J'ai toujours tendance à me laisser influencer par les autres avis lorsque je laisse le mien, mais là je fais totalement abstraction des autres pour exprimer pleinement mon ressenti : j'ai adoré cette BD !
Dans la continuité et la complémentarité de Les Voyages d'Anna, nous avons ici un épisode de la vie de ce peintre -Jules Toulet- qui la recherche à travers le monde. Embarquant par hasard sur un navire dont la capitaine semble chercher quelqu'un, elle aussi, il est entrainé avec elle à la recherche d'un peintre.
L'histoire peut sembler banale, ainsi racontée, mais la force de cette BD tient au propos qui est développé au cours de celle-ci. Cette BD parle de l'Odyssée (le titre étant assez explicite), en faisant à la fois un voyage à travers la Méditerranée comme le fit Ulysse en son temps, mais aussi en reprenant certains points clés de ce récit mythologique pour en faire des métaphores, symboliques et réinterprétation de cette histoire millénaire. Et enfin, le récit prend aussi le parti d'intégrer l'Odyssée directement dans la trame, en tant qu'histoire connue des protagonistes, narrés par eux (et dont des extraits sont également lisibles dans l'ouvrage par des pages intermédiaires qui sont parfaitement bien intégrés) et peint également. C'est un récit complètement tourné autour de l'Odyssée, qui parle de lui et à travers lui.
Le tout est sublimé par le dessin de Lepage et de René Follet, qui donne vie à ces paysages ensoleillés de la mer Méditerranée, ainsi qu'à la mer elle-même et à ces bateaux qui fendent les eaux pour marchander de part le monde. C'est sublime, osons le dire, et c'est également clair et lisible. Les pages sont souvent magnifiques, certaines illustrations en pleine pages (voir en double page) en jettent plein la vue, et font autant partie de la BD qu'elles font penser à des toiles de maitres. C'est réellement magnifique, pour peu que l'on aime le trait de Lepage, et le rendu est immersif au possible. L'auteur a déjà montré son amour des lieux, des paysages et de la mer, ainsi que de l'aventure. Ici, le tout est combiné avec les représentations de René Follet, qui ajoutent un charme à l'ensemble, avec un style complètement différent.
Mais surtout, ce qui me fait tant aimer ce récit, c'est que j'aime l'Odyssée, qui fut l'un des premiers romans que j'ai dévoré enfant, lu et relu durant mon adolescence, et dont je connais encore aujourd'hui des scènes par cœur tant elle m'a plu. L'Illiade et l'Odyssée m'ont accompagné durant ma vie, et cette BD m'a donnée envie de retourner la lire, puis de relire l'Odyssée, et ensuite de relire la BD. C'est prenant, réellement, et une vraie déclaration d'amour à ce récit, parmi les plus vieux du monde. Et je ne parle pas de tout ce qui est dedans, entre les deux personnages principaux, écorchés par la vie et motivé par une quête qui les réparera. Les quelques moments d'amours qui passent dans le récit, les moments de vie et de bonheur ... C'est une belle histoire, une magnifique aventure maritime et une superbe déclaration d'amour à l'Odyssée. Et c'est tout ce que j'en demande.
Et puis ... Nom de nom, parfois faut savoir se laisser porter par un récit, sentir le souffle qui passe par les pages et se laisser porter par l'histoire. C'est peut-être trop simple pour certains, un peu trop fleur bleue ... Mais si on fait abstraction de ces détails, franchement, je ne peux que vous recommander cette lecture !
Charlier et Uderzo, à mon avis deux des plus grands auteurs que la bande dessinée franco-belge ait connus, ont très souvent collaboré ensemble, mais nombre de leurs œuvres sont encore méconnues du grand public, faute de rééditions massives par de grands éditeurs. Il ne faudrait pas croire pour autant que leurs œuvres non publiées sont moins bonnes que leurs plus connues, et cette bande dessinée éditée à petit tirage par les éditions Sangam (qui ont également édité Kim Devil du même Charlier - mais avec Forton au dessin - avant de disparaître des écrans radar) est là pour nous le prouver.
Initialement, cette série avait été conçue pour être publiée dans Le Supplément illustré, projet de supplément aux grands titres de journaux que Goscinny, Charlier et Uderzo voulaient monter. Ils réussirent à obtenir toutes les autorisations nécessaires, mais le projet ne vit finalement jamais le jour pour une raison vraiment bête : cette formule d'un supplément indépendant aux grands titres de presse aurait dû imposer aux marchands de journaux d'effectuer eux-même le geste consistant à glisser ce supplément dans le journal partenaire lors de l'achat par les clients. Les marchands acceptèrent... moyennant vingt centimes par encartage, invalidant ainsi tous les calculs du trio d'auteurs, qui ne put donc jamais concrétiser ce beau projet de démocratiser la bande dessinée en la joignant aux plus grands quotidiens d'information.
Malgré tout, de tous les projets destinés à ce Supplément illustré, Clairette fut le seul à pouvoir survivre dans les pages d'un journal coquin de l'époque, Paris Flirt (qui explique que le peu d'images de Clairette en bikini dans la BD ait pu passer malgré une censure très restrictive à cette époque).
Avant Tanguy et Laverdure et après Belloy, il faut donc caser Clairette, dont le style très réaliste est à rapprocher bien plus de la future série d'aviation que du pastiche médiéval au style encore très américanisé. En effet, le trait d'Uderzo est plein de délicatesse et touche toujours très juste, nous faisant entrevoir toute l'âme des personnages au travers de visages aux expressions d'une finesse qu'Uderzo lui-même a rarement reproduite à ce point. La taille des cases et des textes empêche en revanche le dessinateur de s'attarder sur les décors, ce qui peut être un peu dommage, mais nous ramène toujours aux personnages, situant ainsi bien le drame à une échelle totalement humaine.
