Grand père ne peut plus se déplacer, les montagnes qui poussent sur son dos, sont devenues trop imposantes, trop lourdes pour lui permettre d'entreprendre son dernier voyage. Il faut dire que c'est un grand père, ses jambes ne sont plus de première jeunesse.
Son petit fils voudrait l'accompagner pour ce dernier voyage. Afin de pouvoir l'aider à se déplacer, il lui promet de ramener le vent qui souffle tout en haut de la montagne. Celui qui est assez puissant pour soulever les montagnes. En échange, grand père promet de l'attendre, de ne pas partir sans lui.
Le voyage de l'enfant est un récit initiatique. Il rencontrera des pierres qui ne trouvent un sens à la vie qui si elles roulent, des personnages étranges dans un univers onirique.
Cette bande dessinée est à mon sens un vrai petit bijou. Autant pour les enfants que pour les plus grands. Les grands thèmes abordés sont la transmission, le courage et l'amour, la disparition d'un proche.
Tant par le trait délicat, que par ces douces couleurs pastels, chaque page respire la poésie. Il n'y a rien de criard, pas de contraste violent, tout le décor, les personnages sont plantés en douceur.
On sent bien venir les ficelles de l’histoire, ce qui rend le récit un peu attendu. Pourtant quelques surprises nous happent sans que l'on sache vraiment pourquoi. Il y a une vraie puissance poétique dans ce livre. A tel point que pour la première fois j'ai failli verser ma petite larme à la lecture d'une BD.
Si vous aviez aimé Yaxin "Le faune Gabriel". Vous pouvez vous procurer l'homme montagne sans hésiter.
En bref, je le recommande à tout ceux qui aiment les belles histoires qui touchent le cœur tout en douceur.
Le sujet est original, ça commence avec de minables petits tours de passe-passe de rue pour évoluer vers de l'illusion de prestige grâce à cette fameuse et mystérieuse pierre noire détenue par Nelson. Je ne sais pas comment Corbeyran va faire pour expliquer la disparition du gamin, j'espère qu'il ne va pas nous sortir un truc foireux qu'il a déjà employé dans d'autres Bd. Pour l'instant, ça fonctionne bien, une part de fantastique s'invite dans cette histoire axée sur le monde de la magie, un sujet peu évoqué en BD finalement..
La lecture est rapide, l'ensemble est rondement mené, c'est du Corbeyran et ça se voit, il va vite, utilise des raccourcis scénaristiques et des simplifications, mais la narration n'en souffre pas, au contraire, ça la dynamise, je préfère ça à des circonvolutions qui égarent et ennuient le lecteur.
Le dessin est sans génie mais très agréable, j'adore les cadrages et les plans en plongée et contre-plongée déclinés en longues cases verticales ou en demi-pages en hauteur, c'est un effet qui imprime un style très plaisant ; les personnages ont des traits plutôt simplifiés par rapport aux décors plus soignés, mais j'aime bien ce style graphique, ça me rappelle certains petits formats de ma jeunesse parce que ça donne l'impression que c'est dessiné vite et bien, mais au contraire, je sens que le dessinateur doit y passer du temps et s'appliquer.
Voila donc une très bonne histoire, avec une ambiance intéressante, un décor XIXème bien recrée et souvent fascinant, et des rouages classiques de dramatisation, qui au premier abord peut sembler compliquée, mais étonnamment limpide, centrée autour d'un mystère dont je suis bien curieux de découvrir la solution. Pour l'instant, c'est captivant, espérons que ça dure..
Cet album faisait partie de ces vieilles bandes dessinées que je voulais absolument lire et je fus très content lorsque je l'ai trouvé dans une bouquinerie.
Après lecture, je ne suis pas du tout déçu car cet album est vraiment excellent. Les différentes histoires de Lob sont très bien écrites et décrivent un futur inquiétant où les humains vivent dans leurs voitures 24h/24. Je trouve que les histoires sont intelligentes et j'ai été captivé du début jusqu'à la fin malgré le fait que l'évolution de cette situation soit un peu prévisible. Lob était vraiment un grand scénariste rempli d'imagination. Les dialogues et les textes explicatifs sont très bien écrits.
Le dessin fait un peu vieillot, mais c'est justement ce qui fait son charme.
