Houuuuuu ! (lecteur de bd impressionné devant ce qu'il est en train de lire)
Je me répète mais je m'étonne encore et toujours de trouver des BD aussi géniales et inventives que celle-ci.
Bon, déjà le format : un journal grand format. Bon d'accord. Ajouté à ça que le format journal permet de faire des pliages et découpages liés à l'histoire (oui parfaitement des pliages). Et pour les maniaques qui ne voudraient pas abimer leur bd les pages-pour-faire-des-pliages sont en double donc on peut y aller.
Ensuite "l'histoire" qui pour moi se résumerait autour du thème de la mort mais en fait non. Les dessins aussi, très beaux.
L’intelligence est partout dans cette bd, si vous êtes professeur de philosophie et que vous nous lisez, faites lire cette BD à vos élèves (ainsi que la géniale bd Kaarib). En fait j'aurais du mal à qualifier cette œuvre (oui oui c'est une œuvre) si ce n'est qu'elle est très intelligente, belle et bien fichue
Les auteurs ont réussi à rendre visuels des impressions, idées, concepts intellectuels et philosophiques, que sais-je encore, ce qui pour moi est un tour de force
Bref j'ai adoré et comme un fan des films de Lynch ne saurait le faire, je ne sais pas non plus pourquoi j'adore cette BD.
J’ai entamé sa lecture sans savoir à quoi m’attendre.
Et ce fut une agréable surprise.
Un coup de cœur !
Pourtant, le contexte géopolitique de l’époque n’est pas des plus heureux (guerre d’Espagne). Mais cette guerre fratricide reste essentiellement en toile de fond. Cette bd s’attarde sur l’amitié qui va se tisser entre un gardien de phare et un jeune gendarme républicain en fuite. Il ne se passe rien de transcendant. Et pourtant. C’est une petite pépite. En fait, tout est dans la simplicité des personnages qui vont apprendre à s’apprivoiser mutuellement.
Et que dire du final ? Poétique, surprenant, touchant !
Une histoire attachante, tout simplement.
Bref, un album chaudement recommandé !
Voyage assuré au temps des conquistadors, au milieu de dessins fabuleux. Les personnages sont drôles et bien dessinés, et leurs noms sont bien trouvés.. L'intrigue est intéressante, et l'on a hâte de connaître la suite.
A lire de 7 à 77 ans, rires garantis.
Une série (one shot) très particulière. C'est du second degré voire du 3ème. Car le style franco-belge d'Yves Chaland est en totale contradiction avec le fond. On s'attend à une espèce de bd franco belge classique type Quick et Flupke (surtout quand on est pas prévenu) et c'est en réalité tout le contraire.
Car le jeune Albert est un jeune gamin de Bruxelles (les années 50) complètement cynique, raciste, réac, égoïste et sadique. Et qui se plaît à torturer physiquement et psychologiquement son meilleur copain (et puis l'ensemble de son entourage). C'est à mourir de rire et très subtil dans l'écriture.
C'est en réalité une critique de la propagande raciste que peut exercer un Etat pendant les temps de guerre, en particulier sur les enfants. Et également peut-être en rapport avec l'état d'esprit légèrement réac d'une certaine bd franco belge ? (Hergé). Mais là je m'avance peut-être un peu.
Conclusion : un petit bijou d'humour noir, avec un réel fond politique.
Si certains scénarios sont en béton, j’ai tendance à penser que celui que nous offre Thierry Smolderen pour l’Empire de l’Atome est en acier. Car, comme chacun le sait (du moins s’il habite dans une région sidérurgique), la fabrication de l’acier comprend deux phases : la phase à chaud et… (suspense)… la phase à froid (et là vous vous dites que ça y est le Mac Arthur a définitivement grillé son dernier neurone).
