Le Guide Sublime ?
C’est bien simple, voici sûrement le bouquin qui m’aura fait le plus rire depuis belles lurettes sur un sujet (hélas) d’actualité mais (ô combien) jubilatoire ! Imaginez un peu un dictateur complètement débile, irresponsable, imbu de lui-même et malgré tout dangereux pour l’équilibre mondial. Vous y êtes ? Non non on n’est pas en Corée du Nord mais dans la jolie contrée de Sublimeland où le port de moustaches est obligatoire et où il vaut mieux filer droit et de satisfaire tous les caprices de son bien aimé Maître sous peine de disparaître !
Fabrice Erre a vu juste avec ces gags de 4 cases qui se suivent et ne se ressemblent pas. Particulièrement rodé avec son complice Fabcaro sur les petits bijoux que sont Mars ! et Z comme don Diego c’est pourtant en cavalier seul qu’il nous propose ce recueil initialement publié dans la défunte revue Mauvais Esprits.
D’abord sceptique sur la forme (peu de décors et uniquement 3 personnages dont le dictateur, son premier ministre et son fidèle chef de la Popo, POlice POlitique), la diversité des situations absurdes sur la connerie humaine à grande échelle a réussi à m’achever au bout de quelques pages et autant de situations incongrues. L’arrivée d’un autre dictateur et leurs échanges engagés vaut son pesant de cacahouètes. Fous rires garantis sur un sujet qui ne s’y prête pas initialement, chapeau bas !
Le dessin de Fabrice Erre est comme toujours aussi expressif qu’explicite et ne me laisse pas de marbre avec cette équipe de bras cassés complètement à l’Ouest !
Il y a de fortes chances pour qu’une seconde aventure voit le jour. On peut considérer néanmoins cet épais petit livre de 160 pages comme un one shot. Courez le lire, volez le, c’est « Oplikatoire ! »
Cette fois-ci, indéniablement, la mention culte me semble de rigueur.
Dès ses premières planches qui présentent une Italie baignée de soleil, « Où le regard ne porte pas… » séduit et subjugue. Nous suivons l’arrivée de William au sein de cet écrin de poésie, partagé entre curiosité et enthousiasme. La force de ce magnifique premier tome, à l’ambiance excellemment retranscrite, est de nous faire vivre l’action à travers les yeux du personnage, avec une très grande justesse de ton. Les enfants n’ont pas la même vision que les adultes de ce qui les entoure, les mêmes rêves et priorités et subissent parfois les actions de leurs aînés – et leurs conséquences - sans comprendre réellement leurs motivations. La présence de magnifiques planches aux tons rouges et ocres, encore inexpliquées, ajoutent un surcroît de mystère et de magie à cette histoire que l’on aurait aimé vivre. Une enfance au grand air en bord de mer, dans un esprit de franche camaraderie, sous le soleil éclatant, avec cette insouciance juvénile, ces excursions fantastiques et ces voyages intérieurs. Le rythme relativement lent permet une immersion totale, véritable bonheur. Les personnages secondaires ont du corps, du caractère, de l’épaisseur et une grande crédibilité.
Le second tome nous fait retrouver les protagonistes 20 ans plus tard et dans des contextes extrêmement différents. Mais là encore, Pont et Abolin abordent ce tournant difficile avec une impressionnante maîtrise. Beaucoup de BDs ou de films (français, notamment), se sont intéressés aux trentenaires (ou aux quadragénaires) « en crise », qui plaquent tout pour fuir leur quotidien assommant et retrouver un goût d’enfance et de légèreté. Mais ici, point de pathos ou de tergiversations vaseuses. Tous ont répondu à l’appel de Lisa et partent sans le savoir vraiment à la recherche du secret qui les unit depuis toujours. Et là encore, impossible de ne pas ressentir une énorme empathie pour les personnages tant les dialogues et la narration sonnent justes et les émotions se voient bien retranscrites. Comme sur le premier tome, le découpage et les couleurs collent à merveille à cette aventure.
Le final, enfin, délivre un goût de nostalgie et d’amertume, même si l’espoir est toujours présent. « Où le regard ne porte pas… » laisse une trace, nous invite à la songerie, à des réflexions sur l’au-delà et l’indicible, aux forces qui régissent nos destins, nos existences, nos rencontres.
Un défaut, s’il fallait en trouver un ? Une Lisa, qui si elle évite le cliché de l’héroïne « trop-sexy-pour-être-vraie », paraît trop masculine dans le tome 2 (comme d'autres posteurs l'ont relevé avant moi) et une présentation peut-être trop succincte de Thomas, à qui nous n’avons pas le temps de nous attacher avant de partir à sa recherche.
Pour le reste, c’est un sans-faute et un bijou comme on en voit trop peu. De l’excellente bande-dessinée !
Pour une fois je ne comprends pas tous les ressentis négatifs sur Z comme Don Diego ! Mais, mais, mais cette petite série est juste GÉNIALE !
Comment pouvait-il en être autrement avec ce duo ? L’inspiré Fabcaro aidé des dessins cartoon Tex Avery de Fabrice Erre ?
Si Zorro a longtemps été détourné en films, on a vu peu de cas similaires en bd. Reprendre un personnage populaire dans sa version la plus reconnue (celle de la vieille série Disney qui a bercé mon enfance) et en détourner tous les codes dans des mini gags avec continuité dans un gaufrier de 6 cases était un pari risqué !
