Les derniers avis (39913 avis)

Par jean-bart
Note: 4/5
Couverture de la série Jenny
Jenny

Didgé, G. Van Linthout et Stibane, nous signent une histoire un peu policier sur la protection d'une petite fille avec des papys américains héros de la seconde guerre mondiale durant la bataille des Ardennes, dessiner un Dakota qui s'écrase n'est pas forcément aisé, la bd de 48 pages, édition de 1995, vous entraine dans une histoire digne des hebdomadaires Tintin ou Spirou de l'époque. Bande dessinée édité par G+Editions pour la protection de l'enfance ASBL MARC & CORINNE...

22/07/2024 (modifier)
Par Jeïrhk
Note: 4/5
Couverture de la série Mécanique céleste
Mécanique céleste

J'ai été séduit dès les premières pages ! Ma note porte surtout sur le premier tome, car tout comme Ro, je me serais contenté de ce one-shot. Le second tome, que j'ai également apprécié pour son originalité, m'a tout de même un peu perdu par son rythme effréné. J'ai eu un véritable coup de cœur pour le style de dessin et la magnifique colorisation. J'adore le thème post-apocalyptique, et j'ai donc pris plaisir à scruter chaque planche pour tous les petits détails des décors. La gestuelle des personnages m'a particulièrement séduit, on sent vraiment le mouvement. En fait, le dessin à lui seul m'a suffi pour aimer cette BD. Le scénario m'a également conquis, je suis vite rentré dans l'histoire. J'ai aimé l'originalité de la "Mécanique céleste" (balle au prisonnier) qui monte en puissance à chaque cycle. Puis comment ne pas tomber sous le charme d'Aster, à qui on s'attache rapidement grâce à son caractère, son vécue, son style vestimentaire et ses mimiques. Je rejoins Ro sur l'esprit Shonen, ou plutôt dans l'esprit manga en général (shonen, seinen..), qui ne m'a pas déplu. C'est très appréciable de lire un one-shot de ce style, efficace, qui aurait pu s'éterniser en version manga. Les personnages secondaires sont tous attachants, en particulier la bande de pirates que j'ai aimé retrouver dans ce second tome. L'ensemble manque un peu d'explications et de développement pour certains personnages afin de les rendre encore plus attachants (là où effectivement le manga aurait pu apporter un +) , mais pour une série courte comme celle-ci, on ne peut pas être trop exigeant. C'est avant tout une lecture divertissante et un régal pour les yeux !

22/07/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Freaks of the Heartland
Freaks of the Heartland

