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Par Ro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Abymes
Abymes

Avec le premier tome de cette trilogie, nous nous trouvons dans le cadre d'une intrigante fable fantastique au 19e siècle, mettant en scène Honoré de Balzac au sommet de sa gloire. La mise en abyme s'entame ici puisque le célèbre auteur découvrira avec surprise sa propre biographie, documentée jusqu'à ses plus profonds secrets et publiée à qui veut la lire dans le journal. Cela ressemble à un conte fantastique à la Maupassant si ce n'est qu'il met en scène un écrivain réel et aussi célèbre que Balzac. Le graphisme de Griffo est plutôt excellent, proche de son autre série Monsieur Noir que j'aime beaucoup. L'histoire se lit très bien et on est assez intrigué, même si la fin se révèle un peu trop prévisible. J'aurais aimé plus d'originalité dans cette conclusion. Le second tome, ensuite, reste de bonne facture mais m'a un peu moins charmé. D'une part, je ne connais absolument pas Clouzot comme cinéaste donc un récit le prenant comme personnage principal ne m'enthousiasme pas plus que ça. Ensuite le graphisme de Loïc Malnati ne m'a pas séduit. Je n'aime pas l'encrage spécial qu'il utilise ici. Je ne sais pas quelle technique il a utilisé mais cela donne une impression de trait épais et pixelisé alors que ce n'est pas du tout le cas en réalité. Les couleurs sont également ternes et l'ensemble en ressort assez triste et morne à mon goût. Et puis j'ai été aussi surpris du fait que le scénario de ce tome là n'ait finalement aucune composante fantastique à l'inverse du premier tome. Tout s'explique à la fin d'une manière qui tient la route mais qui diffère du ton de fable fantastique qu'avait pris le premier tome. On est plus ici dans le cadre d'un récit historique et d'un hommage à un cinéaste célèbre, même si la biographie du personnage y est brusquement modifiée par rapport à la réalité. Puis vient le dernier tome et là, la série prend soudainement une saveur bien plus intéressante à mes yeux. Il est réalisé par Valérie Mangin toujours au scénario mais cette fois Denis Bajram au dessin. Et il met en scène... Valérie Mangin et Denis Bajram. C'est une mise en abyme supplémentaire par rapport aux deux premiers tomes puisque ceux-ci apparaissent aussi "physiquement" dans le récit de ce troisième tome, page de garde et numéro ISBN inclus, et sont au coeur d'un récit qui retrace une grande partie de la vie d'étudiants puis de couple des deux auteurs. Cette fois, le fantastique reprend pied dans l'intrigue, voire même la science-fiction sur la fin. Mais c'est surtout le vertige causé par la mise en abyme de l'intrigue qui est marquante. Un degré à ce vertige est encore ajouté par le fait que la vie des deux auteurs tourne largement autour du monde de la bande dessinée et des libraires parisiens et bruxellois, ce qui inclut donc d'une certaine part le lecteur amateur de BD lui-même dans l'histoire. Sans parler du fait que les deux héros se demandent à un moment s'ils ne sont pas eux-mêmes des personnages de bande dessinée. J'ai aimé l'excellent graphisme et les couleurs de Bajram, même si les quelques décors en photos retouchées m'ont un peu refroidi. J'ai aimé la façon dont les deux auteurs mettaient leur jeunesse et leur amour en images, je me suis senti très proche d'eux, même si je n'ai rien des littéraires et artistes parisiens qu'ils étaient durant leurs études. Et j'ai aimé le trouble causé par la mise en abyme et leurs questionnements pour lesquels j'ai presque réussi à me sentir impliqué. Et puis j'ai aimé aussi cette fin étonnante, prenant presque la forme d'un clin d'oeil amusant. C'est en tout cas une conclusion d'une belle envergure imaginaire. On y sent nettement la patte des auteurs du Fléau des Dieux et de Universal War One. En résumé, après deux premiers tomes sympathiques mais qui ne m'auront pas plus touché que cela, le dernier tome donne soudainement à l'ensemble une vraie profondeur, abyssale presque oserais-je dire non sans sourire, et j'y ai véritablement accroché. L'idée de la série se révèle vraiment bonne et la façon dont le couple Mangin/Bajram s'y livre est à la fois étonnante, troublante et attendrissante.

