J'avais déjà remarqué le travail de Jonathan Muñoz dans Un léger bruit dans le moteur. Ses ambiances, son trait à la fois rond et nerveux m'avaient séduit. Le revoilà avec un projet personnel, qui n'est pas sans rappeler l'autre, puisqu'il se passe dans un trou paumé, avec des bouseux et des personnages barrés.
La trame est simple, reposant sur les facultés toutes particulières des deux personnages principaux, et sur un passé douloureux... Sur ce canevas Muñoz tisse une intrigue assez simple, avec un élément perturbateur qui va bien sûr permettre à l'amnésique de renouer avec son passé... J'ai moins apprécié la toute fin, qui ressemble à une pirouette, mais n'apporte finalement pas grand-chose au récit. Attention à ne pas en faire une systématique... J'ai bien aimé le personnage de Dorine, qui vit seule mais entourée depuis des années, et qui reste finalement une jeune fille comme les autres...
Graphiquement c'est encore une fois très bon, chaque passage étant doté d'une ambiance chromatique particulière, et la diversité du découpage montrant que Muñoz ne s'interdit rien.
Une chouette lecture, sur 95% de sa longueur.
Oh mais ça sent très bon, ça !
On connaissait le talent de Matz (Le Tueur, pour ne citer que sa série ayant obtenu le plus de succès) pour proposer des intrigues hard boiled, dynamiques, avec des personnages aussi riches qu'inoubliables. C'est encore le cas ici, avec ce superflic qui va se retrouver à la tête d'une cellule dédiée aux meurtres liés aux univers virtuels. On remarquera que le scénariste ne s'encombre pas de détails concernant l'enquête, préférant nous montrer les scènes d'action plutôt que les longues sessions de recoupements de témoignages, les relevés d'identité ou le traçage des joueurs impliqués dans l'affaire... Une intrigue aux accents très actuels, avec pas mal d'action et peu de personnages.
Matz, en changeant d'éditeur pour ce projet, s'est allié les services d'un surdoué, Fabien Bedouel, aussi à l'aise dans des ambiances historiques que dans des décors high-tech, celui-ci imprime sa marque sur OPK, avec des décors urbains vertigineux et un sens de l'espace qui a peu d'équivalents à l'heure actuelle. Il préfère d'ailleurs proposer des décors dépouillés, sans négliger les détails lorsque l'intrigue l'exige (comme à Rome, avec le Colisée).
Une nouvelle série (courte) à suivre de près. De très près.
Une excellente BD comme j'aimerais en lire plus souvent, vraiment, doublé d'un énorme coup de cœur pour le concept.
Concept qui est ?
Un jeune ado plutôt mal dans sa peau et pas forcément très intégré, trouve, comme échappatoire, la compagnie de ses trois amis imaginaires eux, sortit du cinéma d'action des 80's : Arnold Schwarzenegger ; Sylverster Stallone et Russell Crowe. Une sorte de "Calvin & Hobbes" pour ado en somme...
Sur cet excellent concept, Bastien Vivès (qui n'avait pas, alors, sa popularité actuelle) et Michael Sanlaville nous offre une histoire passionnante, qui me parle forcément (quoique j'ai la chance d'être plus beaucoup socialisé que Jan, mais j'ai des connaissances qui sont un peu dans son cas), et que j'ai trouvé extrêmement drôle (voire interagirent les trois acteurs bourrins, habillés avec les costumes de leurs personnages fétiches, avec l'environnement de Jan est à hurler de rire, entre l'obsédé tripoteur Russell et l'imprévisible Arnold), et même si j'ai trouvé la fin un peu spéciale, il y a pas à dire ; cette histoire, c'est du grand art.
Comme à côté, le dessin (fait à 4 mains) est plutôt bon, dynamique et efficace (comme du Vivès), et bien on passe un moment vraiment génial...
A découvrir !!!
Moi qui ne suis pas spécialement un fan des biographies, j'ai trouvé celle-ci sur Hugo Pratt plus que réussie ! Et ce n'est pas parce que je suis amateur de Pratt et plus particulièrement de Corto Maltese que je suis comblé.
La force de cette série tient à la grande réussite narrative qu'on nous propose. Tout comme dans l'univers et les personnages qui faisaient la force du travail de Pratt, sa vie nous est rapportée comme un grand roman d'aventures où tous les ingrédients sont réunis pour un grand festin : Les personnages étranges et pittoresques (jusque dans la famille même de Pratt !), les décors grandioses en passant de l'Afrique coloniale à Venise, les intrigues et les mystères qui font le charme des grands récits d'Aventure. Tout est ici présent et mis en scène pour qu'on en arrive presque à oublier qu'on relate la vie du créateur de Corto Maltese...
