Je suis ressorti presque bouleversé de ma lecture...
Il est vrai que le rôle du peuple corse pendant l'Occupation est peu traité dans les journaux, les films, etc. Et cet album est l'un des plus beaux hommages que j'aie pu lire, en plus de saluer la mémoire des grands-parents du scénariste. Enfin, surtout sa grand-mère, séparée de son mari à la suite d'une rafle à Marseille.
L'album commence assez "mollement", le récit du passage en Corse est bon, mais sans plus. Mais dès que Suzanne et Sacha mettent les pieds sur l'Île de Beauté, on passe deux crans au-dessus. L'ambiance est tellement particulière en Corse, qu'elle se ressent dès la première page de la séquence. Le récit devient tétanisant, avec cette peur permanente d'une nouvelle rafle, ou du fait que le commissaire Rossi arrive à ses fins... Les personnages sont admirablement campés, même ceux qui cachent leur vrai visage, et très vite on est embarqué dans ce jeu du chat et de la souris à l'issue incertaine. L'âme corse est admirablement reconstitué, sans verser dans les clichés ni en faire des tonnes. Une âme dont est empreint le préfet Balandier, qui lui n'est pas corse, mais Juste.
Le travail graphique d'Espé, qui a déjà une quinzaine d'albums à son actif, suit cette trajectoire : il se cherche un peu sur les premières planches, monte en puissance lors de la traversée entre Marseille et Bastia, et se montre subtil et solide dès la planche 12 (sur 86 au final). Le travail sur les couleurs, réalisé par Irène Häfliger, est lui aussi remarquable : c'est chaud, c'est lumineux, c'est accueillant. C'est la Corse.
Un bel album, salutaire comme l'indique l'éditeur.
Les épées de verre est un récit d'heroic fantasy qui nous raconte la fin annoncée d'un monde sous forme d'apocalypse climatique et la quête de quatre épées de verre qui sont censées sauver leurs possesseurs de cette fin prochaine.
Au niveau du scénario, j'ai apprécié qu'il n'y ait pas de héros mis sur un piédestal : ainsi, les scènes de dialogue permettant de planter le personnage de Yama au long de la série, loin de montrer sa grandeur d'âme et son élévation morale exceptionnelle comme dans un récit héroïque classique, montrent qu'elle reste un peu stupidement obnubilée par sa vengeance. De même, Tigran est un gars très ordinaire, motivé par un amour conjugal loin des grands stéréotypes romantiques mais plein d'une tendresse domestique volontairement un peu ridicule. Il est intéressant que les personnages restent avant tout guidés par ces petites motivations personnelles, myopes qu'ils sont du grand danger global. Cette métaphore de notre monde actuel, heureusement, n'est pas appuyée de façon trop lourdingue.
J'ai donc aimé ce contexte de changement climatique et ses "éco-réfugiés" (un thème actuel mais qui est bien intégré dans cet univers de fantasy). J'ai aussi aimé que chacun des quatre tomes ne corresponde pas platement à la découverte de chaque épée ; que la fin du tome 2 se joue plaisamment du lecteur ; que l'aventure soit bien pensée en 4 tomes, sans détours artificiels pour allonger la sauce comme dans tant d'autres séries.
Certes, la trame générale du scénario n'est pas de la plus grande originalité, mais cela fonctionne bien : une quête bien identifiée dès le début de l'histoire, des vilains dominants qui exploitent de pauvres dominés, une prophétie, une héroïne qui passe des années auprès d'un maître pour préparer sa vengeance, ce maître ayant lui-même des motivations secrètes qui vont apparaître petit à petit... La fin utilise un ressort également plutôt classique, mais toujours efficace.
Quelques dialogues relèvent d'une psychologie un peu naïve, et parfois les réactions de certains personnages paraissent trop rapides. Ou, au contraire, on se demande ce qui les amène à se dire certaines choses seulement maintenant alors qu'ils se fréquentent quotidiennement depuis des années. Le fait que Yama soit amoureuse de son mentor n'était peut-être pas nécessaire mais ça pourrait être pire, et cet élément évolue de façon logique à la fin.
Mais la grande force de cette série, c'est son graphisme. Quelle claque monumentale ! C'est tout simplement sublime. Dans un style inspiré de l'animation, les personnages sont typés et immédiatement reconnaissables alors que les décors sont ultra-réalistes. Certes, je n'ai pas pu m'empêcher de penser qu'Achard ressemble un peu à une version plus réaliste d'Oumpah-pah et Miklos à Mel Gibson, mais ça ne m'a pas vraiment dérangé.
Les décors de nature et de forêt en particulier sont époustouflants. On a parfois des ambiances à la Miyazaki (par exemple T.1 pl. 12, 14, 16...). Les décors de ville sont aussi merveilleusement réussis. On peut s'attarder sur tous les détails du dessin, c'est impeccable. C'est déjà très joli à feuilleter et à regarder, mais quand on est en train de lire l'histoire, on est littéralement immergé dans les cases et on a l'impression d'y être.
La réflexion sur le découpage n'est pas oubliée pour autant : j'aime bien, par exemple, la mise en page des planches 20-21 du tome 3, où les hauts quartiers en page gauche sont mis en parallèle avec les bidonvilles en page droite. Cette intelligence dans le découpage confirme que Laura Zuccheri, non contente d'être une dessinatrice exceptionnelle, est une véritable auteure de bande dessinée. J'espère qu'on la reverra très vite dans cette discipline !
