Une très étrange histoire ou au même titre que le personnage principal, Ter, nous plongeons avec lui pour ce qui est un petit bijou de mise en abyme. Kafka et Ubu sont convoqués pour emmener notre "héros" qui s'englue peu à peu dans un monde où les portes mènent vers un inconscient ubuesque.
S'il faut trouver une explication à cette histoire (eh oui pauvre lecteur tu voudrais bien comprendre, avoir des réponses, mais que nenni), alors qu'au détour d'une case il semble qu'enfin les choses aillent s'éclaircir l'auteur brouille à nouveau les pistes nous laissant sur le bord de la route. Pour ma part j'ai assez vite pensé que Ter avec son bandage sur le crâne avait été trépané suite à une blessure reçut pendant cette guerre évoquée par flashbacks, ce qui peut provoquer quelques séquelles. En fait tous les habitants de cet immeuble, ont un gros pète au casque.
Parabole sur la vacuité de l'existence ou de nos sociétés, quoi qu'il en soit il faut saluer ici le travail de l'auteur Koren Shadmi que je découvre à cette occasion. Scénariste, dessinateur, mais aussi coloriste qui avec des tons pastel assez ternes qui renforcent l'ambiance claustrophobique.
A mon sens un BD essentielle, je l'ai lu dans l'intégrale et c'est un prêt, mais je pense qu'elle est indispensable dans toute bonne bibliothèque qui se respecte aussi je vais en faire l'achat. N'hésitez pas à faire de même.
Pour un premier album, c'est une réussite.
Ion Mud est une excellente bd de science fiction post apocalyptique.
N'ayant pas lu Blame !, je ne ferai aucune comparaison.
Côté scénario, notre héros Lupo erre sur un vaisseau aux dimensions gigantesques à la recherche d'une porte de sortie, une toranas : le projet Janus, je n'ai pu m'empêcher de sourire en pensant au film Rien à déclarer.
Un périple qui le fera rencontrer des créatures extraordinaires dans un dédale futuriste. Toutes les questions que l'on se pose au fil de ses aventures auront leurs réponses dans un magnifique final.
Je me suis laissé porter par ce récit, lecture d'une traite.
Côté dessin, une prouesse que de rendre réaliste cette architecture futuriste avec une telle précision. Le trait d'Amaury Bündgen est fin et d'une incroyable clarté. Juste un bémol sur les visages sur certaines planches, pas assez travaillés.
Le point fort de cet album.
Un artiste à suivre.
C'est un roman graphique qui raconte l'expérience d'une maladie. Une maladie qui vous coupe de la communauté générale et vous fait entrer un temps, pour partie à l'intérieur de vous même et pour partie dans un protocole hospitalier inconnu et répétitif. Ici il s'agit d'un AVC (accident vasculaire cérébral) d'une jeune finlandaise dessinatrice de BD. Le point de vue est résolument celui du malade.
Je le mettrais entre "quand vous pensiez que j'étais mort" pour le point de vue interne et Sous l'entonnoir pour l'observation de la vie entre les murs.
J'avoue que je viens de passer quelques jours à l’hôpital pour une opération simple et voir décrire si précisément le ressenti de la personne "en bonne santé" qui se trouve plongée, bien malgré elle, dans l'univers de l'hôpital, m'a touché. La description du coté banal des gestes médicaux qui se répètent chaque jour, mélangé à la prise en charge de l'urgence est parfaitement réussi... On est à la fois surpris et déprimé de constater que le quotidien du malade hospitalisé est exactement le même en Finlande qu'en France (personnel qui parle d'autre chose en te soignant comme si tu étais un objet, ou grands sourires infantilisants, protocoles imperturbables, équipe de jour, équipe de nuit, brancardiers peu loquaces ...) La fatigue, et l'angoisse de ne pas en voir le bout... l'imagination qui cherche à se rendre compte de ce que sera la vie à la sortie de l’hôpital, puis après, combien de temps pour que tout revienne à la normale, va-t-on revenir à la "normale" ?
