Comme à peu près tout le monde, je pense, ma première impression en ouvrant Mickey et l'océan perdu, c'est l'émerveillement. Cette BD est vraiment magnifique ! Le style graphique est tout-à-fait somptueux. On retrouve toute la rondeur et les couleurs de l'univers Mickey, mais avec une dimension steampunk qui y apporte une énorme valeur ajoutée.
Graphiquement, ça envoie du lourd, surtout quand Camboni décide d'exploiter la totalité de sa double-page, nous immergeant ainsi à fond dans cet univers assez fascinant.
D'autant plus que la BD en elle-même est un objet très agréable à manier, avec son dos toilé et ses pages épaisses. Un vrai plaisir de lecture !
En revanche, je reconnais - là aussi, comme la majorité des lecteurs, je crois - que le scénario n'est pas toujours à la hauteur. On se demande bien pourquoi avoir repris l'univers de Mickey si c'est pour modifier la fonction des personnages : Dingo est absolument sérieux et Pat Hibulaire devient gentil (ce qui aurait pu être intéressant mais est traité par-dessus la jambe). Certes, il fallait bien coller aux canons de la saga (reprendre le personnage de Mickey à son compte), mais dans ce cas, autant créer sa propre saga, non ?
Les péripéties ne sont pas mauvaises, mais toutes ne sont pas exploitées (l'ellipse de 5 ans est une super idée, mais se justifie très peu) et on reste dans un canevas très, trop classique. Avec un tel univers à développer, on pouvait faire beaucoup mieux. Là, il semble que l'univers imaginé était trop ambitieux pour être développé en un seul tome...
Il n'empêche qu'on peut passer un très bon moment de lecture grâce au côté steampunk vraiment réussi et aux planches, d'une indéniable beauté, pleines de détails (parfois trop, même) et aux couleurs vives et chaleureuses.
Bref, un peu décevant sur le fond, mais gros coup de cœur sur la forme ! Ça reste à lire, ne serait-ce que par curiosité, mais à essayer avant d'acheter.
Ouh, pute borgne de pute borgne de bordel de cul ! Quel roman noir que celui-ci !!!
Non, sérieusement, je ne m’y attendais pas. Une telle violence, une telle haine… pas tant démonstrative que taraudeuse. Une de ces haines qui vous ronge, qui vous consume de l’intérieur, qui vous tord les tripes à vous en faire vomir de dégoût sur cette humanité répugnante. Moi qui garde de Boris Vian l’image d’un zazou innocent et provocateur, j’avais bien entendu parler de ses écrits sous le pseudo de Vernon Sullivan mais je ne m’attendais pas à un truc aussi sulfureux.
« J’irai cracher sur vos tombes » est donc, avant cette adaptation, un roman. Noir… très noir. Lee Anderson a une boule de haine en lui qui en fait un des personnages les plus violents qu’il m’ait été donné de découvrir dans un roman. Pas tellement au niveau physique du terme mais ce gars a une telle rage en lui, une telle envie de détruire que la violence exsude de tous ses pores.
Roman écrit dans les années ’40 et adapté récemment en bande dessinée avec brio, je ne saurais dire si c’est dû à l’un ou à l’autre mais ce récit est d’une modernité étonnante. Modernité de ton par le caractère sexuel affirmé de l’intrigue. Modernité de thème ensuite puisqu’il est encore question ici de racisme et de la condition des afro-américains dans le pays de l’oncle Sam. Modernité de l’écriture, enfin, qui nous donne tout sauf le sentiment de lire l’adaptation d’un roman signé au sortir de la seconde guerre mondiale.
Ce récit est prenant, puissant, sexuellement explicite. Pas étonnant qu’il ait dérangé à sa sortie. Le plus formidable étant qu’il a été publié ! Et l’adaptation que nous livrent Jean-David Morvan et Ray Macutay ne souffre d’aucune faiblesse. Cette bande dessinée nous offre une lecture fluide, le découpage est clair, le dessin est sec et net, l’ambiance est là.
Vous cherchez un polar noir, violent et sans tabou. N’allez pas plus loin ! ‘Tain, là, ils m’en ont foutu plein la tronche !!
J'ai beaucoup aimé cet album qui est donc une suite de Little Tulip, BD que j'avais trouvée franchement bien faite. Il semble que l'apparition d'un fantastique" chamanique" dérange un peu les lecteurs, j'ai envie de dire que François Boucq a beaucoup travaillé avec Jodorowski, alors forcément je me dis que ça doit laisser des traces.
En ce qui concerne le dessin je n'ai pas grand-chose à dire, c'est maitrisé, les décors de New York sont fabuleux et correspondent à l'imaginaire que je me fais de cette ville. F. Boucq nous fait rencontrer certaines couches de la société, sans fard, nous sommes en totale immersion.
Certains puristes regretteront sans doute que l'on ne sache rien de la provenance des pouvoirs de l'enfant. Que diantre, moi j'aime quand le fantastique sait garder sa part d'ombre, qu'on ne m'explique pas tout. À mon imaginaire de bosser un peu.
Pour moi un excellent album et si la collaboration entre les deux auteurs doit se poursuivre nul doute que je serai de la partie.