J’aurais vu davantage Trondheim réussir un tel exercice comme il l’a déjà fait dans le Pays des 3 Sourires ou Bludzee mais il n’en a effectivement pas l’exclusivité et voit une certaine relève jouissive se constituer avec ces deux Fabrice.
Ici Don Diego est un égocentrique dépressif qui n’a de yeux que pour la belle Sexoualidad, qui elle n’en pince que pour les justiciers masqués (car oui il y en a un autre inédit :) ). Bernardo, le fidèle acolyte muet s’en prend plein la gueule. Le père de Zorro manque à chaque fois de dévoiler la double identité de son fils et les méchants sont très méchants !
Florilège de gags sur un thème connu et rabattu, tout ne fait pas rire aux larmes mais la qualité ne baisse pas d’un pouce dans la continuité d’une histoire plutôt maîtrisée. On a bien l’impression que les auteurs savent exactement où ils mettent les pieds et également où ils vont. Chacun des tomes a sa propre identité et les détournements nonsensiques sont légion sans jamais être vulgaires ou répétitifs.
Le trait enlevé de Fabrice Erre correspond tout à fait à mes attentes. Ok les décors passent un peu au second plan mais ils sont bien là et on n’est jamais perdu avec le découpage des planches plus subtil qu’il n’y parait.
Un excellent moment avec cette série qui semble terminée, les auteurs ayant eu le bon réflexe de l’arrêter bien avant que le public ne s’en lasse ou que les idées soient taries. Pas grave, ces deux-là ne manquent ni de talent ni d’idées et mon petit doigt me dit qu’ils iront bien plus loin que Tornado, la fidèle monture de Zorro !
je pensais que j'allais m'ennuyer avec du marivaudage politique austro-hongrois, au sein d'une cour impériale aux vieux shakos emplumés, mais ô surprise ! c'est tout le contraire qui s'est produit !
C'est un peu comme dans les films de Sissi, il y a de l'agitation dans cette famille impériale, une opposition d'humeur entre l'empereur François-Joseph et cet archiduc François-Ferdinand que je ne connaissais comme tout le monde, que par son assassinat à Sarajevo en 1914, événement fâcheux et tragique qui a été la gâchette ayant déclenché une guerre qui a fait 10 millions de morts.
Je ne savais pas que l'empereur n'aimait pas son neveu, et je ne connaissais pas le caractère un peu frondeur de l'archiduc, pas plus que son goût pour une vie de famille simple et normale, sans étiquette. Cette lecture s'est donc avérée non seulement instructive mais aussi très plaisante, car la politique y est exposée de façon claire ; si j'avais appris l'Histoire de cette période de cette façon, je m'y serais certes intéressé de près.
On découvre que cette vieille saloperie d'empereur François-Joseph a utilisé son neveu comme un outil pour servir de basses manoeuvres politiques, on découvre le climat de tension qui règne dans cet Empire Austro-Hongrois composé d'une multitude d'Etats et de peuples disparates, impossibles à gouverner sereinement, ainsi qu'un partage surprenant de l'Europe lors de la séquence avec Guillaume II qui rend une visite officieuse à François-Ferdinand, il s'y voyait déjà le bougre, c'est fort bien exposé et pas ennuyeux ni pompeux. J'ai bien aimé aussi la leçon de géopolitique que fait l'archiduc à son fils, c'est une vision très savoureuse mais pleine de vérité.
Le dessin aide bien aussi à faire accepter cette Bd, à faire passer ces derniers instants de vie d'un homme qui au final, n'avait pas envie tant que ça de succéder à son oncle. Certains visages sont parfois un peu gauches ou déformés, mais l'ensemble est plaisant, et la grande page de l'attentat qui est le moment le plus important de l'album, met bien en valeur cet instant historique.
Le dossier de fin d'album complète parfaitement le sujet sur lequel j'ai enfin une vision plus claire sur cet acte déclencheur de la grande boucherie organisée qui a suivi, il aura fallu donc une Bd pour m'aider enfin à comprendre ce que je n'avais pas envie d'aller chercher dans des bouquins d'Histoire, après 35 ans d'incertitude... Un grand bravo aux auteurs !
Le thriller à tendance fantastique a beau être un style complètement intégré à notre culture, il reste le parent pauvre en bandes dessinées où retranscrire une ambiance anxiogène particulière et faire ressentir tout bonnement la peur au sens viscéral du terme est bien plus compliqué que dans un roman ou un film.
Pourtant le premier essai d’Aurélien Rosset est un bon contre-exemple sans toutefois bouleverser les règles déjà établies. Emprise peut être perçu aussi bien comme un joli travail d’artisan qu’une série B bien huilée au sens noble et sans aucun second degré péjoratif.
Si l’originalité n’est pas de mise, le rythme est plutôt haletant et l’ajout de petites touches de fantastique parsemant le récit lui donnent une saveur toute particulière.
Dans une bourgade américaine, quelques faits divers inquiètent un flic banal qui va relier tous les points jusqu’à l’issue finale…
On sent l’auteur particulièrement investi et ayant complètement digéré le cahier des charges de rigueur dans un tel récit mais pour mieux le magnifier à travers quelques effets des plus sympathiques, l’horreur arrivant calmement parfois là où on ne l’attend pas. Coupures de presse et décors appropriés dans une ambiance moite achèvent de rendre cette Emprise des plus fréquentables.
