Cette mini-série a une bonne réputation et je dois qu'elle est mérité !
La seconde guerre mondiale est finie et les super-héros se demandent quoi faire: certains raccrochent, un tel devient un politicien influent, un essai d'être romancier etc et etc. Le ton rappelle Watchmen vu qu'on suit plusieurs super-héros qui ont des problèmes et qu'il y a un coté politique et social dans le récit quoique cela m'a semblé moins noir que l'œuvre de Moore et Gibson. Il faut dire que cela se passe dans l'Amérique fin des années 40-début des années 50 où et si les auteurs montrent des problèmes de cette époque, ce n'est pas le début d'une possible apocalypse comme dans Watchmen.
J'ai trouvé que le scénario était intelligent et que l'univers est crédible. Par exemple, le scénariste donne une bonne explication sur pourquoi la guerre a continué plusieurs années malgré le fait qu'il y a des super-héros ou encore il y a une piste intéressant sur la question 'pourquoi il y a autant de super-héros au USA'. Le récit est prenant et les personnages sont terriblement attachants. La seule ombre au tableau est qu'il y a plusieurs personnages et que la plupart était inconnu pour moi alors parfois j'aillais relire la présentation des personnages présent au début de l'ouvrage pour bien me souvenir de qui était qui. Je pense qu'une des forces de Watchemen est qu'on suivait un groupe réduit de super-héros et que la plupart des héros de l'ancienne génération apparaissaient que dans des flashbacks alors qu'ici il y a une bonne douzaine même si c'est vrai que plusieurs ont un rôle plutôt réduit.
Le dessin est très beau. C'est réaliste sans être froid comme dans les comics modernes qui utilisent un peu trop l'ordinateur à mon gout. Sinon, il y a une histoire en bonus datant des années 70. C'est pas mauvais, mais elle souffre de la comparaison avec la mini-série qui elle peut intéressé les non-fans de super-héros et qui a un scénario profondeur. Donc c'est un récit basique de super-héros pas mauvais, mais sans plus. Je n'ai pas trop aimé comment des personnages de la mythologie germaniques travaillent pour le camp d'Hitler et Hitler lui-même à presque l'air d'un gros méchant de comics genre Docteur Fatalis.
Pour être connue, elle est connue cette histoire ! Et pourtant, David Ratte trouve un angle super original pour nous la raconter. C’est intelligent, drôle, subtil et léger. Avoir choisi comme héros, non pas les apôtres ou Jésus, mais les pères des apôtres qui ne comprennent pas très bien ce qui se passe avec leurs enfants pose d’emblée les bases d’un scénario décalé qui éveille notre attention. Les trois albums du premier cycle sont plus qu’à la hauteur ! L’humour n’est jamais lourd et les dialogues avec leur bonne dose d’anachronismes m’ont fait éclater de rire. Le dessin est très bon, il doux et lumineux. Mi réalistes, mi caricaturaux, les personnages principaux aux caractères bien trempés se révèlent non seulement drôles mais aussi très émouvants dans leur quête pour retrouver leur fils. Franchement, c’est à lire.
Le second cycle du Voyage des Pères est tout aussi réussi que le premier mais un rien décousu quand même. Les dialogues et leur bonne dose d’anachronismes sont un peu plus lourds que dans le premier cycle et, à mon goût, le scénario perd un peu trop de vue les pères. Ca c’était le petit moins. Le gros plus, c’est qu’on découvre l’envers du décor de personnages historiques bien connus, comme Ponce Pilate et Barrabas, et on constate que leur vie ne se réduit pas aux quelques instants liés à la mort de Jésus… et ça c’est franchement drôle. Je ne change pas ma note, la série restant de très bonne qualité !
Suite aux nombreuses éloges que j'ai pu lire sur ce site ou entendre sur cette série, enfin je me suis décidé à acheter les 4 tomes d'un coup.
Rarement, j'ai été aussi émotionné durant la lecture de bd.
L'auteur nous raconte une histoire ordinaire: la vie banale d'un photographe qui a peur de s'engager et de grandir.
Le pitch est peut-être ordinaire, mais la qualité de cette série ne l'est pas. Elle est extraordinaire. En effet, Marco, le personnage principal est vraiment attachant. Tout de suite, on s'identifie à lui et on partage rapidement avec lui, ses états d'âmes et ses doutes.
Cette BD est extraordinaire, de part les nombreux sujets du quotidien qu'elle aborde: la peur de s'engager, la volonté de faire un métier qui nous plait réellement, la drogue, le suicide, la maladie, la famille, la politique et j'en passe. Mais elle ne fait pas qu'aborder ces sujets, elle les traite avec une certaine profondeur. Chacun des tomes m'ont fait réfléchir et m'ont même parfois, bouleversé.
Je terminerais par dire qu'il s'agit d'une des rares séries de BD qui m'a à la fois fait verser une petite larme, mais qui m'a également fait énormément rire. On est très loin de l'humour caca-prout ou de l'humour facile. Ici, l'humour est vrai, sincère et touchant, et donc hilarant.
5 étoiles
MAUPERTUIS, OSE ET RIT !
Les formidables aventures de Lapinot, c'est une BD que j'ai mis du temps à apprivoiser.
Quand je l'ai découverte il y a une vingtaine d'années, je n'ai pas été charmé par les histoires du quotidien du petit groupe de jeunes urbains qui en sont les héros. Et j'ai été déstabilisé et pas convaincu non plus par les albums mettant en scène les avatars de ces personnages dans des contextes différents et hétéroclites comme un western, une polar fantastique dans les années 1920 ou encore une romance à l'anglaise du 19e siècle.
Mais c'est au fil du temps, au fur et à mesure que je me suis attaché aux personnages et à l'esprit de Lewis Trondheim que je me suis mis à aimer de plus en plus la série. Et c'est quand est paru l'album "La vie comme elle vient" que je me suis rendu compte à quel point j'aimais Lapinot quand j'ai ressenti le déchirement de sa perte.