Place aux jeunes - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Il regroupe les 6 épisodes initialement parus en 2004, écrits par Steve Niles, dessinés, encrés et mis en couleurs par Greg Ruth qui a également réalisé les couvertures. Il se termine par 6 pages d'études graphiques de Ruth. Quelque part dans une zone rurale des États-Unis, un endroit appelé Gristlewood Valley, au début de vingtième siècle, un enfant sort de la ferme parentale isolée en courant et s'amuse dans les champs. L'adulte qu'il est devenu se souvient et se dit qu'il lui est difficile d'exprimer ce que ces jours pouvaient signifier pour lui à l'époque. Tant de malheurs se sont produits, et tout ça parce qu'ils étaient effrayés, inquiets du passé, terrifiés du futur. Quelle façon de vivre ? le petit garçon s'amuse à tirer sur des ennemis imaginaires avec un faux pistolet. Il regarde le ciel et se rend compte que le soleil est en train de se coucher. Il doit rentrer, mais il a bien profité de ce moment de jeu. Il rentre en passant devant un groupe de pierres tombales, en pensant à l'absence de bruit d'oiseaux, juste le bruit du vent. Ses parents sont déjà attablés, sa mère Marion étant silencieuse, la tête baissée, son père Henry reposant la bouteille sur la table. Trevor Owen va s'assoir en répondant à son père lui reprochant son retard. Il se fait remettre à sa place, et se tait. Sa mère commence une phrase pour le défendre, et son mari se montre menaçant avec sa fourchette. Il se rassoit satisfait du respect craintif qu'il impose. À la fin du repas, il rappelle à Trevor qu'il doit laver son assiette, puis il lui dit qu'il doit aller nourrir son frère. Trevor va prendre la clef accrochée sur le mur de l'entrée, et sort dans le noir, se dirigeant vers la grange. Il passe devant le tas d'ossements dans l'enclos adjacent. Il prend le seau qu'il remplit de nourriture et pénètre dans la grange. Il marque un temps d'arrêt pour allumer la lampe à pétrole. Il arrive enfin devant le corps hypertrophié de son jeune frère, et lui demande comment il va. Will répond que ça va, même s'il a froid et faim. Trevor répond qu'il essaiera de chaparder une couverture supplémentaire quand l'occasion se présentera. Il raconte à son frère qu'il est allé en ville ce jour et qu'il a vu un énorme camion tout neuf, aussi gros qu'un tracteur, d'un rouge vif. Il pense qu'il venait d'un endroit à l'extérieur de la vallée. Will demande si Trevor pense qu'à l'extérieur de la vallée c'est rouge, et ajoute qu'il a encore faim. Son frère lui répond que non, c'est le camion qui était rouge, et il pense que Will mange beaucoup pour un garçonnet de six ans. Il ajoute que parfois il voit des images dans sa tête qu'il ne peut pas expliquer, Will ajoute que c'est comme lui. Trevor indique que non, il n'est pas comme lui, que c'est Will qui n'est pas bien dans sa tête. Ce dernier lui attrape la cheville pour chahuter, Trevor parvient à se dégager, et Will est arrêté net dans son élan pour le rattraper, étant arrivé au bout de la longueur de la chaîne attachée par un collier autour de son cou. La voix du père retentit, sommant Trevor de revenir dans la maison. Il s'exécute, tout en indiquant à son frère qu'il reviendra pendant la nuit pour qu'ils fassent un tour dehors. Au fil des années, Steve Niles est devenu le maître des récits d'horreur au rythme rapide, et à la trame simple. Il a acquis sa notoriété avec la série 30 jours de nuit, créée avec Ben Templesmith. Greg Ruth quant à lui a illustré plusieurs épisodes de la série Conan, écrite par Kurt Busiek. Il a la lourde tâche d'apporter de la consistance au scénario. En effet, l'écriture de Niles repose sur la création d'une situation à la dynamique simple, filée de manière linéaire, laissant beaucoup de place à l'artiste, ou faisant reposer une grande partie de l'histoire sur ses épaules. En l'occurrence, le jeune Trevor, pas encore un adolescent vit dans une ferme isolée, dans une région rurale des États-Unis sous la coupe d'un père abusif, et d'une mère soumise, par la force des choses. Son jeune frère est affligé d'une maladie d'origine inconnue qui a accéléré la croissance de son corps, mais pas celle de son esprit. Il est donc tenu à l'écart dans la grange et enchaîné. L'histoire raconte comment Trevor décide de s'enfuir avec son frère, et ce qu'ils découvrent dans les fermes avoisinantes, avec les efforts déployés par les adultes pour les rattraper et les abattre comme des animaux nuisibles. Et voilà. D'une certaine manière, il n'y a pas de quoi en faire 6 épisodes, sauf à décompresser la narration : il y a donc intérêt à ce que les dessins apportent quelque chose, et ne soient pas juste fonctionnels. L'artiste détoure les formes en s'attachant plus à