Je découvre cet auteur avec cet album, et c’est avec un très grand plaisir !
Le découpage des pages, transcendant souvent les cases traditionnelles, et la narration, sont à la fois originaux et très bons.
J’ai trouvé les deux histoires composant cet album très intéressantes, même si j’ai préféré la première, plus courte (et pourtant probablement composée rapidement, puisqu’à la demande des éditions Mosquito qui publient cet ensemble). Mais si « L’héritier » est franchement excellent, envoûtant, « Blues », qui donne son titre à l’album, est aussi une chouette histoire !
En tout cas, l’univers de Toppi est plus qu’intéressant, avec son dessin très expressif, la poésie noire qui transpire des cases, dans une ambiance moite qui fait décor à ces deux histoires se déroulant dans le sud profond des Etats-Unis.
Un album à lire, c’est certain. Et un auteur à découvrir, ce que je vais m’empresser de faire assurément.
J'avoue que je ne comprends pas bien les autres avis (d'où mon avis vu que je ne viens quasiment plus sur le site :) ), vu que fun home est un vrai coup de coeur pour moi... j'ai trouvé cette histoire passionnante d'un bout à l'autre.
Peut-être que le fait que le point de vue soit féminin a aidé, en tous cas je me suis sentie dès le début impliquée dans cette histoire et proche de la narratrice. Et voir petit à petit au fur et à mesure réinterpréter son enfance et son adolescence à l'aune de la révélation de l'homosexualité de son père, et de montrer comment en filigrane ce sont les pressions sociales qui l'ont au final rendu étranger à sa famille, et quel désastre cela a été pour tous, n'est pas une histoire que j'ai souvent lue. Et là je l'ai trouvée très finement analysée.
Les quelques réflexions féministes qui parsèment le bouquin m'ont beaucoup plues aussi, les anecdotes sur sa puberté aussi.
L'aspect "reportage" sur une certaine époque, et notamment sur la façon dont étaient perçus les homosexuels et comment ils se débrouillaient, était passionnant en soi, aussi.
J'ai aimé le ton, aussi - factuel, non dénué d'humour, et refusant l'émotion facile.
Une excellente BD, en ce qui me concerne.
Don Quichotte et sa fameuse expression picaresque « se battre contre les moulins à vent » a toujours eu beaucoup d’attrait sur moi.
Je reconnais par contre n’avoir jamais lu la version officielle de Cervantes mais plutôt des résumés de passage ou adaptations en romans pour enfants (lorsque j’en étais encore un il y a fort longtemps) et j’ai toujours été frustré que le génial Terry Gilliam n’ait pu mener son projet de film à terme avec Jean Rochefort et Johnny Depp dans les rôles titres…
Du coup l’annonce d’une version de ce fameux récit sous forme de bande dessinée par le britannique Rob Davis m’a fait écarquiller les yeux de plaisir…. Au final on dispose d’un magnifique bouquin au dos toilé (sur deux annoncés et dont le dernier volume sortira fin d’année 2015) au format inhabituel qui trouverait aussi bien sa place dans une bibliothèque de classiques littéraires que de comics par une revisite contemporaine en brisant le quatrième mur tout en respectant scrupuleusement le texte d’origine.
Le dessin peut sembler austère au premier abord malgré un trait vif et nerveux truffé de couleurs chaudes.
Cependant passé une introduction nous remettant dans le contexte d’un vieil homme au seuil de sa vie s’inventant une vie chevaleresque pour surmonter son ennui quotidien, le tout s’emballe rapidement avec quelques séquences humoristiques pas piquées des hannetons. Il faut bien regarder le regard expressif ou pas de Rossinante, fidèle canasson ou les roustes que nos deux compères se prennent régulièrement sur le coin de la tronche pour en sorti amusé et surtout diverti.
Rob Davis découpe ses chapitres de façon inégale, arrête son récit pour faire intervenir le narrateur emprisonné (je vous laisse deviner de qui il s’agit) ou y placer des histoires annexes dans un tout autre style graphique. C’est absolument génial, dynamise le récit et lui apporte une certaine non linéarité qui contraste fortement avec les adaptations de classiques plan-plan.