La claque viendrait plutôt du style graphique plutôt original d’Aurélien Rosset qui utilise certains décadrages et décors (dont la traditionnelle scène de nuit) à bon escient et de façon spectaculaire. L’utilisation des couleurs n’est pas anodine et si ce n’est un trait trop simplifié pour quelques plans éloignés mais pour rester tout à fait honnête, on a franchement du mal à croire que cet album a été réalisé par une seule personne dont c’est le premier travail édité !
Une très bonne surprise en dépit d’une fin que je trouve trop classique à mon sens mais les amateurs d’ambiance « Cthulhu » devraient se régaler !
Dauvillier est l'un des spécialistes de la bande dessinée française jeunesse, comme en attestent les réussites de La Petite Famille, Dino et Pablo, Hugo et Cagoule, "L'Enfant cachée" ou encore Monsieur Lapin...
Ici il inaugure un nouveau concept : un enfant, au gré de ses déguisements, va vivre des aventures entièrement sorties de sa seule imagination. Les éléments de son imagination sont dépourvus de couleurs, permettant de bien les identifier. Le récit est muet, réalisé à l'italienne avec une, deux ou trois cases par planche. Une grande respiration donc, où Thierry Martin, au trait aussi sensible que sobre, se sent parfaitement à l'aise.
Le premier tome, avec Myrmidon en cow-boy, pour une belle aventure. Dans le second, Myrmidon part dans l'espace après avoir trouvé un scaphandre spatial, et va rencontrer une drôle de créature dans les étoiles. Dans le tome 3, le récit sort des cases, de façon plutôt originale (pour des récits destinés aux petits), pour un affrontement avec un dragon et sa progéniture. Dans le tome 4, Myrmidon est aux prises avec des pirates fantômes, l'occasion pour Thierry Martin de dessiner un joli galion et des costumes très réussis. Toujours aussi réussi, évocateur et sympathique.
La lecture est très facile pour les primo-lecteurs, et même pour la catégorie juste en-dessous.
Je valide.
J'ai découvert cette série par l'intermédiaire de ma fille qui s'est fait offrir certains tomes à divers anniversaires et autres fêtes. J'aime beaucoup ! Ma fille (13 ans) et mon fils (11 ans) aussi d'ailleurs, et pour plusieurs raisons.
La première raison est la mise en image d'une rivalité soeur-frère qui se traduit par tout un tas de coups vaches, de punitions provoquées et d'interrogations diverses sur l'étrangeté et l'utilité de l'autre : c'est drôle et ça amuse tout autant la maman que je suis que mes enfants (qui ne vont pas encore aussi loin pour se faire des crasses, heureusement...).
La deuxième raison c'est que ces deux ennemis-jurés sont parfois bien obligés de reconnaître qu'ils tiennent l'un à l'autre (ou au moins que l'autre a une certaine utilité dans l'adversité) et cela donne lieu à des histoires tout aussi marrantes dans lesquelles ils manipulent les adultes et leurs parents en particulier.
Toutes les combinaisons sont possibles : les enfants contre les adultes, les filles contre les garçons, la sœur contre le frère, les enfants contre le chat. Les auteurs font preuve de beaucoup d'imagination même après 15 tomes. Graphiquement, c'est très coloré et dynamique.
A la maison on se lit ça à 3, moi dans le rôle des parents, ma fille dans celui de "l'Alien" et mon fils dans celui de "Microbe" et ça nous fait bien marrer (j'espère juste que ça ne leur donnera pas trop de mauvaises idées...)
Le best-of spécial fête des mère sorti en 2013 était toujours aussi tordant ! Mon préféré : la séance de préparation du goûter au millimètre pour être sûr d'éviter les injustices génératrices de conflits... C'est tellement bien vu tout ça... ça sent le vécu !
La série continue avec On est tous soeurs et Master frère, ça reste dans la même veine, rien ne sort vraiment du lot, ça tourne toujours un peu autour des mêmes gags (sauf peut-être la plus large place laissée à Tom) mais c'est toujours un réel plaisir de lire ça en famille.
En 2006, une auteure presque inconnue d'origine asiatique sort Fraise et Chocolat, une bd érotique. Il s'en suit un énorme buzz. Il s'agit d'une bd où une femme ose parler de sexe sans aucune gène. Même les plus gros machos seront choqués et feront preuve d'une certaine pudibonderie mal placée. Quelle hypocrisie misogyne ! Je l'ai lu et j'ai trouvé que cet ouvrage était une voix originale dans la bande dessinée contemporaine, intelligente, drôle, toujours surprenante, à mille lieux d'une bande dessinée à papa ou convenue que je déteste. Cela inverse les polarités traditionnelles !
L'auteure a voulu raconter les coulisses de son succès ou plutôt qu'est-ce que cela fait d'être au centre d'un buzz. Certes, cela a permit aux ventes de décoller véritablement mais il y a eu également d'autres déboires. Pour certains, Aurélia Aurita est une petite bourgeoise sans talent, étalant ses petits problèmes sans gravité pour continuer à être une petite bourgeoise. Pour d'autres, c'est un véritable phénomène qui apporte un certain vent de fraîcheur à la bande dessinée. En ce qui me concerne, j'ai été totalement conquis car elle est réellement douée et elle s'assume. Certes, elle est au centre d'une diffusion d’un contre-discours au féminin sur la libération sexuelle.