Je ne sais pas si une personne qui n'a pas du tout vécu la chose de l'intérieur pourra en être aussi touchée. Cela peut justement être un outil pour l'entourage d'un malade, pour l'aider à se rendre compte. En tout cas l'outil graphique utilisé est très réussi (jus des 2 ou 3 lavis différents qui s'assemblent en de belles compositions, parfois un peu de craie plus claire quand on a oublié de réserver un blanc, contours de la grille noirs et réguliers). La première page rend bien cet équilibre froid, où même le rouge ne réchauffe pas .
Memento mori : souviens-toi que tu vas mourir.
Un homme d'affaire sans scrupule, avec un grand sens de l’adaptabilité aux situations. Que dire de plus sinon qu’il est prêt à tout pour s'enrichir et sauver sa famille ! Un héros presque ordinaire qui navigue entre deux eaux et dont on ne sait trop quoi penser. Est-il un héros, est-il un salaud ? Cette question lancinante qui se pose le lecteur est la clef de cette série remarquable qui traduit parfaitement bien ce que fut la société des années 40 et en particulier celle de la France occupée. On a trop souvent des personnages aux engagements tranchés, sûrs d’eux, aux combats justes et incontstables. Ici, on est dans ce qu’on appelle la zone grise, ni d’un côté ni de l’autre ou un peu d’un côté et de l’autre. L’ambiguïté et la complexité du personnage sont vraiment bien rendues. Autour de lui, toute une clique de gens, plus vrais que nature. Le dessin est précis et travaillé. Il restitue avec justesse l’ambiance des années noires, oppressante, soupçonneuse, dangereuse. C’est intelligent, subtil, pas caricatural et cette histoire nous incite à nous poser des questions sur l’époque et sur nous-mêmes. Un petit clin d’œil aux films de Jean Gabin ? Probablement. On y retrouve aussi des personnages historiques qui trouvent, une place naturelle dans le scénario, sans que leur présence alourdisse l’histoire. Fabien Nury ne nous livre pas une fresque historique – c’est toujours le risque avec les récits basés sur des faits et des ambiances réels. Il manie avec subtilité l’histoire et la fiction et franchement, je trouve que c’est une très grande réussite.
L'entaille - pourquoi ce titre d'ailleurs - a vraiment une ambiance particulière. Antoine Maillard a su recréer un univers de banlieue américaine ou de petite ville endormie dans laquelle sévit un mystérieux homme, apparemment jeune, armé d'une batte. Il rôde la nuit et tape des gens. On ne voit jamais son visage masqué dans l'ombre de sa casquette, on ne sait pas qui il est. Il semble doté d'une sensibilité à combattre l'injustice en attaquant des personnes qui se comportent "mal". Quelles sont ses réelles motivations ? Il ne semble pas avoir peur de se faire prendre. En tout cas la police semble absente.
On se délecte de ses 150 pages d'une traite, le dessin en niveaux de gris est superbe. Encore un beau livre soigné comme savent faire les éditions Cornélius. On pense à ces films US du genre slasher - tiens c'est peut-être ça qui donne ce titre, car 'to slash' veut dire entailler - dans lesquels des tueurs en série masqués et sadiques s'en prennent à d'innocentes créatures frémissantes.
Se greffant à cela plusieurs étudiants pour qui c'est la fin d'année scolaire, des ados en transgression, une ambiance moite. Bravo pour ce premier album.
Ma foi que voila une série bougrement sympathique sans aucun temps mort. A la suite d'un quelconque évènement dont on ne saura rien la ville de Paris se retrouve sans voiture, sans armes à feu avec des habitants qui tentent de survivre tant bien que mal. Tous sont armés avec des armes blanches car il faut savoir sauver sa peau. Des gangs ont mis la ville en coupe réglée, les pouvoirs publics ayant abdiqué ou du moins font partie des profiteurs de ce nouveau système.
Dans ce grand foutoir une sorte de Ma Dalton tient les comptes sur un petit carnet bleu qui a la suite d'une fiesta qui tourne mal disparait. Dès lors tout ce que la ville compte de truands cherche à retrouver le fameux carnet. Disons le d’emblée les différents protagonistes n'y vont pas par quatre chemins. A coup d'épées ou tout autre objet tranchant, ça larde à tour de bras.
