Le Maharaja en question n’est presque qu’un simple prétexte, un personnage certes au centre de l’intrigue, mais aussi finalement « accessoire » (dans tous les sens – y compris sexuels – du terme). Il ne prononce d’ailleurs pas un seul mot de tout l’album !
Nous sommes en 1917, année charnière de la première guerre mondiale, et ce Maharaja indien s’accorde une virée en Italie, au bord du lac de Côme. Il est suivi de très près par son imposant (et séduisant !) harem, et de presque aussi près par certains services secrets. En effet, il projette de déclarer l’indépendance de son royaume. Les services secrets allemands sont donc intéressés par cet affaiblissement potentiel de l’Empire britannique, et dépêchent du monde pour le protéger du MI5 anglais, qui, lui, envoie un tueur pour éliminer ce prince rebelle.
Les déboires que va rencontrer ce tueur anglais dans l’accomplissement de sa tâche m’ont fait penser au personnage de Milan, incarné par Ventura dans le film « L’emmerdeur ». Et d’ailleurs, chaque apparition de ce personnage ajoute une bonne touche d’humour – et ce jusqu’à l’épilogue, en forme de grosse farce ironique et noire !
Vous l’avez remarqué, je n’ai pour le moment pas encore évoqué l’aspect proprement érotique de l’album. C’est dire qu’on a là – même si c’est parfois un peu rapide et succinct (j’ai en particulier trouvée un chouia bâclée la fin) – un vrai scénario, mêlant aventure, espionnage et humour.
Mais on est bien là dans une œuvre érotique.
En effet, les parties fines se multiplient, que ce soit parmi les différents groupes qui gravitent autour du Maharaja et de sa suite (Italiens, espions allemands, etc) – notre Anglais étant une notable et amusante exception, malgré les avances légèrement outrancières de sa gironde d’aubergiste !
Surtout, dans l’hôtel de luxe où séjourne notre Maharaja, tout est fait pour le satisfaire – et il a de sacrées envies ! C’est ainsi que la directrice de la résidence (une belle rousse que nous retrouverons, dans un autre contexte et dans un rôle plus central, dans l’album suivant du même duo, Nuits Indiennes) mettant son établissement, son personnel, et sa jolie personne au service de son riche et majestueux client.
Que ce soit en petit comité ou en groupe plus imposant, toutes les positions y passent !
Pour finir, il faut parler du dessin d’Artoupan, qui est vraiment original et réussi. Il parvient à merveille à restituer décors et costumes de cette époque, avec un rendu parfois proche des tableaux de Klimt ou du style Art nouveau. Le trait est à la fois réaliste et faussement maladroit, avec des airs de vieilles revues de mode, tout en étant, malgré l’aspect un peu « statique » de certaines situations, assez dynamique pour ne pas être que de l’illustration.
En tout cas, nous avons clairement là un album qui sort du lot dans le domaine de la BD érotique (voire plus), assez ambitieuse au niveau du scénario, et avec un côté graphique lui aussi « charmant ». C’est plutôt une réussite du genre. J’avais déjà aimé les Nuits Indiennes, lues auparavant, et remercie Jetjet de m’avoir fait découvrir ces deux auteurs.
C’est une œuvre forte, dérangeante et psychologiquement violente que nous offre Nicolas Juncker. Elle nous permet de suivre une femme allemande dans le Berlin en ruine de la fin de la seconde guerre mondiale.
Sans gants, l’auteur nous montre toute la violence tant émotionnelle que physique que représente le fait d’être une femme dans le camp des vaincus, d’être Allemand, d’avoir cru en Hitler et de voir son monde s’effondrer en même temps que les immeuble de sa ville, de devoir subir l’occupation dans sa ville, dans son lit, dans son corps.
En contrepoint, l’auteur nous propose également de suivre une jeune soldate russe, confrontée à son propre endoctrinement. De cette rencontre va sinon naître une amitié, du moins une compréhension mutuelle. Et si la première ne se fait plus trop d’illusions, la seconde va voir les siennes mises à rude épreuve.
Comme je le disais, le sujet est fort et dur. La mise en scène est cinglante et met bien en évidence toute la cruauté de la guerre, et plus particulièrement envers les femmes et les vaincus (et si vous combinez ces deux éléments, vous êtes clairement parmi les victimes les plus exposées). Mais Nicolas Juncker a l’intelligence de ne pas nous proposer un mouton bêlant comme héroïne. Ingrid n’est pas un ange, son discours se teinte régulièrement de relents antisémites. Pour elle, les camps de la mort sont une invention des services de propagande ennemis, par exemple. J’ai beaucoup apprécié le réalisme de ce portrait, plus conforme à l'idée que je me fais d'une jeune femme allemande marquée par des années de gouvernance nazie.
Au niveau du dessin, la singularité principale du récit vient de sa colorisation. Grise. Car tout ici est gris… mais pas que ! Et quand la couleur refait soudainement son apparition, elle n’en a que plus d’impact, de force. Ca claque dans la tronche, ça remue ou ça soulage mais la couleur ne laisse pas indifférent.
Une thématique forte et bien développée.
Une écriture soignée.
Un dessin lisible dans un style caricatural qui convient bien au sujet.
Et une utilisation très pertinente des couleurs ou de leur absence.
Franchement bien… mais pas le genre de bouquin qui vous remonte le moral.
Après 1356 (Révolutions - Quand l'Histoire de France a basculé), je retombe sur une Bd scénarisée par J.P. Pécau qui réussit mieux son coup ici avec cette approche du désastre des légions de Varus, l'une des plus cuisantes défaites des armées romaines. Il traite un sujet que Marini a mis 4 ou 5 albums à évoquer dans Les Aigles de Rome avec il est vrai pas mal de dérivatifs, mais en évitant de remonter aux origines d'Arminius, lorsqu'il est donné enfant en otage à Rome avec son frère Flavus pour qu'ils soient tous deux éduqués à la Romaine, puisqu'il s'intéresse à la fameuse bataille de Teutoburg qui fera se lamenter l'empereur Auguste ("Varus, rends-moi mes légions !").
