Les derniers avis (9616 avis)

Par Blue Boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Mon ami Dahmer
Mon ami Dahmer

Un jeune homme, vu de dos, marche au bord d’une route de campagne, environnée ça et là de rares maisons. La route semble monter vers un paradis serein aux cieux rayonnants. Zoom aérien sur le personnage, un peu raide, bras serrés le long du corps à la manière d’un automate désœuvré, puis sur ses baskets. Crissements des semelles sur le sol, crunch… crunch… crunch… tel le tic-tac d’une horloge maléfique, compte-à-rebours inéluctable vers une destination aléatoire mais que l’on devine tragique. Pause. Le jeune homme tombe en arrêt devant le cadavre d’un chat sous une nuée de mouches noires. Il le prend dans ses bras, imperturbable. Regard fixe. Fascination de la putréfaction, des chairs mortes… Puis il reprend sa marche funèbre en emportant son trophée, avec visiblement un plan bien précis en tête. Tout compte fait, on dirait que ce n’est pas la route du paradis, mais bien plutôt celle de l’enfer. L’enfer de celui pour qui la vie pris très vite la forme d’une cellule aux cloisons infranchissables… Ainsi débute ce récit peu commun. D’emblée, ce prologue mystérieux soutenu par un graphisme unique très attrayant nous plonge immédiatement dans l’histoire. Chez Derf Backderf, tout est dans la verticalité. Lui-même fait ses dédicaces debout (comme j’ai pu le voir à Angoulême cette année), en posant le support sur un carton vide. Une verticalité amplifiée par la rectangularité des formes, des objets et des personnages, comme une tentative de relier le ciel et la terre, et dans le cas de Dahmer, un paradis inaccessible et un enfer omniprésent. Backderf est un rejeton de la BD US alternative, une sorte de Charles Burns au trait géométrique révélant des personnages désincarnés, comme engoncés dans leur carcasse, ectoplasmes d’une Amérique sans gloire. Ce style aux contours précis se dispense parfaitement de la couleur au regard de la profondeur de l’histoire, et son aspect juvénile permet de distancier la noirceur sous-jacente. De bout en bout le lecteur reste happé par l’histoire dérangeante (et authentique) de cet étrange garçon dont chaque fait et geste entre en résonance avec son terrible destin de tueur en série qu’aucun de ses proches, professeurs et camarades, n’avaient su deviner en le côtoyant. A l’époque, Jeff Dahmer avait juste l’air d’un enfant un peu spécial et secret, et pourtant quiconque s’y serait intéressé de plus près aurait pu constater que tous les éléments étaient réunis pour un massacre annoncé : son attirance pour les animaux morts, ses errances de zombie solitaire, son alcoolisme chronique, sa mère dépressive, les relations très conflictuelles entre ses parents avant leur divorce, ses cris d’épileptiques soudains, ses pantomimes déments qui firent de lui une mascotte dans son lycée ! Mais bien sûr, personne n’imagine jamais qu’une connaissance ou un proche puisse renfermer un tueur potentiel. D’ailleurs, la scène des retrouvailles de l’auteur avec deux de ses anciens camarades plusieurs années après est très révélatrice. Lorsque celui-ci évoque Dahmer en suggérant sa probable conversion en tueur en série, leur seule réaction est d’éclater de rire comme un seul homme (confession très courageuse il faut bien le dire). Derf Backderf porte un regard juste, ne cherche à accuser personne ni à tomber dans l’auto-culpabilisation. Sans dédouaner son « ami » Dahmer de ses actes ignobles, il s’efforce simplement de comprendre comment ce camarade de classe atypique a pu devenir « le monstre du Milwaukee ». Se basant sur ses propres souvenirs, mais également sur des témoignages, des articles de presse et documents du FBI, il brosse un portrait éloquent du futur tueur depuis ses années au collège jusqu’à son premier crime. Aucun voyeurisme ici, la démarche de Backderf se veut à la fois factuelle et introspective. Mais elle est aussi remarquable dans le sens où ce dernier aide le lecteur, davantage en suggérant qu’en pointant du doigt les causes, à vérifier qu’on ne devient pas un tel monstre tout à fait par hasard. Tout cela fait de « Mon ami Dahmer » un one-shot passionnant et incontournable selon moi. Pour cette raison, je ne manquerai pas de remercier mon webmaster préféré de me l’avoir conseillé lors de notre virée à Angoulême !