Cette perfection graphique, n'ayons pas peur des mots, participe fortement à rendre l'univers crédible et cohérent. Par exemple, les différentes coiffes des soldats laissent deviner un système bien établi de grades, sans qu'il soit besoin de le mentionner explicitement. À propos de l'univers développé, j'ai également trouvé géniale l'idée des montures qui, physiquement, ne sont autres que des humains géants se déplaçant à quatre pattes. C'est simple mais franchement original ! Ainsi, la scène de la planche 20 du tome 4 (désolé, no spoiler) se révèle poignante et plus dérangeante que bien des scènes sanguinolentes vues dans d'autres œuvres de fantasy.
Scénario :
Dessin :
Bien que j'accorde habituellement plus d'importance au scénario qu'au dessin, j'ai un véritable coup de cœur pour cette série et je sais que je la relirai plusieurs fois avec un plaisir chaque fois renouvelé. N'hésitez pas !
Quelle formidable leçon d'économie, d'Histoire et de sociologie humaine !
Avec pédagogie, simplicité et une narration légère, les auteurs nous amènent à comprendre l'économie, des origines du capitalisme (au XVIIe siècle en Hollande puis en France et en Angleterre) à nos jours (le livre date de 2012). Commençant par les fondamentaux, il assemble brique par brique les éléments qui permettent de comprendre l'économie comme une science mais aussi et surtout son impact sur la société humaine et le développement des pays.
C'est ainsi que, petit bout par petit bout, on comprend la logique des événements qui ont marqué l'Histoire vu par l'angle de l'économie. Et tout parait alors tellement évident, tellement clair qu'on a l'impression qu'un voile est levé expliquant de grands pans de l'Histoire.
C'est formidablement bien raconté, très pédagogique. Et même si les choses se compliquent de plus en plus au fil des chapitres tandis que l'économie, la finance et la politique deviennent des données plus complexes au fur et à mesure qu'elles sont étudiées et expérimentées, pour peu qu'on ne soit pas trop fatigué à la lecture, tout est clair et percutant.
J'insiste sur le fait qu'il ne faut pas être fatigué car c'est un ouvrage dense qu'on ne lit pas en une seule fois et qui mérite volontiers plusieurs lectures pour bien s'en imprégner. Presque à chaque page, je me suis répété qu'il y avait ça et là des informations et anecdotes particulièrement intéressantes que je voudrais particulièrement vouloir retenir et diffuser autour de moi.
Sur la fin, puisque l'album aborde la situation des ces vingt dernières années et la crise actuelle, le discours se fait plus politique. Mais avec de telles explications et une telle logique, on adhère sans hésiter aux idées des auteurs qui dénoncent clairement les abus des puissants et prônent de véritables changements qu'il est difficile de ne pas souhaiter intensément.
A noter entre autres l'épilogue qui aborde avec vigueur le sujet des traités de libre-échange entre pays (du type du traité Trans-Atlantique que les USA et l'Europe négocient actuellement) et, présenté ainsi, on comprend qu'il s'agit de véritables menaces anti-démocratiques qui ne favoriseraient ni les Américains ni les autres pays mais au contraire donneraient encore plus le champ libre aux grosses entreprises pour exploiter tous les peuples.
Si L'Art Invisible est un indispensable pour comprendre en détail et de manière extrêmement fluide la bande dessinée, Economix est son équivalent pour comprendre l'Economie, la Finance et l'Histoire moderne.
Cet album est tout simplement passionnant.
Darryl Cunningham, ancien aide-soignant, nous parle de pathologies assez connues (dépressions, Alzheimer, schizophrénie etc.) mais sur lesquelles il reste tellement à dire. D’énormes progrès ont été accomplis sur le traitement des patients souffrant de maladies mentales, mais il reste tellement à faire, notamment au niveau de l’information et éducation du public. Les préjugés et stigmas sont toujours là en 2015, alors que tant de progrès sont fait sur d’autres fronts (sexisme, racisme, homophobie).
L’auteur a selon moi trouvé l’équilibre parfait entre vulgarisation et technicité. On en apprend énormément, mais la lecture n’est jamais fastidieuse ou ennuyeuse.
Le dernier chapitre est une réelle surprise et vient chambouler un album jusque-là assez classique. Vraiment pas la conclusion à laquelle je m’attendais. Ce dénouement ajoute une force au récit.
La mise en image est assez classique, malgré la référence à Marjane Satrapi dans le chapitre d’introduction. Le style épuré ne sera pas au goût de tout le monde, mais il sert parfaitement le propos.
Un album à mettre d’urgence entre toutes les mains.
Vous aimez la peinture? Cet album est fait pour vous! Vous n'y connaissez rien en peinture? Cet album est fait pour vous! OK bonjour l'accroche! Mais franchement quelle claque! Alors bien sûr je connaissais Manara et ses BD érotiques ou carrément porno. A leur lecture nous avions compris que l'homme était un grand de la bande dessinée qui entre autre dessinait les femmes d'une manière qui avouons le nous faisait un peu grimper le thermomètre. Alors que le maître est aujourd'hui au crépuscule de sa carrière, cela ne l'empêche pas d'être une fois de plus redoutable.
Première page: une tuerie ! Cadrage, perspective, ambiance, couleur, que manque t'il : rien!
Ensuite l'auteur nous emmène à Rome dans les années 1400 et des brouettes. Un Borgia, (l'homme connait) est sur le trône papal, l'unité italienne est encore bien lointaine et les États Cités ont encore de beaux jours devant eux. Chaque duc ou prince cherche à s'attacher les services des plus grands artistes de ce qui fondera le quattrocento, pépinière de talents qui marqueront durablement la peinture des siècles à venir.
En dehors du fait de ressusciter la Rome de l'époque en planches plus sublimes les unes que le autres, Manara nous donne à voir une société qui vit, qui bouillonne, qui boit, qui fornique, qui se fout sur la tronche pour des broutilles, des couleurs, des femmes. Bref on sent la vie, pas des plus tranquille mais entière.