Le message (avertissement ?) de cette BD n’est pas foncièrement nouveau ou original, mais plus que jamais d’actualité. Anna Mill et Luke Jones nous présentent une dystopie où la réalité augmentée (technique qui consiste à juxtaposer des données virtuelles sur le monde réel) est couplée à un réseau social omniprésent et à une connexion directe au cerveau (donc pas besoin d’appareil, votre vision du monde est modifiée en temps réel).
Les réflexions sont multiples : inégalité d’accès au réseau (toutes les zones de la ville ne sont pas équipées), dépendance sociale (on ne peut rien faire sans être connecté, pas trouver de boulot etc.), contrôle des masses, et surtout données personnelles dans les mains de quelques illuminés aux intentions plus que douteuses. Tout cela vous rappelle-t-il Facebook ? Les appareils de réalité augmentée « Hololens » de Microsoft ? Elon Musk (le fondateur de Tesla et SpaceX) qui connecte une puce au cerveau d’un cochon ? A-t-on ici affaire à de la science-fiction, ou à notre futur proche ?
La narration est volontairement nébuleuse et onirique, pour représenter l’état second du protagoniste principal, et de manière plus générale les dangers de la connexion cérébrale permanente, avec cette frontière floue entre les mondes réel et virtuel. A ce titre la lecture est parfois éprouvante, même si je n’ai jamais complètement décroché (tout devient plus clair dans la deuxième moitié du récit).
Et puis disons-le : « Square Eyes » est aussi une énorme claque graphique. Anna Mill a utilisé des techniques de dessin traditionnelles, et si son trait est en soi maitrisé et fourmille de détails, il est sublimé par la représentation parfaite de la réalité augmentée : le réseau juxtapose des couleurs et autres « améliorations » à la triste réalité (représentée en noir et blanc). L’autrice est diplômée en architecture, et cela se ressent dans son dessin : minutie architecturale, crédibilité du monde jusqu’à dans ses moindres détails… détails montrés dans les nombreux passages contemplatifs. J’ai mis beaucoup de planches dans la galerie, mais vous en trouverez encore plus ici (en VO).
Un OVNI graphique, et un scénario classique mais terriblement efficace, et qui fait froid dans le dos. Une première œuvre impressionnante pour Anna Mill et Luke Jones, deux jeunes auteurs britanniques à suivre.
Publié il y a maintenant huit ans, « Le Singe de Hartlepool » est l’album qui a révélé Jérémie Moreau, un peu sans doute grâce à la participation de Wilfrid Lupano au scénario. Et on le comprend aisément à la lecture ! En effet, force est de constater que l’alchimie entre les deux auteurs a parfaitement bien fonctionné. Lupano a construit un récit captivant et fluide en se basant sur un fait réel terrible et édifiant, où la réalité dépasse la fiction. De nos jours, on a un peu de mal à comprendre comment, il y a 200 ans, les habitants d’une petite ville ont pu se mettre d’accord pour condamner un singe à mort en le prenant pour un humain… Il n’en reste pas moins que depuis, l’événement est entré dans la légende de Hartlepool et fait la fierté de la ville, allez comprendre… Moreau quant à lui a su retranscrire le propos à l’aide d’un trait original, vigoureux et expressif, dans un esprit très « cartoon », avec des personnages haut en couleurs, des « gueules » souvent effrayantes où semblent macérer la bêtise et l’ignorance, plus simiesques que le protagoniste principal, le fameux singe du titre.
Et l’on se surprend à penser que si l’évolution de Jérémie Moreau vers un graphisme plus pictural – l’auteur aime manier la couleur, et ça se voit —, avec La Saga de Grimr et Penss et les plis du monde, est une démarche digne de respect, on aimerait aussi le voir opérer une sorte de « retour aux sources ». Dans ses deux dernières œuvres, l’auteur fait la part belle aux paysages et à une nature omniprésente et toute puissante, et c’est plutôt réussi, au détriment des personnages qui semblent moins aboutis, ce que l’on peut légitimement regretter à la lumière du « Singe de Hartlepool ».
La réussite de cette œuvre réside dans le fait d’avoir actualisé une « légende » locale en apparence anodine et amusante pour les enfants et les touristes, en la transformant en farce grotesque assez peu reluisante pour le genre humain dans son ensemble. Fable puissante sur l’effet de meute et la cruauté qui en résulte, « Le Singe de Hartlepool » devrait faire réfléchir chacun d’entre nous, à l’heure des réseaux sociaux où un simple mauvais buzz non vérifié peut se révéler psychologiquement destructeur pour celui ou celle qui en est la victime. Une thématique par ailleurs chère à Jérémie Moreau et qui traverse ses deux derniers albums.
Il parait qu’avant de paraître devant Dieu, l’homme a besoin d’une purification. Et donc le passage au purgatoire est nécessaire pour expier nos péchés dont nous n’aurions pas fait pénitence suffisamment avant notre trépas. Nous sommes souvent trop empêtrés dans notre égoïsme, notre orgueil et nos violences.
Voilà ce qui arrive à Benjamin Tartouche ! Tout semblait lui sourire. Il venait d’hériter d’une grande maison d’une vieille tante, il avait acquis du matériel informatique dernier cri pour répondre aux nombreuses sollicitations des premiers clients de sa petite société créée récemment.