Pourtant, elle le rappelle Fraise et Chocolat était une histoire pour dire je t'aime à son célèbre compagnon. Bref, elle restitue les choses dans une sorte de droit de réponse. En même temps, on apprend bien des choses sur la manipulation des médias, sur le comportement de certaines stars du petit écran, et même sur Mazarine Pingeot ou Alain Souchon ! Les anecdotes sont assez sympathiques. Au fond, c'est une véritable critique du sexisme par de nombreux exemples comme quand une journaliste s'oppose à la féminisation des noms de métier lors d'une interview avec Chenda.
Je ne me suis pas ennuyé à cette lecture qui est totalement sincère (à savoir la culture du tout-dire). Pour terminer une petite blague : Buzz-me et Buzz-moi sont sur un bateau. Buzz-me tombe à l'eau. Qu'est-ce qui reste?...
Délirant ! C’est le premier mot qui me vient à l’esprit pour qualifier cette production de Marc Antoine Mathieu.
En effet, cet habitué des projets oubapiens, de l’utilisation complexifiée du médium Bande Dessinée, a réalisé là quelque chose d’assez surprenant.
On y retrouve son dessin impeccable, très classique, avec une belle utilisation d’un Noir et Blanc épuré et très froid.
Par contre, si j’ai été bluffé par le côté technique de l’album – que l’on peut prolonger en visionnant sur le net une version « filmée », à la vitesse de défilement adaptable à nos désirs, j’ai quand même été moins accroché que je l’ai été par d’autres de ses productions, comme les Julius par exemple.
En effet, l’exercice de style joue ici un peu trop la performance pure, et se met moins au service de l’histoire. Cela donne un résultat plus froid, et une lecture un peu plus difficile (j’ai dû plusieurs fois faire des retours en arrière pour suivre le déroulé de l’action).
Bluffant donc, impressionnant certes, mais un chouia trop technique. Un album à découvrir toutefois, et qui nécessite clairement plus de 3 secondes pour être assimilé (album muet, mais nombreuses relectures nécessaires).
Note réelle 3,5/5.
Poupouyouuuuuuu ! Y’en a qui vont encore croire que je me suis passé la moquette en intraveineuse quand je vais commencer à leur faire le topo du bousin !
Genre, c’est l’histoire d’un mec, bleubite depressivo-suicidaire, ex-bibliothécaire de son état, qui après s’être fait larguer par sa meuf’ décide d’en finir avec la life en s’engageant comme chair à canon dans un conflit sanglant dans lequel est engagé la Terre, sur un monde étrange que l’espèce humaine a colonisé. Ah oui, on est accessoirement au XXIIe siècle, et la dernière bibliothèque vient de fermer ses portes…
Mais forcément, pas moyen de crever les tripes à l’air tranquille dans ce bled. Notre gus qui pensait en terminer fissa se voit sauver la mise par un gorille armé de deux six coup qui ne font pas semblant de faire mouche. Genre, le bestiau efficace et improbable, issu d’un croisement génétique entre un Clint Sergioléoné (cigare inclus dans la formule de base) et un Neo matrixien au mieux de sa forme, regard noir et poil luisant, le tout dans une enveloppe de 250kg environ, apte à vous décocher une mornifle qui vous fera regretter de ne pas avoir compté vos ratiches avant le « hajime !» que vous attendez toujours… Vous suivez encore ?
Parce que ça c’était juste la mise en bouche – avec les quelques molaires qu’il doit vous rester – Meunonmeunonmeunon ! Pô de panique ! Tout se tient, même si on va voyager grave et que les annonceurs vont en avoir pour leur pognon. Ah oui, je ne vous ai pas dit non plus, on est aussi en plein jeu téléréalité… Tous les terriens connectés voient à travers le regard de notre pauvre Bleu…
Bon, j’arrête de vous décourager d’avance d’un album complètement déjanté, truffé de bonnes idées, de références et de délires assumés, le tout servi sur un oneshot - 2x6coups- qui tient malgré tout cela complètement la route et vous embarque sans escale ni vous laisser le temps d’aller pisser un bol. C’est de l’excellent western coupé SF (ou vice versa ?), tiré façon roquette qu’on nous tire pleine poire et qu’il n’est pas la peine d’essayer d’esquiver. On ouvre grand la gueule (sans les dents ça passe tout seul) et on digère comme on peut. Un peu d’appétit pour ce genre d’OVNI, un brin de curiosité chemisé kevlar et une grosse envie de prendre cher facilitent le transit.
En tout cas, pas le temps de s’ennuyer entre ce récit dynamité et le dessin de Jeff Strokely qui nous distillent une narration survitaminée qui malgré la richesse de l’histoire et les méandres de cet univers complexe nous accroche du début à la fin. Cela tient aussi énormément à la force des personnages que les auteurs nous proposent.
Bref, vous l’aurez compris, gros coup de cœur pour cet album qui envoie du lourd ! J’fais tourner ?