22/03/2015 (modifier)
Couverture de la série In Vino Veritas (Toscane)
In Vino Veritas (Toscane)

Corbeyran se sert souvent de ce qu'il connait bien pour ses scénarios, et c'est le cas ici, car il a dû acquérir suffisamment d'expérience dans le domaine viticole pour pouvoir réussir à travers un petit village toscan et 2 méthodes d'exploitation radicalement différentes, à brosser une histoire convaincante dans le même style que Châteaux Bordeaux. Au départ, je n'étais pas très chaud pour lire cette Bd encore sur le monde du vin, et puis une fois embarqué dedans, j'ai été conquis. Evidemment, on prend les mêmes recettes qui ont si bien servi avant, mais la différence, c'est que Corbeyran en fait quelque chose de plus intime, dans un environnement moins large et un décor plus resserré, là où Châteaux Bordeaux présentait une famille plus grande et dessinait le portrait d'une région et d'un terroir plus vaste, le Bordelais avec tous ses cépages, et de réputation universelle. Ici, on est en Toscane, ce n'est qu'une petite partie de l'Italie, pas forcément connue de tous les gens qui boivent du vin, alors que tout le monde a au moins une fois entendu parler ou goûté un Bordeaux. On a aussi le côté un peu soap qui plombait très légèrement Châteaux Bordeaux, qui disparaît au profit de plus de sentiments humains chaleureux ou exaltés, Corbeyran appuyant sur l'ambition de Lionello et le caractère obtus de Tessa. La Bd se veut également bien documentée sur les méthodes modernes de vinification, et il en profite au passage pour inclure un jumelage entre Léognan (commune située au sud de l'agglo bordelaise) et Castagnetto Carducci, on est donc dans une réalité. Ce diptyque m'a donc autant plu que Châteaux Bordeaux, qui reste quand même supérieure et à laquelle on ne manque pas de le comparer, c'est un peu son handicap, c'est dommage car ça peut détourner des lecteurs qui ont lu la première série, qui ne sont pas assez passionnés de vin, et qui ne veulent pas y revenir, c'est un peu l'idée que j'en avais au début, même si moi j'aime le vin. La série est supérieure à ce diptyque aussi parce que je trouve la fin un peu trop rapide, avec une réconciliation trop soudaine, en toute fin d'album, on n'a pas le temps d'apprécier le fait que le frère et la soeur se soient rabibochés. Ceci m'a étonné sachant que Corbeyran aime parfois faire traîner ses récits, il aurait très bien pu s'étendre un peu plus ici avec un tome 3, développer mieux les personnages et éviter ainsi quelques clichés. Quand en plus, on a un dessin d'une telle qualité, que demander de plus ? j'aurais bien voulu un album encore pour l'admirer, j'adore ce style de dessin propre et bien lisse, qui est aussi bon sur les personnages que sur les décors. Les personnages ont de jolis physiques, et les vues de Florence, avec une pleine page sur la cathédrale Santa Maria del Fiore, sont merveilleuses ; j'imagine que travailler avec un dessinateur italien, ça a dû aider pas mal.. Au final, en dépit d'un sujet très similaire avec Châteaux Bordeaux et de certains poncifs, ce diptyque ne m'a pas paru insatisfaisant au point de faire le difficile, je le prends avec ses défauts et ses qualités, pour un joli 4/5.

20/03/2015 (modifier)
Couverture de la série L'Encyclopédie des débuts de la Terre
L'Encyclopédie des débuts de la Terre

Voici un bijou que j’aurai loupé sans la veille qualitative de ces lieux. Un album aux allures mystico-chamanique quoi de mieux pour me mettre l’eau à la bouche ! L’auteur nous livre un conte reprenant un patchwork de mythes de différentes origines. Si la première moitié du livre m’a fait fortement penser aux mythes que l’on trouve chez les premiers habitants d’Amérique du Nord avec une pincée de saga viking et même parfois j’ai pu trouver des emprunts aux mythes pacifique, la seconde partie trouve sa source dans un syncrétisme entre les mythes babyloniens et la genèse de l’ancien testament et de fait parait nettement plus « classique ». L’exercice est tellement bien maîtrisé, fluide que le lecteur ne se perd jamais et se passionne pour le récit. Graphiquement, l’auteur trouve un trait « simpliste » qui s’adapte parfaitement à un conte, la colorisation me semble parfaitement maîtrisée et participe à cette plongée dans un chamanisme du froid où les mythes viennent heurter notre rationalisme scientifique. Si les dialogues viennent parfois un peu ternir la force narrative graphique avec un peu de facilité, le lecteur n’en demeure pas moins totalement happé de bout en bout cherchant à en savoir plus sur cet univers. Le récit de la création de terre est un monument de poésie dont je vois des origines amérindiennes, qui va rester dans l’esprit du lecteur un bon moment tant il est touchant. Cet album donne un pur moment de plaisir, un opium que l’on aura vite fait de reprendre encore et encore pour se doper à ces récits magiques nettement plus pertinents et enrichissant sur la compréhension de l’homme que moult émissions sociétales du petit écran. Et si le récit échappe à la note maximale, c’est pour l’origine de tout ici traité avec de l’humour là où justement il ne doit pas y en avoir (mais c’est une case de l’album) et pour la relation d’amour finalement un poil fade dans les textes (quelques pages à la fin). Hors ces deux éléments qui ne chagrinent qu’un vieux pinailleur comme moi, foncez c’est de la bonne.