Lors de la phase à chaud, c’est le travail du haut fourneau qui prime, c’est la coulée continue. Ca fume, ça fait du bruit et l’on est emporté par un flot ininterrompu de matières bouillonnantes. Et c’est un peu ce sentiment que j’ai ressenti en première lecture. En effet, j’ai directement été happé par ce récit de science-fiction résolument influencé par les années 50 et 60. Il y est question de deux personnages en contact télépathique alors qu’ils appartiennent à deux mondes et à deux époques différentes. NON !! Partez pas tout de suite ! Le concept a l’air un peu bizarre, dit comme ça mais en fait c’est très bien amené, très bien construit, facile à comprendre. Les personnages sont attachants, l’histoire dispose de ce brin de naïveté indispensable pour ce type de récit faussement daté et le découpage en multiples chapitres donne immanquablement envie… d’en lire encore un avant de suspendre sa lecture. Résultat : alors que ce bouquin contient tout de même plus de 130 pages, on le dévore sans y faire gaffe. Voilà, c’est de la s-f un peu naïve mais rythmée et fort marquée par une époque révolue.
Et puis, tout, TOUT nous ramène constamment à l'esprit qui animait ces années dorées. La manipulation par l'hypnose, le cas psychiatrique que représente le héros, les noms des personnages, et l'imagerie en général.
Et ma réflexion se serait arrêtée là s’il n’y avait eu la phase à froid, dans laquelle intervient le laminage… et autant vous dire que j’ai été laminé. Car derrière cette apparente naïveté d’un récit de science-fiction se cachent de multiples dimensions. Tout d’abord, l’introduction nous offre une pertinente réflexion sur la place et le rôle de l’homme dans l’univers. Réflexion d’un homme mûr face à la vanité de sa vie, vie pourtant extraordinaire par plus d’un aspect… ou pas. Ensuite, il y a l’usage du décor tel qu’imaginé par l’auteur. En effet, les bâtiments de l’Expo 58 seront constamment mis à l’honneur dans ce récit.
Petit aparté pour ceux qui ne voient pas de quoi je parle - Expo 58 = exposition universelle organisée à Bruxelles en 1958 qui marqua fortement la Belgique car elle eut lieu à l’époque de toutes les promesses. Nos voitures allaient voler dans le futur et nous disposerions à l’avenir d’une énergie renouvelable et économique grâce à l’atome, sous-entendu le nucléaire. La seule trace physique qu’il reste aujourd’hui de cette expo est l’Atomium, célèbre bâtiment conçu en forme d’atome de fer – Fin de l’aparté.
Cet univers s’accorde parfaitement avec le dessin d’Alexandre Clérisse. C’est une réelle alchimie qui nait ici (de celles qui transforment l’acier en or, serais-je presque tenté de dire). J’ai ressenti une profonde volonté commune d’explorer l’imagerie de la fin des années 50 jusqu’au milieu des années 60. Les couleurs sont vives, voire flashy, le trait est raide et racé.
Et c’est ainsi que s’impose le dernier point fort de la série. Dans une lecture « à froid », ce sont des dizaines de références qui surgissent au coin des planches. Par ici intervient André Franquin, par là est faite une allusion au « Prisonnier » (célèbre feuilleton diffusé dès 1968 ), le dessin nous rappelle celui des dessins animés de l’époque (« The Jetsons » se sont imposés à moi, mais ce sont tous les dessins animés des studios Hanna Barbera qui ont resurgi devant mes yeux). Les décors, eux, nous renvoient constamment au Bruxelles de ces années-là, avec des maisons encore remarquables de nos jours.
En résumé : c’est naïf, c’est frais, c’est inventif, c’est intelligent, c’est bien dessiné, c’est un bel hommage à l’esprit mais aussi à l’esthétique du Bruxelles des années 50, 60. Bref, c’est un grand album.
Je me lance dans la critique de cette série même si je n'ai lu que les tomes 1, 2, 3 et 4 . Car ce 5 étoiles est surtout dû au traumatisme que m'a causé le tome 2, les Jardins d'Edena. Cet album fait partie de mes madeleines de Proust de la BD. Un des meilleurs albums de Moebius si ce n'est le meilleur.
De la S.F "moebiusienne" dans toute sa splendeur, absolument magique, pur , prophétique... Le dessin, les couleurs, le scénario, tout confère au sublime. Un véritable voyage astral. Ce conte de science-fiction décrit les aventures d'un couple de voyageurs spatiaux échoué sur une planète semblable au mythique jardin d'Eden de la bible.
