Les derniers avis (9709 avis)

Par gruizzli
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Petites Distances
Les Petites Distances

Voici une BD que j'ai eu envie de lire juste par sa couverture, et je ne me suis pas planté dans mes choix. Les auteurs n'en sont plus à leurs coups d'essais, la scénariste a déjà réalisé l'excellente Betty Boob qui avait attiré toutes les éloges lors de sa sortie. Et cette BD confirme totalement le talent des deux conjugués ! La première chose que j'ai vraiment apprécié, c'est le dessin. Très beau, détaillé et attractif, il m'a fait rentrer dans l'histoire en moins de temps que je n'aurais cru. J'étais parti pour feuilleter deux pages, j'ai lu tout l'album d'une traite. Et j'en remangerais volontiers, tant j'ai été captivé par cette BD. L'histoire avait tout pour me plaire : une romance teinté de fantastique, c'est toujours un plaisir à lire. Et quand c'est bien manié comme ici, c'est un régal. Les auteurs jouent des codes qu'on pourrait pensé éculés (l'idée peut sembler être reprise de Ghost, le film avec Demi Moore), mais qui sont reprises d'une façon originale. Et qui d'ailleurs m'a surpris par sa fin, puisque je m'étais fourvoyé dans mon interprétation. C'est toujours un plaisir de découvrir que les auteurs peuvent surprendre. En partant d'une idée bien exploitée, le duo d'auteures parvient à nous pondre une BD traitant de bien des sujets, l'amour et le couple, la norme, les angoisses, la solitude et la maladie mentale. J'ai eu l'impression de plusieurs niveaux de lectures dans cette relation entre un fantôme et une solitaire. C'est beau et tendre, c'est très réussi sur tout les plans. J'ai fermé la BD avec une agréable sensation de merveilleux et le sourire aux lèvres pour la journée. Je crois que c'est largement suffisant pour justifier un conseil d'achat. Et puis, c'est quand même une belle histoire d'amour, quoi ! Je ne pouvais pas rester insensible !

13/04/2018 (modifier)
Par Blue Boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série MeRDrE - Jarry, le père d'Ubu
MeRDrE - Jarry, le père d'Ubu

« Merdre ». C’est sur cette épenthèse scatologique que s’ouvre « Ubu Roi », la pièce d’Alfred Jarry qui déclencha les sifflets des spectateurs et l’ire de la critique lors de la première. Jarry, qui avait fini par s’identifier à son personnage d’Ubu, aimait à provoquer les milieux mondains de l’époque. Par son humour grinçant, il n’avait de cesse de bousculer les codes de bienséance en tendant un miroir pas toujours reluisant à ceux dont il croisait le chemin. De façon ostentatoire, cet être hors-norme, grand admirateur de Rabelais, revendiquait sa liberté et son attachement à la doctrine d’Epicure. Rodolphe et Daniel Casanave dressent ici un portrait original et extrêmement vivant de celui qui allait laisser une empreinte indélébile dans le monde des arts et lettres du début du XXe siècle, préfigurant le mouvement surréaliste avec ses néologismes déconcertants et sa fameuse « science » pataphysique… Etayé par une documentation fouillée, « MeRDrE » nous fait découvrir (ou re-découvrir) cet auteur original et attachant, au final assez méconnu, en nous livrant nombre d’anecdotes sur l’homme et ses contemporains. On y apprend notamment que le douanier Rousseau s’est lancé dans la peinture sous les injonctions de Jarry. Personnage fantasque et haut en couleur, irrévérencieux et imprévisible, Alfred Jarry fascinait tellement qu’il était devenu la coqueluche du Tout-Paris, un rôle qu’il acceptait de bonne grâce sans qu’il n’ait besoin de mentir et lui permettait de satisfaire son goût pour la bonne chère, lui qui était plus cigale que fourmi - et donc chroniquement désargenté. En dehors du Douanier Rousseau, il avait son cercle d’amis fidèles dont faisait partie Guillaume Apollinaire, ses pas avaient même croisé ceux d’Oscar Wilde, qui était alors sur le déclin après des années de harcèlement judiciaire, ce qui donnera lieu à une scène touchante entre les deux hommes accoudés au zinc. Mort à 34 ans, notre « surmâle », doté d’une énergie hors du commun, toujours muni d’un revolver, capable d’enfourcher son « Clément Luxe 96 » après avoir éclusé moult rasades d’absinthe, son « herbe sainte », eut une vie aussi courte que riche. Tel une sorte de punk avant l’heure, clown blanc à la fois aérien et frénétique, il a traversé le monde terrestre de façon fulgurante, trop vite usé par sa roide pesanteur. Avec cet ouvrage, c’est un bien bel hommage que lui ont rendu Rodolphe et Casanave. Rodolphe, vieux routier prolifique dans le scénario de BD, s’essaie pour la seconde fois au genre biographique après Stevenson, le pirate intérieur (une évocation de la vie de Robert-Louis Stevenson), et c’est une réussite. Très équilibrée, la narration évite une trop grande linéarité, maintenant la chronologie des événements tout en insérant plusieurs digressions fantaisistes sur l’œuvre de Jarry. Quant à Daniel Casanave, il poursuit sa voie dans l’exploration des grands écrivains. Fort logiquement, celui-ci, qui avait déjà adapté en bande dessiné « Ubu Roi », s’attaque cette fois-ci à son auteur, dont la vie avait quasiment fusionné avec l’œuvre. Comme il l’avait fait avec le récent Nerval l'inconsolé, Casanave nous entraîne une fois encore dans une folle sarabande qui nous rend Alfred Jarry très proche, comme si son époque était aussi la nôtre. Et son trait vif et virevoltant y est forcément pour quelque chose. Une biographie passionnante sur un artiste totalement fascinant qui a privilégié sa propre liberté sans compromission au détriment d’un confort anesthésiant, un vrai poète, à coup sûr invivable, mais qui savait dire « merdre » sans crainte des conséquences.