Paolo Cossi s'amuse également avec la forme et les personnages de Pratt pour mettre en scène la vie de son sujet. Raspoutine en fait les frais, pour notre plus grand plaisir ! Tout cela de la plus subtile des manières, sans lourdeur, ni présomption.
Quant au graphisme de Cossi, j'ai trouvé qu'il collait parfaitement au récit plein d'élan et de vivacité. Son dessin fluide et efficace relevé par une colorisation axée sur les ocres est juste parfaite. Et même dans ce petit format (17x24), il joue sur la composition de ses planches, alternant pleines pages et cadrages intelligents pour soutenir le rythme que nécessite cette vie "trop" remplie qui caractérise tant Hugo Pratt. Ajoutez-y quelques esquisses du plus bel effet saupoudrés au rythme des différents chapitres qui découpent cette série, et vous obtenez cette très belle réussite !
Un album qui plaira sans conteste aux amateurs d'Hugo Pratt, mais aussi, et c'est là que réside le succès de cet album, aux néophytes du sieur et de son incroyable existence et créativité
Je ne m'attendais pas du tout à ça. Le nom de Vertigo et l'allure de la couverture me faisaient croire à un comics typique de cette collection, avec du fantastique, de l'action et une trame bien américaine. J'ai été surpris d'emblée de voir que les auteurs étaient brésiliens et que l'histoire prenait effectivement place dans le Brésil moderne, avec l'ambiance bien caractéristique de ce pays. Puis j'ai été surpris d'y découvrir non pas une intrigue à base de fantastique ou de super-héros mais un pur roman graphique à la construction originale.
Au début, je n'y ai pas trop accroché. Je comprenais qu'on allait voir des bouts peut-être indépendants de la vie d'un homme, dans le désordre chronologique, avec des chapitres d'une vingtaine de pages maximum où le héros mourait immanquablement à la fin. Au bout des premiers chapitres, comme je voyais mal le lien entre chaque scénette, je commençais à me lasser, peu intéressé par ces morceaux de vie et ces morts peu captivantes.
Et puis peu à peu les choses ont pris forme. Le déclic a probablement eu lieu à partir du chapitre où l'on découvre le héros à 10 ou 11 ans car sa mort, à ce jeune âge, m'a fait de la peine. Là, j'ai commencé à réaliser l'objectif des auteurs. Montrer la force et l'intérêt de chaque étape de la vie d'un homme par la perte que causerait sa mort à tel ou tel moment. "On ne comprend jamais mieux que l'on aime quelque chose qu'au moment où on le perd".
Se met alors en place un récit sur la vie, sur la force de ce qu'elle apporte notamment parce que la mort à la fin est inéluctable, sur le fait qu'il faille en profiter, transmettre ses émotions à ses proches et à ses enfants, etc...
Finalement, toute la vie est incluse dans cet ouvrage. La jeunesse, l'amitié, le travail, l'amour, la déception, la famille, les enfants, l'espoir, la perte, la vieillesse... et même un brave et bon chien-chien.
Le message est passé de belle manière, j'ai été de plus en plus touché au cours de ma lecture. Et même si quelques passages m'ont légèrement ennuyé, j'ai eu presque les larmes aux yeux sur certains autres vers la fin de l'ouvrage.
La morale est simple, évidente, mais tellement bien transmise par le biais de cette originalité narrative qu'il n'y a rien à en redire.
Un livre sur la vie par le biais de la mort.
Voici un bon récit réalisé à quatre mains qui s’attarde sur la vie à bord d’un U-Boot.
L’histoire de ce novice qui prend son service sur le sous-marin allemand est matinée d’une dose de fantastique. En effet, un livre interdit, qui aurait dû brûler lors de l’autodafé de 1933, fait des apparitions dans des endroits incongrus sans raisons apparentes. Ca se lit sans difficultés. On est pris par l’étrangeté de ce bouquin qui va conditionner l’équipage . . . Mais, derrière cette histoire, je retiendrai surtout le soin apporté aux planches. Avec un découpage frôlant la perfection, des dessins dynamiques et soignés et une mise en couleurs très à propos, on se régale !
Bref, un scénario honnête magnifié par des planches d’exception !
Ames sensibles s'abstenir. Si vous vous sentez mal à la vue du sang, si les aliments bizarres et pas toujours très frais vous donnent la nausée, cette BD n'est pas faite pour vous. Et c'est bien dommage car vous allez louper un petit bijou d'humour !