Une galerie de personnages tous plus jouissifs les uns que les autres, c'est un régal et jamais l'intérêt ne baisse pour suivre le récit. Si a cela s'ajoute un dessin hyperdynamique joliment colorisé je dis banco et ne peux que conseiller la chose.
Ne dérangez pas Maman quand elle tricote.
Franchement inclassable, comme souvent avec cet auteur argentin au style particulièrement reconnaissable et clivant, mais que j’apprécie beaucoup.
C’est l’aspect graphique qui justifie avant tout mon coup de cœur. Le dessin de Carlos Nine, déformant les corps et les objets dans une esthétique qui doit beaucoup au surréalisme, est plus que chouette ! Dessin et colorisation m’ont fait penser à un mixe de Bacon et Dali. Visuellement, c’est à la fois original, poétique, grotesque : j’en redemande.
D’autant plus que l’éditeur a fait un effort particulier avec cet album. En effet, loin des couvertures souples qui d’ordinaire habillent les albums de la collection L’Echo des Savanes d’Albin Michel, nous avons là une couverture rigide, avec un dos toilé, et un papier bien plus épais que d’habitude, ce qui met bien en valeur le dessin de Nine.
Quant aux petites histoires qui composent cet album, elles sont intéressantes, mais sans doute moins délirantes et poétiques que dans d’autres albums du même auteur. Pas de bulles ou de cases, dialogues et commentaires sont placés en off, tout autour des dessins.
C’est une suite de récits qui partent de postulats assez classiques : des privés racontent leurs aventures, sur un ton blasé, au milieu des starlettes et de personnages de cartoon (plusieurs personnages de Disney – Nine adore déformer cet univers – de Popeye, etc.).
Les amateurs de Carlos Nine se doivent de jeter un coup d’œil sur cet album (franchement pas des plus courants !). Les autres seront peut-être convaincus après un rapide feuilletage.
Note réelle 3,5/5.
Il y a peu je rencontre l'excellent Yann 135, l'homme habituellement pondéré, calme et civilisé me semblait être dans un état de vive excitation. Je m'approche de lui pour les salutations d'usage, mais que nenni le bougre faisant fi de celles-ci, part dans une logorrhée que je ne puis faire cesser. Et oui il vient de finir la lecture d'une BD "Goodnight Paradise" et ses propos sont tout simplement dithyrambiques. Afin de couper court au propos de ce fidèle chroniqueur de notre site bien-aimé je lui assure que je vais me procurer l'ouvrage qui l'a mis dans cet état de presque épectase et posté illico un avis.
Lecture faite et oui je me dois d'aller dans le sens de Yann 135. Que c'est bon!. Les amateurs de polars y verront surement une influence manifeste d'auteurs tels que James Ellroy, Kem Nunn et j'en oublie. Imaginez Venice Beach ses longues plages, son remblai et ses cocotiers, l'image du bonheur (?). Derrière la façade rutilante il existe tout un monde interlope ou tous les trafics drainent les paumés, ceux que la ville ne veut pas voir. Parmi eux Eddie dont le principal souci est de trouver de quoi se payer ses bières quotidiennes. Qu'une junkie soit retrouvée morte dans une poubelle avec son chien et voilà notre homme qui décide entre deux comas éthyliques de résoudre le mystère. Entre junkies, promoteurs véreux, c'est tout un monde qui se dévoile sous nos yeux dans un scénario tiré au cordeau.
Tout cela est haletant et c'est en titubant comme sonné, comme Eddie que nous déambulons dans les rues de Venice Beach. Au scénario il faut saluer le travail de Joshua Dysart, le dessin d'Alberto Ponticelli est excellent accentuant par son trait les visages ravagés de ses protagonistes.
Tel Yann 135 je ne vais pas m'agenouiller devant cette œuvre mais lui donner un franchement bien à mon sens amplement mérité. Faites tourner.
3.5
J'ai été attiré par cette série parce que j'avais vu le nom de Boulet sur la couverture, et j'ai emprunté les deux tomes sans savoir de quoi ça parlait et j'ai même cru au début que j'aillais lire une histoire spatiale inspirée des animes des années 80-90 (c'est ce à quoi le style de dessin m'a fait penser) !