Car bien plus qu'un simple thriller ou une romance, c'est avant tout à un drame humain très fort que nous fait assister Charlier. Faisant cohabiter la romance et le thriller à peu près à égalité, il nous livre ainsi une œuvre d'une belle puissance mélodramatique. La mort est présente dès les premières pages de cette bande dessinée, et le reste n'est pas toujours plus joyeux, puisqu'elle nous montre Clairette être victime d'une arnaque franchement violente (se faire passer pour un demi-frère disparu il y a trente ans en profitant de la mort accidentelle d'une mère, c'est quand même pas joli, joli...), résister aux avances d'un homme un peu trop entreprenant (une scène d'une belle modernité où Clairette montre une indépendance de caractère et une force rarement présente chez ce genre de personnages à l'époque), devenir le bouc émissaire bien solitaire d'un tas de personnes qui croient fermement à sa culpabilité (les uns sincèrement, tandis que les autres non).
Bien sûr, rien de tout ça n'est très osé vu d'aujourd'hui, mais pour l'époque, ça sort pas mal des codes habituels du genre, mine de rien...
Ainsi, Clairette peut s'appuyer sur une intrigue d'une force toute propre à Charlier (dont le pic émotionnel fut atteint à mon avis dans le premier dyptique incroyable de Tanguy et Laverdure), créant des passages d'une intensité rare et d'une réelle émotion. Alors qu'on aurait pu s'attendre à des flots de mièvrerie dû à l'aspect romantique de l'histoire, Charlier ne bascule que très rarement dans ce piège, grâce à des péripéties habilement montées. Ainsi, quand Clairette et son love interest (étrangement appelé... Jacques Le Gall !) se séparent, hésitent et cherchent à revenir l'un vers l'autre, Charlier habille tout cela avec un art consommé, justifiant pleinement chacun de ces actes par son intrigue policière.
Et de fait, l'interaction entre l'intrigue policière et l'intrigue romantique est extraordinairement bien mise en avant. Aucun personnage n'agit de manière outrancière pour faire avancer le scénario, aucune coïncidence énorme ne vient décrédibiliser l'histoire générale (il y a une seule grosse coïncidence qui débarque à la fin, mais bon, ça n'invalide rien de ce qui s'est passé jusqu'alors), même les méchants agissent intelligemment ou en tous cas en toute cohérence avec leur plan et le caractère de chacun d'entre eux.
Cela permet à Charlier de tisser un filet qui se resserre très étroitement autour de son héroïne, nous la rendant d'autant plus attachante, surtout dans le climax, assez dur à supporter si on a réussi à s'impliquer auprès des personnages.
Bref, ni vraiment romance, ni vraiment thriller mais pourtant chacun des deux à part entière, Clairette manie chacun des deux registres à la perfection, les entremêlant pour nous donner un résultat qui démontre tout le génie de Charlier, magnifié par celui d'Uderzo. Dense et complexe, mais jamais bavard et incompréhensible, Clairette est un modèle de narration et d'équilibre, digne de la meilleure époque du film noir hollywoodien, et qui devrait inspirer tous les auteurs qui s'essayent au genre si casse-figure du mélodrame.
Mais bon, pour cela, il faudrait que cette pépite soit un peu moins rare et un peu moins inatteignable (le prix des quelques tomes mis en vente sur internet va du très cher à l'aberration la plus complète). Il serait pourtant normal que cette belle histoire puisse s'ouvrir à un public un peu plus large que les collectionneurs les plus fous et les admirateurs les plus inconditionnels de ces deux auteurs...
Dominique Mermoux adapte un deuxième roman de Baptiste Beaulieu (après Les Mille et une vies des urgences), et le résultat m’a beaucoup marqué.
J’ai pourtant eu du mal à rentrer dans cette histoire. La narration souffre de la lourdeur textuelle souvent associée aux adaptations de roman en BD, les pages du journal de Moïse (la majorité du récit) étant retranscrites textuellement (et parsemées d’illustrations et de quelques phylactères). L’album est long (160 pages) et j’avais vraiment l’impression de ne pas avancer, ne comprenant pas non plus la démarche mensongère de Baptiste.
Et puis, la tension émotionnelle monte tout doucement, les mystères familiaux deviennent vraiment intrigants (Qui est Anne-Lise ? Où est-elle maintenant ? Pourquoi lui écrire une fois par an, à la même date ? Quel est le secret de la photo ?), et je me suis retrouvé incapable d’arrêter ma lecture avant d’avoir atteint de dénouement. Les thèmes abordés en seconde partie d’album (les relations familiales père-fils, la perte d’un proche) m’ont beaucoup parlé, beaucoup touché, au point de me faire pleurer pendant ma lecture (ce qui arrive rarement).
Voilà, j’ai eu un peu de mal à « entrer » dans cette histoire, mais une fois lancé, impossible de m’arrêter. Une lecture marquante.
Malgré une couverture d'album qui ne me faisait pas de l'oeil comme ça a pu être le cas avec d'autres Bd western, ce 1er tome m'a littéralement soufflé, non seulement par le dessin de Lamontagne (j'y reviendrai) mais aussi par le déroulé du scénario de Gloris. Il retrace la destinée de Martha Cannary avant qu'elle ne devienne la célèbre Calamity Jane ; à partir de la légende, il reprend le parcours de cette femme décidée à conquérir sa liberté, et plonge dans la réalité sordide et cruelle d'un univers impitoyable.
Les auteurs cernent les 2 personnages principaux que sont Martha et Wild Bill Hicock au plus près du contexte historique, au moment où la conquête de l'Ouest bat son plein, notamment avec l'arrivée du chemin de fer, le tout dans une sérieuse odeur de poudre et de sang. Le ton est en effet très cru et violent, très proche de la série TV Deadwood, dans la même optique démythifiante vue dans des films comme Tombstone ou Wyatt Earp. D'ailleurs, cette Bd me rappelle énormément le film Wild Bill de 1995 réalisé par le solide métier de Walter Hill où Ellen Barkin campait une Calamity piquante, et Jeff Bridges un Wild Bill tout en excès ; ce film est passé injustement inaperçu, il offrait une vision bien plus crédible que ce qui avait été montré à Hollywood sur ces personnages auparavant. J'y retrouve plein d'éléments approchants dans cette Bd, le Far West y est montré dans toute sa dureté et sa violence sanglante, son côté sordide et sale, où les femmes sont condamnées à la prostitution, bref c'est un Ouest sans concession, j'aime cet aspect parce qu'il est plus proche de ce que fut l'Ouest en réalité, loin de l'imagerie de carte postale et trop propre montrée dans les westerns de l'âge d'or.