Rob Davis se permet même de « geler » une scène de combat pour partir dans une autre direction puis mieux raccrocher les wagons et revenir sur l’action « en cours ». C’est parfois déstabilisant mais au final très agréable.
Mon seul reproche serait la fin un peu « abrupte » de ce premier tome qui conclut sur un chapitre sans donner le clap de fin ou qui permettrait un cliffhanger.
Sachant que le second tome devrait arriver rapidement, je vais donc mettre mes impatiences de côté et attendre sagement ce dernier tome dont j’attends également autant de plaisir que je n’en ai eu pour cette très belle découverte.
Enfin une adaptation fidèle qui sort des sentiers battus et débattus ! Difficile de ne pas tomber sous le charme de ces jolis dessins colorés qu’on jurerait animés !
Enfin du matériel inédit de la part de Foerster dans son domaine de prédilection : les contes malsains et dérangeants à nul égal.
Cette fois, il s'agit d'une histoire "à sketches" dans une ville au nom évocateur de Tchernobourg.
La lune s'est effritée en partie sur la centrale nucléaire de la métropole, ce qui a eu pour conséquences des pluies acides qui ont par après donné lieu à des mutations sur l'espèce humaine, la faune et les plantes.
Du coup, tout le monde cohabite entre mutants et êtres "normaux". Notre confesseur, un prêtre improvisé dont les jambes sont remplacées par des tentacules, a également comme pouvoir de lire les pensées les plus intimes des gens qu'il croise dans la ville ou dans son confessionnal.
Il s'agit de chacune de leurs histoires (soit 5) qui sont narrées sous le trait féroce de Foerster qui m'a toujours autant attiré que écœuré.
On n'échappe pas ici à la règle, ceux qui n'aiment pas cet auteur ne lui trouverons pas plus de charme mais pour tout amateur de ces petites histoires bien cradingues que je lisais ado dans Fluide Glacial, c'est un vrai régal...
Il y a des dessins admirables avec ces longs corps filiformes aux protubérances répugnantes (amis arachnophobes, ne lisez pas la seconde histoire !) et des cadrages majestueux rendant bien compte de la folie et ici surtout du désespoir de l'ensemble des êtres vivants croisés.
Car la mélancolie qui plane est bien présente, bien plus que l'horreur, c'est l'amour et l'espoir d'une vie meilleure qui prédominent. Mais les histoires de Foerster sont tragiques et la fin est toujours cruelle.
C'est même incroyable de voir comme l'ensemble se tient. C'est véritablement passionnant à lire. Cet univers est improbable mais complètement cohérent simplement par 3 pages d'introduction nous rendant crédible une ville où tout n'est que noirceur, horreur et chagrin.
Chaque histoire est dessinée en bichromie noir et blanc plus une dominante (jaune, bleue, gris, vert) dans un joli bouquin bien classieux ainsi qu'un dessin de garde joliment mis en couleurs dans un style "gouache".
Sans trop en dévoiler, la troisième histoire se permet même un pied de nez subtil à certains partis d’extrême droite, une jolie métaphore sur les différences et les conséquences de l'intolérance sur le ton du "tel qui est pris..."
La fin reste ouverte et peut décevoir par sa brièveté mais après réflexion, il s'agit d'un véritable constat de la part de notre discret confesseur, témoin d'un monde en pleine déliquescence.
Un petit bijou, rehaussé par une palette subtile de couleurs prouvant que Foerster n'a rien perdu de son talent dans son monde macabre si particulier. Les amateurs devraient se rue dessus, les autres n'en seront pas davantage convaincus mais il s'agit surement de sa plus belle œuvre.
Gung Ho nous propose au premier abord un curieux mélange de genres : les histoires banales d'adolescents et la survie dans un monde post-apocalyptique !
On va donc découvrir pendant une longue mise en place deux adolescents rebelles, bannis de leur ville, et qui sont obligés d'aller trouver refuge dans une petite colonie de 400 habitants en plein coeur de la "zone de danger". Là-bas, mieux vaut ne pas traîner au-delà des remparts, car le danger guette ! Je vous laisserai d'ailleurs le soin de découvrir par vous-même la nature de ce danger.
