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Couverture de la série Orks
Orks

Voici une vue sur le monde des Orks, bien que la Bd ne figure pas dans la collection Celtic où l'on trouve Elfes ou Nains. En dépit d'un scénario qui n'est peut-être pas totalement abouti, l'ensemble m'a séduit en premier lieu par son graphisme époustouflant ; je trouve que le dessin de Guenet colle parfaitement à ce type de bande, qui culmine dans un visuel impressionnant destiné à en mettre plein la vue ; les silhouettes bodybuildées des mâles et les corps musculeux (mais harmonieux) des femelles, les armes agressives et les visages rageurs... tout ceci est mis en valeur par un dessin d'une grande puissance hyperréaliste et à la belle colorisation. Ce dessin très musclé d'une beauté inouïe rend évidemment les personnages beaux, il y a là-dedans un petit air de Corben. La mise en page audacieuse et très variée donne une Bd très dynamique. Mais ce qui m'a intéressé aussi, c'est d'y entrevoir une organisation sociale, de nombreuses femelles Orks (personnages qu'on voit peu ailleurs) et même des séquences d'accouplement d'un bel érotisme bestial. Tout ceci n'apparait pas dans La Guerre des Orcs, série qui m'avait plu aussi, très voisine de "Orks" mais un peu plus tournée vers la guerre. On peut y voir enfin une sorte d'allégorie sur la guerre et l'entente entre les peuples, sur le modèle humain de nos jours. Avec tous ces corps massifs et ce visuel agressif, on peut s'attendre à de gros combats de brutes bien bourrins, à du sang et des tripes... il y a quelques séquences dans ce style, mais pas tant que ça, la Bd n'est pas entièrement basée là-dessus. En tout cas, c'est de la pure fantasy brutasse comme je l'aime.

25/03/2016 (modifier)
Couverture de la série La Voie des Chevriers
La Voie des Chevriers

Bravo ! Bravo et merci ! Bravo d’abord à Cécile et à Nico pour avoir réussi, à force de volonté, de travail, de ténacité, de débrouillardise et de bien d’autres traits de caractère, à donner vie à leur modeste rêve. Élever des chèvres et en vivre. Qui penserait que, de nos jours, cela soit si difficile d’y parvenir ? Entre le manque de confiance des banques et les diverses contraintes administratives ou d’hygiène imposées par les autorités nationales, fédérales locales ou autres, c’est à un véritable parcours d’obstacles que nous sommes conviés. Par ailleurs, nos deux éleveurs ne se déparent jamais de leurs propres convictions, optant résolument pour le local, le rustique, le sain, le naturel… tout sauf une démarche simplement mercantile en somme. Et là, mon questionnement de départ s’inverse : qui penserait que, de nos jours, il soit encore possible de survivre financièrement de l’élevage de chèvres sans faire de compromis ? La réponse nous est offerte en image ici, dans toute sa précarité malgré la force de travail et la passion affichée par le couple. Merci ensuite à Samuel Figuière pour m’avoir relaté cette aventure du quotidien avec un très grand talent. Ce récit est très instructif mais jamais, au grand jamais, je n’ai eu l’impression de lire un documentaire ! Que du contraire, c’est incroyablement vivant et humain. En tournant ces pages, je me suis souvent dit que l’auteur était le résultat fusionné de Nicoby et de Davodeau (ben oui, rien que ça). Un trait simple, vif et sympathique, bien mis en valeur par une colorisation pleine de fraîcheur, au service d’une narration dans laquelle l’humain est toujours mis en avant sans jamais occulter pour autant le caractère instructif du récit. Les décors sentent l’authenticité, qu’il s’agisse de bâtiments ou de vue sur une ville (comme cette vue sur Nyons reconnaissable sans équivoque et sans qu’il soit nécessaire de préciser le nom par un texte quelconque) : ce trait n’a l’air de rien mais il est fichtrement efficace ! Et puis, derrière l’image d’Epinal du retour à la nature, de la vie au grand air, de la passion devenue profession, l’auteur et nos éleveurs n’hésitent pas à aborder des sujets plus graves, comme la nécessité de l’abattage et les conditions dans lesquelles celui-ci est réalisé. Derrière la façade très simple, très humaine se cachent donc des problèmes de société bien plus graves (l’abattage en est un, le puçage en est un autre) qui incitent le lecteur à la réflexion. Enfin, il y a des passages un peu fourre-tout mais amusants qui nous en apprennent plus sur l’origine d’une race animale ou sur celle d’un signe zodiacal. Non, franchement ! Je l’ai pris, je l’ai entamé et je n’ai plus eu envie de le lâcher avant d’en avoir tourné la dernière page.