Pécau montre bien le cheminement d'Arminius qui l'a conduit à une décision individuelle et personnelle, en exposant le mépris constant des officiers romains envers ceux qu'ils considèrent comme des "barbares", mot qui désignait tout ce qui n'était pas Romain, tout comme les Grecs nommaient barbares les peuples qui n'étaient pas Grecs. On sent la montée de la rancoeur et de l'acrimonie d'Arminius pour ceux qu'il a aidé à étendre l'empire de Rome sur des frontières de plus en plus reculées. Le fait déclencheur est sans doute la mort de son frère Flavus assassiné à Rome, on peut y voir aussi la lassitude de servir un Empire toujours aussi plein de morgue et de mépris pour son peuple des Chérusques. On sent aussi le code d'honneur des peuples de Germanie (visible dans le duel de justice entre 2 champions) ainsi que l'amour de leur terre et de leurs profondes forêts. De même que ses années au service de Rome lui ont appris la stratégie, il traduit son ras-le-bol par sa décision d'anéantir l'hégémonie romaine en fédérant les différents peuples germains. Tout ceci est bien perceptible. On ignore la cause exacte du revirement d'Arminius, ça n'a pratiquement jamais été expliqué par des historiens, mais je suis prêt à croire que ça a pu se passer ainsi, en tout cas ça parait logique.
Arrive la bataille, elle semble un peu soudaine, comme improvisée, du reste elle n'est pas assez mise en valeur ; à la limite, je trouve la bataille du début en Dalmatie plus détaillée et mieux montrée. C'est le seul petit défaut de cet album que je trouve réussi. La victoire d'Arminius a en tout cas arrêté l'expansion romaine en Germanie, jamais ils ne chercheront à étendre leurs frontières au-dela, même si 4 ans après l'an 09, Germanicus viendra chercher une victoire peu probante contre ses peuples et que Thusnelda, la femme d'Arminius, sera emmenée prisonnière à Rome. Quant à Arminius, il ne périra qu'en 21 de notre ère, empoisonné par des conspirateurs (ceci est montré en fin d'album, sauf qu'il n'est pas poignardé comme on le voit).
Le dessin est bizarre, je ne peux pas affirmer qu'il est beau, mais il a de la gueule ; comme dans Imperator (Bd que je n'ai pas aimée pour son scénario), je soupçonne un travail à l'ordi ou alors fait à partir de photos retravaillées concernant les décors forestiers, les édifices ou le traitement de la pierre, c'est assez chouette. Par contre les visages sont laids. J'aime bien aussi le montage, la mise en page et le déploiement de la bataille qui ouvre l'album, ça donne un côté un peu épique et violent.
Voila donc une Bd qui donne une vision très plausible des raisons qui ont poussé cet homme de l'année 09 que fut Arminius à se venger des Romains qui ont toujours cherché à conquérir et à vouloir plus, il est bon de montrer que de temps en temps, des guerriers audacieux et féroces pouvaient leur foutre une raclée et freiner la machine romaine. Du reste, la figure d'Arminius est considérée comme un héros en Allemagne.
Cette BD combine en une unique adaptation des portions de plusieurs nouvelles du recueil Un fils du soleil, de Jack London. Je n'avais jamais entendu parler de ce livre là mais je suis immédiatement tombé sous le charme.
Nous sommes plongés dans le même cadre que Corto Maltese dans sa Ballade de la Mer Salée, à savoir le Pacifique Sud et plus précisément les îles Salomon au tout début du 20e siècle. Les mers y sont parcourues par les petits voiliers, ketchs et autres schooners aux équipages indigènes, d'aventuriers commerçants qui se connaissent tous en tant qu'amis et rivaux. Parmi eux, le héros, David Grief a fait fortune par son esprit d'entreprise mais aussi son audace et la réputation qu'il a su se bâtir. Le jour où il apprend qu'une célébrité locale met en vente sa gigantesque collection de perles et qu'il a pris soin de prévenir tous les autres aventuriers sauf Grief, il va forcément être piqué au vif et ne pas se laisser faire. D'autant que vu la personnalité de ce "vendeur de perles", cela cache forcément quelque chose de bien plus gros qu'une simple vente.
J'ai adoré cette ambiance et la manière dont l'excellent dessin la soutient. C'est un trait ultra maîtrisé qui fonctionne à merveille tant pour représenter des personnages pleins de vie que des vieux gréements parfaitement réalistes ou des paysages ensoleillés et exotiques.
J'ai été complètement plongé dans ce petit univers marin où tout le monde se connait et où les lieux pittoresques rivalisent avec les aventures à chaque nouvelle escale.
Fabien Nury a su parfaitement condenser l'essentiel de ces nouvelles pour former un récit autonome qui tient grandement la route, avec ce qu'il faut de profondeur et de mystère pour donner corps à son monde imaginaire et captiver le lecteur tout en lui offrant une belle dose d'action, de grand spectacle et un soupçon de mysticisme.
Bravo aux auteurs !
3.5
Une bonne surprise. J'adore le Joker et j'aime le Mask, mais j'avais peur de tomber sur un truc commercial pas marrant alors qu'en fait c'est bien fait et même rigolo.