J'ai bien aimé cet univers bien qu'il m'ait fallu un peu de temps pour accrocher, en partie parce que la science-fiction n'est pas un de mes genres de prédilection. J'ai surtout apprécié le tome 2 qui est plus sombre et qui montre la partie noire de ce monde virtuel et comment cela affecte le monde réel. Ce qui arrive à la pauvre héroïne est captivant et j'ai bien aimé comment on traite son problème de manière réaliste. Je n'en dis pas plus pour pas spoiler, mais je pense que ceux qui ont lu ce tome vont comprendre de quoi je veux parler. L'héroïne elle-même est terriblement attachante et j'ai bien envie de voir ce qui va lui arriver par la suite.
J'ai bien aimé le dessin que je trouve bien lisible et dynamique.
La Grande Guerre racontée par Tardi, celle là est très poignante.
Un hommage engagé et sans filtre d'un auteur qui tente de nous faire introduire, même si cela reste inimaginable, dans ce que pouvaient être les tranchées. J'ai voulu compléter ma lecture avec la série LSD : "14-18 La Grande Guerre racontée par les archives" (le deuxième épisode portant précisément sur le quotidien au front du point de vue des soldats).
Et ce que j'ai parcouru en images vient traduire ce que j'ai entendu à la radio. Le quotidien et les situations racontés semblent criants de vérité. "10 millions de soldats morts", voilà le titre sous-jacent de cette BD.
Pour qui connaît Tardi, on ne sera pas étonné de rencontrer le populo franchouillard plutôt que de s'attarder sur les chefs de guerres. Du coup, c'est les tranchées H24. Tardi méprise la guerre, toute guerre, et il le clame haut et fort, ici peut être plus qu'ailleurs.
Les dessins sont admirables, je trouve les personnages moins caricaturés que d'habitude. Son style et ce noir et blanc est tellement unique, tellement adapté à ce qu'il souhaite transmettre. Je ne suis pas certain qu'il ait fallu écrire autant, même si j'ai dévoré les planches du début à la fin.
Un hommage et une prise de position à lire, bien évidemment...
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Abaddon
Une très étrange histoire ou au même titre que le personnage principal, Ter, nous plongeons avec lui pour ce qui est un petit bijou de mise en abyme. Kafka et Ubu sont convoqués pour emmener notre "héros" qui s'englue peu à peu dans un monde où les portes mènent vers un inconscient ubuesque. S'il faut trouver une explication à cette histoire (eh oui pauvre lecteur tu voudrais bien comprendre, avoir des réponses, mais que nenni), alors qu'au détour d'une case il semble qu'enfin les choses aillent s'éclaircir l'auteur brouille à nouveau les pistes nous laissant sur le bord de la route. Pour ma part j'ai assez vite pensé que Ter avec son bandage sur le crâne avait été trépané suite à une blessure reçut pendant cette guerre évoquée par flashbacks, ce qui peut provoquer quelques séquelles. En fait tous les habitants de cet immeuble, ont un gros pète au casque. Parabole sur la vacuité de l'existence ou de nos sociétés, quoi qu'il en soit il faut saluer ici le travail de l'auteur Koren Shadmi que je découvre à cette occasion. Scénariste, dessinateur, mais aussi coloriste qui avec des tons pastel assez ternes qui renforcent l'ambiance claustrophobique. A mon sens un BD essentielle, je l'ai lu dans l'intégrale et c'est un prêt, mais je pense qu'elle est indispensable dans toute bonne bibliothèque qui se respecte aussi je vais en faire l'achat. N'hésitez pas à faire de même.
Ion Mud
Pour un premier album, c'est une réussite. Ion Mud est une excellente bd de science fiction post apocalyptique. N'ayant pas lu Blame !, je ne ferai aucune comparaison. Côté scénario, notre héros Lupo erre sur un vaisseau aux dimensions gigantesques à la recherche d'une porte de sortie, une toranas : le projet Janus, je n'ai pu m'empêcher de sourire en pensant au film Rien à déclarer. Un périple qui le fera rencontrer des créatures extraordinaires dans un dédale futuriste. Toutes les questions que l'on se pose au fil de ses aventures auront leurs réponses dans un magnifique final. Je me suis laissé porter par ce récit, lecture d'une traite. Côté dessin, une prouesse que de rendre réaliste cette architecture futuriste avec une telle précision. Le trait d'Amaury Bündgen est fin et d'une incroyable clarté. Juste un bémol sur les visages sur certaines planches, pas assez travaillés. Le point fort de cet album. Un artiste à suivre.