l'impression globale qu'à la précision du contour, ou au niveau de détail. Pour autant, dès la première page, le lecteur est transporté dans cette Amérique rurale, industrialisée, tout en paraissant surannée, les champs lui donnant une allure immuable. La page donne la sensation d'un environnement très concret, avec des couleurs typiques, c'est-à-dire la couleur des blés, par une journée un peu couverte. La mise en couleurs apporte donc texture, relief et ambiance lumineuse. Au fil des séquences, la mise en peinture apporte la texture et la couleur des blés, la pénombre de la nuit alors que le soleil vient juste de se coucher, et qu'il ne reste plus qu'une faible luminosité, mais pas de couleurs, la faible luminosité apportée par une lampe à pétrole, l'incandescence d'un crachat de flammes, la grisaille d'un jour incertain. L'artiste ne se sert pas de la couleur pour détourer des formes, mais pour apporter des impressions données par le ciel ou la nature du terrain, tout en respectant le détourage réalisé à l'encre. Il joue également sur les niveaux de noir, avec des zones encrées d'un noir profond et régulier, et d'autres zones peintes en noir, avec des variations d'intensité. Cela apporte une forte solidité aux dessins, un poids à chaque case, et des degrés de noirceur, parfois pour des ténèbres évoquant la violence et la méchanceté, d'autres fois plutôt une couleur rassurante, évoquant le fait que les enfants ont plutôt confiance a priori, même si le lecteur comprend bien que l'obscurité peut être aussi bien favorable qu'angoissante. Les traits de contour sont souvent très fins, un peu irréguliers comme s'ils étaient mal assurés, mais sans jamais donner l'impression d'être rigide. La sensation de se trouver dans chaque lieu incite le lecteur à prendre du temps pour détailler les éléments représentés. Il se rend vite compte que ces dessins n'ont pas été conçus pour être lus ainsi. D'un côté, il reconnaît immédiatement chaque forme représentée, de l'autre s'il s'y attarde un peu, il se rend compte que la représentation peut être un peu naïve, ou un peu superficielle. Ce n'est qu'avec la combinaison de la couleur que chaque case devient une image complète avec une impressionnante force d'évocation. Il en va de même pour les personnages : s'il s'attarde un peu trop sur une silhouette, un visage, ou même la morphologie exacte de Will, le lecteur va se mettre à chipoter sur une proportion ou une cohérence d'une page à une autre. En revanche, s'il reste au niveau de l'impression globale, il ressent de l'empathie pour le caractère très sain de Trevor, pour l'envie de vivre de Will, pour l'accablement de Marion incapable de tenir tête à son époux, pour la colère de ce dernier. Le lecteur prend plaisir à accompagner Trevor et son frère Will dans leur recherche de liberté. Il ne s'attarde pas trop sur le mystère de découvrir ce qui a provoqué la déformité de Will, ne sachant pas si l'auteur en donnera la raison, mais ressentant bien que cela n'a pas d'importance significative pour l'histoire. Il voit bien que Niles maintient son point d'équilibre instable entre une histoire qui est presque un reportage en temps réel, et un conte. D'un côté, Trevor et Will ont conscience qu'ils vont devoir trouver à manger, à s'abriter. D'e l'autre côté, la réaction des pères de famille est assez monolithique, sans réelle opposition, l'atmosphère de ville isolée relève du cliché de genre. Enfin le scénariste sort un ou deux rebondissements de son chapeau (le feu craché par Will) sans aucune explication, sans aucune consistance, car il n'en est plus jamais question. Dans le même temps, la narration visuelle apporte effectivement une consistance palpable à cette ambiance horrifique, ce qui est indispensable pour que la trame de Niles évolue en un récit consistant. Grâce à Greg Ruth, le lecteur s'immerge effectivement dans un environnement où l'horreur devient palpable : la maltraitance générée par l'autoritarisme de Henry Owen, la souffrance émotionnelle de Trevor qui voit son petit frère enchaîné, la haine des adultes envers les monstres, etc. le récit devient alors une parabole poignante sur les souffrances que les adultes infligent aux enfants, sur leur peur de leur progéniture qui vient perturber leur chemin de vie tout tracé. Les récits de Steve Niles sont souvent simples, avec le risque de devenir simpliste si l'artiste effectue un travail basique de mise en images. Pour ce récit, Greg Ruth fait bien plus que ça, avec une narration visuelle envoûtante, enveloppante, axée sur l'ambiance émotionnelle, très réussie. Du coup, le récit prend de l'envergure et devient une fable sur l'enfance et la peur des parents cherchant à canaliser et maîtriser ces êtres nouveaux et indépendants.