Je pense que Gloris a dû s'inspirer des mémoires de Calamity Jane intitulées "Lettres à sa fille - 1877-1902", petit bouquin très instructif publié par le Seuil en 1979, il y a pas mal de faits que j'ai retrouvé dans ce livre, mais il a aussi pris des libertés scénaristiques qu'il a mélangées habilement, de sorte qu'on ne sait trop ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas, la vie de Calamity ayant été très aventureuse, et elle aussi n'a sans doute pas tout dit. En tout cas, tout est tellement plausible que rien ne cloche à ce niveau. Le tome 1 est peut-être celui où Gloris a pu "inventer" des détails, il montre l'activité des bordels miteux de l'Ouest, dans un ton glauque et plein de noirceur, où Martha survit tant bien que mal, piégée par un salopard qui va l'obliger à se prostituer. Le tome 2 s'écarte de ce postulat pour évoluer dans les paysages de l'Ouest , en montrant la quête de Wild Bill et la spoliation des terres indiennes, le ton est proche du film Danse avec les loups, en moins contemplatif, jusqu'aux retrouvailles entre les 2 figures de légende qui se ressemblaient beaucoup sur le plan caractériel et sur leur choix de vie.
J'en viens au dessin de Jacques Lamontagne que j'avais déjà admiré sur ses autres séries comme Les Druides notamment, mais là c'est tout bonnement époustouflant, avec un trait précis, puissant et réaliste, bourré de détails et une colorisation qui accentue l'aspect sombre de la vie dans ces saloons et bordels crasseux, sans parler des cadrages très cinématographiques ; c'est comme ça que je conçois un western en bande dessinée, avec ce type de dessin. Certes, il magnifie un peu Martha, surtout au début, car c'était une femme pas tout à fait hommasse, mais pas très féminine quand même, et à l'hygiène douteuse. Qu'importe parce que c'est graphiquement superbe, je suis totalement conquis par ce western, ça rattrape les 2 déceptions que j'ai eues sur Prisonnière des Apaches et Ennemis - Noir/Blanc.
Edition Moderne est une maison d’éditions helvétique germanophone. Mais ici cela ne pose pas de problème, puisque l’album est entièrement muet, et que les explications données sur son travail par Claudius Gentinetta (auteur que je découvre avec cet album) sont en Allemand et en Français.
Les trois histoires qui composent ce recueil ont été écrites lorsque l’auteur – bénéficiant d’une bourse (sorte de résidence d’auteur) – a passé un an à Cracovie en Pologne. Ne parlant pas la langue, ne connaissant pas grand monde, Gentinetta dit avoir passé beaucoup de temps à regarder par la fenêtre, à suivre du regard les gens dans la rue, à imaginer leurs pensées, leur vie, etc.
C’est ainsi que ces trois histoires semblent a priori imprégnées d’un morne quotidien, nous suivons quelques personnes dans leurs déambulations citadines.
Mais c’est le traitement de ces histoires qui fait tout le prix du travail de Gentinetta. En effet, j’ai vraiment beaucoup aimé son dessin (sans doute à la carte à gratter ?), au rendu très sombre – dans tous les sens du terme.
Les cases sont très chargées, de personnages, de décors aux multiples détails, et tout ceci est traité de façon baroque, avec un trait nerveux, mais surtout un refus de se soumettre aux règles de la proportion, de la perspective : tout est brinquebalant, difforme, déformé : un travail qui possède certaines accointances avec celui de Vanoli ou d’Andersson. On le voit on est dans une sorte d’underground, mais à l’esthétique forte, originale, qui poétise la noirceur de l’existence, sans en occulter la violence (voir en particulier la deuxième histoire).
A feuilleter avant d’aller plus loin, car il faut être réceptif à ce genre de production. Mais c’est en tout cas un univers qui me parle, et que j’ai apprécié de découvrir.
Note réelle 3,5/5.
Il arrive parfois qu’un bijou tombe du ciel, et cette bande dessinée en est un. La surprise est d’autant plus agréable quand on n’avait pas forcément eu l’intention de la lire au départ. Il arrive aussi que la couverture ne mente pas, et celle-ci, particulièrement réussie, en traduit parfaitement le contenu. Bienvenue au Jardin de la ville-lumière !
Cette fiction nous transporte – le terme est on ne peut plus adéquat — dans un cabaret parisien pendant les années folles. L’univers délicieux de Gaëlle Geniller est sublimé par les décors et accessoires de style Art nouveau, telle cette lampe de la couverture, et une palette de couleurs riches et chatoyantes. Le trait élégant, d’une sensibilité rare, retranscrit avec bonheur les mouvements gracieux des danseuses et danseurs, mais également les états d’âme des protagonistes. Ce cabaret, ce « jardin » paradisiaque, haut lieu des nuits parisiennes enivrantes de l’entre-deux-guerres où les danseuses portent un prénom de fleur, on l’a à peine découvert qu’on ne voudrait déjà plus le quitter.
Quant à la narration, rien à redire là non plus, elle est impeccablement construite. Ces chroniques, bien qu’un tantinet fleur bleue, évitent pourtant tout pathos ou mélodrame inutiles. A cet égard, l’élégance du dessin est totalement en phase avec le scénario. Le lecteur va suivre avec fascination l’évolution de Rose, ce jeune homme, élevé « en vase clos » dans le cocon protecteur et entièrement féminin du cabaret dirigé par sa mère. Celui-ci va s’affirmer de plus en plus dans son identité transgenre, sous la houlette de celui qui deviendra son impresario, le charmant et distingué Monsieur Aimé.
A l’époque, le terme « transgenre » n’existait pas vu que la question ne se posait pas. On parlait de travestis et ceux-ci n’étaient tolérés que dans le cadre d’un spectacle. Là où le parcours de Rose fascine, c’est que le jeune homme arrive à se faire accepter dans ses tenues féminines, même hors du cabaret, notamment lorsqu’il part séjourner en province….. Il faut dire que Rose est très beau, qu’il bénéficie d’une morphologie gracile et d’un visage très androgyne, ce qui semble suffire à faire taire les esprits ronchons et réactionnaires.