L'histoire est très originale et je pense que le scénariste doit avoir un sérieux problème pour imaginer des situations et des personnages aussi déjantés. Le scénario est truffé d'humour (plus certains volumes que d'autres).
Le dessin est clair, bien fait, rien à redire. Il fourmille de détails et n'hésitez pas à même lire les publicités et les titres des articles de presse collés sur les murs des décors.
Vivement le volume suivant !
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Après lecture du tome 5, ma note reste la même. Rien à redire, le dessin est toujours aussi expressif, plein de détails. Le scénario recèle encore quelques petites perles ce qui fait que la lecture est toujours aussi agréable et amusante. A quand le tome 6 ?
AHhhhhhhhhhhhh ! LA VOILA, la bonne surprise de ce début d'année !!! Merci Jetjet pour ton avis sur cette série qui avait su me mettre l'eau à la bouche et titiller ma curiosité. Un tour sur le stand Ankama à Angoulême pour voir ce que nous réservait le Label 619 a fini de me décider : me voilà reparti avec le tome 1 de "The Grocery" sous le bras !
Et c'est du tout bon, du tout cuit... ou plutôt du tout cru ! Car derrière cette première fausse impression de dessin pour gamin, ça balance sévère derrière ! Etrange mais EXCELLENT parti pris graphique que celui choisit par Guillaume Singelin. Lui qui m'avait accroché mais pas emballé dans le premier récit de Doggybags, m'a ici laissé sur le cul ! J'ai ADORE son graphisme simple, nerveux, expressif et faussement naïf qui tranche, contraste et accentue les péripéties (doux euphémisme) de notre bande de potes.
Ici, fi du manichéisme ! Les personnages sont entiers mais pas caricaturaux. Pas de ligne blanche (un rail ou deux à la rigueur...) infranchissable, plutôt des lignes pointillées entre lesquelles chacun slalome tant bien que mal pour échapper à l'ennui, sauver sa peau ou reconquérir ce qu'il a perdu. La guerre des gangs reprend du service, mais d'une façon des plus originales !
Ajoutez à cela, une trame sociale de l'Amérique dissolue actuelle, où pointent en ligne de mire les conflits armés et le système économique des subprimes qui laissent sur le carreau une frange non négligeable de la société américaine, et vous obtenez en filigrane de cette histoire déjantée, un cliché à vif de l'Amérique actuelle. Bravo à Aurélien Ducoudray qui nous tisse ici une histoire pour l'instant très bien ficelée et qui nous mets plus qu'en appétit pour une suite que j'attends plus qu'avec impatience !
Alors si comme moi Mutafukaz vous a fait délirer, je ne peux que vous conseiller cette nouvelle série de chez Ankama, qui s'annonce tout aussi originale, efficace, déjantée et délirante ! A lire impérativement pour les amateurs du genre !
****Lecture du tome 2****
Et c'est reparti pour un tour ! Angoulême, le retour, avec dans mes sacoches le second tome de "The Grocery" sorti là-bas en avant première ! Petit périple des plus intéressant, car il fut l'occasion d'un interview de Run et Guillaume Singelin (bientôt en ligne sur votre site préféré :p), qui m'a permis d'encore mieux apprécier le travail de nos bargeots de service.
Car après un premier tome des plus percutant, restait à transformer l'essai... Et c'est haut la main que ce deuxième opus remplit son office en déroulant tranquillement et balayant large devant son passage : home run finger in the noze en vue ! (Bon, j'm'emballe un peu, mais y'a de quoi !)
Le duo Ducoudray Singelin prends de l’assurance et monte en puissance ! L’histoire avance, rivée sur les rails d’une narration toujours aussi fluide, cinglante et efficace, et nos personnages s’étoffent au fil des pages en prenant de la profondeur. Bref, on n’est pas déçu ! Surtout que les nouveaux venus dans cette danse autour de ce corner ne font pas non plus dans la dentelle !
Le dessin de Guillaume Singelin toujours aussi mordant et original s’impose tranquillement. C’est impressionnant l’expressivité que ses gueules de Muppet arrivent à dégager ! Et le contraste entre ce dessin faussement simpliste et ce récit violent n’en est que plus marqué. Du tout bon !
Bref, le seul problème avec ce genre de BD, c’est qu’on est maintenant bon pour baver quelques temps avant d’avoir une suite à se mettre sous la dent. Attention, la méta’ de The Grocery, c’est de la bonne, tu tombes accroc direct !