15/01/2013 (MAJ le 04/05/2013) (modifier)
Par Superjé
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Jérusalem, portrait de famille
Jérusalem, portrait de famille

Fidèle à sa ligne directrice, la collection Ecritures de Casterman propose des récits mélangeant deux genres : le roman graphique et la BD historique, le tout traité de façon très moderne. Un gros pavé, 400 pages, sur le début du conflit israélo-palestinien. Je ne l'ai pas lu, mais d'après ce que j'ai pu grapiller comme info, on n'est pas si loin que ça d'un Habibi par exemple ? Ce conflit, dont je connais peu de choses (on ne l'étudie pas à l'école), m'a toujours intéressé de par son apparente complexité (ça m'a poussé à lire, par exemple Palestine de Joe Sacco). Ici, le point de vue est plus celui des civils juifs, au tout début du conflit (les années 50), lorsque l'occupation britannique était encore en place. Je ne pourrais pas dire que je ressors de ma lecture en ayant mieux compris les tenants et les aboutissants de cette guerre, c'est clair que tout est encore très confus dans mon esprit (le livre revient sur peu d’éléments historiques), et pour saisir pleinement le côté historique, je pense qu'il faut déjà avoir un solide background sur le sujet, mais est-ce un point si négatif ? Je veux dire, maintenant je connais légèrement mieux la situation de l'époque, en Palestine, mais surtout ce roman graphique m'a souvent, et c'est finalement pour moi le plus important, touché. Il y a réellement plusieurs scènes que j'ai trouvées très émouvantes, d'autres plus légères, le reste pour la plupart très intéressantes. Non, vraiment, le scénario de cette BD est quand même très bien écrit. En plus, à côté de ça, le dessin est loin d'être vilain. Il n'est pas magnifique, loin de là, et peut paraître même légèrement simpliste (quoique c'est le genre de trait un tout petit peu naïf que j'apprécie) qui me parait vraiment maîtrisé. Bref, du tout bon pour cette nouveauté.

04/05/2013 (modifier)
Par Spooky
Note: 3/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Do androids dream of electric sheep?
Do androids dream of electric sheep?

Comme nombre de personnes - trop sans doute - j'ai quasiment découvert l'oeuvre de Dick au travers du superbe film de Ridley Scott. Mais comme peu (je pense) j'ai essayé de découvrir l'oeuvre originale. Vingt ans après m'est donc offerte la possibilité de lire une nouvelle adaptation de la novella (et non roman) de cet auteur à part. A l'époque de ma première lecture, je n'y ai pas compris grand chose, je dois bien l'avouer. La force de cette adaptation est d'avoir - à la demande des héritiers de PKD - conservé le texte intégral. La marge de manoeuvre de Tony Parker fut donc infime. Mais il s'en sort, je trouve, avec les honneurs. Au-delà de l'intertexte qui se dégage avec les lectures périphériques (dont je parlerai plus tard), son illustration me semble vraiment proche du texte. Bien sûr, celui-ci paraît un peu lourd, par exemple dans les descriptifs, mais c'est un écueil que Parker évite habilement, rendant la lecture assez aisée. L'utilisation du texte intégral permet d'intégrer les différentes strates du récit de Dick. Citons la trame principale, celle de Deckard traquant les androïdes - qui ne veulent rien d'autre que se fondre parmi les humains - ainsi que ses réflexions intérieures, dont tout un filigrane concernant la propriété d'un animal (et qui a donné à l'oeuvre son titre original). Il y a aussi la trame du demeuré avec Mercer, qui reflète les préoccupations philosophiques de Dick, mais donne surtout une toile de fond un rien métaphysique au récit. Le troisième tome donne lieu à une seule scène, un faux-semblant entre chasseurs de primes du plus bel effet. L'intrigue n'y avance pas beaucoup, mais il s'agit tout de même d'une transition palpitante à lire. Les différents témoignages présents en bonus permettent une lecture plus en profondeur. Le cinquième tome se résume quant à lui à une seule véritable scène ; je trouve que Tony Parker tire sur la corde, avant de conclure dans le sixième de fort belle façon, ma foi, l'ensemble des éléments de l'histoire se rejoignant de façon assez logique. Une excellente idée donc de la part des Editions EP de nous proposer une adaptation (de haut niveau) et en quelque sorte une explication de texte. Bonne idée également d'avoir confié les illustrations de couverture à Stefan Thanneur, auteur rare mais très doué pour cet exercice. Il apporte un certain côté christique présent en filigrane dans l'oeuvre. Le boulot graphique de Tony Parker, assisté aux couleurs par Blond, est indéniablement de qualité, même si je trouve les personnages un poil inexpressifs par moments. Ce bon moment de lecture initial a fait place à un brin d'ennui face à des scènes qui traînent en longueur, même si la fin reprend un rythme "classique". C'est l'adaptation d'un texte très connu d'un auteur majeur de la scène SF, mais on a presque l'impression de le redécouvrir à cette occasion. Beau boulot tout de même.