Alors bien sûr l'histoire est balisée et ne contient que peu d'incertitudes, Il Caravagio, en homme de son époque est truculent, jouisseur, hâbleur mais dès qu'il prend un pinceau en main c'est le génie qui parle. Son travail sur la lumière est pour son époque complètement novateur et il va révolutionner toute le peinture de son temps. Le plus fabuleux dans cette histoire c'est comment Manara arrive sur cette BD à retranscrire cette lumière, ces effets d'ombres et tout quoi!
Nous nous amuserons de voir que certains seins devaient être cachés ou qu'une prostituée ne puisse servir de modèle pour une vierge à l'enfant et se transforme en Marie Madeleine repentante.
Alors quoi : Feuilleter cet album? Non point. Le lire? Oui. L'acheter ? Certainement! Manara est un grand, oubliez quelques bandes qu'il a pu nous proposer. Tout y est. Du classique, et nul doute que si la bande dessinée avait existé à l'époque, Le Caravage en aurait été un des pionniers.
Marzena Sowa nous avait enchantés mais aussi mortifiés avec sa série autobiographique Marzi. La revoici avec un nouveau projet, lui aussi centré sur l'enfance, fantasmée cette fois, celle d'un garçon de 11 ans qui aide ses parents sur les marchés dans les années 1980.
L'époque importe peu, je pense, c'est plutôt pour donner une certaine ambiance et un decorum qu'elle a été choisie. C'est réussi, j'avoue avoir parcouru cet album avec un sourire aux lèvres, tant je le trouvais charmant sur le plan visuel, rempli de couleurs vives, ce qui donne une belle représentation d'un marché traditionnel. J'ai même salivé une ou deux fois à la seule évocation des poireaux des parents de Vincent, moi qui n'en suis pas spécialement fan en temps normal.
Et l'histoire, me demanderez-vous... Eh bien il s'agit d'une gentille bluette d'un préado qui flashe sur une autre gamine, essaie d'être aussi cool que ses copains mais aide ses parents de bon coeur. Des comme ça, je suis sûr qu'on en fait encore :) Pas de méchant dans cette histoire, juste un rival un peu vantard et une mamie un peu étrange qui donne des chatons. Marzena Sowa a même réussi à mettre un peu de sa Pologne natale dans un passage très sympathique.
En bonus, quelques pages où les deux auteures évoquent quelques souvenirs communs mais aussi des souvenirs de marchés d'enfance. De quoi se rendre compte, si on ne les connaît pas, qu'elles sont aussi charmantes que leur album.
Eh bien, quelle histoire triste ! Mais quelle belle histoire quand même ! J’ai vraiment beaucoup aimé ce petit album.
D’abord le scénario de Corbeyran – auteur protéiforme qui m’avait déjà séduit dans un autre album de la même collection, La Digue. En effet, sans livrer les clés de l’histoire, sans nous « expliquer » en fin d’album le pourquoi et le comment de ce phalanstère et ce qu’est ce bout du monde, Corbeyran nous captive – de manière plus douce mais non moins efficace que les pauvres petits êtres compagnons de Jean.
J’ai aussi beaucoup aimé le dessin de Bouillez. Il utilise un très beau Noir et Blanc, très sobre, et développe un univers brinqueballant, désuet, bancal, original, qui ajoute au côté à la fois oppressant et noir, mais aussi souvent poétique de l’histoire inventée par Corbeyran.
Une poésie noire et triste donc, une histoire prenante, dans laquelle je vous encourage à vous plonger. Cet album est vraiment une chouette réussite !
Cette BD devrait être inscrit au patrimoine mondial qui dénonce la connerie humaine, il devrait être obligatoire de le lire au cours des années de collège ou de lycée. Sur la masse on peut espérer que certains en sortiraient un peu moins cons, mais comme disait l'autre:" Je rêve!"
Nonobstant ce petit agacement, que dire chers collègues que vous n'ayez déjà dit dans ces colonnes? Magnifique pamphlet contre la connerie humaine avec un dessin pas si approximatif qu'il n'y paraît, je découvre à l'occasion J. Moreau qui m'a donné envie de suivre ses travaux futurs. Quand à Lupano il sait de manière très subtile vous scotchez à son histoire par des petits détails mais qui mine de rien s'enchainent comme une mécanique d'horlogerie.
Bon! ben excellent, y a rien à jeter, Achetez, Offrez, faites connaitre.
Un flic se réveille dans une chambre d'hopital aprés plusieurs mois passés dans le coma. Il se rend vite compte que quelque chose ne va pas car les lieux semblent désert et à l'abandon. Trés vite il tombe sur une bande de zombies friands de chair fraiche et il parvient de justesse à leur échaper. En effet, pour une raison inconnu les morts se relèvent de leur tombe afin de traquer les vivants pour les manger ; l'humanité a subis des pertes effroyables et le monde est en proie au chaos. Dès lors il n'a plus qu'une seule idée en tête, retrouver sa femme et son fils. C'est le début d'une grande épopée qui va le mener au bout de l'horreur mais aussi de lui même.
Pour moi, dans l'univers des zombies, il existe un avant et un aprés Walking Dead. C'est vraiment la série qui a révolutionner le genre. Avant la plupart des séries se contentaient de montrer des personnes unis dans une cause commune, celle de la survie de tous.
Mais Walking Dead va plus loin en mettant en scène les difficultés qu'engendrent les relations humaines dans un monde où la survie de tous les jours est une affaire de chaque instant.
