Le célèbre feuilleton TV Schulmeister, espion de l'empereur a dans les années 70 fait connaitre ce personnage jusqu'à présent énigmatique incarné avec brio par Jacques Fabbri ; le scénariste de cette Bd s'en est souvenu et a été passionné par cette oeuvre télévisiée qui était diffusée le samedi après-midi dans l'émission La Une est à vous, je m'en souviens, j'aimais bien ces épisodes. C'est donc un bel hommage rendu grâce à cette Bd.
J'ai aussi lu un bouquin il y a longtemps sur Schulmeister, de type "Alain Decaux raconte", je n'en ai gardé que de vagues souvenirs, mais j'ai l'impression en lisant cet album que les auteurs sont bien informés et qu'ils ont relaté les faits avec justesse. La mission de désinformation destinée à déstabiliser la troisième coalition a permis à Napoléon une bataille gagnée sans grandes pertes grâce à une ruse adroite du célèbre espion connu sous le nom de Monsieur Charles. Le piège mis en place par Schulmeister est habile, il dispose d'une petite équipe qui a réussi à enfumer les Autrichiens, je ne sais plus si ce détail est vrai mais c'est efficace, et Schulmeister seul dans ses manoeuvres a pris des risques, il a fait imprimer un faux journal annonçant le retrait des troupes napoléoniennes, c'est quand même incroyable quand on y pense que l'ennemi soit ainsi tombé dans cette succession de tromperies, mais tout était bien préparé. Le plus fort, c'est que Schulmeister a joué un rôle d'agent double et a fourni aux Autrichiens des renseignements tout à fait vrais, mais il n'a pas été cru.
La narration est bien expliquée mais ces rouages politico-guerriers et ces arcanes d'état-major sont un peu laborieuses, rendant cette bande un peu statique par moments, malgré quelques scènes de batailles. Cependant, le portrait de Schulmeister est bien dépeint, les faits historiques bien relatés et bien réels, et sur le plan graphique, c'est très chouette, le trait est dynamique, et la mise en page bénéficie de 2 double-pages superbes et grandioses tout en horizontal qui en mettent plein la vue ; j'aime beaucoup ce type de dessin pour une Bd historique, ça la rend plus claire. Il manque juste un peu de souffle épique pour rendre cet album plus intéressant, mais en l'état je m'en contente. Dommage que la Bd soit arrêtée, il n'y a pas eu de tome 2 depuis 2012, ça aurait permis un développement plus large ou de décrire d'autres missions, car heureusement la bataille d'Ulm est jouée, les grandes lignes sont dépeintes dans cet album.
Une des belles surprises de ce début d’année, et loin d’être immonde ! De plus, ce récit fantastique nous permet de découvrir Elizabeth Holleville, une jeune autrice dont c’est le deuxième album et qui nous donne ici toutes les raisons de croire en elle. Elle possède un univers à la fois très personnel mais aussi riche de nombreuses influences, à commencer par Charles Burns, Daniel Clowes ou Ludovic Debeurme pour ce qui est de la BD, mais aussi quelques figures du cinéma fantastique, John Carpenter et Steven Spielberg, avec quelques pincées de Lovecraft pour la référence littéraire.
Le dessin est propre, simple et sans prétention, d’une tournure un brin enfantine qui n’est pas sans charme, tant s’en faut. Le choix de deux tonalités dominantes, mauve et vert désaturés, fonctionne à merveille. Deux couleurs qui en s’assemblant dégagent une aura vénéneuse et inquiétante, renforçant l’ambiance anxiogène de l’histoire. Pour la scène finale de l’attaque des monstres, Holeville n’a pas hésité à foncer les cases, prouvant qu’elle a parfaitement compris le mécanisme de la peur popularisé par Ridley Scott avec « Alien » : moins on en voit, plus grand est l’effroi…
Elizabeth Holeville nous sert un scénario maîtrisé, en instaurant d’abord un climat insolite avec la scène d’introduction, critique discrète des réseaux sociaux où pour avoir un max de vues sur Instagram, des ados « déconnectés » n’hésitent pas à filmer grand-maman grimée en sorcière, pour monter progressivement en puissance jusqu’au final terrifiant reprenant les codes du « survival movie ». En résumé, on commence avec des bizarreries subliminales burnsiennes pour terminer avec thriller haletant digne de « The Thing » ou « Alien ».
Quelques thématiques contemporaines y sont abordées, mais de façon superficielle, sans que l’intellect ne prenne le pas sur l’émotionnel, puisqu’ici on prend avant tout plaisir à se faire peur, comme avec le meilleur cinéma horrifique des années 80 avant l’ère des franchises. Le message écologique avancé par l’éditeur reste trop simpliste et rebattu (une mine d’extraction de tomium( ?), un matériau destiné à alimenter les centrales nucléaires, dirigée par un vrai salaud qui se moque de la pollution aux alentours, laquelle semble la cause des événements inquiétants survenant dans la ville proche) pour en faire le sujet principal du livre. Mais l’autrice nous parle aussi d’identité sexuelle, thématique très en vogue s’il en est mais en simple toile de fond dans l’histoire, et se veut inclusive sans insister lourdement, en mettant en scène des personnages blacks, blancs beurs bien de chez nous.
Le théâtre du récit se situe à Morterre (un village qui n’existe pas), dans les Vosges (une région qui existe). Et le lecteur de ressentir de l’étonnement face à une histoire fantastique empruntant les codes du ciné U.S. tout en se déroulant dans des paysages bien français, à mille lieues du Texas, du Colorado, de la Floride ou encore du Maine, pour ne citer que la région chère à un certain Stephen King. Le point commun, c’est ce mode d’habitat désormais universel du monde occidentalisé où résident les protagonistes : le lotissement, et dans sa version U.S., l’« housing estate », lieu emblématique des films de Spielberg. D’ailleurs, et c’est dire à quel point la culture américaine a colonisé nos esprits, on a du mal à ôter de son esprit le fait que ce n’est pas en Amérique que ça se passe ! Cette transposition de l’Amérique anglo-saxonne à l’Europe recevrait fort probablement l’assentiment des deux auteurs Serge Lehman et Frederik Peeters, qui d’une certaine façon militent à travers leurs œuvres pour un retour en grâce des mythes européens, longtemps délaissés par la pop-culture au profit du modèle ricain.