Je ne sais pas comment les moins de 25 ans perçoivent cette catastrophe aujourd’hui, mais je me souviens qu’à l’époque ce fut (pour moi en tous cas) un énorme traumatisme malgré les tentatives du gouvernement et des médias français pour en minimiser la portée.
Tout d’abord, ce qui frappe au premier coup d’œil dans cette BD, c’est la beauté du graphisme, avec le recours à une aquarelle sépia et monochrome aux tonalités parfois très sombres, conférant une atmosphère oppressante dès les premières pages. C’est ainsi que l’on va suivre l’auteur dans son expédition avec la boule au ventre, comme si on y était, vers ce no man’s land terrifiant où le danger est invisible mais omniprésent. TCHER-NO-BYL . Ces trois syllabes, qui sonnent comme une explosion, une sorte d’éternuement atomique, exercent toujours le même pouvoir de fascination morbide mêlée d’effroi. Les voyeurs, eux, seront très certainement déçus, car ici Lepage évacue la question des malformations dès le début en ne faisant que reproduire – pudiquement - quelques photos d’enfants difformes prises quelques années après l’explosion, histoire de mettre les choses au clair. Une fois passés les questionnements liés à l’appréhension d’un tel voyage, l’arrivée dans la zone maudite, la découverte d’une ville fantôme et de ses ruines, l’approche de la centrale, gueule béante des enfers, comme un défi face à un monstre endormi, le récit va évoluer vers quelque chose d’inattendu, posant à Lepage et ses camarades artistes mille questions, leur imposant un virage à 180° - le titre résume tout. En effet, force leur est de constater, avec l’arrivée de la belle saison, que la nature s’est adaptée et a repris le dessus. La couleur, très rare au début, se fait de plus en plus fréquente, conférant à l’ensemble de la légèreté et éloignant la chape de plomb nucléaire.
Telle est la question se posant aux auteurs : comment décrire l’invisible ? Une nature exubérante aux couleurs chatoyantes, comme dopée par la radioactivité, contre toute attente. Une nature accueillante et omniprésente tout en restant très dangereuse pour quiconque s’y attarderait. Plus largement, se pose la question de l’objectivité de l’œuvre documentaire. Mandatés par une association humanitaire pour dénoncer les dangers du nucléaire, les auteurs sont confrontés à un vrai dilemme : doivent-ils dessiner ce qu’on attend d’eux ou dépeindre la réalité telle qu’ils la voient ?
A travers cette magnifique BD, l’auteur nous livre une œuvre libre, personnelle et sincère. Avec humilité et sensibilité, Lepage nous donne également à voir de beaux portraits des habitants de la région (et n’oublie pas au passage de rendre hommage aux « liquidateurs » qui se sont littéralement sacrifiés). Certains moments sont véritablement poignants, je peux affirmer sans hésitation qu’il s’agit de la meilleure BD documentaire qu’il m’ait été donnée de lire. Et en ce qui me concerne, malgré l’ « optimisme » dégagé par cette histoire, je ne suis pas devenu pour autant partisan du nucléaire. Cela reste une énergie terriblement dangereuse pour l’homme (qui voudrait habiter Tchernobyl à moins d’être suicidaire ?). Cet ouvrage ne fait que prouver que la nature s’en est toujours très bien sortie – et mieux – sans l’Homme, et devrait donc nous inciter à plus d’humilité devant des forces que l’on ne contrôle pas, comme en témoigne la catastrophe plus récente de Fukushima.
Je m’attendais à lire un récit historique mais je me suis surpris à y trouver un intérêt bien plus grand qu’escompté.
J’ai été littéralement happé par cette histoire hors norme d’un sous-marin anglais durant la seconde guerre mondiale. Le récit est une mine d’informations sur la vie à bord et sur les tactiques d’attaques. Mais à côté de cette rigueur des faits, il y a une aventure humaine bien contée avec, en haut de l’affiche, deux personnages typés : le capitaine expérimenté et son second gaffeur (Walter Woolf en l’occurrence). L’humour est aussi présent par touches parcimonieuses sans venir dénaturer la gravité des faits. Bref, voici un one shot qui a non seulement du corps mais également une âme. L’album se termine par des lettres du capitaine Woolf qui donne des éclaircissements sur la disparition du sous marin Thorn qui est longtemps resté une énigme.
A noter que j’ai la première édition. Non pas que j’y accorde de l’importance. Je trouve simplement la couverture superbe (contrairement à sa réédition).
A découvrir !