07/04/2018 (modifier)
Par Gabriel
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Banni
Le Banni

Une superbe série médiévale tant au niveau du scénario et du graphisme.Les dessins sont magnifiques. Les personnages sont charismatiques et le scénario est vraiment prenant. C'est une série aurait méritée d’être plus connue. .J'espère qu'il y aura une suite.Je l'attends avec impatience. Si elle est complète, cela pourrait être la meilleure série médiévale. Note Dessin : 4.5/5 – Note Scénario : 5/5 – Note Globale : 4.75/5

06/04/2018 (modifier)
Par herve
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Tyler Cross
Tyler Cross

Tome 1: Black Rock Avec Atar Gull ou le destin d'un esclave modèle, le duo Nury et Brüno nous avait déjà livré un album remarquable. Encore une fois, leur nouvelle collaboration débouche sur une histoire qui ne restera pas inaperçue pour cette rentrée. En rendant hommage au cinéma américain des années 50 - je pense en particulier à l'ambiance de "Traquenard" de Nicholas Ray (1958 ) ou encore de celle d'"Un homme est passé" de John Sturges (1954), références d'ailleurs rappelées dans la très belle édition en noir et blanc, limitée à 1 200 exemplaires, publiée chez Dargaud. L'ensemble des canons du polar américain est présent dans cet album : le gangster, la belle, la ville aux mains d'une famille, une vengeance qui se dessine et des tueries en série que ne renieraient certainement pas un certain Quentin Tarantino. Cet album est simplement jubilatoire. Le scénario de Fabien Nury, même s'il reste très éloigné de son chef d'oeuvre Il était une fois en France, est de très bonne qualité. Le tout servi sur un dessin très élégant de Brüno, qui prend toute son ampleur dans l'édition en noir et blanc proposé par Dargaud. Un scénario puissant, un dessin superbe, bref un album très réussi et qui marquera sans doute cette rentrée. En outre, la voix off, style Le Tueur vient renforcer l'aspect romanesque de l'aventure. C'est certes un scénario classique, assez loin de ce que nous avait proposé Brüno avec son irrévérencieux et très déjanté Lorna, paru en mai 2012. A noter que deux versions sont proposées ; une, mise superbement en couleur par Laurence Croix; l'autre, plus sobre, en noir et blanc, comme les éditions Dargaud l'avaient fait avec "Atar Gull". Pour ma part, je n'ai pu résister à l'achat des deux versions. Un second one shot est d’ores et déjà prévu, qui, aux dires des auteurs, pourrait se situer chronologiquement avant le présent opus, album que j'achèterai évidemment les yeux fermés. Tome 3 : Miami Troisième aventure de "Tyler Cross", et troisième réussite pour le duo Nury-Brüno. Ayant pour décors Miami, cet opus est truffé de références cinématographiques et littéraires comme le souligne sur un ton très humoristique, Fabien Nury, dans le dossier réservé à l'édition noir et blanc de Canal bd. Cette aventure reprend l'ensemble des canons du genre, avec des traitres, des truands hauts en couleurs, des fusillades et des jolies filles. L'incipit, par ailleurs, m'a furieusement fait songer à l'épisode de la série Columbo, " Une ville fatale"(1971) où le pilier d'un immeuble en construction servait de tombeau. S'il fallait pinailler, je pourrai dire que certaines ellipses m'ont obligé de revenir parfois en arrière pour suivre l'histoire, que trop de gros plans coupent les visages, mais c'est juste pour relever un éventuel défaut. Depuis le lancement de cette série, je n'arrive pas à me départager entre l'achat de la version noir et blanc et celle en couleur, les deux versions ayant leur intérêt. J'ai donc opté pour les deux versions pour chaque volume. D'ailleurs, Brüno est un des dessinateurs dont j'achète systématiquement la version n&b, lorsqu'elle est disponible (comme Commando colonial ou encore Atar Gull). Il faut néanmoins souligner le travail de Laurence Croix qui, au niveau des couleurs, réalise un travail remarquable, j'en arrive même à découvrir une nouvelle histoire avec la version couleur, après avoir découvert cette aventure en n&b. Cet opus est digne des meilleurs polars des années 50, et le scénario se place, à mon avis au dessus du tome 1, et au niveau d'"Angola", le tome 2, qui avait placé la barre très haut. J'attendais ce troisième opus avec impatience, je n'ai pas été déçu.