Mais patatras ! la maison brûle. L’assureur fait trainer le dossier pour n’avoir rien à rembourser. Et voilà Benjamin Tartouche dépouillé de tout. Il doit se résoudre à vivre dans la rue. Comble de malchance il se fait renverser par une voiture. Il décède sur le coup ! Et c’est là que ses ennuis ont vraiment commencé !
Il se retrouve donc au purgatoire. Un choix s’offre à lui. L’enfer immédiatement ou rejoindre de nouveau le monde des vivants en tant que conscience. Etre la petite voix que l’on entend au fond de soi. Il sera invisible aux vivants. Son objectif pour une certaine rédemption, être obligé de ramener un vivant dans le droit chemin. Il contribuera ainsi à sa manière à rendre l’homme meilleur. Aucune limite dans le temps pour réaliser sa mission.
Ce roman graphique de Stéphane Chabouté est magnifique. Quelle claque ! L’histoire est loin d’être niaise. Au contraire. Les émotions sont au rendez-vous. Et j’en sors un peu chamboulé de cette lecture qui interroge. Benjamin Tartouche va devoir apprendre à regarder ses concitoyens avec plus d’attention et avec plus de recul. Il va falloir choisir entre l’indulgence et la vengeance. Car bien évidemment vous l’avez compris, cet anti héros est plus que jamais face à sa propre conscience.
Le dessin est parfait. Très beau boulot notamment sur les expressions des personnages. Les couleurs sombres utilisées sont particulièrement adaptées. Une vraie réussite graphique. A noter que des personnages célèbres jalonnent ce triptyque pour notre plus grand plaisir.
Voici donc un ouvrage original, génial, comme j’aimerais en lire plus souvent. Tout est juste parfait. Quel régal d’avoir découvert cette bande dessinée un peu par hasard en farfouillant dans les présentoirs de ma librairie préférée. Je recommande chaleureusement.
L'avis de Mac Arthur, particulièrement motivant, m'a amenée dans la galerie pour voir de quoi il retournait. Rien que les deux images du bas de la première page (des patients entrent, d'autres sortent....) m'ont fait dire : ça, c'est pour moi !
J'avais envie de me faire plaisir, détour donc par mon libraire bd favori.
Que dire de plus : que ce soit au niveau du scénario, de l'humour ou du dessin, tout est raccord, c'est enlevé, drôle, inattendu, inventif, plaisant, rythmé, loufoque, ... le mot qui me vient est « sautillant », je ne sais pas pourquoi.
Allez voir les planches de la galerie, si le début vous plait, tout est du même niveau, peu de risque d'être déçu. La première lecture est particulièrement délicieuse par le suspense bien présent, que va t-il donc pouvoir inventer encore ? Mais je le relirai volontiers, rien que pour les dessins et l'humour.
Je ne connaissais pas l'auteur mais je vais me rattraper.
C’est à une belle histoire d’amour que Jordi Lafebre nous convie mais ce qui la rend extraordinaire, c’est ce découpage inversé qui nous permet de remonter le temps depuis la conclusion jusqu’au premier regard.
Et pourtant, ce récit aurait pu n’être qu’une banale comédie romantique… banale mais plaisante tout de même. On retrouve les habituels éléments du genre. Ils se sont aimés, la vie les a séparés, ils se sont revus, ils ont changé, vont-ils s’accoupler ? (Oui, le dernier questionnement est quelque peu trivial mais bon, c’est la finalité de toute comédie romantique, non ?) Les deux personnages centraux sont attachants et tellement dissemblables que leur histoire n’en devient que plus touchante. Oui, ça aurait pu être banal…
Seulement voilà ! Il y a ce découpage qui va, tout du long, créer un suspense inversé. Nous ne nous demandons pas s’ils vont se retrouver mais bien pourquoi ils se sont quittés. Nous ne nous demandons pas si un pont va être construit mais pourquoi sa construction a posé problème. Nous ne nous demandons pas ce que va devenir un vieux canapé mais pourquoi une maire sortante lui accorde autant d’importance. Et encore mille ‘pourquoi ?’ au lieu de ‘vont-ils ?’ C’est une idée de construction scénaristique d’une grande audace et le plus fabuleux est que sa mise en place fonctionne parfaitement, jusqu’à un dernier chapitre où le processus poussé à l’extrême fonctionne somptueusement. Tedjeu, j’aurais presque versé une petite larme, tiens !
Et puis, cerise sur le gâteau, le dessin de Jordi Lafebre est une fois de plus excellent. Expressif en diable, surtout pour les mimiques de visages qui lui permettent de faire passer un large panel d’émotions, net et d’une grande lisibilité, il apporte ce confort de lecture doublé du plaisir purement visuel d’un beau dessin qui fait que j’accroche systématiquement à ses œuvres.
Très certainement, LA comédie romantique du moment !
La décennie 2000 a connu un sacré coup de fouet sur l'ensemble des médias sur le thème des zombies. Probablement boosté par le succès de Walking Dead en comics, les créatures de George A. Romero et autres infectés nerveux ont été déclinés à toutes les sauces avec plus ou moins de succès.