Avec « Immonde ! », Elisabeth Holleville, dont c’est le second album, creuse avec bonheur la veine fantastique à la française, sachant associer plaisir régressif et intelligence, sans prétention aucune. Adoubée par Timothé Le Boucher qui conclut l’ouvrage avec un petit clin d’œil sur 5 pages, l’autrice s’impose indubitablement comme une autrice à suivre.
Voilà un série qui commence plutôt bien sur un thème que j'affectionne : les dragons.
Loin des séries classiques sur le thème, l'album commence par nous conter la légende de ces dragons qui depuis l'aube des temps se sont adaptés pour se fondre dans le décor de notre monde actuel. Un personnage mystérieux du nom d'Azram va être au centre de ce récit : connu comme voleur de reliques, il cherche à dérober l'amulette de Saladin afin de sauver un jeune garçon nommé Xiao. Bien évidemment tout ne va pas se passer comme prévu et Azram va devoir avoir recours à un stratagème dangereux pour échapper à ceux à qui il a dérobé l'amulette...
"Ouroboros" se révèle une nouvelle série plaisante et soignée dans son graphisme. Les planches de Ceyles nous proposent un travail soigné, au découpage original et efficace, mis en valeur par la très belle colorisation de Lou. On est rapidement embarqué dans cette histoire fantastique au rythme soutenu et où les péripéties s'enchainent bon train. On regrette même le format 46 pages qui nous laisse un goût de trop peu tant on est pris dans le feu de l'action.
J'attends donc la suite avec impatience et curiosité, en espérant que celle-ci garde le rythme et ce soucis de l'esthétique proposé dans ce premier tome.
Toujours difficile de savoir quand monter jusqu'à la note suprême... mais pour moi, inimaginable d'accorder à La Mort de Staline une autre note que ce beau 5/5 ! Même si ce n'est sans doute pas la bande dessinée de Fabien Nury que je relirai avec le plus de plaisir (difficile de faire plus captivant que Silas Corey), je pense que ce dyptique figure parmi ses plus grandes œuvres.
Alors pourquoi ? Qu'est-ce qui fait que je place La Mort de Staline au-dessus des autres Nury ? Je me suis moi-même posé la question avant de rédiger mon avis, et j'ai facilement trouvé : comme le dit Thierry Robin dans les pages bonus de la fin de l'intégrale, il est rare d'avoir un récit où TOUS les protagonistes sont des personnages ayant réellement existé. Cela résume parfaitement tout le génie de La Mort de Staline : Fabien Nury y entretient un rapport avec l'Histoire qui devrait être un cas d'école pour tous les auteurs s'essayant au genre historique, tant il est exemplaire sur tous les plans.
En effet, l'auteur s'amuse clairement avec l'Histoire, il assume absolument certains partis pris qui l'éloignent de la réalité des événements sans jamais (et c'est là le plus important) trahir leur esprit. Réécrire certains faits, pourquoi pas ? A condition que cela serve le propos, et permette de mieux illustrer l'esprit des choses, mais également à condition de signaler au lecteur les changements effectués. Les deux conditions sont ici remplies : la postface de Jean-Jacques Marie permet de remettre clairement les choses à leur place, en montrant bien l'utilité de chacune des modifications historiques apportées, et indéniablement, tous ces changements servent un propos radical, violent et d'un réalisme saisissant.
S'il n'y a - Dieu merci - plus beaucoup de partisans purs et durs de Staline aujourd'hui, il faut admettre que cela n'a pas grand intérêt en soi de taper sur le régime soviétique (comme sur les nazis) car, à part quelques fanatiques ici et là, nous sommes en général tous d'accord sur le sujet. Mais Nury n'écrit pas cette histoire simplement pour taper sur un régime que l'Histoire a définitivement jugé, non, il en profite pour décortiquer avec le génie qu'on lui connaît les rouages d'un régime totalitaire, et montrer l'envers du décor d'un régime dont la force apparente est en réalité la principale faiblesse.
Bâti tout entier sur la personnalité puissante et - disons-le - fascinante de Joseph Staline, le régime soviétique tend à s'auto-détruire dès que cette personnalité écrasante disparaît. Et même s'il durera encore longtemps après la mort de son principal dictateur, le régime entame dès sa mort une (très) lente agonie, dont les acteurs sont déjà presque tous réunis autour du chevet de Staline.
C'est donc à un jeu macabre que nous convient Fabien Nury et Thierry Robin : celui des oiseaux de proie qui se partagent un cadavre encore chaud. On pourra se lasser d'assister encore une fois à toutes ces magouilles personnelles et politiques où chacun essaye de se tailler la part du lion. Pourtant, ici, le scénario prend une résonance d'autant plus particulière qu'on sait que tout, presque tout, est absolument vrai (hormis les modifications signalées en fin d'album). Et c'est absolument terrifiant d'assister aux atrocités des uns, aux lâchetés des autres, de voir tous ces hommes de pouvoir se liquéfier au seul nom de leur chef, et n'agir qu'en fonction du regard des autres. Ce regard des autres qui, dans la Russie communiste, est symbole de vie ou de mort...
