Je peux enfin découvrir les spin-off de Watchmen (ma bibliothèque a enfin commencé à les acheter) et j'ai commencé ma découverte avec ce tome qui semble être considéré comme le meilleur.
Comme je n'ai pas lu tous les albums jusqu'à présent je ne peux pas dire si c'est vrai, mais en tout cas une chose est sure, c'est que j'ai adoré l'histoire. Cela commence doucement avec la présentation des différents membres de l'équipe et ensuite cela devient tout bonnement excellent. Le scénario est passionnant et Darwym Cooke montre bien que si ses super-héros peuvent être bons parfois, ils peuvent aussi être de vrais salauds. Bref, ils sont complexes comme les personnages de la série originale !
Le dessin est excellent et la seule chose que je reproche c'est que je n'avais pas reconnu au début le Larry des années 60 et je me demandais qui c'était.
A l’occasion de la lecture du sixième opus, « Le décalage », je reviens mettre à jour mon avis sur cette série extraordinaire (dans tous les sens du terme !), pour crier – que dis-je ? pour hurler au génie, et éventuellement tenter de lui mettre une sixième étoile !!!
Car c’est encore et toujours le même émerveillement qui est au rendez-vous. Et c’est – encore et toujours ! – surprenant. Il y a là l’humour noir qui attirait André Breton ou Marcel Duchamp. Quelle claque ! De celles qui réveillent en donnant la pêche !
En effet, voilà le type même de bande dessinée qui courait le risque de tomber dans la prise de tête intello, la performance accessible aux happy few capables d’en saisir les tenants et aboutissants, et par là-même d’être inintelligible. Et ce du fait même que l’auteur s’impose des contraintes, plus ou moins fortes, dans la construction de chaque album de la série.
Dans la lignée de l’oubapo, M.A.M. donne à réfléchir sur ce qu’est une bande dessinée, un espace, le temps… C’est une des plus fortes et brillantes réflexions sur le médium BD, ses possibilités. Et une merveilleuse démonstration du potentiel de cet outil au service d’une imagination débordante !
Mais la véritable performance, ce qui est somme toute bluffant, c’est qu’en plus de l’exploit « technique » (différent et réussi pour chacun des albums de la série), les qualités de conteur de M.A.M. sont indéniables. L’histoire n’est pas sacrifiée, loin de là.
Julius évolue dans un univers oppressant, au milieu d’une architecture et d’une « domotique » fonctionnelles, fascisantes (ou staliniennes) et fascinantes. On y retrouve l’univers de « 1984 », de « Brazil » ou de Kafka, Julius ajoutant à ce côté absurde mais angoissant une faculté à ne pas dévier du chemin tracé pour lui par d’autres. Il est fonctionnaire – dans toute l’acceptation caricaturale que l’on donne souvent (à tort !?) à ce terme, un rouage d’un monde qui traque les grains de sable.
Si certaines histoires m’ont un peu plus emballé que d’autres, j’ai vraiment beaucoup aimé l’ensemble des albums de la série, qui se renouvelle, qui surprend toujours – et agréablement.
C’est brillant, cela donne à réfléchir, c’est à lire absolument (chaque tome est indépendant des autres). Culte, oui, pour l’ambition, et pour sa réalisation, qui « donnent à voir », au sens où l’entendaient Eluard et les surréalistes.
Voilà un auteur et une série qui s’écartent franchement des sentiers battus, et qui ont sans doute eu du mal à rencontrer leur lectorat – et j’espère qu’en la signalant sur le site certains auront la curiosité d’aller la découvrir.
C’est en tout cas tout à l’honneur de certaines petites maisons d’éditions, comme ici 6 Pieds Sous Terre, de publier ce genre d’œuvre.
A noter que lors de la publication des deux tomes que j’avise, le site de l’éditeur annonçait un troisième tome. Etant donné le temps écoulé depuis la publication des deux premiers tomes, on peut craindre que ce troisième opus ne paraisse pas et que la série peut être considérée comme abandonnée (même si cette « absence » ne gêne pas la lecture des deux premiers opus).
Résumer cette série est une gageure et n’est d’ailleurs pas plus souhaitable que réalisable. Techniquement, il y a une histoire, puisqu’un personnage vit des « aventures », rencontrant d’autres protagonistes (un chat, des hommes masqués, un certain nombre d’autres animaux, Emma Cyprine, qui donne son nom au second album paru, etc…).
Mais plus que l’intrigue elle-même, qui défie les lois de la narration, c’est son traitement qui rend cette série originale – mais qui risque aussi peut-être de rebuter certains lecteurs.
En effet, on est ici en terre de surréalisme, puisque nous lisons, nous voyons, nous respirons à plein poumon une sorte de récit de rêve. Texte et dessin relèvent sûrement en grande partie de l’écriture automatique. Ce sont donc les images et leur rapprochement, voire leur confrontation, qui nous mènent jusqu’au bout d’un récit onirique.
Le dessin – dans un Noir et Blanc très heurté, véritable feu d’artifice d’images, titille l’imagination comme le récit. Là aussi, peu de points « reconnaissables » pour situer les décors, qui participent plus du « stupéfiant image » que du cadre spatio-temporel peut-être plus rassurant, mais quand même ouvrant moins sur l’horizon des rêves.
De petits albums à découvrir donc, en lâchant la bride à son imagination, comme l’auteur a su le faire avec la sienne en nous invitant à participer à son voyage intérieur. Un poème noir et lyrique que les amateurs de surréalisme apprécieront forcément !