La recette avait déjà était éprouvée dans les comics de super héros. En effet, le grand public aime ce genre de série non seulement parce qu'il y a de l'action mais aussi et surtout parce que les protagonistes ont des problèmes relationnels et sentimentaux comme n'importe quelle personne lambda.
Ainsi entre amour, amitié, complot, trahison, folie, cruauté, vengeance, moments de bonheur ou de souffrance, tous les personnages évoluent en subissant des épreuves psychologiques trés fortes ; d'ailleurs certains albums sont trés marquant à ce sujet.
Bien sûr tout cela se déroule dans une ambiance de danger permanent dont les zombies ne semblent pas être les seuls responsables, car comme le dit le héros principal : "les rodeurs sont une menace mais elle reste gérable et bien moins dangeureuse que celle représentée par l'imprévisibilté du cerveau humain".
A signaler qu'il existe aussi une série télévisée tirée de cette série et qui suit les grandes lignes de l'histoire ; mais la version papier reste bien plus trash et donc pour un public averti.
Bref tout ça pour dire que c'est certainement la meilleure série du genre avec un scénario des plus intense qui sait alterner à merveille les moments d'action avec ceux plus calmes.
Attention, si vous commencez cette série vous ne pourez plus vous arrêter tellement elle est prenante car malgrés un grand nombre d'album l'envie de connaitre la suite reste bien présente du début à la fin ; à bon entendeur salut.
Quelle chouette série !
Broussaille est un sympathique jeune homme rêveur et écolo. Présenté comme lycéen, il semble plutôt avoir un mode de vie d'étudiant : il vit en appartement avec son chat et paraît assez indépendant. Il sait apprécier la solitude et on ne le voit jamais avec des potes de lycée dans la série ; néanmoins, il est très ouvert aux rencontres, surtout quand elles sont un peu insolites.
Le dessin utilise la ligne claire pour les personnages et un style réaliste pour le reste (décors, animaux, véhicules). Les ambiances sont parfaitement rendues et les scènes de campagne, de ville ou de village sont très bien observées. On se dit "Tiens, j'ai l'impression d'être déjà passé dans un coin qui ressemble à ça"... On perçoit facilement que, sous cette fausse apparence de simplicité dans les dessins, réside un immense talent, dont on pourra se délecter dans la magnifique série Zoo, avec une ambiance plus adulte.
Je ne suis pas tout à fait sûr de savoir à quelle tranche d'âge s'adresse cette BD, mais en tout cas, elle m'a plu en la lisant avec un peu de mes yeux d'enfant, d'adolescent et d'adulte à la fois.
Les baleines publiques :
Tout commence par un fait étrange : la ville est envahie par les mouettes. Un peu plus tard, Broussaille fait un rêve surréaliste où des poissons semblent nager en l'air dans la ville. Bien sûr, ce n'est pas une coïncidence mais je n'en dirai pas plus...
L'idée de cette histoire (que je vous laisse découvrir) est d'une originalité folle, très onirique et poétique. Le dessinateur réussit à rendre des ambiances de jours pluvieux qui, loin d'être déprimants, invitent à la rêverie et à la mélancolie. Il y a des moments d'une rare beauté, comme les planches 18-20. La narration est également très bien maîtrisée, dès ce premier tome de la série.
Les sculpteurs de lumière :
Broussaille part en vacances chez son oncle et sa tante à la campagne. Une usine de recyclage des déchets est en cours de construction dans la région. Les écolos semblent parfaitement satisfaits de l'implantation de cet élément moderne dans le site naturel (un point qui va à l'encontre des stéréotypes et que j'ai donc plutôt apprécié). En revanche, l'oncle René, pourtant lui aussi grand amoureux de la nature, est totalement opposé à l'usine. Pourquoi ?
Là encore, l'histoire est très bien racontée et prend le temps de développer de chouettes personnages et des ambiances sympathiques. L'idée phare du récit, si j'ose dire, n'est pas si originale que ça mais tout réside dans la finesse des situations et des dialogues. À la fin on en redemanderait un peu, mais en 45 planches il était difficile de mieux faire.
La nuit du chat :
Le chat de Broussaille s'évade de son appartement, et Broussaille passe la nuit à le chercher.
Quoi, c'est ça l'histoire ? Ben oui, et c'est cette extrême simplicité qui la rend géniale. Broussaille, au cours de cette nuit, va errer dans la ville, être le témoin de scènes ordinaires de la vie, faire des rencontres dont l'une va le marquer profondément. Inutile d'en dire plus, vous verrez bien en le lisant. Magnifique !
Les deux derniers tomes, parus bien plus tard, regroupent des récits courts.
Sous deux soleils :
Ce recueil réunit deux histoires.
"Le discret pouvoir de Jizô" est un carnet de voyage de Frank au Japon, à peine déguisé en récit de Broussaille et de sa petite amie Catherine. Comme c'est traité avec sensibilité et très bien dessiné, c'est une agréable lecture.
"Sandrine des collines" raconte un voyage de Broussaille au Burundi, dans une famille dont la fille adoptive, Sandrine, est restée traumatisée par la guerre. La découverte de la faune locale est une composante importante du récit, croisée avec l'établissement d'une communication avec la petite fille. Une histoire mignonne.
Un faune sur l'épaule :
Ce tome réunit plusieurs histoires très courtes, réunies par un fil conducteur. C'est toujours poétique et onirique. Mais quoique je sois sensible au message écolo, la personnification de la nature est un truc qui a tendance à m'agacer assez vite.
En conclusion, je vous recommande chaudement la lecture et l'achat des tomes 1-3 dans un premier temps puis éventuellement d'acquérir les deux derniers si, comme moi, vous aimez particulièrement.