Depuis la série fait partie de mes préférées.
Le dessin paraît simple mais il est très bon et très expressif. Il parvient en outre ça et là à offrir de belles cases pleines de charme et d'atmosphère. Il rend à mes yeux la série particulièrement agréable à lire et à regarder.
Les histoires semblent ne pas raconter grand chose, tourner autour de petites intrigues, de petites aventures sans grand intérêt, et pourtant non, c'est passionnant, prenant, on entre dans l'univers de Lapinot comme dans un monde à part. C'est surtout l'imagination débordante de Trondheim qui s'y reflète avec une foule de bonnes idées, parfois incongrues mais intelligentes malgré tout et surtout pleines d'humour. Les dialogues sont excellents et on ne sait jamais où les intrigues vont nous mener tant l'auteur se permet de nombreuses libertés, abordant souvent de plein fouet le fantastique ou l'action débridée tout en respectant l'esprit de sa série et l'humanité de ses protagonistes. De tous les albums parus, je préfère ceux se déroulant dans la période contemporaine car j'ai aimé suivre l'évolution des personnages et en particulier de Lapinot et de sa vie sentimentale.
Bref, j'aime beaucoup Les formidables aventures de Lapinot et je suis heureux que la série perdure avec Les Nouvelles Aventures de Lapinot.
Quelques connaissances de jazz suffiront pour avoir une idée de qui est Thelonious Monk. Pianiste hors pair, créateur d'un style nouveau grâce à un jeu terriblement libre qu'il développait dans les cabarets new-yorkais, ce génie a révolutionné le jazz en même temps qu'il a repoussé les limites de l'improvisation.
J'espère qu'un lecteur ne connaissant pas vraiment l'artiste réussira quand même à apprécier cette biographie, qui se lit très facilement (le jazz est accessible à tous). Mais peut-être que cette BD aura quelque chose d'opaque pour celui qui découvre. L'auteur parle beaucoup de l'individu bien sûr, mais il aborde beaucoup sa musique, son style. Ainsi, celui qui n'a pas écouté quelques morceaux avant de bouquiner risque de trouver pas mal de passages superficiels. Par contre, et c'est là qu'est la réussite de cette oeuvre, le lecteur peut tout à fait ressentir la musique, et ça c'est fort! J'écoute cet artiste depuis pas si longtemps que ça mais je l'avais souvent en fond quand j'était petit. Pour ceux qui ont déjà un intérêt pour ce drôle d'oiseau, vous serez forcément conquis. Par ailleurs, cette BD se complète très bien avec la biographie de Laurent de Wilde (Monk, édition Folio).
A part ça, on pourra apprécier à fond toute cette ambiance folle d'âge d'or du jazz (année 40-50) dans les rues et surtout dans les terribles cabarets de New-York, lieux de liberté absolu où tous les géants du jazz et bebop ont dû passer et se surpasser pour gagner leur vie et devenir célèbre! Quelle intensité cela a dû être.
Si Monk est mis en avant, Pannonica est le fil directeur choisi de l'auteur. Cela donne un nouvel angle d'approche pour retracer son parcours, et c'est bien vu ! Au niveau de la biographie, je ne sais que ce que je lis et dans celle écrite par Laurent de Wilde, le jazzman est décrit comme quelqu'un de tout à fait ordinaire derrière ses excentricités. Il gardait un lien familial très fort et il restait régulièrement dans son appartement, en solitaire. En tout cas, il était loin d'avoir le nez dehors tous les jours. Et dans cette BD, je ne vois pas ce trait de personnalité. On nous fait savoir quelques timides fois que sa femme faisait partie de son équilibre vital, mais pas vraiment plus. Je pense que c'est volontaire de la part de Youssef Daoudi puisque son récit est orienté par la relation de Monk avec la "Baronne du jazz", Pannonica. Mais quand même, je trouve dommage de ne pas avoir montré cette autre facette, bien plus intimiste et humble que ce qui est présenté ici. Il y a de la bipolarité dans l'air avec Monk, aussi j'aurais aimé trouver un peu plus d'équilibre dans les contradictions.
Et sinon, on parle d'un musicien donc que faut-il voir et faire entendre ? De la musique pardi! Ben oui!
Alors là, le rendu est époustouflant : ça swingue, ça transpire, ça chante, ça tape du pied, ça claque des doigts! J'ai rarement ressenti ça. Le mouvement est incroyablement bien représenté, c'est très vivant ! Le dessin permet vraiment de traduire toute la liberté du jazz bebop et de l'improvisation de Monk. En dehors des scènes musicales, j'ai été parfois déçu par le rendu de certains visages, qui n'ont pas toujours le crayonné esquissé bien fourni. Quant à la bichromie, au même titre que la couleur de notre site marron Bdthèque, on finit par s'y faire très très bien !! :). Mais là encore on trouvera quelques irrégularités (ou des choix que je ne défendrais pas) : des visages ou des corps tout blanc, sans ce jeu de duo de couleurs, comme si l'auteur avait oublié de remplir un peu de marron/beige pour harmoniser l'ensemble. Ou bien a-t-il voulu mettre en avant la peau blanche de Pannonica au milieu de tout ces amis noirs, je ne sais pas...
Aussi, je fais rarement de commentaire à ce sujet, mais je trouve cette couverture absolument superbe!
En bref, écoutez un petit "Evidence" pour vous mettre en appétit, écouter du Monk en même temps que vous lisez sa biographie, et je n'aurai plus qu'à vous souhaiter bon voyage à New-York !
Avec cette série, je suis plus que comblé. Ces cinq albums haletants illuminent mon été pluvieux. Tout est bon. L’histoire est originale et trépidante avec un suspens à couper le souffle qui évolue crescendo vers l’horreur d’album en album. Le graphisme est juste sublime. Je dis haut et fort que le duo Rodolphe et Léo sont à leur paroxysme de leur art. Laissez vous aller et laissez vous transporter sur les contreforts du Kilimandjaro avec la jolie Kathy Austin. Les animaux dessinés sont étonnants mais admirables. L’ambiance énigmatique et mystérieuse font que le lecteur que je suis plonge immédiatement dans cette aventure singulière. Que c’est bon !