Bref, à côté de cet univers très noir, très sérieux et très cruel, on suit la vie quotidienne d'un groupe d'adolescents qui eux font passer la fête, l'alcool, les filles et les provocations envers le règlement avant les aspects tels que la survie, l'entrainement et le travail au sein de la communauté...
Le dessin (infographie) très joli, travaillé, détaillé et rempli de couleurs vives nous font d'ailleurs vite oublier le côté sombre de cet univers pour mieux suivre les personnages principaux.
Au final, tout ça m'a plongé dans un histoire très prenante dont je suis impatient de connaître la suite qui j'espère sera du même niveau que les deux premiers tomes sortis jusqu'à maintenant.
Volume 1
Depuis quelques années, Jim nous a habitués à ses bandes dessinées basées sur les rapports amoureux, ou plutôt sur la recherche des amours perdues. Avec notamment le très remarqué Une nuit à Rome où Jim abordait une crise de la quarantaine assez réaliste.
Avec "Héléna", on change de registre mais pas de thème.
Jim traite toujours des amours contrariées, peut-être pas à la quarantaine mais plutôt vers la trentaine.
Ici, Simon aime Héléna, de façon secrète voire discrète au début, puis cela prend de telles proportions qu'après l'avoir revue il va... oui , il va quoi ?
Comment un homme décide, à la vue d'une amourette de jeunesse, de bouleverser sa vie ?
Telle est la réponse que va essayer de nous livrer Jim.
C'est un album élégant (j'ai choisi de le lire dans la version TL) que nous offrent les éditions Bamboo, le tout servi par un dessin très réussi de Lounis Chabane, qui, comme les précédents dessinateurs des scenarii de Jim, se glisse parfaitement dans l'univers du scénariste.
Certains peuvent reprocher à Jim de présenter une nouvelle fois la même histoire, mais pour ma part, j'y vois, ici, une approche différente des rapports amoureux dans cette histoire de Simon, payant Héléna, trois heures par semaine pour, oh non pas vivre une histoire sexuelle, mais pour passer seulement un moment d'échange... mais jusqu'où cet échange ira-t-il ?
Réponse dans le prochain volume que j'attends avec, non pas avec impatience, mais avec plaisir.
Volume 2
Le premier volume pouvait apparaitre comme léger mais la conclusion de cette histoire est plus grave et sombre qu'on ne pouvait l'imaginer.
Sans en dévoiler les tenants et aboutissants de cette histoire d'amour presque impossible, je ne peux que saluer le ton adopté par Jim , qui signe là de superbes réparties, avec des dialogues qui font souvent mouches , dans cette histoire qui m'a touché à plus d'un titre.
"l'amour est trompé, fugitif ou coupable" écrivait Chateaubriand. Dans le second et dernier volume de cette série nous avons les 3 facettes de l'amour.
J'ai littéralement dévoré cet album, meilleur que le précédent, et qui à travers le personnage de Simon, nous offre une histoire d'amour assez inédite et qui finit.....sans spoiler........par retomber sur "ses pattes". La boucle est bouclée au bout de ces 78 pages, qui se lisent comme on regarde un film.
Jim est vraiment l'auteur des quadras, qui sait par une phrase, un mot décrire le malaise d'un homme de cette génération. "Je suis plein de silence assourdissant d'aimer" disait Aragon. Ce vers pourrait être prêter à Simon envers Héléna, tant sa passion vers cette femme inaccessible le bouleverse.
Un très bel album, souligné par le trait de Lounis Chabane qui a su se rapprocher du style de Jim sur Une nuit à Rome par exemple
Le "Grand Pouvoir du Chninkel", c'est le moment ou la symbiose entre le conteur (Van Hamme) et le peintre (Rosinski) atteint des sommets dans le délire imaginatif.