21/07/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Blue in green
Blue in green

Il n'y a pas de honte à être insignifiant. - Ce tome contient une histoire complète et indépendante de toute autre, parue d'un seul tenant, sans prépublication. La première édition date de 2020. L'histoire a été écrite par Ram V, dessinée et encrée par Anand RK, et mise en couleurs par John Pearson. L'ouvrage a bénéficié d'un design conçu par Tom Muller. Il contient également les couvertures variantes d'Aaron Campbell, Khary Randolph, Declan Shalvey, Elsa Charretier, Evan Cage, Jorge Fornes, Matt Griffin, Anand RK. Au temps présent, Erik Dieter est un saxophoniste de jazz, plutôt bon, mais pas extraordinaire. Il a opté pour une carrière de professeur de son instrument de prédilection dans une université. Ce samedi-là, il a fini de donner sa dernière classe à 11h00 et un élève vient lui poser une question sur son jeu, pour savoir s'il a une chance de devenir un jour un excellent musicien, car il n'a pas envie de finir professeur dans une université. Dieter s'excuse : il ne peut pas répondre car il doit prendre un appel urgent sur son portable. C'est sa sœur Dinah qui lui annonce le décès de leur mère Alana Joseph Roux. Il prend l'avion le lendemain et se rend à l'enterrement. En vol, il imagine un accident et les passagers qui chutent à travers le ciel comme des flocons de neige, disparaissant avant d'attendre le sol. Pendant la cérémonie, devant la tombe de sa mère, il passe le bras autour des épaules de sa sœur, chose qu'il n'a pas faite depuis des années. le soir, ils reçoivent les condoléances des proches au cours d'une réception donnée dans la maison de la défunte. Dieter se dit que ces retrouvailles avec des gens perdus de vue se déroulent toutes de la même manière, en parlant des succès de chacun dans la vie qu'il ou elle a menée. En passant de groupe en groupe, il aperçoit Vera Carter, celle qui fut son premier amour au lycée. Erik Dieter finit par pouvoir aborder Vera Carter : elle est devenue responsable d'une galerie d'art, et elle continue à peindre pour elle. Il s'enquiert de son mari Travis : elle a divorcé. Elle le quitte car il faut qu'elle aille coucher ses enfants, mais elle reste encore quelques jours dans la chambre d'ami. Les invités s'en vont progressivement, et il se retrouve seul avec sa sœur qui est dans la cuisine. Elle a un petit coup dans le nez et elle lui reproche son absence, le fait qu'il n'ait pas rendu visite à leur mère pendant toutes ces années. Elle finit par se calmer et s'endormir sur le canapé. Il va se coucher mais il ne trouve pas le sommeil. Il pense au corps de sa mère qui va se décomposer, sans ressentir ni chagrin, ni peine, ni tristesse. Il finit par se relever pour aller dans le bureau de sa mère : il y voit un spectre blanchâtre en train de fouiller dans ses papiers, qui se retourne vers lui et qui lui demande s'il joue toujours et s'il souffre pour sa musique. Il n'y a qu'à regarder la couverture pour se rendre compte que c'est une bande dessinée très personnelle. Au bout de quelques séquences, il apparaît que c'est l'histoire d'un musicien, un saxophoniste de jazz, qui s'interroge sur la direction qu'a prise sa vie, et qui s'interroge sur la jeunesse de sa mère. C'est donc une forme d'introspection existentielle, narrée avec une grande fluidité. Il y a bien évidemment des cartouches de flux de pensée et de réflexions intérieures, mais aussi des dialogues, et es pages muettes, la narration visuelle ne se limitant pas à juste montrer les personnages et les lieux. Son apparence est très sophistiquée : un rendu peint, avec des contours encrés en dessous, et l'utilisation de plusieurs effets spéciaux permis par l'infographie, toujours au service du récit, ne supplantant jamais l'histoire pour impressionner le lecteur. du coup, ce dernier peut être partagé entre une forte curiosité pour une narration aussi élaborée, et la crainte d'un produit un peu prétentieux, à la fois sur la recherche personnelle et sur la mise en forme visuelle, et pas forcément à la hauteur de ses prétentions. La scène d'ouverture rassure tout de suite avec une chaude ambiance mordorée, des dessins entremêlant réalisme photographique et ressenti impressionniste dans un tout cohérent, et une situation très terre à terre (le jeune élève posant une question insultante sans s'en rendre compte). Effectivement, il est possible de lire cette bande dessinée au premier degré : l'histoire d'un musicien qui s'est rendu compte qu'il était juste bon, et pas génial, incapable d'exprimer des émotions de manière poignante ou universelle, de les transmettre à ses auditeurs. Il se retrouve face à son premier véritable amour à qui il n'a jamais su le dire. Il doit faire face à ses choix de vie : se tenir éloigné de sa mère, sans lui rendre visite, et en laisser la responsabilité à sa sœur. Il ne peut que constater qu'il ne laissera pas de trace après sa mort. Il est accablé par le fait qu'il ne connaissait