Avec le présent ouvrage, Pierre Place nous propose une variation un peu plus étonnante en situant sa vision crépusculaire dans un continent et un contexte historique un peu plus originaux que par habitude.
En effet les quelques 150 pages nous entraînent dans un Mexique de début XXème siècle. Les premiers véhicules motorisés existent déjà mais les riches haciendas cachent encore quelques incohérences sociales en distinguant les bourgeois de leurs domestiques ou les natifs indigènes des colons.
Le début de cette histoire est encore assez laborieux, la présentation des différents protagonistes étant volontairement fort confuse.
Peu importe ! Face à une menace commune et inattendue de morts-vivants particulièrement virulents, les différents clans devront abandonner leurs rancœurs ainsi que leur foyer et s'unir pour fuir vers de nouveaux horizons censés être plus sereins.
Pierre Place construit intelligemment une menace zombie dans un chaos d'autant plus saisissant qu'il alterne scènes d'action haletantes et répits plus intimistes. Si les courts laps de temps pour se préparer et se reposer permettent de développer des personnages que l'on a eu à peine le temps de faire connaissance, on peut parfois déplorer quelques dialogues longuets qui cassent le rythme.
Pourtant cette alternance offre malgré tout quelques bouffées d'oxygène dans cette ambiance anxiogène de tous les instants. Ici le zombie est rapide, malin et silencieux. C'est justement ce silence qui crée une tension assez remarquable. Ces fameux calaveras cadavériques ne sont pas cannibales et l'auteur est assez malin pour éviter le gore au profit d'une violence sourde. Le dessin en noir & blanc dans un style semi réaliste est de toute beauté. Les décors sont travaillés et offrent des paysages crépusculaires et denses. Les scènes de nuit, se passant dans un bois isolé, un cimetière ou sous une pluie d'orage confèrent une ambiance glauque réussie qu'on n'avait plus vu dans un style radicalement différent depuis Apocalypse sur Carson City. Seul petit hic : la difficulté à reconnaître certains personnages dont les traits se ressemblent. La conclusion reste prévisible mais fait néanmoins son petit effet.
Vendu comme une fable sociale, Muertos ne sera pas une énième série zombie de plus. Assez proche dans son déroulement au sous-estimé "Ghosts of Mars" de John Carpenter pour sa dimension sociale (les natifs veulent récupérer leur terre face aux colons, mort ou vifs) et distribuant de jolis rôles féminins également, Pierre Place a créé un curieux melting pot.
Cela ne plaira pas forcément à tous et le récit aurait gagné à être un peu plus resserré mais c'est une jolie surprise et quelle claque graphique (voir cette double page en gros blanc avec les goules chevauchant leurs montures). Ce ne sera hélas jamais un grand succès commercial mais quel OVNI ! Pierre Place est une personnalité de plus à surveiller...
Comment débuter ma participation sinon par Tintin. J'ai appris à lire avec Tintin et même bien avant, aux dires de mes parents, car je ne m'en souviens forcément pas, j'ai appris à parler avec les personnages de Tintin. Ils étaient sur le calendrier du mur de la cuisine, il paraît qu'on me les montrait et je disais : « Tintin, Haddock, ... ». Après, je les ai tous lus, relus, re-relus quasiment à les connaître par cœur. À chaque fois c'était une aventure constamment renouvelée. Le plaisir de la découverte des premières lectures est vite remplacé par celui de l'attente impatiente des péripéties suivantes des prochaines pages, on s'en régale d'avance. Aujourd'hui encore, après quelques décennies, si je devais n'emmener qu'UNE série sur une île déserte... bref, on ne touche pas à Tintin !
Maintenant, si j'essaie de me détacher autant que je peux de l'affect pour appréhender l’œuvre d'Hergé, je trouve que, hormis les tout premiers, les récits sont sacrément bien construits. Les déroulements s'enchaînent, l'intensité dramatique se poursuit, entrecoupée de parenthèses d'humour en particulier avec les déboires du capitaine ou la surdité de Tournesol, mais le fil n'est jamais perdu et Hergé nous mène là où il veut. Un modèle du genre est le secret de la Licorne, aucun détail même d'arrière plan n'est laissé au hasard, c'est du grand art. Les bijoux de la Castafiore sont aussi ciselés à souhait.
Et le dessin, clair, Essentiel avec un grand E, rien de superflu. Avec la simple ligne claire et les aplats de couleurs, on a la moiteur des forêts tropicales et le sublime des neiges himalayennes. Des personnages tous trop trognons accompagnent Tintin, que demander de plus ?
Ah si, même si on pourrait reprocher le journal dans lequel travaillait Hergé, il n'empêche que Tintin est toujours du côté de l'opprimé, et l'affirme de plus en plus au fil des albums.
Mes préférés, tous à partir du Lotus bleu, mais surtout, on va dire dans l'ordre : le secret de la Licorne, les bijoux de la Castafiore, Tintin au Tibet, l'affaire Tournesol, l'étoile mystérieuse, l'île noire, le diptyque au Pérou, celui sur la lune... bref tous.
Rien que d'en parler, j'ai envie de me refaire la série, tiens, soirée cocooning Tintin aujourd'hui !