Il est clair que c'est un ouvrage hors du commun voire ésotérique ! Je dirais même une "oeuvre d'art légèrement absconse" plutôt qu'un livre. Je comprends donc certaines critiques et méfiances ici. Il faut lire, regarder, déguster cet album maintes fois pour saisir et déchiffrer l'artiste, le poète et esthète fou qu'est l'auteur : Monsieur Alban Guillemois. (au passage sa page facebook en raconte pas mal sur lui, il est aussi réalisateur de courts-métrages et travaille pour la mode et le costume...), et j'ajouterai qu'il faut un minimum de "culture" pour comprendre l'humour, les références esthétiques et historiques nombreuses dans cette oeuvre hyper-originale !!! Certes le dessin est étrange, voire bizarre, des personnages aux gardes robes de folie (on perçoit l'importance du costume dans l'univers de l'auteur) des maisons expressionnistes dignes du décorateur Robert Wiene, des cadrages toujours différents, parfois de travers. Les bulles sont des parchemins type banderoles héraldiques... Un monde !!! Les personnages sont plus qu'excentriques et rappellent en exagéré parfois les romans de Rudyard Kipling, Abraham Merritt ou encore Rosny Aîné. Le magicien (hommage à George Méliès), la princesse indienne (hommage au Capitaine Nemo, elle en porte le nom), le sorcier (tout droit sorti d'un film de Murnau), l'officier pilote d’éléphant blindé (qui n'est autre que "Durckheim" l'aide de camp de Louis II de Bavière), un chien de chasse qui "cause l'argot français"... Parfois, les dialogues et l'ambiance m’ont fait penser aux histoires du Baron de Munchhausen et également à la compagnie des "Machines de l’île à Nantes" (hommage aux Royal de Luxe, célèbre troupe de théâtre de rue à Nantes)…. Bref les hommages litéraires, cinématographiques, historiques et fantastiques voire même ésotériques sont nombreux dans cet ouvrage. J'ai beaucoup ri et aimé la présence du dictateur nord-coréen (ancien chef d'Etat réel). Un récit complètement déjanté, des couleurs d'une rare beauté, un grand plaisir à découvrir ce paysage créatif ! A lire et à relire au coin du feu les longues soirées d'hiver ! Je suis content d’avoir découvert cet artiste auteur qui m'a fait rêver !!!
Je suis habituellement peu sensible aux albums de chroniques que je trouve souvent ennuyeux. Et bien la lecture de Quai d’Orsay m’a mis une sacrée claque. Ca fait bien longtemps qu’une BD ne m’avait pas autant tenu en haleine.
Il faut dire que cette série est incroyable. Le lecteur est plongé dans le quotidien du Quai d’Orsay, au plus près du ministre Alexandre Taillard de Vorms, alias Dominique de Villepin et de ses différents collaborateurs. Les personnages sont délicieusement croqués, notamment le ministre, sorte de géant hyperactif, à la fois Grand Homme visionnaire et enfant gâté de la pire espèce. Une vraie réussite !
Les dialogues et les situations sont incroyablement drôles et ne tombent jamais dans la parodie ; les auteurs réussissant le tour de force de rendre avec justesse et pédagogie la vie du ministère (avec ses crises diplomatiques incessantes), tout en mélangeant habilement fiction et réalité, le tout réalisé avec un humour féroce.
Je redécouvre à cette occasion le trait si particulier de Blain. Et on peut dire qu'il s'est surpassé : les dessins sont extrêmement dynamiques et expressifs. Ils donnent une sacrée pêche au récit. Les situations sont limpides (même pour des novices en diplomatie) et la mise en scène est parfaitement rythmée ; impossible de poser l’album avant la fin.
Quai d’Orsay est une très, très grande réussite ; une série que je n’hésite pas à qualifier de culte. Un immense bravo aux auteurs !
En ce moment, je dois être dans un trip Breton ; après Les Contes de l'Ankou puis Les Contes de Brocéliande, me voici lancé dans cette série dont le visuel me réjouit. Le dessin est très plaisant, et même carrément beau, détaillé, précis, avec de beaux visages, et il restitue bien l'ambiance bretonne avec les costumes, le calvaire, les petites maisons de granit, les carcasses de bateaux... qui s'ajoutent au langage bien utilisé.
La Bd joue avec les croyances, les peurs, les légendes de marins, de trépassés ancrées dans cette Bretagne très pieuse et très superstitieuse, qui craint l'Ankou et le diable. C'était encore comme ça au début du 20ème siècle ; faut pas oublier que cette région est l'une des plus particularistes de France, comme le Pays basque ou la Corse, elle a vécu pendant 10 siècles presque en autarcie, convoitée par les 2 royaumes les plus puissants au Moyen Age (France et Angleterre), et qu'elle n'a cédé que sous le règne de François Ier, lors du rattachement à la France. Le breton est une langue, pas un dialecte, qui était parlée bien avant le futur français, aussi, pour cette raison, je ne trouve pas que l'abondance de prénoms bretons détone dans ce récit ; des prénoms plus courants comme Jean, Paul ou Pierre et bien-sûr Yves ou Hervé, ont été utilisés plutôt à partir du milieu du XIXème siècle.
