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J'irai cracher sur vos tombes

Note: 3.67/5
(3.67/5 pour 6 avis)

Au milieu des années 1940, le poète, écrivain et dramaturge Boris Vian crée le personnage de Vernon Sullivan. A une époque où les romans policiers d'outre-Atlantique connaissent un grand succès en France, cet alias américain, dont Boris Vian prétend au départ n'être que le traducteur, permet à son auteur de s'essayer au roman noir et d'explorer ainsi tout un nouveau pan de sa littérature et sans doute d'assouvir quelques fantasmes secrets ... En l'espace de 4 ans , Vian écrira sous le pseudonyme de "Vernon Sullivan" quatres polars sans concession, sensuels (sinon sexuels) et teintés d'humour noir, qui firent scandale lors de leur parution.


Adaptations de romans en BD Boris Vian Ecole Supérieure des Arts Saint-Luc, Bruxelles Jean-David Morvan Racisme, fascisme [USA] - Dixie, le Sud-Est des USA

« J'avais toutes les filles les unes après les autres, mais c'était trop simple, un peu écœurant. » Lee Anderson, vingt-six ans, fils d’une métisse, quitte sa ville natale après la mort de son frère noir, lynché parce qu’il était amoureux d’une blanche. Il échoue à Buckton, petite ville du Sud des États-Unis où il devient gérant de librairie. Grand, bien bâti, payant volontiers à boire et musicien de blues émérite, Lee parvient sans mal à séduire la plupart des adolescentes du coin. Auprès d’une petite bande locale en manque d’alcool mais très portée sur le sexe, il mène une vie de débauche. Sans toutefois perdre de vue son véritable objectif : venger la mort de son frère. Bien éloigné des romans habituels de Boris Vian, ce récit est probablement le plus violent, le plus cru et en même temps le plus représentatif du style « Vernon Sullivan ». À travers une histoire âpre où la sexualité, violente, est omniprésente, Vian dénonce le racisme ambiant et la condition précaire des Noirs dans le Sud des États-Unis.

Scénariste
Auteur oeuvre originale
Dessinateurs
Coloriste
Editeur / Collection
Genre / Public / Type
Date de parution 11 Mars 2020
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série J'irai cracher sur vos tombes

28/03/2020 | Yann135
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Par sloane
Note: 4/5
L'avatar du posteur sloane

Il est vrai que les amateurs de romans noirs ont trouvé à qui parler. Dans le genre noirceur absolu teinté de cynisme cela se pose là. Je n'avais jamais lu du Boris Vian avant de découvrir cette BD, pour moi j'avais un pré-supposé qui me faisait penser que c'était quelqu'un d'intello avec des textes un peu inabordables. Si l'on se replace dans le contexte de la date de parution du roman dont est tirée cette BD (les années 40), je me dis qu'effectivement pour l'époque ça envoyait du lourd. Un noir qui s'envoie à tire-larigot des petites blanches et des scènes de sexe plus qu'explicites. Je me dis que mes grands-parents n'ont pas dû lire ça souvent. Si ma mémoire est bonne et elle l'est aucun B. Vian dans leur bibliothèque par ailleurs bien fournie. Ne connaissant pas le roman je ne peux juger de son adaptation, mais pour ce que j'en vois c'est plutôt bon. Le dessin est plutôt bon avec une colorisation tout en douceur qui vient en contrepoint de l'action. Je vais aller voir les autres titres de la collection consacrée aux adaptations en BD des romans de Vian.

26/02/2021 (modifier)
L'avatar du posteur Guillaume.M

« J’irai cracher sur vos tombes » fait partie de la collection Vernon Sullivan, alias de Boris Vian utilisé dans les années 40 pour raconter des histoires provocantes. Il est paru chez Glénat en même temps que Les Morts ont tous la même peau. Le titre laisse peu de place au suspense. C’est froid, impertinent, violent et cru. Lee Anderson, fils blanc d’une métisse, est en quête de vengeance. Son frère noir a été lynché pour avoir aimé une blanche. Les blancs vont devoir payer ! Graphiquement, c’est propre et efficace, même si je regrette les confusions entre certains personnages féminins. En fonction du niveau de détails des planches/cases, les visages et physiques ne permettent pas toujours d’identifier la protagoniste, surtout si elle est blonde. Comme dans Les Morts ont tous la même peau, le postulat de départ est bon, mais le développement souffre des mêmes défauts. L’histoire de vengeance se serait suffie à elle-même… mais dans les années 40, Boris Vian veut choquer, provoquer. Il ajoute donc à un contexte de lutte raciale déjà subversif une (grosse) dose de sexe. Autant aller au bout de la provocation. Je ne suis évidemment pas contre la démarche, ni un apport érotique dans un scénario. Mais là encore, je trouve que cela affecte l’équilibre du récit et noie la vengeance dans le cul. Dommage !