'Ressentiment' (en français dans le texte) est un manga assez étonnant, en seulement quelques volumes il mélange habilement de nombreux thèmes (le repli sur soi, les mondes virtuels, la romance, les travailleurs pauvres, la lutte pour sortir de sa condition, l'apocalypse...) et ce sans trop tomber dans les clichés propres à ceux-ci.
Les personnages sont soignés et réalistes (une grande part d'autobiographie dans ce manga).
Au cours de ces 2 double tomes, l'action va crescendo et on voit des évolutions radicales (pour ce qui est de l'évolution du héros looser, c'est beaucoup plus difficile, mais il a droit à quelques moments de gloire).
On regrettera juste le final trop précipité, imposé par l'éditeur (à croire étonnamment que ce manga n'ait pas eu un succès suffisant à l'époque de sa pré-publication). Vraiment dommage, quelques chapitres de plus auraient pu lui donner une toute autre dimension (la conclusion est tout de même satisfaisante, car logique).
Je l'attendais cette adaptation... Depuis une bonne vingtaine d'années, époque où j'ai dévoré les bouquins de Michael Moorcock (Elric, mais aussi d'autres...). Oh bien sûr, ce n'est pas la première adaptation des aventures de l'Empereur de Melniboné, créé il y a plus de 50 ans, ni même la première adaptation en BD par un Français, puisque Philippe Druillet l'a fait en 1969...
Mais malgré cette ancienneté, malgré sa stature héroïque pétrie de stéréotypes (lesquels ont d'ailleurs été, en quelque sorte, créés par le personnage lui-même), le héros a gardé, quelque part, sa légende, son charisme et son attrait. Dès lors il n'est pas étonnant que des auteurs français s'y soient à nouveau intéressés, après que nombre d'anglo-saxons aient donné leur interprétation du personnage.
Ce qui frappe d'emblée à la lecture de cette nouvelle version, c'est sa magnificence visuelle. Pour retranscrire la noirceur, les abîmes décadents et la dimension épique d'Elric, il fallait un dessinateur de la trempe de Druillet, forcément, ou de celle de Lauffray. Mais c'est Didier Poli, co-auteur de la jolie reprise de Neige Fondation, qui est à l'origine du projet. Mais comme son trait est trop sage, il s'adjoint, après divers essais, le talent de Robin Recht, lequel travaille justement avec Lauffray. Et pour rajouter un grain de folie, Jean Bastide vient faire de la retouche et des couleurs. Le trio est gagnant, leur travail est fantastique. La mise en scène des crayonnés de Poli est très inspirée ; l'encrage de Recht propose une noirceur d'une grande maturité, et les retouches de Bastide rajoutent de la profondeur à l'ensemble. Je suis réellement admiratif. Au tome 2 Julien Telo prend le relais de Poli, avec un résultat tout aussi impressionnant.
Ce qui compte aussi dans une adaptation, c'est le travail qui est fait par rapport à l'oeuvre originale. Ma lecture des romans de Moorcock remonte à très loin, mais j'ai retrouvé dans cette BD de nombreuses impressions d'alors. Cette ambiance de décadence, de désespoir, cette atmosphère poisseuse avec cette épée de Damoclès qui pend au-dessus d'Elric, la dimension épique qui entoure la bataille navale, le côté putride du palais d'Ymrryr...Tout y est, à mon avis. Julien Blondel a réussi à épaissir le personnage de Cymoril, l'épouse d'Elric, laquelle n'avait qu'un rôle mineur dans l'histoire originale.
Le deuxième tome marque un tournant dans l'histoire d'Elric, avec son renoncement et sa rencontre de l'épée Stormbringer, son arme, son alliée, sa soeur... sa malédiction. Un tome à la hauteur des enjeux.
Aux qualités artistiques de l'album s'ajoute la qualité éditoriale, avec en bonus quelques notes sur l'origine et la réalisation du projet, accompagnées par des ébauches de personnages et de magnifiques illustrations de l'univers d'Elric par quelques grands noms : Druillet, Lauffray, Andreas ou encore Thierry Ségur.
Incontournable.
Une série bien sympathique que celle qui porte le nom du chien qui en est le héros...