Tout d'abord asexués (ils ne mangent que des pilules ce qui leur ôte tout caractère sexuel, mental et physique) et se comportant plus comme un frère et une soeur, ils vont peu à peu, faute de matériel synthétiseur de pilules, se mettre à manger de la matière vivante (manger une pomme est pour eux au départ qualifié de cannibalisme), puis peu à peu retrouver leurs caractères sexuels. Nous imaginons bien là l'être humain du futur, immortel, vacciné contre toutes les maladies et bactéries.
Puis ils vont être séparés et ne chercheront plus qu'à se retrouver (ils ont redécouvert l'amour qui les lie) et affronter les habitants curieusement masqués de cette planète, et cette énigmatique "paterne"...
Les albums 3 et 4 sont bons mais rien à voir avec la puissance (dessin, scénario et couleur) du tome 2 (très années 80 mais à la beauté intemporelle). Le tome 3 se focalise sur l'errance d'Atan (devenu Atana) qui va découvrir la base souterraine de la paterne et le tome 4 sur celle de Stel, qui lui continue d’errer à la surface et de "rencontrer" régulièrement le maître des rêves.
Le tome 1 est quant à lui plus un tome d'introduction avec plusieurs petites histoires, dont une possédant des dessins sublimissimes. C'est quand même un bon tome très utile à la découverte de cet univers et décuplant la puissance du 2.
Je n'ai pas lu le tome 5 et 6 qui sont parait-il décevants . En tout cas je laisse cette note de 5 étoiles car même 2 tomes mauvais ne peuvent effacer le rayonnement quasi mystique que procure la lecture des "Jardins d'Edena" (j'en avais même rêvé à l'époque c'est dire).
Je recherche les éditions originales, surtout pour le tome 2, tel le Graal car une amie me l'a lâchement volé il y a plusieurs années.
Cette lecture a été un choc !
Jodo, je ne l'apprécie qu'à dose homéopathique, et vraiment pas dans tout ce qu'il a éructé ... mais ici, comme dans L'Incal ou Le Lama blanc ou Alef-Thau, oui, et même tout particulièrement pour cette scénarisation-ci !
Cadelo est un maître pour oser des univers différents ; et il excelle dans cette voie osée.
A lecture lente, on goûte tout le parti pris osé des deux protagonistes auteurs de cette chose étrange et foncièrement originale ; une eau forte vous dis-je ...
Si vous avez le coeur bien accroché ... et un brin de mysticisme ...
Cet album est assez remarquable.
Ses qualités sont presque toutes relatives à son dessin : un dessin sans encrage la plupart du temps, composé de touches de couleurs, mais aussi et surtout par un découpage de l'image impressionnant de dynamisme et d'audace. Rarement en effet j'ai pu voir une telle fluidité (c'est le cas de le dire), un rendu du mouvement aussi maîtrisé qu'ici. Les mouvements d'eau, les corps et la vitesse acquise, c'est vraiment très très bien foutu.
L'histoire ? Elle ne semble être qu'un prétexte pour nous montrer ces images, d'une diversité de mise en scène assez bluffante. J'avoue, le sous-texte m'a laissé assez froid, je n'y ai pas vraiment prêté d'attention, préférant me concentrer sur les magnifiques images que j'avais sous les yeux.
Une belle découverte.
Je crois qu'on tient là une série qui promet vraiment. Je l'attendais avec impatience, et je n'ai pas été déçue. Le dessin de Laura Zuccheri est une pure merveille : le trait est juste et précis, les couleurs sont magnifiques, les arrières plans sont détaillés, la lumière est belle et bien rendue, la nature, le bestiaire fantastique, l'architecture grandiose de la cité de Karelane sont un régal pour les yeux. La mise en couleurs est vraiment le point fort de cette BD.
Côté scénario, ce premier tome nous met tout de suite dans le bain sans nous noyer sous un flot de noms bizarres ou une avalanche de personnages secondaires sans intérêt : l'intrigue est simple, les objectifs clairement définis, la galerie de personnages réduite mais bien suffisante pour cette quête qui s'annonce passionnante. La narration est fluide, sans excès inutile quand le dessin se suffit à lui-même.