Il est question ici des naufrageurs, ces pilleurs d'épaves qui souvent provoquaient eux-mêmes les naufrages des navires avec des feux lumineux qui attiraient ceux-ci sur des brisants. J'ai lu des histoires sur ces naufrageurs, il y en avait beaucoup autour de la baie d'Audierne qui entre 1700 et 1800 venaient s'emparer de tous les débris des bateaux naufragés. Ici, le lieu n'est pas nommé, mais peu importe, cette Bd éclaire d'intéressante façon ces pratiques condamnables ; elle a un côté très documenté, même les rochers à forme étrange sont inspirés des Rochers sculptés de Rothéneuf, près de Saint-Malo, et d'ailleurs le personnage de la noble Hermine, porte ce nom.
Une excellente Bd, bien remplie, à l'ambiance très Breizh bien recréée, au souffle romanesque, aux nombreux rebondissements (peut-être même trop), et au traitement graphique de toute beauté. A déguster en buvant un bon cidre de Fouesnant...
Trois vieux roudoudous, réunis pour l’enterrement de Lucette, l’épouse de l’un d'entre eux, se retrouvent embarqués dans une folle équipée vers l’Italie, à cause d’une histoire vieille de 50 ans, en compagnie de Sophie, petite-fille et sosie de Lucette, enceinte de 7 mois.
Antoine, le nouveau veuf de la bande, a passé sa vie à la tête de la section syndicale d’un gros laboratoire pharmaceutique. Émile cache une vie de bâton de chaise sous des dehors de papi respectable pour jardin public. Pierre, le plus brindezingue des trois, anime le collectif d’aveugles anarchistes « Ni Yeux ni maître ».
Malgré leur âge canonique, nos trois compères n’ont renoncé ni à leur esprit frondeur ni à leur goût pour les bêtises d’adolescents. Heureusement, Sophie veille sur eux. Une Sophie pas plus raisonnable que son grand-père pourtant, qui a quitté boulot et mec à Paris, pour venir reprendre le « Loup en slip », le théâtre de marionnettes itinérant de sa grand-mère, et qui est capable d’engueuler une bande de touristes septuagénaires sur une aire d’autoroute, en leur expliquant qu’ils sont la pire génération de toute l’histoire de l’humanité.
Dans la veine des Petits Ruisseaux ou du roman Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, les Vieux Fourneaux est une réjouissante pochade qui se moque des « seniors » sans tabous pour rappeler que la vie se déguste à tous les âges et que la vraie vieillesse, c’est de renoncer.
Le dessin très expressif de Cauuet, dans la veine de Lelong, rajoute de la vigueur à cette histoire très bien troussée.
Une de mes plus jolies découvertes de 2014 !
Roméo et Juliette chez Flash Gordon. Présentée comme ça, la comparaison pourrait faire fuir. Ne faites pas cette erreur, cette série est une belle réussite !
Depuis longtemps, les habitants de Continent font la guerre aux habitants de Couronne, la lune de leur planète. Par peur de détruire le fragile équilibre des deux astres, ils ont exporté leur conflit sur tous les mondes habitables des alentours.
Peu de choses distinguent les Luniens des Continentaux, sinon que ces derniers portent de petites ailes de libellule dans le dos, tandis que les premiers arborent des cornes de bouc sur la tête. Deux espèces différentes ? Même pas, puisqu’ils sont interfertiles.
C’est en tout cas ce que découvrent Alana, la fille de Continent, et Marko, le Lunien. Aucune des deux armées ne peut tolérer une telle trahison. Et les voilà désormais poursuivis par les deux camps à la fois, plus quelques chasseurs de primes.
L’histoire ne finira pas trop mal sans doute pour l’enfant de leur union, la petite Hazel, puisque c’est elle, en voix off, qui raconte toute l’aventure.
Si le scénario de base est assez simple –la cavale de deux amoureux-, l’univers déployé autour d’eux par Vaughan, scénariste de la série Lost, déborde d’imagination et de créatures féériques ou cauchemardesques : prince robot à tête de télévision, fusée vivante poussant comme un arbre, araignée à buste de femme... Peu d’univers de space opéra en bande dessinée avaient réussi à déployer une telle inventivité visuelle depuis Valérian et Laureline.
Le dessin de Fiona Staples, très réaliste –elle se photographie elle-même pour camper ses personnages féminins- sert magnifiquement cette histoire qu’on dévore sans voir passer les pages.
J’espère trouver les tomes 2 et 3 rapidement et j’attends le tome 4 avec impatience !
Le pauvre Charles IX a déclenché la Saint-Barthélémy pour faire plaisir à sa mère. Plusieurs autres de ses initiatives, pourtant louables, se sont soldées par des centaines de morts et il a fini fou après une douzaine d’années de règne sous la coupe maternelle. Mais il avait un bon fonds, rappelle la 4e de couverture…
Teulé et Guérineau en rajoutent un peu dans la description de ce que les psychiatres appelleraient aujourd’hui une famille pathologique : mère castratrice et peu aimante, fils cadet et préféré (le futur Henri III) méchant comme une teigne et vêtu comme un adepte de Cure mal sorti d’une adolescence torturée, fille carrément gothique qui se balade avec des crânes dans du formol sous le bras (la fameuse reine Margot).
Au milieu de cette bande de cinglés, le pauvre Charles, mal préparé à devenir roi à la place d’un grand frère mort trop tôt, tente tant bien que mal de s’en sortir. Plutôt mal que bien. Le souvenir de la Saint-Barthélémy, qui ouvre le récit, ne va pas l’y aider. L’histoire raconte en réalité les deux dernières années de règne –et de vie- de Charles IX, et sa plongée dans la folie, jusqu’à se mettre à chasser le cerf dans son château, nu comme un ver sur son cheval.