La figure qui émerge indéniablement du récit, c'est celle de Lavrenti Beria. Personnage immonde s'il en est, cet illustre salaud est montré dans toute son horreur ici, et on aura parfois du mal à assister à un tel mélange de cynisme et de cruauté réuni en une seule personne. Néanmoins, et c'est là qu'on admire à nouveau tout le talent de Nury, Béria s'octroie le monologue final de la saga, un monologue d'une complexité ahurissante qui montre que, derrière le monstre se cache un homme politique brisé, prêt à tout mais plein de lucidité sur tout ce qui l'entoure. Il ne s'agit absolument pas d'excuser le personnage, mais en quelques pages et un texte bref, Nury nous fait soudain entrer dans l'esprit de cet homme fou et fini. Un coup de maître de la part de l'auteur, qui peut ainsi nous faire mieux cerner l'esprit glaçant de la Russie soviétique, de cette sombre machine qui broie tous les hommes, bourreaux comme victimes.
Si les victimes sont moins présentes dans le récit, Nury et Robin leur réservent tout de même quelques pages, sans doute les plus belles de la saga. J'en veux pour preuve cette terrible séquence où l'on voit les Russes qui veulent venir rendre hommage à Staline se faire bloquer à l'entrée de Moscou par l'armée. En une double page terrible de sens, les auteurs mettent en scène toute la fracture qui détruit la Russie, avec ces pauvres gens qui croient à l'illusion qu'on leur a vendue se heurter soudain à une réalité innommable.
Si le dessin de Thierry Robin ne me séduisait pas dans un premier temps, je dois dire qu'il colle parfaitement à l'atmosphère voulue par Nury et se révèle beaucoup plus fin qu'il n'en a l'air, lorsqu'il s'agit de mettre en scène les rapports humains (si l'on peut dire) entre les différents membres du Conseil des ministres. Chaque détail compte et contribue à donner à La Mort de Staline une tonalité sombre, froide, réaliste, pour mieux faire ressortir la complexité de cette œuvre puissante.
Comédie macabre, farce sinistre, La Mort de Staline ne revêt finalement les apparences de la comédie que dans un premier temps, pour nous immiscer dans les tréfonds d'une des plus terribles tragédies que l'Histoire nous ait données à voir. Il fallait tout le génie de Fabien Nury pour réussir à faire de cette œuvre sombre un manifeste politique et historique fort, mais pas si déprimant que ça, l'espoir résidant toujours quelque part, dans le cœur des gens les plus simples et les plus oubliés du système. Dans le cœur des hommes, des vrais.
Gotlib a probablement plusieurs pères artistiques. Eisner pour le dessin et Goscinny pour le scénario sans oublier Franquin comme frère.
Si on y ajoute son intelligence, sa culture et son vécu, nous avons l'un des maîtres de la BD.
Un grand artiste avec une vision acerbe sur la société qui l'entoure. Son trait est un scalpel fait pour couper à vif.
Des Rhâ-Gnagna, ça dérange!! Avant, pendant et après disent les dames mais aussi leurs compagnons.
"La Folle Nuit","alors Raconte" et " L'Elixir du Docteur Zischöne Mabuse", par exemple, sont là pour déranger et interroger.
Pourquoi je ris, alors que ces scènes mettent le doigt sur une réalité scabreuse voire scandaleuse ?
La pédophilie, le racisme décomplexé( à la tv donc diffusé au plus grand nombre) ou la montée des extrêmes en politique sont des sujets qui vont s'inviter au premier rang des décennies qui vont suivre.
Gotlib en visionnaire nous les propose dès 1980. Sa couverture très Shakespearienne du tome 2 nous invite à penser qu'il y a vraiment quelque chose de pourri dans ce royaume .
3.5
Un très bon one-shot même si la fin m'a moyennement convaincu.
J'ai bien aimé découvrir la vie dans l'Oklahoma durant la grande dépression. C'est un état qui n'est pas très représenté en BD, en tout cas le seul exemple que j'ai en tête est un Lucky Luke de l'époque Morris-Goscinny où déjà on montrait que l'Oklahoma c'est rempli de sable. Je ne connaissais pas du tout le Dust Bowl, un phénomène effrayant. Ce que j'ai surtout aimé est que tout semble authentique et qu'on ne tombe jamais dans le mélo qui veut faire trop pleurer. Le dessin est vraiment superbe.
Bon j'ai dit que la fin est moyenne. C'est surtout que le rapport que le héros va développer par rapport à la photographie me semble un peu trop impulsif et que ses actions dans les dernières pages me semblent surtout contre-productives et il semble bien content pour un type qui au final n'a plus d'avenir. Il faut dire que le gars est très émotif, il se sent mal parce qu'il a photographié l'intérieur d'une maison abandonnée. C'est vrai que c'est très mal de montrer une maison remplie de sable, il faut pas que le reste du pays découvre la situation dans le Middle East. Et cela me fait rigoler que la photographie soit considérée comme un art trompeur, mais les écrits sur papier non (parce que bien sûr personne n'a jamais menti en écrivant un texte). Je peux comprendre que le héros soit mal à l'aise en faisant quelques mises en scène, mais au final il montrait la misère causée par les tempêtes de sable alors il faut qu'on m'explique comment ce qu'il fait à la fin est censé aider les gens.
Cela faisait quelques années que je voulais lire ce comics (pas évident à trouver à un prix raisonnable) et c'est chose faite ce jour.
En 1988 Howard Chaykin provoque un petit séisme aux États-Unis avec son "Black kiss". En effet l'Amérique puritaine monte au créneau contre les sujets qu'il véhicule.
D'abord ce qui saute aux yeux : la couverture. Une sacrée dose d'érotisme.
Dagmar jolie blonde pulpeuse travaille dans le milieu du sexe, vous pourriez tomber sur son répondeur et son fameux message "Salut, chou. C'est Dagmar, j'adorerais te sucer la queue. J'adorerais te parler aussi .......".
Beverly jolie blonde pulpeuse, ancienne gloire du cinéma des années 50.
On dirait des jumelles, une seule chose peut les différencier. Une chose qui mesure 18 cm.