Un tout petit bémol sur le milieu de l'histoire : j'ai été légèrement déçue par le dessin (moins chatoyant, plus grisâtre) et la construction de l'intrigue (j'ai même cru que ma BD avait un défaut et que des pages avaient été inversées) lorsque Miklos raconte ses souvenirs de guerre et de jalousie mais on retrouve bien vite la forêt et l'intrigue principale et tout va mieux. La dernière page de ce premier tome promet un gros cas de conscience à venir…
Le tome 2 fait un bond dans le temps de plusieurs année, Yama est fin prête pour se venger ce celui qui a tué les siens mais quelques surprises l'attendent sur place ! La qualité du dessin est toujours au rendez-vous, on comprend aisément ce qui justifie autant de temps entre deux albums ! C'est un petit bijou de précision.
Le 3ème et avant-dernier tome est encore au top, graphiquement parlant. Côté histoire, on avance encore bien dans l'intrigue, mais je me demande comment le 4ème va réussir (ou pas) à réunir les 4 épées alors qu'il en a fallu 3 pour n'en réunir que la moitié...
Le duo gagnant de Block 109 est de retour !
Cette fois-ci avec un récit post-apocalyptique, la Terre ayant été dévastée par une attaque extra-terrestre. Celle-ci est donc livrée à elle-même, ou plutôt aux groupes de pouvoir "autres". Le récit baigne donc dans une ambiance d'urgence perpétuelle, de chaos et de jeux de pouvoirs.
Le premier tome est une introduction dense (124 pages), on apprend à connaître les différents personnages, on connaît un peu leur passé, mais la situation de la Terre est encore floue, de même que l'identité des mystérieux extra-terrestres qui ont partiellement détruit le globe terrestre. A suivre donc.
Côté graphisme Ronan Toulhoat a gagné en lisibilité, son style est plus fluide, un peu plus épuré, on sent même quelques tentations du côté de Moebius sur certaines cases, Damour étant aussi une influence ou une parenté stylistique. Il y a cependant encore du boulot à faire sur les visages, je trouve qu'ils manquent un peu de maîtrise. Les couleurs elles aussi évoluent, franchement sombres au début, elles s'éclaircissent au fil des épisodes pour être bien balancées à la fin de ce premier tome.
Beaucoup d'adrénaline, du sang et de la sueur (et même un petit peu de sexe), un contexte géopolitique différent, des extra-terrestres... j'aime.
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Le Royaume (Ruppert & Mulot)
Houuuuuu ! (lecteur de bd impressionné devant ce qu'il est en train de lire) Je me répète mais je m'étonne encore et toujours de trouver des BD aussi géniales et inventives que celle-ci. Bon, déjà le format : un journal grand format. Bon d'accord. Ajouté à ça que le format journal permet de faire des pliages et découpages liés à l'histoire (oui parfaitement des pliages). Et pour les maniaques qui ne voudraient pas abimer leur bd les pages-pour-faire-des-pliages sont en double donc on peut y aller. Ensuite "l'histoire" qui pour moi se résumerait autour du thème de la mort mais en fait non. Les dessins aussi, très beaux. L’intelligence est partout dans cette bd, si vous êtes professeur de philosophie et que vous nous lisez, faites lire cette BD à vos élèves (ainsi que la géniale bd Kaarib). En fait j'aurais du mal à qualifier cette œuvre (oui oui c'est une œuvre) si ce n'est qu'elle est très intelligente, belle et bien fichue Les auteurs ont réussi à rendre visuels des impressions, idées, concepts intellectuels et philosophiques, que sais-je encore, ce qui pour moi est un tour de force Bref j'ai adoré et comme un fan des films de Lynch ne saurait le faire, je ne sais pas non plus pourquoi j'adore cette BD.
Le Phare
J’ai entamé sa lecture sans savoir à quoi m’attendre. Et ce fut une agréable surprise. Un coup de cœur ! Pourtant, le contexte géopolitique de l’époque n’est pas des plus heureux (guerre d’Espagne). Mais cette guerre fratricide reste essentiellement en toile de fond. Cette bd s’attarde sur l’amitié qui va se tisser entre un gardien de phare et un jeune gendarme républicain en fuite. Il ne se passe rien de transcendant. Et pourtant. C’est une petite pépite. En fait, tout est dans la simplicité des personnages qui vont apprendre à s’apprivoiser mutuellement. Et que dire du final ? Poétique, surprenant, touchant ! Une histoire attachante, tout simplement. Bref, un album chaudement recommandé !