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Les Dormants
J'avais déjà remarqué le travail de Jonathan Muñoz dans Un léger bruit dans le moteur. Ses ambiances, son trait à la fois rond et nerveux m'avaient séduit. Le revoilà avec un projet personnel, qui n'est pas sans rappeler l'autre, puisqu'il se passe dans un trou paumé, avec des bouseux et des personnages barrés. La trame est simple, reposant sur les facultés toutes particulières des deux personnages principaux, et sur un passé douloureux... Sur ce canevas Muñoz tisse une intrigue assez simple, avec un élément perturbateur qui va bien sûr permettre à l'amnésique de renouer avec son passé... J'ai moins apprécié la toute fin, qui ressemble à une pirouette, mais n'apporte finalement pas grand-chose au récit. Attention à ne pas en faire une systématique... J'ai bien aimé le personnage de Dorine, qui vit seule mais entourée depuis des années, et qui reste finalement une jeune fille comme les autres... Graphiquement c'est encore une fois très bon, chaque passage étant doté d'une ambiance chromatique particulière, et la diversité du découpage montrant que Muñoz ne s'interdit rien. Une chouette lecture, sur 95% de sa longueur.
OPK
Oh mais ça sent très bon, ça ! On connaissait le talent de Matz (Le Tueur, pour ne citer que sa série ayant obtenu le plus de succès) pour proposer des intrigues hard boiled, dynamiques, avec des personnages aussi riches qu'inoubliables. C'est encore le cas ici, avec ce superflic qui va se retrouver à la tête d'une cellule dédiée aux meurtres liés aux univers virtuels. On remarquera que le scénariste ne s'encombre pas de détails concernant l'enquête, préférant nous montrer les scènes d'action plutôt que les longues sessions de recoupements de témoignages, les relevés d'identité ou le traçage des joueurs impliqués dans l'affaire... Une intrigue aux accents très actuels, avec pas mal d'action et peu de personnages. Matz, en changeant d'éditeur pour ce projet, s'est allié les services d'un surdoué, Fabien Bedouel, aussi à l'aise dans des ambiances historiques que dans des décors high-tech, celui-ci imprime sa marque sur OPK, avec des décors urbains vertigineux et un sens de l'espace qui a peu d'équivalents à l'heure actuelle. Il préfère d'ailleurs proposer des décors dépouillés, sans négliger les détails lorsque l'intrigue l'exige (comme à Rome, avec le Colisée). Une nouvelle série (courte) à suivre de près. De très près.
Hollywood Jan
Une excellente BD comme j'aimerais en lire plus souvent, vraiment, doublé d'un énorme coup de cœur pour le concept. Concept qui est ? Un jeune ado plutôt mal dans sa peau et pas forcément très intégré, trouve, comme échappatoire, la compagnie de ses trois amis imaginaires eux, sortit du cinéma d'action des 80's : Arnold Schwarzenegger ; Sylverster Stallone et Russell Crowe. Une sorte de "Calvin & Hobbes" pour ado en somme... Sur cet excellent concept, Bastien Vivès (qui n'avait pas, alors, sa popularité actuelle) et Michael Sanlaville nous offre une histoire passionnante, qui me parle forcément (quoique j'ai la chance d'être plus beaucoup socialisé que Jan, mais j'ai des connaissances qui sont un peu dans son cas), et que j'ai trouvé extrêmement drôle (voire interagirent les trois acteurs bourrins, habillés avec les costumes de leurs personnages fétiches, avec l'environnement de Jan est à hurler de rire, entre l'obsédé tripoteur Russell et l'imprévisible Arnold), et même si j'ai trouvé la fin un peu spéciale, il y a pas à dire ; cette histoire, c'est du grand art. Comme à côté, le dessin (fait à 4 mains) est plutôt bon, dynamique et efficace (comme du Vivès), et bien on passe un moment vraiment génial... A découvrir !!!
