Composé d'histoires courtes ayant pour fil rouge un bar sordide dans une Amérique latine de début XXième siècle, Far South ravira à coup sur les amateurs de polar violent façon Sin City ou Torpedo auquel l'éditeur fait également référence.
Ce mélange inédit de western sauce tortilla et de trafic de grappa met en scène une multitude de personnages récurrents aux trognes patibulaires. Qu'il s'agisse de la blonde mafieuse n'hésitant pas à payer de sa (jolie) personne pour commanditer quelques exactions peu catholiques, d'un duo de tueurs à l'humour sarcastique et à la gachette facile ou d'une armoire à glace increvable, les chapitres commencent toujours dans le tripo de Montoya pour généralement dans un bain de sang.
Rodolfo Santullo tisse ainsi un univers noir sur base de flashbacks et de légendes urbaines avec le redoutable tueur mystérieux Carpincho Lopez. La sauce prend ainsi forme avec un final assez dantesque et choral plutôt inattendu mais réjouissant.
Tout cela ne pourrait être qu'un joli divertissement pour adultes mais le trait de Leandro Fernandez déjà aperçu dans Northlanders ou The Old Guard décuple doublement le plaisir en rappelant celui de Risso dont il fut le disciple. Chaque chapitre possède également sa propre colorimétrie dans une bichromie vraiment jolie.
Petit divertissement malin ou grosse claque graphique, Far South remplit brillamment toutes les cases de son contrat et ne devrait pas passer si inaperçu pour les amateurs de polar un rien provocateur... Une bien bonne pioche.
Un mystérieux fugitif est au centre de toutes les conversations en haute sphère : il serait détenteur d'un virus particulièrement meurtrier et virulent ainsi que de toutes les données connues le concernant.
Une rapide enquête va déterminer sa planque présumée : une gigantesque Rave-Party prenant place sur un paquebot de luxe au cours d'une croisière. La pandémie peut commencer et l'haletant récit de Sylvain Ricard également.
Conçue bien avant la triste actualité de 2020, Virus va probablement faire date dans l'histoire en raccrochant une catastrophe possible dans cet univers fictionnel à une réalité bien plus proche de notre quotidien actuel.
On y mélange les genres habilement avec une prédisposition pour un certain suspens.. Quelles sont les motivations de ce patient zéro présumé ? Comment va réagir le gouvernement français pour enrayer ce chaos sanitaire ? Quelles seront les réactions des touristes mais également du personnel confiné ?
Mené tambour battant, l'histoire jouit d'un rythme sans failles et d'un découpage précis nous présentant les différents protagonistes de façon assez naturelle, les gens se croisant et se recroisant. Il y a la fêtarde, la mère célibataire dépressive, la médecin chef charismatique mais également une équipe de journalistes opportunistes et pas mal de tensions sociales au sein même de l'équipage pendant que les nantis du gouvernement cherchent une "solution".
Si on peut louer le travail exemplaire du scénariste pour ficeler une histoire sans zombies ni infectés agressifs, le virus lui est bien réel et actif. Si le premier tome est une longue introduction anxiogène, le second laisse place aux conséquences inévitables d'une telle crise sanitaire en espace réduit. Et les dessins dynamiques de Rica dans un noir et blanc semi réaliste et précis enfoncent définitivement le clou. Artiste discret mais à l'univers graphique bien personnel, son sens du cadrage et du détail enrichissent considérablement Virus.
Que ce soit à lire en regard de l'actualité et de réaliser le train d'avance de ce duo ou en pur divertissement, on ne devrait pas sortir indemne au terme de l'ultime tome à paraître tout en espérant que la race humaine soit encore d'actualité pour lire les méfaits de cette saloperie de Virus.
Instructif, effrayant, drôle et sans répit, une jolie réussite qui ne cherchait même pas à surfer sur le sujet....
Sylvain Ricard, l’homme qui avait (hélas) tout compris.
J’ai farfouillé à la librairie, au coin BD et … j’ai découvert « Notre part des ténèbres ». Et je peux vous l’annoncer haut et fort, cet album m’a procuré un intense moment jubilatoire. Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas trouvé autant de plaisir à lire une bande dessinée. Le dessin est juste magnifique et le scénario captivant. Je suis très enthousiaste pour cet album qui mérite de sortir de l’anonymat.
En cas de conflit social, il y a un lieu commun dont le patronat use et abuse… nous sommes tous dans le même bateau, scellant théoriquement l’alliance entre patrons et ouvriers dans la difficulté, dans la tempête. Passée cette déclaration rituelle vient l’annonce de l’arrêt de la production, la fermeture d’unités, la liste des licenciements, cyniquement appelés plan de sauvegarde de l’emploi !
Dans « Notre part des ténèbres », le personnel de Mondial laser, vendu à un fond spéculatif, délocalisé, vidé de ses salariés et de ses machines, décide de donner corps aux métaphores maritimes des dirigeants et des actionnaires réunis sur un navire de luxe pour célébrer le jour de l’an et les bénéfices records de l’année. C’est alors un jeu de cache-cache qui commence.
Au cœur d’un cauchemar polaire, par force 10 avec des creux de dix mètres, ce n’est pas la nef des fous, mais la nef du capitalisme qui fait naufrage. S’ils sont tous dans le même bateau, pour une fois, ceux qui seront épargnés ne seront pas ceux qui d’ordinaire attendent leur salut du dieu Profit.
Pour résumer, nous sommes sur un thriller social politique entre le loup de Wall Street et Titanic. C’est évidemment séduisant et cela m’a harponné tout le long de ma lecture.