19/03/2015 (modifier)
Par gruizzli
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Encyclopédie des débuts de la Terre
L'Encyclopédie des débuts de la Terre

Sans aller jusqu'à donner un culte à cette BD, je dois bien dire que l'esprit y est ! J'ai rarement vu une telle adéquation entre le dessin et le propos, et il faut dire que c'est subtil : des dessins dans un style primitif pour illustrer des contes qui narrent l'origine des temps. Et pas n'importe où, mais dans les régions froides du Groenland aux temps anciens. Cette BD a réveillé en moi bien des choses, notamment mon côté obsédé par l'Histoire, réelle ou fantasmé, mais également mon côté enfant qui écoute raconter une histoire. Je sais désormais qu'il y a en chaque homme un besoin indéniable d'histoire, pratique millénaire et intrinsèque à notre nature humaine. L'être humain passe la majorité de son temps éveillé à inventer des histoires sur lui-même et le monde qui m'entoure. Et j'ai toujours été fasciné par une personne qui sait raconter une histoire. J'ai trouvé ici de quoi concilier ma nature humaine profonde et mes désirs. Cette BD, pour moi, c'est cette plongée en enfance, quand ma mère me racontait une histoire le soir. C'est des mythes, des récits, des légendes dans lesquels on ne croit pas, mais qui existe le temps d'un instant, si on se prête au jeu. Les histoires sont à la base de l'humain, alors quand je retombe sur ce genre de BD qui me fait voyager et rêver comme un gosse, je me sens heureux comme jamais. Et tout le reste est bon ! Le principe des histoires emboitées sans qu'on ne perde jamais le fil d'aucune, les dessins qui ajoutent une touche à l'ensemble, les petites piques d'humour qui parsèment les pages et allègent le contenu plutôt grave. Et je ne parle pas des dieux, que j'ai adoré, des représentations du monde ancien, ou les façons dont toutes les histoire s'entremêlent en permanence. Oui, tout est appréciable, et j'ai été plongé dans ce monde sans aucune difficulté. C'est puissant, et pourtant simple. Des histoires comme on peut en entendre des centaines, partout dans le monde, de création du monde et des hommes, de luttes contre les géants et de mers infranchissables qu'on parcourt. Rien de neuf, mais toujours aussi excitant à suivre. Et ça, ça m'a plu. Pour résumer simplement, c'est tout bonnement ce que j'apprécie en BD : un dessin au poil, une histoire (une ? Des dizaines oui !) excellentes et qui nous plongent immédiatement dans un autre univers (ou un autre temps), un album de qualité ... Je ne sais pas si je peux lister un défaut là maintenant. Attendez, j'avais dit que je mettais 4/5 ? Non, ça mérite un bon culte, effectivement. Je sens déjà en moi l'envie de relire, alors je met un point à cette critique et j'y retourne.

19/03/2015 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Punk Rock et mobile homes
Punk Rock et mobile homes

J'ai découvert Derf Backderf, l'an dernier avec son album Mon ami Dahmer qui m'avait déjà beaucoup impressionné, tant par son originalité graphique que par son sujet. C'est à l'occasion du dernier festival d'Angoulême que j'ai eu la chance de le rencontrer par hasard sur le stand des éditions "Ça et Là", car je ne savais pas qu'il venait. Je suis donc content de cette rencontre et d'avoir pu observer le premier auteur à faire ses dédicaces debout ! J'ai même cru qu'il était en train de plier bagages, mais non :) Grand amateur de musique et de rock, cet album était juste ce qu'il me fallait pour me replonger dans l'univers déjanté de l'auteur. Et ce fut tout sauf une déception ! Si la mise en place du récit est un peu surprenante au premier abord, avec peut être certaines longueurs, une fois rentré dedans et installé, l'album nous propulse sur un rythme au tempo d'enfer ! Ajoutez à cela des personnages complètement loufoques qui vont croiser des légendes du rock indé des années 80' et vous réalisez alors que vous avez entre les mains un petit bijou qu'on a pas envie de lacher ! Le dessin de Derf Backderf est égal à celui que j'avais découvert dans Mon ami Dahmer ; tout de noir et blanc, avec un style qui pourrait s'apparenter à du Crumb, mais avec une touche toute personnelle qui se reconnaît au premier coup d’œil. En tout cas il colle parfaitement à son histoire déjantée sur le rock de ces années, tout en y instillant un regard acéré sur la société américaine de ces années. Un album brillant et bien barré qui ne pourra que plaire aux amateurs de ces années de légende pour le rock punk, et qui devrait également toucher un public plus large et curieux.