Voilà donc un cycle abouti avec de belles surprises qui ne peut que ravir les adeptes de Conan Doyle et son monde perdu. Voilà de la BD 5 étoiles !
PS. Évidemment beaucoup de personnes vont juger cet avis trop dithyrambique. Peu importe. Je salue la qualité et l’esthétisme de tous les albums de Léo. C’est ma came à moi. J’estime que ce dessinateur devrait rentrer au panthéon de la BD. Par vent et marée, je défendrais son travail même si certains vont trouver mes appétences un peu surprenantes. C’est comme ça. Et puis tous les goûts sont dans la nature.
Cet album est la transposition d'un roman, qu'elle m'a donné envie de lire une fois l'album refermé. Peut-être aurai-je le même coup de coeur qu'à la lecture de la BD, si celle-ci est fidèle à l'esprit du livre.
Le sujet pourrait pourtant être noir et désespérant, car c'est un portrait sans la moindre concession de la condition féminine au Maroc - mais qui pourrait se passer dans de nombreux autres pays: absences de droits, violence, prostitution, patriarcat rétrograde, religion oppressante...
Mais l'incroyable énergie de Jbara emporte tout: son récit raconté d'un ton direct, la simplicité sans fard de ses "confidences" qu'elle fait régulièrement à Allah, sa liberté et son optimisme font qu'elle arrive pourtant à tracer son destin sans fausse honte ou pudeur et que dans une vie où elle fait peu de belles rencontres, elle arrive à s'appuyer sur celles-ci pour se trouver elle-même. C'est une belle leçon de vie que donne cette jeune femme dont on pourrait penser si souvent qu'elle pourrait baisser les bras, mais refuse de se laisser briser ou enfermer.
Le trait de la dessinatrice est à la fois précis et vivant, expressif et tout sauf statique : elle fait très bien ressortir des sensations très différentes selon les moments entre colère et révolte mais aussi douceur, tendresse ou sensualité... La mise en page et les cadrages sont presque cinématographiques et la mise en couleur (également par Marie Avril, qui remercie Rozenn) sont très réussies.
Adaptation clairement réussie (lecture 1ère édition)
Le dessin tout d'abord. L'importance du soleil écrasant n'est pas mis de côté et la représentation est excellente. Plus particulièrement, il y a 2 scènes qui sont essentiellement attendues par le lecteur ayant lu le roman. La scène de la plage est une merveille de représentation : 4 planches muettes tabassent M. Meursault de coups de soleil, avec un découpage qui l'oppresse et le pousse jusqu'à l'acte. Cela peut tomber sous le sens, mais le fait de ne pas avoir écrit de narration descriptive était la meilleure solution. Autre scène que je trouvais importante dans le même thème est celle du corbillard. J'en suis moins friand, elle passe plus inaperçue par rapport à mon souvenir du roman. M. Meursault est très sensible à ce qui l'entoure, et l'auteur le traduit par une mise en image sous silence : quand il regarde les gens par la fenêtre, lorsqu'il est avec Marie, lorsqu'il entre dans la pièce de Raymond Sintès, les deux scènes décrites plus haut... C'est fabuleux de réussir à traduire les pensées écrites vers une mise en image. Pour moi, Jacques Ferrandez parvient à éviter le premier grand piège comme un chef.
Second piège, le texte. Si ma mémoire est bonne, tout le texte paraît reprendre mot pour mot celui du roman. C'était le meilleur choix à faire. Albert Camus a créé un nouveau genre littéraire, c'est quand même pas rien! Alors pas question de dénaturer le maître. Avec humilité bienvenue et salvatrice, Ferrandez rend à César ce qui est à César.
Troisième piège, M. Meursault. Il est sensuel je l'ai dit, mais bien étranger à plusieurs égards : français en Algérie, pas d'appartenance à un groupe social, il nous paraît comme un inconnu dont on ne connait même pas le prénom, indifférent dans toutes ses relations affectives. Et là encore, c'est la mise en image qui fait parfaitement bien le boulot pour tirer l'essence du roman. Ses émotions sont rarement exprimées. On voit bien quand il ne comprend pas le monde qui l'entoure. Inversement, on se tue en cherchant à le comprendre. Et boum, voilà la fin ! Si on ne le comprend toujours pas, lui peut scander ses propres convictions et faire triompher sa philosophie face à toutes ces péripéties.
Le culte est peut-être réservé par Camus, mais Jacques Ferrandez mérite tous les honneurs pour avoir réussi à adapter un récit sous haute surveillance, en ayant su utiliser les codes de la BD. Cette dernière sera une excellente alternative à celui ou celle qui ne serait pas tenté(e) par le bouquin originel. Si vous avez déjà lu le roman, allez-y quand même et voyez comme la BD sait apporter un nouveau souffle!
Un très belle BD : dans un monde post-apocalyptique extrêmement hiérarchisé et structuré, une jeune fille provenant de la case la plus basse tente de s'élever dans la société en devenant dragon, une guerrière.
Le monde décrit est poisseux, sinistre, mais extrêmement réaliste, les personnages creusés et tout sauf caricaturaux.
En fait, malgré la violence qui règne dans ce monde, un thème central me paraît être l'amour, et les sacrifices pour ceux qu'on aime.
La conclusion peut difficilement laisser indifférent, aussi belle que triste, qui donne tout son sens au titre de la série.
Diantre ! Mais que s’est-il donc passé dans le monde ? Que fait ce type qui a l’air d’un chasseur égaré dans la nature, obligé de tuer des chevaux sauvages pour se nourrir ? Pourquoi cette luxueuse villa d’architecte, dans laquelle il pénètre sans aucune difficulté, est-elle livrée aux rats et aux cafards ? Et pourquoi ce cadavre figé devant la télé du salon ne le choque-t-il pas le moindre du monde ? Winshluss nous livre un récit survivaliste sombre, entre folie, pandémie et terrorisme.