28/08/2013 (MAJ le 29/03/2018) (modifier)
Couverture de la série Filles des Oiseaux
Filles des Oiseaux

J’ai beaucoup aimé le premier tome qui évoque la jeunesse des deux personnages principaux dans un internat catholique d’avant mai ’68. C’est vivant, souvent drôle, parfois touchant. Florence Cestac fait vraiment bien revivre cette époque et les anecdotes qu’elle nous livre m’auront remis en mémoire les souvenirs de ma propre mère. Ses personnages sont attachants et très complémentaires. Avec ce tome, l’auteure illustre merveilleusement une époque avec ses travers mais aussi ce vent de nostalgie. La lecture finie, je ne me suis certainement pas dit « c’était mieux avant ! » (bien au contraire) mais je ne peux m’empêcher de penser que ces années ont laissé quelques bons souvenirs, quelques belles anecdotes à celles et ceux qui les ont vécues. Le deuxième tome m’a par contre beaucoup déçu. Le principal reproche que je ferai à celui-ci est qu’il cherche à couvrir un bien trop grand espace temporel ! Du coup, les différentes époques traversées défilent sans nous laisser le temps de souffler. Tout est évoqué, rien n’est approfondi et la caricature se fait plus simpliste. Par conséquent, les personnages deviennent moins touchants, les seconds rôles deviennent franchement secondaires (à peine croisés et déjà derrière nous). Je suis vraiment triste du résultat final car, je le répète, le premier tome était vraiment agréable à lire. Même les très gros nez de Florence Cestac ne me choquaient pas alors qu’ils finissent par me fatiguer dans le deuxième opus. J’accorde une note globale de 3/5 mais le premier tome vaut franchement plus. A posséder… si vous savez vous arrêter à celui-ci (qui peut, à la limite, se lire comme un one-shot).

28/09/2016 (MAJ le 29/03/2018) (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série De Cape et de Crocs
De Cape et de Crocs

Bien décidé à ne pas me faire enfler, J'ai enfin terminé cette série depuis longtemps commencée. Cette oeuvre créée par Masbou et Ayroles Aurait-elle à son terme pris les lecteurs pour des guignols ? Contre toute attente et après 12 chapitres, Nous ne sommes vraiment pas volés par sa qualité. Si l'aventure et les bons mots vous font rêver, Vous serez ravis par le destin de ces pitres. Car en mêlant romance, gags et animalerie, Le pari était risqué mais le succès au rendez-vous. Grâce au progrès constant au dessin de Masbou, Et du rythme soutenu des rimes de Maupertuis. En résumé, j'adresse un merci aux deux auteurs Pour cette saga intense à nulle autre saveur. Et pour ne rien gâcher, nous apprendrons enfin Par la fin en deux tomes des galères du lapin !