24/07/2011 (MAJ le 02/05/2013) (modifier)
Par elveen
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Belles Histoires de l'Oncle Alix
Les Belles Histoires de l'Oncle Alix

Oui, oui, j’ai lu 'Les Belles Histoires de l’Oncle Alix'. Je suis même parmi les premiers lecteurs de cette… chose. Pourtant je n’avais pas posté mon avis (Superjé, pourras-tu me pardonner ?) Je répare donc cette lacune. Premièrement, et c’est sans doute un défaut professionnel, je ne peux m’empêcher de râler à la lecture ! :! Moi qui ai eu l’ouvrage en mains avant sa parution, pourquoi n’ai-je pas pris le temps de le relire avant ! Cela aurait permis d’éviter nombre de fautes d’orthographe ou de frappe. Pour mon excuse, je dois dire que je n’ai eu que quelques jours pour faire un peu de mise en page (là non plus, je ne suis pas contente de moi). Je n’ai d’ailleurs lu l’ensemble qu’après publication. Superjé m’a laissé un délai tellement court que je n’avais pas eu le temps de le lire ! :S Quelle poigne, ce jeunot ! Merci à toi pour ce beau projet, ce cadeau que tu as fait à tous les habitués du site. Au niveau du contenu, j’ai vraiment beaucoup aimé. Les dessins sont certes le travail d’amateurs, mais des amateurs qui y ont mis du temps, du talent et du cœur. :) J’admire la maîtrise de Pierig, mais vous allez dire que je ne suis pas objective… Mon histoire préférée est celle du Far West, grâce à un scénario enclumesque ! (Oui, ce mot mérite d’entrer dans le dictionnaire, au moins dans celui de BDT !) J’ai adoré toutes les références, même si c’est ce qui fait aussi la faiblesse de l’ouvrage : trop de private jokes. Je n’ai moi-même pas tout saisi... (Je sais, c’est ma faute, je n’avais qu’à être plus présente sur le site ! ;)) Cette BD m’a fait rire, et ce n’est pas rien de le dire ! Il est rare d’entendre des éclats de rire quand je lis une BD, même si elle est censée être drôle. :?) Là, j’ai pris mon pied. :) Mais 'Les Belles Histoires…' m’ont aussi touchée. Elles m’ont rappelé tant de bons moments, dont les meilleurs sont ceux où il n’y avait plus d’écrans entre nous. J’ai particulièrement apprécié les témoignages de chacun. C’est ce qui rend BDT si attachant : son côté humain. Cela m’a rappelé pourquoi j’aimais autant flâner sur le site, et m’a donné envie d’y revenir plus souvent. Les bdthéquiens changent, certains s'en vont, d'autres arrivent; certains installent leurs pénates alors que d'autres ne font que passer, mais le site est toujours aussi intéressant et amusant. L’ensemble constitué par ces récits BD, ces témoignages, ces illustrations etc. fait peut-être un peu fourre-tout, mais un contenu varié comme celui-là est plaisant à lire. Il aurait pu être mieux fini, à tous les niveaux, mais vous ne l’auriez pas eu avant les 20 ans du site… Le contenu aurait pu être plus abordable, mais il aurait sans doute perdu un peu de ses charmes. Bref, ce n’est pas parfait, mais les auteurs n’ont jamais eu cette prétention. Je les remercie tous les cinq. Grand bravo à tous ! Un merci énorme aussi à Alix, ainsi qu’à tous les modérateurs.