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L'Île des Justes
Je suis ressorti presque bouleversé de ma lecture... Il est vrai que le rôle du peuple corse pendant l'Occupation est peu traité dans les journaux, les films, etc. Et cet album est l'un des plus beaux hommages que j'aie pu lire, en plus de saluer la mémoire des grands-parents du scénariste. Enfin, surtout sa grand-mère, séparée de son mari à la suite d'une rafle à Marseille. L'album commence assez "mollement", le récit du passage en Corse est bon, mais sans plus. Mais dès que Suzanne et Sacha mettent les pieds sur l'Île de Beauté, on passe deux crans au-dessus. L'ambiance est tellement particulière en Corse, qu'elle se ressent dès la première page de la séquence. Le récit devient tétanisant, avec cette peur permanente d'une nouvelle rafle, ou du fait que le commissaire Rossi arrive à ses fins... Les personnages sont admirablement campés, même ceux qui cachent leur vrai visage, et très vite on est embarqué dans ce jeu du chat et de la souris à l'issue incertaine. L'âme corse est admirablement reconstitué, sans verser dans les clichés ni en faire des tonnes. Une âme dont est empreint le préfet Balandier, qui lui n'est pas corse, mais Juste. Le travail graphique d'Espé, qui a déjà une quinzaine d'albums à son actif, suit cette trajectoire : il se cherche un peu sur les premières planches, monte en puissance lors de la traversée entre Marseille et Bastia, et se montre subtil et solide dès la planche 12 (sur 86 au final). Le travail sur les couleurs, réalisé par Irène Häfliger, est lui aussi remarquable : c'est chaud, c'est lumineux, c'est accueillant. C'est la Corse. Un bel album, salutaire comme l'indique l'éditeur.
Les Epées de verre
Les épées de verre est un récit d'heroic fantasy qui nous raconte la fin annoncée d'un monde sous forme d'apocalypse climatique et la quête de quatre épées de verre qui sont censées sauver leurs possesseurs de cette fin prochaine. Au niveau du scénario, j'ai apprécié qu'il n'y ait pas de héros mis sur un piédestal : ainsi, les scènes de dialogue permettant de planter le personnage de Yama au long de la série, loin de montrer sa grandeur d'âme et son élévation morale exceptionnelle comme dans un récit héroïque classique, montrent qu'elle reste un peu stupidement obnubilée par sa vengeance. De même, Tigran est un gars très ordinaire, motivé par un amour conjugal loin des grands stéréotypes romantiques mais plein d'une tendresse domestique volontairement un peu ridicule. Il est intéressant que les personnages restent avant tout guidés par ces petites motivations personnelles, myopes qu'ils sont du grand danger global. Cette métaphore de notre monde actuel, heureusement, n'est pas appuyée de façon trop lourdingue. J'ai donc aimé ce contexte de changement climatique et ses "éco-réfugiés" (un thème actuel mais qui est bien intégré dans cet univers de fantasy). J'ai aussi aimé que chacun des quatre tomes ne corresponde pas platement à la découverte de chaque épée ; que la fin du tome 2 se joue plaisamment du lecteur ; que l'aventure soit bien pensée en 4 tomes, sans détours artificiels pour allonger la sauce comme dans tant d'autres séries. Certes, la trame générale du scénario n'est pas de la plus grande originalité, mais cela fonctionne bien : une quête bien identifiée dès le début de l'histoire, des vilains dominants qui exploitent de pauvres dominés, une prophétie, une héroïne qui passe des années auprès d'un maître pour préparer sa vengeance, ce maître ayant lui-même des motivations secrètes qui vont apparaître petit à petit... La fin utilise un ressort également plutôt classique, mais toujours efficace. Quelques dialogues relèvent d'une psychologie un peu naïve, et parfois les réactions de certains personnages paraissent trop rapides. Ou, au contraire, on se demande ce qui les amène à se dire certaines choses seulement maintenant alors qu'ils se fréquentent quotidiennement depuis des années. Le fait que Yama soit amoureuse de son mentor n'était peut-être pas nécessaire mais ça pourrait être pire, et cet élément évolue de façon logique à la fin. Mais la grande force de cette série, c'est son graphisme. Quelle claque monumentale ! C'est tout simplement sublime. Dans un style inspiré de l'animation, les personnages sont typés et immédiatement reconnaissables alors que les décors sont ultra-réalistes. Certes, je n'ai pas pu m'empêcher de penser qu'Achard ressemble un peu à une version plus réaliste d'Oumpah-pah et Miklos à Mel Gibson, mais ça ne m'a pas vraiment dérangé. Les décors de nature et de forêt en particulier sont époustouflants. On a parfois des ambiances à la Miyazaki (par exemple T.1 pl. 12, 14, 16...). Les décors de ville sont aussi merveilleusement réussis. On peut s'attarder sur tous les détails du dessin, c'est impeccable. C'est déjà très joli à feuilleter et à regarder, mais quand on est en train de lire l'histoire, on est littéralement immergé dans les cases et on a l'impression d'y être. La réflexion sur le découpage n'est pas oubliée pour autant : j'aime bien, par exemple, la mise en page des planches 20-21 du tome 3, où les hauts quartiers en page gauche sont mis en parallèle avec les bidonvilles en page droite. Cette intelligence dans le découpage confirme que Laura Zuccheri, non contente d'être une dessinatrice exceptionnelle, est une véritable auteure de bande dessinée. J'espère qu'on la reverra très vite dans cette discipline ! Cette perfection graphique, n'ayons pas peur des mots, participe fortement à rendre l'univers crédible et cohérent. Par exemple, les différentes coiffes des soldats laissent deviner un système bien établi de grades, sans qu'il soit besoin de le mentionner explicitement. À propos de l'univers développé, j'ai également trouvé géniale l'idée des montures qui, physiquement, ne sont autres que des humains géants se déplaçant à quatre pattes. C'est simple mais franchement original ! Ainsi, la scène de la planche 20 du tome 4 (désolé, no spoiler) se révèle poignante et plus dérangeante que bien des scènes sanguinolentes vues dans d'autres œuvres de fantasy. Scénario :
Dessin :
Bien que j'accorde habituellement plus d'importance au scénario qu'au dessin, j'ai un véritable coup de cœur pour cette série et je sais que je la relirai plusieurs fois avec un plaisir chaque fois renouvelé. N'hésitez pas !