Le récit tourne autour d'une vidéo extrêmement compromettante et Beverly veut par dessus tout la récupérer pour se protéger du scandale.
J'ai dû m'accrocher au début du récit, la ressemblance de nos héroïnes, les personnages nombreux et les situations diverses n'aident pas. Mais je suis tout de même entré rapidement dans l'histoire.
Un polar noir où vient se greffer le monde du sexe, le monde du cinéma, la drogue et le satanisme. Tout fonctionne à merveille jusqu'aux deux derniers chapitres qui partent dans tous les sens. Un côté fantastique qui a répondu à une incompréhension qui me turlupinait.
Violence et érotisme sont omniprésents et vont aller crescendo. Un récit où les dialogues sont souvent crus. Un viol insoutenable.
Dérangeant et captivant.
Chaykin au meilleur de sa forme, un noir et blanc maîtrisé au trait charbonneux.
Il sait rendre désirable les femmes. Un savoir-faire dans la mise en page indéniable.
Quel talent.
Malgré une fin qui m'a un peu déçu, je mets quatre étoiles pour ce que dégage ce comics.
Pour les amateurs du genre.
C'est avec Big Man Plans et Hillbilly que j'avais découvert le talent d'Eric Powell (n'ayant pas eu l'occasion de plonger dans sa série phare The Goon). Plutôt adepte de son coup de patte reconnaissable au premier coup d'oeil, j'étais heureux de retrouver notre auteur dans une sorte de spin off de The Goon.
En effet, nous retrouvons la brochette des personnages qui a fait la renommée de cette série, avec quelques petits nouveaux en prime. C'est en effet avec La Diabla que le bal s'ouvre, personnage féminin mystérieux et redoutable qu'Eric Powell va nous permettre d'appréhender par le biais des multitudes légendes qui courent à son sujet. Quant au Goon, on le découvre avec ses amis Franky et Roscoe le jeune loup-garou, retiré dans un cirque, jusqu'à ce qu'un personnage mystérieux vienne leur forcer la main pour une mission singulière au service de Seigneurs de la Misère... Et c'est donc accompagnés de La Diabla et d'Atomic Rage que nos comparses vont devoir aller affronter un adversaire redoutable...
J'aime toujours autant la façon dont Eric Powell s'empare des légendes et traditions locales pour nous proposer des récits hauts en couleur et aux ambiances sombres et tragiques. Il a un véritable sens du conte et de la noirceur qui donnent à ses albums toute leur singularité. Et cet album ne déroge pas à la règle, jonglant entre les légendes profondes, le fantastique, l'Aventure avec un grand A et le funèbre.
Avec de tels sujets, je devrais être comblé, mais je sors pourtant légèrement frustré de ma lecture. Avec une trame si consistante, je trouve que l'album manque pour le coup de développement et aurait mérité soit un 2e tome ou au moins une pagination plus conséquente. Quand je vois le nombre de pages consacrées à la présentation et à l'introduction de La Diabla et que la seconde partie du récit sur leur mission proprement dite se fait de manière expéditive, je trouve pour le coup la BD un peu déséquilibrée.
Malgré ce point, "Les Seigneurs de la Misère" se révèle un album plaisant où le graphisme d'Eric Powell captive notre imaginaire en jouant sur notre sens de l'épique et du sépulcral.
(3.5/5 arrondi à 4)
Cosey se plie avec cette histoire à l'exercice d'un conte de Noël, même si il a quelques jours d'avance sur le calendrier.
Le scénario est assez classique et le texte est rare mais savoureux. Normal car c'est une histoire d'absence et d'incompréhenson familiale.
Cosey travaille dans sa zone de confort qu'il maîtrise à merveille en nous promenant dans ces magnifiques Rocky Mountains qu'il affectionne tant.
Pour un fan de son dessin, dont je suis, c'est toujours un plaisir de faire ces ballades dans la poudreuse teintée de bleu.
Les amateurs ne seront pas dépaysés car on retrouve des éléments d'autres albums pour les Rockies ( Miranda,Voyage en Italie) ou pour les relations familiales ( Zeke).
Des thèmes qui sont chers à Cosey. Perso, je ne m'en lasse pas .Cosey nous gratifie d'une pointe de sensualité avec Tallulah en lingerie.
Comme c'est un conte contemporain, tout est bien qui finit bien.
Un one shot qui va vous retourner dans tous les sens, c'est complètement "barge".
De nos jours, Lola, pute et droguée, veut sauver la Terre d'une invasion d'extraterrestres. Je ne peux en dire plus.
Un début de lecture qui m'a un peu perdu du fait des flash-back entre le présent et le passé mais tout s'éclaircit rapidement.
On découvre une Lola Cordova qui pour se procurer sa dope se prostitue sur Terre.
Elle fera de même lorsqu'elle aura quitté notre planète mais sa came sera d'une toute autre nature. Surprise.
Arthur Qwak nous distille quelques planches représentant des couvertures d'une bd "Galaxie l'aventure dans l'anticipation" datant de la fin des années 1960 avec sur chaque couverture.... notre catin.
Un récit qui part dans tous les sens mais retombera sur ses pieds.
Quel plaisir d'être trimbalé ainsi sans connaître la destination finale. Et elle surprendra.
Pour accompagner ce délirant scénario, Qwak a réalisé des prouesses.
Un rendu graphique époustouflant, il s'en dégage une énergie folle et que dire de la mise en page plus qu'audacieuse. Quel dynamisme. La sensualité féline de Lola illumine chaque case.
Une colorisation en mode feu d'artifice, éblouissant.
Un diamant ciselé.