Paradoxalement, il est dit à plusieurs reprises que le Joker n'est plus marrant depuis qu'il porte le Mask alors que je trouvais que plusieurs gags étaient marrants. La bonne idée du récit est que durant une bonne majorité du récit Batman est trop affaibli pour combattre et du coup il est pris pour mort et on voit comment le Joker trouve de nouveaux moyens pour s'amuser. Le scénario utilise bien les personnages et met bien en avant le côté artistique du Joker qui est souvent mis de côté par les scénaristes de comics modernes sans imagination, qui pensent que le Joker existe seulement pour tuer des gens de manière violente et peu amusante. Je préfère nettement lorsqu'on voit le Joker discuter ce qui est rigolo ou non, et comment faire pour varier son émission de télévision. Le scénariste montre bien les différences entre le Joker et le Mask qui est un personnage plus 'cartoon'.
Bref, un des meilleurs crossover que j'ai lus en comics, et un bon divertissement en ce qui me concerne.
Le thème de l'étranger confronté à notre société occidentale et contemporaine est éculé. Souvent c'est l'inverse qui se produit, avec un(e) adolescent(e) qui se retrouve dans une dimension parallèle, dans une époque passée, voire dans le royaume des morts. Là c'est le contraire : Esmée est décédée, adolescente, au XVIIIème siècle, et se retrouve, comme son entourage, dérangée dans son sommeil éternel par des appels des vivants.
Envoyée pour enquêter de l'autre côté, elle va rapidement susciter l'intérêt, la curiosité et les moqueries de ses camarades (mais absolument pas des adultes, on se demande bien comment une personne décédée depuis 300 ans a pu s'inscrire dans un établissement...), et progressivement s'intégrer, et même... très bien s'intégrer auprès de certains... D'autant plus qu'elle semble avoir d'étranges pouvoirs...
J'ai eu un petit coup de cœur pour cette nouvelle série jeunesse. Parce qu'au-delà de son idée de base plutôt éculée, la scénariste a su insuffler dans son récit quelques sujets dignes d'intérêt, comme la séparation des parents, voire les familles recomposées, le harcèlement scolaire, la boulimie, et les premiers émois. Des sujets qui parleront aux adolescent(e)s auxquel(le)s cette série est destinée.
Au départ, je n’étais que moyennement intéressé à lire cette brique de près de 500 pages. Outre la longueur de l’ouvrage, le sujet, un des plus déprimants qui puisse exister (la guerre, le risque nucléaire et l’anéantissement possible de l’humanité), a été tellement de fois évoqué tant au cinéma, dans la littérature, les chansons que l’on peut se demander ce que cette BD peut apporter de neuf.
Comme les critiques lues sur internet étaient excellentes, je me suis dit que cette BD valait sans doute la peine d’être lue.
Et, en effet, c’est le cas. Bien que le scénario suive la réalité historique de très près, il contient quelques libertés qui rendent la lecture plus vivante. Première de ces libertés : le héros principal n’est pas un quelconque savant prestigieux, un chef militaire ou un politicien. Non, rien de tout cela. L’histoire est racontée par … l’uranium lui-même qui, depuis plus de 4 milliards d’années, attend son heure de gloire. Approche originale qui ne nuit en rien au bon déroulement des événements qui commencent réellement à Berlin en 1933.
Je ne vais pas vous raconter ici l’histoire de la bombe mais je peux vous dire que j’ai été surpris par la quantité d’intervenants de multiples pays qui ont été à l'origine de la réalisation de la première bombe atomique. Paradoxalement, il est surprenant de voir à quel point certaines décisions ont été prises grâce à (ou à cause de) un très petit nombre de personnes, Leó Szilàrd ou Enrico Fermi par exemple, sans qui l’Histoire aurait sans doute été toute autre. Il s’en est d’ailleurs fallu de peu pour que les nazis ne possèdent la bombe avant tout le monde si leur politique folle n’avait poussé certains de leurs savants les plus prestigieux dans les bras des Américains. Ces mêmes Américains qui n’ont pas compris tout de suite l’immense chance qu’ils avaient d’accueillir de tels talents sur leur sol.
En lisant cette œuvre, on apprend énormément de choses : des faits historiques majeurs bien sûr mais aussi des anecdotes intéressantes (l’origine de l’uranium par exemple, le rôle d’Einstein, l'utilisation de cobayes humains, ...). On voit aussi comment les décisions sont prises au plus haut niveau des États (essentiellement aux USA) et comment les militaires ont imposé leur façon de voir aux scientifiques.
Cette BD est un chef d’œuvre tant au niveau du scénario que du dessin. A lire absolument !
J'avais déjà énormément apprécié la formidable inventivité de découpage de Benoît Dahan dans sa série Psycho-Investigateur (Simon Radius). Si il y a bien un auteur en ce moment qui aime jouer avec les possibles du média BD et qui semble s’en délecter c’est bien lui ! Ici, accompagné de Cyril Lieron au scénario, nos deux compères fans de Sherlock Holmes se sont lancés dans une série nous dévoilant les arcanes du cerveau de notre célèbre détective en pleine action. Benoît Dahan aime décidément traiter des mystères et arcanes de nos cellules grises :), et quel régal !!!
Rien que la couverture est un petit bijou ! Sa couverture découpée nous révélant les « rayonnages » du cerveau de Holmes illustre à merveille la citation de Holmes tirée du roman « Etude en rouge » : « Voyez-vous, je considère que le cerveau de l’Homme est à l’origine comme une petite mansarde vide. L’ouvrier adroit prend grand soin de ce qu’il met dans la mansarde, dans son cerveau ». C’est beau, subtil et rien qu’avec cette couverture le décor est intelligemment planté.
Le reste est à l’avenant. Le fond de chaque planche est volontairement vieilli façon vieux papier, ce qui renforce ce petit côté suranné que n’aurait su rendre un fond blanc classique. Et vient ensuite le découpage des planches… Jouissif pour le lecteur (même si on sent que Benoît Dahan prend un malin plaisir à trouver LA bonne idée de construction pour chaque page ou double page), on pourrait passer des heures à en contempler certaines. Heureusement la narration ne pâtit pas de ces trouvailles graphiques et vient même malicieusement s’insérer dans ces découpages astucieux et on est vite happé par l’enquête qui s’engage pour sortir Holmes de son ennui chronique.