02/05/2013 (modifier)
Par zébu
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Kashimashi - Girl meets Girl
Kashimashi - Girl meets Girl

Après la lecture de la totalité des cinq albums de la série. Hazumu est un jeune adolescent plutôt timide et réservé. Un jour, il décide d'avouer ses sentiments à l'élue de son coeur avec qui il entretient une relation amicale depuis peu. Hélas, il se fait éconduire. Déprimé il décide de gravir une montagne pour s'isoler et broyer du noir. Mais des extra-terrestres en détresse s'écrasent au sommet et tuent notre héros. Pris de remords, ils décident de le ressuciter mais ils ne le peuvent qu'à condition de le faire changer de sexe. Une nouvelle vie commence alors pour notre héros maintenant transformé en jeune fille, ce qui va bouleverser le regard et les relations qu'il entretient avec son entourage et plus particulièrement avec ses amis. De plus, les extra-terrestres le surveillent en permanence puisqu'ils voient en cette expérience une bonne occasion d'étudier le comportement humain. Voici une histoire qui démarre de façon plutôt originale puisque d'entrée le héros se fait transformer en fille par des extra-terrestres, ce qui procure bon nombre de situations comiques ; car vous vous en doutez le fait de retrouver du jour au lendemain l'esprit d'un jeune homme dans le corps d'une ravissante étudiante donne forcément des moments bien drôles et embarrassants. En plus certains personnages secondaires ne sont présents que pour apporter une touche humoristique (le père pervers, la prof en manque d'affection, le meilleur ami qui se fait des films, les extra-terrestres fouineurs et farceurs). Toutefois ne vous y trompez pas nous avons affaire, en premier lieu, à une série qui met en scène des relations amoureuses chaotiques et embrouillées entre les trois personnages principaux. En effet, deux filles au physique et au caractère totalement différents vont tomber amoureuses de notre héros (héroïne) qui, lui (elle), en pince pour les deux ; enfin disons qu'il (elle) est même plutôt perdu(e). Aussi, toute l'histoire va se baser sur les choix difficiles auquels il (elle) devra faire face ainsi que sur les divers rapprochements de chacun. Dès le début on est vite emporté dans la vie de personnages attachants et on dévore avec avidité les cinq tomes de la série afin de connaitre le dénouement d'une l'histoire qui oscille sans arrêt entre moments drôles et d'autres plus sérieux ou émouvants. De plus, le scénario met en valeur des sentiments amoureux profonds, authentiques et sincères très bien retranscrits -ce qui est fort appréciable - et on est bien loin des ambiances cul-cul la praline avec des personnages clichés ou énervants que l'on peut trouver assez souvent dans beaucoup de séries sentimentales. A noter que cette série peut s'apparenter au thème yuri (relation homosexuelle féminine pour ceux qui connaissent pas) puisque l'héroïne éprouve des sentiments amoureux pour d'autres personnages du même sexe. Mais vu que ces dernières ne la considèrent pas vraiment comme une fille mais plutôt comme le garçon d'avant sa transformation, on peut aussi penser que l'on a affaire à une série possédant une banale histoire de triangle amoureux. De ce point de vue, l'auteur semble vouloir faire passer un message de tolérance très connu mais non moins superbe : peu importe le physique de la personne aimée, ce qui compte c'est la beauté intérieure. Enfin cette série possède une fin très belle car ultra romantique et vraiment explicite ce qui s'avère assez rare pour des série de ce genre. Au niveau des dessins, on peut dire que l'ensemble est bien maitrisé et qu'il s'agit d'un style assez classique que l'on retrouve souvent dans les mangas. Sinon, le principal coté négatif pour moi réside dans le fait que les personnages secondaires ne sont pas du tout ou trop peu exploités ; car, au final, ils ne sont présents que pour apporter une touche comique ou pour mettre en valeur les trois principaux protagonistes. Mais disons que ce petit défaut passe sur un plan plus que secondaire puisque ce qui nous intéresse c'est bel et bien l'évolution relationnelle des héroïnes qui forment un triangle amoureux. Evidemment c'est une série sans grands rebondissements réservée à un public friand du genre et ceux qui cherchent de l'action ou quelque chose qui bouge n'ont pas frappé à la bonne porte. Il y a aussi le fait que l'on traite en quelque sorte du sujet sensible que représente l'homosexualité qui peut choquer ou déplaire à une certaine catégorie de population. Ceci mis à part, on peut dire que cette série s'adresse à un large éventail de lecteurs donc autant masculins que féminins et c'est un homme ayant passé la trentaine qui vous le dit. A noter aussi qu'il existe un animé du même nom tout autant réussi et qui reprend assez fidèlement la série ; donc ceux qui ne veulent pas acheter les bouquins peuvent le trouver facilement mais surtout gratuitement sur internet. Bref, une superbe série sentimentale fantastico-comique (quoique le coté fantastique passe vraiment au énième plan) très prenante, avec des personnages attachants très sympatiques, alternant brillamment entre divers passages drôles et autres moments sérieux voire émouvants et qui traite d'un amour avec un grand A profond, compliqué et sincère. Pour moi ça mérite largement un quatre sur cinq et je mets l'option coup de coeur par la même occasion car l'ensemble m'a laissé un souvenir fort apréciable et je le conseille fortement à tous les amateurs du genre. A bon entendeur salut.