Je recommande vivement cet album.
Chose rare, j’ai acheté cet album sur un coup de tête, grâce à sa couverture et sa thématique (je ne connais pas du tout les auteurs). J’aime bien les histoires de samouraïs, et le côté animalier m’a fait envie.
Je ressors satisfait de ma lecture, dans le sens où c’est exactement ce que je recherchais : une histoire de samouraï traditionnelle. On y retrouve tous les ingrédients du genre : le samouraï solitaire au passé compliqué et douloureux, un vieux maître lui ayant enseigné sa philosophie avant de mourir, la campagne japonaise (ah, les cerisiers en fleurs), des duels, des membres tranchés, et une guerre civile entre autochtones et vilains envahisseurs coloniaux… j’ai trouvé cette dernière thématique bien vue et remplie de symbolisme, faisant souvent écho à notre monde. L’utilisation d’espèces animales est à ce titre bien vue, et va plus loin qu’un simple choix esthétique… elle convient parfaitement pour représenter la mésentente entre « races » et l’absurdité de la guerre.
Le dessin est élégant et moderne, même si je trouve sa maîtrise irrégulière, avec un trait souvent trop gras, mais globalement assez dynamique (les combats au sabre sont plutôt bien représentés). De même, les couleurs très informatisées ne seront pas du goût de tout le monde.
Une histoire de samouraïs qui ne sort pas des sentiers battus, mais efficace et rondement menée… A recommander aux amateurs du genre.
J’ai moi aussi trouvé ce western excellent.
Pas facile de faire original dans un genre aussi formaté… Jérôme Félix propose pourtant un récit qui sort des sentiers battus... par son époque, déjà (la toute fin des cowboys, remplacés par le rail) mais aussi par sa construction, qui se rapproche presque d’un huis clos. Les thèmes sont intemporels et très humains… la cupidité et l’égoïsme, notamment, avec des conséquences désastreuses. La spirale de violence est d’une logique implacable… J’ai trouvé la fin très forte, avec cet épilogue notamment, qui nous montre le drame sous un jour diffèrent.
Le dessin de Paul Gastine est rempli de détails, et est d’une précision et d’une finesse remarquables.
Un western prenant, intelligent et superbement mis en image… un immanquable.
J’aime beaucoup Jeff Lemire, et j’avais repéré l’avis de Mac Arthur sur « Winter Road » depuis un moment… mais j’ai pas mal repoussé ma lecture, de peur de ne pas forcément accrocher au personnage violent de cet album (nommé « Roughneck » en VO, cad « voyou », « dur à cuire » selon mon fidèle dictionnaire Collins)… d’autant plus que le hockey, c’est vraiment pas mon truc. Mais je suis une nouvelle fois tombé sous le charme du talent narratif de l’auteur.
L’univers décrit est d’une violence et d’une froideur extrêmes… tout en restant très humain. Jeff Lemire tisse tout doucement (à coups de flashbacks) la personnalité de ses personnages, à commencer par le « héros » de cette histoire, Derek Ouelette, ex joueur de hockey, violent et alcoolique, mais aussi sa sœur Beth, droguée et battue par son compagnon. On en apprend plus sur leur passé, on comprend leur douleur, leur comportement, leurs motivations… la mise en scène de leurs retrouvailles, après tant d’années sans se voir, est vraiment bien amenée, juste et remplie d’émotion.
L’histoire est très prenante… quelle tension narrative, impossible de reposer l’album avant d’en connaitre la fin. Le dénouement est surprenant, avec une scène vraiment forte et inattendue… mais aussi selon moi un peu confus, j’ai dû relire la fin plusieurs fois, ce qui en a réduit l’impact… dommage.
La mise en image est superbe, notamment les couleurs, avec des lavis du plus bel effet (choix judicieux pour représenter la froideur ambiante) et des tons plus vifs réservés aux flashbacks et à certaines scènes plus violentes.
Un excellent moment de lecture, un gros album que j’ai avalé d’une traite !
Je réécris mon avis après lecture de l’intégrale de cette série… et je laisse ma note à « franchement bien ». J’avais peur que 8 tomes, ça fasse trop long, peur que les auteurs aient trop allongé la sauce… mais non, je dois avouer que le rythme est très soutenu, et que je n’ai pas vu passer les albums.
L’histoire mélange les codes des genres fantasy et post apocalyptique pour offrir quelque chose d’original, mais surtout une parabole écologique intéressante, avec ce « petit peuple » dont la survie est compromise par la bêtise humaine, par notre mode de vie. Pas de manichéisme cependant, les « factions » de ce petit peuple n’étant pas spécialement moins guerrières que nous.
Le ton de l’histoire est souvent sombre et violent, et j’ai adoré le personnage de « Blanche », qui m’a vraiment fasciné. La fin est un peu convenue, mais satisfaisante et logique.
La mise en image de Vincent Mallié est superbe, et se rapproche finalement du style de Loisel, surtout sur les paysages du « petit monde »… ah, la représentation du Grand Mort.
Un excellent moment de lecture, et une série que je recommande chaudement.
C’est le type de lecture de laquelle je sors pas mal frustré lorsque j’y repense. En effet, j’aurais vraiment voulu voir ce que ça pouvait donner sur la durée, et j’étais curieux de connaitre la suite – et surtout la fin de cette histoire.
En tout cas, j’ai vraiment apprécié ma lecture, car ces deux albums possèdent de nombreuses qualités.
