Le Jeune Albert

Note: 3.3/5
(3.3/5 pour 10 avis)

Le jeune Albert est un vrai monstre. Pour ses voisins, ses parents, ses copains et, plus généralement, tous ceux dont il croise le chemin. De toutes petites histoires cruelles et drôles où Chaland règle ses comptes avec la Belgique de Quick et Flupke. L'humour acerbe du regretté Yves Chaland...


Format à l’italienne Les années Métal Hurlant Les chieurs Style Atome

Le jeune albert est un sale garnement. Cupide, égoïste, sadique, méchant, il semble accumuler tous les défauts de la terre, de la Belgique en tout cas. Chaland revisite ici quelque chose de l'enfance, dans ce qu'elle a de plus désenchantée. Parodiant à sa manière avec férocité l'univers trop gentillet du Quick et Flupke d'Hergé. Préface de Jean-Luc Fromental (édition 1993): « Ceux qui ont eu le privilège de la vivre en temps réel gardent un souvenir ému de la croissance du Jeune Albert. C'est à partir du mois de janvier 1982 que Métal Hurlant a réservé à ce petit Belge odieux la moitié intérieure de sa troisième de couverture, ce que dans le jargon des feuilletonistes du XlXème on appelait un « rez-de-chaussée ». Pour les forçats de la rédaction, comme pour les plus assidus de leurs lecteurs, la découverte de ces deux strips mensuels était une délectation, la cerise sur quatre semaines d'efforts frénétiques pour boucler un magazine réalisé comme il se doit dans l'urgence et la confusion. Un instant de bonheur parfait, un miracle à répétition. Six cases pour piocher une idée ou démasquer un trait humain, pour éveiller un rire d'une tonalité chaque fois différente sur le clavier de l'humour. Un tour de force comparable à celui que nous admirions vingt ans plus tôt sous le pinceau de Franquin lorsqu'il animait le personnage de Gaston Lagaffe dans le Journal de Spirou. Nous étions déjà nombreux à savoir que Chaland était un maître, un de ces virtuoses comme il n'en vient qu'un ou deux par génération. C'est sur cette intuition que Dionnet l'avait arraché aux Beaux-Arts de Saint-Etienne. Mais beaucoup d'hypothèques pesaient encore sur son avenir. Si les trois albums qui constituaient alors sa biographie recelaient en germe toute l'oeuvre future, il restait à prouver qu'il saurait échapper au passéisme qui encombrait ces travaux initiaux. Captivant, Bob Fish et, dans une moindre mesure, le premier Freddy Lombard pastichaient sans remords les bandes des années 50. Avec une candeur parfaitement feinte, Chaland s'y faisait l'amplificateur des préjugés et des outrances moralisatrices qui avaient nourri nos enfances d'après-guerre. C'était à la fois l'indice d'une ironie libre et mordante, débarrassée des tabous de l'heure - cette « bonne pensée » soixante-huitarde, ancêtre du « politically correct » américain d'aujourd'hui - et une limite à l'épanouissement du champ de ses perceptions et de son expression. Ce champ était tracé. En équilibre instable entre infantilisme et maturité, la bande dessinée a toujours posé la question de son utilisation. A quoi peut servir un tel médium ? La politique d'auteurs menée par Métal Hurlant permettait à chacun d'apporter sa réponse personnelle. Moebius s'en servait pour explorer sa spiritualité naissante, Serge Clerc visitait le frivole et l'éphémère, Montellier la condition de la femme, et ainsi de suite. Chaland savait déjà que son territoire d'élection était l'âme humaine, observée de préférence du côté de sa face sombre. Il lui restait à trouver un véhicule plus adéquat que les héros ringards et caricaturaux peuplant les pages de Captivant. Albert n'est pas le fruit de la génération spontanée. Il apparaît pour la premiére fois dans le sillage de Bob Fish, sous le nom d'AI Memory, en la personne d'un jeune émule du détective. Il est en quelque sorte le Gégène de ce Valhardi d'opérette. Hargneux, cruel, raisonneur, lucide et belge, il réunit d'emblée toutes les qualités propres à en faire un pilier central de la basilique de Chaland. La bande dessinée adore ses faire-valoir. Ce n'est pas un hasard si le Capitaine Haddock, Obélix ou le Marsupilami sont devenus au fil du temps aussi populaires que les personnages qu'ils étaient censés épauler. Les héros sont toujours moins humains que leurs comparses. Dès la deuxième histoire de Bob Fish qui n'a jamais été achevée, mais dont existent deux versions crayonnées, on voit Albert prendre de l'importance. Au point que la première de ces deux moutures se termine sur la mort du détective et son remplacement par son disciple. Cette hypothèse est heureusement restée sans lendemain. Bob Fish a été renvoyé à ses limbes. Conscient de la nécessité de diversifier son travail, à la fois dans ses rythmes et ses orientations, Chaland a réservé à Freddy Lombard la filière de la grande aventure exotique tandis qu'il lançait Albert sur la piste d'investigations autrement intimes et quotidiennes. Il entre de façon évidente une large part d'autobiographie dans les pages qui suivent. C'est le secret de ce chef-d'oeuvre. En appliquant son oeil sarcastique à l'observation de ses humeurs et de ses tourments intérieurs, Chaland - qui, à l'exemple de Flaubert, aurait pu s'écrier: « Le Jeune Albert, c'est moi ! » - échappe à la caricature et rencontre de plein fouet certaines vérités universelles. La méchanceté, la lâcheté, la veulerie, la trahison, mais aussi la quête désespérée de l'amour et l'exercice d'un héroïsme ordinaire sont quelques-uns des grains de sable qui donnent à la créature humaine sa grandeur et autour desquels s'est cristallisée cette rivière de perles, ce joyaux sombre, unique dans l'histoire de la bande dessinée. » Jean-Luc FROMENTAL 4 décembre 1992 .