Guérineau n’y va pas avec le dos de la cuillère. Certes l’époque était assez gratinée. Mais le récit est souvent un poil démonstratif et les personnages trop caricaturaux. La farce macabre l’emporte sur l’étude de caractères.
Le dessin souple et nerveux, les personnages aux gueules marquées renforcent encore ce parti pris théâtral et outrancier. Il y a du Shakespeare dans cette histoire, la complexité et l’introspection en moins.
Bravo pour finir à la mise en page dynamique et aux couleurs très réussies.
Pas un chef d’œuvre impérissable mais un très bel album et une excellente surprise de ce millésime 2014.
J'ai toujours été amateur de Larcenet, que ce soit pour son humour (avec des séries comme Nic Oumouk, Bill Baroud ou La Loi des Series), ou sa série la plus connue Le Combat ordinaire. Bon y'a bien quelques accidents de parcours du genre Guide de la survie en entreprise, mais dans l'ensemble ça se tient, tout en travaillant sur une large palette, tant dans les genres, les publics (Superbes Cosmonautes du futur !) que graphiquement, avec le surprenant Presque de 1998.
C'est là que "Blast" tombe.
On croyait connaître l'étendue du talent de Larcenet, et voilà qu'il nous pond une œuvre hors norme. Hors norme, oui c'est vraiment l'expression qui me semble coller parfaitement à cet OVNI.
Tout d'abord l'objet. Une couverture qui interpelle et qui est un véritable appel à la lecture. Vient ensuite le traitement graphique : tout simplement sublime ; un encrage qui convient à merveille à l'ambiance sombre et profonde de ce récit, avec ce Blast et ses bulles de couleur qui font véritablement l'effet d'un arc-en-ciel un jour d'orage : à n'importe quel âge, ça reste magique ! Et puis, il y a ces planches pleine page qui jalonnent le tout et ajoutent encore à sa beauté.
Ensuite, réaliser un premier tome de 200 pages où au final il ne s'y passe pas grand chose, ce n'est pas donné à tout le monde : quelle narration ! On ne quittera pas cette salle de garde à vue, et pourtant quel voyage dans ce récit... C'est l'incertitude qui nous tient en haleine et sera le moteur de ce premier tome. Quel est le crime de notre prévenu ? Nous n'en sauront rien pour le moment... mais on s'en fout, même si on ne sait que penser de ce personnage parfois sympathique, parfois dérangeant. Rien n'est pour l'instant définitif...
Hors norme enfin, de par le fond même de cette BD : son protagoniste Polza, bien sûr, mais aussi tous les étranges personnages qu'il va croiser. Sans tomber dans la sociologie de bas étage, Larcenet nous propose à travers Polza une vision acérée et décalée de notre société qui ne supporte pas les écarts et de ce qui ne rentre pas dans ses cases. Fondus dans notre quotidien, une part de ce qui nous entoure nous échappe... ou plutôt, fermer les yeux sur ce qui nous dérange est souvent plus facile. La meute ne supporte pas la différence : soit elle l'abandonne, soit elle l'achève. C'est le constat de la vie de Polza, qui à la mort de son père baisse la garde et décide de lâcher prise face à ce combat ordinaire des personnes qui ne rentrent pas dans les modèles imposés par nos sociétés.
On ne sait pas où nous mènera ce Blast, mais il est certain que ce premier tome très déroutant est une des grande BD de cette année, et que Larcenet a décidément beaucoup de talent. Sans s'assoir sur une renommée établie, il sait se renouveler et apporter beaucoup au 9e art : chapeau !
***Après lecture des 3 autres tomes***
Voilà c'est fait. Je viens de me relire les trois premiers tomes et le dernier que je n'avais pas encore lu. J'ai fini "Blast"... Et quel coup de massue !!!
Je crois que rarement une série BD m'aura autant travaillé, retourné et emmené aussi loin. Que ce soit graphiquement ou dans le récit qu'il construit, Manu Larcenet nous hypnotise sur plus de 800 pages. Il sait appuyer là où ça fait mal, sans faire semblant. A chaque tome on se dit que ça ne pourra pas être pire ; on se dit qu'il ne pourra pas nous entraîner plus loin... Si.
Cette descente en enfer ou dans les abîmes de la folie d'un homme et de tout ce qui l'aura conduit à tout ça est juste hallucinante... N'est-ce pas d'ailleurs ce que recherche Polza ? Ce Blast. Cet instant où son corps ne lui appartient plus et où il n'est plus qu'esprit et ne fait plus qu'un avec la nature... Sauf que cette quête n'est pas gratuite, que ce soit pour lui ou les rares personnes qu'il va croiser.
Moi qui après son premier tome me demandait vers où Manu Marcenet allait nous embarquer, j'avoue ne pas avoir été déçu... On frôle le traumatisme là ! L'adage dit que c'est le voyage qui compte et pas la destination... Yep ! Larcenet nous prouve ici qu'il a tout compris du bad trip...
Alors, oui je comprends que certains resteront définitivement hermétique à cette série, que ce soit à cause de son graphisme si marqué ou de son contenu à la noirceur sans nom, mais rien que pour être allé jusqu'au bout de cet enfer, moi je dis chapeau m'sieur Larcenet !
"Blast" rejoint donc tranquillement le petit panthéon de mes quelques BD que je considère comme "cultes" et dont je ne peux évidement que vous conseiller la lecture, tout en sachant que beaucoup se demanderont certainement pourquoi et comment on peut apprécier un tel album. Ca ne s'explique pas ; ça se vit dans les tripes.