Très progressivement, l’auteur va distiller ses indices dévoilant les causes de cette situation post-apocalyptique, à coups de flashbacks et avec très peu de texte. Karl, le « héros » de ce récit sous amphètes, se retrouve aussi seul que Rick Grimes dans un monde envahi de charognes humaines pourrissantes, à la différence près que celles-ci sont bel et bien mortes. Cela n’en reste pas moins terrifiant car ici, ce sont des meutes de chiens affamés qui veulent lui faire la peau ! Après s’en être débarrassé en allumant un barbecue géant façon puzzle, Karl tombera sur des salopards en train de torturer un type et sauvera ce dernier après les avoir tous dézingués. A bout de souffle après cette succession de péripéties ultra-violentes, il sera secouru et soigné par un groupe de survivants bienveillants en mode secte new-age. Jusque là, rien d’extraordinaire, le récit, plutôt bien mené, est de facture très classique, mais s’il s’était arrêté là, on aurait été bien déçu de la part d’un auteur tel que Winshluss.
Cela serait trop vite oublier que notre homme n’a pas conçu cette histoire juste pour faire genre mais plutôt pour nous bousculer et nous interroger, sans pour autant nous faciliter la tâche. C’est du pur Winshluss, du féroce qui fait des trous dans le crâne. L’œuvre est traversée d’une folie trash et jusqu’au-boutiste, non dénuée de l’humour noir propre à l’auteur, qui nous laisse exsangue. Les réponses, il faudra les chercher soi-même. On pourra très bien se dire que c’est du n’importe quoi et que notre franc-tireur « ferrailleur » ne s’est pas foulé avec cette fin qui semble partir en couille. C’est possible. Et pourtant, l’ouvrage fait si forte impression qu’il pourrait bien s’accrocher dans les méandres de notre cerveau, voire nous obliger à le relire (c’est mon cas) pour être sûr d’avoir bien compris où l’auteur voulait en venir.
Reprenons. Ce mec, Karl, est sauvé par un groupe de survivants se surnommant « les Graines », représentants de la « nouvelle humanité ». Et c’est à ce moment que le récit bascule vers tout autre chose, lorsqu’il va tenter de fouiller dans sa mémoire d’amnésique, pour faire ressurgir les origines de l’apocalypse et les bribes de sa vie d’avant. Karl, à ce moment-là, n’était pas encore le héros qu’il rêvait d’être. Un vrai loser, le type, boulot merdique, collègues et chef merdiques qu’il envisage de buter en inscrivant leur nom sur des post-its. Karl se voudrait rebelle, mais plus que le système, c’est les gens qu’il déteste. De là, naitra la spirale de la violence pour ce mec un brin parano qui n’a pas été gâté par la vie, père absent et mère dominatrice qu’il voudrait voir crever. Sa seule raison d’être : la rumination d’une vengeance radicale et aveugle pour tuer ses démons.
Bien sûr, on ne révélera pas la fin car on ne veut pas spoiler, mais on s’en tape un peu puisqu’en elle-même la trame de l’histoire est plus que secondaire. Ce gros mytho de Karl va évidemment foirer son projet terroriste censé le « faire entrer dans l’Histoire » comme l’homme qui a… éliminé l’humanité ! Notre dingo absolu, profil parfait du fameux « loup solitaire », n’est donc pas un héros comme on aurait pu le croire au début, mais juste un débile survivaliste qui s’armera jusqu’aux dents tout en musclant sa pauvre carcasse, pour au final ne commettre qu’une action à la fois inutile et fortement symbolique, gouvernée par la folie pure : tirer sur le soleil, et à deux reprises ! Comme si dans son délire mégalo, il avait voulu provoquer l’astre divin ! Son imagination démente fera le reste, laissant le lecteur totalement dubitatif sur le cours des événements et leur réalité (d’où une relecture peut-être nécessaire), Mais Karl n’est-il pas juste victime d’hallucinations amphétaminiques, ou serait-il parvenu à faire exploser la « matrice » pour de bon ?… et c’est là que Winshluss frappe vraiment fort, en plongeant le lecteur dans la confusion, incapable par ailleurs de décider s’il peut avoir de l’empathie pour ce personnage profondément traumatisé dans son enfance par le suicide violent du père.
L’auteur du grandiose « Pinocchio » va également ajouter au malaise en situant la « vie d’avant » de Karl dans le contexte de pandémie que nous connaissons depuis plus d’un an, « notre vie d’après », avec évocation des masques, des rues désertes et des drones de surveillance, mais une pandémie bien pire, tel un Covid puissance dix qui fait pourrir les gens sur place…
Winshluss dessine à la hache, avec une urgence frénétique, pour mieux restituer la violence du propos. La folie hystérique se tapit à chaque coin de page, mais l’auteur a saucissonné l’histoire avec quelques aquarelles, de rares moments de respiration bienvenus où par contraste, ce monde post-apo semble presque apaisé. Au-delà de ces parenthèses colorées, l’ensemble est en noir et blanc, seul le soleil est représenté dans un jaune pâle et usé, peinant à diffuser sa lumière, conversant avec le regard fou d’un Karl noyé dans mille post-its de même couleur mentionnant le nom des personnes à trucider…
« J’ai tué le soleil » n’est rien de moins qu’une expérience se poursuivant durablement même après la lecture. Un objet que l’on a envie de détester au départ et qui pourtant s’insinue en notre âme à la façon d’un virus. Un objet troublant et perturbant qui nous hantera longtemps, à l’image du visage diabolique de Karl à la fin du récit, un terrifiant visage de psychopathe, définitivement antisocial, habité par une démence bord de la fission. Un one-shot parfaitement taillé pour son époque et confirmant l’importance de son auteur dans le neuvième art.