Au premier coup d'oeil on pourrait confondre avec Thorgal, tellement les décors semblent proches, tellement les noms et les prénoms se ressemblent, mais très vite on se rend compte qu'il y a autre chose, on aperçoit l'influence des grands mythes bibliques, de l'imaginaire tolkienien, et même, surprise, de créations fictionnelles aussi éloignées de la fantasy que " 2001, l'Odyssée de l'espace"...
Une oeuvre bâtarde, un truculant méli-mélo unique en son genre dans la bd franco-belge.
Dans un sinistre contexte ou s'éternise une guerre dévastatrice opposant les "Trois Immortels", J'on, petit être chétif à la chevelure blonde, haut comme trois pommes et va nu-pieds (dans la bande dessinée son peuple s'appelle les Chninkels, mais on peut observer l'influence de l'aspect des Hobbits), est chargé par le maître créateur des mondes de ramener la paix universelle sur "Daar", le monde où se situe l'action (et qui n'est en fait qu'une Terre préhistorique). Pour ce faire il le gratifie d'un sibyllin Grand Pouvoir, qui embarasse J'on en premier lieu car il peine à le maîtriser.
La suite du récit retrace son long voyage à travers le monde dans l'espoir de réaliser sa Quête divine, et là comme d'habitude Van Hamme s'illustre : c'est palpitant, bouleversant, émoustillant (la scène érotique entre Volga la Devineresse et J'on métamorphosé vaut son pesant d'or), et certains personnages sont vraiment réussis, comme Zembria la Cyclope ou N'om l'Hérésiarque.
Oeuvre expérimentale superbe, cocktail explosif et sensuel qui dérange et fascine à la fois, le "Grand Pouvoir du Chninkel" est assuremment un coup de coeur. L'infernal Van Hamme, qui se dissimule derrière les sagas à succès XIII, Thorgal et autres Largo Winch, frappe ici encore un grand coup, dans un registre plus sulfureux. Un classique à lire absolument.
Pour mon centième avis sur BD-Thèque, je voudrais chanter les louanges de Broussaille.
J'aime les histoires, simples et fraîches, dont la fausse naïveté va bien au-delà du scénario pour pré-adolescent qui est la signature du magazine Spirou. Frank Pé construit un univers attachant, surréaliste et cohérent. Les trois premiers albums sont brillants ; personnellement, j'ai un gros faible pour Les sculpteurs de lumière. Ensuite, dans les quatrième et cinquième albums, il faut admettre que le niveau baisse, mais il faut aussi tempérer les critiques qui les accablent : on reste dans le très bon.
J'aime aussi le dessin soigné et lumineux de Frank Pé. Il dessine merveilleusement les paysages et les animaux. Et on n'a guère fait mieux dans le style « école de Marcinelle à gros nez ».
Lorsque je l'ai découverte, j'ai d'emblée aimé la série Broussaille, et chaque fois que je la relis, je ressens le même émerveillement.
Des albums qui passent les époques, se rient du temps qui s'écoule, des goûts qui évoluent et font se sentir éternellement jeune, c'est rare et c'est précieux.
Cette BD est d'abord une aventure, pour enfants comme pour adultes sans aucun doute. C'est également une manière de faire de la prévention VIH plus ludique et sympathique que les traditionnels fascicules et brochures. Cela m'a permis de découvrir des réalités congolaises ignorées en ce qui me concerne.
Prix France : 10€ l'intégrale des deux tomes.
Revoilà Ted Naifeh dans l'un de ses genres de prédilection, la fantasy. Avec encore une fois une adolescente qui est étrangère à son environnement.
Il excelle dans ce sous-genre, et il fait preuve une nouvelle fois d'un dosage entre les dialogues, les situations et le décor aux petits oignons. Sa princesse Ugg/Ülga est assez touchante, dans sa solitude au milieu de ces pétasses parfumées qui ne cherchent qu'à trouver un joli prince. On ne s'ennuie pas une seconde, et ce premier tome, qui regroupe les 4 premiers épisodes de la série, s'avale en un rien de temps.
L'auteur fait montre encore une fois d'une belle vivacité dans le trait, alternant les ambiances rudes de la montagne et de la guerre avec les alcôves des terres basses.
A suivre.
