Les derniers avis (39459 avis)

Par Yann135
Note: 4/5
Couverture de la série Horacio d'Alba
Horacio d'Alba

Vous voulez sortir hors des sentiers battus ? Avec cette série vous allez être dépaysés rapidement. Nous sommes au XVI siècle, en Italie du Nord mais je ne sais pas trop où exactement. Un truc de dingue… une société nouvelle a vu le jour. On ne lutte plus à coup de canons et d’huile bouillante. Non non, cette nouvelle communauté a décidé de gérer les conflits - non pas sur des champs de batailles – mais par l’intermédiaire de duellistes. Horacio d’Alba est un combattant réputé pour sa bravoure et son héroïsme mais aussi pour avoir tué son épouse lors d’un duel car le duelliste ne peut qu’obéir aux ordres et peu importe l’adversaire du jour. Ça fout les jetons non ? Surtout qu’il va devoir annoncer la triste nouvelle au fiston ! Je vous le dis, avec ce triptyque si vous plongez dedans, vous ne pourrez pas stopper la lecture. Vous voilà prévenu, il vous faut un peu de temps pour « avaler » le récit. L’histoire est prenante. C’est un bon cocktail cette série qui mélange des belles saveurs comme les manœuvres politiques faites dans l’ombre, les secrets familiaux, les combats sanglants, les complots, la Renaissance, les rivalités et bien sur l’amour avec un zest des traditions de la Rome antique. Le graphisme est vraiment bien, tout en puissance. Les batailles sont particulièrement réussies. Tout est maitrisé. C’est dynamique. Voilà donc une uchronie parfaitement crédible que je vous encourage à découvrir. La folie des hommes est sans limite. Une belle découverte cette épopée italienne.

01/04/2022 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Billy Bat
Billy Bat