Scénariste
Dessinateur
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution Mai 1985
Statut histoire Strips - gags 1 tome paru
Couverture de la série Le Jeune Albert
Les notes (10)
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03/10/2003 | ArzaK
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L'avatar du posteur Agecanonix

Au départ, ce personnage de Al Memory, plus connu sous le pseudo de jeune Albert, fait son apparition dans le sillage de Bob Fish en 1980 dans Métal Hurlant. Très vite, il acquiert un rôle prépondérant supplantant Fish, et en 1981, il est le héros d'un récit court avant de devenir en 1982 le pivot d'une série de gags en demi-planche dans Métal Hurlant, commençant à développer son caractère de gamin perturbateur, cruel et égocentrique. Sur le plan graphique, malgré l'emprunt de quelques signes typiquement hergéens, c'est vers Jijé que le style évolue, avec une utilisation plus épurée que dans Bob Fish, mais toujours en s'approchant étrangement du Tintin d'avant-guerre, en particulier l'esthétique parfois faussement maladroite du Lotus Bleu première version ; c'est ce qui m'a sauté aux yeux le première fois que j'ai vu ces gags dans Métal. En tout cas, cette bande est probablement l'une des créations les plus originales de cette décennie 80, et sûrement l'une des plus personnelles de son auteur, comme une projection de lui-même dans ce garçon belge cynique, sadique et insolent, une sorte de petit frère de Quick et Flupke en beaucoup plus cruel. La disparition de Chaland en 1990 met un terme à cette prometteuse série, même si personnellement je ne la goûtais que modérément à cause de certains gags que je ne saisissais pas toujours.

18/05/2014 (modifier)
Par jul
Note: 4/5 Coups de coeur expiré

Une série (one shot) très particulière. C'est du second degré voire du 3ème. Car le style franco-belge d'Yves Chaland est en totale contradiction avec le fond. On s'attend à une espèce de bd franco belge classique type Quick et Flupke (surtout quand on est pas prévenu) et c'est en réalité tout le contraire. Car le jeune Albert est un jeune gamin de Bruxelles (les années 50) complètement cynique, raciste, réac, égoïste et sadique. Et qui se plaît à torturer physiquement et psychologiquement son meilleur copain (et puis l'ensemble de son entourage). C'est à mourir de rire et très subtil dans l'écriture. C'est en réalité une critique de la propagande raciste que peut exercer un Etat pendant les temps de guerre, en particulier sur les enfants. Et également peut-être en rapport avec l'état d'esprit légèrement réac d'une certaine bd franco belge ? (Hergé). Mais là je m'avance peut-être un peu. Conclusion : un petit bijou d'humour noir, avec un réel fond politique.

18/02/2013 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
L'avatar du posteur Gaston

3.5 Le genre d'humour noir que j'aime. Chaland se moque de la Belgique des années 40-50 et montrant tous les préjugés de l'époque à travers un gamin totalement détestable, mais curieusement le jeune Albert ne m'a pas du tout énervé alors que j'avais envie de donner des baffes à des personnages qui sont moins pires que lui ! Il faut dire que j'ai aussi trouvé une certaine tendresse dans ses gags. J'ai eu l'impression qu'au fond Chaland aimait bien cette époque même s'il en montre les défauts. Toutefois, je trouve dommage que certains gags soient un peu incompréhensibles parce qu'il me manquait des références. Par exemple, si je n'avais pas déjà lu sur un site que tel gag était une référence à la mort d'Hergé, je ne l'aurais probablement jamais deviné.

