctionnent en strips, difficiles pour l'auteur de garder le rythme tout au long des pages.
La Ballade de Rhonda
Voilà une première BD pour deux auteurs dont on sent qu'ils ont intégré les codes du western mais n'ont pas tout à fait su de quelle manière les agencer. Le scénario n'est en soi pas mauvais mais il accumule toutefois les poncifs. Cela ne serait rien si des raccourcis des évidences venaient alourdir ou rendre le récit assez peu original. Le scénario se permet même d'inclure des histoires de vieilles légendes et puis au final on devine assez vite la nature de la belle Rhonda. Et il y a le dessin, je m'étonne tout de même qu'un éditeur ait laissé passer cela. On sent bien qu'il s'agit d'une première œuvre. Tant bien que mal le dessinateur Pierre roux possède un trait très hachuré et tente e reproduire des visages connus. Ainsi nous avons droit pour le héros à une sorte de Clint Eastwood période western-spaghetti mais avec un visage plus que mouvant mais le pompon revient au grand méchant qui a la tête d'un Keith Richards, période "Urban jungle". Bon cela pourrait être amusant mais le dessin est trop bâclé pour ne pas nous arracher un sourire de commisération. Au final cette ballade de Rhonda ne laissera pas un souvenir impérissable, mieux vaut passer votre chemin
Hubert
J'ai trouvé cet album très beau visuellement mais très vain et ennuyeux en terme d'histoire. Le graphisme est charmant. Il est dans un style désuet, très propre, très maîtrisé, qui me rappelle de grands dessinateurs anciens comme Winsor McCay (Little Nemo in Slumberland). C'est vraiment classe même si ce style est également assez rigide. Rigide, l'histoire l'est également. Elle est très contemplative, majoritairement muette, et met en scène un héros mollasson et taiseux, au visage déprimé, qui traîne sa carcasse de musées en musées, comme un éternel insatisfait qui cherche sa voie. Hormis un dialogue à sens unique dans une voiture, puis un autre dialogue malaisant avec sa voisine, il ne se passe quasiment rien de concret de tout l'album. Et cela se termine sans que rien n'ait commencé, avec juste un mince sourire du héros pour montrer qu'il a peut-être enfin trouvé ce qu'il cherchait, mais ça m'a laissé bien indifférent. Dommage de mettre un si beau dessin au service d'une histoire aussi vide.
Pop corn
Publiés dans un supplément du « Monde » entre septembre 2017 et mai 2018, ces strips mettent en scène l’auteur, qui visionne des films (au ciné le plus souvent, mais parfois sur Netflix), et nous livre ses commentaires, nous fait découvrir son comportement et son ressenti en salles à propos de ces films. Comme une chronique ciné mais décalée, voire trashouille. Une sorte de mixe entre Marion Montaigne et Vuillemin (qui penche vers le second, quand même). C’est du Salch « classique », c’est-à-dire provocateur, un brin scato, dans une veine crado déjà exploitée ailleurs – par Vuillemin entre autres (et en mieux je trouve !). On y voit ainsi régulièrement des personnages, avec plein de flèches autour pour préciser tel ou tel détail de leur habits, émotions, etc, le tout caricature et excessif. Bon, ça se laisse lire, mais je n’ai pas accroché à ces strips qui se révèlent souvent creux. D’autant plus que le côté provocateur du style s’émousse rapidement, et cache difficilement du coup le manque d’intérêt intrinsèque de l’ensemble. Alors, certes, quelques passages sont amusants, mais je suis quand même ressorti déçu de ma lecture, pas aussi drôle qu’espéré. Note réelle 2,5/5.