Vous l’aurez compris, cette première partie de cette enquête « L’affaire du ticket scandaleux » est une vraie réussite car tous les codes holmésiens sont bien là et subtilement distillés tout en laissant aux auteurs les possibilités de nous surprendre tant par l’originalité de l’histoire que du graphisme.
Vivement la suite !
Wow ! Voilà un album qui aura réussi à me surprendre par bien des aspects !
Tout d'abord c'est la qualité du graphisme de Joris Mertens qui a un je ne sais quoi du Jean-Louis Tripp de Magasin général mais avec une touche toute personnelle, proposant dans une même case ou planche, tantôt un trait proche de l'esquisse, tantôt un trait affirmé, subtil et marqué sur les détails qu'il veut mettre en avant. Vient ensuite sa colorisation qui pour les besoins de son récit alterne entre le noir et blanc et des couleurs très chaudes qui donnent à ses planches des ambiances impressionnantes. Et c'est enfin l'expressivité de ses visages (et je peux vous dire qu'il y en a ! Ses scènes de foules dans la rue, les transports en commun, les magasins ou encore les bars) qui m'a scotché ! Il faut dire que quand on se lance dans une BD sans texte il faut savoir faire passer beaucoup de choses avec son coup de crayon, et Joris Mertens m'a impressionné de ce côté !
Quant à l'histoire, dur d'en parler beaucoup sans dévoiler ce qui fait tout le charme et la force du récit. Si j'ai été rapidement pris par les ambiances et les planches qui nous racontent le quotidien de Béatrice, cette jeune vendeuse qui travaille dans un rayon d'accessoires vestimentaires dans un grand magasin du genre "Galeries Lafayette", j'avoue que je ne voyais pas vraiment où tout cela allait nous mener... C'est là que le basculement survient en milieu de l'album et que le récit prend une toute autre voie jusqu'au final qui donne envie de relire l'album.
Une franche réussite et un petit tour de force pour cette BD qui sans texte réussit à nous mener par le bout du nez jusqu'à sa conclusion !
Ce roman graphique est passionnant à plus d’un titre, notamment parce qu’il raconte autant la « renaissance » du Château de Versailles vers son entrée dans le XXe siècle que le parcours d’un homme, Pierre de Nolhac, dont la vie avait fini par se confondre avec le monument dont il fut le conservateur pendant près de trente ans. A tel point que cela n’avait pas été sans conséquences sur sa vie privée, occasionnant brouilles et disputes avec sa famille. En particulier sa femme, qui finira pas le quitter, considérant que le château avait pris l’ascendant sur elle-même et ses enfants.
A travers ce personnage remarquable et pourtant méconnu, sont évoqués les faits historiques ayant jalonné sa vie, de la construction de la tour Eiffel pour l’exposition universelle de 1889 jusqu’à la première guerre mondiale, en passant par la construction du métro parisien, ou, plus anecdotique, l’arrivée du téléphone à Versailles même… Inspirée des mémoires de Pierre de Nolhac lui-même, cette saga familiale se déroulant sous l’ombre imposante voire écrasante du célèbre château bénéficie d’une narration fluide et prenante. On est littéralement immergé dans cette Belle époque qui succédait à une période de troubles, mais où désormais tous les espoirs étaient permis à l’approche d’un XXe siècle que révolutionneraient à coup sûr les progrès scientifiques et techniques. Las, ceux qui en connaîtront les deux premières décennies verront ces espoirs bien vite douchés…
Sans être forcément très précis, le trait semi-réaliste en noir et blanc d’Alexis Vitrebert met davantage l’accent sur les atmosphères, avec sobriété. Le dessin n’est parfois qu’esquissé, permettant au lecteur de s’en emparer pour reconstituer et extrapoler lui-même les décors et les situations, dans une approche à mi-chemin entre BD et littérature. On peut concevoir, comme le dit très bien Jean Dytar, dont le style est similaire, ces « images pensées comme des maillons de la chaîne narrative, qui n'ont pas de sens en dehors de cette économie [de détails, ndr] ». Et comme par une magie inexplicable, le château, se réveillant d’un long sommeil, nous fait entendre le grincement de ses parquets fatigués, nous fait humer avec délice les vapeurs de cire de son mobilier antique, ainsi que l’odeur de poussière de ses vastes pièces bien souvent abandonnées…
« Le Château de mon père » est donc une excellente BD historique avec une perspective très originale, de l’intérieur, une description passionnante de ce symbole d’une royauté engloutie, sans nostalgie malsaine ni admiration ostentatoire, un symbole qui aura d’une certaine manière permis à la République de se réconcilier avec la monarchie.
Ce récit revisité par Maïté Labat, en quelque sorte héritière de Nolhac puisqu’elle a travaillé huit ans dans le mythique château, et Jean-Baptiste Véber, fut possible grâce aux témoignages d’un homme, d’une énergie peu commune, qui à la fin de sa vie trouva encore la force de les consigner par écrit, un homme animé par une passion qui se transforma au fil des années en obsession et fut parallèlement son drame, puisqu’elle entraîna l’éclatement de sa famille. Enfin, le titre, comme une évidence, n’est pas qu’un clin d’œil au roman de Marcel Pagnol, puisque les auteurs ont décidé de placer le fils du conservateur, Henri, dans la position du narrateur, ajoutant à cette histoire le doux parfum de l’enfance.