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Justice Society - The Golden Age (L'âge d'or)
Cette mini-série a une bonne réputation et je dois qu'elle est mérité ! La seconde guerre mondiale est finie et les super-héros se demandent quoi faire: certains raccrochent, un tel devient un politicien influent, un essai d'être romancier etc et etc. Le ton rappelle Watchmen vu qu'on suit plusieurs super-héros qui ont des problèmes et qu'il y a un coté politique et social dans le récit quoique cela m'a semblé moins noir que l'œuvre de Moore et Gibson. Il faut dire que cela se passe dans l'Amérique fin des années 40-début des années 50 où et si les auteurs montrent des problèmes de cette époque, ce n'est pas le début d'une possible apocalypse comme dans Watchmen. J'ai trouvé que le scénario était intelligent et que l'univers est crédible. Par exemple, le scénariste donne une bonne explication sur pourquoi la guerre a continué plusieurs années malgré le fait qu'il y a des super-héros ou encore il y a une piste intéressant sur la question 'pourquoi il y a autant de super-héros au USA'. Le récit est prenant et les personnages sont terriblement attachants. La seule ombre au tableau est qu'il y a plusieurs personnages et que la plupart était inconnu pour moi alors parfois j'aillais relire la présentation des personnages présent au début de l'ouvrage pour bien me souvenir de qui était qui. Je pense qu'une des forces de Watchemen est qu'on suivait un groupe réduit de super-héros et que la plupart des héros de l'ancienne génération apparaissaient que dans des flashbacks alors qu'ici il y a une bonne douzaine même si c'est vrai que plusieurs ont un rôle plutôt réduit. Le dessin est très beau. C'est réaliste sans être froid comme dans les comics modernes qui utilisent un peu trop l'ordinateur à mon gout. Sinon, il y a une histoire en bonus datant des années 70. C'est pas mauvais, mais elle souffre de la comparaison avec la mini-série qui elle peut intéressé les non-fans de super-héros et qui a un scénario profondeur. Donc c'est un récit basique de super-héros pas mauvais, mais sans plus. Je n'ai pas trop aimé comment des personnages de la mythologie germaniques travaillent pour le camp d'Hitler et Hitler lui-même à presque l'air d'un gros méchant de comics genre Docteur Fatalis.
Le Voyage des Pères
Pour être connue, elle est connue cette histoire ! Et pourtant, David Ratte trouve un angle super original pour nous la raconter. C’est intelligent, drôle, subtil et léger. Avoir choisi comme héros, non pas les apôtres ou Jésus, mais les pères des apôtres qui ne comprennent pas très bien ce qui se passe avec leurs enfants pose d’emblée les bases d’un scénario décalé qui éveille notre attention. Les trois albums du premier cycle sont plus qu’à la hauteur ! L’humour n’est jamais lourd et les dialogues avec leur bonne dose d’anachronismes m’ont fait éclater de rire. Le dessin est très bon, il doux et lumineux. Mi réalistes, mi caricaturaux, les personnages principaux aux caractères bien trempés se révèlent non seulement drôles mais aussi très émouvants dans leur quête pour retrouver leur fils. Franchement, c’est à lire. Le second cycle du Voyage des Pères est tout aussi réussi que le premier mais un rien décousu quand même. Les dialogues et leur bonne dose d’anachronismes sont un peu plus lourds que dans le premier cycle et, à mon goût, le scénario perd un peu trop de vue les pères. Ca c’était le petit moins. Le gros plus, c’est qu’on découvre l’envers du décor de personnages historiques bien connus, comme Ponce Pilate et Barrabas, et on constate que leur vie ne se réduit pas aux quelques instants liés à la mort de Jésus… et ça c’est franchement drôle. Je ne change pas ma note, la série restant de très bonne qualité !
Le Combat ordinaire
Suite aux nombreuses éloges que j'ai pu lire sur ce site ou entendre sur cette série, enfin je me suis décidé à acheter les 4 tomes d'un coup. Rarement, j'ai été aussi émotionné durant la lecture de bd. L'auteur nous raconte une histoire ordinaire: la vie banale d'un photographe qui a peur de s'engager et de grandir. Le pitch est peut-être ordinaire, mais la qualité de cette série ne l'est pas. Elle est extraordinaire. En effet, Marco, le personnage principal est vraiment attachant. Tout de suite, on s'identifie à lui et on partage rapidement avec lui, ses états d'âmes et ses doutes. Cette BD est extraordinaire, de part les nombreux sujets du quotidien qu'elle aborde: la peur de s'engager, la volonté de faire un métier qui nous plait réellement, la drogue, le suicide, la maladie, la famille, la politique et j'en passe. Mais elle ne fait pas qu'aborder ces sujets, elle les traite avec une certaine profondeur. Chacun des tomes m'ont fait réfléchir et m'ont même parfois, bouleversé. Je terminerais par dire qu'il s'agit d'une des rares séries de BD qui m'a à la fois fait verser une petite larme, mais qui m'a également fait énormément rire. On est très loin de l'humour caca-prout ou de l'humour facile. Ici, l'humour est vrai, sincère et touchant, et donc hilarant. 5 étoiles MAUPERTUIS, OSE ET RIT !