02/02/2013 (modifier)
L'avatar du posteur Noirdésir

Je n'ai vraiment pas accroché. Il m'a manqué un je ne sais quoi d'exagéré, ou alors de douce folie pour me rendre intéressantes les courtes histoires d'Albert. Le dessin, trait ligne claire, est plutôt classique dans le genre, "vieillot", mais là aussi, rien qui ne m'attire plus que ça. Un gros bof, donc. Rien de désastreux, mais rien d'enthousiasmant non plus. Découverte de Chaland pas concluante...

02/01/2013 (modifier)
Par Telechamp
Note: 2/5

Cette série du jeune Albert, garçon débrouillard, et un sacré garnement ! Il fait pas mal de bêtises, il est sale... etc. enfin comme on peut le voir dans le "sujet", il accumule tout les défauts du monde. Cette série est parue dans "Métal Hurlant", revue dont l'aventure a été malheureusement beaucoup trop courte comparée à celle de son frère "Heavy Metal". Chaland y publia même pas mal d'histoires... Les dessins sont bof bof, ils vont bien avec l'ambiance de la BD mais sont trop simplistes, aussi à la longue je trouve que ça saoule un peu de lire le jeune Albert. Enfin, j'y trouve pas beaucoup mon compte, toujours ces gags, d'accord, mais parfois, certains ne font pas rire du tout, j'ai eu du mal à lire aussi les dialogues de cette série ! C'est une des séries que j'aimais le moins dans Métal Hurlant.

15/10/2008 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
L'avatar du posteur Ro

Ce n'est qu'en en voyant tout récemment une planche sur le net que j'ai entendu parler du jeune Albert. Puis j'ai eu la chance de lire l'album intégrale paru en 1993 chez les Humanos. Et là j'ai découvert ce personnage intriguant et ses aventures publiées pendant quelques ans en 3e de couverture du magazine Métal Hurlant. Et j'ai cru retrouver là une oeuvre du scénariste Yann à la fois par l'aspect hommage au style de BDs anciennes mais surtout par la causticité et le politiquement incorrect de l'humour et du personnage principal. Le jeune Albert est un monstre odieux : égoïste, égocentrique, antipathique, rétrograde, raciste, eugéniste et bien évidemment tout simplement méchant. Ses aventures sont de petites pépites de sadisme, de méchanceté gratuite, d'ignominie et d'attitudes hautaines. Par lui, c'est une attaque acide contre la morale hypocrite et pleine de préjugés de la Belgique des années 40 et 50 que Chaland porte. Il use pour cela de son graphisme ligne claire au style rétro. Excellent et très plaisant à lire et à regarder. Le résultat m'a surpris par son ton décalé et parfois un peu difficile à appréhender. J'ai bien rigolé à certains moments, de la même manière que Yann a su me faire bien rigoler avec La Patrouille des Libellules par exemple, quoique le ton soit ici plus pince-sans-rire. Je dois cependant avouer être peut-être passé à côté d'un bon nombre d'autres planches qui m'ont laissé un peu circonspect et dont j'ai parfois eu du mal à saisir l'humour. J'ai cependant trouvé cette BD originale, joyeusement caustique et assez plaisante à lire.