Une bd explosif qui ne plaira pas à tout le monde, mais si vous êtes prêt à vivre une expérience où sexe, drogue et action sont rois, alors jetez-vous dessus.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
L'Espion de l'Empereur
Le célèbre feuilleton TV Schulmeister, espion de l'empereur a dans les années 70 fait connaitre ce personnage jusqu'à présent énigmatique incarné avec brio par Jacques Fabbri ; le scénariste de cette Bd s'en est souvenu et a été passionné par cette oeuvre télévisiée qui était diffusée le samedi après-midi dans l'émission La Une est à vous, je m'en souviens, j'aimais bien ces épisodes. C'est donc un bel hommage rendu grâce à cette Bd. J'ai aussi lu un bouquin il y a longtemps sur Schulmeister, de type "Alain Decaux raconte", je n'en ai gardé que de vagues souvenirs, mais j'ai l'impression en lisant cet album que les auteurs sont bien informés et qu'ils ont relaté les faits avec justesse. La mission de désinformation destinée à déstabiliser la troisième coalition a permis à Napoléon une bataille gagnée sans grandes pertes grâce à une ruse adroite du célèbre espion connu sous le nom de Monsieur Charles. Le piège mis en place par Schulmeister est habile, il dispose d'une petite équipe qui a réussi à enfumer les Autrichiens, je ne sais plus si ce détail est vrai mais c'est efficace, et Schulmeister seul dans ses manoeuvres a pris des risques, il a fait imprimer un faux journal annonçant le retrait des troupes napoléoniennes, c'est quand même incroyable quand on y pense que l'ennemi soit ainsi tombé dans cette succession de tromperies, mais tout était bien préparé. Le plus fort, c'est que Schulmeister a joué un rôle d'agent double et a fourni aux Autrichiens des renseignements tout à fait vrais, mais il n'a pas été cru. La narration est bien expliquée mais ces rouages politico-guerriers et ces arcanes d'état-major sont un peu laborieuses, rendant cette bande un peu statique par moments, malgré quelques scènes de batailles. Cependant, le portrait de Schulmeister est bien dépeint, les faits historiques bien relatés et bien réels, et sur le plan graphique, c'est très chouette, le trait est dynamique, et la mise en page bénéficie de 2 double-pages superbes et grandioses tout en horizontal qui en mettent plein la vue ; j'aime beaucoup ce type de dessin pour une Bd historique, ça la rend plus claire. Il manque juste un peu de souffle épique pour rendre cet album plus intéressant, mais en l'état je m'en contente. Dommage que la Bd soit arrêtée, il n'y a pas eu de tome 2 depuis 2012, ça aurait permis un développement plus large ou de décrire d'autres missions, car heureusement la bataille d'Ulm est jouée, les grandes lignes sont dépeintes dans cet album.
Immonde !
Une des belles surprises de ce début d’année, et loin d’être immonde ! De plus, ce récit fantastique nous permet de découvrir Elizabeth Holleville, une jeune autrice dont c’est le deuxième album et qui nous donne ici toutes les raisons de croire en elle. Elle possède un univers à la fois très personnel mais aussi riche de nombreuses influences, à commencer par Charles Burns, Daniel Clowes ou Ludovic Debeurme pour ce qui est de la BD, mais aussi quelques figures du cinéma fantastique, John Carpenter et Steven Spielberg, avec quelques pincées de Lovecraft pour la référence littéraire. Le dessin est propre, simple et sans prétention, d’une tournure un brin enfantine qui n’est pas sans charme, tant s’en faut. Le choix de deux tonalités dominantes, mauve et vert désaturés, fonctionne à merveille. Deux couleurs qui en s’assemblant dégagent une aura vénéneuse et inquiétante, renforçant l’ambiance anxiogène de l’histoire. Pour la scène finale de l’attaque des monstres, Holeville n’a pas hésité à foncer les cases, prouvant qu’elle a parfaitement compris le mécanisme de la peur popularisé par Ridley Scott avec « Alien » : moins on en voit, plus grand est l’effroi… Elizabeth Holeville nous sert un scénario maîtrisé, en instaurant d’abord un climat insolite avec la scène d’introduction, critique discrète des réseaux sociaux où pour avoir un max de vues sur Instagram, des ados « déconnectés » n’hésitent pas à filmer grand-maman grimée en sorcière, pour monter progressivement en puissance jusqu’au final terrifiant reprenant les codes du « survival movie ». En résumé, on commence avec des bizarreries subliminales burnsiennes pour terminer avec thriller haletant digne de « The Thing » ou « Alien ». Quelques thématiques contemporaines y sont abordées, mais de façon superficielle, sans que l’intellect ne prenne le pas sur l’émotionnel, puisqu’ici on prend avant tout plaisir à se faire peur, comme avec le meilleur cinéma horrifique des années 80 avant l’ère des franchises. Le message écologique avancé par l’éditeur reste trop simpliste et rebattu (une mine d’extraction de tomium( ?), un matériau destiné à alimenter les centrales nucléaires, dirigée par un vrai salaud qui se moque de la pollution aux alentours, laquelle semble la cause des événements inquiétants survenant dans la ville proche) pour en faire le sujet principal du livre. Mais l’autrice nous parle aussi d’identité sexuelle, thématique très en vogue s’il en est mais en simple toile de fond dans l’histoire, et se veut inclusive sans insister lourdement, en mettant en scène des personnages blacks, blancs beurs bien de chez nous. Le théâtre du récit se situe à Morterre (un village qui n’existe pas), dans les Vosges (une région qui existe). Et le lecteur de ressentir de l’étonnement face à une histoire fantastique empruntant les codes du ciné U.S. tout en se déroulant dans des paysages bien français, à mille lieues du Texas, du Colorado, de la Floride ou encore du Maine, pour ne citer que la région chère à un certain Stephen King. Le point commun, c’est ce mode d’habitat désormais universel du monde occidentalisé où résident les protagonistes : le lotissement, et dans sa version U.S., l’« housing estate », lieu emblématique des films de Spielberg. D’ailleurs, et c’est dire à quel point la culture américaine a colonisé nos esprits, on a du mal à ôter de son esprit le fait que ce n’est pas en Amérique que ça se passe ! Cette transposition de l’Amérique anglo-saxonne à l’Europe recevrait fort probablement l’assentiment des deux auteurs Serge Lehman et Frederik Peeters, qui d’une certaine façon militent à travers leurs œuvres pour un retour en grâce des mythes européens, longtemps délaissés par la pop-culture au profit du modèle ricain. Avec « Immonde ! », Elisabeth Holleville, dont c’est le second album, creuse avec bonheur la veine fantastique à la française, sachant associer plaisir régressif et intelligence, sans prétention aucune. Adoubée par Timothé Le Boucher qui conclut l’ouvrage avec un petit clin d’œil sur 5 pages, l’autrice s’impose indubitablement comme une autrice à suivre.