23/12/2020 (modifier)
Par Canarde
Note: 3/5
L'avatar du posteur Canarde

Glaçant et dérangeant. Je n'ai pas lu le roman original, mais je comprends bien pourquoi ce livre a fait scandale à sa sortie : La morale est entièrement bouleversée, la crudité des sentiments et des actes du héros ont eu de quoi rendre perplexe les médias des années 50/60. Un nègre blanc se venge du lynchage de son petit frère en abusant de riches filles désœuvrées. Boris Vian, caché derrière le nom de Vernon Sullivan, et se prétendant son traducteur, peut se jeter à corps perdu dans un fantasme d'écriture américaine : phrases courtes, dépravation, violences raciales, déracinement. L'adaptation de Morvan mélange cette avidité vers une liberté imaginée d'outre-atlantique et une esthétique un peu antique, avec des corps musculeux, nus et blonds. Si bien que ce drame issu de la ségrégation raciale finit par parler de la douleur des noirs sans jamais en montrer un seul. Ce qui a un coté encore plus déplacé. La voix Off suit le point de vue du héros. Les couleurs pâles et peu nombreuses, dans une lumière blafarde, et les traits indécis, contribuent à une sorte d’ambiguïté générale qui pèse tout du long. Les grandes maisons coloniales et les voitures américaines restent dans un crayonné vague, comme pour éviter tout plaisir de l’œil, intempestif. Personne n'est vraiment sauvé dans ce scénario : la vie des riches blancs est vide, les noirs son absents, mis à part ce cheval de Troyes qu'est le Héros, caché sous la profession inoffensive de libraire. Pas d'empathie, pas de psychologie non plus. La cruauté pourrait presque être perçue comme un acte gratuit. Bref ça questionne, A qui peut-on s'identifier dans cette histoire ? A Personne.

29/11/2020 (modifier)
L'avatar du posteur Noirdésir

J’ai eu ma période Boris Vian, et j’en garde encore de très bons souvenirs de lecture (ah ! Vercoquin et le plancton !). Et j’avais découvert en même temps la partie Vernon Sullivan de son œuvre, qui m’avait tout autant captivé. « J’irai cracher sur vos tombes » en particulier. Et je dois dire que Morvan n’a pas trahi ce roman, et a bien respecté la violence brute qui le traverse, qui habite le héros, Lee. Lee cherchant à venger la mort d’un frère, l’humiliation d’un autre à cause de leur peau noire. Il faut dire que Lee est un « nègre blanc », sa peau ne trahit pas sa couleur, comme son comportement calme et jouisseur ne trahit pas la haine qui bouille en lui. Le côté superficiel de la société blanche américaine de l’après-guerre est bien rendu. Et cet aspect morne, plan plan, bêtement jouisseur, renforce évidemment par contraste la violence de Lee. D’autant que Vian comme Morvan la montrent à son état brut, sans alibi psychologique ni enrobage romantique. Et la violence érotique aussi (Pauvert avait ainsi d’ailleurs étudié ce roman dans sa remarquable « Anthologie des lectures érotiques » - en citant comme extrait la scène en trio dans la salle de bain, ici reprise). Non, c’est une belle adaptation. Mes bémols iront juste au dessin, qui n’est pas forcément ma tasse de thé (et qui change parfois), avec des décors quasi absents parfois. Le personnage de Lee est même parfois difforme je trouve. Mais bon, ça passe quand même, l’essentiel est ailleurs… Et Morvan peut ici donner envie de se replonger dans la noirceur sauvage de Vian (voire de découvrir ses romans !). Note réelle 3,5/5.

29/11/2020 (modifier)
L'avatar du posteur Mac Arthur

Ouh, pute borgne de pute borgne de bordel de cul ! Quel roman noir que celui-ci !!! Non, sérieusement, je ne m’y attendais pas. Une telle violence, une telle haine… pas tant démonstrative que taraudeuse. Une de ces haines qui vous ronge, qui vous consume de l’intérieur, qui vous tord les tripes à vous en faire vomir de dégoût sur cette humanité répugnante. Moi qui garde de Boris Vian l’image d’un zazou innocent et provocateur, j’avais bien entendu parler de ses écrits sous le pseudo de Vernon Sullivan mais je ne m’attendais pas à un truc aussi sulfureux. « J’irai cracher sur vos tombes » est donc, avant cette adaptation, un roman. Noir… très noir. Lee Anderson a une boule de haine en lui qui en fait un des personnages les plus violents qu’il m’ait été donné de découvrir dans un roman. Pas tellement au niveau physique du terme mais ce gars a une telle rage en lui, une telle envie de détruire que la violence exsude de tous ses pores. Roman écrit dans les années ’40 et adapté récemment en bande dessinée avec brio, je ne saurais dire si c’est dû à l’un ou à l’autre mais ce récit est d’une modernité étonnante. Modernité de ton par le caractère sexuel affirmé de l’intrigue. Modernité de thème ensuite puisqu’il est encore question ici de racisme et de la condition des afro-américains dans le pays de l’oncle Sam. Modernité de l’écriture, enfin, qui nous donne tout sauf le sentiment de lire l’adaptation d’un roman signé au sortir de la seconde guerre mondiale. Ce récit est prenant, puissant, sexuellement explicite. Pas étonnant qu’il ait dérangé à sa sortie. Le plus formidable étant qu’il a été publié ! Et l’adaptation que nous livrent Jean-David Morvan et Ray Macutay ne souffre d’aucune faiblesse. Cette… (lire plus)

06/10/2020 (modifier)
Par Yann135
Note: 4/5
L'avatar du posteur Yann135

Le roman de Boris Vian a créé la polémique en son temps. Trop de violence gratuite, trop de sexe, pour au final une histoire pas du tout vertueuse qui a entrainé notre Boris Vian et sa maison d’édition rapidement devant la justice. C’est pourtant à ce classique de notre littérature que se sont attaqués Jean David Morvan au scénario accompagné pour le dessin de Yen, de Rafael Ortiz et de Rey Macutay. Une réussite totale ! L’atmosphère glauque, l’inhumanité latente, le sexe consommé sans tabou, ou encore la violence pour la violence sont palpables tout au long des 108 pages de cet album. Boris Vian aurait apprécié indéniablement le graphisme et n’aurait pu qu’être satisfait du travail des auteurs. Je recommande vivement cet album

28/03/2020 (modifier)