24/03/2016 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Sculpteur
Le Sculpteur

Si l'objet physique est impressionnant (un bon gros pavé de 500 pages), son contenu n'est pas en reste non plus ! Je me suis lancé dans cette lecture en me disant qu'elle me ferait la semaine... je l'ai dévoré dans mon après-midi dominical ! Car cette version revisitée du mythe de Faust, si elle a forcément un côté "déjà vu" a su trouver sa place en s'ajustant à la clé de voûte choisie par Scott McCloud : la création artistique. Après tout quoi de plus juste et tentant que de faire pactiser l'"artiste maudit" et la mort/le diable ? Le faire et le défaire liés par CDD... Et c'est cette réflexion sur la création, habillement habillée d'une histoire d'amour plutôt bien foutue, qui m'a plu. Sans trop donner dans le didactique ni se contenter de survoler le sujet ou de s'en servir comme béquille pour son récit, McCloud questionne, tend des perches, réfléchit... tout comme son personnage. Nulle certitude... juste une échéance. Car l'art, comme David notre protagoniste, est de fait pieds et poings liés à cette notion de temps. Le temps pour faire ; le temps pour être reconnu de son vivant ; et objectif ultime, marquer l'éternité de son œuvre. C'est tout ce questionnement que met en branle Scott McCloud à travers cet album. Grâce à des personnages riches psychologiquement et un savoir faire narratif impressionnant, il nous déroule son histoire comme si tout semblait aller de soi. Tout s'imbrique et se nourrit pour nous conduire vers la fatalité de cette fin impeccable. Graphiquement, la bichromie blanc/bleu choisie, si elle surprend de prime abord, fonctionne au final merveilleusement avec des compositions et des cadrages maîtrisés. Pour quelqu'un attendu au tournant pour sa théorisation de la BD, on peut dire que la mise en pratique est plus que probante ! Je viens tout juste de finir cet album, et je n'ai pourtant déjà qu'une envie : le relire ! Et je ne peux que vous inviter à en faire autant !

21/03/2016 (modifier)
Par Walran
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série The Time Before
The Time Before

Voilà bien longtemps qu'une nouveauté BD ne m'avait pas autant enthousiasmé. Grand amateur du trait de Bonin, j'ai lu tous ses albums et je puis dire sans hésitation qu'en tant que scénariste, "The Time Before" est selon moi son plus beau travail, le plus riche et le plus abouti. L'histoire est très bien écrite, fluide, d'une grande clarté dans son déroulement. Les réactions des personnages sont crédibles et sonnent "juste", ce qui leur donne une véritable épaisseur psychologique. On s'attache bien vite à Walter, ce photographe qui hérite fortuitement d'un gigantesque pouvoir : celui de réécrire, s'il le souhaite, des pans entiers de sa propre histoire. Au-delà de l'intrigue elle-même, émouvante et qui suscite nombre de réflexions (qu'aurais-je fait à la place du héros ?), ce one-shot dispense un charme suranné des plus plaisants. Éclairé par les tons pastels et ocres de l'auteur, dans une lumière douce, le New-York de la fin des années 50 prend vie et dégage une ambiance très apaisante. C'est également un bonheur de retrouver dans l'histoire de multiples références à la série fantastique "La Quatrième Dimension", auquel l'album fait de nombreux clins d'oeils ("Je sais ce qu'il vous faut", l'hommage le plus flagrant, mais on songe aussi à "Futurographe", "Une curieuse montre" et "Pour les anges"). On aimerait que l'album, dont la pagination est importante, soit plus long encore, pour suivre Walter dans ses doutes et ses interrogations (certains choix sont plus lourds de conséquence que d'autres). Je m'étonne d'ailleurs que le personnage ne ressente pas, en bout de course, une certaine lassitude (la vie garde-t-elle un réel intérêt, un côté exaltant si l'on vit une même période pour la quatrième fois, en sachant exactement ce qu'elle va nous réserver ?). Il n'en demeure pas moins que j'ai lu cet album à deux reprises en une semaine et que j'étais réellement captivé. En bref, un très bel album, terriblement attachant et réussi de bout en bout, tant graphiquement que scénaristiquement. Un bonheur à lire !