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Le Guide Sublime ? C’est bien simple, voici sûrement le bouquin qui m’aura fait le plus rire depuis belles lurettes sur un sujet (hélas) d’actualité mais (ô combien) jubilatoire ! Imaginez un peu un dictateur complètement débile, irresponsable, imbu de lui-même et malgré tout dangereux pour l’équilibre mondial. Vous y êtes ? Non non on n’est pas en Corée du Nord mais dans la jolie contrée de Sublimeland où le port de moustaches est obligatoire et où il vaut mieux filer droit et de satisfaire tous les caprices de son bien aimé Maître sous peine de disparaître ! Fabrice Erre a vu juste avec ces gags de 4 cases qui se suivent et ne se ressemblent pas. Particulièrement rodé avec son complice Fabcaro sur les petits bijoux que sont Mars ! et Z comme don Diego c’est pourtant en cavalier seul qu’il nous propose ce recueil initialement publié dans la défunte revue Mauvais Esprits. D’abord sceptique sur la forme (peu de décors et uniquement 3 personnages dont le dictateur, son premier ministre et son fidèle chef de la Popo, POlice POlitique), la diversité des situations absurdes sur la connerie humaine à grande échelle a réussi à m’achever au bout de quelques pages et autant de situations incongrues. L’arrivée d’un autre dictateur et leurs échanges engagés vaut son pesant de cacahouètes. Fous rires garantis sur un sujet qui ne s’y prête pas initialement, chapeau bas ! Le dessin de Fabrice Erre est comme toujours aussi expressif qu’explicite et ne me laisse pas de marbre avec cette équipe de bras cassés complètement à l’Ouest ! Il y a de fortes chances pour qu’une seconde aventure voit le jour. On peut considérer néanmoins cet épais petit livre de 160 pages comme un one shot. Courez le lire, volez le, c’est « Oplikatoire ! »
Où le regard ne porte pas...
Cette fois-ci, indéniablement, la mention culte me semble de rigueur. Dès ses premières planches qui présentent une Italie baignée de soleil, « Où le regard ne porte pas… » séduit et subjugue. Nous suivons l’arrivée de William au sein de cet écrin de poésie, partagé entre curiosité et enthousiasme. La force de ce magnifique premier tome, à l’ambiance excellemment retranscrite, est de nous faire vivre l’action à travers les yeux du personnage, avec une très grande justesse de ton. Les enfants n’ont pas la même vision que les adultes de ce qui les entoure, les mêmes rêves et priorités et subissent parfois les actions de leurs aînés – et leurs conséquences - sans comprendre réellement leurs motivations. La présence de magnifiques planches aux tons rouges et ocres, encore inexpliquées, ajoutent un surcroît de mystère et de magie à cette histoire que l’on aurait aimé vivre. Une enfance au grand air en bord de mer, dans un esprit de franche camaraderie, sous le soleil éclatant, avec cette insouciance juvénile, ces excursions fantastiques et ces voyages intérieurs. Le rythme relativement lent permet une immersion totale, véritable bonheur. Les personnages secondaires ont du corps, du caractère, de l’épaisseur et une grande crédibilité. Le second tome nous fait retrouver les protagonistes 20 ans plus tard et dans des contextes extrêmement différents. Mais là encore, Pont et Abolin abordent ce tournant difficile avec une impressionnante maîtrise. Beaucoup de BDs ou de films (français, notamment), se sont intéressés aux trentenaires (ou aux quadragénaires) « en crise », qui plaquent tout pour fuir leur quotidien assommant et retrouver un goût d’enfance et de légèreté. Mais ici, point de pathos ou de tergiversations vaseuses. Tous ont répondu à l’appel de Lisa et partent sans le savoir vraiment à la recherche du secret qui les unit depuis toujours. Et là encore, impossible de ne pas ressentir une énorme empathie pour les personnages tant les dialogues et la narration sonnent justes et les émotions se voient bien retranscrites. Comme sur le premier tome, le découpage et les couleurs collent à merveille à cette aventure. Le final, enfin, délivre un goût de nostalgie et d’amertume, même si l’espoir est toujours présent. « Où le regard ne porte pas… » laisse une trace, nous invite à la songerie, à des réflexions sur l’au-delà et l’indicible, aux forces qui régissent nos destins, nos existences, nos rencontres. Un défaut, s’il fallait en trouver un ? Une Lisa, qui si elle évite le cliché de l’héroïne « trop-sexy-pour-être-vraie », paraît trop masculine dans le tome 2 (comme d'autres posteurs l'ont relevé avant moi) et une présentation peut-être trop succincte de Thomas, à qui nous n’avons pas le temps de nous attacher avant de partir à sa recherche. Pour le reste, c’est un sans-faute et un bijou comme on en voit trop peu. De l’excellente bande-dessinée !