Toupoil est en effet une série consacrée à la nature, avec ce chien qui se lie d'amitié avec les espèces qu'il croise. Monfort se réclame de l'influence de Raymond Macherot, lequel avait en particulier, au travers de sa série « En promenade avec le Père Mathieu », dans le journal Tintin, essayé de réhabiliter de nombreuses espèces considérées comme nuisibles. Un grand nombre de valeurs traversent les aventures de Toupoil : entraide, respect de la différence, protection de la nature... Ce n'est pas pour rien que le premier tome, dans sa réédition, comporte une préface de Derib, auteur de Yakari, autre splendide série du genre.
Au-delà de son aspect écolo assumé (notons que les albums sont imprimés sur de papier issu de forêts gérées durablement), l'autre élément dont se réclame la série est sa cible de lecteurs, les moins de 7 ans... Or les aventures du petit épagneul (enfin il me semble que c'en est un) me semblent trop complexes pour être pleinement comprises par des primo-lecteurs, même accompagnés d'un adulte.
Côté dessin, c'est un vrai régal pour un amateur de franco-belge. Réalisées au crayon gras, il s'agit d'aventures très lisibles, dans un style semi-réaliste sans complexe, plus porté sur la nature (forcément) que sur les architectures.
Chaque album comporte 5 pages de bonus sur l'habitat et l'écologie des animaux rencontrés par Toupoil : les loutres, les ours, les lynx... Précieux pour les plus jeunes. A noter que le tome 2 a obtenu l'Alph-Art jeunesse pour la catégorie des 7-8 ans à Angoulême 1996.
Après quatre tomes, le constat reste le même : écolo mais pas naïf, du moins pas complètement, les plus jeunes passent un bon moment de lecture.
Ce one-shot parle d'une affaire de meurtre (ou au moins de disparition car le corps de Quéméneur n'a jamais été retrouvé) dont je n'avais jamais entendu parler.
J'ai trouvé le scénario passionnant. La narration est fluide et je voulais savoir si Seznec avait vraiment tué Quéméneur. L'album ne donne pas de réponse disponible, mais semble donner un bon résumé de cette affaire et j'ai bien envie de lire d'avantage sur ce sujet. La seule chose que je n'ai pas trop aimée est le dessin qui est moyen (décidément c'est le cas de tous les one-shots de cette collection !), mais je me suis vite habitué et franchement le scénario est tellement prenant que le dessin était secondaire. Tout ce que je demandais était un dessin lisible et c'est ce que j'ai obtenu.
Joost Swarte est surtout un artiste, pas un auteur de BD. Mais il s'est aventuré à ce moyen, avec un certain bonheur, je crois. Il ne faut pas donner beaucoup d'importance aux histoires... elles sont loufoques, avec une certaine dose de critique sociale en plus. Le tout est au design: architecture, esthétisme, le style atome c'est ça! Je dois avouer, j'adore cette visite que les années 80 ont fait aux 30-50: Chaland, Clerc, Ted Benoit, Daniel Torres... et ça continue aujourd'hui heureusement. Les clins d'oeil vont de Krazy Kat et Hergé à Frank Lloyd Wright et Bauhaus, de Bugatti et Cadillac à Voisin.
Je ne conseille pas l'achat (vu les prix en occasion!) mais j'aime bien avoir ces albums chez moi.
WWWWWWWWHHHHAaaaaaaaaaaaaah! !!!!! Sans doute la BD la plus drôle et la plus décoiffante que j'ai pu lire depuis une poignée d'années ! Nan mais franchement, j'en ai éclaté de rire derrière mon bureau à l'accueil de la médiathèque - je crois que c'est la première fois que ça m'arrive- !
J'avais découvert le Sieur Winshluss avec son terrifiant Pinocchio (Winshluss) qui m'avait plus qu'interpellé malgré quelques réserves graphiques. Là, pas spécialement inspiré par cette couverture peu attrayante de prime abord (ça me fait penser aux collections des années 70-80 "Tout l'univers" ou des choses du même acabit) j'ai fini par céder à la curiosité en retombant sur ledit album en librairie. Et bien m'en a pris !