21/03/2016 (modifier)
Par sloane
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Corps et Âme
Corps et Âme

Hop là, prenez quelques minutes pour lire cet avis qui je l’espère vous incitera à lire d'urgence cette BD. Le trio d'auteurs déjà à l’œuvre sur Balles Perdues se retrouve de nouveau pour un thriller d'une originalité à toute épreuve. Jamais avis n'a été plus chiant à écrire, en effet comment faire ressentir un minimum de choses sans rien dévoiler, et croyez moi ne rien dévoiler est essentiel sur cette histoire, encore que... mais non les affres dans lesquelles se débat notre héros valent bien cette attente. Bêtement l'on se dit mais merde comment moi je n'y ai pas pensé plus tôt, simplement parce que je ne suis pas scénariste mais tudieu quelle idée géniale et je pèse mes mots. Pauvre Frankie qui avait une petite vie plutôt peinarde, le meilleur dans son job, à savoir envoyer Ad Patres les individus que lui indiquaient ses commanditaires. Pas d'état d'âme pourvu qu'il touche sa liasse de billets verts. Un jour un contrat payé le double, il aurait du se méfier Frankie!, et il se réveille à l'hosto avec une tronche à faire pâlir sa mère.... Que cette histoire est maligne, construite au cordeau elle suit au plus près les angoisses de notre homme. Parce qu'il a été floué, et de quelle manière, il va vouloir se venger, la construction de cette vengeance nous est montrée de manière minutieuse et pourtant les auteurs arriveront à nous surprendre avec une fin inattendue. Un dernier mot concernant le dessin de Jef. Comme je l'ai dit plus haut c'est lui qui officiait déjà sur Balles Perdues. Ici Wouaw!! c'est grandiose et ce n'est pas qu'une formule. Or donc si vous n'avez pas encore fait l'acquisition de cette BD dès demain courrez chez votre libraire, je m'engage non pas à vous rembourser mais sûr il faudra qu'on en recause.

20/03/2016 (modifier)
Par KanKr
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Alcoolique
Alcoolique

La passion du goulot ! L'écrivain et l'alcool... Une longue histoire d'amour ! Mais la bouteille est une mélancolique amante, à la fois déesse inspiratrice et harpie de solitude et de désenchantement. Une lente déchéance que Jonathan Ames et Dean Haspiel nous racontent dans Alcoolique. Adolescent, Jonathan A. a succombé aux charmes de la chopine qui lui est, depuis, restée fidèle. Une bien triste compagne ! Si cette romance le désinhibe et lui offre une meilleure estime de lui, elle se termine toujours par des gueules de bois et des matins abhorrés ! Le voilà définitivement pris au piège de cette dépendance dont il ne supporte pas les effets. Le récit débute à la suite d'une de ses dernières débauches éthyliques. Jonathan émerge dans une voiture en compagnie d'une petite vieille, dont les attentes charnelles sont pour le moins explicites, et d'un mal de crâne pas plus séduisant. Cette scène nocturne est d'autant plus insolite qu'il n'a aucun souvenir de la manière dont il s'est retrouvé là. Il ne patientera pas pour en avoir la réponse et, lorsque la police frappera aux carreaux du véhicule, fuira les lieux sans se retourner. Enterré dans le sable, à l'abri d'un ponton, le temps que les choses se tassent, il tentera de recoller le puzzle en replaçant une à une les pièces manquantes. Ainsi commence sa mésaventure, celle d'un enivrement quotidien par besoin, mais aussi dans le but de s’éclipser de sa propre existence. Ses pérégrinations éthyliques l'ont mené sur une pente qu'il est plus facile de descendre que de remonter. L'ivresse du week-end, en compagnie de Sal, son ami d'enfance, est devenue un rituel plus fréquent qui le traîne vers des errements crépusculaires. L’accoutumance est bel et bien là et les cures de désintoxication ne peuvent rien y changer. Sans se plaindre de son sort, se contentant de constater sa progressive dégénérescence, il enchaîne, impuissant, les étapes de la vie une par une : des relations amicales et amoureuses complexes, des tragédies familiales, des black-out... L'alcool soigne ses traumatismes enfouis, tout en lui laissant de nouveaux stigmates ! Malgré le côté dramatique du sujet, les auteurs nous proposent un délectable moment de lecture. Intelligemment bien écrit, on ne sombre pas dans l’apitoiement ou la tristesse. Le protagoniste principal, au rythme de son auto-analyse, nous livre un bilan réaliste de son existence sans chercher à l'enjoliver. Il ne se cache jamais derrière des excuses et nous conte les faits avec un regard d'une grande lucidité. Une confession tendre, intime, drôle et parfois pathétique, qui se termine sans aucune morale, sinon celle qu'il n'y aura aucune échappatoire ! Côté dessin, Dean Haspiel nous offre un magnifique roman graphique, en noir et blanc, d'une paradoxale sobriété pour un ouvrage errant pourtant dans les méandres de l'addiction. Le travail des décors et de la mise en scène place le lecteur dans une position de spectateur observant les différentes étapes de cette chute vertigineuse. Aussi rythmé que l'intrigue, le trait assuré du dessinateur retranscrit à merveille les difficiles lendemains de cuite de Jonathan. Quant à la mise en page, les éditions Monsieur Toussaint Louverture ont réalisé un très beau livre avec une couverture mi-carton embossé, mi-toile imprimée. Un dédoublement rappelant, encore une fois, la double vie de l'antihéros de cette histoire. À consommer avec immodération ! KanKr