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Mahârâja
Le Maharaja en question n’est presque qu’un simple prétexte, un personnage certes au centre de l’intrigue, mais aussi finalement « accessoire » (dans tous les sens – y compris sexuels – du terme). Il ne prononce d’ailleurs pas un seul mot de tout l’album ! Nous sommes en 1917, année charnière de la première guerre mondiale, et ce Maharaja indien s’accorde une virée en Italie, au bord du lac de Côme. Il est suivi de très près par son imposant (et séduisant !) harem, et de presque aussi près par certains services secrets. En effet, il projette de déclarer l’indépendance de son royaume. Les services secrets allemands sont donc intéressés par cet affaiblissement potentiel de l’Empire britannique, et dépêchent du monde pour le protéger du MI5 anglais, qui, lui, envoie un tueur pour éliminer ce prince rebelle. Les déboires que va rencontrer ce tueur anglais dans l’accomplissement de sa tâche m’ont fait penser au personnage de Milan, incarné par Ventura dans le film « L’emmerdeur ». Et d’ailleurs, chaque apparition de ce personnage ajoute une bonne touche d’humour – et ce jusqu’à l’épilogue, en forme de grosse farce ironique et noire ! Vous l’avez remarqué, je n’ai pour le moment pas encore évoqué l’aspect proprement érotique de l’album. C’est dire qu’on a là – même si c’est parfois un peu rapide et succinct (j’ai en particulier trouvée un chouia bâclée la fin) – un vrai scénario, mêlant aventure, espionnage et humour. Mais on est bien là dans une œuvre érotique. En effet, les parties fines se multiplient, que ce soit parmi les différents groupes qui gravitent autour du Maharaja et de sa suite (Italiens, espions allemands, etc) – notre Anglais étant une notable et amusante exception, malgré les avances légèrement outrancières de sa gironde d’aubergiste ! Surtout, dans l’hôtel de luxe où séjourne notre Maharaja, tout est fait pour le satisfaire – et il a de sacrées envies ! C’est ainsi que la directrice de la résidence (une belle rousse que nous retrouverons, dans un autre contexte et dans un rôle plus central, dans l’album suivant du même duo, Nuits Indiennes) mettant son établissement, son personnel, et sa jolie personne au service de son riche et majestueux client. Que ce soit en petit comité ou en groupe plus imposant, toutes les positions y passent ! Pour finir, il faut parler du dessin d’Artoupan, qui est vraiment original et réussi. Il parvient à merveille à restituer décors et costumes de cette époque, avec un rendu parfois proche des tableaux de Klimt ou du style Art nouveau. Le trait est à la fois réaliste et faussement maladroit, avec des airs de vieilles revues de mode, tout en étant, malgré l’aspect un peu « statique » de certaines situations, assez dynamique pour ne pas être que de l’illustration. En tout cas, nous avons clairement là un album qui sort du lot dans le domaine de la BD érotique (voire plus), assez ambitieuse au niveau du scénario, et avec un côté graphique lui aussi « charmant ». C’est plutôt une réussite du genre. J’avais déjà aimé les Nuits Indiennes, lues auparavant, et remercie Jetjet de m’avoir fait découvrir ces deux auteurs.
Seules à Berlin
C’est une œuvre forte, dérangeante et psychologiquement violente que nous offre Nicolas Juncker. Elle nous permet de suivre une femme allemande dans le Berlin en ruine de la fin de la seconde guerre mondiale. Sans gants, l’auteur nous montre toute la violence tant émotionnelle que physique que représente le fait d’être une femme dans le camp des vaincus, d’être Allemand, d’avoir cru en Hitler et de voir son monde s’effondrer en même temps que les immeuble de sa ville, de devoir subir l’occupation dans sa ville, dans son lit, dans son corps. En contrepoint, l’auteur nous propose également de suivre une jeune soldate russe, confrontée à son propre endoctrinement. De cette rencontre va sinon naître une amitié, du moins une compréhension mutuelle. Et si la première ne se fait plus trop d’illusions, la seconde va voir les siennes mises à rude épreuve. Comme je le disais, le sujet est fort et dur. La mise en scène est cinglante et met bien en évidence toute la cruauté de la guerre, et plus particulièrement envers les femmes et les vaincus (et si vous combinez ces deux éléments, vous êtes clairement parmi les victimes les plus exposées). Mais Nicolas Juncker a l’intelligence de ne pas nous proposer un mouton bêlant comme héroïne. Ingrid n’est pas un ange, son discours se teinte régulièrement de relents antisémites. Pour elle, les camps de la mort sont une invention des services de propagande ennemis, par exemple. J’ai beaucoup apprécié le réalisme de ce portrait, plus conforme à l'idée que je me fais d'une jeune femme allemande marquée par des années de gouvernance nazie. Au niveau du dessin, la singularité principale du récit vient de sa colorisation. Grise. Car tout ici est gris… mais pas que ! Et quand la couleur refait soudainement son apparition, elle n’en a que plus d’impact, de force. Ca claque dans la tronche, ça remue ou ça soulage mais la couleur ne laisse pas indifférent. Une thématique forte et bien développée. Une écriture soignée. Un dessin lisible dans un style caricatural qui convient bien au sujet. Et une utilisation très pertinente des couleurs ou de leur absence. Franchement bien… mais pas le genre de bouquin qui vous remonte le moral.