18/03/2015 (modifier)
Par jurin
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Rosa
Rosa

Le premier tome de ce diptyque avec Bernard Olivier pour le texte et François Dermaut à la mise en scène est un petit bijou, une BD qui a tous les atouts pour devenir un ouvrage phare de la bande dessinée. Inévitablement l'ambiance et le dessin font penser à Magasin général mais ce premier tome de Rosa -pour la finesse de son scénario et son illustration- fait au moins aussi bien. L’histoire démarre d’un pari un peu fou puisqu’il s’agit du concours du meilleur amant parmi les hommes du village, certes un sujet un rien scabreux mais traité à travers des dialogues succulents avec beaucoup d’humour et de dérision. Mais là n’est pas l’essentiel, car les auteurs en profitent pour dresser un portrait peu reluisant des habitants du village, qui apparaissent vaniteux, cupides, égoïstes et suffisants. Une lecture où l’on ne s’ennuie jamais, une héroïne très charismatique qui détonne et se démarque complètement de la médiocrité ambiante. Le dessin de Fançois Dermaut (Les Chemins de Malefosse) est impressionnant, très beau. Une mention spéciale pour les faciès et leurs expressions. Une BD à découvrir.

15/03/2015 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Abenobashi - Magical shopping street
Abenobashi - Magical shopping street

J'avais déjà vu et bien aimé l'anime donc il fallait que je lises ce manga ! J'ai vite compris que j'aillais aussi aimer le manga juste en lisant les premières pages. Le tome paru en français contient plus de 400 pages (au Japon le manga contient 2 tomes donc l'éditeur les a fusionnés) ! Moi je m'en fous j'ai lu le manga sur internet. J'adore cette idée que deux personnages voyagent dans différents univers et rencontrent toujours les mêmes personnages. Les auteurs parodient plusieurs genres et j'ai bien rigolé et les personnages sont attachants. En plus, cette série ne s'éternise pas sur des dizaines de volumes donc cela s’arrête avant que le concept devienne répétitif et peu imaginatif. L'humour risque de ne pas plaire à tout le monde, mais moi j'aime bien. Le dessin est dynamique et agréable à l’œil.

15/03/2015 (modifier)
Par sloane
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Hotel Particulier
Hotel Particulier

Cet album possède plusieurs qualités, celles-ci ne pouvaient que m'inciter a lui mettre cette note. Tout d'abord le dessin de Sorel dont je suis assez fan depuis de nombreuses années et qui à mon sens excelle dans le genre fantastique ou onirique. Ses teintes pastel, sépia qui jouent sur de subtils effets d'ombre et de lumière sont ici autre chose qu'un simple noir et blanc. Comment dire? Il y a comme un effet de transparence dans les planches qui s'offrent à nos yeux. Un autre point qui m'a fait apprécier cette histoire c'est que l'auteur qui n'abuse pas des dialogues, que par ailleurs je trouve très justes, cite quelques strophes de poèmes d'auteurs que j'aime beaucoup. Pensez donc, nous avons droit à Baudelaire, Rimbaud et Lewis Caroll. En aucun cas cela ne plombe le récit, tout au contraire cela ajoute à sa charge onirique. Il y a énormément de poésie, de magie dans cette œuvre, elle possède également un charme suranné qui nous propose autant de voyages qu'il y a d’appartements et de propriétaires. Laissez vous embarquer dans celui de ce collectionneur de livres, grand épicurien qui "anime" les personnages des romans qu'il possède. Affligez vous face au sort réservé à cet enfant coincé dans son placard et dont les parents ne savent plus rien. Méditez sur la bêtise banale de cette concierge qui n'aurait pas du .... et souffrez les affres de la création avec ce peintre aux abois qui recherche une image entraperçue dans un miroir. Enfin dernier hommage à Baudelaire, il y a le sphinx, le destin, en fait le chat!!!!