D’abord l’histoire aborde une période – le moyen-âge central – qui est certainement une de celles que je préfère. Même si aucune chronologie précise ne nous est donnée pour la dater, je situerais l’histoire un peu plus tard qu’Agecanonix, vers la fin du XIème siècle (dans le dernier tiers, avant la première croisade) – l’aspect du donjon, celui de la ville de Foix, mais aussi l’évocation par Foulques de la Reconquista espagnole, concourent à cette datation.
Surtout, Kraehn a souhaité nous immerger dans un moyen-âge réaliste, crédible tout du moins. Son dessin est pour cela très bon, dans les décors déjà (très beaux châteaux, la vue de Foix est elle aussi très réussie), mais aussi les vêtements. Mais c’est surtout au niveau des dialogues que cet effort est remarquable. En effet, sans que cela ne gêne la lecture, il a fait en sorte que les personnages s’expriment dans un ancien français, ce qui donne singulièrement corps à ces personnages, et force à l’intrigue.
Dans le premier tome, les termes sont « traduits » en bas de pages, tandis que dans le suivant les astérisques renvoient à un lexique en fin de volume. La première formule rend la lecture plus fluide pour ceux qui ne maîtrisent pas ces termes, mais la seconde permet à Kraehn de développer davantage certaines expressions.
Toujours est-il que le résultat donne quelque chose de vivant que j’ai apprécié.
De la même manière, Kraehn n’a pas cherché à dépeindre un moyen-âge léché, propre sur lui, mais a au contraire (comme l’avaient aussi fait Bourgeon avec Les Compagnons du Crépuscule ou un peu Hermann avec Les Tours de Bois-Maury) donné une vision crottée, machiste et violente de la société de l’époque, un parti pris bien vu, plus réaliste que ce qu’a pu faire Swolfs sur Légende par exemple.
Dernier atout de cette série, et pas des moindres, Kraehn n’a pas choisi des personnages monolithiques, et le manichéisme n’écrase pas tous les personnages. Surtout, le héros, Foulques (le Ruistre donc) – du moins celui qui donne son nom à la série (puisque tout aussi bien dame Aurimonde aurait pu prétendre à ce « titre ») –, n’est pas un chevalier bodybuildé, plein d’idéal et de qualités. Bien au contraire – et la scène où il fait connaissance avec Aurimonde nous le confirme : il est vantard, sans foi ni loi, violent, pour tout dire plutôt détestable. Bref, il est très éloigné de l’idéal courtois qui va se développer dans cette région quelques années plus tard.
Quant à son compagnon, Petitus, un nain lubrique, retors et vicieux, on est, là aussi, très loin du page réservé et en retrait, simple faire valoir du héros, souvent accolé aux basques du preux chevalier.
Enfin, Aurimonde, peut-être la vraie héroïne donc, se révèle une femme forte, prête à tout (vraiment tout !) pour protéger son fils et son fief des prédateurs (un seigneur voisin par exemple), même si, pour le moment, elle subit moult événements désolants.
Ces trois personnages bien campés, sont provisoirement séparés, et sont au cœur de trois intrigues qui se développent parallèlement, Foulques, blessé, un peu effacé, perdant presque momentanément l’ascendant sur l’histoire ! Même si on ne doute pas qu’une fois la santé recouvrée, il reprendra au moins en partie le contrôle de son destin et de l’histoire.
Histoire qui, dans ses grandes lignes, n’est pas forcément hyper originale, mais qui est bien menée, et qui bénéficie des atouts décrits ci-dessus pour sortir du lot et captiver le lecteur.
Et, bien évidemment, j’attendais que les fils des aventures de Petitus, de Foulques et d’Aurimonde finissent par se relier (surtout ceux des deux derniers cités, pour lesquels on pouvait pressentir un rabibochage mêlant intérêt puis amour ?). Hélas, l’arrêt de la série laisse en plan l’intrigue et le lecteur que je suis, ce qui est d’autant plus regrettable que ces deux albums m’avaient laissé entrevoir l’une des meilleures séries médiévales en BD.
Une grosse frustration donc, même si je ne regrette pas du tout mon achat (c’est rare que je mette 4 étoiles à une série que je sais abandonnée !). Les amateurs de BD médiévales, s’ils sont prêts à accepter la frustration d’une histoire inachevée, trouveront sans aucun doute leur bonheur dans ces deux albums.
Note réelle 3,5/5.
La vie de Jésus a déjà fait l'objet de plusieurs éditions en bande dessinée, toutes plus ou moins de belle façon et par des auteurs divers, mais cette version est selon moi un véritable chef-d'oeuvre de narration et artistique, probablement l'aboutissement dans l'art graphique de Frank Hampson.
Ce Jésus de Nazareth nous est conté non pas en tant que demi-dieu comme on a eu l'habitude de le voir dans différents traitements, mais en tant que personnage historique, car les auteurs ont opté pour une approche sérieuse sur toile de fond politico-sociale de la Palestine alors sous domination romaine.
Le récit est connu universellement par à peu près tout le monde, c'est une histoire formidable que l'on peut lire même si on n'est pas croyant, l'aspect religieux est bien là, mais il n'est pas servi avec lourdeur, le rendu est captivant et surtout sublimé par le dessin de Frank Hampson, l'auteur de Dan Dare qui change complètement d'univers ici. Hampson retrouve le révérend Marcus Morris avec qui il avait crée Dan Dare, celui-ci en fait une histoire vibrante et pleine de péripéties, tout en gardant une fidélité aux Evangiles. La vie dans la Judée et la Galilée du Ier siècle de notre ère est admirablement reconstituée, Morris conte en façade la vie publique de Jésus de Nazareth, mais en filigrane, il raconte l'histoire d'un peuple qui subit le joug romain, et aussi le terrorisme zélote à travers le personnage de Barabbas.