02/05/2013 (modifier)
Par jul
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Eaux de Mortelune
Les Eaux de Mortelune

Je ne sais si je peux chroniquer cette série car je n'ai lu que les 5 premiers tomes (8 tomes, 9 tomes ?) mais ces albums je les ai lus et relus et cet univers s'est vraiment imprimé dans mon cortex cérébral. C'est une œuvre très noire (malgré ses couleurs pâles et acidulées typiques des années 80) voire malsaine. La cour du prince de Mortelune ne valant pas mieux que le peuple. D'un côté nous avons les aristocrates cyniques et cruels (le mot est faible) passant le plus clair de leur temps à partouzer (avec des monstres, des enfants...) et à organiser des sortes de chasses à l'homme dans la ville dévastée. Et de l'autre le peuple et autres gueux qui se mangent littéralement entre eux (bon les aristos sont également cannibales... ). En dehors de Nicolas l'autiste rêveur et du nain de la taverne tout le monde est mauvais et cynique. L’héroïne qui pourtant est prostituée par son père le boucher n'hésite pas à passer du côté du prince et entretient une liaison avec lui. Elle tombe même amoureuse de cette ordure délicate et cruelle. Car c'est très subtil dans l'écriture, les personnages révélant une réelle profondeur derrière leurs pires aspects. Tout le monde ou presque est abject mais au fur et à mesure des albums on développe une réelle empathie pour eux car on apprend à les connaître. Et l'histoire est vraiment passionnante (du moins dans ces 5 premiers albums après je ne sais pas). Ce que j'aime également dans cette série c'est la magie présente derrière l'horreur et le dégoût des situations et des personnages qui du coup ressort beaucoup plus intensément (les réserves d'eaux sous le palais de Mortelune, la personnalité de l’héroïne et sa relation avec le prince, le personnage de Nicolas son petit frère). Un peu comme la série Face de Lune de Boucq et Jodorowsky. De plus le dessin d'Adamov est de très grande qualité. Sa représentation d'un Paris dévasté est à couper le souffle (Notre Dame, Le Sacré Coeur, le métro... mais ensevelis sous des gravas ou de la végétation). C'est pratiquement une reconstitution historique. C'est très très fort. Bref je recherche activement les tomes suivants (qui parait-il sont de moins en moins bons scénaristiquement parlant ), plus oniriques et fantastiques.

01/05/2013 (modifier)
Par jul
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Silence
Silence

Silence ... Que dire de plus sur cette oeuvre culte de la bd franco-belge période à suivre ? Rien. Tout a été dit. J'ai été bercé par cette oeuvre magistrale depuis tout petit et sa relecture est toujours un plaisir où l'on se laisse porter par l'ambiance envoûtante de sorcellerie campagnarde. Les jeunes lecteurs pourraient être rebutés par le graphisme très particulier de Comes, ses visages étranges statiques et froids (tel un mélange de serpents et de chats) assez datés c'est vrai, mais ça serait passer à côté de la superbe magie triste qui imprègne cette oeuvre. Certaines pages sont sublimes (en particulier celles avec le sorcier " la mouche" et celles du crapaud).

01/05/2013 (modifier)
Par jul
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Poissart (Les Damnés de la terre associés)
Les Poissart (Les Damnés de la terre associés)