Lost Conquistadores
Voyage assuré au temps des conquistadors, au milieu de dessins fabuleux. Les personnages sont drôles et bien dessinés, et leurs noms sont bien trouvés.. L'intrigue est intéressante, et l'on a hâte de connaître la suite. A lire de 7 à 77 ans, rires garantis.
Le Jeune Albert
Une série (one shot) très particulière. C'est du second degré voire du 3ème. Car le style franco-belge d'Yves Chaland est en totale contradiction avec le fond. On s'attend à une espèce de bd franco belge classique type Quick et Flupke (surtout quand on est pas prévenu) et c'est en réalité tout le contraire. Car le jeune Albert est un jeune gamin de Bruxelles (les années 50) complètement cynique, raciste, réac, égoïste et sadique. Et qui se plaît à torturer physiquement et psychologiquement son meilleur copain (et puis l'ensemble de son entourage). C'est à mourir de rire et très subtil dans l'écriture. C'est en réalité une critique de la propagande raciste que peut exercer un Etat pendant les temps de guerre, en particulier sur les enfants. Et également peut-être en rapport avec l'état d'esprit légèrement réac d'une certaine bd franco belge ? (Hergé). Mais là je m'avance peut-être un peu. Conclusion : un petit bijou d'humour noir, avec un réel fond politique.
Souvenirs de l'empire de l'atome
Si certains scénarios sont en béton, j’ai tendance à penser que celui que nous offre Thierry Smolderen pour l’Empire de l’Atome est en acier. Car, comme chacun le sait (du moins s’il habite dans une région sidérurgique), la fabrication de l’acier comprend deux phases : la phase à chaud et… (suspense)… la phase à froid (et là vous vous dites que ça y est le Mac Arthur a définitivement grillé son dernier neurone). Lors de la phase à chaud, c’est le travail du haut fourneau qui prime, c’est la coulée continue. Ca fume, ça fait du bruit et l’on est emporté par un flot ininterrompu de matières bouillonnantes. Et c’est un peu ce sentiment que j’ai ressenti en première lecture. En effet, j’ai directement été happé par ce récit de science-fiction résolument influencé par les années 50 et 60. Il y est question de deux personnages en contact télépathique alors qu’ils appartiennent à deux mondes et à deux époques différentes. NON !! Partez pas tout de suite ! Le concept a l’air un peu bizarre, dit comme ça mais en fait c’est très bien amené, très bien construit, facile à comprendre. Les personnages sont attachants, l’histoire dispose de ce brin de naïveté indispensable pour ce type de récit faussement daté et le découpage en multiples chapitres donne immanquablement envie… d’en lire encore un avant de suspendre sa lecture. Résultat : alors que ce bouquin contient tout de même plus de 130 pages, on le dévore sans y faire gaffe. Voilà, c’est de la s-f un peu naïve mais rythmée et fort marquée par une époque révolue. Et puis, tout, TOUT nous ramène constamment à l'esprit qui animait ces années dorées. La manipulation par l'hypnose, le cas psychiatrique que représente le héros, les noms des personnages, et l'imagerie en général. Et ma réflexion se serait arrêtée là s’il n’y avait eu la phase à froid, dans laquelle intervient le laminage… et autant vous dire que j’ai été laminé. Car derrière cette apparente naïveté d’un récit de science-fiction se cachent de multiples dimensions. Tout d’abord, l’introduction nous offre une pertinente réflexion sur la place et le rôle de l’homme dans l’univers. Réflexion d’un homme mûr face à la vanité de sa vie, vie pourtant extraordinaire par plus d’un aspect… ou pas. Ensuite, il y a l’usage du décor tel qu’imaginé par l’auteur. En effet, les bâtiments de l’Expo 58 seront constamment mis à l’honneur dans ce récit. Petit aparté pour ceux qui ne voient pas de quoi je parle - Expo 58 = exposition universelle organisée à Bruxelles en 1958 qui marqua fortement la Belgique car elle eut lieu à l’époque de toutes les promesses. Nos voitures allaient voler dans le futur et nous disposerions à l’avenir d’une énergie renouvelable et économique grâce à l’atome, sous-entendu le nucléaire. La seule trace physique qu’il reste aujourd’hui de cette expo est l’Atomium, célèbre bâtiment conçu en forme d’atome de fer – Fin de l’aparté. Cet univers s’accorde parfaitement avec le dessin d’Alexandre Clérisse. C’est une réelle alchimie qui nait ici (de celles qui transforment l’acier en or, serais-je presque tenté de dire). J’ai ressenti une profonde volonté commune d’explorer l’imagerie de la fin des années 50 jusqu’au milieu des années 60. Les couleurs sont vives, voire flashy, le trait est raide et racé. Et c’est ainsi que s’impose le dernier point fort de la série. Dans une lecture « à froid », ce sont des dizaines de références qui surgissent au coin des planches. Par ici intervient André Franquin, par là est faite une allusion au « Prisonnier » (célèbre feuilleton diffusé dès 1968 ), le dessin nous rappelle celui des dessins animés de l’époque (« The Jetsons » se sont imposés à moi, mais ce sont tous les dessins animés des studios Hanna Barbera qui ont resurgi devant mes yeux). Les décors, eux, nous renvoient constamment au Bruxelles de ces années-là, avec des maisons encore remarquables de nos jours. En résumé : c’est naïf, c’est frais, c’est inventif, c’est intelligent, c’est bien dessiné, c’est un bel hommage à l’esprit mais aussi à l’esthétique du Bruxelles des années 50, 60. Bref, c’est un grand album.