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Before Watchmen - Minutemen
Je peux enfin découvrir les spin-off de Watchmen (ma bibliothèque a enfin commencé à les acheter) et j'ai commencé ma découverte avec ce tome qui semble être considéré comme le meilleur. Comme je n'ai pas lu tous les albums jusqu'à présent je ne peux pas dire si c'est vrai, mais en tout cas une chose est sure, c'est que j'ai adoré l'histoire. Cela commence doucement avec la présentation des différents membres de l'équipe et ensuite cela devient tout bonnement excellent. Le scénario est passionnant et Darwym Cooke montre bien que si ses super-héros peuvent être bons parfois, ils peuvent aussi être de vrais salauds. Bref, ils sont complexes comme les personnages de la série originale ! Le dessin est excellent et la seule chose que je reproche c'est que je n'avais pas reconnu au début le Larry des années 60 et je me demandais qui c'était.
Julius Corentin Acquefacques
A l’occasion de la lecture du sixième opus, « Le décalage », je reviens mettre à jour mon avis sur cette série extraordinaire (dans tous les sens du terme !), pour crier – que dis-je ? pour hurler au génie, et éventuellement tenter de lui mettre une sixième étoile !!! Car c’est encore et toujours le même émerveillement qui est au rendez-vous. Et c’est – encore et toujours ! – surprenant. Il y a là l’humour noir qui attirait André Breton ou Marcel Duchamp. Quelle claque ! De celles qui réveillent en donnant la pêche ! En effet, voilà le type même de bande dessinée qui courait le risque de tomber dans la prise de tête intello, la performance accessible aux happy few capables d’en saisir les tenants et aboutissants, et par là-même d’être inintelligible. Et ce du fait même que l’auteur s’impose des contraintes, plus ou moins fortes, dans la construction de chaque album de la série. Dans la lignée de l’oubapo, M.A.M. donne à réfléchir sur ce qu’est une bande dessinée, un espace, le temps… C’est une des plus fortes et brillantes réflexions sur le médium BD, ses possibilités. Et une merveilleuse démonstration du potentiel de cet outil au service d’une imagination débordante ! Mais la véritable performance, ce qui est somme toute bluffant, c’est qu’en plus de l’exploit « technique » (différent et réussi pour chacun des albums de la série), les qualités de conteur de M.A.M. sont indéniables. L’histoire n’est pas sacrifiée, loin de là. Julius évolue dans un univers oppressant, au milieu d’une architecture et d’une « domotique » fonctionnelles, fascisantes (ou staliniennes) et fascinantes. On y retrouve l’univers de « 1984 », de « Brazil » ou de Kafka, Julius ajoutant à ce côté absurde mais angoissant une faculté à ne pas dévier du chemin tracé pour lui par d’autres. Il est fonctionnaire – dans toute l’acceptation caricaturale que l’on donne souvent (à tort !?) à ce terme, un rouage d’un monde qui traque les grains de sable. Si certaines histoires m’ont un peu plus emballé que d’autres, j’ai vraiment beaucoup aimé l’ensemble des albums de la série, qui se renouvelle, qui surprend toujours – et agréablement. C’est brillant, cela donne à réfléchir, c’est à lire absolument (chaque tome est indépendant des autres). Culte, oui, pour l’ambition, et pour sa réalisation, qui « donnent à voir », au sens où l’entendaient Eluard et les surréalistes.
L'Unambule
Voilà un auteur et une série qui s’écartent franchement des sentiers battus, et qui ont sans doute eu du mal à rencontrer leur lectorat – et j’espère qu’en la signalant sur le site certains auront la curiosité d’aller la découvrir. C’est en tout cas tout à l’honneur de certaines petites maisons d’éditions, comme ici 6 Pieds Sous Terre, de publier ce genre d’œuvre. A noter que lors de la publication des deux tomes que j’avise, le site de l’éditeur annonçait un troisième tome. Etant donné le temps écoulé depuis la publication des deux premiers tomes, on peut craindre que ce troisième opus ne paraisse pas et que la série peut être considérée comme abandonnée (même si cette « absence » ne gêne pas la lecture des deux premiers opus). Résumer cette série est une gageure et n’est d’ailleurs pas plus souhaitable que réalisable. Techniquement, il y a une histoire, puisqu’un personnage vit des « aventures », rencontrant d’autres protagonistes (un chat, des hommes masqués, un certain nombre d’autres animaux, Emma Cyprine, qui donne son nom au second album paru, etc…). Mais plus que l’intrigue elle-même, qui défie les lois de la narration, c’est son traitement qui rend cette série originale – mais qui risque aussi peut-être de rebuter certains lecteurs. En effet, on est ici en terre de surréalisme, puisque nous lisons, nous voyons, nous respirons à plein poumon une sorte de récit de rêve. Texte et dessin relèvent sûrement en grande partie de l’écriture automatique. Ce sont donc les images et leur rapprochement, voire leur confrontation, qui nous mènent jusqu’au bout d’un récit onirique. Le dessin – dans un Noir et Blanc très heurté, véritable feu d’artifice d’images, titille l’imagination comme le récit. Là aussi, peu de points « reconnaissables » pour situer les décors, qui participent plus du « stupéfiant image » que du cadre spatio-temporel peut-être plus rassurant, mais quand même ouvrant moins sur l’horizon des rêves. De petits albums à découvrir donc, en lâchant la bride à son imagination, comme l’auteur a su le faire avec la sienne en nous invitant à participer à son voyage intérieur. Un poème noir et lyrique que les amateurs de surréalisme apprécieront forcément !