Z comme don Diego
Pour une fois je ne comprends pas tous les ressentis négatifs sur Z comme Don Diego ! Mais, mais, mais cette petite série est juste GÉNIALE ! Comment pouvait-il en être autrement avec ce duo ? L’inspiré Fabcaro aidé des dessins cartoon Tex Avery de Fabrice Erre ? Si Zorro a longtemps été détourné en films, on a vu peu de cas similaires en bd. Reprendre un personnage populaire dans sa version la plus reconnue (celle de la vieille série Disney qui a bercé mon enfance) et en détourner tous les codes dans des mini gags avec continuité dans un gaufrier de 6 cases était un pari risqué ! J’aurais vu davantage Trondheim réussir un tel exercice comme il l’a déjà fait dans le Pays des 3 Sourires ou Bludzee mais il n’en a effectivement pas l’exclusivité et voit une certaine relève jouissive se constituer avec ces deux Fabrice. Ici Don Diego est un égocentrique dépressif qui n’a de yeux que pour la belle Sexoualidad, qui elle n’en pince que pour les justiciers masqués (car oui il y en a un autre inédit :) ). Bernardo, le fidèle acolyte muet s’en prend plein la gueule. Le père de Zorro manque à chaque fois de dévoiler la double identité de son fils et les méchants sont très méchants ! Florilège de gags sur un thème connu et rabattu, tout ne fait pas rire aux larmes mais la qualité ne baisse pas d’un pouce dans la continuité d’une histoire plutôt maîtrisée. On a bien l’impression que les auteurs savent exactement où ils mettent les pieds et également où ils vont. Chacun des tomes a sa propre identité et les détournements nonsensiques sont légion sans jamais être vulgaires ou répétitifs. Le trait enlevé de Fabrice Erre correspond tout à fait à mes attentes. Ok les décors passent un peu au second plan mais ils sont bien là et on n’est jamais perdu avec le découpage des planches plus subtil qu’il n’y parait. Un excellent moment avec cette série qui semble terminée, les auteurs ayant eu le bon réflexe de l’arrêter bien avant que le public ne s’en lasse ou que les idées soient taries. Pas grave, ces deux-là ne manquent ni de talent ni d’idées et mon petit doigt me dit qu’ils iront bien plus loin que Tornado, la fidèle monture de Zorro !
François-Ferdinand
je pensais que j'allais m'ennuyer avec du marivaudage politique austro-hongrois, au sein d'une cour impériale aux vieux shakos emplumés, mais ô surprise ! c'est tout le contraire qui s'est produit ! C'est un peu comme dans les films de Sissi, il y a de l'agitation dans cette famille impériale, une opposition d'humeur entre l'empereur François-Joseph et cet archiduc François-Ferdinand que je ne connaissais comme tout le monde, que par son assassinat à Sarajevo en 1914, événement fâcheux et tragique qui a été la gâchette ayant déclenché une guerre qui a fait 10 millions de morts. Je ne savais pas que l'empereur n'aimait pas son neveu, et je ne connaissais pas le caractère un peu frondeur de l'archiduc, pas plus que son goût pour une vie de famille simple et normale, sans étiquette. Cette lecture s'est donc avérée non seulement instructive mais aussi très plaisante, car la politique y est exposée de façon claire ; si j'avais appris l'Histoire de cette période de cette façon, je m'y serais certes intéressé de près. On découvre que cette vieille saloperie d'empereur François-Joseph a utilisé son neveu comme un outil pour servir de basses manoeuvres politiques, on découvre le climat de tension qui règne dans cet Empire Austro-Hongrois composé d'une multitude d'Etats et de peuples disparates, impossibles à gouverner sereinement, ainsi qu'un partage surprenant de l'Europe lors de la séquence avec Guillaume II qui rend une visite officieuse à François-Ferdinand, il s'y voyait déjà le bougre, c'est fort bien exposé et pas ennuyeux ni pompeux. J'ai bien aimé aussi la leçon de géopolitique que fait l'archiduc à son fils, c'est une vision très savoureuse mais pleine de vérité. Le dessin aide bien aussi à faire accepter cette Bd, à faire passer ces derniers instants de vie d'un homme qui au final, n'avait pas envie tant que ça de succéder à son oncle. Certains visages sont parfois un peu gauches ou déformés, mais l'ensemble est plaisant, et la grande page de l'attentat qui est le moment le plus important de l'album, met bien en valeur cet instant historique. Le dossier de fin d'album complète parfaitement le sujet sur lequel j'ai enfin une vision plus claire sur cet acte déclencheur de la grande boucherie organisée qui a suivi, il aura fallu donc une Bd pour m'aider enfin à comprendre ce que je n'avais pas envie d'aller chercher dans des bouquins d'Histoire, après 35 ans d'incertitude... Un grand bravo aux auteurs !
Emprise
Le thriller à tendance fantastique a beau être un style complètement intégré à notre culture, il reste le parent pauvre en bandes dessinées où retranscrire une ambiance anxiogène particulière et faire ressentir tout bonnement la peur au sens viscéral du terme est bien plus compliqué que dans un roman ou un film. Pourtant le premier essai d’Aurélien Rosset est un bon contre-exemple sans toutefois bouleverser les règles déjà établies. Emprise peut être perçu aussi bien comme un joli travail d’artisan qu’une série B bien huilée au sens noble et sans aucun second degré péjoratif. Si l’originalité n’est pas de mise, le rythme est plutôt haletant et l’ajout de petites touches de fantastique parsemant le récit lui donnent une saveur toute particulière. Dans une bourgade américaine, quelques faits divers inquiètent un flic banal qui va relier tous les points jusqu’à l’issue finale… On sent l’auteur particulièrement investi et ayant complètement digéré le cahier des charges de rigueur dans un tel récit mais pour mieux le magnifier à travers quelques effets des plus sympathiques, l’horreur arrivant calmement parfois là où on ne l’attend pas. Coupures de presse et décors appropriés dans une ambiance moite achèvent de rendre cette Emprise des plus fréquentables. La claque viendrait plutôt du style graphique plutôt original d’Aurélien Rosset qui utilise certains décadrages et décors (dont la traditionnelle scène de nuit) à bon escient et de façon spectaculaire. L’utilisation des couleurs n’est pas anodine et si ce n’est un trait trop simplifié pour quelques plans éloignés mais pour rester tout à fait honnête, on a franchement du mal à croire que cet album a été réalisé par une seule personne dont c’est le premier travail édité ! Une très bonne surprise en dépit d’une fin que je trouve trop classique à mon sens mais les amateurs d’ambiance « Cthulhu » devraient se régaler !