pas vraiment sa mère. La narration visuelle est étonnante de bout en bout, rappelant les grandes heures de Bill Sienkiewicz, mais sans ses fulgurances les plus avant-gardistes. L'artiste maîtrise parfaitement le dessin réaliste, la mise en couleurs de type peinture, les collages, les surimpressions, des pages vraisemblablement réalisées à partir de différentes techniques, assemblées et complétées à l'infographie, sans la froideur qui y est parfois associée, en conservant la chaleur organique du dessin à l'ancienne. le lecteur est invité à suivre la prise de conscience progressive d'Erik Dieter, dans des pages diffusant doucement des émotions adultes. le scénariste développe son récit sur une structure d'enquête (Qui était Dalton Blakely ?), avec un unique élément surnaturel (le spectre blanchâtre), apportant une accroche divertissante, sans nuire à l'introspection du personnage principal. Il est très difficile de parler musique en bande dessinée, car celle-ci ne permet pas de faire ressentir une mélodie, ou un rythme. Ici, les auteurs ont choisi de s'y prendre autrement. Erik Dieter est un saxophoniste professionnel et il joue du saxophone à quelques reprises, le lecteur pouvant voir la réaction des spectateurs touchés par sa musique, alors même que le récit ne précise pas dans quelle branche du jazz il s'inscrit. Pour autant, il ne fait nul doute que l'histoire se déroule bien sous l'influence du jazz. de temps à autre, le lecteur peut apercevoir un bout d'affiche ou de programme, avec une portion de nom. Ainsi même s'ils ne sont pas mentionnés explicitement, plusieurs grands noms sont présents en filigrane : Miles Davis (1926-1991), Charlie Parker (1920-1955), Charles Mingus (1922-1979), Thelonius Monk (1917-1982), Bill Evans (1929-1980), John Coltrane (1926-1967). C'est un moyen élégant de ne pas assommer le lecteur néophyte avec des références qui ne lui parleraient pas, en les conservant en arrière-plan, et également de faire des clins d'œil discrets au connaisseur. Le lecteur se laisse donc envelopper par ces ambiances visuelles, ressentant les états d'esprit du personnage principal qui est presque de tous les plans, le suivant dans son questionnement. Effectivement, la narration visuelle s'avère riche et variée, très agréable, aussi sophistiquée qu'accessible, et suscitant des émotions aussi ténues que touchantes. Il devient vite évident que le scénariste a pensé sa narration en termes visuels, car ce n'est pas une suite de cases avec que des têtes en train de parler. Les personnages accomplissent des actions de la vie de tous les jours qui montrent une partie de leurs relations interpersonnelles. Les mises en page peuvent aussi bien être sous forme de bandes de cases rectangulaires, que sous forme d'illustration accolées, ou encore de cases en insert, de dessin en pleine page, etc. Pour autant, il se dégage une forte cohérence visuelle dans la narration. le lecteur se retrouve vite subjugué par le jeu entre réalisme et impressionnisme, par la mise en couleurs sans rapport avec un simple coloriage naturaliste, par des visuels saisissants sur le moment. Il découvre après coup que cette magnifique vue du dessus d'Erik Dieter montant un escalier en spirale constitue un motif visuel qui va revenir plus tard, donnant un autre sens à cette image. Anand RK sait combiner la banalité du monde avec l'unicité d'en faire l'expérience, à la fois physique et mentale, rendant évident l'état d'esprit du personnage alors que des processus mentaux complexes sont à l'œuvre. Le lecteur ressent bien que le parcours d'Erik Dieter est celui d'un homme ayant déjà plusieurs décennies d'expérience, vraisemblablement un quadragénaire. Il découvre en même temps que lui une vision de la jeunesse d'Alana Roux sa mère, et sa fascination pour un musicien de jazz (un saxophoniste) qui n'a laissé aucune trace et qui est mort dans un incendie vraisemblablement criminel. L'enquête avance tranquillement de témoin en témoin, avec un bon coup de pouce d'un inspecteur de police sympathique. Mais l'intérêt du récit ne réside pas l'enquête, plus dans la manière dont elle éclaire les choix de vie de Dieter, et ce qu'elle apporte à sa compréhension du passé, de l'éducation qui lui a donné sa mère. L'élément surnaturel fait sens, comme la matérialisation d'un élément essentiel dans le jazz. La compréhension progressive d'Erik Dieter est celle d'un adulte qui prend la mesure de l'importance des choix de ses parents dans la construction de sa vie d'adulte, avec un regard pénétrant et intelligent de l'auteur. La couverture et le design de cette bande dessinée contiennent la promesse d'un récit sophistiqué et adulte. Le lecteur a le plaisir de découvrir que la promesse est tenue, avec une narration visuelle épatante et pertinente, et une prise de conscience progressive et signifiante pour le personnage principal. Les auteurs ont réussi un magnifique portrait d'un professeur de saxophone jazz, découvrant un autre regard sur sa vie.