Memento mori
C'est un roman graphique qui raconte l'expérience d'une maladie. Une maladie qui vous coupe de la communauté générale et vous fait entrer un temps, pour partie à l'intérieur de vous même et pour partie dans un protocole hospitalier inconnu et répétitif. Ici il s'agit d'un AVC (accident vasculaire cérébral) d'une jeune finlandaise dessinatrice de BD. Le point de vue est résolument celui du malade. Je le mettrais entre "quand vous pensiez que j'étais mort" pour le point de vue interne et Sous l'entonnoir pour l'observation de la vie entre les murs. J'avoue que je viens de passer quelques jours à l’hôpital pour une opération simple et voir décrire si précisément le ressenti de la personne "en bonne santé" qui se trouve plongée, bien malgré elle, dans l'univers de l'hôpital, m'a touché. La description du coté banal des gestes médicaux qui se répètent chaque jour, mélangé à la prise en charge de l'urgence est parfaitement réussi... On est à la fois surpris et déprimé de constater que le quotidien du malade hospitalisé est exactement le même en Finlande qu'en France (personnel qui parle d'autre chose en te soignant comme si tu étais un objet, ou grands sourires infantilisants, protocoles imperturbables, équipe de jour, équipe de nuit, brancardiers peu loquaces ...) La fatigue, et l'angoisse de ne pas en voir le bout... l'imagination qui cherche à se rendre compte de ce que sera la vie à la sortie de l’hôpital, puis après, combien de temps pour que tout revienne à la normale, va-t-on revenir à la "normale" ? Je ne sais pas si une personne qui n'a pas du tout vécu la chose de l'intérieur pourra en être aussi touchée. Cela peut justement être un outil pour l'entourage d'un malade, pour l'aider à se rendre compte. En tout cas l'outil graphique utilisé est très réussi (jus des 2 ou 3 lavis différents qui s'assemblent en de belles compositions, parfois un peu de craie plus claire quand on a oublié de réserver un blanc, contours de la grille noirs et réguliers). La première page rend bien cet équilibre froid, où même le rouge ne réchauffe pas . Memento mori : souviens-toi que tu vas mourir.
Il était une fois en France
Un homme d'affaire sans scrupule, avec un grand sens de l’adaptabilité aux situations. Que dire de plus sinon qu’il est prêt à tout pour s'enrichir et sauver sa famille ! Un héros presque ordinaire qui navigue entre deux eaux et dont on ne sait trop quoi penser. Est-il un héros, est-il un salaud ? Cette question lancinante qui se pose le lecteur est la clef de cette série remarquable qui traduit parfaitement bien ce que fut la société des années 40 et en particulier celle de la France occupée. On a trop souvent des personnages aux engagements tranchés, sûrs d’eux, aux combats justes et incontstables. Ici, on est dans ce qu’on appelle la zone grise, ni d’un côté ni de l’autre ou un peu d’un côté et de l’autre. L’ambiguïté et la complexité du personnage sont vraiment bien rendues. Autour de lui, toute une clique de gens, plus vrais que nature. Le dessin est précis et travaillé. Il restitue avec justesse l’ambiance des années noires, oppressante, soupçonneuse, dangereuse. C’est intelligent, subtil, pas caricatural et cette histoire nous incite à nous poser des questions sur l’époque et sur nous-mêmes. Un petit clin d’œil aux films de Jean Gabin ? Probablement. On y retrouve aussi des personnages historiques qui trouvent, une place naturelle dans le scénario, sans que leur présence alourdisse l’histoire. Fabien Nury ne nous livre pas une fresque historique – c’est toujours le risque avec les récits basés sur des faits et des ambiances réels. Il manie avec subtilité l’histoire et la fiction et franchement, je trouve que c’est une très grande réussite.