Ouroboros
Voilà un série qui commence plutôt bien sur un thème que j'affectionne : les dragons. Loin des séries classiques sur le thème, l'album commence par nous conter la légende de ces dragons qui depuis l'aube des temps se sont adaptés pour se fondre dans le décor de notre monde actuel. Un personnage mystérieux du nom d'Azram va être au centre de ce récit : connu comme voleur de reliques, il cherche à dérober l'amulette de Saladin afin de sauver un jeune garçon nommé Xiao. Bien évidemment tout ne va pas se passer comme prévu et Azram va devoir avoir recours à un stratagème dangereux pour échapper à ceux à qui il a dérobé l'amulette... "Ouroboros" se révèle une nouvelle série plaisante et soignée dans son graphisme. Les planches de Ceyles nous proposent un travail soigné, au découpage original et efficace, mis en valeur par la très belle colorisation de Lou. On est rapidement embarqué dans cette histoire fantastique au rythme soutenu et où les péripéties s'enchainent bon train. On regrette même le format 46 pages qui nous laisse un goût de trop peu tant on est pris dans le feu de l'action. J'attends donc la suite avec impatience et curiosité, en espérant que celle-ci garde le rythme et ce soucis de l'esthétique proposé dans ce premier tome.
La Mort de Staline
Toujours difficile de savoir quand monter jusqu'à la note suprême... mais pour moi, inimaginable d'accorder à La Mort de Staline une autre note que ce beau 5/5 ! Même si ce n'est sans doute pas la bande dessinée de Fabien Nury que je relirai avec le plus de plaisir (difficile de faire plus captivant que Silas Corey), je pense que ce dyptique figure parmi ses plus grandes œuvres. Alors pourquoi ? Qu'est-ce qui fait que je place La Mort de Staline au-dessus des autres Nury ? Je me suis moi-même posé la question avant de rédiger mon avis, et j'ai facilement trouvé : comme le dit Thierry Robin dans les pages bonus de la fin de l'intégrale, il est rare d'avoir un récit où TOUS les protagonistes sont des personnages ayant réellement existé. Cela résume parfaitement tout le génie de La Mort de Staline : Fabien Nury y entretient un rapport avec l'Histoire qui devrait être un cas d'école pour tous les auteurs s'essayant au genre historique, tant il est exemplaire sur tous les plans. En effet, l'auteur s'amuse clairement avec l'Histoire, il assume absolument certains partis pris qui l'éloignent de la réalité des événements sans jamais (et c'est là le plus important) trahir leur esprit. Réécrire certains faits, pourquoi pas ? A condition que cela serve le propos, et permette de mieux illustrer l'esprit des choses, mais également à condition de signaler au lecteur les changements effectués. Les deux conditions sont ici remplies : la postface de Jean-Jacques Marie permet de remettre clairement les choses à leur place, en montrant bien l'utilité de chacune des modifications historiques apportées, et indéniablement, tous ces changements servent un propos radical, violent et d'un réalisme saisissant. S'il n'y a - Dieu merci - plus beaucoup de partisans purs et durs de Staline aujourd'hui, il faut admettre que cela n'a pas grand intérêt en soi de taper sur le régime soviétique (comme sur les nazis) car, à part quelques fanatiques ici et là, nous sommes en général tous d'accord sur le sujet. Mais Nury n'écrit pas cette histoire simplement pour taper sur un régime que l'Histoire a définitivement jugé, non, il en profite pour décortiquer avec le génie qu'on lui connaît les rouages d'un régime totalitaire, et montrer l'envers du décor d'un régime dont la force apparente est en réalité la principale faiblesse. Bâti tout entier sur la personnalité puissante et - disons-le - fascinante de Joseph Staline, le régime soviétique tend à s'auto-détruire dès que cette personnalité écrasante disparaît. Et même s'il durera encore longtemps après la mort de son principal dictateur, le régime entame dès sa mort une (très) lente agonie, dont les acteurs sont déjà presque tous réunis autour du chevet de Staline. C'est donc à un jeu macabre que nous convient Fabien Nury et Thierry Robin : celui des oiseaux de proie qui se partagent un cadavre encore chaud. On pourra se lasser d'assister encore une fois à toutes ces magouilles personnelles et politiques où chacun essaye de se tailler la part du lion. Pourtant, ici, le scénario prend une résonance d'autant plus particulière qu'on sait que tout, presque tout, est absolument vrai (hormis les modifications signalées en fin d'album). Et c'est absolument terrifiant d'assister aux atrocités des uns, aux lâchetés des autres, de voir tous ces hommes de pouvoir se liquéfier au seul nom de leur chef, et n'agir qu'en fonction du regard des autres. Ce regard des autres qui, dans la Russie communiste, est symbole de vie ou de mort... La figure qui émerge indéniablement du récit, c'est celle de Lavrenti Beria. Personnage immonde s'il en est, cet illustre salaud est montré dans toute son horreur ici, et on aura parfois