Malgré le terrain glissant sur lequel repose ce récit, Gaëlle Geniller parvient à éviter toute vulgarité, ne cherchant aucunement à choquer le lecteur. L’érotisme facile est totalement hors champ. Cela tient beaucoup à la belle personnalité de Rose, tout en candeur, pour qui le fait de danser dans un lieu « olé-olé » apparaît tout à fait naturel. Certes, le jeune homme y a grandi, mais pour lui, seul son art compte, peu importe les centimètres carré de peau dénudée. A la question d’un journaliste qui lui demandait s’il se considérait comme une femme dans le corps d’un homme, Rose répond avec une simplicité désarmante : « Je me considère comme un homme, mais un homme qui aime tellement les femmes qu’il a envie de faire comme elle ».
Certes, le monde décrit semble idéalisé et loin des problématiques de l’époque liées à la proximité des deux guerres (l’une qui venait de se terminer dans une gigantesque tragédie humaine et l’autre, non moins terrible, qui déjà grondait au loin), et pourtant on déguste, et surtout on respire avec bonheur ce « jardin de fleurs » aux mille odeurs.
Il faudra vraiment suivre cette jeune autrice qui semble promise à un avenir aussi radieux que son jeune danseur de cabaret. Avec son charmant « Jardin » parisien, on lui saura gré de dédramatiser avec une grande finesse un sujet délicat, de rendre sans objet une polémique affectionnée par les réactionnaires de tout poil qui hélas refusent de se cantonner aux oubliettes patriarcales du XXe siècle.
Bon, moi je lis pour me distraire.
Je viens seulement de découvrir ces auteurs (désolé).
Là, il y a la qualité du dessin, et le fait de torturer la réalité ne me gêne pas du tout, au contraire, c'est intéressant.
On voit qu'il y a de la recherche servie par une imagination débordante ... moi j'aime !
Ooooh cette bd n'est pas passée loin du 5/5.
Mon seul regret: qu'elle ne soit pas plus longue...
En effet, cette histoire de vampire est originale (on n'a pas l'habitude d'histoires de vampires se déroulant en Inde et c'est fait ici de façon très intelligente) et très agréable à lire. Le déroulement du scénario est fluide et on est tenu en haleine du début à la fin.
Le dessin n'y est pas pour rien car il est vraiment très bon et renforce le récit.
Bref, c'est très très bien et je recommende vivement la lecture. 4.5/5
Très belle découverte grâce à ce site !!! Merciii ! On est tout de suite happés par l’histoire qui, même si elle n’est pas originale dans son récit dramatique, est tellement bien transposée dans une société à la Orwell que ce n’est absolument pas un frein pour apprécier pleinement ce magnifique drame amoureux. On revit, à travers la répression de la Milidza et la résistance des francs-battants, des périodes de l’histoire que l’on connaît bien. Mais les allusions à des situations historiques que l’on connaît sont suggérées, jamais lourdement affirmées. C’est subtil et suffisant pour comprendre l’allusion. On note aussi quelques références à des albums de BD mythiques comme le Transperceneige. Côté drame amoureux, les personnages sont croqués avec talents, les dessins superbes - mi réaliste, mi surréaliste, la colorisation magnifique et la mise en page rythmée et originale. Un grand plaisir de lecture, une superbe intégrale.
Comme l'a dit le posteur précédent, Delcourt publie un roman graphique qui sera sans nul doute un des albums de l'année. Ce livre évoque le destin tragique de Michel Magne musicien prolifique des années 60-70, souvent novateur dans son travail et parfois génie incompris.
Je dois bien dire que je connaissais mal Michel Magne ; de lui, je connaissais surtout ses compositions des musiques de films pour Jean Yanne, ou encore celle des tontons flingueurs. Cela n'est qu'une infime partie de son œuvre car il a fait d'innombrables choses dans des domaines assez variés (il suffit de voir à la fin du livre le nombre de ses œuvres et de ses collaborations).
Les auteurs Yann Le Quellec au scénario et Romain Ronzeau au dessin s'intéressent surtout à l'histoire du château d'Hérouville qui servit de salle d'enregistrement à des groupes aussi mythiques que Canned Heat, Magma, T Rex ou encore à des chanteurs solo comme David Bowie ou Eddy Mitchell. Le château, acheté par Michel Magne en 1962, d'abord destiné à des événements festifs devient réellement un grand studio d'enregistrement en 1969 après l'incendie qu'il a connu.
Les auteurs montrent toute la démesure de Michel Magne qui dépense sans compter achetant les meilleures bouteilles pour ses convives et qui se retrouve vite en difficulté financière ainsi que sa relation tumultueuse avec sa compagne Marie-Claude beaucoup plus jeune que lui.
L'album est comme constitué de chapitres entrecoupés par des entractes biographiques évoquant la vie et la carrière de Magne avant 1969 où alternent des pages illustrées quasi en roman-photo et des illustrations de l'auteur. Cela a parfois tendance à alourdir la narration. Le trait de Ronzeau est assez intéressant et traduit bien le côté bouillonnant de la vie qui se déroule au Château (qui fut -Magne ne cessant de le rappeler-un endroit que fréquentèrent Chopin et Sand).
Le château est donc un élément essentiel de l'histoire ; l'on y croise un certain nombre de groupes et de pop-stars de l'époque. Il faut quand même avoir une bonne connaissance de ces années et cela fera quand même plus d'effets à un nostalgique des années 70. Le concert des Grateful Dead au château est un morceau d'anthologie, avec -histoire vraie- des policiers chargés de la sécurité sous LSD.
La relation de couple entre Michel Magne et Marie-Claude sert aussi de fil narratif. Les auteurs ont d'ailleurs eu les confidences de Marie-Claude, comme nous pouvons le voir à la fin de l'ouvrage. Elle montre le côté sombre de Michel Magne car comme souvent les histoires d'amour finissent mal.