L'Ile aux Mille Mystères
Il est clair que c'est un ouvrage hors du commun voire ésotérique ! Je dirais même une "oeuvre d'art légèrement absconse" plutôt qu'un livre. Je comprends donc certaines critiques et méfiances ici. Il faut lire, regarder, déguster cet album maintes fois pour saisir et déchiffrer l'artiste, le poète et esthète fou qu'est l'auteur : Monsieur Alban Guillemois. (au passage sa page facebook en raconte pas mal sur lui, il est aussi réalisateur de courts-métrages et travaille pour la mode et le costume...), et j'ajouterai qu'il faut un minimum de "culture" pour comprendre l'humour, les références esthétiques et historiques nombreuses dans cette oeuvre hyper-originale !!! Certes le dessin est étrange, voire bizarre, des personnages aux gardes robes de folie (on perçoit l'importance du costume dans l'univers de l'auteur) des maisons expressionnistes dignes du décorateur Robert Wiene, des cadrages toujours différents, parfois de travers. Les bulles sont des parchemins type banderoles héraldiques... Un monde !!! Les personnages sont plus qu'excentriques et rappellent en exagéré parfois les romans de Rudyard Kipling, Abraham Merritt ou encore Rosny Aîné. Le magicien (hommage à George Méliès), la princesse indienne (hommage au Capitaine Nemo, elle en porte le nom), le sorcier (tout droit sorti d'un film de Murnau), l'officier pilote d’éléphant blindé (qui n'est autre que "Durckheim" l'aide de camp de Louis II de Bavière), un chien de chasse qui "cause l'argot français"... Parfois, les dialogues et l'ambiance m’ont fait penser aux histoires du Baron de Munchhausen et également à la compagnie des "Machines de l’île à Nantes" (hommage aux Royal de Luxe, célèbre troupe de théâtre de rue à Nantes)…. Bref les hommages litéraires, cinématographiques, historiques et fantastiques voire même ésotériques sont nombreux dans cet ouvrage. J'ai beaucoup ri et aimé la présence du dictateur nord-coréen (ancien chef d'Etat réel). Un récit complètement déjanté, des couleurs d'une rare beauté, un grand plaisir à découvrir ce paysage créatif ! A lire et à relire au coin du feu les longues soirées d'hiver ! Je suis content d’avoir découvert cet artiste auteur qui m'a fait rêver !!!
Quai d'Orsay
Je suis habituellement peu sensible aux albums de chroniques que je trouve souvent ennuyeux. Et bien la lecture de Quai d’Orsay m’a mis une sacrée claque. Ca fait bien longtemps qu’une BD ne m’avait pas autant tenu en haleine. Il faut dire que cette série est incroyable. Le lecteur est plongé dans le quotidien du Quai d’Orsay, au plus près du ministre Alexandre Taillard de Vorms, alias Dominique de Villepin et de ses différents collaborateurs. Les personnages sont délicieusement croqués, notamment le ministre, sorte de géant hyperactif, à la fois Grand Homme visionnaire et enfant gâté de la pire espèce. Une vraie réussite ! Les dialogues et les situations sont incroyablement drôles et ne tombent jamais dans la parodie ; les auteurs réussissant le tour de force de rendre avec justesse et pédagogie la vie du ministère (avec ses crises diplomatiques incessantes), tout en mélangeant habilement fiction et réalité, le tout réalisé avec un humour féroce. Je redécouvre à cette occasion le trait si particulier de Blain. Et on peut dire qu'il s'est surpassé : les dessins sont extrêmement dynamiques et expressifs. Ils donnent une sacrée pêche au récit. Les situations sont limpides (même pour des novices en diplomatie) et la mise en scène est parfaitement rythmée ; impossible de poser l’album avant la fin. Quai d’Orsay est une très, très grande réussite ; une série que je n’hésite pas à qualifier de culte. Un immense bravo aux auteurs !
Le Sang des Porphyre
En ce moment, je dois être dans un trip Breton ; après Les Contes de l'Ankou puis Les Contes de Brocéliande, me voici lancé dans cette série dont le visuel me réjouit. Le dessin est très plaisant, et même carrément beau, détaillé, précis, avec de beaux visages, et il restitue bien l'ambiance bretonne avec les costumes, le calvaire, les petites maisons de granit, les carcasses de bateaux... qui s'ajoutent au langage bien utilisé. La Bd joue avec les croyances, les peurs, les légendes de marins, de trépassés ancrées dans cette Bretagne très pieuse et très superstitieuse, qui craint l'Ankou et le diable. C'était encore comme ça au début du 20ème siècle ; faut pas oublier que cette région est l'une des plus particularistes de France, comme le Pays basque ou la Corse, elle a vécu pendant 10 siècles presque en autarcie, convoitée par les 2 royaumes les plus puissants au Moyen Age (France et Angleterre), et qu'elle n'a cédé que sous le règne de François Ier, lors du rattachement à la France. Le breton est une langue, pas un dialecte, qui était parlée bien avant le futur français, aussi, pour cette raison, je ne trouve pas que l'abondance de prénoms bretons détone dans ce récit ; des prénoms plus courants comme Jean, Paul ou Pierre et bien-sûr Yves ou Hervé, ont été utilisés plutôt à partir du milieu du XIXème siècle. Il est question ici des naufrageurs, ces pilleurs d'épaves qui souvent provoquaient eux-mêmes les naufrages des navires avec des feux lumineux qui attiraient ceux-ci sur des brisants. J'ai lu des histoires sur ces naufrageurs, il y en avait beaucoup autour de la baie d'Audierne qui entre 1700 et 1800 venaient s'emparer de tous les débris des bateaux naufragés. Ici, le lieu n'est pas nommé, mais peu importe, cette Bd éclaire d'intéressante façon ces pratiques condamnables ; elle a un côté très documenté, même les rochers à forme étrange sont inspirés des Rochers sculptés de Rothéneuf, près de Saint-Malo, et d'ailleurs le personnage de la noble Hermine, porte ce nom. Une excellente Bd, bien remplie, à l'ambiance très Breizh bien recréée, au souffle romanesque, aux nombreux rebondissements (peut-être même trop), et au traitement graphique de toute beauté. A déguster en buvant un bon cidre de Fouesnant...