Ah les damnés de la terre de Tronchet. Une bd culte pour moi. Un bijou d'humour noir très très méchant, cynique et paradoxalement très humaniste. Car on les aime ces damnés de la terre. Le graphisme est moche (on reconnait tout de suite le style moche inimitable de Tronchet). Les couleurs sont moches. Les personnages sont moches (cons, pathétiques mais gentils ! ... les pauvres ils ne se rendent pas compte). Tout est à pleurer (dans tous les sens du terme): la vieille qui fait le tour de sa maison comme un parcours réglé à la minute (parce qu'elle se fait chier), puis elle se pend à son téléphone ... la famille Poissard qui se met sur son 31 pour recevoir les gens de la télé alors que c'est une équipe cynique genre l'émission " strip-tease. Le mec qui deprime en repensant aux réveillons passés avec sa compagne (très moche) à la "superbe" cafeteria ripou du coin. Et puis le mec au bec de lièvre qui repense aux 2 femme de sa vie qui ont "parcouru" sa misérable vie : une gamine (qui passait juste devant lui) quand il avait 10 ans, puis à l'âge adulte il croise le regard d'une femme dans la vitre du train. Puis vieux une gamine qu'il serre trop fort et qu'il tue pensant retrouver son "amour" de jeunesse ... C'est atroce !!! Mais c'est très très drôle si vous n'êtes pas allergique à Tronchet. Aussi bon que Jean Claude Thergal mais encore plus noir et cynique.

30/04/2013 (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Roi des Mouches
Le Roi des Mouches

Le roi des mouches, difficile de parler d'une œuvre qui dépasse le cadre de la simple BD se jouant des règles de la narration, des cadres figés et des phylactères pour employer le recours plus subtil de la mise en scène cinématographique. Mais attention, il n'est pas question d'une histoire linéaire, ni de scènes d'action ou d'un découpage emprunté au média des salles obscures... Il s'agit d'une sensation de flottement, de jeux de mots, de situations brutes et abruptes de films sensoriels et cyniques comme Donnie Darko, Lost Highway ou effectivement des Lois de l'Attraction... On y parle d'une banlieue aisée mais paumée de l'Allemagne ressemblant curieusement aux vignettes figées des années 50 américaines, de personnages humains avec leurs piètres qualités et leurs défauts ou plutôt devrais je dire vices tant la recherche désespérée de l'amour et de l'American Way of Life est structurée autour du sexe par absence de sentiments, de recours à l'alcool ou d'ectasy pour oublier l'ennui du quotidien. Tout s'axe autour de Eric Klein, vieil ado ou jeune adulte ne sachant par où mener sa vie reposant sur des magouilles, des plans cul et le gain de l'argent... Ses errements l'amènent à croiser la route de personnes tout aussi dérangées que ceux de Blue Velvet de David Lynch, un beau père appâté par le gain de sa mère, Ringo, joueur de bowling violent et névrosé, Sal, la belle plante qui se joue de son physique et Marie, seule lueur d'espoir et de fulgurance vite ternie par son entourage... Tout ce beau monde se déchire, baise, se déteste, bref vit violemment et de façon négative mais évolue au travers différentes petites histoires ou le narrateur change, où l'on se croise dans le passé, le présent, le futur et même au travers du point de vue d'un personnage squelette mort et contemplatif complice du lecteur de tout cette micro-société hardcore. Noir, c'est noir il n'y a guère d'espoir mais on se plait à suivre le quotidien de tous ces personnages paumés dont une tragique fête d'Halloween racontée en début de tome va scier tous les destins... Le dessin est magnifique, les couleurs sublimes et si on se sent aussi bien à l'aise malgré la noirceur ambiante c'est qu'on y retrouve une part de soi-même dans cette vie rêvée des Anges qui choque et s'entrechoque... Rares sont les ouvrages d'une telle ampleur raisonnant encore une fois les pages refermées. Une fois les histoires assemblées et imbriquées l'une dans l'autre, on y retrouve un kaléidoscope d'une cohérence exemplaire et pertinente parfaitement maitrisée. On sent bien que les auteurs savent exactement là où nous amener et sans faute de style. Pour public averti mais réellement indispensable. Il est certain que ça ne plaira pas à tout le monde mais une fois passé la surprise de la narration par cartouches et la mécanique de la lecture adoptée, il est difficile de s'en remettre ni de lâcher le bouquin. J'ose espérer qu'il ne faudra pas attendre 4 ans supplémentaires pour connaitre la suite et j'applaudis vivement une telle audace littéraire. Tous les amoureux de Ghost World et de Donnie Darko dont pas mal de clins d'oeil discrets sont adressés devraient se plonger sans plus attendre dans ces deux bouquins aux couvertures sobres et magnifiques. Update 2013 : Le troisième et dernier tome attendu de la série sur laquelle j’ai jeté tant de superlatifs est enfin arrivé entre mes mains fébriles un samedi frileux de janvier… Histoire de bien m’y replonger et de ne perdre aucune subtilité du récit, je me suis replongé à nouveau dans ce récit noir, telle une immersion dans un étang boueux et sans fond sans véritable appréhension. Chaque aspérité initiale m’apportant à nouveau l’ivresse que j’étais venu quérir a parcouru mon échine le temps de cette redécouverte en terrain connue, la surprise en moins, la délectation en plus… En plus… tout du moins pour les deux premiers tomes… car le troisième, s’il comporte toujours d’aussi jolis dessins et de passages oniriques, a failli me noyer… Me noyer sous des torrents de boue constituée de mots lourds et parfois même vides de sens… Un comble… Eric Klein est toujours ce pantin bouffé par sa famille, sa libido et les drogues qu’il ingère… Son état végétatif nous est ainsi balancé sous une forme quasi imbuvable, ne distinguant plus la réalité de son imagination…. Ce qui rend la lecture parfois hautement risquée et casse-gueules… La conclusion n’est pas non plus à la hauteur de mes attentes et croyez-moi j’en suis le premier véritablement déçu car au final j’ai eu l’impression de ne pas avoir tout compris sans en avoir pris le même plaisir manifeste qu’aux deux premiers tomes…. Et pourtant, je m’y étais préparé, lisant et relisant Hallorave et l’Origine du Monde et en espérant la bible manquante pour recréer ma sainte Trinité pour au final me faire balancer comme le pantin que je suis, le lecteur passif qui a eu toutes les peines du monde à achever cette lecture dans la douleur… Finalement je baisse ma note d’un point dans l’attente d’une relecture ou d’une explication un tant soit plus rationnelle. J’ai l’impression d’être passé au travers, la délectation en moins et la surprise ou plutôt l’incompréhension en plus… Cette œuvre est toujours aussi belle mais elle est devenue exigeante avec le temps, preuve de toute évidence qu’il fallait bien en finir un jour mais j’aurais aimé que cela soit par la plus grande des portes de sortie. Le Roi des Mouches conserve finalement une grande partie de ses mystères…. J’ose vraiment croire que ce troisième tome de conclusion ne reste pas hermétique longtemps que je puisse redonner la plus belle des notes comme initialement, celle du grand coup de cœur de la bd franco-belge que Messieurs Pirus et Mezzo m’ont offert…. C'est aussi avec ses défauts qu’il se faut d’accepter cette œuvre unique et insaisissable… Un trip inoubliable dans tous les cas...