Les Formidables Aventures de Lapinot
Les formidables aventures de Lapinot, c'est une BD que j'ai mis du temps à apprivoiser. Quand je l'ai découverte il y a une vingtaine d'années, je n'ai pas été charmé par les histoires du quotidien du petit groupe de jeunes urbains qui en sont les héros. Et j'ai été déstabilisé et pas convaincu non plus par les albums mettant en scène les avatars de ces personnages dans des contextes différents et hétéroclites comme un western, une polar fantastique dans les années 1920 ou encore une romance à l'anglaise du 19e siècle. Mais c'est au fil du temps, au fur et à mesure que je me suis attaché aux personnages et à l'esprit de Lewis Trondheim que je me suis mis à aimer de plus en plus la série. Et c'est quand est paru l'album "La vie comme elle vient" que je me suis rendu compte à quel point j'aimais Lapinot quand j'ai ressenti le déchirement de sa perte. Depuis la série fait partie de mes préférées. Le dessin paraît simple mais il est très bon et très expressif. Il parvient en outre ça et là à offrir de belles cases pleines de charme et d'atmosphère. Il rend à mes yeux la série particulièrement agréable à lire et à regarder. Les histoires semblent ne pas raconter grand chose, tourner autour de petites intrigues, de petites aventures sans grand intérêt, et pourtant non, c'est passionnant, prenant, on entre dans l'univers de Lapinot comme dans un monde à part. C'est surtout l'imagination débordante de Trondheim qui s'y reflète avec une foule de bonnes idées, parfois incongrues mais intelligentes malgré tout et surtout pleines d'humour. Les dialogues sont excellents et on ne sait jamais où les intrigues vont nous mener tant l'auteur se permet de nombreuses libertés, abordant souvent de plein fouet le fantastique ou l'action débridée tout en respectant l'esprit de sa série et l'humanité de ses protagonistes. De tous les albums parus, je préfère ceux se déroulant dans la période contemporaine car j'ai aimé suivre l'évolution des personnages et en particulier de Lapinot et de sa vie sentimentale. Bref, j'aime beaucoup Les formidables aventures de Lapinot et je suis heureux que la série perdure avec Les Nouvelles Aventures de Lapinot.
Monk ! - Thelonious, Pannonica... Une Amitié, Une Révolution Musicale
Quelques connaissances de jazz suffiront pour avoir une idée de qui est Thelonious Monk. Pianiste hors pair, créateur d'un style nouveau grâce à un jeu terriblement libre qu'il développait dans les cabarets new-yorkais, ce génie a révolutionné le jazz en même temps qu'il a repoussé les limites de l'improvisation. J'espère qu'un lecteur ne connaissant pas vraiment l'artiste réussira quand même à apprécier cette biographie, qui se lit très facilement (le jazz est accessible à tous). Mais peut-être que cette BD aura quelque chose d'opaque pour celui qui découvre. L'auteur parle beaucoup de l'individu bien sûr, mais il aborde beaucoup sa musique, son style. Ainsi, celui qui n'a pas écouté quelques morceaux avant de bouquiner risque de trouver pas mal de passages superficiels. Par contre, et c'est là qu'est la réussite de cette oeuvre, le lecteur peut tout à fait ressentir la musique, et ça c'est fort! J'écoute cet artiste depuis pas si longtemps que ça mais je l'avais souvent en fond quand j'était petit. Pour ceux qui ont déjà un intérêt pour ce drôle d'oiseau, vous serez forcément conquis. Par ailleurs, cette BD se complète très bien avec la biographie de Laurent de Wilde (Monk, édition Folio). A part ça, on pourra apprécier à fond toute cette ambiance folle d'âge d'or du jazz (année 40-50) dans les rues et surtout dans les terribles cabarets de New-York, lieux de liberté absolu où tous les géants du jazz et bebop ont dû passer et se surpasser pour gagner leur vie et devenir célèbre! Quelle intensité cela a dû être. Si Monk est mis en avant, Pannonica est le fil directeur choisi de l'auteur. Cela donne un nouvel angle d'approche pour retracer son parcours, et c'est bien vu ! Au niveau de la biographie, je ne sais que ce que je lis et dans celle écrite par Laurent de Wilde, le jazzman est décrit comme quelqu'un de tout à fait ordinaire derrière ses excentricités. Il gardait un lien familial très fort et il restait régulièrement dans son appartement, en solitaire. En tout cas, il était loin d'avoir le nez dehors tous les jours. Et dans cette BD, je ne vois pas ce trait de personnalité. On nous fait savoir quelques timides fois que sa femme faisait partie de son équilibre vital, mais pas vraiment plus. Je pense que c'est volontaire de la part de Youssef Daoudi puisque son récit est orienté par la relation de Monk avec la "Baronne du jazz", Pannonica. Mais quand même, je trouve dommage de ne pas avoir montré cette autre facette, bien plus intimiste et humble que ce qui est présenté ici. Il y a de la bipolarité dans l'air avec Monk, aussi j'aurais aimé trouver un peu plus d'équilibre dans les contradictions. Et sinon, on parle d'un musicien donc que faut-il voir et faire entendre ? De la musique pardi! Ben oui! Alors là, le rendu est époustouflant : ça swingue, ça transpire, ça chante, ça tape du pied, ça claque des doigts! J'ai rarement ressenti ça. Le mouvement est incroyablement bien représenté, c'est très vivant ! Le dessin permet vraiment de traduire toute la liberté du jazz bebop et de l'improvisation de Monk. En dehors des scènes musicales, j'ai été parfois déçu par le rendu de certains visages, qui n'ont pas toujours le crayonné esquissé bien fourni. Quant à la bichromie, au même titre que la couleur de notre site marron Bdthèque, on finit par s'y faire très très bien !! :). Mais là encore on trouvera quelques irrégularités (ou des choix que je ne défendrais pas) : des visages ou des corps tout blanc, sans ce jeu de duo de couleurs, comme si l'auteur avait oublié de remplir un peu de marron/beige pour harmoniser l'ensemble. Ou bien a-t-il voulu mettre en avant la peau blanche de Pannonica au milieu de tout ces amis noirs, je ne sais pas... Aussi, je fais rarement de commentaire à ce sujet, mais je trouve cette couverture absolument superbe! En bref, écoutez un petit "Evidence" pour vous mettre en appétit, écouter du Monk en même temps que vous lisez sa biographie, et je n'aurai plus qu'à vous souhaiter bon voyage à New-York !