23/03/2018 (modifier)
Couverture de la série Giant
Giant

A titre personnel, et contrairement à la majorité des lecteurs précédents, j’ai beaucoup aimé ce diptyque. Tout d’abord, je trouve que les couvertures en jettent ! Ce jeu d’ombres et de lumières, cette complémentarité entre la plongée du premier tome et la contre-plongée du second, c’est vraiment un appel du pied au candidat lecteur. De plus, après lecture, la symbolique de ces deux couvertures s’éclaire au regard du parcours des personnages (l’un regardant vers le bas/son passé, l’autre tournée vers le haut/son avenir). Ces couvertures figurent clairement parmi les plus intelligentes et les plus belles que j’ai vues. A la lecture, j’ai trouvé que le dessin n’était pas aussi fort que ce que les couvertures promettaient… mais il est loin d’être mauvais ! Les personnages sont bien typés, les faciès masculins assez caricaturaux permettent de faire passer un large panel d’émotion. Quant aux décors, ils sont très bien rendus, nous plongeant dans un New-York ouvrier, sale et triste comme un coron un jour de coup de grisou. La construction des gratte-ciels donne lieu à quelques cases dans lesquelles on sent le travail d’équilibriste des acteurs. La colorisation volontairement terne ne fait qu’accentuer cette sensation de tristesse et de désolation tout en dotant l’esthétique globale d’un cachet un peu passé. Car oui, l’histoire n’est pas des plus joyeuses, construite autour de l’étrange relation épistolaire qu’un ouvrier va lier avec la veuve d’un de ses anciens collègues. L’humour est rare et passe clairement au second plan face au romantisme brut de ce Giant maladroit, bourru, silencieux et en quête sinon de rédemption du moins d’un sens à sa vie. J’ai beaucoup aimé ce personnage. Grand, large, taciturne voire impossible d’accès… et sensible derrière sa carapace. Euhhhh, comment dire ? Il me rappelle vaguement quelqu’un… Cette identification au personnage aura très certainement joué dans mon appréciation de l’album. Mais plus encore, la qualité d’écriture m’a vraiment séduit. Ce diptyque a été très agréable à lire. Pas seulement à regarder. Enfin, derrière l’histoire se loge une réflexion plus globale, plus intemporelle. La grandeur de l’Amérique, sa splendeur, sa richesse, dues au travail d’immigrés rejetés, dénigrés, exploités… Je me dis que, dans ce bas monde, rien ne change finalement… L'ouvrier soudanais d'aujourd'hui a remplacé le travailleur irlandais d'hier, mais qu'est-ce qui les différencie vraiment ? Seul petit reproche : le deuxième tome aurait pu être raboté de quelques pages un peu inutiles (dans le dernier tiers). Sinon, on était proche de la perfection à mes yeux.

23/03/2018 (modifier)
Couverture de la série Paul dans le Nord
Paul dans le Nord

Paul dans le Nord traite de l’adolescence avec beaucoup de justesse et de décontraction. Bon, décontraction n’est peut-être pas le mot adéquat mais je n’en trouve pas d’autres pour exprimer mon ressenti. En fait, à la lecture de cet album, j’ai trouvé le ton d’une extrême justesse. L’adolescence nous est montrée sans dramatisation, avec une gentille dérision. Paul, ado fondamentalement gentil cherchant à se rebeller mollement devant son père, se liant d’amitié avec un boulet 'tellement génial', éprouvant ses premiers émois et son corollaire dramatique (un chagrin d’amour déchirant à s’en arracher les veines à coup de stabylo). C’est tellement juste, tendre, parfois drôle, parfois touchant… Et puis, qu’est-ce que Michel Rabagliati a fait comme progrès dans sa mise en page ! Ses albums ne sont plus seulement sympathiques à lire. Ils sont aussi beaux à regarder, avec ici quelques très belles compositions en pleine page. Son trait épuré atteint parfois un esthétisme étonnant qui le lierait presque au style « atome ». Si vous ne connaissez pas ce personnage de Paul, cet album est une excellente entrée en matière. J’avais déjà beaucoup aimé Paul à Québec. Je pense que je préfère encore Paul dans le Nord. Franchement bien, simple, juste… décontracté.