800è avis sur le site, enfin ! Et pour celui-ci, j'ai jeté mon dévolu sur la dernière série de Naoki Urasawa, auteur célébré pour son Monster et son 20th Century Boys. Cette série-ci s'inscrit complètement dans la lignée des deux précédentes, avec un certain nombres de tomes (une vingtaine), une histoire chorale qui développe chacun des protagonistes dans sa façon de faire et qui donne toujours de la profondeur à ceux-ci, notamment par quelques chapitres bien sentis qui donnent toute la mesure du personnage via ses motivations. La saga se concentre autour d'auteurs de BD, particulièrement Kevin Yamagata, qui reviendra en filigrane tout au long de l'histoire pour diverses raisons, tandis que Billy Bat plane au-dessus du récit comme au-dessus des personnages. A travers le temps et les idées, partant d'un rouleau qui permettrait de dominer le temps et de recommencer à zéro. C'est une idée originale, qui supporte ici une histoire dont les thématiques sont assez évidentes. Il se trouve ici une critique de Disney à peine voilée, une considération sur le monde occidental et le changement climatique qui fait froid dans le dos (surtout dans le dernier volume), quelques commentaires sur les entreprises de plus en plus grandes et omniprésentes dans le monde occidental, des considérations sur la moralité des œuvres et leurs messages, bref tout un tas de petits commentaires qui tournent autour de la question de la moralité de l'être humain. Incarné par Billy Bat, chauve-souris qui peut parler à l'humanité par le biais d'élus qui l'entendent, difficile de ne pas voir là une matérialisation du concept de Rousseau sur la nature humaine, bonne ou mauvaise. Cela dit, la série développe progressivement ce qui peut sembler binaire et simpliste pour en donner une lecture plus nuancée. Comme souvent, chez l'auteur, ce n'est pas une question de destinée morale mais d'actes. On ne nait pas bon ou méchant, on le devient par des concours de circonstances auxquels on choisit de succomber ou non. L'histoire est assez développée et touffu, notamment parce qu'elle fait intervenir plusieurs sautes temporelles en avant et en arrière. Le tome 3 s'ouvrant sur des ninjas qui prennent place dans un récit se déroulant principalement dans les années 1900, c'est déroutant, mais on comprends ensuite que cette suite logique perpétue l'idée de base : sommes-nous bons ou mauvais ? Faisons-nous des bonnes ou des mauvaises choses ? Qui peut le dire ? La BD parle évidemment d'auteurs de BD, difficile de ne pas voir un parallèle avec l'auteur lui-même, qui avait mis son dessin en pause le temps de souffler un peu après avoir enchainé de nombreuses séries avec pas mal de succès. Cependant, je trouve que cette utilisation ne fait ni forcée ni nombriliste. C'est simplement celle qui parlait le plus à l'auteur pour laisser entendre son message. Et celui-ci passe, à l'heure d'un réchauffement climatique galopant et du retour de guerres aux portes de notre monde. C'est un récit qui nous rappelle que demander à Dieu ou au diable de venir faire la loi est stupide : la chauve-souris n'est pas là pour cela. Il suffit de faire, de bien faire, de faire le bien. C'est à la fois un message simple, mais pas simpliste, humaniste sans être mièvre et surtout terriblement juste. Car le pire, c'est que cela nous responsabilise, nous et nous seuls. Bref, j'ai trouvé que la série avait un sacré potentiel et arrivait à me surprendre à chaque fois sur l'utilisation des personnages. Personne n'est ici tout bon ou tout mauvais, chacun agit comme il le fait pour de bonnes raisons et c'est ce qui marche. Croire qu'il y a des méchants et des gentils, c'est juste une illusion plus facile à accepter que la dure réalité : chacun est le gentil de son monde. Plusieurs personnages connaissent un changement dans la narration, mais aucun n'est finalement présenté comme le grand méchant de cette histoire, qui pourrait en compter beaucoup. Bref, c'est un beau message, pour une histoire plaisante à suivre. Bien sur, la série n'est pas exempte de défauts, se concentrant beaucoup sur l'Amérique et le Japon dans cette narration, même si le message se veut plus universel. C'est compréhensible, mais ça nous donne des situations assez téléphonés, notamment avec le grand nombre de personnages immigrés japonais installés en Amérique. Je comprends l'idée mais je l'ai parfois ressenti comme une certaine ficelle scénaristique un peu trop évidente. De plus, avec l'habitude de l'auteur, j'ai décelé plutôt rapidement certains retournements ou certaines conclusions. Notamment la révélation finale, sur Billy Bat, m'a semblé évidente plusieurs tomes auparavant. Cependant, ces détails n'ont pas entachés mon plaisir de lecture. C'est surtout des détails, que je note sans m'arrêter dessus. Au final, sans trop savoir à quoi je m'exposais en commençant la lecture, j'ai été surpris de la tournure des évènements. C'est prenant et dense, mais surtout le récit prend le temps de poser des réflexions que j'ai personnellement appréciés et qui font totalement échos à ce que Naoki Urasawa a déjà développé dans ses autres œuvres plus sombres. C'est intéressant, prenant et le message final résonne bien fort chez moi. Cette série me semble donc être une nouvelle réussite. Je recommande, pour peu que vous ayez envie de vous investir dans les vingts tomes de la série.

01/04/2022 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Bagnard de guerre
Bagnard de guerre

Cet album fait suite à Pinard de guerre mais je ne m'en suis rendu compte que dans les toutes dernières pages ; autant dire qu'il peut donc tout à fait se lire comme un one-shot et qu'il n'est pas nécessaire d'avoir lu le précédent album. J'ai déjà lu plusieurs BD sur le sujet du bagne de Cayenne mais je trouve que celui-ci est le plus complet et le plus adapté à une histoire complète en 72 pages. Il est très instructif sur les conditions de détention dans cet enfer guyanais ainsi que les combines et comportements des bagnards. Et par le biais du héros qui est un costaud débrouillard, on y a droit à un petit sens de l'aventure qui manque dans les récits plus documentaires sur de pauvres victimes de la société qui endurent leur souffrance comme ils peuvent. Le dessin est bon et efficace. L'intrigue est bien rythmée, prenante et on ne s'y ennuie pas. Et il y a une vraie fin, avec un retournement de situation imprévisible qui est bien amenée et qui fonctionne. Bref, c'est une bonne BD à mi-chemin entre de la pure aventure et un documentaire instructif sur Cayenne et son bagne.