L'Homme de L'Année - 09
Après 1356 (Révolutions - Quand l'Histoire de France a basculé), je retombe sur une Bd scénarisée par J.P. Pécau qui réussit mieux son coup ici avec cette approche du désastre des légions de Varus, l'une des plus cuisantes défaites des armées romaines. Il traite un sujet que Marini a mis 4 ou 5 albums à évoquer dans Les Aigles de Rome avec il est vrai pas mal de dérivatifs, mais en évitant de remonter aux origines d'Arminius, lorsqu'il est donné enfant en otage à Rome avec son frère Flavus pour qu'ils soient tous deux éduqués à la Romaine, puisqu'il s'intéresse à la fameuse bataille de Teutoburg qui fera se lamenter l'empereur Auguste ("Varus, rends-moi mes légions !"). Pécau montre bien le cheminement d'Arminius qui l'a conduit à une décision individuelle et personnelle, en exposant le mépris constant des officiers romains envers ceux qu'ils considèrent comme des "barbares", mot qui désignait tout ce qui n'était pas Romain, tout comme les Grecs nommaient barbares les peuples qui n'étaient pas Grecs. On sent la montée de la rancoeur et de l'acrimonie d'Arminius pour ceux qu'il a aidé à étendre l'empire de Rome sur des frontières de plus en plus reculées. Le fait déclencheur est sans doute la mort de son frère Flavus assassiné à Rome, on peut y voir aussi la lassitude de servir un Empire toujours aussi plein de morgue et de mépris pour son peuple des Chérusques. On sent aussi le code d'honneur des peuples de Germanie (visible dans le duel de justice entre 2 champions) ainsi que l'amour de leur terre et de leurs profondes forêts. De même que ses années au service de Rome lui ont appris la stratégie, il traduit son ras-le-bol par sa décision d'anéantir l'hégémonie romaine en fédérant les différents peuples germains. Tout ceci est bien perceptible. On ignore la cause exacte du revirement d'Arminius, ça n'a pratiquement jamais été expliqué par des historiens, mais je suis prêt à croire que ça a pu se passer ainsi, en tout cas ça parait logique. Arrive la bataille, elle semble un peu soudaine, comme improvisée, du reste elle n'est pas assez mise en valeur ; à la limite, je trouve la bataille du début en Dalmatie plus détaillée et mieux montrée. C'est le seul petit défaut de cet album que je trouve réussi. La victoire d'Arminius a en tout cas arrêté l'expansion romaine en Germanie, jamais ils ne chercheront à étendre leurs frontières au-dela, même si 4 ans après l'an 09, Germanicus viendra chercher une victoire peu probante contre ses peuples et que Thusnelda, la femme d'Arminius, sera emmenée prisonnière à Rome. Quant à Arminius, il ne périra qu'en 21 de notre ère, empoisonné par des conspirateurs (ceci est montré en fin d'album, sauf qu'il n'est pas poignardé comme on le voit). Le dessin est bizarre, je ne peux pas affirmer qu'il est beau, mais il a de la gueule ; comme dans Imperator (Bd que je n'ai pas aimée pour son scénario), je soupçonne un travail à l'ordi ou alors fait à partir de photos retravaillées concernant les décors forestiers, les édifices ou le traitement de la pierre, c'est assez chouette. Par contre les visages sont laids. J'aime bien aussi le montage, la mise en page et le déploiement de la bataille qui ouvre l'album, ça donne un côté un peu épique et violent. Voila donc une Bd qui donne une vision très plausible des raisons qui ont poussé cet homme de l'année 09 que fut Arminius à se venger des Romains qui ont toujours cherché à conquérir et à vouloir plus, il est bon de montrer que de temps en temps, des guerriers audacieux et féroces pouvaient leur foutre une raclée et freiner la machine romaine. Du reste, la figure d'Arminius est considérée comme un héros en Allemagne.
Fils du Soleil
Cette BD combine en une unique adaptation des portions de plusieurs nouvelles du recueil Un fils du soleil, de Jack London. Je n'avais jamais entendu parler de ce livre là mais je suis immédiatement tombé sous le charme. Nous sommes plongés dans le même cadre que Corto Maltese dans sa Ballade de la Mer Salée, à savoir le Pacifique Sud et plus précisément les îles Salomon au tout début du 20e siècle. Les mers y sont parcourues par les petits voiliers, ketchs et autres schooners aux équipages indigènes, d'aventuriers commerçants qui se connaissent tous en tant qu'amis et rivaux. Parmi eux, le héros, David Grief a fait fortune par son esprit d'entreprise mais aussi son audace et la réputation qu'il a su se bâtir. Le jour où il apprend qu'une célébrité locale met en vente sa gigantesque collection de perles et qu'il a pris soin de prévenir tous les autres aventuriers sauf Grief, il va forcément être piqué au vif et ne pas se laisser faire. D'autant que vu la personnalité de ce "vendeur de perles", cela cache forcément quelque chose de bien plus gros qu'une simple vente. J'ai adoré cette ambiance et la manière dont l'excellent dessin la soutient. C'est un trait ultra maîtrisé qui fonctionne à merveille tant pour représenter des personnages pleins de vie que des vieux gréements parfaitement réalistes ou des paysages ensoleillés et exotiques. J'ai été complètement plongé dans ce petit univers marin où tout le monde se connait et où les lieux pittoresques rivalisent avec les aventures à chaque nouvelle escale. Fabien Nury a su parfaitement condenser l'essentiel de ces nouvelles pour former un récit autonome qui tient grandement la route, avec ce qu'il faut de profondeur et de mystère pour donner corps à son monde imaginaire et captiver le lecteur tout en lui offrant une belle dose d'action, de grand spectacle et un soupçon de mysticisme. Bravo aux auteurs !