Dès les premières pages on sent qu'on va attaquer du lourd et que l'auteur n'est pas là pour nous la jouer pisse froid. Ici pas de fausses promesses, Winshluss va la lui mettre profond ! Que ce soit la Genèse, l'ancien ou le nouveau Testament, jusqu'aux pratiques du catholicisme d'aujourd'hui, rien n'est épargné ! En ces temps où on y réfléchit à deux fois avant de sortir une vanne pourrie sur les religions de peur de finir éparpillé façon puzzle, Winshluss a frappé fort et renoue avec un humour irrévérencieux envers le dogme. Je savais bien qu'il manquait un plat un peu épicé au menu de mes lectures du moment ; sauf que là c'est pas du piment de lopette et qu'on voit rouge par tous les trous, un peu comme Jésus découvrant les "bienfaits" de la tequila frappée grâce aux précieux conseils de Gaby (l'archange, bien sûr).
Pour nous servir sa came Winshluss use de son trait caricatural si particulier et sait aller piocher moultes influences pour servir à bon escient son propos et ses idées. Que ce soit les fausses pages de pubs aux allures des années 60 ou une Madonne très gracieuse façon comics, il vise juste, renforce et assoit son propos par le biais de ses choix graphiques pour composer un album parfait.
S'il y a bien un domaine dans lequel je reste difficile, alors qu'il parait pourtant si simple, c'est bien l'humour. Et me faire marrer et éclater de rire, je crois que ce genre d'album se comptent sur les doigts de la main.
Alors bravo Môssieur Winshluss, longue vie et bonne continuation dans cette verve et ce trait si particulier qui font de vos albums une œuvre unique, du genre coup de pied au cul ou dans la fourmilière, dont je ne suis pas prêt de me lasser.
Chez Mignola, seule la couleur rouge est utilisée pour représenter Hellboy, le « diable ». Chez Latour et Aaron c’est exactement l’inverse pour décrire le monde poisseux et sordide de ce petit bled d’Alabam, le rouge dépeint tout l’environnement.
Ce bled est donc le mal absolu, typiquement le genre de petite bourgade tenue de main de chef par un « baron » local et où on n’apprécie guère les étrangers.
Earl Tubb en est un à présent. Ce sexagénaire à la stature robuste a tout fait, même la guerre du Vietnam pour sortir de l’emprise de son père, héros local et shérif réputé pour avoir botté le cul à la faune locale à l’aide d’un gourdin.
Mais Earl revient ici par dépit, pour vider et mettre en vente la baraque isolée de son oncle et régler ses comptes sur la tombe de son père.
Mais tout a changé, tout est régi par un mystérieux « Boss » et Earl Tubb va enfin revivre en reprenant les armes et mener la justice, gourdin au poing, envers et contre tous. Poussez-vous de là, ça va saigner et les os vont se briser…
Après le feuilleton « Scalped » déjà sans concessions et sur un thème similaire, Jason Aaron reprend les bribes d’une nouvelle histoire similaire en s’octroyant les talents de Jason Latour.
Son trait gras et dynamique, Latour le met au service d’une histoire certes convenue mais haute en couleurs et en action.
L’ensemble peut paraître linéaire et sans fioritures mais Aaron se permet de disséminer ici et là des éléments qui seront surement développés dans les arcs à venir car Southern Bastards possède tous les attraits d’une bombe à retardement et ça va faire très mal !
Entre les flashbacks et certains personnages mystérieux, ce comics s’avale d’un trait sans temps morts. Les méchants semblent être très méchants et on s’offre une bonne tranche de plaisir coupable tout ce qu’il y a de plus jouissif.
Me rappelant à la fois la série Banshee ou le fameux arc « Salvation » de Preacher officiant dans une petite ville à jouer les redresseurs de tort contre un industriel mafieux de la viande, l’environnement est juste parfait avec ce qu’il faut d’histoire et d’action dans un environnement anxyogène.
Rien de bien original me direz-vous mais suffisamment de tensions et de plaisir sans prise de tête pour avoir envie d’en lire davantage sans tenir compte du cliffhanger final qui va relancer la donne !
Décidément ce Jason Aaron est très fort et n’a pas son pareil entre deux histoires Marvel pour raconter un western moderne violent faisant appel à nos plus bas instincts. Vite la suite, vraiment !