01/04/2022 (modifier)
Couverture de la série Ours
Ours

Gros coup de cœur pour ce récit que je trouve à la fois touchant, intelligent et instructif. Déjà l’idée de départ : nous raconter l’histoire d’un chien d’aveugle… lui-même frappé de cécité. Voilà qui est original et, surtout, qui va provoquer pas mal de choses chez le lecteur. Tout d’abord, il est difficile de ne pas s’attacher à cette boule de poils loyale, intelligente et dévouée à son maître. Ensuite, lorsque Ours (c’est son nom) se retrouve aveugle, les spécificités de sa race (canine) ouvrent des champs d’exploration sensorielle (ouïe, odorat) qui permettent au lecteur de mieux appréhender l’univers d’une personne aveugle. C’est intelligent, instructif et si ce livre se destine prioritairement aux enfants, il est tout sauf infantilisant ! Ensuite, le fil du récit, qui va mener Ours dans un périple dangereux avec pour espoir de retrouver la vue. Son amitié avec un véritable ours, la manière dont le dessinateur illustre ce que « voit » Ours, les différentes rencontres, tout incite constamment à poursuivre la lecture tout en surprenant avec intelligence. A nouveau, ce déroulé offre aux auteurs bien des moments durant lesquels ils peuvent nous apprendre certaines choses sur les chiens d’aveugles, les aveugles, les chiens, les ours, les chauves-souris, les ratons-laveurs… tout ça sans jamais que ce ne devienne lourd car l’aventure reste au centre du récit. Enfin, le happy-end final, bien en accord avec un récit jeunesse. Bourré de bons sentiments mais sans mièvrerie inutile… A titre personnel, je peux vous assurer que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce récit mais aussi que j’ai moi-même appris pas mal de choses et pris conscience d’autres alors même que ce livre est parfaitement adapté à son lectorat (8-10 ans, me semble-t-il) ! Franchement, dans le genre « jeunesse », c’est une belle réussite.

01/04/2022 (modifier)
Par cac
Note: 4/5
Couverture de la série L'Échelle de Richter
L'Échelle de Richter

Voici un très gros album de 500 pages mais qui peut se lire d'un coup tant la mise en page est épurée et sans cases. Il faut dire que le dessinateur est un spécialiste du story board comme nous l'apprend la préface du cinéaste et ami Cédric Klapisch et on voit de la vivacité dans son trait noir et blanc. Pour l'histoire on est sur du polar assez classique de prime abord. Le cadavre d'une jeune femme est retrouvé dans une chambre d'hôtel dans ce qui s'apparente à un meurtre. Mais le traitement du scénariste nous montre chacun à tour de rôle le point de vue d'une personne qui gravite autour de ce meurtre. On va avoir le personnel de l'hôtel avec le cuistot qui vit misérablement, des témoins de la chambre voisine venus s'encanailler mais aussi d'autres figures des milieux interlopes parisiens, des drogués, une star du rap qui renoue avec un ancien ami, etc. C'est aussi cinématographique comme façon de traiter ces différentes trames en séquentiel, des personnages dont les vies n'ont a priori rien à voir, mais qui jouent un rôle dans le dénouement final sur les raisons de cette mort.