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Blues
Je découvre cet auteur avec cet album, et c’est avec un très grand plaisir ! Le découpage des pages, transcendant souvent les cases traditionnelles, et la narration, sont à la fois originaux et très bons. J’ai trouvé les deux histoires composant cet album très intéressantes, même si j’ai préféré la première, plus courte (et pourtant probablement composée rapidement, puisqu’à la demande des éditions Mosquito qui publient cet ensemble). Mais si « L’héritier » est franchement excellent, envoûtant, « Blues », qui donne son titre à l’album, est aussi une chouette histoire ! En tout cas, l’univers de Toppi est plus qu’intéressant, avec son dessin très expressif, la poésie noire qui transpire des cases, dans une ambiance moite qui fait décor à ces deux histoires se déroulant dans le sud profond des Etats-Unis. Un album à lire, c’est certain. Et un auteur à découvrir, ce que je vais m’empresser de faire assurément.
Fun Home - Une tragicomédie familiale
J'avoue que je ne comprends pas bien les autres avis (d'où mon avis vu que je ne viens quasiment plus sur le site :) ), vu que fun home est un vrai coup de coeur pour moi... j'ai trouvé cette histoire passionnante d'un bout à l'autre. Peut-être que le fait que le point de vue soit féminin a aidé, en tous cas je me suis sentie dès le début impliquée dans cette histoire et proche de la narratrice. Et voir petit à petit au fur et à mesure réinterpréter son enfance et son adolescence à l'aune de la révélation de l'homosexualité de son père, et de montrer comment en filigrane ce sont les pressions sociales qui l'ont au final rendu étranger à sa famille, et quel désastre cela a été pour tous, n'est pas une histoire que j'ai souvent lue. Et là je l'ai trouvée très finement analysée. Les quelques réflexions féministes qui parsèment le bouquin m'ont beaucoup plues aussi, les anecdotes sur sa puberté aussi. L'aspect "reportage" sur une certaine époque, et notamment sur la façon dont étaient perçus les homosexuels et comment ils se débrouillaient, était passionnant en soi, aussi. J'ai aimé le ton, aussi - factuel, non dénué d'humour, et refusant l'émotion facile. Une excellente BD, en ce qui me concerne.
Don Quichotte (Rob Davis)
Don Quichotte et sa fameuse expression picaresque « se battre contre les moulins à vent » a toujours eu beaucoup d’attrait sur moi. Je reconnais par contre n’avoir jamais lu la version officielle de Cervantes mais plutôt des résumés de passage ou adaptations en romans pour enfants (lorsque j’en étais encore un il y a fort longtemps) et j’ai toujours été frustré que le génial Terry Gilliam n’ait pu mener son projet de film à terme avec Jean Rochefort et Johnny Depp dans les rôles titres… Du coup l’annonce d’une version de ce fameux récit sous forme de bande dessinée par le britannique Rob Davis m’a fait écarquiller les yeux de plaisir…. Au final on dispose d’un magnifique bouquin au dos toilé (sur deux annoncés et dont le dernier volume sortira fin d’année 2015) au format inhabituel qui trouverait aussi bien sa place dans une bibliothèque de classiques littéraires que de comics par une revisite contemporaine en brisant le quatrième mur tout en respectant scrupuleusement le texte d’origine. Le dessin peut sembler austère au premier abord malgré un trait vif et nerveux truffé de couleurs chaudes. Cependant passé une introduction nous remettant dans le contexte d’un vieil homme au seuil de sa vie s’inventant une vie chevaleresque pour surmonter son ennui quotidien, le tout s’emballe rapidement avec quelques séquences humoristiques pas piquées des hannetons. Il faut bien regarder le regard expressif ou pas de Rossinante, fidèle canasson ou les roustes que nos deux compères se prennent régulièrement sur le coin de la tronche pour en sorti amusé et surtout diverti. Rob Davis découpe ses chapitres de façon inégale, arrête son récit pour faire intervenir le narrateur emprisonné (je vous laisse deviner de qui il s’agit) ou y placer des histoires annexes dans un tout autre style graphique. C’est absolument génial, dynamise le récit et lui apporte une certaine non linéarité qui contraste fortement avec les adaptations de classiques plan-plan. Rob Davis se permet même de « geler » une scène de combat pour partir dans une autre direction puis mieux raccrocher les wagons et revenir sur l’action « en cours ». C’est parfois déstabilisant mais au final très agréable. Mon seul reproche serait la fin un peu « abrupte » de ce premier tome qui conclut sur un chapitre sans donner le clap de fin ou qui permettrait un cliffhanger. Sachant que le second tome devrait arriver rapidement, je vais donc mettre mes impatiences de côté et attendre sagement ce dernier tome dont j’attends également autant de plaisir que je n’en ai eu pour cette très belle découverte. Enfin une adaptation fidèle qui sort des sentiers battus et débattus ! Difficile de ne pas tomber sous le charme de ces jolis dessins colorés qu’on jurerait animés !