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L'Homme Montagne
Grand père ne peut plus se déplacer, les montagnes qui poussent sur son dos, sont devenues trop imposantes, trop lourdes pour lui permettre d'entreprendre son dernier voyage. Il faut dire que c'est un grand père, ses jambes ne sont plus de première jeunesse. Son petit fils voudrait l'accompagner pour ce dernier voyage. Afin de pouvoir l'aider à se déplacer, il lui promet de ramener le vent qui souffle tout en haut de la montagne. Celui qui est assez puissant pour soulever les montagnes. En échange, grand père promet de l'attendre, de ne pas partir sans lui. Le voyage de l'enfant est un récit initiatique. Il rencontrera des pierres qui ne trouvent un sens à la vie qui si elles roulent, des personnages étranges dans un univers onirique. Cette bande dessinée est à mon sens un vrai petit bijou. Autant pour les enfants que pour les plus grands. Les grands thèmes abordés sont la transmission, le courage et l'amour, la disparition d'un proche. Tant par le trait délicat, que par ces douces couleurs pastels, chaque page respire la poésie. Il n'y a rien de criard, pas de contraste violent, tout le décor, les personnages sont plantés en douceur. On sent bien venir les ficelles de l’histoire, ce qui rend le récit un peu attendu. Pourtant quelques surprises nous happent sans que l'on sache vraiment pourquoi. Il y a une vraie puissance poétique dans ce livre. A tel point que pour la première fois j'ai failli verser ma petite larme à la lecture d'une BD. Si vous aviez aimé Yaxin "Le faune Gabriel". Vous pouvez vous procurer l'homme montagne sans hésiter. En bref, je le recommande à tout ceux qui aiment les belles histoires qui touchent le cœur tout en douceur.
Black Stone
Le sujet est original, ça commence avec de minables petits tours de passe-passe de rue pour évoluer vers de l'illusion de prestige grâce à cette fameuse et mystérieuse pierre noire détenue par Nelson. Je ne sais pas comment Corbeyran va faire pour expliquer la disparition du gamin, j'espère qu'il ne va pas nous sortir un truc foireux qu'il a déjà employé dans d'autres Bd. Pour l'instant, ça fonctionne bien, une part de fantastique s'invite dans cette histoire axée sur le monde de la magie, un sujet peu évoqué en BD finalement.. La lecture est rapide, l'ensemble est rondement mené, c'est du Corbeyran et ça se voit, il va vite, utilise des raccourcis scénaristiques et des simplifications, mais la narration n'en souffre pas, au contraire, ça la dynamise, je préfère ça à des circonvolutions qui égarent et ennuient le lecteur. Le dessin est sans génie mais très agréable, j'adore les cadrages et les plans en plongée et contre-plongée déclinés en longues cases verticales ou en demi-pages en hauteur, c'est un effet qui imprime un style très plaisant ; les personnages ont des traits plutôt simplifiés par rapport aux décors plus soignés, mais j'aime bien ce style graphique, ça me rappelle certains petits formats de ma jeunesse parce que ça donne l'impression que c'est dessiné vite et bien, mais au contraire, je sens que le dessinateur doit y passer du temps et s'appliquer. Voila donc une très bonne histoire, avec une ambiance intéressante, un décor XIXème bien recrée et souvent fascinant, et des rouages classiques de dramatisation, qui au premier abord peut sembler compliquée, mais étonnamment limpide, centrée autour d'un mystère dont je suis bien curieux de découvrir la solution. Pour l'instant, c'est captivant, espérons que ça dure..
Les Mange-bitume
Cet album faisait partie de ces vieilles bandes dessinées que je voulais absolument lire et je fus très content lorsque je l'ai trouvé dans une bouquinerie. Après lecture, je ne suis pas du tout déçu car cet album est vraiment excellent. Les différentes histoires de Lob sont très bien écrites et décrivent un futur inquiétant où les humains vivent dans leurs voitures 24h/24. Je trouve que les histoires sont intelligentes et j'ai été captivé du début jusqu'à la fin malgré le fait que l'évolution de cette situation soit un peu prévisible. Lob était vraiment un grand scénariste rempli d'imagination. Les dialogues et les textes explicatifs sont très bien écrits. Le dessin fait un peu vieillot, mais c'est justement ce qui fait son charme.