20/03/2016 (modifier)
Par Canarde
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Underwater - le village immergé
Underwater - le village immergé

Une si belle histoire! Comme c'est l'histoire elle-même qui est très réussie, je ne vous gâcherai pas le plaisir en vous la racontant. L'influence de Myasaki se fait sentir: on y voit la confrontation entre une modernité japonaise particulièrement violente et des symboles traditionnels sous-jacents qui continuent de faire leurs chemins dans la tête des enfants. Ces deux ingrédients sont enrichis par un troisième qui met en scène l'histoire d'une famille, avec des liens entre passé, présent et rêve qui se télescopent de manière variée, au fil de la narration. Cette incursion de l'étrange peut aussi faire penser aux romans de Murakami (Kafka sur le rivage, par exemple) Ces trois mondes sont représentés par des météorologies différentes et donc des rendus qui glissent du surexposé (la sècheresse du temps présent), vers la nuance de gris (la pluie incessante du temps indéfini). La première page intrigante, lumineuse et légère donne à elle seule l'envie de lire ce petit bijou qui pourrait presque rester un one shot tant il est équilibré.

20/03/2016 (modifier)
Couverture de la série Le Trône d'argile
Le Trône d'argile

Il y a parfois des Bd qu'on souhaite, qu'on désire, qu'on espère, qu'on attend fièvreusement tant on est passionné par un sujet, on se dit : "Si un auteur pouvait exaucer mon voeu". Eh bien pour moi, une sorte de rêve s'est réalisé lorsque je suis tombé sur "le Trône d'argile" ; c'est tout à fait ce que je voulais : une Bd médiévale, mais sur la période que je connais le mieux et que j'ai longtemps étudiée, à savoir la fin de règne de Charles VI le roi fou, au moment où son fils le dauphin Charles est trop fébrile pour lui succéder, juste à l'instant où se fait l'entrée en scène de Jeanne d'Arc pour bouter l'Anglais hors de France. Car à ce moment-là, la France est dans une situation catastrophique, et qui aurait pu l'être encore plus, les Anglais sont quasiment les maîtres du pays, ils sont mauvais, arrogants, envieux, à l'image de leur roi Henry V qui symbolise cette Angleterre conquérante voulant écraser une France qui faillit devenir anglaise. D'emblée, je suis soufflé par le côté extrêmement sérieux et hyper documenté des auteurs dont les recherches ont dû être longues et minutieuses, je le sens constamment au fur et à mesure que le récit avance, dans l'abondance de détails qu'ils assènent. Pour un passionné et un connaisseur, c'est le rêve, pour les lecteurs moins férus de cette période historique, ça risque d'être un peu ardu, car il y a tant d'informations à digérer. Mais tout est clairement expliqué et la narration n'est pas lourde, ça doit intéresser aussi le lecteur basique, et les médaillons en fin d'albums seront très utiles pour identifier ces nombreux personnages. Il faut savoir qu'ici, les acteurs de cette histoire sont tous de très grands personnages, il n'y a aucun personnage fictif, c'est de la grande Histoire de France qui est contée avec justesse, tout est relaté avec une exactitude rigoureuse, malgré l'utilisation de cette Histoire et de personnages réels soulevant des thèses très hardies mais plausibles (le prétendu assassinat des 2 dauphins frères de Charles pour qu'il puisse régner, ou encore le "faux" empoisonnement d'Henry V ; ces faits n'ont jamais été prouvés, surtout le premier). De même que parmi de rares erreurs, j'ai décelé celle de Capeluche, ancien bourreau de Paris qui n'est pas renvoyé hors de la ville comme précisé ici, mais qui fut exécuté sans pitié sur ordre de Jean Sans Peur parce que sa cruauté gênait la politique du duc. Le souci de reproduire les visages de ces grands personnages est à peu près conforme aux gravures connues, et le respect minutieux des armures, des costumes et des décors force le respect ; le dessinateur s'applique dans de somptueuses reconstitutions d'édifices dont plusieurs ont été détruits ou modifiés (le Louvre, l'Hôtel Saint-Pol, le château de Saumur, la