Le Confesseur sauvage
Enfin du matériel inédit de la part de Foerster dans son domaine de prédilection : les contes malsains et dérangeants à nul égal. Cette fois, il s'agit d'une histoire "à sketches" dans une ville au nom évocateur de Tchernobourg. La lune s'est effritée en partie sur la centrale nucléaire de la métropole, ce qui a eu pour conséquences des pluies acides qui ont par après donné lieu à des mutations sur l'espèce humaine, la faune et les plantes. Du coup, tout le monde cohabite entre mutants et êtres "normaux". Notre confesseur, un prêtre improvisé dont les jambes sont remplacées par des tentacules, a également comme pouvoir de lire les pensées les plus intimes des gens qu'il croise dans la ville ou dans son confessionnal. Il s'agit de chacune de leurs histoires (soit 5) qui sont narrées sous le trait féroce de Foerster qui m'a toujours autant attiré que écœuré. On n'échappe pas ici à la règle, ceux qui n'aiment pas cet auteur ne lui trouverons pas plus de charme mais pour tout amateur de ces petites histoires bien cradingues que je lisais ado dans Fluide Glacial, c'est un vrai régal... Il y a des dessins admirables avec ces longs corps filiformes aux protubérances répugnantes (amis arachnophobes, ne lisez pas la seconde histoire !) et des cadrages majestueux rendant bien compte de la folie et ici surtout du désespoir de l'ensemble des êtres vivants croisés. Car la mélancolie qui plane est bien présente, bien plus que l'horreur, c'est l'amour et l'espoir d'une vie meilleure qui prédominent. Mais les histoires de Foerster sont tragiques et la fin est toujours cruelle. C'est même incroyable de voir comme l'ensemble se tient. C'est véritablement passionnant à lire. Cet univers est improbable mais complètement cohérent simplement par 3 pages d'introduction nous rendant crédible une ville où tout n'est que noirceur, horreur et chagrin. Chaque histoire est dessinée en bichromie noir et blanc plus une dominante (jaune, bleue, gris, vert) dans un joli bouquin bien classieux ainsi qu'un dessin de garde joliment mis en couleurs dans un style "gouache". Sans trop en dévoiler, la troisième histoire se permet même un pied de nez subtil à certains partis d’extrême droite, une jolie métaphore sur les différences et les conséquences de l'intolérance sur le ton du "tel qui est pris..." La fin reste ouverte et peut décevoir par sa brièveté mais après réflexion, il s'agit d'un véritable constat de la part de notre discret confesseur, témoin d'un monde en pleine déliquescence. Un petit bijou, rehaussé par une palette subtile de couleurs prouvant que Foerster n'a rien perdu de son talent dans son monde macabre si particulier. Les amateurs devraient se rue dessus, les autres n'en seront pas davantage convaincus mais il s'agit surement de sa plus belle œuvre.