Joker Vs The Mask
3.5 Une bonne surprise. J'adore le Joker et j'aime le Mask, mais j'avais peur de tomber sur un truc commercial pas marrant alors qu'en fait c'est bien fait et même rigolo. Paradoxalement, il est dit à plusieurs reprises que le Joker n'est plus marrant depuis qu'il porte le Mask alors que je trouvais que plusieurs gags étaient marrants. La bonne idée du récit est que durant une bonne majorité du récit Batman est trop affaibli pour combattre et du coup il est pris pour mort et on voit comment le Joker trouve de nouveaux moyens pour s'amuser. Le scénario utilise bien les personnages et met bien en avant le côté artistique du Joker qui est souvent mis de côté par les scénaristes de comics modernes sans imagination, qui pensent que le Joker existe seulement pour tuer des gens de manière violente et peu amusante. Je préfère nettement lorsqu'on voit le Joker discuter ce qui est rigolo ou non, et comment faire pour varier son émission de télévision. Le scénariste montre bien les différences entre le Joker et le Mask qui est un personnage plus 'cartoon'. Bref, un des meilleurs crossover que j'ai lus en comics, et un bon divertissement en ce qui me concerne.
Esmée
Le thème de l'étranger confronté à notre société occidentale et contemporaine est éculé. Souvent c'est l'inverse qui se produit, avec un(e) adolescent(e) qui se retrouve dans une dimension parallèle, dans une époque passée, voire dans le royaume des morts. Là c'est le contraire : Esmée est décédée, adolescente, au XVIIIème siècle, et se retrouve, comme son entourage, dérangée dans son sommeil éternel par des appels des vivants. Envoyée pour enquêter de l'autre côté, elle va rapidement susciter l'intérêt, la curiosité et les moqueries de ses camarades (mais absolument pas des adultes, on se demande bien comment une personne décédée depuis 300 ans a pu s'inscrire dans un établissement...), et progressivement s'intégrer, et même... très bien s'intégrer auprès de certains... D'autant plus qu'elle semble avoir d'étranges pouvoirs... J'ai eu un petit coup de cœur pour cette nouvelle série jeunesse. Parce qu'au-delà de son idée de base plutôt éculée, la scénariste a su insuffler dans son récit quelques sujets dignes d'intérêt, comme la séparation des parents, voire les familles recomposées, le harcèlement scolaire, la boulimie, et les premiers émois. Des sujets qui parleront aux adolescent(e)s auxquel(le)s cette série est destinée.
La Bombe
Au départ, je n’étais que moyennement intéressé à lire cette brique de près de 500 pages. Outre la longueur de l’ouvrage, le sujet, un des plus déprimants qui puisse exister (la guerre, le risque nucléaire et l’anéantissement possible de l’humanité), a été tellement de fois évoqué tant au cinéma, dans la littérature, les chansons que l’on peut se demander ce que cette BD peut apporter de neuf. Comme les critiques lues sur internet étaient excellentes, je me suis dit que cette BD valait sans doute la peine d’être lue. Et, en effet, c’est le cas. Bien que le scénario suive la réalité historique de très près, il contient quelques libertés qui rendent la lecture plus vivante. Première de ces libertés : le héros principal n’est pas un quelconque savant prestigieux, un chef militaire ou un politicien. Non, rien de tout cela. L’histoire est racontée par … l’uranium lui-même qui, depuis plus de 4 milliards d’années, attend son heure de gloire. Approche originale qui ne nuit en rien au bon déroulement des événements qui commencent réellement à Berlin en 1933. Je ne vais pas vous raconter ici l’histoire de la bombe mais je peux vous dire que j’ai été surpris par la quantité d’intervenants de multiples pays qui ont été à l'origine de la réalisation de la première bombe atomique. Paradoxalement, il est surprenant de voir à quel point certaines décisions ont été prises grâce à (ou à cause de) un très petit nombre de personnes, Leó Szilàrd ou Enrico Fermi par exemple, sans qui l’Histoire aurait sans doute été toute autre. Il s’en est d’ailleurs fallu de peu pour que les nazis ne possèdent la bombe avant tout le monde si leur politique folle n’avait poussé certains de leurs savants les plus prestigieux dans les bras des Américains. Ces mêmes Américains qui n’ont pas compris tout de suite l’immense chance qu’ils avaient d’accueillir de tels talents sur leur sol. En lisant cette œuvre, on apprend énormément de choses : des faits historiques majeurs bien sûr mais aussi des anecdotes intéressantes (l’origine de l’uranium par exemple, le rôle d’Einstein, l'utilisation de cobayes humains, ...). On voit aussi comment les décisions sont prises au plus haut niveau des États (essentiellement aux USA) et comment les militaires ont imposé leur façon de voir aux scientifiques. Cette BD est un chef d’œuvre tant au niveau du scénario que du dessin. A lire absolument !
Dans la tête de Sherlock Holmes
J'avais déjà énormément apprécié la formidable inventivité de découpage de Benoît Dahan dans sa série Psycho-Investigateur (Simon Radius). Si il y a bien un auteur en ce moment qui aime jouer avec les possibles du média BD et qui semble s’en délecter c’est bien lui ! Ici, accompagné de Cyril Lieron au scénario, nos deux compères fans de Sherlock Holmes se sont lancés dans une série nous dévoilant les arcanes du cerveau de notre célèbre détective en pleine action. Benoît Dahan aime décidément traiter des mystères et arcanes de nos cellules grises :), et quel régal !!! Rien que la couverture est un petit bijou ! Sa couverture découpée nous révélant les « rayonnages » du cerveau de Holmes illustre à merveille la citation de Holmes tirée du roman « Etude en rouge » : « Voyez-vous, je considère que le cerveau de l’Homme est à l’origine comme une petite mansarde vide. L’ouvrier adroit prend grand soin de ce qu’il met dans la mansarde, dans son cerveau ». C’est beau, subtil et rien qu’avec cette couverture le décor est intelligemment planté. Le reste est à l’avenant. Le fond de chaque planche est volontairement vieilli façon vieux papier, ce qui renforce ce petit côté suranné que n’aurait su rendre un fond blanc classique. Et vient ensuite le découpage des planches… Jouissif pour le lecteur (même si on sent que Benoît Dahan prend un malin plaisir à trouver LA bonne idée de construction pour chaque page ou double page), on pourrait passer des heures à en contempler certaines. Heureusement la narration ne pâtit pas de ces trouvailles graphiques et vient même malicieusement s’insérer dans ces découpages astucieux et on est vite happé par l’enquête qui s’engage pour sortir Holmes de son ennui chronique. Vous l’aurez compris, cette première partie de cette enquête « L’affaire du ticket scandaleux » est une vraie réussite car tous les codes holmésiens sont bien là et subtilement distillés tout en laissant aux auteurs les possibilités de nous surprendre tant par l’originalité de l’histoire que du graphisme. Vivement la suite !