Le Monde d'Edena
Je me lance dans la critique de cette série même si je n'ai lu que les tomes 1, 2, 3 et 4 . Car ce 5 étoiles est surtout dû au traumatisme que m'a causé le tome 2, les Jardins d'Edena. Cet album fait partie de mes madeleines de Proust de la BD. Un des meilleurs albums de Moebius si ce n'est le meilleur. De la S.F "moebiusienne" dans toute sa splendeur, absolument magique, pur , prophétique... Le dessin, les couleurs, le scénario, tout confère au sublime. Un véritable voyage astral. Ce conte de science-fiction décrit les aventures d'un couple de voyageurs spatiaux échoué sur une planète semblable au mythique jardin d'Eden de la bible. Tout d'abord asexués (ils ne mangent que des pilules ce qui leur ôte tout caractère sexuel, mental et physique) et se comportant plus comme un frère et une soeur, ils vont peu à peu, faute de matériel synthétiseur de pilules, se mettre à manger de la matière vivante (manger une pomme est pour eux au départ qualifié de cannibalisme), puis peu à peu retrouver leurs caractères sexuels. Nous imaginons bien là l'être humain du futur, immortel, vacciné contre toutes les maladies et bactéries. Puis ils vont être séparés et ne chercheront plus qu'à se retrouver (ils ont redécouvert l'amour qui les lie) et affronter les habitants curieusement masqués de cette planète, et cette énigmatique "paterne"... Les albums 3 et 4 sont bons mais rien à voir avec la puissance (dessin, scénario et couleur) du tome 2 (très années 80 mais à la beauté intemporelle). Le tome 3 se focalise sur l'errance d'Atan (devenu Atana) qui va découvrir la base souterraine de la paterne et le tome 4 sur celle de Stel, qui lui continue d’errer à la surface et de "rencontrer" régulièrement le maître des rêves. Le tome 1 est quant à lui plus un tome d'introduction avec plusieurs petites histoires, dont une possédant des dessins sublimissimes. C'est quand même un bon tome très utile à la découverte de cet univers et décuplant la puissance du 2. Je n'ai pas lu le tome 5 et 6 qui sont parait-il décevants . En tout cas je laisse cette note de 5 étoiles car même 2 tomes mauvais ne peuvent effacer le rayonnement quasi mystique que procure la lecture des "Jardins d'Edena" (j'en avais même rêvé à l'époque c'est dire). Je recherche les éditions originales, surtout pour le tome 2, tel le Graal car une amie me l'a lâchement volé il y a plusieurs années.
La Saga d'Alandor
Cette lecture a été un choc ! Jodo, je ne l'apprécie qu'à dose homéopathique, et vraiment pas dans tout ce qu'il a éructé ... mais ici, comme dans L'Incal ou Le Lama blanc ou Alef-Thau, oui, et même tout particulièrement pour cette scénarisation-ci ! Cadelo est un maître pour oser des univers différents ; et il excelle dans cette voie osée. A lecture lente, on goûte tout le parti pris osé des deux protagonistes auteurs de cette chose étrange et foncièrement originale ; une eau forte vous dis-je ... Si vous avez le coeur bien accroché ... et un brin de mysticisme ...