Ressentiment
'Ressentiment' (en français dans le texte) est un manga assez étonnant, en seulement quelques volumes il mélange habilement de nombreux thèmes (le repli sur soi, les mondes virtuels, la romance, les travailleurs pauvres, la lutte pour sortir de sa condition, l'apocalypse...) et ce sans trop tomber dans les clichés propres à ceux-ci. Les personnages sont soignés et réalistes (une grande part d'autobiographie dans ce manga). Au cours de ces 2 double tomes, l'action va crescendo et on voit des évolutions radicales (pour ce qui est de l'évolution du héros looser, c'est beaucoup plus difficile, mais il a droit à quelques moments de gloire). On regrettera juste le final trop précipité, imposé par l'éditeur (à croire étonnamment que ce manga n'ait pas eu un succès suffisant à l'époque de sa pré-publication). Vraiment dommage, quelques chapitres de plus auraient pu lui donner une toute autre dimension (la conclusion est tout de même satisfaisante, car logique).
Elric (Glénat)
Je l'attendais cette adaptation... Depuis une bonne vingtaine d'années, époque où j'ai dévoré les bouquins de Michael Moorcock (Elric, mais aussi d'autres...). Oh bien sûr, ce n'est pas la première adaptation des aventures de l'Empereur de Melniboné, créé il y a plus de 50 ans, ni même la première adaptation en BD par un Français, puisque Philippe Druillet l'a fait en 1969... Mais malgré cette ancienneté, malgré sa stature héroïque pétrie de stéréotypes (lesquels ont d'ailleurs été, en quelque sorte, créés par le personnage lui-même), le héros a gardé, quelque part, sa légende, son charisme et son attrait. Dès lors il n'est pas étonnant que des auteurs français s'y soient à nouveau intéressés, après que nombre d'anglo-saxons aient donné leur interprétation du personnage. Ce qui frappe d'emblée à la lecture de cette nouvelle version, c'est sa magnificence visuelle. Pour retranscrire la noirceur, les abîmes décadents et la dimension épique d'Elric, il fallait un dessinateur de la trempe de Druillet, forcément, ou de celle de Lauffray. Mais c'est Didier Poli, co-auteur de la jolie reprise de Neige Fondation, qui est à l'origine du projet. Mais comme son trait est trop sage, il s'adjoint, après divers essais, le talent de Robin Recht, lequel travaille justement avec Lauffray. Et pour rajouter un grain de folie, Jean Bastide vient faire de la retouche et des couleurs. Le trio est gagnant, leur travail est fantastique. La mise en scène des crayonnés de Poli est très inspirée ; l'encrage de Recht propose une noirceur d'une grande maturité, et les retouches de Bastide rajoutent de la profondeur à l'ensemble. Je suis réellement admiratif. Au tome 2 Julien Telo prend le relais de Poli, avec un résultat tout aussi impressionnant. Ce qui compte aussi dans une adaptation, c'est le travail qui est fait par rapport à l'oeuvre originale. Ma lecture des romans de Moorcock remonte à très loin, mais j'ai retrouvé dans cette BD de nombreuses impressions d'alors. Cette ambiance de décadence, de désespoir, cette atmosphère poisseuse avec cette épée de Damoclès qui pend au-dessus d'Elric, la dimension épique qui entoure la bataille navale, le côté putride du palais d'Ymrryr...Tout y est, à mon avis. Julien Blondel a réussi à épaissir le personnage de Cymoril, l'épouse d'Elric, laquelle n'avait qu'un rôle mineur dans l'histoire originale. Le deuxième tome marque un tournant dans l'histoire d'Elric, avec son renoncement et sa rencontre de l'épée Stormbringer, son arme, son alliée, sa soeur... sa malédiction. Un tome à la hauteur des enjeux. Aux qualités artistiques de l'album s'ajoute la qualité éditoriale, avec en bonus quelques notes sur l'origine et la réalisation du projet, accompagnées par des ébauches de personnages et de magnifiques illustrations de l'univers d'Elric par quelques grands noms : Druillet, Lauffray, Andreas ou encore Thierry Ségur. Incontournable.