Gung Ho
Gung Ho nous propose au premier abord un curieux mélange de genres : les histoires banales d'adolescents et la survie dans un monde post-apocalyptique ! On va donc découvrir pendant une longue mise en place deux adolescents rebelles, bannis de leur ville, et qui sont obligés d'aller trouver refuge dans une petite colonie de 400 habitants en plein coeur de la "zone de danger". Là-bas, mieux vaut ne pas traîner au-delà des remparts, car le danger guette ! Je vous laisserai d'ailleurs le soin de découvrir par vous-même la nature de ce danger. Bref, à côté de cet univers très noir, très sérieux et très cruel, on suit la vie quotidienne d'un groupe d'adolescents qui eux font passer la fête, l'alcool, les filles et les provocations envers le règlement avant les aspects tels que la survie, l'entrainement et le travail au sein de la communauté... Le dessin (infographie) très joli, travaillé, détaillé et rempli de couleurs vives nous font d'ailleurs vite oublier le côté sombre de cet univers pour mieux suivre les personnages principaux. Au final, tout ça m'a plongé dans un histoire très prenante dont je suis impatient de connaître la suite qui j'espère sera du même niveau que les deux premiers tomes sortis jusqu'à maintenant.
Héléna
Volume 1 Depuis quelques années, Jim nous a habitués à ses bandes dessinées basées sur les rapports amoureux, ou plutôt sur la recherche des amours perdues. Avec notamment le très remarqué Une nuit à Rome où Jim abordait une crise de la quarantaine assez réaliste. Avec "Héléna", on change de registre mais pas de thème. Jim traite toujours des amours contrariées, peut-être pas à la quarantaine mais plutôt vers la trentaine. Ici, Simon aime Héléna, de façon secrète voire discrète au début, puis cela prend de telles proportions qu'après l'avoir revue il va... oui , il va quoi ? Comment un homme décide, à la vue d'une amourette de jeunesse, de bouleverser sa vie ? Telle est la réponse que va essayer de nous livrer Jim. C'est un album élégant (j'ai choisi de le lire dans la version TL) que nous offrent les éditions Bamboo, le tout servi par un dessin très réussi de Lounis Chabane, qui, comme les précédents dessinateurs des scenarii de Jim, se glisse parfaitement dans l'univers du scénariste. Certains peuvent reprocher à Jim de présenter une nouvelle fois la même histoire, mais pour ma part, j'y vois, ici, une approche différente des rapports amoureux dans cette histoire de Simon, payant Héléna, trois heures par semaine pour, oh non pas vivre une histoire sexuelle, mais pour passer seulement un moment d'échange... mais jusqu'où cet échange ira-t-il ? Réponse dans le prochain volume que j'attends avec, non pas avec impatience, mais avec plaisir. Volume 2 Le premier volume pouvait apparaitre comme léger mais la conclusion de cette histoire est plus grave et sombre qu'on ne pouvait l'imaginer. Sans en dévoiler les tenants et aboutissants de cette histoire d'amour presque impossible, je ne peux que saluer le ton adopté par Jim , qui signe là de superbes réparties, avec des dialogues qui font souvent mouches , dans cette histoire qui m'a touché à plus d'un titre. "l'amour est trompé, fugitif ou coupable" écrivait Chateaubriand. Dans le second et dernier volume de cette série nous avons les 3 facettes de l'amour. J'ai littéralement dévoré cet album, meilleur que le précédent, et qui à travers le personnage de Simon, nous offre une histoire d'amour assez inédite et qui finit.....sans spoiler........par retomber sur "ses pattes". La boucle est bouclée au bout de ces 78 pages, qui se lisent comme on regarde un film. Jim est vraiment l'auteur des quadras, qui sait par une phrase, un mot décrire le malaise d'un homme de cette génération. "Je suis plein de silence assourdissant d'aimer" disait Aragon. Ce vers pourrait être prêter à Simon envers Héléna, tant sa passion vers cette femme inaccessible le bouleverse. Un très bel album, souligné par le trait de Lounis Chabane qui a su se rapprocher du style de Jim sur Une nuit à Rome par exemple
Le Grand Pouvoir du Chninkel