31/03/2022 (modifier)
Couverture de la série Chanson noire
Chanson noire

Grosse sortie BD pour l’artiste et auteur BD Jeik Dion cette semaine. Grosse parce que les attentes l’étaient aussi après le sublime Aliss qui nous avait offert avec Patrick Senécal. C’est aussi les débuts d’auteur de Jeik Dion qui scénarise une première bande dessinée. Bref, grosse sortie ! J’ai donc terminé tard dans la nuit d’hier ma deuxième lecture. La première, comme à mon habitude, je me laisse bercer par les dessins, par l’univers. Je laisse les images danser dans ma tête. Je laisse mon esprit pénétrer dans l’univers graphique que l’artiste me donne. La seconde, je rentre dans l’histoire. Je lis, j’arrête, je réfléchis, je reviens sur mes pas souvent avant d’avancer de nouveau. Bref, je vois l’ensemble de l’œuvre. Après, je peux en parler ! Dire mon ressenti, ce que j’en pense. Bon, ça reste toujours très personnel tout ça puisque la bande dessinée c’est de l’art. Pour commencer cet article correctement, je vais revenir sur une partie de celle d’Aliss que j’ai rédigée voilà déjà quelque temps : « Car, comme Bone et Chair, j’ai cherché l’âme de Jeik Dion dans cette BD et je n’ai trouvé que son cœur. Tel que Verrue, Jeik est arrivé à maturité. Il est temps pour lui de construire son univers. De nous présenter ses histoires, ses émotions, son âme. De voler de ses propres ailes et faire exploser son talent de créateur. Car c’est évident que ça bouillonne en lui ce désir. Il ne lui reste, maintenant, plus qu’à saisir l’élan qu’Aliss lui donnera, pour prendre la place qu’il mérite dans la BD, celle d’un grand créateur et dessinateur. » Voilà comment je voyais Aliss et comment je la vois toujours. Un cocon duquel la transformation de Jeik se complétait. Alors j’avais hâte de voir si cette transformation était réalisée. Hâte de voir si l’artiste allait nous permettre de rentrer dans son univers. Et je n’ai pas été déçu je dois l’avouer. Jeik Dion nous ouvre les portes de son univers pour une première fois et je lui dis merci. Il nous donne une étendue de ses qualités d’écriture qu'il double avec son talent de dessinateur, qui lui, est déjà reconnu comme exceptionnel. Nous sommes donc devant une BD qui reprend les thèmes aimés par l’auteur. L’horreur bien entendue, mais une subtile horreur ici très Lovecraftienne mais sans en copier le style. L’onirique également, car nous jouons tout au long de notre lecture sur la frontière du réel et l’irréel. Mais il nous montre aussi une partie de lui avec cette histoire qui tourne d’abord sur une relation instable entre un homme et une femme. En ce sens, il joue avec des idées très Stephen King ! Il situe son histoire dans un Québec campagnard de la fin des années 70. Une petite maison isolée de toute part, des voisins un peu bizarres, une ambiance sombre et inquiétante et des indices qui nous expliquent que ce petit village n’est peut-être pas aussi calme qu’il le semble. Les deux personnages principaux, Jeannine et Dan, essaient de se retrouver dans cet univers sans se perdre dans celui-ci qui cache bien des choses et cela à l’échelle cosmique ! Je ne peux en dire plus pour ne pas divulgâcher l’histoire. L’univers graphique que Jeik Dion nous est donne magnifique. Il fait encore honneur à sa réputation. Maintenant, il le fait dans son style à lui. Un style propre qui fait de lui ce qu’il est devenu comme artiste. C’est beau, c’est sale, c’est onirique, c’est bizarre, c’est intense, c’est orgasmique pour les yeux ! C’est un style qui colle très bien à son histoire. Mais là où l’artiste transcende son art cette fois c’est au niveau des couleurs qui magnifient son dessin à un niveau cosmique ! Ici, les couleurs parlent, nous racontent l’histoire. Un vrai travail de maître. L’auteur nous donne donc une première bande dessinée complète. Après Aliss c’est ce que je voulais mais j’ai été surpris de son choix ! J’espérais le voir plonger dans le cyberpunk mais ça, c’est purement personnel ! Alors oui Jeik Dion nous offre une bonne première BD qui démontre bien son talent de scénariste et le place parmi les grands dessinateurs. Talent qui ne fera que s’améliorer avec le temps. J’espérais qu’il nous donne accès à lui, j’ai été servi. Car je crois que cette bande dessinée est beaucoup plus personnelle que nous pouvons le voir à première vue. Et quelle fin! À lire et plusieurs fois d'ailleurs pour vous laisser plonger dans la tête de l'auteur! Chanson noire. Scénario, dessins et couleur par Jeik Dion. Éditions Glénat Québec.

31/03/2022 (modifier)
Couverture de la série Oleg
Oleg

Frederik Peeters est un auteur que j’aime bien – et dans tous les genres qu’il a touchés. Avec cet album il revient à l’autobiographie (même s’il se donne ici le pseudonyme d’Oleg), et c’est avec plaisir que je l’ai retrouvé dans cet exercice après Pilules bleues. Déjà j’aime son dessin. Un trait réaliste simple, mais très bon, qui utilise bien le Noir et Blanc. Sans fioriture, mais efficace et agréable. Avec quelques pointes d’autodérision et d’humour (séances de dédicace, le running gag de la demande d’une suite à l’un de ses succès), quelques passages fantastiques, Peeters réussit encore une fois le pari de nous intéresser avec ses « petits riens » (ou ses grandes questions plus ou moins existentielles). La maladie de sa compagne (et le regard pas toujours complaisant qu’elle porte sur son travail), ses relations avec sa fille, et les affres de la création (en filigrane sont évoqués plusieurs ouvrages conçus au moment de l’écriture d’Oleg, comme Saccage), autant de sujets « sérieux » et personnels qu’il nous rend accessibles, sans nous ennuyer. Une lecture très agréable.