22/03/2018 (modifier)
Par sloane
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Britannia
Britannia

Si un comics devait être mis à l'honneur ce serait celui-ci tant il est atypique dans son fond et une partie de sa forme. Cependant il n'en reste pas moins un par son format, son découpage en chapitre court et sa galerie finale de couvertures alternatives ainsi que des planches en noirs et blanc de l'album. Revisitez vos à priori éventuels sur les comics, vous ne serez pas déçus Au summum du règne de Néron en l'an 65, Antonius Axia un vétéran des légions romaines est envoyé dans la province de Britannia aux limites de l'empire pour enquêter sur des évènements étranges. Ses donneurs d'ordres, l'empereur en personne et la grande vestale Rubria. Arrivé dans cette province à peine sortie de l'âge de cavernes, Antonius devra combattre non seulement des créatures issues des mythes et des mystères de l'endroit mais également la garnison romaine située sur place. Ici pas de héros bodybuildés qui à eux seuls viennent à bout d'armées entières. C'est surtout par son sens de la déduction, son sens de l'observation que le héros vient à bout des embûches placées sur sa route. En cela nous sortons des clichés habituels que l'on trouve dans les comics d'outre atlantique. Un background travaillé, une psychologie des personnages fouillée, un découpage dynamique entrecoupé par des flashbacks qui ne ralentissent pas le récit, bref tout pour plaire. Quand en plus le découpage des cases n'est pas celui habituel des comics, à savoir des cases déstructurées qui parfois ralentissent la lecture. Une construction finalement assez classique. Chapeau donc au scénariste Peter Milligan qui amène le fantastique de manière assez subtile sans effet gore outrancier. Le dessin de Juan José Ryp est lui aussi atypique pour un comics. Léché, fouillé, bien sur loin de la ligne claire mais clair, riche de détails avec un véritable travail sur les costumes, les armes et les décors. Notons également une colorisation qui ne pique pas les yeux. Petit plus pour moi, les autochtones du nord de l'Angleterre n'ont pas le visage bleu, passage obligé dans l'iconographie habituelle. Que dire de plus pour vous appâter, si ce n'est que c'est du tout bon, j'attends maintenant avec impatience le tome deux dont un court résumé en fin d'album met l'eau à la bouche. Évidemment coup de cœur!!

21/03/2018 (MAJ le 21/03/2018) (modifier)
Couverture de la série Les Petites contemplations
Les Petites contemplations

C’est étrange, l’effet que le temps peut avoir sur le souvenir que l’on a d’une lecture. Lorsque j’ai lu le premier tome de ces petites contemplations, je n’avais pas été spécialement marqué. Certes, j’avais trouvé l’album sympathique mais sans plus. Et puis… Et puis le temps est passé et, progressivement, le souvenir que j’avais de l’album s’est transformé. D’un récit anecdotique, ce recueil de nouvelles s’est transformé en une sympathique vision de la Chine d’aujourd’hui. J’oubliai progressivement les moments creux pour ne plus me remémorer que quelques passages touchants, parfois drôle, parfois étonnants. Tant et si bien que lorsque le deuxième tome est sorti, je n’ai pas pu longtemps résister. Et ce deuxième tome, je l’ai dévoré avec avidité ! Pourtant, à nouveau, tout n’est pas mémorable. Il y a notamment quelques pages consacrées à des recettes de cuisine pour Chinois célibataire (Chinois parce qu’on ne trouve pas spécialement tous les produits décrits en Europe – célibataire parce qu’il s’agit bien souvent de recettes prévues pour une personne à partir de reste de précédents repas) dont l’intérêt m’est apparu fort discutable. Mais à côté de ces moments creux figurent des passages beaucoup plus touchants. Yao Ren a l’art de saisir les bribes de son quotidien qui, sans rien avoir de spectaculaire, font le plaisir d’un instant : le réconfort simple d’un bon repas pris dans une petite gargote qui ne paie pas de mine, le charme intrigant d’un chat croisé dans la rue, la floraison d’un cactus que l’on croyait mort, une ballade au parc un matin pluvieux… Vous le voyez, il n’y a vraiment rien de spectaculaire à attendre de ces thèmes mais le ton est juste et l’humanité y apparaît dans sa pure simplicité. On retrouve finalement un peu la même démarche que celle de Jiro Tanigushi pour « L'Homme qui marche ». Cela donne un sentiment de zenitude, d’un bonheur qui nous est accessible à condition d’adopter le même regard que l’auteur… et ça fait du bien. Du coup, si vous cherchez du sensationnel, de l’extravagant, de l’aventure, passez votre chemin. Mais si les récits intimistes qui s’attachent aux plaisirs simples de la vie vous attirent, je vous invite franchement à jeter un œil sur cet album.

16/03/2017 (MAJ le 21/03/2018) (modifier)