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Mickey et l'océan perdu
Comme à peu près tout le monde, je pense, ma première impression en ouvrant Mickey et l'océan perdu, c'est l'émerveillement. Cette BD est vraiment magnifique ! Le style graphique est tout-à-fait somptueux. On retrouve toute la rondeur et les couleurs de l'univers Mickey, mais avec une dimension steampunk qui y apporte une énorme valeur ajoutée. Graphiquement, ça envoie du lourd, surtout quand Camboni décide d'exploiter la totalité de sa double-page, nous immergeant ainsi à fond dans cet univers assez fascinant. D'autant plus que la BD en elle-même est un objet très agréable à manier, avec son dos toilé et ses pages épaisses. Un vrai plaisir de lecture ! En revanche, je reconnais - là aussi, comme la majorité des lecteurs, je crois - que le scénario n'est pas toujours à la hauteur. On se demande bien pourquoi avoir repris l'univers de Mickey si c'est pour modifier la fonction des personnages : Dingo est absolument sérieux et Pat Hibulaire devient gentil (ce qui aurait pu être intéressant mais est traité par-dessus la jambe). Certes, il fallait bien coller aux canons de la saga (reprendre le personnage de Mickey à son compte), mais dans ce cas, autant créer sa propre saga, non ? Les péripéties ne sont pas mauvaises, mais toutes ne sont pas exploitées (l'ellipse de 5 ans est une super idée, mais se justifie très peu) et on reste dans un canevas très, trop classique. Avec un tel univers à développer, on pouvait faire beaucoup mieux. Là, il semble que l'univers imaginé était trop ambitieux pour être développé en un seul tome... Il n'empêche qu'on peut passer un très bon moment de lecture grâce au côté steampunk vraiment réussi et aux planches, d'une indéniable beauté, pleines de détails (parfois trop, même) et aux couleurs vives et chaleureuses. Bref, un peu décevant sur le fond, mais gros coup de cœur sur la forme ! Ça reste à lire, ne serait-ce que par curiosité, mais à essayer avant d'acheter.
J'irai cracher sur vos tombes
Ouh, pute borgne de pute borgne de bordel de cul ! Quel roman noir que celui-ci !!! Non, sérieusement, je ne m’y attendais pas. Une telle violence, une telle haine… pas tant démonstrative que taraudeuse. Une de ces haines qui vous ronge, qui vous consume de l’intérieur, qui vous tord les tripes à vous en faire vomir de dégoût sur cette humanité répugnante. Moi qui garde de Boris Vian l’image d’un zazou innocent et provocateur, j’avais bien entendu parler de ses écrits sous le pseudo de Vernon Sullivan mais je ne m’attendais pas à un truc aussi sulfureux. « J’irai cracher sur vos tombes » est donc, avant cette adaptation, un roman. Noir… très noir. Lee Anderson a une boule de haine en lui qui en fait un des personnages les plus violents qu’il m’ait été donné de découvrir dans un roman. Pas tellement au niveau physique du terme mais ce gars a une telle rage en lui, une telle envie de détruire que la violence exsude de tous ses pores. Roman écrit dans les années ’40 et adapté récemment en bande dessinée avec brio, je ne saurais dire si c’est dû à l’un ou à l’autre mais ce récit est d’une modernité étonnante. Modernité de ton par le caractère sexuel affirmé de l’intrigue. Modernité de thème ensuite puisqu’il est encore question ici de racisme et de la condition des afro-américains dans le pays de l’oncle Sam. Modernité de l’écriture, enfin, qui nous donne tout sauf le sentiment de lire l’adaptation d’un roman signé au sortir de la seconde guerre mondiale. Ce récit est prenant, puissant, sexuellement explicite. Pas étonnant qu’il ait dérangé à sa sortie. Le plus formidable étant qu’il a été publié ! Et l’adaptation que nous livrent Jean-David Morvan et Ray Macutay ne souffre d’aucune faiblesse. Cette bande dessinée nous offre une lecture fluide, le découpage est clair, le dessin est sec et net, l’ambiance est là. Vous cherchez un polar noir, violent et sans tabou. N’allez pas plus loin ! ‘Tain, là, ils m’en ont foutu plein la tronche !!
New York cannibals
J'ai beaucoup aimé cet album qui est donc une suite de Little Tulip, BD que j'avais trouvée franchement bien faite. Il semble que l'apparition d'un fantastique" chamanique" dérange un peu les lecteurs, j'ai envie de dire que François Boucq a beaucoup travaillé avec Jodorowski, alors forcément je me dis que ça doit laisser des traces. En ce qui concerne le dessin je n'ai pas grand-chose à dire, c'est maitrisé, les décors de New York sont fabuleux et correspondent à l'imaginaire que je me fais de cette ville. F. Boucq nous fait rencontrer certaines couches de la société, sans fard, nous sommes en totale immersion. Certains puristes regretteront sans doute que l'on ne sache rien de la provenance des pouvoirs de l'enfant. Que diantre, moi j'aime quand le fantastique sait garder sa part d'ombre, qu'on ne m'explique pas tout. À mon imaginaire de bosser un peu. Pour moi un excellent album et si la collaboration entre les deux auteurs doit se poursuivre nul doute que je serai de la partie.