Toupoil
Une série bien sympathique que celle qui porte le nom du chien qui en est le héros... Toupoil est en effet une série consacrée à la nature, avec ce chien qui se lie d'amitié avec les espèces qu'il croise. Monfort se réclame de l'influence de Raymond Macherot, lequel avait en particulier, au travers de sa série « En promenade avec le Père Mathieu », dans le journal Tintin, essayé de réhabiliter de nombreuses espèces considérées comme nuisibles. Un grand nombre de valeurs traversent les aventures de Toupoil : entraide, respect de la différence, protection de la nature... Ce n'est pas pour rien que le premier tome, dans sa réédition, comporte une préface de Derib, auteur de Yakari, autre splendide série du genre. Au-delà de son aspect écolo assumé (notons que les albums sont imprimés sur de papier issu de forêts gérées durablement), l'autre élément dont se réclame la série est sa cible de lecteurs, les moins de 7 ans... Or les aventures du petit épagneul (enfin il me semble que c'en est un) me semblent trop complexes pour être pleinement comprises par des primo-lecteurs, même accompagnés d'un adulte. Côté dessin, c'est un vrai régal pour un amateur de franco-belge. Réalisées au crayon gras, il s'agit d'aventures très lisibles, dans un style semi-réaliste sans complexe, plus porté sur la nature (forcément) que sur les architectures. Chaque album comporte 5 pages de bonus sur l'habitat et l'écologie des animaux rencontrés par Toupoil : les loutres, les ours, les lynx... Précieux pour les plus jeunes. A noter que le tome 2 a obtenu l'Alph-Art jeunesse pour la catégorie des 7-8 ans à Angoulême 1996. Après quatre tomes, le constat reste le même : écolo mais pas naïf, du moins pas complètement, les plus jeunes passent un bon moment de lecture.
L'Affaire Seznec
Ce one-shot parle d'une affaire de meurtre (ou au moins de disparition car le corps de Quéméneur n'a jamais été retrouvé) dont je n'avais jamais entendu parler. J'ai trouvé le scénario passionnant. La narration est fluide et je voulais savoir si Seznec avait vraiment tué Quéméneur. L'album ne donne pas de réponse disponible, mais semble donner un bon résumé de cette affaire et j'ai bien envie de lire d'avantage sur ce sujet. La seule chose que je n'ai pas trop aimée est le dessin qui est moyen (décidément c'est le cas de tous les one-shots de cette collection !), mais je me suis vite habitué et franchement le scénario est tellement prenant que le dessin était secondaire. Tout ce que je demandais était un dessin lisible et c'est ce que j'ai obtenu.
Coton + Piston
Joost Swarte est surtout un artiste, pas un auteur de BD. Mais il s'est aventuré à ce moyen, avec un certain bonheur, je crois. Il ne faut pas donner beaucoup d'importance aux histoires... elles sont loufoques, avec une certaine dose de critique sociale en plus. Le tout est au design: architecture, esthétisme, le style atome c'est ça! Je dois avouer, j'adore cette visite que les années 80 ont fait aux 30-50: Chaland, Clerc, Ted Benoit, Daniel Torres... et ça continue aujourd'hui heureusement. Les clins d'oeil vont de Krazy Kat et Hergé à Frank Lloyd Wright et Bauhaus, de Bugatti et Cadillac à Voisin. Je ne conseille pas l'achat (vu les prix en occasion!) mais j'aime bien avoir ces albums chez moi.