21/07/2024 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série Un polar à Barcelone (Je suis leur silence)
Un polar à Barcelone (Je suis leur silence)

3.5 Second one-shot où Lafebre est auteur complet et j'ai mieux accroché qu'avec ''Malgré tout''. Il faut dire que j'aime bien le polar et celui-ci est bien fait. L'histoire est racontée via un flashback avec l'héroïne qui raconte tout à son psy. La narration est très bien faite et la mise en scène est totalement maitrisée. L'humour fonctionne bien et il y a des surprises dans le scénario. Le seul défaut est qu'il y a quelques facilités dans le scénario. J'ai trouvé que les membres de la famille de riche se confiaient un peu trop facilement avec l'héroïne. Cela fait un peu du sens pour certains, d'entre-eux, mais pour d'autres je trouvais que c'était un peu trop gros qu'ils parlaient de tout avec une femme qu'ils ont juste rencontré récemment. Malgré cela, j'ai passé un bon moment. Il faut dire que le dessin est vraiment très bon. C’est le genre de style qui me donne envie de lire tout de suite une BD.

21/07/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série À mourir entre les bras de ma nourrice
À mourir entre les bras de ma nourrice

Très sympathique album dont le dessin m'a attiré l’œil. C'est une mise en couleur directe dont les tons donnent la couleur du récit. Le mélange entre le vif parfois clairement présent et le terne de l'immeuble de cité. D'ailleurs ce dessin contribue énormément au ressenti de l'album, avec une oppression de ces tours verticales, ces couloirs étroits et ces appartements qui font trop petits. Les cases semblent souvent trop petites, rendant claustrophobe et oppressant les protagonistes jusqu'à une fin qui se passe à l'extérieur, là où les murs on disparu. Un joli symbole présent dans tout le récit ! Mais la BD est aussi une histoire qui prend le temps de s'installer, où Fatoumata accepte de fricoter avec les trafiquants de drogue de sa cité contre l'argent qu'il lui fallait parce qu'elle est mère célibataire avec trois enfants. Une des thématiques que je m'attendais à voir dans le récit concernait la police et le rapport belliqueux que la cité entretien avec eux, mais il s'est vite avéré que c'est un récit sur la solitude des personnes dans les cités. Fatoumata est seule, et doit se débrouiller seule. C'est contre la police, contre ses voisins et contre les dealers qu'elle doit se battre, mais aussi contre un système dans laquelle elle peut disparaitre sans que cela n'émeuve personne. Si le récit montre l'héroïne s'en sortir, ce n'est cependant pas une glorification de l'action individuelle qui prime, puisqu'elle sera tout de même aidée de quelques personnes finalement. Une petite forme de solidarité qui pointe dans un monde bien individuelle. Je ne sais pas si la BD est représentative des banlieues d'aujourd'hui mais je sais que les fléaux du trafic et de la drogue ne sont jamais à l'avantage des habitants de ces lieux. Une BD qui parle surtout de solitude contemporaine dans un espace où tout le monde est proche. Paradoxe de ces grandes cités vu comme un rêve de ville et devenu plutôt un enfer carcéral.

21/07/2024 (modifier)
Par Canarde
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Distinction
La Distinction