Economix
Quelle formidable leçon d'économie, d'Histoire et de sociologie humaine ! Avec pédagogie, simplicité et une narration légère, les auteurs nous amènent à comprendre l'économie, des origines du capitalisme (au XVIIe siècle en Hollande puis en France et en Angleterre) à nos jours (le livre date de 2012). Commençant par les fondamentaux, il assemble brique par brique les éléments qui permettent de comprendre l'économie comme une science mais aussi et surtout son impact sur la société humaine et le développement des pays. C'est ainsi que, petit bout par petit bout, on comprend la logique des événements qui ont marqué l'Histoire vu par l'angle de l'économie. Et tout parait alors tellement évident, tellement clair qu'on a l'impression qu'un voile est levé expliquant de grands pans de l'Histoire. C'est formidablement bien raconté, très pédagogique. Et même si les choses se compliquent de plus en plus au fil des chapitres tandis que l'économie, la finance et la politique deviennent des données plus complexes au fur et à mesure qu'elles sont étudiées et expérimentées, pour peu qu'on ne soit pas trop fatigué à la lecture, tout est clair et percutant. J'insiste sur le fait qu'il ne faut pas être fatigué car c'est un ouvrage dense qu'on ne lit pas en une seule fois et qui mérite volontiers plusieurs lectures pour bien s'en imprégner. Presque à chaque page, je me suis répété qu'il y avait ça et là des informations et anecdotes particulièrement intéressantes que je voudrais particulièrement vouloir retenir et diffuser autour de moi. Sur la fin, puisque l'album aborde la situation des ces vingt dernières années et la crise actuelle, le discours se fait plus politique. Mais avec de telles explications et une telle logique, on adhère sans hésiter aux idées des auteurs qui dénoncent clairement les abus des puissants et prônent de véritables changements qu'il est difficile de ne pas souhaiter intensément. A noter entre autres l'épilogue qui aborde avec vigueur le sujet des traités de libre-échange entre pays (du type du traité Trans-Atlantique que les USA et l'Europe négocient actuellement) et, présenté ainsi, on comprend qu'il s'agit de véritables menaces anti-démocratiques qui ne favoriseraient ni les Américains ni les autres pays mais au contraire donneraient encore plus le champ libre aux grosses entreprises pour exploiter tous les peuples. Si L'Art Invisible est un indispensable pour comprendre en détail et de manière extrêmement fluide la bande dessinée, Economix est son équivalent pour comprendre l'Economie, la Finance et l'Histoire moderne.
Fables Psychiatriques
Cet album est tout simplement passionnant. Darryl Cunningham, ancien aide-soignant, nous parle de pathologies assez connues (dépressions, Alzheimer, schizophrénie etc.) mais sur lesquelles il reste tellement à dire. D’énormes progrès ont été accomplis sur le traitement des patients souffrant de maladies mentales, mais il reste tellement à faire, notamment au niveau de l’information et éducation du public. Les préjugés et stigmas sont toujours là en 2015, alors que tant de progrès sont fait sur d’autres fronts (sexisme, racisme, homophobie). L’auteur a selon moi trouvé l’équilibre parfait entre vulgarisation et technicité. On en apprend énormément, mais la lecture n’est jamais fastidieuse ou ennuyeuse. Le dernier chapitre est une réelle surprise et vient chambouler un album jusque-là assez classique. Vraiment pas la conclusion à laquelle je m’attendais. Ce dénouement ajoute une force au récit. La mise en image est assez classique, malgré la référence à Marjane Satrapi dans le chapitre d’introduction. Le style épuré ne sera pas au goût de tout le monde, mais il sert parfaitement le propos. Un album à mettre d’urgence entre toutes les mains.
Le Caravage
Vous aimez la peinture? Cet album est fait pour vous! Vous n'y connaissez rien en peinture? Cet album est fait pour vous! OK bonjour l'accroche! Mais franchement quelle claque! Alors bien sûr je connaissais Manara et ses BD érotiques ou carrément porno. A leur lecture nous avions compris que l'homme était un grand de la bande dessinée qui entre autre dessinait les femmes d'une manière qui avouons le nous faisait un peu grimper le thermomètre. Alors que le maître est aujourd'hui au crépuscule de sa carrière, cela ne l'empêche pas d'être une fois de plus redoutable. Première page: une tuerie ! Cadrage, perspective, ambiance, couleur, que manque t'il : rien! Ensuite l'auteur nous emmène à Rome dans les années 1400 et des brouettes. Un Borgia, (l'homme connait) est sur le trône papal, l'unité italienne est encore bien lointaine et les États Cités ont encore de beaux jours devant eux. Chaque duc ou prince cherche à s'attacher les services des plus grands artistes de ce qui fondera le quattrocento, pépinière de talents qui marqueront durablement la peinture des siècles à venir. En dehors du fait de ressusciter la Rome de l'époque en planches plus sublimes les unes que le autres, Manara nous donne à voir une société qui vit, qui bouillonne, qui boit, qui fornique, qui se fout sur la tronche pour des broutilles, des couleurs, des femmes. Bref on sent la vie, pas des plus tranquille mais entière. Alors bien sûr l'histoire est balisée et ne contient que peu d'incertitudes, Il Caravagio, en homme de son époque est truculent, jouisseur, hâbleur mais dès qu'il prend un pinceau en main c'est le génie qui parle. Son travail sur la lumière est pour son époque complètement novateur et il va révolutionner toute le peinture de son temps. Le plus fabuleux dans cette histoire c'est comment Manara arrive sur cette BD à retranscrire cette lumière, ces effets d'ombres et tout quoi! Nous nous amuserons de voir que certains seins devaient être cachés ou qu'une prostituée ne puisse servir de modèle pour une vierge à l'enfant et se transforme en Marie Madeleine repentante. Alors quoi : Feuilleter cet album? Non point. Le lire? Oui. L'acheter ? Certainement! Manara est un grand, oubliez quelques bandes qu'il a pu nous proposer. Tout y est. Du classique, et nul doute que si la bande dessinée avait existé à l'époque, Le Caravage en aurait été un des pionniers.