La partie graphique est absolument sensationnelle, j'ai eu un vrai coup de coeur pour cette oeuvre, Frank Hampson est bien le magicien de l'aérographe avec son dessin hyperréaliste où il pousse la perfection jusqu'au moindre détail de mobilier, de vêtement et dans les visages, c'est du vrai travail d'artiste.
Ayant cessé Dan Dare en 1959, Hampson s'est lancé dans cette Bd monumentale qui évoque un peu par son ampleur une superproduction à la Cecil B. De Mille, et qu'il a fait paraître dans la revue anglaise Eagle entre 1960 et 1961 en 56 épisodes (planches publiées en strips) sous le titre de Road to courage ; comme dans Dan Dare, il utilise des cadrages audacieux pour cette bande qui parut ensuite en Angleterre dans une édition en album souple en 1981. Le Lombard a eu la bonne idée de proposer une traduction de cette oeuvre faramineuse dans un bel album de sa collection Histoires de l'Histoire en 1983.
Pour les curieux de découvertes méconnues, c'est un album magnifique dont la lecture n'est pas pompeuse, mais vivante par son traitement historique.
Depuis le temps que j'avais repéré cet album sur BDT, je parviens enfin à réaliser mon souhait de lecture, sauf que moi j'ai lu l'édition Dargaud de 1987 qui n'a pas la même couverture (le personnage charge à cheval avec une lance, encadré par 2 bandeaux gris).
Il s'agit d'un personnage très peu connu et dont on parle peu, il faut vraiment farfouiller dans l'Histoire médiévale du XIIème siècle pour savoir qui fut ce Guillaume le Maréchal (ou William Marshal en anglais) et quel rôle il a joué. Cette période historique faisant partie de mes périodes préférées, c'était donc tout indiqué pour moi, je la connais parfaitement et je m'en régalais d'avance.
Comte de Pembroke, Guillaume le Maréchal est un chevalier anglo-normand dont le grand-père avait combattu auprès du roi d'Angleterre Henri Ier Beauclerc, l'un des fils de Guillaume le Conquérant ; il s'est surtout fait connaître pour avoir sauvé la vie d'Aliénor d'Aquitaine alors qu'elle était remariée à Henry II Plantagenêt, cet acte de bravoure permit qu'on lui confia l'éducation de Henri le Jeune connu aussi sous le sobriquet de Henri Court-Mantel, premier fils des époux Plantagenêt, auquel il fut dévoué et qu'il suivit dans sa révolte contre son père qui lui coûtera la vie (il est mort dans le village de Martel dans le Quercy, à 40 km de Cahors, on visite encore la maison Fabri de nos jours où il vécut son agonie et reçut le pardon d'Henry II). Après cela, Guillaume se mit au service du roi Henry II et devint un personnage important de sa cour, allant de tournois en batailles, guerroyant par-ci par-là, avant de mourir en 1219. Philippe Auguste, roi de France, rendra hommage à cet "ennemi" plein d'honneur et de vaillance. Même au cinéma, dans les films sur la période Plantagenêt, Guillaume est resté très discret, on ne le voit que dans le Lion en hiver auprès de Peter O'Toole et Katharine Hepburn, où il occupe une place à la cour de Chinon.
L'album s'appuie sur l'ouvrage de Georges Duby, éminent historien, académicien, professeur au Collège de France, véritable sommité de l'enseignement de l'Histoire médiévale, un des partisans du renouveau des études médiévales ; j'ai eu la chance d'assister à l'une de ses conférences une fois à Paris, je peux vous dire que moi qui fait des conférences bien modestes il est vrai, je me suis senti tout petit à côté de ce grand monsieur. On peut donc dire que l'ouvrage partait sur de bonnes bases ; la préface de Duby éclaire les intentions de Ruffieux sur la Bd qu'il a tirée de son ouvrage, mais je peux comprendre que cette bande pourra ennuyer certains lecteurs qui ne sont pas forcément captivés par l'Histoire médiévale et principalement par cette période historique précise, il est clair que la bande s'adresse surtout à des lecteurs passionnés comme moi, un public qui a déjà quelques bases de connaissances sur la période en question, de plus le ton est un peu scolaire, et cette vie de Guillaume le Maréchal se résume en une suite de batailles, tournois, luttes entre vassaux et souverains, conflits entre rois de France et d'Angleterre dans une narration très classique. Quant au dessin de Ruffieux, il est très chouette, idéal pour ce type de bande éducative, j'aime beaucoup ce genre de graphisme lumineux.
Alors certes, l'Histoire est au rendez-vous, elle atteint même une sorte de sommet dans l'authenticité, mais je suis conscient que c'est un peu statique et qu'il n'y a point trop de rythme, et l'intrigue est basique. C'est le petit défaut de toutes ces bandes qui forcent sur le côté éducatif, c'était parfois un peu pareil dans les chapitres de la célèbre série de Larousse Histoire de France en Bandes Dessinées, et d'ailleurs j'y ai retrouvé un ton analogue dans cet album, donc c'est forcément bien quand même, je le recommande, car ça permet d'éclairer ce personnage historique très méconnu et que moi-même pourtant féru de cette période, je n'avais jamais trop entendu parler, mais il est clair que cet album s'adresse à un certain type de lectorat comme je l'ai dit plus haut.