Kenya
Avec cette série, je suis plus que comblé. Ces cinq albums haletants illuminent mon été pluvieux. Tout est bon. L’histoire est originale et trépidante avec un suspens à couper le souffle qui évolue crescendo vers l’horreur d’album en album. Le graphisme est juste sublime. Je dis haut et fort que le duo Rodolphe et Léo sont à leur paroxysme de leur art. Laissez vous aller et laissez vous transporter sur les contreforts du Kilimandjaro avec la jolie Kathy Austin. Les animaux dessinés sont étonnants mais admirables. L’ambiance énigmatique et mystérieuse font que le lecteur que je suis plonge immédiatement dans cette aventure singulière. Que c’est bon ! Voilà donc un cycle abouti avec de belles surprises qui ne peut que ravir les adeptes de Conan Doyle et son monde perdu. Voilà de la BD 5 étoiles ! PS. Évidemment beaucoup de personnes vont juger cet avis trop dithyrambique. Peu importe. Je salue la qualité et l’esthétisme de tous les albums de Léo. C’est ma came à moi. J’estime que ce dessinateur devrait rentrer au panthéon de la BD. Par vent et marée, je défendrais son travail même si certains vont trouver mes appétences un peu surprenantes. C’est comme ça. Et puis tous les goûts sont dans la nature.
Confidences à Allah
Cet album est la transposition d'un roman, qu'elle m'a donné envie de lire une fois l'album refermé. Peut-être aurai-je le même coup de coeur qu'à la lecture de la BD, si celle-ci est fidèle à l'esprit du livre. Le sujet pourrait pourtant être noir et désespérant, car c'est un portrait sans la moindre concession de la condition féminine au Maroc - mais qui pourrait se passer dans de nombreux autres pays: absences de droits, violence, prostitution, patriarcat rétrograde, religion oppressante... Mais l'incroyable énergie de Jbara emporte tout: son récit raconté d'un ton direct, la simplicité sans fard de ses "confidences" qu'elle fait régulièrement à Allah, sa liberté et son optimisme font qu'elle arrive pourtant à tracer son destin sans fausse honte ou pudeur et que dans une vie où elle fait peu de belles rencontres, elle arrive à s'appuyer sur celles-ci pour se trouver elle-même. C'est une belle leçon de vie que donne cette jeune femme dont on pourrait penser si souvent qu'elle pourrait baisser les bras, mais refuse de se laisser briser ou enfermer. Le trait de la dessinatrice est à la fois précis et vivant, expressif et tout sauf statique : elle fait très bien ressortir des sensations très différentes selon les moments entre colère et révolte mais aussi douceur, tendresse ou sensualité... La mise en page et les cadrages sont presque cinématographiques et la mise en couleur (également par Marie Avril, qui remercie Rozenn) sont très réussies.
L'Etranger
Adaptation clairement réussie (lecture 1ère édition) Le dessin tout d'abord. L'importance du soleil écrasant n'est pas mis de côté et la représentation est excellente. Plus particulièrement, il y a 2 scènes qui sont essentiellement attendues par le lecteur ayant lu le roman. La scène de la plage est une merveille de représentation : 4 planches muettes tabassent M. Meursault de coups de soleil, avec un découpage qui l'oppresse et le pousse jusqu'à l'acte. Cela peut tomber sous le sens, mais le fait de ne pas avoir écrit de narration descriptive était la meilleure solution. Autre scène que je trouvais importante dans le même thème est celle du corbillard. J'en suis moins friand, elle passe plus inaperçue par rapport à mon souvenir du roman. M. Meursault est très sensible à ce qui l'entoure, et l'auteur le traduit par une mise en image sous silence : quand il regarde les gens par la fenêtre, lorsqu'il est avec Marie, lorsqu'il entre dans la pièce de Raymond Sintès, les deux scènes décrites plus haut... C'est fabuleux de réussir à traduire les pensées écrites vers une mise en image. Pour moi, Jacques Ferrandez parvient à éviter le premier grand piège comme un chef. Second piège, le texte. Si ma mémoire est bonne, tout le texte paraît reprendre mot pour mot celui du roman. C'était le meilleur choix à faire. Albert Camus a créé un nouveau genre littéraire, c'est quand même pas rien! Alors pas question de dénaturer le maître. Avec humilité bienvenue et salvatrice, Ferrandez rend à César ce qui est à César. Troisième piège, M. Meursault. Il est sensuel je l'ai dit, mais bien étranger à plusieurs égards : français en Algérie, pas d'appartenance à un groupe social, il nous paraît comme un inconnu dont on ne connait même pas le prénom, indifférent dans toutes ses relations affectives. Et là encore, c'est la mise en image qui fait parfaitement bien le boulot pour tirer l'essence du roman. Ses émotions sont rarement exprimées. On voit bien quand il ne comprend pas le monde qui l'entoure. Inversement, on se tue en cherchant à le comprendre. Et boum, voilà la fin ! Si on ne le comprend toujours pas, lui peut scander ses propres convictions et faire triompher sa philosophie face à toutes ces péripéties. Le culte est peut-être réservé par Camus, mais Jacques Ferrandez mérite tous les honneurs pour avoir réussi à adapter un récit sous haute surveillance, en ayant su utiliser les codes de la BD. Cette dernière sera une excellente alternative à celui ou celle qui ne serait pas tenté(e) par le bouquin originel. Si vous avez déjà lu le roman, allez-y quand même et voyez comme la BD sait apporter un nouveau souffle!
Les Ames d'Hélios
Un très belle BD : dans un monde post-apocalyptique extrêmement hiérarchisé et structuré, une jeune fille provenant de la case la plus basse tente de s'élever dans la société en devenant dragon, une guerrière. Le monde décrit est poisseux, sinistre, mais extrêmement réaliste, les personnages creusés et tout sauf caricaturaux. En fait, malgré la violence qui règne dans ce monde, un thème central me paraît être l'amour, et les sacrifices pour ceux qu'on aime. La conclusion peut difficilement laisser indifférent, aussi belle que triste, qui donne tout son sens au titre de la série.