Hugo Pratt, un gentilhomme de fortune
Moi qui ne suis pas spécialement un fan des biographies, j'ai trouvé celle-ci sur Hugo Pratt plus que réussie ! Et ce n'est pas parce que je suis amateur de Pratt et plus particulièrement de Corto Maltese que je suis comblé. La force de cette série tient à la grande réussite narrative qu'on nous propose. Tout comme dans l'univers et les personnages qui faisaient la force du travail de Pratt, sa vie nous est rapportée comme un grand roman d'aventures où tous les ingrédients sont réunis pour un grand festin : Les personnages étranges et pittoresques (jusque dans la famille même de Pratt !), les décors grandioses en passant de l'Afrique coloniale à Venise, les intrigues et les mystères qui font le charme des grands récits d'Aventure. Tout est ici présent et mis en scène pour qu'on en arrive presque à oublier qu'on relate la vie du créateur de Corto Maltese... Paolo Cossi s'amuse également avec la forme et les personnages de Pratt pour mettre en scène la vie de son sujet. Raspoutine en fait les frais, pour notre plus grand plaisir ! Tout cela de la plus subtile des manières, sans lourdeur, ni présomption. Quant au graphisme de Cossi, j'ai trouvé qu'il collait parfaitement au récit plein d'élan et de vivacité. Son dessin fluide et efficace relevé par une colorisation axée sur les ocres est juste parfaite. Et même dans ce petit format (17x24), il joue sur la composition de ses planches, alternant pleines pages et cadrages intelligents pour soutenir le rythme que nécessite cette vie "trop" remplie qui caractérise tant Hugo Pratt. Ajoutez-y quelques esquisses du plus bel effet saupoudrés au rythme des différents chapitres qui découpent cette série, et vous obtenez cette très belle réussite ! Un album qui plaira sans conteste aux amateurs d'Hugo Pratt, mais aussi, et c'est là que réside le succès de cet album, aux néophytes du sieur et de son incroyable existence et créativité
Daytripper (au jour le jour)
Je ne m'attendais pas du tout à ça. Le nom de Vertigo et l'allure de la couverture me faisaient croire à un comics typique de cette collection, avec du fantastique, de l'action et une trame bien américaine. J'ai été surpris d'emblée de voir que les auteurs étaient brésiliens et que l'histoire prenait effectivement place dans le Brésil moderne, avec l'ambiance bien caractéristique de ce pays. Puis j'ai été surpris d'y découvrir non pas une intrigue à base de fantastique ou de super-héros mais un pur roman graphique à la construction originale. Au début, je n'y ai pas trop accroché. Je comprenais qu'on allait voir des bouts peut-être indépendants de la vie d'un homme, dans le désordre chronologique, avec des chapitres d'une vingtaine de pages maximum où le héros mourait immanquablement à la fin. Au bout des premiers chapitres, comme je voyais mal le lien entre chaque scénette, je commençais à me lasser, peu intéressé par ces morceaux de vie et ces morts peu captivantes. Et puis peu à peu les choses ont pris forme. Le déclic a probablement eu lieu à partir du chapitre où l'on découvre le héros à 10 ou 11 ans car sa mort, à ce jeune âge, m'a fait de la peine. Là, j'ai commencé à réaliser l'objectif des auteurs. Montrer la force et l'intérêt de chaque étape de la vie d'un homme par la perte que causerait sa mort à tel ou tel moment. "On ne comprend jamais mieux que l'on aime quelque chose qu'au moment où on le perd". Se met alors en place un récit sur la vie, sur la force de ce qu'elle apporte notamment parce que la mort à la fin est inéluctable, sur le fait qu'il faille en profiter, transmettre ses émotions à ses proches et à ses enfants, etc... Finalement, toute la vie est incluse dans cet ouvrage. La jeunesse, l'amitié, le travail, l'amour, la déception, la famille, les enfants, l'espoir, la perte, la vieillesse... et même un brave et bon chien-chien. Le message est passé de belle manière, j'ai été de plus en plus touché au cours de ma lecture. Et même si quelques passages m'ont légèrement ennuyé, j'ai eu presque les larmes aux yeux sur certains autres vers la fin de l'ouvrage. La morale est simple, évidente, mais tellement bien transmise par le biais de cette originalité narrative qu'il n'y a rien à en redire. Un livre sur la vie par le biais de la mort.
Pacifique
Voici un bon récit réalisé à quatre mains qui s’attarde sur la vie à bord d’un U-Boot. L’histoire de ce novice qui prend son service sur le sous-marin allemand est matinée d’une dose de fantastique. En effet, un livre interdit, qui aurait dû brûler lors de l’autodafé de 1933, fait des apparitions dans des endroits incongrus sans raisons apparentes. Ca se lit sans difficultés. On est pris par l’étrangeté de ce bouquin qui va conditionner l’équipage . . . Mais, derrière cette histoire, je retiendrai surtout le soin apporté aux planches. Avec un découpage frôlant la perfection, des dessins dynamiques et soignés et une mise en couleurs très à propos, on se régale ! Bref, un scénario honnête magnifié par des planches d’exception !