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Composé d'histoires courtes ayant pour fil rouge un bar sordide dans une Amérique latine de début XXième siècle, Far South ravira à coup sur les amateurs de polar violent façon Sin City ou Torpedo auquel l'éditeur fait également référence. Ce mélange inédit de western sauce tortilla et de trafic de grappa met en scène une multitude de personnages récurrents aux trognes patibulaires. Qu'il s'agisse de la blonde mafieuse n'hésitant pas à payer de sa (jolie) personne pour commanditer quelques exactions peu catholiques, d'un duo de tueurs à l'humour sarcastique et à la gachette facile ou d'une armoire à glace increvable, les chapitres commencent toujours dans le tripo de Montoya pour généralement dans un bain de sang. Rodolfo Santullo tisse ainsi un univers noir sur base de flashbacks et de légendes urbaines avec le redoutable tueur mystérieux Carpincho Lopez. La sauce prend ainsi forme avec un final assez dantesque et choral plutôt inattendu mais réjouissant. Tout cela ne pourrait être qu'un joli divertissement pour adultes mais le trait de Leandro Fernandez déjà aperçu dans Northlanders ou The Old Guard décuple doublement le plaisir en rappelant celui de Risso dont il fut le disciple. Chaque chapitre possède également sa propre colorimétrie dans une bichromie vraiment jolie. Petit divertissement malin ou grosse claque graphique, Far South remplit brillamment toutes les cases de son contrat et ne devrait pas passer si inaperçu pour les amateurs de polar un rien provocateur... Une bien bonne pioche.
Virus
Un mystérieux fugitif est au centre de toutes les conversations en haute sphère : il serait détenteur d'un virus particulièrement meurtrier et virulent ainsi que de toutes les données connues le concernant. Une rapide enquête va déterminer sa planque présumée : une gigantesque Rave-Party prenant place sur un paquebot de luxe au cours d'une croisière. La pandémie peut commencer et l'haletant récit de Sylvain Ricard également. Conçue bien avant la triste actualité de 2020, Virus va probablement faire date dans l'histoire en raccrochant une catastrophe possible dans cet univers fictionnel à une réalité bien plus proche de notre quotidien actuel. On y mélange les genres habilement avec une prédisposition pour un certain suspens.. Quelles sont les motivations de ce patient zéro présumé ? Comment va réagir le gouvernement français pour enrayer ce chaos sanitaire ? Quelles seront les réactions des touristes mais également du personnel confiné ? Mené tambour battant, l'histoire jouit d'un rythme sans failles et d'un découpage précis nous présentant les différents protagonistes de façon assez naturelle, les gens se croisant et se recroisant. Il y a la fêtarde, la mère célibataire dépressive, la médecin chef charismatique mais également une équipe de journalistes opportunistes et pas mal de tensions sociales au sein même de l'équipage pendant que les nantis du gouvernement cherchent une "solution". Si on peut louer le travail exemplaire du scénariste pour ficeler une histoire sans zombies ni infectés agressifs, le virus lui est bien réel et actif. Si le premier tome est une longue introduction anxiogène, le second laisse place aux conséquences inévitables d'une telle crise sanitaire en espace réduit. Et les dessins dynamiques de Rica dans un noir et blanc semi réaliste et précis enfoncent définitivement le clou. Artiste discret mais à l'univers graphique bien personnel, son sens du cadrage et du détail enrichissent considérablement Virus. Que ce soit à lire en regard de l'actualité et de réaliser le train d'avance de ce duo ou en pur divertissement, on ne devrait pas sortir indemne au terme de l'ultime tome à paraître tout en espérant que la race humaine soit encore d'actualité pour lire les méfaits de cette saloperie de Virus. Instructif, effrayant, drôle et sans répit, une jolie réussite qui ne cherchait même pas à surfer sur le sujet.... Sylvain Ricard, l’homme qui avait (hélas) tout compris.
Notre part des ténèbres
J’ai farfouillé à la librairie, au coin BD et … j’ai découvert « Notre part des ténèbres ». Et je peux vous l’annoncer haut et fort, cet album m’a procuré un intense moment jubilatoire. Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas trouvé autant de plaisir à lire une bande dessinée. Le dessin est juste magnifique et le scénario captivant. Je suis très enthousiaste pour cet album qui mérite de sortir de l’anonymat. En cas de conflit social, il y a un lieu commun dont le patronat use et abuse… nous sommes tous dans le même bateau, scellant théoriquement l’alliance entre patrons et ouvriers dans la difficulté, dans la tempête. Passée cette déclaration rituelle vient l’annonce de l’arrêt de la production, la fermeture d’unités, la liste des licenciements, cyniquement appelés plan de sauvegarde de l’emploi ! Dans « Notre part des ténèbres », le personnel de Mondial laser, vendu à un fond spéculatif, délocalisé, vidé de ses salariés et de ses machines, décide de donner corps aux métaphores maritimes des dirigeants et des actionnaires réunis sur un navire de luxe pour célébrer le jour de l’an et les bénéfices records de l’année. C’est alors un jeu de cache-cache qui commence. Au cœur d’un cauchemar polaire, par force 10 avec des creux de dix mètres, ce n’est pas la nef des fous, mais la nef du capitalisme qui fait naufrage. S’ils sont tous dans le même bateau, pour une fois, ceux qui seront épargnés ne seront pas ceux qui d’ordinaire attendent leur salut du dieu Profit. Pour résumer, nous sommes sur un thriller social politique entre le loup de Wall Street et Titanic. C’est évidemment séduisant et cela m’a harponné tout le long de ma lecture. Je recommande vivement cet album.