On apprend donc beaucoup sur cette époque et sur ce compositeur un peu oublié et cela vaut clairement l'achat pour des passionnés d'une période beaucoup plus insouciante que celle d'aujourd'hui.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Les Voyages d'Ulysse
J'ai toujours tendance à me laisser influencer par les autres avis lorsque je laisse le mien, mais là je fais totalement abstraction des autres pour exprimer pleinement mon ressenti : j'ai adoré cette BD ! Dans la continuité et la complémentarité de Les Voyages d'Anna, nous avons ici un épisode de la vie de ce peintre -Jules Toulet- qui la recherche à travers le monde. Embarquant par hasard sur un navire dont la capitaine semble chercher quelqu'un, elle aussi, il est entrainé avec elle à la recherche d'un peintre. L'histoire peut sembler banale, ainsi racontée, mais la force de cette BD tient au propos qui est développé au cours de celle-ci. Cette BD parle de l'Odyssée (le titre étant assez explicite), en faisant à la fois un voyage à travers la Méditerranée comme le fit Ulysse en son temps, mais aussi en reprenant certains points clés de ce récit mythologique pour en faire des métaphores, symboliques et réinterprétation de cette histoire millénaire. Et enfin, le récit prend aussi le parti d'intégrer l'Odyssée directement dans la trame, en tant qu'histoire connue des protagonistes, narrés par eux (et dont des extraits sont également lisibles dans l'ouvrage par des pages intermédiaires qui sont parfaitement bien intégrés) et peint également. C'est un récit complètement tourné autour de l'Odyssée, qui parle de lui et à travers lui. Le tout est sublimé par le dessin de Lepage et de René Follet, qui donne vie à ces paysages ensoleillés de la mer Méditerranée, ainsi qu'à la mer elle-même et à ces bateaux qui fendent les eaux pour marchander de part le monde. C'est sublime, osons le dire, et c'est également clair et lisible. Les pages sont souvent magnifiques, certaines illustrations en pleine pages (voir en double page) en jettent plein la vue, et font autant partie de la BD qu'elles font penser à des toiles de maitres. C'est réellement magnifique, pour peu que l'on aime le trait de Lepage, et le rendu est immersif au possible. L'auteur a déjà montré son amour des lieux, des paysages et de la mer, ainsi que de l'aventure. Ici, le tout est combiné avec les représentations de René Follet, qui ajoutent un charme à l'ensemble, avec un style complètement différent. Mais surtout, ce qui me fait tant aimer ce récit, c'est que j'aime l'Odyssée, qui fut l'un des premiers romans que j'ai dévoré enfant, lu et relu durant mon adolescence, et dont je connais encore aujourd'hui des scènes par cœur tant elle m'a plu. L'Illiade et l'Odyssée m'ont accompagné durant ma vie, et cette BD m'a donnée envie de retourner la lire, puis de relire l'Odyssée, et ensuite de relire la BD. C'est prenant, réellement, et une vraie déclaration d'amour à ce récit, parmi les plus vieux du monde. Et je ne parle pas de tout ce qui est dedans, entre les deux personnages principaux, écorchés par la vie et motivé par une quête qui les réparera. Les quelques moments d'amours qui passent dans le récit, les moments de vie et de bonheur ... C'est une belle histoire, une magnifique aventure maritime et une superbe déclaration d'amour à l'Odyssée. Et c'est tout ce que j'en demande. Et puis ... Nom de nom, parfois faut savoir se laisser porter par un récit, sentir le souffle qui passe par les pages et se laisser porter par l'histoire. C'est peut-être trop simple pour certains, un peu trop fleur bleue ... Mais si on fait abstraction de ces détails, franchement, je ne peux que vous recommander cette lecture !
Clairette
Charlier et Uderzo, à mon avis deux des plus grands auteurs que la bande dessinée franco-belge ait connus, ont très souvent collaboré ensemble, mais nombre de leurs œuvres sont encore méconnues du grand public, faute de rééditions massives par de grands éditeurs. Il ne faudrait pas croire pour autant que leurs œuvres non publiées sont moins bonnes que leurs plus connues, et cette bande dessinée éditée à petit tirage par les éditions Sangam (qui ont également édité Kim Devil du même Charlier - mais avec Forton au dessin - avant de disparaître des écrans radar) est là pour nous le prouver. Initialement, cette série avait été conçue pour être publiée dans Le Supplément illustré, projet de supplément aux grands titres de journaux que Goscinny, Charlier et Uderzo voulaient monter. Ils réussirent à obtenir toutes les autorisations nécessaires, mais le projet ne vit finalement jamais le jour pour une raison vraiment bête : cette formule d'un supplément indépendant aux grands titres de presse aurait dû imposer aux marchands de journaux d'effectuer eux-même le geste consistant à glisser ce supplément dans le journal partenaire lors de l'achat par les clients. Les marchands acceptèrent... moyennant vingt centimes par encartage, invalidant ainsi tous les calculs du trio d'auteurs, qui ne put donc jamais concrétiser ce beau projet de démocratiser la bande dessinée en la joignant aux plus grands quotidiens d'information. Malgré tout, de tous les projets destinés à ce Supplément illustré, Clairette fut le seul à pouvoir survivre dans les pages d'un journal coquin de l'époque, Paris Flirt (qui explique que le peu d'images de Clairette en bikini dans la BD ait pu passer malgré une censure très restrictive à cette époque). Avant Tanguy et Laverdure et après Belloy, il