Tony Chu Détective Cannibale
Ames sensibles s'abstenir. Si vous vous sentez mal à la vue du sang, si les aliments bizarres et pas toujours très frais vous donnent la nausée, cette BD n'est pas faite pour vous. Et c'est bien dommage car vous allez louper un petit bijou d'humour ! L'histoire est très originale et je pense que le scénariste doit avoir un sérieux problème pour imaginer des situations et des personnages aussi déjantés. Le scénario est truffé d'humour (plus certains volumes que d'autres). Le dessin est clair, bien fait, rien à redire. Il fourmille de détails et n'hésitez pas à même lire les publicités et les titres des articles de presse collés sur les murs des décors. Vivement le volume suivant ! -------------------------------------------------- Après lecture du tome 5, ma note reste la même. Rien à redire, le dessin est toujours aussi expressif, plein de détails. Le scénario recèle encore quelques petites perles ce qui fait que la lecture est toujours aussi agréable et amusante. A quand le tome 6 ?
The Grocery
AHhhhhhhhhhhhh ! LA VOILA, la bonne surprise de ce début d'année !!! Merci Jetjet pour ton avis sur cette série qui avait su me mettre l'eau à la bouche et titiller ma curiosité. Un tour sur le stand Ankama à Angoulême pour voir ce que nous réservait le Label 619 a fini de me décider : me voilà reparti avec le tome 1 de "The Grocery" sous le bras ! Et c'est du tout bon, du tout cuit... ou plutôt du tout cru ! Car derrière cette première fausse impression de dessin pour gamin, ça balance sévère derrière ! Etrange mais EXCELLENT parti pris graphique que celui choisit par Guillaume Singelin. Lui qui m'avait accroché mais pas emballé dans le premier récit de Doggybags, m'a ici laissé sur le cul ! J'ai ADORE son graphisme simple, nerveux, expressif et faussement naïf qui tranche, contraste et accentue les péripéties (doux euphémisme) de notre bande de potes. Ici, fi du manichéisme ! Les personnages sont entiers mais pas caricaturaux. Pas de ligne blanche (un rail ou deux à la rigueur...) infranchissable, plutôt des lignes pointillées entre lesquelles chacun slalome tant bien que mal pour échapper à l'ennui, sauver sa peau ou reconquérir ce qu'il a perdu. La guerre des gangs reprend du service, mais d'une façon des plus originales ! Ajoutez à cela, une trame sociale de l'Amérique dissolue actuelle, où pointent en ligne de mire les conflits armés et le système économique des subprimes qui laissent sur le carreau une frange non négligeable de la société américaine, et vous obtenez en filigrane de cette histoire déjantée, un cliché à vif de l'Amérique actuelle. Bravo à Aurélien Ducoudray qui nous tisse ici une histoire pour l'instant très bien ficelée et qui nous mets plus qu'en appétit pour une suite que j'attends plus qu'avec impatience ! Alors si comme moi Mutafukaz vous a fait délirer, je ne peux que vous conseiller cette nouvelle série de chez Ankama, qui s'annonce tout aussi originale, efficace, déjantée et délirante ! A lire impérativement pour les amateurs du genre ! ****Lecture du tome 2**** Et c'est reparti pour un tour ! Angoulême, le retour, avec dans mes sacoches le second tome de "The Grocery" sorti là-bas en avant première ! Petit périple des plus intéressant, car il fut l'occasion d'un interview de Run et Guillaume Singelin (bientôt en ligne sur votre site préféré :p), qui m'a permis d'encore mieux apprécier le travail de nos bargeots de service. Car après un premier tome des plus percutant, restait à transformer l'essai... Et c'est haut la main que ce deuxième opus remplit son office en déroulant tranquillement et balayant large devant son passage : home run finger in the noze en vue ! (Bon, j'm'emballe un peu, mais y'a de quoi !) Le duo Ducoudray Singelin prends de l’assurance et monte en puissance ! L’histoire avance, rivée sur les rails d’une narration toujours aussi fluide, cinglante et efficace, et nos personnages s’étoffent au fil des pages en prenant de la profondeur. Bref, on n’est pas déçu ! Surtout que les nouveaux venus dans cette danse autour de ce corner ne font pas non plus dans la dentelle ! Le dessin de Guillaume Singelin toujours aussi mordant et original s’impose tranquillement. C’est impressionnant l’expressivité que ses gueules de Muppet arrivent à dégager ! Et le contraste entre ce dessin faussement simpliste et ce récit violent n’en est que plus marqué. Du tout bon ! Bref, le seul problème avec ce genre de BD, c’est qu’on est maintenant bon pour baver quelques temps avant d’avoir une suite à se mettre sous la dent. Attention, la méta’ de The Grocery, c’est de la bonne, tu tombes accroc direct !