05/11/2008 (MAJ le 29/04/2013) (modifier)
Par Spooky
Note: 3/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Innocents coupables
Les Innocents coupables

Avec cette nouvelle série en trois tomes, Galandon affirme une nouvelle fois son intérêt pour l'enfance, et la façon dont les enfants sont perçus à différentes époques. Ici il nous emmène sur les pas de jeunes délinquants envoyés en colonies pénitentiaires agricoles, plus ou moins l'équivalent de ce qu'on appelle de nos jours les Centres éducatifs fermés... Un monde sans pitié, où les petits caïds font déjà leur loi, où les brimades succèdent aux punitions et aux sévices. Les quatre enfants que nous suivons ont chacun une blessure secrète, un mystère, une motivation cachée. Galandon construit bien sa mosaïque, permettant d'avoir de l'intérêt pour chacun des quatre. Le parallèle avec la série Prison Break n'échappera à personne, il est même assumé, mais amené de façon assez subtile. Le second tome apporte une dimension de plus, entre des révélations sur le passé de certains des "colons", et des personnages secondaires de plus. La fin du triptyque propose un renversement des postures, et un dénouement plutôt bien amené, même si je le trouve un peu candide. Le récit bénéficie du dessin d'Anlor, jeune dessinatrice qui livre ici ses premiers albums. Son trait presque réaliste est plus qu'intéressant, même s'il manque un peu de maturité par moments. J'ai par exemple du mal à distinguer deux des enfants qui se ressemblent beaucoup, sur le plan physique, sans que cela gêne véritablement ma lecture. Dans le second tome sa progression est déjà visible : il y a plus de profondeur dans le traitement des couleurs, et le dessin se durcit, il est moins rond. Le troisième tome confirme que la dessinatrice progresse très vite, même si j'aurais aimé un trait plus noir, un peu moins rond. C'est un triptyque intéressant, sur un sujet de société qui revient à la mode, si j'ose dire, et traité avec beaucoup de pudeur et d'intelligence. A lire.

15/03/2011 (MAJ le 28/04/2013) (modifier)