faut donc caser Clairette, dont le style très réaliste est à rapprocher bien plus de la future série d'aviation que du pastiche médiéval au style encore très américanisé. En effet, le trait d'Uderzo est plein de délicatesse et touche toujours très juste, nous faisant entrevoir toute l'âme des personnages au travers de visages aux expressions d'une finesse qu'Uderzo lui-même a rarement reproduite à ce point. La taille des cases et des textes empêche en revanche le dessinateur de s'attarder sur les décors, ce qui peut être un peu dommage, mais nous ramène toujours aux personnages, situant ainsi bien le drame à une échelle totalement humaine. Car bien plus qu'un simple thriller ou une romance, c'est avant tout à un drame humain très fort que nous fait assister Charlier. Faisant cohabiter la romance et le thriller à peu près à égalité, il nous livre ainsi une œuvre d'une belle puissance mélodramatique. La mort est présente dès les premières pages de cette bande dessinée, et le reste n'est pas toujours plus joyeux, puisqu'elle nous montre Clairette être victime d'une arnaque franchement violente (se faire passer pour un demi-frère disparu il y a trente ans en profitant de la mort accidentelle d'une mère, c'est quand même pas joli, joli...), résister aux avances d'un homme un peu trop entreprenant (une scène d'une belle modernité où Clairette montre une indépendance de caractère et une force rarement présente chez ce genre de personnages à l'époque), devenir le bouc émissaire bien solitaire d'un tas de personnes qui croient fermement à sa culpabilité (les uns sincèrement, tandis que les autres non). Bien sûr, rien de tout ça n'est très osé vu d'aujourd'hui, mais pour l'époque, ça sort pas mal des codes habituels du genre, mine de rien... Ainsi, Clairette peut s'appuyer sur une intrigue d'une force toute propre à Charlier (dont le pic émotionnel fut atteint à mon avis dans le premier dyptique incroyable de Tanguy et Laverdure), créant des passages d'une intensité rare et d'une réelle émotion. Alors qu'on aurait pu s'attendre à des flots de mièvrerie dû à l'aspect romantique de l'histoire, Charlier ne bascule que très rarement dans ce piège, grâce à des péripéties habilement montées. Ainsi, quand Clairette et son love interest (étrangement appelé... Jacques Le Gall !) se séparent, hésitent et cherchent à revenir l'un vers l'autre, Charlier habille tout cela avec un art consommé, justifiant pleinement chacun de ces actes par son intrigue policière. Et de fait, l'interaction entre l'intrigue policière et l'intrigue romantique est extraordinairement bien mise en avant. Aucun personnage n'agit de manière outrancière pour faire avancer le scénario, aucune coïncidence énorme ne vient décrédibiliser l'histoire générale (il y a une seule grosse coïncidence qui débarque à la fin, mais bon, ça n'invalide rien de ce qui s'est passé jusqu'alors), même les méchants agissent intelligemment ou en tous cas en toute cohérence avec leur plan et le caractère de chacun d'entre eux. Cela permet à Charlier de tisser un filet qui se resserre très étroitement autour de son héroïne, nous la rendant d'autant plus attachante, surtout dans le climax, assez dur à supporter si on a réussi à s'impliquer auprès des personnages. Bref, ni vraiment romance, ni vraiment thriller mais pourtant chacun des deux à part entière, Clairette manie chacun des deux registres à la perfection, les entremêlant pour nous donner un résultat qui démontre tout le génie de Charlier, magnifié par celui d'Uderzo. Dense et complexe, mais jamais bavard et incompréhensible, Clairette est un modèle de narration et d'équilibre, digne de la meilleure époque du film noir hollywoodien, et qui devrait inspirer tous les auteurs qui s'essayent au genre si casse-figure du mélodrame. Mais bon, pour cela, il faudrait que cette pépite soit un peu moins rare et un peu moins inatteignable (le prix des quelques tomes mis en vente sur internet va du très cher à l'aberration la plus complète). Il serait pourtant normal que cette belle histoire puisse s'ouvrir à un public un peu plus large que les collectionneurs les plus fous et les admirateurs les plus inconditionnels de ces deux auteurs...
Entre les lignes (Mermoux)
Dominique Mermoux adapte un deuxième roman de Baptiste Beaulieu (après Les Mille et une vies des urgences), et le résultat m’a beaucoup marqué. J’ai pourtant eu du mal à rentrer dans cette histoire. La narration souffre de la lourdeur textuelle souvent associée aux adaptations de roman en BD, les pages du journal de Moïse (la majorité du récit) étant retranscrites textuellement (et parsemées d’illustrations et de quelques phylactères). L’album est long (160 pages) et j’avais vraiment l’impression de ne pas avancer, ne comprenant pas non plus la démarche mensongère de Baptiste. Et puis, la tension émotionnelle monte tout doucement, les mystères familiaux deviennent vraiment intrigants (Qui est Anne-Lise ? Où est-elle maintenant ? Pourquoi lui écrire une fois par an, à la même date ? Quel est le secret de la photo ?), et je me suis retrouvé incapable d’arrêter ma lecture avant d’avoir atteint de dénouement. Les thèmes abordés en seconde partie d’album (les relations familiales père-fils, la perte d’un proche) m’ont beaucoup parlé, beaucoup touché, au point de me faire pleurer pendant ma lecture (ce qui arrive rarement). Voilà, j’ai eu un peu de mal à « entrer » dans cette histoire, mais une fois lancé, impossible de m’arrêter. Une lecture marquante.