Square Eyes
Le message (avertissement ?) de cette BD n’est pas foncièrement nouveau ou original, mais plus que jamais d’actualité. Anna Mill et Luke Jones nous présentent une dystopie où la réalité augmentée (technique qui consiste à juxtaposer des données virtuelles sur le monde réel) est couplée à un réseau social omniprésent et à une connexion directe au cerveau (donc pas besoin d’appareil, votre vision du monde est modifiée en temps réel). Les réflexions sont multiples : inégalité d’accès au réseau (toutes les zones de la ville ne sont pas équipées), dépendance sociale (on ne peut rien faire sans être connecté, pas trouver de boulot etc.), contrôle des masses, et surtout données personnelles dans les mains de quelques illuminés aux intentions plus que douteuses. Tout cela vous rappelle-t-il Facebook ? Les appareils de réalité augmentée « Hololens » de Microsoft ? Elon Musk (le fondateur de Tesla et SpaceX) qui connecte une puce au cerveau d’un cochon ? A-t-on ici affaire à de la science-fiction, ou à notre futur proche ? La narration est volontairement nébuleuse et onirique, pour représenter l’état second du protagoniste principal, et de manière plus générale les dangers de la connexion cérébrale permanente, avec cette frontière floue entre les mondes réel et virtuel. A ce titre la lecture est parfois éprouvante, même si je n’ai jamais complètement décroché (tout devient plus clair dans la deuxième moitié du récit). Et puis disons-le : « Square Eyes » est aussi une énorme claque graphique. Anna Mill a utilisé des techniques de dessin traditionnelles, et si son trait est en soi maitrisé et fourmille de détails, il est sublimé par la représentation parfaite de la réalité augmentée : le réseau juxtapose des couleurs et autres « améliorations » à la triste réalité (représentée en noir et blanc). L’autrice est diplômée en architecture, et cela se ressent dans son dessin : minutie architecturale, crédibilité du monde jusqu’à dans ses moindres détails… détails montrés dans les nombreux passages contemplatifs. J’ai mis beaucoup de planches dans la galerie, mais vous en trouverez encore plus ici (en VO). Un OVNI graphique, et un scénario classique mais terriblement efficace, et qui fait froid dans le dos. Une première œuvre impressionnante pour Anna Mill et Luke Jones, deux jeunes auteurs britanniques à suivre.
Le Singe de Hartlepool
Publié il y a maintenant huit ans, « Le Singe de Hartlepool » est l’album qui a révélé Jérémie Moreau, un peu sans doute grâce à la participation de Wilfrid Lupano au scénario. Et on le comprend aisément à la lecture ! En effet, force est de constater que l’alchimie entre les deux auteurs a parfaitement bien fonctionné. Lupano a construit un récit captivant et fluide en se basant sur un fait réel terrible et édifiant, où la réalité dépasse la fiction. De nos jours, on a un peu de mal à comprendre comment, il y a 200 ans, les habitants d’une petite ville ont pu se mettre d’accord pour condamner un singe à mort en le prenant pour un humain… Il n’en reste pas moins que depuis, l’événement est entré dans la légende de Hartlepool et fait la fierté de la ville, allez comprendre… Moreau quant à lui a su retranscrire le propos à l’aide d’un trait original, vigoureux et expressif, dans un esprit très « cartoon », avec des personnages haut en couleurs, des « gueules » souvent effrayantes où semblent macérer la bêtise et l’ignorance, plus simiesques que le protagoniste principal, le fameux singe du titre. Et l’on se surprend à penser que si l’évolution de Jérémie Moreau vers un graphisme plus pictural – l’auteur aime manier la couleur, et ça se voit —, avec La Saga de Grimr et Penss et les plis du monde, est une démarche digne de respect, on aimerait aussi le voir opérer une sorte de « retour aux sources ». Dans ses deux dernières œuvres, l’auteur fait la part belle aux paysages et à une nature omniprésente et toute puissante, et c’est plutôt réussi, au détriment des personnages qui semblent moins aboutis, ce que l’on peut légitimement regretter à la lumière du « Singe de Hartlepool ». La réussite de cette œuvre réside dans le fait d’avoir actualisé une « légende » locale en apparence anodine et amusante pour les enfants et les touristes, en la transformant en farce grotesque assez peu reluisante pour le genre humain dans son ensemble. Fable puissante sur l’effet de meute et la cruauté qui en résulte, « Le Singe de Hartlepool » devrait faire réfléchir chacun d’entre nous, à l’heure des réseaux sociaux où un simple mauvais buzz non vérifié peut se révéler psychologiquement destructeur pour celui ou celle qui en est la victime. Une thématique par ailleurs chère à Jérémie Moreau et qui traverse ses deux derniers albums.