Histoire de poireaux, de vélos, d'amour et autres phénomènes...
Marzena Sowa nous avait enchantés mais aussi mortifiés avec sa série autobiographique Marzi. La revoici avec un nouveau projet, lui aussi centré sur l'enfance, fantasmée cette fois, celle d'un garçon de 11 ans qui aide ses parents sur les marchés dans les années 1980. L'époque importe peu, je pense, c'est plutôt pour donner une certaine ambiance et un decorum qu'elle a été choisie. C'est réussi, j'avoue avoir parcouru cet album avec un sourire aux lèvres, tant je le trouvais charmant sur le plan visuel, rempli de couleurs vives, ce qui donne une belle représentation d'un marché traditionnel. J'ai même salivé une ou deux fois à la seule évocation des poireaux des parents de Vincent, moi qui n'en suis pas spécialement fan en temps normal. Et l'histoire, me demanderez-vous... Eh bien il s'agit d'une gentille bluette d'un préado qui flashe sur une autre gamine, essaie d'être aussi cool que ses copains mais aide ses parents de bon coeur. Des comme ça, je suis sûr qu'on en fait encore :) Pas de méchant dans cette histoire, juste un rival un peu vantard et une mamie un peu étrange qui donne des chatons. Marzena Sowa a même réussi à mettre un peu de sa Pologne natale dans un passage très sympathique. En bonus, quelques pages où les deux auteures évoquent quelques souvenirs communs mais aussi des souvenirs de marchés d'enfance. De quoi se rendre compte, si on ne les connaît pas, qu'elles sont aussi charmantes que leur album.
Le Phalanstère du bout du monde
Eh bien, quelle histoire triste ! Mais quelle belle histoire quand même ! J’ai vraiment beaucoup aimé ce petit album. D’abord le scénario de Corbeyran – auteur protéiforme qui m’avait déjà séduit dans un autre album de la même collection, La Digue. En effet, sans livrer les clés de l’histoire, sans nous « expliquer » en fin d’album le pourquoi et le comment de ce phalanstère et ce qu’est ce bout du monde, Corbeyran nous captive – de manière plus douce mais non moins efficace que les pauvres petits êtres compagnons de Jean. J’ai aussi beaucoup aimé le dessin de Bouillez. Il utilise un très beau Noir et Blanc, très sobre, et développe un univers brinqueballant, désuet, bancal, original, qui ajoute au côté à la fois oppressant et noir, mais aussi souvent poétique de l’histoire inventée par Corbeyran. Une poésie noire et triste donc, une histoire prenante, dans laquelle je vous encourage à vous plonger. Cet album est vraiment une chouette réussite !
Le Singe de Hartlepool
Cette BD devrait être inscrit au patrimoine mondial qui dénonce la connerie humaine, il devrait être obligatoire de le lire au cours des années de collège ou de lycée. Sur la masse on peut espérer que certains en sortiraient un peu moins cons, mais comme disait l'autre:" Je rêve!" Nonobstant ce petit agacement, que dire chers collègues que vous n'ayez déjà dit dans ces colonnes? Magnifique pamphlet contre la connerie humaine avec un dessin pas si approximatif qu'il n'y paraît, je découvre à l'occasion J. Moreau qui m'a donné envie de suivre ses travaux futurs. Quand à Lupano il sait de manière très subtile vous scotchez à son histoire par des petits détails mais qui mine de rien s'enchainent comme une mécanique d'horlogerie. Bon! ben excellent, y a rien à jeter, Achetez, Offrez, faites connaitre.