Wild West
Malgré une couverture d'album qui ne me faisait pas de l'oeil comme ça a pu être le cas avec d'autres Bd western, ce 1er tome m'a littéralement soufflé, non seulement par le dessin de Lamontagne (j'y reviendrai) mais aussi par le déroulé du scénario de Gloris. Il retrace la destinée de Martha Cannary avant qu'elle ne devienne la célèbre Calamity Jane ; à partir de la légende, il reprend le parcours de cette femme décidée à conquérir sa liberté, et plonge dans la réalité sordide et cruelle d'un univers impitoyable. Les auteurs cernent les 2 personnages principaux que sont Martha et Wild Bill Hicock au plus près du contexte historique, au moment où la conquête de l'Ouest bat son plein, notamment avec l'arrivée du chemin de fer, le tout dans une sérieuse odeur de poudre et de sang. Le ton est en effet très cru et violent, très proche de la série TV Deadwood, dans la même optique démythifiante vue dans des films comme Tombstone ou Wyatt Earp. D'ailleurs, cette Bd me rappelle énormément le film Wild Bill de 1995 réalisé par le solide métier de Walter Hill où Ellen Barkin campait une Calamity piquante, et Jeff Bridges un Wild Bill tout en excès ; ce film est passé injustement inaperçu, il offrait une vision bien plus crédible que ce qui avait été montré à Hollywood sur ces personnages auparavant. J'y retrouve plein d'éléments approchants dans cette Bd, le Far West y est montré dans toute sa dureté et sa violence sanglante, son côté sordide et sale, où les femmes sont condamnées à la prostitution, bref c'est un Ouest sans concession, j'aime cet aspect parce qu'il est plus proche de ce que fut l'Ouest en réalité, loin de l'imagerie de carte postale et trop propre montrée dans les westerns de l'âge d'or. Je pense que Gloris a dû s'inspirer des mémoires de Calamity Jane intitulées "Lettres à sa fille - 1877-1902", petit bouquin très instructif publié par le Seuil en 1979, il y a pas mal de faits que j'ai retrouvé dans ce livre, mais il a aussi pris des libertés scénaristiques qu'il a mélangées habilement, de sorte qu'on ne sait trop ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas, la vie de Calamity ayant été très aventureuse, et elle aussi n'a sans doute pas tout dit. En tout cas, tout est tellement plausible que rien ne cloche à ce niveau. Le tome 1 est peut-être celui où Gloris a pu "inventer" des détails, il montre l'activité des bordels miteux de l'Ouest, dans un ton glauque et plein de noirceur, où Martha survit tant bien que mal, piégée par un salopard qui va l'obliger à se prostituer. Le tome 2 s'écarte de ce postulat pour évoluer dans les paysages de l'Ouest , en montrant la quête de Wild Bill et la spoliation des terres indiennes, le ton est proche du film Danse avec les loups, en moins contemplatif, jusqu'aux retrouvailles entre les 2 figures de légende qui se ressemblaient beaucoup sur le plan caractériel et sur leur choix de vie. J'en viens au dessin de Jacques Lamontagne que j'avais déjà admiré sur ses autres séries comme Les Druides notamment, mais là c'est tout bonnement époustouflant, avec un trait précis, puissant et réaliste, bourré de détails et une colorisation qui accentue l'aspect sombre de la vie dans ces saloons et bordels crasseux, sans parler des cadrages très cinématographiques ; c'est comme ça que je conçois un western en bande dessinée, avec ce type de dessin. Certes, il magnifie un peu Martha, surtout au début, car c'était une femme pas tout à fait hommasse, mais pas très féminine quand même, et à l'hygiène douteuse. Qu'importe parce que c'est graphiquement superbe, je suis totalement conquis par ce western, ça rattrape les 2 déceptions que j'ai eues sur Prisonnière des Apaches et Ennemis - Noir/Blanc.
Hysteria
Edition Moderne est une maison d’éditions helvétique germanophone. Mais ici cela ne pose pas de problème, puisque l’album est entièrement muet, et que les explications données sur son travail par Claudius Gentinetta (auteur que je découvre avec cet album) sont en Allemand et en Français. Les trois histoires qui composent ce recueil ont été écrites lorsque l’auteur – bénéficiant d’une bourse (sorte de résidence d’auteur) – a passé un an à Cracovie en Pologne. Ne parlant pas la langue, ne connaissant pas grand monde, Gentinetta dit avoir passé beaucoup de temps à regarder par la fenêtre, à suivre du regard les gens dans la rue, à imaginer leurs pensées, leur vie, etc. C’est ainsi que ces trois histoires semblent a priori imprégnées d’un morne quotidien, nous suivons quelques personnes dans leurs déambulations citadines. Mais c’est le traitement de ces histoires qui fait tout le prix du travail de Gentinetta. En effet, j’ai vraiment beaucoup aimé son dessin (sans doute à la carte à gratter ?), au rendu très sombre – dans tous les sens du terme. Les cases sont très chargées, de personnages, de décors aux multiples détails, et tout ceci est traité de façon baroque, avec un trait nerveux, mais surtout un refus de se soumettre aux règles de la proportion, de la perspective : tout est brinquebalant, difforme, déformé : un travail qui possède certaines accointances avec celui de Vanoli ou d’Andersson. On le voit on est dans une sorte d’underground, mais à l’esthétique forte, originale, qui poétise la noirceur de l’existence, sans en occulter la violence (voir en particulier la deuxième histoire). A feuilleter avant d’aller plus loin, car il faut être réceptif à ce genre de production. Mais c’est en tout cas un univers qui me parle, et que j’ai apprécié de découvrir. Note réelle 3,5/5.
Le Jardin - Paris
Il arrive parfois qu’un bijou tombe du ciel, et cette bande dessinée en est un. La surprise est d’autant plus agréable quand on n’avait pas forcément eu l’intention de la lire au départ. Il arrive aussi que la couverture ne mente pas, et celle-ci, particulièrement réussie, en traduit parfaitement le contenu. Bienvenue au Jardin de la ville-lumière ! Cette fiction nous transporte – le terme est on ne peut plus adéquat — dans un cabaret parisien pendant les années folles. L’univers délicieux de Gaëlle Geniller est sublimé par les décors et accessoires de style Art nouveau, telle cette lampe de la couverture, et une palette de couleurs riches et chatoyantes. Le trait élégant, d’une sensibilité rare, retranscrit avec bonheur les mouvements gracieux des danseuses et danseurs, mais également les états d’âme des protagonistes. Ce cabaret, ce « jardin » paradisiaque, haut lieu des nuits parisiennes enivrantes de l’entre-deux-guerres où les danseuses portent un prénom de fleur, on l’a à peine découvert qu’on ne voudrait déjà plus le quitter. Quant à la narration, rien à redire là non plus, elle est impeccablement construite. Ces chroniques, bien qu’un tantinet fleur bleue, évitent pourtant tout pathos ou mélodrame inutiles. A cet égard, l’élégance du dessin est totalement en phase avec le scénario. Le lecteur va suivre avec fascination l’évolution de Rose, ce jeune homme, élevé « en vase clos » dans le cocon protecteur et entièrement féminin du cabaret dirigé par sa mère. Celui-ci va s’affirmer de plus en plus dans son identité transgenre, sous la houlette de celui qui deviendra son impresario, le charmant et distingué Monsieur Aimé. A l’époque, le terme « transgenre » n’existait pas vu que la question ne se posait pas. On parlait de travestis et ceux-ci n’étaient tolérés que dans le cadre d’un spectacle. Là où le parcours de Rose fascine, c’est que le jeune homme arrive à se faire accepter dans ses tenues féminines, même hors du cabaret, notamment lorsqu’il part séjourner en province….. Il faut dire que Rose est très beau, qu’il bénéficie d’une morphologie gracile et d’un visage très androgyne, ce qui semble suffire à faire taire les esprits ronchons et réactionnaires. Malgré le terrain glissant sur lequel repose ce récit, Gaëlle Geniller parvient à éviter toute vulgarité, ne cherchant aucunement à choquer le lecteur. L’érotisme facile est totalement hors champ. Cela tient beaucoup à la belle personnalité de Rose, tout en candeur, pour qui le fait de danser dans un lieu « olé-olé » apparaît tout à fait naturel. Certes, le jeune homme y a grandi, mais pour lui, seul son art compte, peu importe les centimètres carré de peau dénudée. A la question d’un journaliste qui lui demandait s’il se considérait comme une femme dans le corps d’un homme, Rose répond avec une simplicité désarmante : « Je me considère comme un homme, mais un homme qui aime tellement les femmes qu’il a envie de faire comme elle ». Certes, le monde décrit semble idéalisé et loin des problématiques de l’époque liées à la proximité des deux guerres (l’une qui venait de se terminer dans une gigantesque tragédie humaine et l’autre, non moins terrible, qui déjà grondait au loin), et pourtant on déguste, et surtout on respire avec bonheur ce « jardin de fleurs » aux mille odeurs. Il faudra vraiment suivre cette jeune autrice qui semble promise à un avenir aussi radieux que son jeune danseur de cabaret. Avec son charmant « Jardin » parisien, on lui saura gré de dédramatiser avec une grande finesse un sujet délicat, de rendre sans objet une polémique affectionnée par les réactionnaires de tout poil qui hélas refusent de se cantonner aux oubliettes patriarcales du XXe siècle.