01/11/2007 (modifier)
Par Altaïr
Note: 5/5 Coups de coeur expiré

Qu'il est triste de voir un tel monument si mal noté... Certes, il s'agit d'une BD assez spéciale, mais cela vaut vraiment le coup de s'y attarder. Déjà, il y a le dessin. Bon, tout le monde n'a peut-être pas eu comme moi son premier coup de coeur graphique en lisant "kidnapping en teletrans" dans son enfance, mais comment résister au charme du trait de Chaland, limpide et élégant, avec un jeu de pleins et de déliés si élaborés. Ce n'est pas a priori mon style de dessin préféré, et pourtant je tombe sous le charme à chaque fois que je pose les yeux dessus. Et, surtout, il y a le fond de la BD, qui est d'une incroyable richesse. Le jeune Albert en lui-même, tout d'abord, est un personnage tout à fait fascinant, cynique, égoïste, haïssable mais en même temps vraiment attachant. Et puis il y a le monde dans lequel il évolue, un monde imaginaire qui tient beaucoup bien sûr de la Belgique pendant la deuxième guerre mondiale, mais qui contient en fait de fines allusions à la guerre contre les asiatiques du "secret de l'espadon", de Blake et Mortimer. Ce monde est plein de références, de mises en abîme. Ce procédé est parfois frustrant : j'ai eu par moments l'impression qu'il me manquait des billes pour comprendre toute la portée d'un gag, notamment quand on sent qu'ils parlent de l'histoire de la Belgique ; mais ils m'ont fait réfléchir, surtout dans le contexte actuel. Surtout, il ne faut pas aborder cette BD en se disant qu'on va rire aux éclats. Non, on va rire jaune, et ressentir un mélange complexe de tendresse, de cynisme, de nostalgie. Et, une fois le livre refermé, on gardera une empreinte durable de ces sentiments, et on sera pris d'une envie de décortiquer l'album et d'y réfléchir longuement. En guise de conclusion, je dirais qu'après en avoir entendu parler pendant des années, j'ai donc fini par lire "le jeune Albert" sur la tard. Je ne le regrette pas. J'ai vraiment eu l'impression de lire une oeuvre marquante, riche et passionnante, un des chef-d'oeuvres de la BD.

28/09/2007 (modifier)
Par L'Ymagier
Note: 3/5

"C'était au temps où Bruxelles bruxellait..." chantait Brel. Il y a de cela dans cette histoire... Albert ?... un gamin bruxellois... un vrai merdeux, et cruel en plus. Rien à voir avec les "ketjes" dessinés par Hergé dans les aventures de Quick et Flupke. Ce "zievereer" -de son vrai nom Al Memory- fait son apparition dans Métal Hurlant n° 52 de Juin 1980. Il n'est alors qu'un personnage secondaire de la série Bob Fish. Mais dès 1982, plébiscité par une frange du lectorat qui le préfère à Fish, et qui se délecte de ce salopard-né, Albert devient le pivot d'une série de gags. J'ai noté "pas mal" parce que j'avoue ne pas être un fan du graphisme de Chaland. C'est comme ça, je n'y peux rien. Je reconnais néanmoins le traitement original du postulat de départ, la "mise en scène" accrocheuse... Mais j'ai toujours l'impression de terminer un de ses albums en un très (trop) court temps. C'est vrai que Chaland ne privilégie que rarement le textuel. Ou peut-être suis-je passé à côté de quelque chose ?... Un jour, sûrement, je relirai l'opus à mon aise. Et peut-être m'en ferai-je une autre opinion...

11/11/2006 (modifier)
Par Spooky
Note: 3/5
L'avatar du posteur Spooky

Yves Chaland était l'un des derniers survivants de la ligne claire "classique", avec Ted benoît. Admirateur de Franquin (première époque), il illustra même l'une des aventures de Spirou et Fantasio. Avec Le Jeune Albert, il illustra pendant plusieurs années le journal Métal Hurlant, dont il accompagna l'évolution jusqu'à son terme, en 1987. Les aventures de ce jeune Bruxellois débrouillard n'avaient pas pour but d'éduquer la jeunesse de l'époque par l'exemple, comme prétendaient le faire leurs contemporains chez Dupuis, par exemple. Mais plutôt de faire réfléchir, en prenant comme "héros" un garçon imbu de lui-même, arrogant, roublard et retors. Ses aventures se lisent très vite (caractéristique de la ligne claire), mais ne présentent pas beaucoup d'intérêt, hormis peut-être quelques témoignages du système D en temps de guerre (les aventures d'Albert se déroulent dans les années 1940), et la maîtrise du trait de Chaland, dessinateur sous-exploité à mon sens.

04/05/2004 (modifier)
Par ArzaK
Note: 4/5

Un album d'une très grande originalité de ton. Le moins que l'on puisse dire, c'est que le résultat est troublant, il faut une bonne dizaine de pages et de gags avant de saisir où Chaland veut en venir. Derrière les apparences d'un dessin ligne claire hyper classique, l’auteur donne dans la satire féroce et outrancière, sans s'imposer aucune borne morale. Son jeune Albert a beau avoir tous les défauts, être capable des pires méchancetés, on n'en éprouve pas moins de tendresse pour ce personnage étrange, cet espèce de Quick et Flupke version "trash". C’est avec un certain délice qu’on plonge avec lui dans cette vieille Belgique, celle du chocolat Aiglon et des vieilles casquettes molles. Dans la Belgique de la guerre également, à propos de laquelle Chaland tire les gags plus féroces. Benoît Peeters classe cet album en bonne place dans sa bédéthèque idéale. Je n’irais pas jusque là, mais c’est à lire, assurément.

03/10/2003 (modifier)