Walking Dead
Un flic se réveille dans une chambre d'hopital aprés plusieurs mois passés dans le coma. Il se rend vite compte que quelque chose ne va pas car les lieux semblent désert et à l'abandon. Trés vite il tombe sur une bande de zombies friands de chair fraiche et il parvient de justesse à leur échaper. En effet, pour une raison inconnu les morts se relèvent de leur tombe afin de traquer les vivants pour les manger ; l'humanité a subis des pertes effroyables et le monde est en proie au chaos. Dès lors il n'a plus qu'une seule idée en tête, retrouver sa femme et son fils. C'est le début d'une grande épopée qui va le mener au bout de l'horreur mais aussi de lui même. Pour moi, dans l'univers des zombies, il existe un avant et un aprés Walking Dead. C'est vraiment la série qui a révolutionner le genre. Avant la plupart des séries se contentaient de montrer des personnes unis dans une cause commune, celle de la survie de tous. Mais Walking Dead va plus loin en mettant en scène les difficultés qu'engendrent les relations humaines dans un monde où la survie de tous les jours est une affaire de chaque instant. La recette avait déjà était éprouvée dans les comics de super héros. En effet, le grand public aime ce genre de série non seulement parce qu'il y a de l'action mais aussi et surtout parce que les protagonistes ont des problèmes relationnels et sentimentaux comme n'importe quelle personne lambda. Ainsi entre amour, amitié, complot, trahison, folie, cruauté, vengeance, moments de bonheur ou de souffrance, tous les personnages évoluent en subissant des épreuves psychologiques trés fortes ; d'ailleurs certains albums sont trés marquant à ce sujet. Bien sûr tout cela se déroule dans une ambiance de danger permanent dont les zombies ne semblent pas être les seuls responsables, car comme le dit le héros principal : "les rodeurs sont une menace mais elle reste gérable et bien moins dangeureuse que celle représentée par l'imprévisibilté du cerveau humain". A signaler qu'il existe aussi une série télévisée tirée de cette série et qui suit les grandes lignes de l'histoire ; mais la version papier reste bien plus trash et donc pour un public averti. Bref tout ça pour dire que c'est certainement la meilleure série du genre avec un scénario des plus intense qui sait alterner à merveille les moments d'action avec ceux plus calmes. Attention, si vous commencez cette série vous ne pourez plus vous arrêter tellement elle est prenante car malgrés un grand nombre d'album l'envie de connaitre la suite reste bien présente du début à la fin ; à bon entendeur salut.
Broussaille
Quelle chouette série ! Broussaille est un sympathique jeune homme rêveur et écolo. Présenté comme lycéen, il semble plutôt avoir un mode de vie d'étudiant : il vit en appartement avec son chat et paraît assez indépendant. Il sait apprécier la solitude et on ne le voit jamais avec des potes de lycée dans la série ; néanmoins, il est très ouvert aux rencontres, surtout quand elles sont un peu insolites. Le dessin utilise la ligne claire pour les personnages et un style réaliste pour le reste (décors, animaux, véhicules). Les ambiances sont parfaitement rendues et les scènes de campagne, de ville ou de village sont très bien observées. On se dit "Tiens, j'ai l'impression d'être déjà passé dans un coin qui ressemble à ça"... On perçoit facilement que, sous cette fausse apparence de simplicité dans les dessins, réside un immense talent, dont on pourra se délecter dans la magnifique série Zoo, avec une ambiance plus adulte. Je ne suis pas tout à fait sûr de savoir à quelle tranche d'âge s'adresse cette BD, mais en tout cas, elle m'a plu en la lisant avec un peu de mes yeux d'enfant, d'adolescent et d'adulte à la fois. Les baleines publiques :
Tout commence par un fait étrange : la ville est envahie par les mouettes. Un peu plus tard, Broussaille fait un rêve surréaliste où des poissons semblent nager en l'air dans la ville. Bien sûr, ce n'est pas une coïncidence mais je n'en dirai pas plus...
L'idée de cette histoire (que je vous laisse découvrir) est d'une originalité folle, très onirique et poétique. Le dessinateur réussit à rendre des ambiances de jours pluvieux qui, loin d'être déprimants, invitent à la rêverie et à la mélancolie. Il y a des moments d'une rare beauté, comme les planches 18-20. La narration est également très bien maîtrisée, dès ce premier tome de la série.
Les sculpteurs de lumière :
Broussaille part en vacances chez son oncle et sa tante à la campagne. Une usine de recyclage des déchets est en cours de construction dans la région. Les écolos semblent parfaitement satisfaits de l'implantation de cet élément moderne dans le site naturel (un point qui va à l'encontre des stéréotypes et que j'ai donc plutôt apprécié). En revanche, l'oncle René, pourtant lui aussi grand amoureux de la nature, est totalement opposé à l'usine. Pourquoi ?
Là encore, l'histoire est très bien racontée et prend le temps de développer de chouettes personnages et des ambiances sympathiques. L'idée phare du récit, si j'ose dire, n'est pas si originale que ça mais tout réside dans la finesse des situations et des dialogues. À la fin on en redemanderait un peu, mais en 45 planches il était difficile de mieux faire.
La nuit du chat :
Le chat de Broussaille s'évade de son appartement, et Broussaille passe la nuit à le chercher.
Quoi, c'est ça l'histoire ? Ben oui, et c'est cette extrême simplicité qui la rend géniale. Broussaille, au cours de cette nuit, va errer dans la ville, être le témoin de scènes ordinaires de la vie, faire des rencontres dont l'une va le marquer profondément. Inutile d'en dire plus, vous verrez bien en le lisant. Magnifique !
Les deux derniers tomes, parus bien plus tard, regroupent des récits courts.
Sous deux soleils :
Ce recueil réunit deux histoires.
"Le discret pouvoir de Jizô" est un carnet de voyage de Frank au Japon, à peine déguisé en récit de Broussaille et de sa petite amie Catherine. Comme c'est traité avec sensibilité et très bien dessiné, c'est une agréable lecture.
"Sandrine des collines" raconte un voyage de Broussaille au Burundi, dans une famille dont la fille adoptive, Sandrine, est restée traumatisée par la guerre. La découverte de la faune locale est une composante importante du récit, croisée avec l'établissement d'une communication avec la petite fille. Une histoire mignonne.
Un faune sur l'épaule :
Ce tome réunit plusieurs histoires très courtes, réunies par un fil conducteur. C'est toujours poétique et onirique. Mais quoique je sois sensible au message écolo, la personnification de la nature est un truc qui a tendance à m'agacer assez vite.
En conclusion, je vous recommande chaudement la lecture et l'achat des tomes 1-3 dans un premier temps puis éventuellement d'acquérir les deux derniers si, comme moi, vous aimez particulièrement.