J'ai tué le soleil
Diantre ! Mais que s’est-il donc passé dans le monde ? Que fait ce type qui a l’air d’un chasseur égaré dans la nature, obligé de tuer des chevaux sauvages pour se nourrir ? Pourquoi cette luxueuse villa d’architecte, dans laquelle il pénètre sans aucune difficulté, est-elle livrée aux rats et aux cafards ? Et pourquoi ce cadavre figé devant la télé du salon ne le choque-t-il pas le moindre du monde ? Winshluss nous livre un récit survivaliste sombre, entre folie, pandémie et terrorisme. Très progressivement, l’auteur va distiller ses indices dévoilant les causes de cette situation post-apocalyptique, à coups de flashbacks et avec très peu de texte. Karl, le « héros » de ce récit sous amphètes, se retrouve aussi seul que Rick Grimes dans un monde envahi de charognes humaines pourrissantes, à la différence près que celles-ci sont bel et bien mortes. Cela n’en reste pas moins terrifiant car ici, ce sont des meutes de chiens affamés qui veulent lui faire la peau ! Après s’en être débarrassé en allumant un barbecue géant façon puzzle, Karl tombera sur des salopards en train de torturer un type et sauvera ce dernier après les avoir tous dézingués. A bout de souffle après cette succession de péripéties ultra-violentes, il sera secouru et soigné par un groupe de survivants bienveillants en mode secte new-age. Jusque là, rien d’extraordinaire, le récit, plutôt bien mené, est de facture très classique, mais s’il s’était arrêté là, on aurait été bien déçu de la part d’un auteur tel que Winshluss. Cela serait trop vite oublier que notre homme n’a pas conçu cette histoire juste pour faire genre mais plutôt pour nous bousculer et nous interroger, sans pour autant nous faciliter la tâche. C’est du pur Winshluss, du féroce qui fait des trous dans le crâne. L’œuvre est traversée d’une folie trash et jusqu’au-boutiste, non dénuée de l’humour noir propre à l’auteur, qui nous laisse exsangue. Les réponses, il faudra les chercher soi-même. On pourra très bien se dire que c’est du n’importe quoi et que notre franc-tireur « ferrailleur » ne s’est pas foulé avec cette fin qui semble partir en couille. C’est possible. Et pourtant, l’ouvrage fait si forte impression qu’il pourrait bien s’accrocher dans les méandres de notre cerveau, voire nous obliger à le relire (c’est mon cas) pour être sûr d’avoir bien compris où l’auteur voulait en venir. Reprenons. Ce mec, Karl, est sauvé par un groupe de survivants se surnommant « les Graines », représentants de la « nouvelle humanité ». Et c’est à ce moment que le récit bascule vers tout autre chose, lorsqu’il va tenter de fouiller dans sa mémoire d’amnésique, pour faire ressurgir les origines de l’apocalypse et les bribes de sa vie d’avant. Karl, à ce moment-là, n’était pas encore le héros qu’il rêvait d’être. Un vrai loser, le type, boulot merdique, collègues et chef merdiques qu’il envisage de buter en inscrivant leur nom sur des post-its. Karl se voudrait rebelle, mais plus que le système, c’est les gens qu’il déteste. De là, naitra la spirale de la violence pour ce mec un brin parano qui n’a pas été gâté par la vie, père absent et mère dominatrice qu’il voudrait voir crever. Sa seule raison d’être : la rumination d’une vengeance radicale et aveugle pour tuer ses démons. Bien sûr, on ne révélera pas la fin car on ne veut pas spoiler, mais on s’en tape un peu puisqu’en elle-même la trame de l’histoire est plus que secondaire. Ce gros mytho de Karl va évidemment foirer son projet terroriste censé le « faire entrer dans l’Histoire » comme l’homme qui a… éliminé l’humanité ! Notre dingo absolu, profil parfait du fameux « loup solitaire », n’est donc pas un héros comme on aurait pu le croire au début, mais juste un débile survivaliste qui s’armera jusqu’aux dents tout en musclant sa pauvre carcasse, pour au final ne commettre qu’une action à la fois inutile et fortement symbolique, gouvernée par la folie pure : tirer sur le soleil, et à deux reprises ! Comme si dans son délire mégalo, il avait voulu provoquer l’astre divin ! Son imagination démente fera le reste, laissant le lecteur totalement dubitatif sur le cours des événements et leur réalité (d’où une relecture peut-être nécessaire), Mais Karl n’est-il pas juste victime d’hallucinations amphétaminiques, ou serait-il parvenu à faire exploser la « matrice » pour de bon ?… et c’est là que Winshluss frappe vraiment fort, en plongeant le lecteur dans la confusion, incapable par ailleurs de décider s’il peut avoir de l’empathie pour ce personnage profondément traumatisé dans son enfance par le suicide violent du père. L’auteur du grandiose « Pinocchio » va également ajouter au malaise en situant la « vie d’avant » de Karl dans le contexte de pandémie que nous connaissons depuis plus d’un an, « notre vie d’après », avec évocation des masques, des rues désertes et des drones de surveillance, mais une pandémie bien pire, tel un Covid puissance dix qui fait pourrir les gens sur place… Winshluss dessine à la hache, avec une urgence frénétique, pour mieux restituer la violence du propos. La folie hystérique se tapit à chaque coin de page, mais l’auteur a saucissonné l’histoire avec quelques aquarelles, de rares moments de respiration bienvenus où par contraste, ce monde post-apo semble presque apaisé. Au-delà de ces parenthèses colorées, l’ensemble est en noir et blanc, seul le soleil est représenté dans un jaune pâle et usé, peinant à diffuser sa lumière, conversant avec le regard fou d’un Karl noyé dans mille post-its de même couleur mentionnant le nom des personnes à trucider… « J’ai tué le soleil » n’est rien de moins qu’une expérience se poursuivant durablement même après la lecture. Un objet que l’on a envie de détester au départ et qui pourtant s’insinue en notre âme à la façon d’un virus. Un objet troublant et perturbant qui nous hantera longtemps, à l’image du visage diabolique de Karl à la fin du récit, un terrifiant visage de psychopathe, définitivement antisocial, habité par une démence bord de la fission. Un one-shot parfaitement taillé pour son époque et confirmant l’importance de son auteur dans le neuvième art.