Le "Grand Pouvoir du Chninkel", c'est le moment ou la symbiose entre le conteur (Van Hamme) et le peintre (Rosinski) atteint des sommets dans le délire imaginatif. Au premier coup d'oeil on pourrait confondre avec Thorgal, tellement les décors semblent proches, tellement les noms et les prénoms se ressemblent, mais très vite on se rend compte qu'il y a autre chose, on aperçoit l'influence des grands mythes bibliques, de l'imaginaire tolkienien, et même, surprise, de créations fictionnelles aussi éloignées de la fantasy que " 2001, l'Odyssée de l'espace"... Une oeuvre bâtarde, un truculant méli-mélo unique en son genre dans la bd franco-belge. Dans un sinistre contexte ou s'éternise une guerre dévastatrice opposant les "Trois Immortels", J'on, petit être chétif à la chevelure blonde, haut comme trois pommes et va nu-pieds (dans la bande dessinée son peuple s'appelle les Chninkels, mais on peut observer l'influence de l'aspect des Hobbits), est chargé par le maître créateur des mondes de ramener la paix universelle sur "Daar", le monde où se situe l'action (et qui n'est en fait qu'une Terre préhistorique). Pour ce faire il le gratifie d'un sibyllin Grand Pouvoir, qui embarasse J'on en premier lieu car il peine à le maîtriser. La suite du récit retrace son long voyage à travers le monde dans l'espoir de réaliser sa Quête divine, et là comme d'habitude Van Hamme s'illustre : c'est palpitant, bouleversant, émoustillant (la scène érotique entre Volga la Devineresse et J'on métamorphosé vaut son pesant d'or), et certains personnages sont vraiment réussis, comme Zembria la Cyclope ou N'om l'Hérésiarque. Oeuvre expérimentale superbe, cocktail explosif et sensuel qui dérange et fascine à la fois, le "Grand Pouvoir du Chninkel" est assuremment un coup de coeur. L'infernal Van Hamme, qui se dissimule derrière les sagas à succès XIII, Thorgal et autres Largo Winch, frappe ici encore un grand coup, dans un registre plus sulfureux. Un classique à lire absolument.
Broussaille
Pour mon centième avis sur BD-Thèque, je voudrais chanter les louanges de Broussaille. J'aime les histoires, simples et fraîches, dont la fausse naïveté va bien au-delà du scénario pour pré-adolescent qui est la signature du magazine Spirou. Frank Pé construit un univers attachant, surréaliste et cohérent. Les trois premiers albums sont brillants ; personnellement, j'ai un gros faible pour Les sculpteurs de lumière. Ensuite, dans les quatrième et cinquième albums, il faut admettre que le niveau baisse, mais il faut aussi tempérer les critiques qui les accablent : on reste dans le très bon. J'aime aussi le dessin soigné et lumineux de Frank Pé. Il dessine merveilleusement les paysages et les animaux. Et on n'a guère fait mieux dans le style « école de Marcinelle à gros nez ». Lorsque je l'ai découverte, j'ai d'emblée aimé la série Broussaille, et chaque fois que je la relis, je ressens le même émerveillement. Des albums qui passent les époques, se rient du temps qui s'écoule, des goûts qui évoluent et font se sentir éternellement jeune, c'est rare et c'est précieux.
Les Diamants de Kamituga
Cette BD est d'abord une aventure, pour enfants comme pour adultes sans aucun doute. C'est également une manière de faire de la prévention VIH plus ludique et sympathique que les traditionnels fascicules et brochures. Cela m'a permis de découvrir des réalités congolaises ignorées en ce qui me concerne. Prix France : 10€ l'intégrale des deux tomes.
Princesse Ugg
Revoilà Ted Naifeh dans l'un de ses genres de prédilection, la fantasy. Avec encore une fois une adolescente qui est étrangère à son environnement. Il excelle dans ce sous-genre, et il fait preuve une nouvelle fois d'un dosage entre les dialogues, les situations et le décor aux petits oignons. Sa princesse Ugg/Ülga est assez touchante, dans sa solitude au milieu de ces pétasses parfumées qui ne cherchent qu'à trouver un joli prince. On ne s'ennuie pas une seconde, et ce premier tome, qui regroupe les 4 premiers épisodes de la série, s'avale en un rien de temps. L'auteur fait montre encore une fois d'une belle vivacité dans le trait, alternant les ambiances rudes de la montagne et de la guerre avec les alcôves des terres basses. A suivre.