Purgatoire
Il parait qu’avant de paraître devant Dieu, l’homme a besoin d’une purification. Et donc le passage au purgatoire est nécessaire pour expier nos péchés dont nous n’aurions pas fait pénitence suffisamment avant notre trépas. Nous sommes souvent trop empêtrés dans notre égoïsme, notre orgueil et nos violences. Voilà ce qui arrive à Benjamin Tartouche ! Tout semblait lui sourire. Il venait d’hériter d’une grande maison d’une vieille tante, il avait acquis du matériel informatique dernier cri pour répondre aux nombreuses sollicitations des premiers clients de sa petite société créée récemment. Mais patatras ! la maison brûle. L’assureur fait trainer le dossier pour n’avoir rien à rembourser. Et voilà Benjamin Tartouche dépouillé de tout. Il doit se résoudre à vivre dans la rue. Comble de malchance il se fait renverser par une voiture. Il décède sur le coup ! Et c’est là que ses ennuis ont vraiment commencé ! Il se retrouve donc au purgatoire. Un choix s’offre à lui. L’enfer immédiatement ou rejoindre de nouveau le monde des vivants en tant que conscience. Etre la petite voix que l’on entend au fond de soi. Il sera invisible aux vivants. Son objectif pour une certaine rédemption, être obligé de ramener un vivant dans le droit chemin. Il contribuera ainsi à sa manière à rendre l’homme meilleur. Aucune limite dans le temps pour réaliser sa mission. Ce roman graphique de Stéphane Chabouté est magnifique. Quelle claque ! L’histoire est loin d’être niaise. Au contraire. Les émotions sont au rendez-vous. Et j’en sors un peu chamboulé de cette lecture qui interroge. Benjamin Tartouche va devoir apprendre à regarder ses concitoyens avec plus d’attention et avec plus de recul. Il va falloir choisir entre l’indulgence et la vengeance. Car bien évidemment vous l’avez compris, cet anti héros est plus que jamais face à sa propre conscience. Le dessin est parfait. Très beau boulot notamment sur les expressions des personnages. Les couleurs sombres utilisées sont particulièrement adaptées. Une vraie réussite graphique. A noter que des personnages célèbres jalonnent ce triptyque pour notre plus grand plaisir. Voici donc un ouvrage original, génial, comme j’aimerais en lire plus souvent. Tout est juste parfait. Quel régal d’avoir découvert cette bande dessinée un peu par hasard en farfouillant dans les présentoirs de ma librairie préférée. Je recommande chaleureusement.
La Fuite du cerveau
L'avis de Mac Arthur, particulièrement motivant, m'a amenée dans la galerie pour voir de quoi il retournait. Rien que les deux images du bas de la première page (des patients entrent, d'autres sortent....) m'ont fait dire : ça, c'est pour moi ! J'avais envie de me faire plaisir, détour donc par mon libraire bd favori. Que dire de plus : que ce soit au niveau du scénario, de l'humour ou du dessin, tout est raccord, c'est enlevé, drôle, inattendu, inventif, plaisant, rythmé, loufoque, ... le mot qui me vient est « sautillant », je ne sais pas pourquoi. Allez voir les planches de la galerie, si le début vous plait, tout est du même niveau, peu de risque d'être déçu. La première lecture est particulièrement délicieuse par le suspense bien présent, que va t-il donc pouvoir inventer encore ? Mais je le relirai volontiers, rien que pour les dessins et l'humour. Je ne connaissais pas l'auteur mais je vais me rattraper.
Malgré tout
C’est à une belle histoire d’amour que Jordi Lafebre nous convie mais ce qui la rend extraordinaire, c’est ce découpage inversé qui nous permet de remonter le temps depuis la conclusion jusqu’au premier regard. Et pourtant, ce récit aurait pu n’être qu’une banale comédie romantique… banale mais plaisante tout de même. On retrouve les habituels éléments du genre. Ils se sont aimés, la vie les a séparés, ils se sont revus, ils ont changé, vont-ils s’accoupler ? (Oui, le dernier questionnement est quelque peu trivial mais bon, c’est la finalité de toute comédie romantique, non ?) Les deux personnages centraux sont attachants et tellement dissemblables que leur histoire n’en devient que plus touchante. Oui, ça aurait pu être banal… Seulement voilà ! Il y a ce découpage qui va, tout du long, créer un suspense inversé. Nous ne nous demandons pas s’ils vont se retrouver mais bien pourquoi ils se sont quittés. Nous ne nous demandons pas si un pont va être construit mais pourquoi sa construction a posé problème. Nous ne nous demandons pas ce que va devenir un vieux canapé mais pourquoi une maire sortante lui accorde autant d’importance. Et encore mille ‘pourquoi ?’ au lieu de ‘vont-ils ?’ C’est une idée de construction scénaristique d’une grande audace et le plus fabuleux est que sa mise en place fonctionne parfaitement, jusqu’à un dernier chapitre où le processus poussé à l’extrême fonctionne somptueusement. Tedjeu, j’aurais presque versé une petite larme, tiens ! Et puis, cerise sur le gâteau, le dessin de Jordi Lafebre est une fois de plus excellent. Expressif en diable, surtout pour les mimiques de visages qui lui permettent de faire passer un large panel d’émotions, net et d’une grande lisibilité, il apporte ce confort de lecture doublé du plaisir purement visuel d’un beau dessin qui fait que j’accroche systématiquement à ses œuvres. Très certainement, LA comédie romantique du moment !