cathédrale de Troyes, le château de Montereau...), et le soin apporté aux détails d'architecture est remarquable. On s'aperçoit que la politique est au coeur du problème car les auteurs attachent de l'importance aux scènes de dialogues ; ils soulignent le rôle essentiel joué par Yolande d'Anjou, une femme de tête dont les historiens ont souvent négligé sa part active dans cette période cruciale, son portrait est donc conforme ici, sauf pour son choix porté sur la petite Jeanne qui est une pure invention des auteurs, mais encore une fois, c'est un cas plausible. L'action n'est pas pour autant oubliée, on a droit aussi à de belles scènes de batailles. Mais le grand morceau de bravoure reste l'entrevue sur le pont de Montereau car il conditionne toute la série, c'est un événement considérable par les retombées désastreuses qui découlent de son issue fatale, faisant rebondir la rivalité entre Armagnacs et Bourguignon, et amenant le honteux traité de Troyes ; normalement c'est Tanneguy qui a levé sa hache et abattu le duc parce que celui-ci avait porté la main à son épée, mais certains historiens réfutent aujourd'hui cette hypothèse, et ce serait un certain chevalier Robert de Loire (assimilé ici à Ambroise de Loré) qui l'aurait simplement poignardé. En tout cas, la vision un peu floue donnée par les auteurs est tout à fait plausible elle aussi, car il a dû y avoir une belle panique sur ce pont. Toujours est-il que la guerre de Cent Ans ne touche pas à sa fin, elle s'envenime. Il faut savoir que cette guerre n'a pas été déclarée comme c'est mentionné dans la série parce qu'on a refusé la couronne de France à Edouard III après la mort du dernier Capétien, mais bel et bien parce que ce même Edouard voulait récupérer la Guyenne confisquée, héritage des Plantagenêts acquis depuis Aliénor d'Aquitaine. Je dirais enfin un mot sur le dessin : c'est du travail d'orfèvre, du grand art, il est tellement riche en détails que certaines cases sont un vrai plaisir à scruter ; illustrer un sujet aussi fort avec un graphisme d'une telle perfection, c'est une osmose totale, et j'ai rarement vu une Bd historique aussi précise, aussi juste dans son traitement et aussi belle graphiquement. Un chef-d'oeuvre absolu qui m'a laissé pantois, qui mérite les éloges et dont j'attends anxieux la conclusion. ADDITIF SUR LE TOME 6 C'est toujours aussi somptueux et magnifique, je suis en admiration devant une telle leçon d'Histoire, de la grande Histoire qui m'apporte de grandes sensations, comme si je vivais en live les événements de cette sombre période, et qui dans ce tome montre toute la geste de Jeanne d'Arc telle que c'était préfiguré à la fin du tome précédent, depuis son entraînement par Baudricourt et son départ de Vaucouleurs jusqu'à la belle victoire de Patay, qui succède aux reconquêtes sur les armées anglaises de Jargeau, Beaugency et Meung, et avec en point d'orgue le fameux siège d'Orléans. La description de la reprise des Tourelles (et non des Tournelles comme c'est imprimé par endroits) est remarquable, magnifiée par une double page sensationnelle, de même qu'un plan du siège permet aux néophytes de situer les emplacements. Autre belle double page : quand Jeanne reconnait le dauphin à Chinon (sans jamais l'avoir vu), il aurait été dommage de rater une scène aussi capitale ; aujourd'hui, lorsqu'on visite cette pauvre salle délabrée et sans toiture, l'imagination doit galoper pour recréer tout ça. Le dessin est toujours au top même si je trouve que par endroits, Théo est un peu moins appliqué, mais ce n'est qu'une impression. Il ne devrait plus y avoir qu'1 tome pour conclure enfin cette formidable épopée, ou peut-être est-ce fini, les auteurs ayant décidé de ne pas montrer le sacre à Reims, puis la capture à Compiègne et la fin tragique de Jeanne sur son bûcher ; après tout, le trône d'argile est sauvé, il ne reste plus qu'à finaliser la reconquête sur l'Anglais, ce que fera Charles VII grâce à Dunois, ce n'était pas au départ une Bd de plus sur Jeanne d'Arc, elle n'est qu'un maillon dans cet écheveau.