Myrmidon
Dauvillier est l'un des spécialistes de la bande dessinée française jeunesse, comme en attestent les réussites de La Petite Famille, Dino et Pablo, Hugo et Cagoule, "L'Enfant cachée" ou encore Monsieur Lapin... Ici il inaugure un nouveau concept : un enfant, au gré de ses déguisements, va vivre des aventures entièrement sorties de sa seule imagination. Les éléments de son imagination sont dépourvus de couleurs, permettant de bien les identifier. Le récit est muet, réalisé à l'italienne avec une, deux ou trois cases par planche. Une grande respiration donc, où Thierry Martin, au trait aussi sensible que sobre, se sent parfaitement à l'aise. Le premier tome, avec Myrmidon en cow-boy, pour une belle aventure. Dans le second, Myrmidon part dans l'espace après avoir trouvé un scaphandre spatial, et va rencontrer une drôle de créature dans les étoiles. Dans le tome 3, le récit sort des cases, de façon plutôt originale (pour des récits destinés aux petits), pour un affrontement avec un dragon et sa progéniture. Dans le tome 4, Myrmidon est aux prises avec des pirates fantômes, l'occasion pour Thierry Martin de dessiner un joli galion et des costumes très réussis. Toujours aussi réussi, évocateur et sympathique. La lecture est très facile pour les primo-lecteurs, et même pour la catégorie juste en-dessous. Je valide.
Les P'tits diables (Tom et Nina)
J'ai découvert cette série par l'intermédiaire de ma fille qui s'est fait offrir certains tomes à divers anniversaires et autres fêtes. J'aime beaucoup ! Ma fille (13 ans) et mon fils (11 ans) aussi d'ailleurs, et pour plusieurs raisons. La première raison est la mise en image d'une rivalité soeur-frère qui se traduit par tout un tas de coups vaches, de punitions provoquées et d'interrogations diverses sur l'étrangeté et l'utilité de l'autre : c'est drôle et ça amuse tout autant la maman que je suis que mes enfants (qui ne vont pas encore aussi loin pour se faire des crasses, heureusement...). La deuxième raison c'est que ces deux ennemis-jurés sont parfois bien obligés de reconnaître qu'ils tiennent l'un à l'autre (ou au moins que l'autre a une certaine utilité dans l'adversité) et cela donne lieu à des histoires tout aussi marrantes dans lesquelles ils manipulent les adultes et leurs parents en particulier. Toutes les combinaisons sont possibles : les enfants contre les adultes, les filles contre les garçons, la sœur contre le frère, les enfants contre le chat. Les auteurs font preuve de beaucoup d'imagination même après 15 tomes. Graphiquement, c'est très coloré et dynamique. A la maison on se lit ça à 3, moi dans le rôle des parents, ma fille dans celui de "l'Alien" et mon fils dans celui de "Microbe" et ça nous fait bien marrer (j'espère juste que ça ne leur donnera pas trop de mauvaises idées...) Le best-of spécial fête des mère sorti en 2013 était toujours aussi tordant ! Mon préféré : la séance de préparation du goûter au millimètre pour être sûr d'éviter les injustices génératrices de conflits... C'est tellement bien vu tout ça... ça sent le vécu ! La série continue avec On est tous soeurs et Master frère, ça reste dans la même veine, rien ne sort vraiment du lot, ça tourne toujours un peu autour des mêmes gags (sauf peut-être la plus large place laissée à Tom) mais c'est toujours un réel plaisir de lire ça en famille.