Cannonball Carmody
J'ai ramené cet album d'Angoulême que j'ai eu pour 5 euros, et heureusement parce que ce n'est pas de la grande BD. Ce qui m'a motivé, c'est que c'est totalement inconnu et c'est donc une rareté, je sais que la bande a été prépubliée dans le journal Tintin (édition belge et édition française) en 1979, à peu près au moment où je ne lisais plus ce journal, d'où le fait que je ne la connaissais pas. Je pense que c'est peut-être une trouvaille de Greg qui à cette époque était le représentant des éditions Dargaud à New York, il avait rencontré Leonard Starr et Stan Drake et les avait décidé à travailler pour la France, avec une grande liberté et dégagés des contraintes des syndicates qui pèsent sur la bande dessinée aux States, le résultat en fut Kelly Green qui fut diffusée dans Pilote en 1980. Ce "Cannonball Carmody" est donc un boulot pour les éditions du Lombard cette fois, j'ignore s'il était prévu d'en faire une série, en tout cas c'est resté à l'état d'un one-shot où Starr a eu la même liberté de faire un vrai récit long, pas du comic strip comme il le faisait habituellement, sauf qu'ici, il n'y a pas de fesse. Il s'agit d'une histoire à la James Bond au ton très aventureux, avec une mission basique qui récupère une tonne de clichés et tout un tas d'éléments mille fois vus dans ce genre de récits, l'action n'est pas foisonnante, c'est plutôt statique, assez bavard, et les dialogues sont souvent naïfs, voire niais par endroits. L'intrigue se base sur la rivalité CIA-KGB, et les ressorts dramatiques sont très peu excitants, bref je n'ai pas trouvé cet album vraiment génial, c'est trop commun et banal. C'est dommage que Starr ne se soit pas forcé un peu plus, la psychologie de ses 2 héros n'est pas déplaisante, mais le scénario est vraiment trop rebattu, c'est doublement dommage parce que le héros principal Carmody avait tout pour plaire, et le potentiel était assez vaste. Je trouve que ça ressemble vaguement à du Bob Morane lorsque cette Bd était dessinée par Forton. Leonard Starr, on le sait, est surtout connu pour être l'auteur de "On Stage", sorte de soap opera évoluant dans les milieux du spectacle, qui fut diffusé dans de nombreux quotidiens américains jusqu'en 1979 et en France sous le nom de "Mary Perkins", mais sa diffusion chez nous fut assez confidentielle. C'est un dessin réaliste très américain, typique de ce qu'on voyait dans les comic strips des années 50 et 60, ici, on reconnait son trait, mais je le trouve un tout petit peu moins appliqué, il n'y a pas la finesse des contours qu'on rencontre sur "Mary Perkins", peut-être est-ce la couleur qui affadit le dessin, j'en sais rien. Toujours est-il que même si c'est pas une Bd inoubliable, c'est intéressant d'avoir sur BDT une Bd franco-belge dessinée par un grand auteur américain comme Leonard Starr.
Strangelands
Note : 2.5/5 Avec Strangelands, j'ai fini de découvrir les trois séries se déroulant dans l'univers "Ignition" mis en place par la branche US des Humanoïdes Associés. Et pour le moment, c'est celle des trois qui m'a le moins enthousiasmé. Le concept de l’univers « Ignition » est de raconter l'histoire d'êtres humains soudainement dotés de super-pouvoirs variés après avoir été confrontés à une situation de stress intense. Toute la Terre est visiblement impactée par le phénomène à peu près au même moment, pour une raison encore mystérieuse. Strangelands focalise son attention sur deux personnages seulement, Adam et Elakshi, qui ont été touchés en même temps par le phénomène et ne peuvent plus depuis s'éloigner d'une trop grande distance sans déclencher un vrai cataclysme autour d'eux. Du coup, ils sont obligés de vivre en permanence ensemble et de voyager à travers le monde à la recherche du moyen de leur faire perdre leurs capacités surnaturelles. Ils sont aidés en cela par une invisible inconnue qui les soutient financièrement, les équipe et les dirige vers chacune de leurs nouvelles étapes dans le monde. En même temps, un tueur est à leurs trousses sans qu'ils sachent bien pourquoi. Le tome 1 de cette série démarre très brusquement, comme en plein cœur d'une action entamée depuis un moment et d'un contexte qui manque au lecteur. La méthode est un peu agaçante : cela donne l'impression de débarquer en plein milieu d'un épisode d'une série télévisée dont on a raté le début et les épisodes précédents. L'intrigue de l'album finit par révéler en gros ce qu'il fallait comprendre mais cela ne vient que plus tard et encore de manière très incomplète. Le flou est notamment total sur cette fameuse aide que reçoivent les héros. Le scénario de ce premier tome se borne à amener nos deux protagonistes dans un endroit où on leur a dit qu'ils pourraient peut-être trouver une solution à leurs problèmes. Mais l'endroit se révèle bien pire que leurs soucis et surtout plus dangereux. D'où quelques péripéties d'action et puis une histoire qui se conclut sans avoir vraiment décollé. Le graphisme n'est pas non plus enthousiasmant. Et les personnalités des deux héros eux-mêmes ne sont guère charismatiques. Bref, pour le moment, bof, même si le déroulé du récit reste suffisamment accrocheur pour ne pas s'ennuyer et laisser espérer une suite plus réjouissante...