14/03/2015 (modifier)
Couverture de la série Rébétiko
Rébétiko

J'ai bien aimé cet album, certes sans prétention, c'est pas du chef d'oeuvre, mais c'est très sympa. C'est plein de soleil et l'on retrouve volontiers des teintes de rouge, orange, jaune pour mieux se fondre dans l'ambiance chaude et estivale de la Grèce. L'histoire est sympathique, même s'il n'y a pas de réel dénouement, de chute, j'ai pris plaisir à suivre les escapades de nos rebetes, dont certains ont un réel charisme. Le trait est assez particulier, assez anguleux, mais j'ai bien aimé cette originalité. Enfin, j'ai pu découvrir grâce à cette BD un morceau d'histoire gréco-turque (domaine que je ne maitrise absolument pas...) ainsi qu'une partie du patrimoine musical de cette région. Moi qui ne connaissais pas le rébétiko, j'en ai écouté, suite à cette lecture, plusieurs morceaux, et certains sont vraiment très beaux (Apo ligo ligo, et Dio jiftopoulès, par exemple, sont mes favoris). Bref, un petit album qui ne se prend pas la tête, c'est pas de la haute voltige, mais j'ai même fini par l'acheter. Un coup de coeur pour la découverte musicale en prime. (296)

13/03/2015 (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Nuits Indiennes
Nuits Indiennes

Depuis mon retour plus qu’enthousiaste sur Mahârâja, il me tardait donc de lire le second essai d’Artoupan et de son fidèle compagnon Labrémure dans ce tout nouveau one-shot aux thèmes similaires. Je peux d’ors et déjà confirmer par ces « Nuits indiennes » que le pari délicat d’entremêler aventure, grivoiseries et humour est à nouveau remporté « haut la main » même si la surprise de découvrir un tel univers n’est plus aussi forte qu’auparavant. Lumière donc sur cette histoire complètement indépendante de « Mahârâja » même si les époques semblent similaires (début XXème siècle) : Adélie, une jolie rouquine libertine, est activement traquée par la police et un préfet qui a juré sa perte pour les vols de haute envergure qu’elle exécute pour son propre intérêt sous le sobriquet subtil de « la Pie Voleuse ». Pendant ce temps, Léon Latourette, séduisant majordome gay au service du vieux préfet, est convoité par l’épouse nymphomane de ce dernier. Ayant refusé les avances de l’entreprenante Ernestina, il va être placé aux arrêts par son mari de préfet pour un viol qu’il n’a évidemment pas commis. Léon et Adélie n’ont donc qu’une seule idée en tête : se venger de cet homme de pouvoir en lui retirant ce qu’il a de plus précieux au monde : son diamant indien qu’il garde jalousement à la vue de tous. Tout ce joli monde va se retrouver tel une pièce de théâtre dans un lieu unique et enchanteur : l’ile de Capri où le préfet prend ses vacances avec sa jeune épouse méditerranéenne volage. L’aide d’un gourou indien de pacotille d’origine brésilienne ( !!!!! ) va transformer cet havre unique en une partie de plaisir et de bévues en tous genres ! On retrouve donc l’élégance du trait unique d’Artoupan qui n’a pas son pareil pour dessiner des corps dans n’importe quelle situation, au repos, en action et même en érection ! L’histoire semble même un peu plus développée car les scènes coquines sont un peu plus en retrait que dans l’inévitable comparaison avec Maharaja. Il s’agit grosso modo d’une relecture coquine de films comme « La main au collet » d’Alfred Hitchcock avec le même côté carte postale réussi et dépaysant de Paris à Capri sans oublier le Vésuve ! La brochette de personnages est exceptionnelle, de la jolie et muette Amiya, tueuse en série rappelant furieusement Miho de Sin City en passant par Léon, le gay élégant obstiné par sa revanche sans oublier Ernestina, plantureuse Italienne aux formes de Monica Bellucci, on ne peut décemment pas s’ennuyer… Et que dire du gourou indien, sombre escroc manipulateur indien dont chaque apparition suscite le rire ou le mépris ? Et il reste Adélie, la Pie Voleuse, un personnage féminin comme on aimerait en rencontrer dans chaque vie d’homme, pour le souffle de liberté et le charme qu’elle dégage (je n’ai jamais été indifférent aux tâches de rousseur)… La fin est tout aussi ironique, j’aurais apprécier quelques planches de plus pour savourer au choix les scènes sensuelles ou côtoyer encore ces personnages succincts mais attachants. Peut-être aurons-nous le plaisir de retrouver cette joyeuse bande de pervers dans un nouvel opus ? En l’état je vous recommande fortement de vous plonger dans ces « Nuits Indiennes », un divertissement adulte comme je n’en avais jamais lu et comme d’autres devraient fortement s’inspirer.

11/03/2015 (modifier)