En silence
Cet album est assez remarquable. Ses qualités sont presque toutes relatives à son dessin : un dessin sans encrage la plupart du temps, composé de touches de couleurs, mais aussi et surtout par un découpage de l'image impressionnant de dynamisme et d'audace. Rarement en effet j'ai pu voir une telle fluidité (c'est le cas de le dire), un rendu du mouvement aussi maîtrisé qu'ici. Les mouvements d'eau, les corps et la vitesse acquise, c'est vraiment très très bien foutu. L'histoire ? Elle ne semble être qu'un prétexte pour nous montrer ces images, d'une diversité de mise en scène assez bluffante. J'avoue, le sous-texte m'a laissé assez froid, je n'y ai pas vraiment prêté d'attention, préférant me concentrer sur les magnifiques images que j'avais sous les yeux. Une belle découverte.
Les Epées de verre
Je crois qu'on tient là une série qui promet vraiment. Je l'attendais avec impatience, et je n'ai pas été déçue. Le dessin de Laura Zuccheri est une pure merveille : le trait est juste et précis, les couleurs sont magnifiques, les arrières plans sont détaillés, la lumière est belle et bien rendue, la nature, le bestiaire fantastique, l'architecture grandiose de la cité de Karelane sont un régal pour les yeux. La mise en couleurs est vraiment le point fort de cette BD. Côté scénario, ce premier tome nous met tout de suite dans le bain sans nous noyer sous un flot de noms bizarres ou une avalanche de personnages secondaires sans intérêt : l'intrigue est simple, les objectifs clairement définis, la galerie de personnages réduite mais bien suffisante pour cette quête qui s'annonce passionnante. La narration est fluide, sans excès inutile quand le dessin se suffit à lui-même. Un tout petit bémol sur le milieu de l'histoire : j'ai été légèrement déçue par le dessin (moins chatoyant, plus grisâtre) et la construction de l'intrigue (j'ai même cru que ma BD avait un défaut et que des pages avaient été inversées) lorsque Miklos raconte ses souvenirs de guerre et de jalousie mais on retrouve bien vite la forêt et l'intrigue principale et tout va mieux. La dernière page de ce premier tome promet un gros cas de conscience à venir… Le tome 2 fait un bond dans le temps de plusieurs année, Yama est fin prête pour se venger ce celui qui a tué les siens mais quelques surprises l'attendent sur place ! La qualité du dessin est toujours au rendez-vous, on comprend aisément ce qui justifie autant de temps entre deux albums ! C'est un petit bijou de précision. Le 3ème et avant-dernier tome est encore au top, graphiquement parlant. Côté histoire, on avance encore bien dans l'intrigue, mais je me demande comment le 4ème va réussir (ou pas) à réunir les 4 épées alors qu'il en a fallu 3 pour n'en réunir que la moitié...
Chaos Team
Le duo gagnant de Block 109 est de retour ! Cette fois-ci avec un récit post-apocalyptique, la Terre ayant été dévastée par une attaque extra-terrestre. Celle-ci est donc livrée à elle-même, ou plutôt aux groupes de pouvoir "autres". Le récit baigne donc dans une ambiance d'urgence perpétuelle, de chaos et de jeux de pouvoirs. Le premier tome est une introduction dense (124 pages), on apprend à connaître les différents personnages, on connaît un peu leur passé, mais la situation de la Terre est encore floue, de même que l'identité des mystérieux extra-terrestres qui ont partiellement détruit le globe terrestre. A suivre donc. Côté graphisme Ronan Toulhoat a gagné en lisibilité, son style est plus fluide, un peu plus épuré, on sent même quelques tentations du côté de Moebius sur certaines cases, Damour étant aussi une influence ou une parenté stylistique. Il y a cependant encore du boulot à faire sur les visages, je trouve qu'ils manquent un peu de maîtrise. Les couleurs elles aussi évoluent, franchement sombres au début, elles s'éclaircissent au fil des épisodes pour être bien balancées à la fin de ce premier tome. Beaucoup d'adrénaline, du sang et de la sueur (et même un petit peu de sexe), un contexte géopolitique différent, des extra-terrestres... j'aime.