31/03/2022 (modifier)
Par iannick
Note: 4/5
Couverture de la série Presque
Presque

« Presque » est une autobiographie de Manu Larcenet. Il y raconte comment il a intégré l’armée pour y faire son service militaire. Avant de juger ce récit, Il me semble nécessaire de vous faire partager mon point de vue sur la conscription. Le service militaire en France a été supprimé en octobre 1997 sous la présidence de Jacques Chirac. Je ne l’ai pas fait, par contre, j’ai plusieurs potes à l’époque qui l’ont réalisé dont trois : deux l’ont relativement bien vécu n’ayant jamais eu de problèmes avec les militaires et les autres appelés. Le troisième a été envoyé en Allemagne, c’était une forte tête et avait fait une grosse connerie dans sa jeunesse. Ça, l’armée le savait et ce n’était pas par hasard qu’il fut mandaté là-bas, il y a donc vécu une conscription dure et éprouvante… quand Il est revenu, il a littéralement changé son attitude avec tout le monde en étant sympa et très serviable, et nous a dit que l’armée l’avait remis sur le « droit chemin », que ça lui a servi à mieux s’intégrer dans la société et que ça lui a -je cite- « sauvé la vie »… Donc, rien à voir avec ce que Manu Larcenet y a vécu… J’aurais même tendance à dire que vu la situation actuelle où le civisme a tendance à disparaitre, ça ne serait pas trop mal que la conscription revienne… Mais ceci est un autre débat… et j’aurais même tendance à dire que le cas de Manu Larcenet est un cas « relativement » isolé où la justice française et les recruteurs d’agents dans l’armée française ont fait preuve d’incompétences et d’irresponsabilités devant un acte d’une gravité extrême. Ceci dit, je me mets à la place de l’auteur et je comprends tout à fait qu’il en soit affecté à vie, que son point de vue sur le service militaire soit devenu à ce point très négatif et radical. Je comprends aussi que les jeunes lecteurs, ceux qui n’ont jamais connu cette période, soient dubitatifs sur l’utilité du service militaire (Pourquoi perdre une année à faire joujou avec des armes ? Quelle utilité ? « Moi, je n’irai jamais tuer les autres », etc…). Dans cette bande dessinée, le discours de Manu Larcenet sur l’armée y est donc très fort. Son talent pour amener le lecteur vers l’horreur, sa narration et son sens de la mise en scène sont au top ! Son coup de crayon, je dirais plutôt SES coupS de crayon sont sont remarquables chacun dans leur style : le premier est sombre et précis, il représente bien les scènes graves. Le second est minimaliste, il permet en quelque sorte « d’alléger » le récit en y employant l’ironie (notamment les scènes d’incompréhension entre l’auteur et sa mère). Au final, « Presque » est une bande dessinée qui m’a marqué et qui fait réfléchir. Manu Larcenet a un don de narrateur qui est remarquable et il s’en sert avec efficacité pour décrire l’horreur qu’il a vécu pendant son service militaire. « Presque » est donc un ouvrage clairement et logiquement orienté vers l’anti-conscription. Pour ma part, je conseillerais aux jeunes lecteurs de s’intéresser à la question en interrogeant nos anciens et leurs entourages sur leurs vécus avant de s’en faire une idée…

31/03/2022 (modifier)
Par grogro
Note: 4/5
Couverture de la série Padovaland
Padovaland