Gaijin Salamander
Chose rare, j’ai acheté cet album sur un coup de tête, grâce à sa couverture et sa thématique (je ne connais pas du tout les auteurs). J’aime bien les histoires de samouraïs, et le côté animalier m’a fait envie. Je ressors satisfait de ma lecture, dans le sens où c’est exactement ce que je recherchais : une histoire de samouraï traditionnelle. On y retrouve tous les ingrédients du genre : le samouraï solitaire au passé compliqué et douloureux, un vieux maître lui ayant enseigné sa philosophie avant de mourir, la campagne japonaise (ah, les cerisiers en fleurs), des duels, des membres tranchés, et une guerre civile entre autochtones et vilains envahisseurs coloniaux… j’ai trouvé cette dernière thématique bien vue et remplie de symbolisme, faisant souvent écho à notre monde. L’utilisation d’espèces animales est à ce titre bien vue, et va plus loin qu’un simple choix esthétique… elle convient parfaitement pour représenter la mésentente entre « races » et l’absurdité de la guerre. Le dessin est élégant et moderne, même si je trouve sa maîtrise irrégulière, avec un trait souvent trop gras, mais globalement assez dynamique (les combats au sabre sont plutôt bien représentés). De même, les couleurs très informatisées ne seront pas du goût de tout le monde. Une histoire de samouraïs qui ne sort pas des sentiers battus, mais efficace et rondement menée… A recommander aux amateurs du genre.
Jusqu'au dernier
J’ai moi aussi trouvé ce western excellent. Pas facile de faire original dans un genre aussi formaté… Jérôme Félix propose pourtant un récit qui sort des sentiers battus... par son époque, déjà (la toute fin des cowboys, remplacés par le rail) mais aussi par sa construction, qui se rapproche presque d’un huis clos. Les thèmes sont intemporels et très humains… la cupidité et l’égoïsme, notamment, avec des conséquences désastreuses. La spirale de violence est d’une logique implacable… J’ai trouvé la fin très forte, avec cet épilogue notamment, qui nous montre le drame sous un jour diffèrent. Le dessin de Paul Gastine est rempli de détails, et est d’une précision et d’une finesse remarquables. Un western prenant, intelligent et superbement mis en image… un immanquable.
Winter Road
J’aime beaucoup Jeff Lemire, et j’avais repéré l’avis de Mac Arthur sur « Winter Road » depuis un moment… mais j’ai pas mal repoussé ma lecture, de peur de ne pas forcément accrocher au personnage violent de cet album (nommé « Roughneck » en VO, cad « voyou », « dur à cuire » selon mon fidèle dictionnaire Collins)… d’autant plus que le hockey, c’est vraiment pas mon truc. Mais je suis une nouvelle fois tombé sous le charme du talent narratif de l’auteur. L’univers décrit est d’une violence et d’une froideur extrêmes… tout en restant très humain. Jeff Lemire tisse tout doucement (à coups de flashbacks) la personnalité de ses personnages, à commencer par le « héros » de cette histoire, Derek Ouelette, ex joueur de hockey, violent et alcoolique, mais aussi sa sœur Beth, droguée et battue par son compagnon. On en apprend plus sur leur passé, on comprend leur douleur, leur comportement, leurs motivations… la mise en scène de leurs retrouvailles, après tant d’années sans se voir, est vraiment bien amenée, juste et remplie d’émotion. L’histoire est très prenante… quelle tension narrative, impossible de reposer l’album avant d’en connaitre la fin. Le dénouement est surprenant, avec une scène vraiment forte et inattendue… mais aussi selon moi un peu confus, j’ai dû relire la fin plusieurs fois, ce qui en a réduit l’impact… dommage. La mise en image est superbe, notamment les couleurs, avec des lavis du plus bel effet (choix judicieux pour représenter la froideur ambiante) et des tons plus vifs réservés aux flashbacks et à certaines scènes plus violentes. Un excellent moment de lecture, un gros album que j’ai avalé d’une traite !
Le Grand Mort
Je réécris mon avis après lecture de l’intégrale de cette série… et je laisse ma note à « franchement bien ». J’avais peur que 8 tomes, ça fasse trop long, peur que les auteurs aient trop allongé la sauce… mais non, je dois avouer que le rythme est très soutenu, et que je n’ai pas vu passer les albums. L’histoire mélange les codes des genres fantasy et post apocalyptique pour offrir quelque chose d’original, mais surtout une parabole écologique intéressante, avec ce « petit peuple » dont la survie est compromise par la bêtise humaine, par notre mode de vie. Pas de manichéisme cependant, les « factions » de ce petit peuple n’étant pas spécialement moins guerrières que nous. Le ton de l’histoire est souvent sombre et violent, et j’ai adoré le personnage de « Blanche », qui m’a vraiment fasciné. La fin est un peu convenue, mais satisfaisante et logique. La mise en image de Vincent Mallié est superbe, et se rapproche finalement du style de Loisel, surtout sur les paysages du « petit monde »… ah, la représentation du Grand Mort. Un excellent moment de lecture, et une série que je recommande chaudement.