Buzz-moi
En 2006, une auteure presque inconnue d'origine asiatique sort Fraise et Chocolat, une bd érotique. Il s'en suit un énorme buzz. Il s'agit d'une bd où une femme ose parler de sexe sans aucune gène. Même les plus gros machos seront choqués et feront preuve d'une certaine pudibonderie mal placée. Quelle hypocrisie misogyne ! Je l'ai lu et j'ai trouvé que cet ouvrage était une voix originale dans la bande dessinée contemporaine, intelligente, drôle, toujours surprenante, à mille lieux d'une bande dessinée à papa ou convenue que je déteste. Cela inverse les polarités traditionnelles ! L'auteure a voulu raconter les coulisses de son succès ou plutôt qu'est-ce que cela fait d'être au centre d'un buzz. Certes, cela a permit aux ventes de décoller véritablement mais il y a eu également d'autres déboires. Pour certains, Aurélia Aurita est une petite bourgeoise sans talent, étalant ses petits problèmes sans gravité pour continuer à être une petite bourgeoise. Pour d'autres, c'est un véritable phénomène qui apporte un certain vent de fraîcheur à la bande dessinée. En ce qui me concerne, j'ai été totalement conquis car elle est réellement douée et elle s'assume. Certes, elle est au centre d'une diffusion d’un contre-discours au féminin sur la libération sexuelle. Pourtant, elle le rappelle Fraise et Chocolat était une histoire pour dire je t'aime à son célèbre compagnon. Bref, elle restitue les choses dans une sorte de droit de réponse. En même temps, on apprend bien des choses sur la manipulation des médias, sur le comportement de certaines stars du petit écran, et même sur Mazarine Pingeot ou Alain Souchon ! Les anecdotes sont assez sympathiques. Au fond, c'est une véritable critique du sexisme par de nombreux exemples comme quand une journaliste s'oppose à la féminisation des noms de métier lors d'une interview avec Chenda. Je ne me suis pas ennuyé à cette lecture qui est totalement sincère (à savoir la culture du tout-dire). Pour terminer une petite blague : Buzz-me et Buzz-moi sont sur un bateau. Buzz-me tombe à l'eau. Qu'est-ce qui reste?...
3 Secondes (3'')
Délirant ! C’est le premier mot qui me vient à l’esprit pour qualifier cette production de Marc Antoine Mathieu. En effet, cet habitué des projets oubapiens, de l’utilisation complexifiée du médium Bande Dessinée, a réalisé là quelque chose d’assez surprenant. On y retrouve son dessin impeccable, très classique, avec une belle utilisation d’un Noir et Blanc épuré et très froid. Par contre, si j’ai été bluffé par le côté technique de l’album – que l’on peut prolonger en visionnant sur le net une version « filmée », à la vitesse de défilement adaptable à nos désirs, j’ai quand même été moins accroché que je l’ai été par d’autres de ses productions, comme les Julius par exemple. En effet, l’exercice de style joue ici un peu trop la performance pure, et se met moins au service de l’histoire. Cela donne un résultat plus froid, et une lecture un peu plus difficile (j’ai dû plusieurs fois faire des retours en arrière pour suivre le déroulé de l’action). Bluffant donc, impressionnant certes, mais un chouia trop technique. Un album à découvrir toutefois, et qui nécessite clairement plus de 3 secondes pour être assimilé (album muet, mais nombreuses relectures nécessaires). Note réelle 3,5/5.
Six-Gun Gorilla
Poupouyouuuuuuu ! Y’en a qui vont encore croire que je me suis passé la moquette en intraveineuse quand je vais commencer à leur faire le topo du bousin ! Genre, c’est l’histoire d’un mec, bleubite depressivo-suicidaire, ex-bibliothécaire de son état, qui après s’être fait larguer par sa meuf’ décide d’en finir avec la life en s’engageant comme chair à canon dans un conflit sanglant dans lequel est engagé la Terre, sur un monde étrange que l’espèce humaine a colonisé. Ah oui, on est accessoirement au XXIIe siècle, et la dernière bibliothèque vient de fermer ses portes… Mais forcément, pas moyen de crever les tripes à l’air tranquille dans ce bled. Notre gus qui pensait en terminer fissa se voit sauver la mise par un gorille armé de deux six coup qui ne font pas semblant de faire mouche. Genre, le bestiau efficace et improbable, issu d’un croisement génétique entre un Clint Sergioléoné (cigare inclus dans la formule de base) et un Neo matrixien au mieux de sa forme, regard noir et poil luisant, le tout dans une enveloppe de 250kg environ, apte à vous décocher une mornifle qui vous fera regretter de ne pas avoir compté vos ratiches avant le « hajime !» que vous attendez toujours… Vous suivez encore ? Parce que ça c’était juste la mise en bouche – avec les quelques molaires qu’il doit vous rester – Meunonmeunonmeunon ! Pô de panique ! Tout se tient, même si on va voyager grave et que les annonceurs vont en avoir pour leur pognon. Ah oui, je ne vous ai pas dit non plus, on est aussi en plein jeu téléréalité… Tous les terriens connectés voient à travers le regard de notre pauvre Bleu… Bon, j’arrête de vous décourager d’avance d’un album complètement déjanté, truffé de bonnes idées, de références et de délires assumés, le tout servi sur un oneshot - 2x6coups- qui tient malgré tout cela complètement la route et vous embarque sans escale ni vous laisser le temps d’aller pisser un bol. C’est de l’excellent western coupé SF (ou vice versa ?), tiré façon roquette qu’on nous tire pleine poire et qu’il n’est pas la peine d’essayer d’esquiver. On ouvre grand la gueule (sans les dents ça passe tout seul) et on digère comme on peut. Un peu d’appétit pour ce genre d’OVNI, un brin de curiosité chemisé kevlar et une grosse envie de prendre cher facilitent le transit. En tout cas, pas le temps de s’ennuyer entre ce récit dynamité et le dessin de Jeff Strokely qui nous distillent une narration survitaminée qui malgré la richesse de l’histoire et les méandres de cet univers complexe nous accroche du début à la fin. Cela tient aussi énormément à la force des personnages que les auteurs nous proposent. Bref, vous l’aurez compris, gros coup de cœur pour cet album qui envoie du lourd ! J’fais tourner ?