Acquise sur la foi du synopsis, ainsi que sur mon appétence pour la BD indépendante italienne, Padovaland m'a procuré un réel plaisir de lecture. D'abord un mot du contexte géographique : l'Est de l'Italie, dans la région de Padoue, présentée ici comme une espèce de vaste zone grise de rurbanité, No Man's Land informe où la terre est assujettie aux quartiers résidentiels modernes et sans vie, aux vastes hangars dédiés aux marchandises ou bien à ce fameux parc d'attraction que l'on ne verra d'ailleurs jamais, mais qui est pourtant la première chose sur laquelle on tombe en faisant une recherche Gogole. Le décor est planté, et on assite aux ravages infligés par l'empire de l'hyper vitesse à l'humanité, en l'occurrence une bande de jeunes padouans tous liés d'une façon ou d'une autre. Graphiquement, c'est très expressif. Les personnages sont tous des citoyens lambdas, "anesthésiés par l’ennui et l’alcool Spritz, les réseaux sociaux et les relations amoureuses désastreuses" ainsi que le présente effectivement l'éditeur. Mais loin d'être un "portrait froid" (ainsi que le présente AUSSI l'éditeur), il s'agit bien d'avantage d'un portrait lucide et attachant, sans concession à une quelconque esthétique, qu'elle soit physique ou morale, parce que les protagonistes de cette histoire chorale sont touchants jusque dans leurs bassesses. Aucun d'entre eux n'a véritablement le profil d'un jeune premier, pas plus qu'un physique avantageux. En outre, on est loin des clichés sur les italiens si l'on veut bien faire exception du langage manuel fleuri de l'un des personnages. Miguel Vila, dont il s'agit ici de la première BD publiée, les croque dans des situations souvent délicates, honteuses et peu flatteuses. Les gestes sont d'autant mieux saisis que la mise en case même renforce cette vive impression de mouvement. En effet, le découpage est très dynamique, s'attardant sur des détails tels qu'une chute de vélo ou un baiser, décomposés soudain en une dizaine de cases, rondes ou bien carrées, et de formats variés. Quant à l'histoire, disons plutôt aux histoires, il ne faut pas attendre un scénario linéaire, une fin conclusive ou bien encore un épilogue moraliste. Rien de tout cela, mais plutôt des bouts d'existences écorchées, des boues de vie. Des portraits en somme que la société et le contexte géographique morne se chargent bien d'encadrer et Vila d'encaser. Ca m'a beaucoup plu, que ce soient les procédés narratifs ou bien le dessin. Padovaland a su m'offrir un moment de lecture vivant, mené à un rythme alerte qui pourra évoquer, pour cellezéceux qui l'ont vu, le splendide film de Sean Baker The Florida Project.

31/03/2022 (modifier)
Couverture de la série Lucy Loyd's nightmare
Lucy Loyd's nightmare

En lisant cet album, je n’ai pu m’empêcher de penser à « Creepshow ». Même genre d’ambiance dans laquelle humour très noir et horreur cohabitent, même genre structure avec ces sketches reliés entre eux par un narrateur qui ne se contente pas du simple rôle d’observateur narquois, même état d’esprit … mais j’ai trouvé cet album supérieur à sa référence (et je ne m’en plaindrai pas !) Si, de prime abord, tout nous laisse penser que nous avons entre les mains un comics pondu par d’illustres inconnus, une rapide recherche permet déjà d’en resituer le dessinateur, qui n’est autre que Denys, dont j’avais déjà savouré le savoir-faire sur « La Grande évasion - Fatman » ou encore, et déjà dans le genre horrifique, « Dans la nuit ». Et une fois de plus, son travail est non seulement de qualité mais aussi en parfaite adéquation avec le thème et le ton de ce recueil. Le rendu est très lisible, fait très comics et accentue à l’outrance les expressions (d’épouvante) des personnages, en équilibre constant entre horreur et burlesque. Au scénario, derrière la fameuse Lucy Loyd se cache Herik Hanna déjà auteur lui aussi de quelques albums de qualité (dont Bad Ass). Dans le cas présent, et malgré une petite baisse de régime en milieu d’album -moment où j’ai cru que le concept allait vraiment partir en couille-, je peux dire que j’ai dégusté ce bouquin. Alors, non, ce n’est pas le truc le plus mortel de la terre et, oui, il y a un franc côté farce morbide sans prise de tête mais l’ensemble de l’album tient la route, le lien entre toutes les histoires est cohérent et, surtout, l’état d’esprit général m’a bien amusé. Un chouette album, en somme, pour un pur moment de détente.

30/03/2022 (modifier)