Les Chevaliers d'Héliopolis
Bon, moi je lis pour me distraire. Je viens seulement de découvrir ces auteurs (désolé). Là, il y a la qualité du dessin, et le fait de torturer la réalité ne me gêne pas du tout, au contraire, c'est intéressant. On voit qu'il y a de la recherche servie par une imagination débordante ... moi j'aime !
These Savage Shores
Ooooh cette bd n'est pas passée loin du 5/5. Mon seul regret: qu'elle ne soit pas plus longue... En effet, cette histoire de vampire est originale (on n'a pas l'habitude d'histoires de vampires se déroulant en Inde et c'est fait ici de façon très intelligente) et très agréable à lire. Le déroulement du scénario est fluide et on est tenu en haleine du début à la fin. Le dessin n'y est pas pour rien car il est vraiment très bon et renforce le récit. Bref, c'est très très bien et je recommende vivement la lecture. 4.5/5
Le Désespoir du Singe
Très belle découverte grâce à ce site !!! Merciii ! On est tout de suite happés par l’histoire qui, même si elle n’est pas originale dans son récit dramatique, est tellement bien transposée dans une société à la Orwell que ce n’est absolument pas un frein pour apprécier pleinement ce magnifique drame amoureux. On revit, à travers la répression de la Milidza et la résistance des francs-battants, des périodes de l’histoire que l’on connaît bien. Mais les allusions à des situations historiques que l’on connaît sont suggérées, jamais lourdement affirmées. C’est subtil et suffisant pour comprendre l’allusion. On note aussi quelques références à des albums de BD mythiques comme le Transperceneige. Côté drame amoureux, les personnages sont croqués avec talents, les dessins superbes - mi réaliste, mi surréaliste, la colorisation magnifique et la mise en page rythmée et originale. Un grand plaisir de lecture, une superbe intégrale.
Les Amants d'Hérouville - Une histoire vraie
Comme l'a dit le posteur précédent, Delcourt publie un roman graphique qui sera sans nul doute un des albums de l'année. Ce livre évoque le destin tragique de Michel Magne musicien prolifique des années 60-70, souvent novateur dans son travail et parfois génie incompris. Je dois bien dire que je connaissais mal Michel Magne ; de lui, je connaissais surtout ses compositions des musiques de films pour Jean Yanne, ou encore celle des tontons flingueurs. Cela n'est qu'une infime partie de son œuvre car il a fait d'innombrables choses dans des domaines assez variés (il suffit de voir à la fin du livre le nombre de ses œuvres et de ses collaborations). Les auteurs Yann Le Quellec au scénario et Romain Ronzeau au dessin s'intéressent surtout à l'histoire du château d'Hérouville qui servit de salle d'enregistrement à des groupes aussi mythiques que Canned Heat, Magma, T Rex ou encore à des chanteurs solo comme David Bowie ou Eddy Mitchell. Le château, acheté par Michel Magne en 1962, d'abord destiné à des événements festifs devient réellement un grand studio d'enregistrement en 1969 après l'incendie qu'il a connu. Les auteurs montrent toute la démesure de Michel Magne qui dépense sans compter achetant les meilleures bouteilles pour ses convives et qui se retrouve vite en difficulté financière ainsi que sa relation tumultueuse avec sa compagne Marie-Claude beaucoup plus jeune que lui. L'album est comme constitué de chapitres entrecoupés par des entractes biographiques évoquant la vie et la carrière de Magne avant 1969 où alternent des pages illustrées quasi en roman-photo et des illustrations de l'auteur. Cela a parfois tendance à alourdir la narration. Le trait de Ronzeau est assez intéressant et traduit bien le côté bouillonnant de la vie qui se déroule au Château (qui fut -Magne ne cessant de le rappeler-un endroit que fréquentèrent Chopin et Sand). Le château est donc un élément essentiel de l'histoire ; l'on y croise un certain nombre de groupes et de pop-stars de l'époque. Il faut quand même avoir une bonne connaissance de ces années et cela fera quand même plus d'effets à un nostalgique des années 70. Le concert des Grateful Dead au château est un morceau d'anthologie, avec -histoire vraie- des policiers chargés de la sécurité sous LSD. La relation de couple entre Michel Magne et Marie-Claude sert aussi de fil narratif. Les auteurs ont d'ailleurs eu les confidences de Marie-Claude, comme nous pouvons le voir à la fin de l'ouvrage. Elle montre le côté sombre de Michel Magne car comme souvent les histoires d'amour finissent mal. On apprend donc beaucoup sur cette époque et sur ce compositeur un peu oublié et cela vaut clairement l'achat pour des passionnés d'une période beaucoup plus insouciante que celle d'aujourd'hui.