Un printemps à Tchernobyl
Je ne sais pas comment les moins de 25 ans perçoivent cette catastrophe aujourd’hui, mais je me souviens qu’à l’époque ce fut (pour moi en tous cas) un énorme traumatisme malgré les tentatives du gouvernement et des médias français pour en minimiser la portée. Tout d’abord, ce qui frappe au premier coup d’œil dans cette BD, c’est la beauté du graphisme, avec le recours à une aquarelle sépia et monochrome aux tonalités parfois très sombres, conférant une atmosphère oppressante dès les premières pages. C’est ainsi que l’on va suivre l’auteur dans son expédition avec la boule au ventre, comme si on y était, vers ce no man’s land terrifiant où le danger est invisible mais omniprésent. TCHER-NO-BYL . Ces trois syllabes, qui sonnent comme une explosion, une sorte d’éternuement atomique, exercent toujours le même pouvoir de fascination morbide mêlée d’effroi. Les voyeurs, eux, seront très certainement déçus, car ici Lepage évacue la question des malformations dès le début en ne faisant que reproduire – pudiquement - quelques photos d’enfants difformes prises quelques années après l’explosion, histoire de mettre les choses au clair. Une fois passés les questionnements liés à l’appréhension d’un tel voyage, l’arrivée dans la zone maudite, la découverte d’une ville fantôme et de ses ruines, l’approche de la centrale, gueule béante des enfers, comme un défi face à un monstre endormi, le récit va évoluer vers quelque chose d’inattendu, posant à Lepage et ses camarades artistes mille questions, leur imposant un virage à 180° - le titre résume tout. En effet, force leur est de constater, avec l’arrivée de la belle saison, que la nature s’est adaptée et a repris le dessus. La couleur, très rare au début, se fait de plus en plus fréquente, conférant à l’ensemble de la légèreté et éloignant la chape de plomb nucléaire. Telle est la question se posant aux auteurs : comment décrire l’invisible ? Une nature exubérante aux couleurs chatoyantes, comme dopée par la radioactivité, contre toute attente. Une nature accueillante et omniprésente tout en restant très dangereuse pour quiconque s’y attarderait. Plus largement, se pose la question de l’objectivité de l’œuvre documentaire. Mandatés par une association humanitaire pour dénoncer les dangers du nucléaire, les auteurs sont confrontés à un vrai dilemme : doivent-ils dessiner ce qu’on attend d’eux ou dépeindre la réalité telle qu’ils la voient ? A travers cette magnifique BD, l’auteur nous livre une œuvre libre, personnelle et sincère. Avec humilité et sensibilité, Lepage nous donne également à voir de beaux portraits des habitants de la région (et n’oublie pas au passage de rendre hommage aux « liquidateurs » qui se sont littéralement sacrifiés). Certains moments sont véritablement poignants, je peux affirmer sans hésitation qu’il s’agit de la meilleure BD documentaire qu’il m’ait été donnée de lire. Et en ce qui me concerne, malgré l’ « optimisme » dégagé par cette histoire, je ne suis pas devenu pour autant partisan du nucléaire. Cela reste une énergie terriblement dangereuse pour l’homme (qui voudrait habiter Tchernobyl à moins d’être suicidaire ?). Cet ouvrage ne fait que prouver que la nature s’en est toujours très bien sortie – et mieux – sans l’Homme, et devrait donc nous inciter à plus d’humilité devant des forces que l’on ne contrôle pas, comme en témoigne la catastrophe plus récente de Fukushima.
Les Derniers corsaires
Je m’attendais à lire un récit historique mais je me suis surpris à y trouver un intérêt bien plus grand qu’escompté. J’ai été littéralement happé par cette histoire hors norme d’un sous-marin anglais durant la seconde guerre mondiale. Le récit est une mine d’informations sur la vie à bord et sur les tactiques d’attaques. Mais à côté de cette rigueur des faits, il y a une aventure humaine bien contée avec, en haut de l’affiche, deux personnages typés : le capitaine expérimenté et son second gaffeur (Walter Woolf en l’occurrence). L’humour est aussi présent par touches parcimonieuses sans venir dénaturer la gravité des faits. Bref, voici un one shot qui a non seulement du corps mais également une âme. L’album se termine par des lettres du capitaine Woolf qui donne des éclaircissements sur la disparition du sous marin Thorn qui est longtemps resté une énigme. A noter que j’ai la première édition. Non pas que j’y accorde de l’importance. Je trouve simplement la couverture superbe (contrairement à sa réédition). A découvrir !