du mal à assister à un tel mélange de cynisme et de cruauté réuni en une seule personne. Néanmoins, et c'est là qu'on admire à nouveau tout le talent de Nury, Béria s'octroie le monologue final de la saga, un monologue d'une complexité ahurissante qui montre que, derrière le monstre se cache un homme politique brisé, prêt à tout mais plein de lucidité sur tout ce qui l'entoure. Il ne s'agit absolument pas d'excuser le personnage, mais en quelques pages et un texte bref, Nury nous fait soudain entrer dans l'esprit de cet homme fou et fini. Un coup de maître de la part de l'auteur, qui peut ainsi nous faire mieux cerner l'esprit glaçant de la Russie soviétique, de cette sombre machine qui broie tous les hommes, bourreaux comme victimes. Si les victimes sont moins présentes dans le récit, Nury et Robin leur réservent tout de même quelques pages, sans doute les plus belles de la saga. J'en veux pour preuve cette terrible séquence où l'on voit les Russes qui veulent venir rendre hommage à Staline se faire bloquer à l'entrée de Moscou par l'armée. En une double page terrible de sens, les auteurs mettent en scène toute la fracture qui détruit la Russie, avec ces pauvres gens qui croient à l'illusion qu'on leur a vendue se heurter soudain à une réalité innommable. Si le dessin de Thierry Robin ne me séduisait pas dans un premier temps, je dois dire qu'il colle parfaitement à l'atmosphère voulue par Nury et se révèle beaucoup plus fin qu'il n'en a l'air, lorsqu'il s'agit de mettre en scène les rapports humains (si l'on peut dire) entre les différents membres du Conseil des ministres. Chaque détail compte et contribue à donner à La Mort de Staline une tonalité sombre, froide, réaliste, pour mieux faire ressortir la complexité de cette œuvre puissante. Comédie macabre, farce sinistre, La Mort de Staline ne revêt finalement les apparences de la comédie que dans un premier temps, pour nous immiscer dans les tréfonds d'une des plus terribles tragédies que l'Histoire nous ait données à voir. Il fallait tout le génie de Fabien Nury pour réussir à faire de cette œuvre sombre un manifeste politique et historique fort, mais pas si déprimant que ça, l'espoir résidant toujours quelque part, dans le cœur des gens les plus simples et les plus oubliés du système. Dans le cœur des hommes, des vrais.
Rhâ-Gnagna
Gotlib a probablement plusieurs pères artistiques. Eisner pour le dessin et Goscinny pour le scénario sans oublier Franquin comme frère. Si on y ajoute son intelligence, sa culture et son vécu, nous avons l'un des maîtres de la BD. Un grand artiste avec une vision acerbe sur la société qui l'entoure. Son trait est un scalpel fait pour couper à vif. Des Rhâ-Gnagna, ça dérange!! Avant, pendant et après disent les dames mais aussi leurs compagnons. "La Folle Nuit","alors Raconte" et " L'Elixir du Docteur Zischöne Mabuse", par exemple, sont là pour déranger et interroger. Pourquoi je ris, alors que ces scènes mettent le doigt sur une réalité scabreuse voire scandaleuse ? La pédophilie, le racisme décomplexé( à la tv donc diffusé au plus grand nombre) ou la montée des extrêmes en politique sont des sujets qui vont s'inviter au premier rang des décennies qui vont suivre. Gotlib en visionnaire nous les propose dès 1980. Sa couverture très Shakespearienne du tome 2 nous invite à penser qu'il y a vraiment quelque chose de pourri dans ce royaume .
Jours de sable
3.5 Un très bon one-shot même si la fin m'a moyennement convaincu. J'ai bien aimé découvrir la vie dans l'Oklahoma durant la grande dépression. C'est un état qui n'est pas très représenté en BD, en tout cas le seul exemple que j'ai en tête est un Lucky Luke de l'époque Morris-Goscinny où déjà on montrait que l'Oklahoma c'est rempli de sable. Je ne connaissais pas du tout le Dust Bowl, un phénomène effrayant. Ce que j'ai surtout aimé est que tout semble authentique et qu'on ne tombe jamais dans le mélo qui veut faire trop pleurer. Le dessin est vraiment superbe. Bon j'ai dit que la fin est moyenne. C'est surtout que le rapport que le héros va développer par rapport à la photographie me semble un peu trop impulsif et que ses actions dans les dernières pages me semblent surtout contre-productives et il semble bien content pour un type qui au final n'a plus d'avenir. Il faut dire que le gars est très émotif, il se sent mal parce qu'il a photographié l'intérieur d'une maison abandonnée. C'est vrai que c'est très mal de montrer une maison remplie de sable, il faut pas que le reste du pays découvre la situation dans le Middle East. Et cela me fait rigoler que la photographie soit considérée comme un art trompeur, mais les écrits sur papier non (parce que bien sûr personne n'a jamais menti en écrivant un texte). Je peux comprendre que le héros soit mal à l'aise en faisant quelques mises en scène, mais au final il montrait la misère causée par les tempêtes de sable alors il faut qu'on m'explique comment ce qu'il fait à la fin est censé aider les gens.