Le Ruistre
C’est le type de lecture de laquelle je sors pas mal frustré lorsque j’y repense. En effet, j’aurais vraiment voulu voir ce que ça pouvait donner sur la durée, et j’étais curieux de connaitre la suite – et surtout la fin de cette histoire. En tout cas, j’ai vraiment apprécié ma lecture, car ces deux albums possèdent de nombreuses qualités. D’abord l’histoire aborde une période – le moyen-âge central – qui est certainement une de celles que je préfère. Même si aucune chronologie précise ne nous est donnée pour la dater, je situerais l’histoire un peu plus tard qu’Agecanonix, vers la fin du XIème siècle (dans le dernier tiers, avant la première croisade) – l’aspect du donjon, celui de la ville de Foix, mais aussi l’évocation par Foulques de la Reconquista espagnole, concourent à cette datation. Surtout, Kraehn a souhaité nous immerger dans un moyen-âge réaliste, crédible tout du moins. Son dessin est pour cela très bon, dans les décors déjà (très beaux châteaux, la vue de Foix est elle aussi très réussie), mais aussi les vêtements. Mais c’est surtout au niveau des dialogues que cet effort est remarquable. En effet, sans que cela ne gêne la lecture, il a fait en sorte que les personnages s’expriment dans un ancien français, ce qui donne singulièrement corps à ces personnages, et force à l’intrigue. Dans le premier tome, les termes sont « traduits » en bas de pages, tandis que dans le suivant les astérisques renvoient à un lexique en fin de volume. La première formule rend la lecture plus fluide pour ceux qui ne maîtrisent pas ces termes, mais la seconde permet à Kraehn de développer davantage certaines expressions. Toujours est-il que le résultat donne quelque chose de vivant que j’ai apprécié. De la même manière, Kraehn n’a pas cherché à dépeindre un moyen-âge léché, propre sur lui, mais a au contraire (comme l’avaient aussi fait Bourgeon avec Les Compagnons du Crépuscule ou un peu Hermann avec Les Tours de Bois-Maury) donné une vision crottée, machiste et violente de la société de l’époque, un parti pris bien vu, plus réaliste que ce qu’a pu faire Swolfs sur Légende par exemple. Dernier atout de cette série, et pas des moindres, Kraehn n’a pas choisi des personnages monolithiques, et le manichéisme n’écrase pas tous les personnages. Surtout, le héros, Foulques (le Ruistre donc) – du moins celui qui donne son nom à la série (puisque tout aussi bien dame Aurimonde aurait pu prétendre à ce « titre ») –, n’est pas un chevalier bodybuildé, plein d’idéal et de qualités. Bien au contraire – et la scène où il fait connaissance avec Aurimonde nous le confirme : il est vantard, sans foi ni loi, violent, pour tout dire plutôt détestable. Bref, il est très éloigné de l’idéal courtois qui va se développer dans cette région quelques années plus tard. Quant à son compagnon, Petitus, un nain lubrique, retors et vicieux, on est, là aussi, très loin du page réservé et en retrait, simple faire valoir du héros, souvent accolé aux basques du preux chevalier. Enfin, Aurimonde, peut-être la vraie héroïne donc, se révèle une femme forte, prête à tout (vraiment tout !) pour protéger son fils et son fief des prédateurs (un seigneur voisin par exemple), même si, pour le moment, elle subit moult événements désolants. Ces trois personnages bien campés, sont provisoirement séparés, et sont au cœur de trois intrigues qui se développent parallèlement, Foulques, blessé, un peu effacé, perdant presque momentanément l’ascendant sur l’histoire ! Même si on ne doute pas qu’une fois la santé recouvrée, il reprendra au moins en partie le contrôle de son destin et de l’histoire. Histoire qui, dans ses grandes lignes, n’est pas forcément hyper originale, mais qui est bien menée, et qui bénéficie des atouts décrits ci-dessus pour sortir du lot et captiver le lecteur. Et, bien évidemment, j’attendais que les fils des aventures de Petitus, de Foulques et d’Aurimonde finissent par se relier (surtout ceux des deux derniers cités, pour lesquels on pouvait pressentir un rabibochage mêlant intérêt puis amour ?). Hélas, l’arrêt de la série laisse en plan l’intrigue et le lecteur que je suis, ce qui est d’autant plus regrettable que ces deux albums m’avaient laissé entrevoir l’une des meilleures séries médiévales en BD. Une grosse frustration donc, même si je ne regrette pas du tout mon achat (c’est rare que je mette 4 étoiles à une série que je sais abandonnée !). Les amateurs de BD médiévales, s’ils sont prêts à accepter la frustration d’une histoire inachevée, trouveront sans aucun doute leur bonheur dans ces deux albums. Note réelle 3,5/5.