Béatrice (Mertens)
Wow ! Voilà un album qui aura réussi à me surprendre par bien des aspects ! Tout d'abord c'est la qualité du graphisme de Joris Mertens qui a un je ne sais quoi du Jean-Louis Tripp de Magasin général mais avec une touche toute personnelle, proposant dans une même case ou planche, tantôt un trait proche de l'esquisse, tantôt un trait affirmé, subtil et marqué sur les détails qu'il veut mettre en avant. Vient ensuite sa colorisation qui pour les besoins de son récit alterne entre le noir et blanc et des couleurs très chaudes qui donnent à ses planches des ambiances impressionnantes. Et c'est enfin l'expressivité de ses visages (et je peux vous dire qu'il y en a ! Ses scènes de foules dans la rue, les transports en commun, les magasins ou encore les bars) qui m'a scotché ! Il faut dire que quand on se lance dans une BD sans texte il faut savoir faire passer beaucoup de choses avec son coup de crayon, et Joris Mertens m'a impressionné de ce côté ! Quant à l'histoire, dur d'en parler beaucoup sans dévoiler ce qui fait tout le charme et la force du récit. Si j'ai été rapidement pris par les ambiances et les planches qui nous racontent le quotidien de Béatrice, cette jeune vendeuse qui travaille dans un rayon d'accessoires vestimentaires dans un grand magasin du genre "Galeries Lafayette", j'avoue que je ne voyais pas vraiment où tout cela allait nous mener... C'est là que le basculement survient en milieu de l'album et que le récit prend une toute autre voie jusqu'au final qui donne envie de relire l'album. Une franche réussite et un petit tour de force pour cette BD qui sans texte réussit à nous mener par le bout du nez jusqu'à sa conclusion !
Le Château de mon père - Versailles ressuscité
Ce roman graphique est passionnant à plus d’un titre, notamment parce qu’il raconte autant la « renaissance » du Château de Versailles vers son entrée dans le XXe siècle que le parcours d’un homme, Pierre de Nolhac, dont la vie avait fini par se confondre avec le monument dont il fut le conservateur pendant près de trente ans. A tel point que cela n’avait pas été sans conséquences sur sa vie privée, occasionnant brouilles et disputes avec sa famille. En particulier sa femme, qui finira pas le quitter, considérant que le château avait pris l’ascendant sur elle-même et ses enfants. A travers ce personnage remarquable et pourtant méconnu, sont évoqués les faits historiques ayant jalonné sa vie, de la construction de la tour Eiffel pour l’exposition universelle de 1889 jusqu’à la première guerre mondiale, en passant par la construction du métro parisien, ou, plus anecdotique, l’arrivée du téléphone à Versailles même… Inspirée des mémoires de Pierre de Nolhac lui-même, cette saga familiale se déroulant sous l’ombre imposante voire écrasante du célèbre château bénéficie d’une narration fluide et prenante. On est littéralement immergé dans cette Belle époque qui succédait à une période de troubles, mais où désormais tous les espoirs étaient permis à l’approche d’un XXe siècle que révolutionneraient à coup sûr les progrès scientifiques et techniques. Las, ceux qui en connaîtront les deux premières décennies verront ces espoirs bien vite douchés… Sans être forcément très précis, le trait semi-réaliste en noir et blanc d’Alexis Vitrebert met davantage l’accent sur les atmosphères, avec sobriété. Le dessin n’est parfois qu’esquissé, permettant au lecteur de s’en emparer pour reconstituer et extrapoler lui-même les décors et les situations, dans une approche à mi-chemin entre BD et littérature. On peut concevoir, comme le dit très bien Jean Dytar, dont le style est similaire, ces « images pensées comme des maillons de la chaîne narrative, qui n'ont pas de sens en dehors de cette économie [de détails, ndr] ». Et comme par une magie inexplicable, le château, se réveillant d’un long sommeil, nous fait entendre le grincement de ses parquets fatigués, nous fait humer avec délice les vapeurs de cire de son mobilier antique, ainsi que l’odeur de poussière de ses vastes pièces bien souvent abandonnées… « Le Château de mon père » est donc une excellente BD historique avec une perspective très originale, de l’intérieur, une description passionnante de ce symbole d’une royauté engloutie, sans nostalgie malsaine ni admiration ostentatoire, un symbole qui aura d’une certaine manière permis à la République de se réconcilier avec la monarchie. Ce récit revisité par Maïté Labat, en quelque sorte héritière de Nolhac puisqu’elle a travaillé huit ans dans le mythique château, et Jean-Baptiste Véber, fut possible grâce aux témoignages d’un homme, d’une énergie peu commune, qui à la fin de sa vie trouva encore la force de les consigner par écrit, un homme animé par une passion qui se transforma au fil des années en obsession et fut parallèlement son drame, puisqu’elle entraîna l’éclatement de sa famille. Enfin, le titre, comme une évidence, n’est pas qu’un clin d’œil au roman de Marcel Pagnol, puisque les auteurs ont décidé de placer le fils du conservateur, Henri, dans la position du narrateur, ajoutant à cette histoire le doux parfum de l’enfance.