Black kiss
Cela faisait quelques années que je voulais lire ce comics (pas évident à trouver à un prix raisonnable) et c'est chose faite ce jour. En 1988 Howard Chaykin provoque un petit séisme aux États-Unis avec son "Black kiss". En effet l'Amérique puritaine monte au créneau contre les sujets qu'il véhicule. D'abord ce qui saute aux yeux : la couverture. Une sacrée dose d'érotisme. Dagmar jolie blonde pulpeuse travaille dans le milieu du sexe, vous pourriez tomber sur son répondeur et son fameux message "Salut, chou. C'est Dagmar, j'adorerais te sucer la queue. J'adorerais te parler aussi .......". Beverly jolie blonde pulpeuse, ancienne gloire du cinéma des années 50. On dirait des jumelles, une seule chose peut les différencier. Une chose qui mesure 18 cm. Le récit tourne autour d'une vidéo extrêmement compromettante et Beverly veut par dessus tout la récupérer pour se protéger du scandale. J'ai dû m'accrocher au début du récit, la ressemblance de nos héroïnes, les personnages nombreux et les situations diverses n'aident pas. Mais je suis tout de même entré rapidement dans l'histoire. Un polar noir où vient se greffer le monde du sexe, le monde du cinéma, la drogue et le satanisme. Tout fonctionne à merveille jusqu'aux deux derniers chapitres qui partent dans tous les sens. Un côté fantastique qui a répondu à une incompréhension qui me turlupinait. Violence et érotisme sont omniprésents et vont aller crescendo. Un récit où les dialogues sont souvent crus. Un viol insoutenable. Dérangeant et captivant. Chaykin au meilleur de sa forme, un noir et blanc maîtrisé au trait charbonneux. Il sait rendre désirable les femmes. Un savoir-faire dans la mise en page indéniable. Quel talent. Malgré une fin qui m'a un peu déçu, je mets quatre étoiles pour ce que dégage ce comics. Pour les amateurs du genre.
Les Seigneurs de la Misère
C'est avec Big Man Plans et Hillbilly que j'avais découvert le talent d'Eric Powell (n'ayant pas eu l'occasion de plonger dans sa série phare The Goon). Plutôt adepte de son coup de patte reconnaissable au premier coup d'oeil, j'étais heureux de retrouver notre auteur dans une sorte de spin off de The Goon. En effet, nous retrouvons la brochette des personnages qui a fait la renommée de cette série, avec quelques petits nouveaux en prime. C'est en effet avec La Diabla que le bal s'ouvre, personnage féminin mystérieux et redoutable qu'Eric Powell va nous permettre d'appréhender par le biais des multitudes légendes qui courent à son sujet. Quant au Goon, on le découvre avec ses amis Franky et Roscoe le jeune loup-garou, retiré dans un cirque, jusqu'à ce qu'un personnage mystérieux vienne leur forcer la main pour une mission singulière au service de Seigneurs de la Misère... Et c'est donc accompagnés de La Diabla et d'Atomic Rage que nos comparses vont devoir aller affronter un adversaire redoutable... J'aime toujours autant la façon dont Eric Powell s'empare des légendes et traditions locales pour nous proposer des récits hauts en couleur et aux ambiances sombres et tragiques. Il a un véritable sens du conte et de la noirceur qui donnent à ses albums toute leur singularité. Et cet album ne déroge pas à la règle, jonglant entre les légendes profondes, le fantastique, l'Aventure avec un grand A et le funèbre. Avec de tels sujets, je devrais être comblé, mais je sors pourtant légèrement frustré de ma lecture. Avec une trame si consistante, je trouve que l'album manque pour le coup de développement et aurait mérité soit un 2e tome ou au moins une pagination plus conséquente. Quand je vois le nombre de pages consacrées à la présentation et à l'introduction de La Diabla et que la seconde partie du récit sur leur mission proprement dite se fait de manière expéditive, je trouve pour le coup la BD un peu déséquilibrée. Malgré ce point, "Les Seigneurs de la Misère" se révèle un album plaisant où le graphisme d'Eric Powell captive notre imaginaire en jouant sur notre sens de l'épique et du sépulcral. (3.5/5 arrondi à 4)
Joyeux Noël, May !
Cosey se plie avec cette histoire à l'exercice d'un conte de Noël, même si il a quelques jours d'avance sur le calendrier. Le scénario est assez classique et le texte est rare mais savoureux. Normal car c'est une histoire d'absence et d'incompréhenson familiale. Cosey travaille dans sa zone de confort qu'il maîtrise à merveille en nous promenant dans ces magnifiques Rocky Mountains qu'il affectionne tant. Pour un fan de son dessin, dont je suis, c'est toujours un plaisir de faire ces ballades dans la poudreuse teintée de bleu. Les amateurs ne seront pas dépaysés car on retrouve des éléments d'autres albums pour les Rockies ( Miranda,Voyage en Italie) ou pour les relations familiales ( Zeke). Des thèmes qui sont chers à Cosey. Perso, je ne m'en lasse pas .Cosey nous gratifie d'une pointe de sensualité avec Tallulah en lingerie. Comme c'est un conte contemporain, tout est bien qui finit bien.
Apocalypse selon Lola (Lola Cordova)
Un one shot qui va vous retourner dans tous les sens, c'est complètement "barge". De nos jours, Lola, pute et droguée, veut sauver la Terre d'une invasion d'extraterrestres. Je ne peux en dire plus. Un début de lecture qui m'a un peu perdu du fait des flash-back entre le présent et le passé mais tout s'éclaircit rapidement. On découvre une Lola Cordova qui pour se procurer sa dope se prostitue sur Terre. Elle fera de même lorsqu'elle aura quitté notre planète mais sa came sera d'une toute autre nature. Surprise. Arthur Qwak nous distille quelques planches représentant des couvertures d'une bd "Galaxie l'aventure dans l'anticipation" datant de la fin des années 1960 avec sur chaque couverture.... notre catin. Un récit qui part dans tous les sens mais retombera sur ses pieds. Quel plaisir d'être trimbalé ainsi sans connaître la destination finale. Et elle surprendra. Pour accompagner ce délirant scénario, Qwak a réalisé des prouesses. Un rendu graphique époustouflant, il s'en dégage une énergie folle et que dire de la mise en page plus qu'audacieuse. Quel dynamisme. La sensualité féline de Lola illumine chaque case. Une colorisation en mode feu d'artifice, éblouissant. Un diamant ciselé. Une bd explosif qui ne plaira pas à tout le monde, mais si vous êtes prêt à vivre une expérience où sexe, drogue et action sont rois, alors jetez-vous dessus.