13/03/2014 (MAJ le 15/03/2016) (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Encyclopédie des débuts de la Terre
L'Encyclopédie des débuts de la Terre

J'ai commencé la lecture de cette bande dessinée en ayant en tete les avis positifs et j'avais un peu peur de passer à coté de l'album et de m'ennuyer. Heureusement, je suis rapidement rentré dans ce conte rempli de contes. J'ai bien aimé le mélange des mythologies revues à la sauce de l'auteure (on retrouve par exemple des récits inspirés de la Bible). Moi qui aime bien les contes je fus ravi par ce scénario. On saute d'un conte a l'autre et le scénario fait plusieurs retours en arrière. Je ne fus pas du tout mélangé durant ma lecture et je trouve que le point fort de l'auteure est de maitrise à la perfection l'art de la narration. J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ses contes et je trouve les personnages attachants. J'ai eu un peu de mal avec le dessin au début, mais très vite j'ai trouvé que ce style avait un certain charme.

12/03/2016 (modifier)
Par Miranda
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Ziyi
Ziyi

Ziyi est un récit est noir, cynique, méchant et attendrissant, dans lequel on rencontre un petit personnage très particulier car on ne sait s’il est animal ou humain. Son physique hybride est-il dû aux conséquences d’une catastrophe nucléaire ? D’armes chimiques ? On ne sait d’ailleurs rien du monde dans lequel il évolue, en dehors du fait que le chaos règne partout où il va et que tous les personnages qu’il rencontre sont dans des situations périlleuses pour ne pas dire souvent mortelles. La chute se révèle particulièrement perturbante à la limite du débat philosophique, c’est bien vu de la part de Cornette qui nous propose une histoire relativement simple à suivre mais qui implique un réflexion assidue dans sa fin. Ce petit personnage et ses déboires sont un véritable coup de cœur pour ne pas dire un crève-cœur, pauvre Ziyi, si gentil…Ce genre d’histoires me fait un peu penser aux univers torturés de Winshluss. La B.D. est muette, un genre relégué ici à un simple détail car les grands yeux de Ziyi n’ont pas besoin de mots pour exprimer ses émotions, Jürg a parfaitement su le doter d’expressions issues de son fabuleux talent de dessinateur. Le graphisme est très beau même s’il est assez épuré, préférant mettre l’accent sur les personnages ; avec un découpage unique de six cases par planche le tout ordonné en plusieurs chapitres. Un noir et blanc comme je les aime, propre et net. Un dernier mot pour la B.D., un bel objet toilé de taille comics avec une couverture en dure et bien que le jaune fasse partie des couleurs que j’aime le moins, ça claque bien à l’ouverture qui oppose un noir et blanc bien torché.

08/03/2016 (modifier)