L'Entaille
L'entaille - pourquoi ce titre d'ailleurs - a vraiment une ambiance particulière. Antoine Maillard a su recréer un univers de banlieue américaine ou de petite ville endormie dans laquelle sévit un mystérieux homme, apparemment jeune, armé d'une batte. Il rôde la nuit et tape des gens. On ne voit jamais son visage masqué dans l'ombre de sa casquette, on ne sait pas qui il est. Il semble doté d'une sensibilité à combattre l'injustice en attaquant des personnes qui se comportent "mal". Quelles sont ses réelles motivations ? Il ne semble pas avoir peur de se faire prendre. En tout cas la police semble absente. On se délecte de ses 150 pages d'une traite, le dessin en niveaux de gris est superbe. Encore un beau livre soigné comme savent faire les éditions Cornélius. On pense à ces films US du genre slasher - tiens c'est peut-être ça qui donne ce titre, car 'to slash' veut dire entailler - dans lesquels des tueurs en série masqués et sadiques s'en prennent à d'innocentes créatures frémissantes. Se greffant à cela plusieurs étudiants pour qui c'est la fin d'année scolaire, des ados en transgression, une ambiance moite. Bravo pour ce premier album.
Psykoparis
Ma foi que voila une série bougrement sympathique sans aucun temps mort. A la suite d'un quelconque évènement dont on ne saura rien la ville de Paris se retrouve sans voiture, sans armes à feu avec des habitants qui tentent de survivre tant bien que mal. Tous sont armés avec des armes blanches car il faut savoir sauver sa peau. Des gangs ont mis la ville en coupe réglée, les pouvoirs publics ayant abdiqué ou du moins font partie des profiteurs de ce nouveau système. Dans ce grand foutoir une sorte de Ma Dalton tient les comptes sur un petit carnet bleu qui a la suite d'une fiesta qui tourne mal disparait. Dès lors tout ce que la ville compte de truands cherche à retrouver le fameux carnet. Disons le d’emblée les différents protagonistes n'y vont pas par quatre chemins. A coup d'épées ou tout autre objet tranchant, ça larde à tour de bras. Une galerie de personnages tous plus jouissifs les uns que les autres, c'est un régal et jamais l'intérêt ne baisse pour suivre le récit. Si a cela s'ajoute un dessin hyperdynamique joliment colorisé je dis banco et ne peux que conseiller la chose. Ne dérangez pas Maman quand elle tricote.
Meurtres et chatiments
Franchement inclassable, comme souvent avec cet auteur argentin au style particulièrement reconnaissable et clivant, mais que j’apprécie beaucoup. C’est l’aspect graphique qui justifie avant tout mon coup de cœur. Le dessin de Carlos Nine, déformant les corps et les objets dans une esthétique qui doit beaucoup au surréalisme, est plus que chouette ! Dessin et colorisation m’ont fait penser à un mixe de Bacon et Dali. Visuellement, c’est à la fois original, poétique, grotesque : j’en redemande. D’autant plus que l’éditeur a fait un effort particulier avec cet album. En effet, loin des couvertures souples qui d’ordinaire habillent les albums de la collection L’Echo des Savanes d’Albin Michel, nous avons là une couverture rigide, avec un dos toilé, et un papier bien plus épais que d’habitude, ce qui met bien en valeur le dessin de Nine. Quant aux petites histoires qui composent cet album, elles sont intéressantes, mais sans doute moins délirantes et poétiques que dans d’autres albums du même auteur. Pas de bulles ou de cases, dialogues et commentaires sont placés en off, tout autour des dessins. C’est une suite de récits qui partent de postulats assez classiques : des privés racontent leurs aventures, sur un ton blasé, au milieu des starlettes et de personnages de cartoon (plusieurs personnages de Disney – Nine adore déformer cet univers – de Popeye, etc.). Les amateurs de Carlos Nine se doivent de jeter un coup d’œil sur cet album (franchement pas des plus courants !). Les autres seront peut-être convaincus après un rapide feuilletage. Note réelle 3,5/5.