Les Vieux Fourneaux
Trois vieux roudoudous, réunis pour l’enterrement de Lucette, l’épouse de l’un d'entre eux, se retrouvent embarqués dans une folle équipée vers l’Italie, à cause d’une histoire vieille de 50 ans, en compagnie de Sophie, petite-fille et sosie de Lucette, enceinte de 7 mois. Antoine, le nouveau veuf de la bande, a passé sa vie à la tête de la section syndicale d’un gros laboratoire pharmaceutique. Émile cache une vie de bâton de chaise sous des dehors de papi respectable pour jardin public. Pierre, le plus brindezingue des trois, anime le collectif d’aveugles anarchistes « Ni Yeux ni maître ». Malgré leur âge canonique, nos trois compères n’ont renoncé ni à leur esprit frondeur ni à leur goût pour les bêtises d’adolescents. Heureusement, Sophie veille sur eux. Une Sophie pas plus raisonnable que son grand-père pourtant, qui a quitté boulot et mec à Paris, pour venir reprendre le « Loup en slip », le théâtre de marionnettes itinérant de sa grand-mère, et qui est capable d’engueuler une bande de touristes septuagénaires sur une aire d’autoroute, en leur expliquant qu’ils sont la pire génération de toute l’histoire de l’humanité. Dans la veine des Petits Ruisseaux ou du roman Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, les Vieux Fourneaux est une réjouissante pochade qui se moque des « seniors » sans tabous pour rappeler que la vie se déguste à tous les âges et que la vraie vieillesse, c’est de renoncer. Le dessin très expressif de Cauuet, dans la veine de Lelong, rajoute de la vigueur à cette histoire très bien troussée. Une de mes plus jolies découvertes de 2014 !
Saga
Roméo et Juliette chez Flash Gordon. Présentée comme ça, la comparaison pourrait faire fuir. Ne faites pas cette erreur, cette série est une belle réussite ! Depuis longtemps, les habitants de Continent font la guerre aux habitants de Couronne, la lune de leur planète. Par peur de détruire le fragile équilibre des deux astres, ils ont exporté leur conflit sur tous les mondes habitables des alentours. Peu de choses distinguent les Luniens des Continentaux, sinon que ces derniers portent de petites ailes de libellule dans le dos, tandis que les premiers arborent des cornes de bouc sur la tête. Deux espèces différentes ? Même pas, puisqu’ils sont interfertiles. C’est en tout cas ce que découvrent Alana, la fille de Continent, et Marko, le Lunien. Aucune des deux armées ne peut tolérer une telle trahison. Et les voilà désormais poursuivis par les deux camps à la fois, plus quelques chasseurs de primes. L’histoire ne finira pas trop mal sans doute pour l’enfant de leur union, la petite Hazel, puisque c’est elle, en voix off, qui raconte toute l’aventure. Si le scénario de base est assez simple –la cavale de deux amoureux-, l’univers déployé autour d’eux par Vaughan, scénariste de la série Lost, déborde d’imagination et de créatures féériques ou cauchemardesques : prince robot à tête de télévision, fusée vivante poussant comme un arbre, araignée à buste de femme... Peu d’univers de space opéra en bande dessinée avaient réussi à déployer une telle inventivité visuelle depuis Valérian et Laureline. Le dessin de Fiona Staples, très réaliste –elle se photographie elle-même pour camper ses personnages féminins- sert magnifiquement cette histoire qu’on dévore sans voir passer les pages. J’espère trouver les tomes 2 et 3 rapidement et j’attends le tome 4 avec impatience !
Charly 9
Le pauvre Charles IX a déclenché la Saint-Barthélémy pour faire plaisir à sa mère. Plusieurs autres de ses initiatives, pourtant louables, se sont soldées par des centaines de morts et il a fini fou après une douzaine d’années de règne sous la coupe maternelle. Mais il avait un bon fonds, rappelle la 4e de couverture… Teulé et Guérineau en rajoutent un peu dans la description de ce que les psychiatres appelleraient aujourd’hui une famille pathologique : mère castratrice et peu aimante, fils cadet et préféré (le futur Henri III) méchant comme une teigne et vêtu comme un adepte de Cure mal sorti d’une adolescence torturée, fille carrément gothique qui se balade avec des crânes dans du formol sous le bras (la fameuse reine Margot). Au milieu de cette bande de cinglés, le pauvre Charles, mal préparé à devenir roi à la place d’un grand frère mort trop tôt, tente tant bien que mal de s’en sortir. Plutôt mal que bien. Le souvenir de la Saint-Barthélémy, qui ouvre le récit, ne va pas l’y aider. L’histoire raconte en réalité les deux dernières années de règne –et de vie- de Charles IX, et sa plongée dans la folie, jusqu’à se mettre à chasser le cerf dans son château, nu comme un ver sur son cheval. Guérineau n’y va pas avec le dos de la cuillère. Certes l’époque était assez gratinée. Mais le récit est souvent un poil démonstratif et les personnages trop caricaturaux. La farce macabre l’emporte sur l’étude de caractères. Le dessin souple et nerveux, les personnages aux gueules marquées renforcent encore ce parti pris théâtral et outrancier. Il y a du Shakespeare dans cette histoire, la complexité et l’introspection en moins. Bravo pour finir à la mise en page dynamique et aux couleurs très réussies. Pas un chef d’œuvre impérissable mais un très bel album et une excellente surprise de ce millésime 2014.