Jesus de Nazareth (Lombard)
La vie de Jésus a déjà fait l'objet de plusieurs éditions en bande dessinée, toutes plus ou moins de belle façon et par des auteurs divers, mais cette version est selon moi un véritable chef-d'oeuvre de narration et artistique, probablement l'aboutissement dans l'art graphique de Frank Hampson. Ce Jésus de Nazareth nous est conté non pas en tant que demi-dieu comme on a eu l'habitude de le voir dans différents traitements, mais en tant que personnage historique, car les auteurs ont opté pour une approche sérieuse sur toile de fond politico-sociale de la Palestine alors sous domination romaine. Le récit est connu universellement par à peu près tout le monde, c'est une histoire formidable que l'on peut lire même si on n'est pas croyant, l'aspect religieux est bien là, mais il n'est pas servi avec lourdeur, le rendu est captivant et surtout sublimé par le dessin de Frank Hampson, l'auteur de Dan Dare qui change complètement d'univers ici. Hampson retrouve le révérend Marcus Morris avec qui il avait crée Dan Dare, celui-ci en fait une histoire vibrante et pleine de péripéties, tout en gardant une fidélité aux Evangiles. La vie dans la Judée et la Galilée du Ier siècle de notre ère est admirablement reconstituée, Morris conte en façade la vie publique de Jésus de Nazareth, mais en filigrane, il raconte l'histoire d'un peuple qui subit le joug romain, et aussi le terrorisme zélote à travers le personnage de Barabbas. La partie graphique est absolument sensationnelle, j'ai eu un vrai coup de coeur pour cette oeuvre, Frank Hampson est bien le magicien de l'aérographe avec son dessin hyperréaliste où il pousse la perfection jusqu'au moindre détail de mobilier, de vêtement et dans les visages, c'est du vrai travail d'artiste. Ayant cessé Dan Dare en 1959, Hampson s'est lancé dans cette Bd monumentale qui évoque un peu par son ampleur une superproduction à la Cecil B. De Mille, et qu'il a fait paraître dans la revue anglaise Eagle entre 1960 et 1961 en 56 épisodes (planches publiées en strips) sous le titre de Road to courage ; comme dans Dan Dare, il utilise des cadrages audacieux pour cette bande qui parut ensuite en Angleterre dans une édition en album souple en 1981. Le Lombard a eu la bonne idée de proposer une traduction de cette oeuvre faramineuse dans un bel album de sa collection Histoires de l'Histoire en 1983. Pour les curieux de découvertes méconnues, c'est un album magnifique dont la lecture n'est pas pompeuse, mais vivante par son traitement historique.
Guillaume le Maréchal
Depuis le temps que j'avais repéré cet album sur BDT, je parviens enfin à réaliser mon souhait de lecture, sauf que moi j'ai lu l'édition Dargaud de 1987 qui n'a pas la même couverture (le personnage charge à cheval avec une lance, encadré par 2 bandeaux gris). Il s'agit d'un personnage très peu connu et dont on parle peu, il faut vraiment farfouiller dans l'Histoire médiévale du XIIème siècle pour savoir qui fut ce Guillaume le Maréchal (ou William Marshal en anglais) et quel rôle il a joué. Cette période historique faisant partie de mes périodes préférées, c'était donc tout indiqué pour moi, je la connais parfaitement et je m'en régalais d'avance. Comte de Pembroke, Guillaume le Maréchal est un chevalier anglo-normand dont le grand-père avait combattu auprès du roi d'Angleterre Henri Ier Beauclerc, l'un des fils de Guillaume le Conquérant ; il s'est surtout fait connaître pour avoir sauvé la vie d'Aliénor d'Aquitaine alors qu'elle était remariée à Henry II Plantagenêt, cet acte de bravoure permit qu'on lui confia l'éducation de Henri le Jeune connu aussi sous le sobriquet de Henri Court-Mantel, premier fils des époux Plantagenêt, auquel il fut dévoué et qu'il suivit dans sa révolte contre son père qui lui coûtera la vie (il est mort dans le village de Martel dans le Quercy, à 40 km de Cahors, on visite encore la maison Fabri de nos jours où il vécut son agonie et reçut le pardon d'Henry II). Après cela, Guillaume se mit au service du roi Henry II et devint un personnage important de sa cour, allant de tournois en batailles, guerroyant par-ci par-là, avant de mourir en 1219. Philippe Auguste, roi de France, rendra hommage à cet "ennemi" plein d'honneur et de vaillance. Même au cinéma, dans les films sur la période Plantagenêt, Guillaume est resté très discret, on ne le voit que dans le Lion en hiver auprès de Peter O'Toole et Katharine Hepburn, où il occupe une place à la cour de Chinon. L'album s'appuie sur l'ouvrage de Georges Duby, éminent historien, académicien, professeur au Collège de France, véritable sommité de l'enseignement de l'Histoire médiévale, un des partisans du renouveau des études médiévales ; j'ai eu la chance d'assister à l'une de ses conférences une fois à Paris, je peux vous dire que moi qui fait des conférences bien modestes il est vrai, je me suis senti tout petit à côté de ce grand monsieur. On peut donc dire que l'ouvrage partait sur de bonnes bases ; la préface de Duby éclaire les intentions de Ruffieux sur la Bd qu'il a tirée de son ouvrage, mais je peux comprendre que cette bande pourra ennuyer certains lecteurs qui ne sont pas forcément captivés par l'Histoire médiévale et principalement par cette période historique précise, il est clair que la bande s'adresse surtout à des lecteurs passionnés comme moi, un public qui a déjà quelques bases de connaissances sur la période en question, de plus le ton est un peu scolaire, et cette vie de Guillaume le Maréchal se résume en une suite de batailles, tournois, luttes entre vassaux et souverains, conflits entre rois de France et d'Angleterre dans une narration très classique. Quant au dessin de Ruffieux, il est très chouette, idéal pour ce type de bande éducative, j'aime beaucoup ce genre de graphisme lumineux. Alors certes, l'Histoire est au rendez-vous, elle atteint même une sorte de sommet dans l'authenticité, mais je suis conscient que c'est un peu statique et qu'il n'y a point trop de rythme, et l'intrigue est basique. C'est le petit défaut de toutes ces bandes qui forcent sur le côté éducatif, c'était parfois un peu pareil dans les chapitres de la célèbre série de Larousse Histoire de France en Bandes Dessinées, et d'ailleurs j'y ai retrouvé un ton analogue dans cet album, donc c'est forcément bien quand même, je le recommande, car ça permet d'éclairer ce personnage historique très méconnu et que moi-même pourtant féru de cette période, je n'avais jamais trop entendu parler, mais il est clair que cet album s'adresse à un certain type de lectorat comme je l'ai dit plus haut.