In God We Trust
WWWWWWWWHHHHAaaaaaaaaaaaaah! !!!!! Sans doute la BD la plus drôle et la plus décoiffante que j'ai pu lire depuis une poignée d'années ! Nan mais franchement, j'en ai éclaté de rire derrière mon bureau à l'accueil de la médiathèque - je crois que c'est la première fois que ça m'arrive- ! J'avais découvert le Sieur Winshluss avec son terrifiant Pinocchio (Winshluss) qui m'avait plus qu'interpellé malgré quelques réserves graphiques. Là, pas spécialement inspiré par cette couverture peu attrayante de prime abord (ça me fait penser aux collections des années 70-80 "Tout l'univers" ou des choses du même acabit) j'ai fini par céder à la curiosité en retombant sur ledit album en librairie. Et bien m'en a pris ! Dès les premières pages on sent qu'on va attaquer du lourd et que l'auteur n'est pas là pour nous la jouer pisse froid. Ici pas de fausses promesses, Winshluss va la lui mettre profond ! Que ce soit la Genèse, l'ancien ou le nouveau Testament, jusqu'aux pratiques du catholicisme d'aujourd'hui, rien n'est épargné ! En ces temps où on y réfléchit à deux fois avant de sortir une vanne pourrie sur les religions de peur de finir éparpillé façon puzzle, Winshluss a frappé fort et renoue avec un humour irrévérencieux envers le dogme. Je savais bien qu'il manquait un plat un peu épicé au menu de mes lectures du moment ; sauf que là c'est pas du piment de lopette et qu'on voit rouge par tous les trous, un peu comme Jésus découvrant les "bienfaits" de la tequila frappée grâce aux précieux conseils de Gaby (l'archange, bien sûr). Pour nous servir sa came Winshluss use de son trait caricatural si particulier et sait aller piocher moultes influences pour servir à bon escient son propos et ses idées. Que ce soit les fausses pages de pubs aux allures des années 60 ou une Madonne très gracieuse façon comics, il vise juste, renforce et assoit son propos par le biais de ses choix graphiques pour composer un album parfait. S'il y a bien un domaine dans lequel je reste difficile, alors qu'il parait pourtant si simple, c'est bien l'humour. Et me faire marrer et éclater de rire, je crois que ce genre d'album se comptent sur les doigts de la main. Alors bravo Môssieur Winshluss, longue vie et bonne continuation dans cette verve et ce trait si particulier qui font de vos albums une œuvre unique, du genre coup de pied au cul ou dans la fourmilière, dont je ne suis pas prêt de me lasser.
Southern Bastards
Chez Mignola, seule la couleur rouge est utilisée pour représenter Hellboy, le « diable ». Chez Latour et Aaron c’est exactement l’inverse pour décrire le monde poisseux et sordide de ce petit bled d’Alabam, le rouge dépeint tout l’environnement. Ce bled est donc le mal absolu, typiquement le genre de petite bourgade tenue de main de chef par un « baron » local et où on n’apprécie guère les étrangers. Earl Tubb en est un à présent. Ce sexagénaire à la stature robuste a tout fait, même la guerre du Vietnam pour sortir de l’emprise de son père, héros local et shérif réputé pour avoir botté le cul à la faune locale à l’aide d’un gourdin. Mais Earl revient ici par dépit, pour vider et mettre en vente la baraque isolée de son oncle et régler ses comptes sur la tombe de son père. Mais tout a changé, tout est régi par un mystérieux « Boss » et Earl Tubb va enfin revivre en reprenant les armes et mener la justice, gourdin au poing, envers et contre tous. Poussez-vous de là, ça va saigner et les os vont se briser… Après le feuilleton « Scalped » déjà sans concessions et sur un thème similaire, Jason Aaron reprend les bribes d’une nouvelle histoire similaire en s’octroyant les talents de Jason Latour. Son trait gras et dynamique, Latour le met au service d’une histoire certes convenue mais haute en couleurs et en action. L’ensemble peut paraître linéaire et sans fioritures mais Aaron se permet de disséminer ici et là des éléments qui seront surement développés dans les arcs à venir car Southern Bastards possède tous les attraits d’une bombe à retardement et ça va faire très mal ! Entre les flashbacks et certains personnages mystérieux, ce comics s’avale d’un trait sans temps morts. Les méchants semblent être très méchants et on s’offre une bonne tranche de plaisir coupable tout ce qu’il y a de plus jouissif. Me rappelant à la fois la série Banshee ou le fameux arc « Salvation » de Preacher officiant dans une petite ville à jouer les redresseurs de tort contre un industriel mafieux de la viande, l’environnement est juste parfait avec ce qu’il faut d’histoire et d’action dans un environnement anxyogène. Rien de bien original me direz-vous mais suffisamment de tensions et de plaisir sans prise de tête pour avoir envie d’en lire davantage sans tenir compte du cliffhanger final qui va relancer la donne ! Décidément ce Jason Aaron est très fort et n’a pas son pareil entre deux histoires Marvel pour raconter un western moderne violent faisant appel à nos plus bas instincts. Vite la suite, vraiment !