Bien nourrie après cette lecture qui raconte une aventure pédagogique sous l'égide de Bourdieu. C'est l'histoire d'un prof de lycée fils d'agriculteur qui veut faire comprendre Bourdieu à ses élèves. Je n'ai jamais lu Bourdieu, ni même quelqu'autre sociologue. En revanche ma mère (elle-même fille d'agriculteur) écoutait France-Culture en fond sonore depuis que France-Inter avait accepté sur ses ondes des pub pour les assurances... 1989? (merci France-inter !) Et j'ai gardé cette habitude depuis 30 ans et donc j'ai acquis un vernis sociologique suffisant pour ne pas me sentir surplombée par les vrais intellectuels. (merci "la fabrique de l'histoire", merci "avec philosophie", "les chemins de la connaissance", "entendez vous l'éco", etc...) Cette BD met en scène une classe ou chacun prend conscience du caractère social de ses propres désirs qu'il croyait si personnels si originaux... C'est émouvant et cela nous renvoie, chacun, à ce constat, à la fois agréable (sentiment d'appartenance et déresponsabilisation sur certains défauts) et en même temps effrayant (dépossession de son cher individualisme confortable) que nous sommes le jouet de nos dégouts et de nos désirs avant même de penser. Tiphaine Rivière réussi donc à mettre en scène ces lycéens , leurs parents et leur professeurs, et décrit dans leurs intérieurs certaines des classes présentées par Bourdieu : populaire, petits bourgeois rêvant de faire accéder leurs enfants à l'étage au dessus, grands bourgeois... C'est sans doute une simplification et l'autrice disait hier à la radio que ces classes avaient changé et qu'elle conseillait la lecture de "30 ans après la distinction de Pierre Bourdieu" par Philippe Coulangeon et Julien Duval. En tout cas c'est très salutaire de se rendre compte que les classes dominantes ne se rendent pas compte de leur domination, elles ont créé une fiction qui les arrange : la méritocratie. Et la classe moyenne a avalé cette pilule amère : elle condamne ses enfants à suivre les valeurs de la classe du dessus, reniant ses propres valeurs, et imaginant qu'en travaillant bien ses enfants deviendront des grands bourgeois... Erreur statistique... Des exceptions existent mais sur combien de générations ? Bref lisez et faites lire cette BD, elle éclaire beaucoup de nos parcours...

21/07/2024 (modifier)
Par Canarde
Note: 4/5
Couverture de la série Horizons climatiques - Rencontre avec neuf scientifiques du G.I.E.C.
Horizons climatiques - Rencontre avec neuf scientifiques du G.I.E.C.

D'accord avec Grizzly, il faut avoir lu cette BD. Je travaille dans le secteur de la construction, du coté de ceux "font quelque chose pour le climat "en particulier en construisant sans béton armé, et en formant les professionnels et ceux qui veulent le devenir aux nombreuses techniques alternatives. Mais beaucoup de choses autour du GIEC restaient floues dans mon esprit. Ici les deux protagonistes rencontrent 9 scientifiques qui ont participé à la rédaction d'un ou plusieurs rapports du groupe d'expert intergouvernemental pour le climat. Ces rencontres permettent de comprendre comment sont prises les décisions entre ces scientifiques, le rôle des Etats dans ces rapports, le nombres d'études paraissant chaque années dans le monde sur le climat (40 000), et l'importance de ces rapports du GIEC (tous les 7 ans) pour arriver à synthétiser toutes ces études : c'est la seule manière pour que les politiques prennent en compte les dégâts qu'ils causent en ne changeant pas de direction. Je n'avais pas tout-à-fait compris non plus que les concentrations de CO2 et les températures au cours de l'histoire de la terre avaient effectivement déjà varié énormément, par le passé, mais les variations avaient lieu sur des milliers d'années et les espèces animales et végétales avaient eu le temps d'évoluer pour s'adapter. Aujourd'hui, ces changements sont très très rapides, nous le voyons. Et les politiques se voilent la face, protégés dans leurs milieux sociaux privilégiés. En lisant tous ces témoignages, il parait encore plus absurde de lire les professions de foi des politiques : ce serait leur devoir de transmettre ces conclusions et d'agir en leur sens. ils continuent à invectiver chacun leur bouc émissaire : les étrangers (5 millions dont leurs entreprises cotées en bourse ont pourtant besoin) les banques (sans qui nous ne pourront pas investir dans les infrastructure de transport collectif ou de production d'énergie), les pauvres (qui pourtant polluent largement moins que les classes moyennes et les riches) Bref, les discours politiques sont électoralistes avant tout alors que leur rôle serait de faire connaître les problèmes vitaux et d'y répondre avant toute chose. Cet opus est beaucoup moins orienté du point de vue politique que le monde sans fin avec Jancovici : on reste sur ce qui fait consensus, et c'est une révolution par rapport aux discours politique dominant : il faut partager les richesses pour que les avancées puissent-être durables : Les guerres conduisent à une débauche de co2, c'est la destruction qui entraine le plus de pollution, puisqu'il faut re-construire et re-produire les ressources. Autrement-dit, même si ce n'est pas dit tout-à-fait comme ça : le GIEC est anti-capitaliste.... Du point de vue dessin, on peut dire que ça fait le job. Il y a une tendance bicolore avec une couleur différente pour chaque personnage rencontré mais avec des couleurs supplémentaires pour les graphiques ou les paysages. C'est dynamique, plutôt agréable. (mieux qu'Economix, moins bien que Capital & Idéologie)