Goodnight paradise
Il y a peu je rencontre l'excellent Yann 135, l'homme habituellement pondéré, calme et civilisé me semblait être dans un état de vive excitation. Je m'approche de lui pour les salutations d'usage, mais que nenni le bougre faisant fi de celles-ci, part dans une logorrhée que je ne puis faire cesser. Et oui il vient de finir la lecture d'une BD "Goodnight Paradise" et ses propos sont tout simplement dithyrambiques. Afin de couper court au propos de ce fidèle chroniqueur de notre site bien-aimé je lui assure que je vais me procurer l'ouvrage qui l'a mis dans cet état de presque épectase et posté illico un avis. Lecture faite et oui je me dois d'aller dans le sens de Yann 135. Que c'est bon!. Les amateurs de polars y verront surement une influence manifeste d'auteurs tels que James Ellroy, Kem Nunn et j'en oublie. Imaginez Venice Beach ses longues plages, son remblai et ses cocotiers, l'image du bonheur (?). Derrière la façade rutilante il existe tout un monde interlope ou tous les trafics drainent les paumés, ceux que la ville ne veut pas voir. Parmi eux Eddie dont le principal souci est de trouver de quoi se payer ses bières quotidiennes. Qu'une junkie soit retrouvée morte dans une poubelle avec son chien et voilà notre homme qui décide entre deux comas éthyliques de résoudre le mystère. Entre junkies, promoteurs véreux, c'est tout un monde qui se dévoile sous nos yeux dans un scénario tiré au cordeau. Tout cela est haletant et c'est en titubant comme sonné, comme Eddie que nous déambulons dans les rues de Venice Beach. Au scénario il faut saluer le travail de Joshua Dysart, le dessin d'Alberto Ponticelli est excellent accentuant par son trait les visages ravagés de ses protagonistes. Tel Yann 135 je ne vais pas m'agenouiller devant cette œuvre mais lui donner un franchement bien à mon sens amplement mérité. Faites tourner.
Bolchoi arena
3.5 J'ai été attiré par cette série parce que j'avais vu le nom de Boulet sur la couverture, et j'ai emprunté les deux tomes sans savoir de quoi ça parlait et j'ai même cru au début que j'aillais lire une histoire spatiale inspirée des animes des années 80-90 (c'est ce à quoi le style de dessin m'a fait penser) ! J'ai bien aimé cet univers bien qu'il m'ait fallu un peu de temps pour accrocher, en partie parce que la science-fiction n'est pas un de mes genres de prédilection. J'ai surtout apprécié le tome 2 qui est plus sombre et qui montre la partie noire de ce monde virtuel et comment cela affecte le monde réel. Ce qui arrive à la pauvre héroïne est captivant et j'ai bien aimé comment on traite son problème de manière réaliste. Je n'en dis pas plus pour pas spoiler, mais je pense que ceux qui ont lu ce tome vont comprendre de quoi je veux parler. L'héroïne elle-même est terriblement attachante et j'ai bien envie de voir ce qui va lui arriver par la suite. J'ai bien aimé le dessin que je trouve bien lisible et dynamique.
C'était la guerre des tranchées
La Grande Guerre racontée par Tardi, celle là est très poignante. Un hommage engagé et sans filtre d'un auteur qui tente de nous faire introduire, même si cela reste inimaginable, dans ce que pouvaient être les tranchées. J'ai voulu compléter ma lecture avec la série LSD : "14-18 La Grande Guerre racontée par les archives" (le deuxième épisode portant précisément sur le quotidien au front du point de vue des soldats). Et ce que j'ai parcouru en images vient traduire ce que j'ai entendu à la radio. Le quotidien et les situations racontés semblent criants de vérité. "10 millions de soldats morts", voilà le titre sous-jacent de cette BD. Pour qui connaît Tardi, on ne sera pas étonné de rencontrer le populo franchouillard plutôt que de s'attarder sur les chefs de guerres. Du coup, c'est les tranchées H24. Tardi méprise la guerre, toute guerre, et il le clame haut et fort, ici peut être plus qu'ailleurs. Les dessins sont admirables, je trouve les personnages moins caricaturés que d'habitude. Son style et ce noir et blanc est tellement unique, tellement adapté à ce qu'il souhaite transmettre. Je ne suis pas certain qu'il ait fallu écrire autant, même si j'ai dévoré les planches du début à la fin. Un hommage et une prise de position à lire, bien évidemment...