Muertos
La décennie 2000 a connu un sacré coup de fouet sur l'ensemble des médias sur le thème des zombies. Probablement boosté par le succès de Walking Dead en comics, les créatures de George A. Romero et autres infectés nerveux ont été déclinés à toutes les sauces avec plus ou moins de succès. Avec le présent ouvrage, Pierre Place nous propose une variation un peu plus étonnante en situant sa vision crépusculaire dans un continent et un contexte historique un peu plus originaux que par habitude. En effet les quelques 150 pages nous entraînent dans un Mexique de début XXème siècle. Les premiers véhicules motorisés existent déjà mais les riches haciendas cachent encore quelques incohérences sociales en distinguant les bourgeois de leurs domestiques ou les natifs indigènes des colons. Le début de cette histoire est encore assez laborieux, la présentation des différents protagonistes étant volontairement fort confuse. Peu importe ! Face à une menace commune et inattendue de morts-vivants particulièrement virulents, les différents clans devront abandonner leurs rancœurs ainsi que leur foyer et s'unir pour fuir vers de nouveaux horizons censés être plus sereins. Pierre Place construit intelligemment une menace zombie dans un chaos d'autant plus saisissant qu'il alterne scènes d'action haletantes et répits plus intimistes. Si les courts laps de temps pour se préparer et se reposer permettent de développer des personnages que l'on a eu à peine le temps de faire connaissance, on peut parfois déplorer quelques dialogues longuets qui cassent le rythme. Pourtant cette alternance offre malgré tout quelques bouffées d'oxygène dans cette ambiance anxiogène de tous les instants. Ici le zombie est rapide, malin et silencieux. C'est justement ce silence qui crée une tension assez remarquable. Ces fameux calaveras cadavériques ne sont pas cannibales et l'auteur est assez malin pour éviter le gore au profit d'une violence sourde. Le dessin en noir & blanc dans un style semi réaliste est de toute beauté. Les décors sont travaillés et offrent des paysages crépusculaires et denses. Les scènes de nuit, se passant dans un bois isolé, un cimetière ou sous une pluie d'orage confèrent une ambiance glauque réussie qu'on n'avait plus vu dans un style radicalement différent depuis Apocalypse sur Carson City. Seul petit hic : la difficulté à reconnaître certains personnages dont les traits se ressemblent. La conclusion reste prévisible mais fait néanmoins son petit effet. Vendu comme une fable sociale, Muertos ne sera pas une énième série zombie de plus. Assez proche dans son déroulement au sous-estimé "Ghosts of Mars" de John Carpenter pour sa dimension sociale (les natifs veulent récupérer leur terre face aux colons, mort ou vifs) et distribuant de jolis rôles féminins également, Pierre Place a créé un curieux melting pot. Cela ne plaira pas forcément à tous et le récit aurait gagné à être un peu plus resserré mais c'est une jolie surprise et quelle claque graphique (voir cette double page en gros blanc avec les goules chevauchant leurs montures). Ce ne sera hélas jamais un grand succès commercial mais quel OVNI ! Pierre Place est une personnalité de plus à surveiller...
Les Aventures de Tintin
Comment débuter ma participation sinon par Tintin. J'ai appris à lire avec Tintin et même bien avant, aux dires de mes parents, car je ne m'en souviens forcément pas, j'ai appris à parler avec les personnages de Tintin. Ils étaient sur le calendrier du mur de la cuisine, il paraît qu'on me les montrait et je disais : « Tintin, Haddock, ... ». Après, je les ai tous lus, relus, re-relus quasiment à les connaître par cœur. À chaque fois c'était une aventure constamment renouvelée. Le plaisir de la découverte des premières lectures est vite remplacé par celui de l'attente impatiente des péripéties suivantes des prochaines pages, on s'en régale d'avance. Aujourd'hui encore, après quelques décennies, si je devais n'emmener qu'UNE série sur une île déserte... bref, on ne touche pas à Tintin ! Maintenant, si j'essaie de me détacher autant que je peux de l'affect pour appréhender l’œuvre d'Hergé, je trouve que, hormis les tout premiers, les récits sont sacrément bien construits. Les déroulements s'enchaînent, l'intensité dramatique se poursuit, entrecoupée de parenthèses d'humour en particulier avec les déboires du capitaine ou la surdité de Tournesol, mais le fil n'est jamais perdu et Hergé nous mène là où il veut. Un modèle du genre est le secret de la Licorne, aucun détail même d'arrière plan n'est laissé au hasard, c'est du grand art. Les bijoux de la Castafiore sont aussi ciselés à souhait. Et le dessin, clair, Essentiel avec un grand E, rien de superflu. Avec la simple ligne claire et les aplats de couleurs, on a la moiteur des forêts tropicales et le sublime des neiges himalayennes. Des personnages tous trop trognons accompagnent Tintin, que demander de plus ? Ah si, même si on pourrait reprocher le journal dans lequel travaillait Hergé, il n'empêche que Tintin est toujours du côté de l'opprimé, et l'affirme de plus en plus au fil des albums. Mes préférés, tous à partir du Lotus bleu, mais surtout, on va dire dans l'ordre : le secret de la Licorne, les bijoux de la Castafiore, Tintin au Tibet, l'affaire Tournesol, l'étoile mystérieuse, l'île noire, le diptyque au Pérou, celui sur la lune... bref tous. Rien que d'en parler, j'ai envie de me refaire la série, tiens, soirée cocooning Tintin aujourd'hui !