Blast
J'ai toujours été amateur de Larcenet, que ce soit pour son humour (avec des séries comme Nic Oumouk, Bill Baroud ou La Loi des Series), ou sa série la plus connue Le Combat ordinaire. Bon y'a bien quelques accidents de parcours du genre Guide de la survie en entreprise, mais dans l'ensemble ça se tient, tout en travaillant sur une large palette, tant dans les genres, les publics (Superbes Cosmonautes du futur !) que graphiquement, avec le surprenant Presque de 1998. C'est là que "Blast" tombe. On croyait connaître l'étendue du talent de Larcenet, et voilà qu'il nous pond une œuvre hors norme. Hors norme, oui c'est vraiment l'expression qui me semble coller parfaitement à cet OVNI. Tout d'abord l'objet. Une couverture qui interpelle et qui est un véritable appel à la lecture. Vient ensuite le traitement graphique : tout simplement sublime ; un encrage qui convient à merveille à l'ambiance sombre et profonde de ce récit, avec ce Blast et ses bulles de couleur qui font véritablement l'effet d'un arc-en-ciel un jour d'orage : à n'importe quel âge, ça reste magique ! Et puis, il y a ces planches pleine page qui jalonnent le tout et ajoutent encore à sa beauté. Ensuite, réaliser un premier tome de 200 pages où au final il ne s'y passe pas grand chose, ce n'est pas donné à tout le monde : quelle narration ! On ne quittera pas cette salle de garde à vue, et pourtant quel voyage dans ce récit... C'est l'incertitude qui nous tient en haleine et sera le moteur de ce premier tome. Quel est le crime de notre prévenu ? Nous n'en sauront rien pour le moment... mais on s'en fout, même si on ne sait que penser de ce personnage parfois sympathique, parfois dérangeant. Rien n'est pour l'instant définitif... Hors norme enfin, de par le fond même de cette BD : son protagoniste Polza, bien sûr, mais aussi tous les étranges personnages qu'il va croiser. Sans tomber dans la sociologie de bas étage, Larcenet nous propose à travers Polza une vision acérée et décalée de notre société qui ne supporte pas les écarts et de ce qui ne rentre pas dans ses cases. Fondus dans notre quotidien, une part de ce qui nous entoure nous échappe... ou plutôt, fermer les yeux sur ce qui nous dérange est souvent plus facile. La meute ne supporte pas la différence : soit elle l'abandonne, soit elle l'achève. C'est le constat de la vie de Polza, qui à la mort de son père baisse la garde et décide de lâcher prise face à ce combat ordinaire des personnes qui ne rentrent pas dans les modèles imposés par nos sociétés. On ne sait pas où nous mènera ce Blast, mais il est certain que ce premier tome très déroutant est une des grande BD de cette année, et que Larcenet a décidément beaucoup de talent. Sans s'assoir sur une renommée établie, il sait se renouveler et apporter beaucoup au 9e art : chapeau ! ***Après lecture des 3 autres tomes*** Voilà c'est fait. Je viens de me relire les trois premiers tomes et le dernier que je n'avais pas encore lu. J'ai fini "Blast"... Et quel coup de massue !!! Je crois que rarement une série BD m'aura autant travaillé, retourné et emmené aussi loin. Que ce soit graphiquement ou dans le récit qu'il construit, Manu Larcenet nous hypnotise sur plus de 800 pages. Il sait appuyer là où ça fait mal, sans faire semblant. A chaque tome on se dit que ça ne pourra pas être pire ; on se dit qu'il ne pourra pas nous entraîner plus loin... Si. Cette descente en enfer ou dans les abîmes de la folie d'un homme et de tout ce qui l'aura conduit à tout ça est juste hallucinante... N'est-ce pas d'ailleurs ce que recherche Polza ? Ce Blast. Cet instant où son corps ne lui appartient plus et où il n'est plus qu'esprit et ne fait plus qu'un avec la nature... Sauf que cette quête n'est pas gratuite, que ce soit pour lui ou les rares personnes qu'il va croiser. Moi qui après son premier tome me demandait vers où Manu Marcenet allait nous embarquer, j'avoue ne pas avoir été déçu... On frôle le traumatisme là ! L'adage dit que c'est le voyage qui compte et pas la destination... Yep ! Larcenet nous prouve ici qu'il a tout compris du bad trip... Alors, oui je comprends que certains resteront définitivement hermétique à cette série, que ce soit à cause de son graphisme si marqué ou de son contenu à la noirceur sans nom, mais rien que pour être allé jusqu'au bout de cet enfer, moi je dis chapeau m'sieur Larcenet ! "Blast" rejoint donc tranquillement le petit panthéon de mes quelques BD que je considère comme "cultes" et dont je ne peux évidement que vous conseiller la lecture, tout en sachant que beaucoup se demanderont certainement pourquoi et comment on peut apprécier un tel album. Ca ne s'explique pas ; ça se vit dans les tripes.