21/07/2024 (modifier)
Couverture de la série Six
Six

Dans le genre western, difficile de faire du neuf malgré une couverture que je trouve peu réussie, Six s’est avéré un bon petit moment de lecture. En tout cas, je n’ai rien à dire de méchant sur ce 1er tome, ce n’est encore qu’une introduction à l’histoire mais tout est bien maîtrisé. En premier lieu, j’ai apprécié le ton de l’œuvre, ça démonte gentiment le mythe (héros solitaire, code d’honneur …) et ça reprend également tous les poncifs du genre, il n’y a qu’à voir nos 6 héros : l’indien, l’esclave, la nonne, la prostituée, le déserteur qui vont entourer petit à petit le benjamin dans sa quête de vengeance. Un premier tome dense et bien construit, les personnages n’auront pas tous le même traitement pour leur présentation mais le tout est vraiment bien amené, un petit plaisir coupable. J’ai envie de suivre cette bande improbable et composite (mon chouchou c’est l’indien). En fait, ça m’a fait penser à un des meilleurs albums de la collection « Sept … » et qui prendrait son temps. Un mot pour le dessin que j’ai trouvé très fin et efficace, je découvre l’auteur mais j’aime son style lisible, ici un trait entre Stern et La Venin et qui prend le meilleur des 2 parties. J’espère une suite du même acabit mais en l’état, c’est plus que pas mal, les amateurs devraient apprécier, ça peut donner une chouette série. Nota : le dossier en fin d’album est très intéressant pour les néophytes. MàJ tome 2 : Une deuxième tome qui confirme tout le bien que je pensais de son entame. Le style graphique m’a même paru encore plus fin. L’intrigue avance bien, j’ai surtout aimé sa construction que je trouve habile, il y a plusieurs Time Line mais on est jamais perdu. On sent que la fin ne sera pas si joyeuse, les nombreuses menaces autour de notre sextuor n’en finissent pas. Il y a même un petit côté fantastique qui apparaît (je n’aime pas d’habitude mais ça passe très bien dans le cas présent). Hâte de lire la suite. Divertissante et très bien réalisée, une série bien cool.

12/05/2023 (MAJ le 21/07/2024) (modifier)
Par Canarde
Note: 4/5
Couverture de la série TER
TER

Ça faisait longtemps que je n'avais pas lu de BD SF. Et j'ai passé un très bon moment. Je n'ai pas du tout remarqué toutes les incohérences citées par Titanick, je me suis laissée porter comme un enfant. J'ai lu l'intégrale d'un coup, parue en novembre 2023, attirée par une très belle couverture violet/jaune, mise en avant dans une libraire de Voiron (O librius). L'histoire de ce type venu de nulle part, immédiatement instrumentalisé par le pouvoir, par les opposants, comme l'homme providentiel... L'idée n'est peut-être pas original, mais ici c'est très bien joué, les personnages sont nuancés, avec plein de seconds rôles brillants (c'est souvent ce qui manque) les dialogues justes, des liens affectifs réalistes... Et le scénario assez malin (si on fait abstraction des incohérences scientifiques répertoriées par Titanick !) pour trouver un sens à cette situation qui commence comme Thorgal et qui finit comme "Blade runner", ou peut-être La Planète des Singes qui sait dans la prochaine saison ? Les dessins un peu à l'ancienne (comme dans Valérian) avec les couleurs de chaque page mieux composées, souvent avec deux couleurs principales et complémentaires contrastantes (comme sur la couverture). C'est beau, ça respire.. Cela devient un peu plus oppressant dans le tome 3 avec cette esthétique de vaisseaux à couloir (à la limite de Goldorak, quand on y pense...) Bref c'est une bonne compil de l'imaginaire occidental d'un.e quinquagénaire de 2024... Et sa dépayse réellement contrairement à certaines BD de science fiction donneuse de leçon. Ici c'est l'histoire et les personnages qui vous amènent d'un point A vers un point B en vous soulevant de votre siège. Et c'est bon.

21/07/2024 (modifier)