Les derniers avis (9597 avis)

Par grogro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Marathon
Marathon

Le scénario de cette BD tient sur un confetti : il raconte le marathon des Jeux Olympiques de 1928, soit un peu plus de deux heures et demi de course. Arrivés à ce stade de la compétition (gag), les passionnés de sport tels que je ne le suis pas commencent logiquement à transpirer. 115 pages... Et bien c'est absolument captivant, du début à la fin ! Sortie opportunément l'été des JO de Tokyo, on aurait cependant tort d'y voir une démarche marketing. Servi par un dessin cinématographique, tout au crayon gras noir et bénéficiant d'une bichromie très classe, le récit avance sur plusieurs niveaux narratifs. A la fois récit historique, il se fait tour à tour militant, psychologique, et profondément poétique, au point de vous titiller les glandes lacrymales. La simple mise en relation de certains textes, sobres, ramassés, choisis avec un soin d'orfèvre, avec certaines images à la force évocatrice indéniable provoque des effets oniriques bienvenus avec un sens de l'à-propos parfois étonnant. On ressort de cette lecture avec l'impression d'avoir visionné un film d'époque, mais surtout d'avoir fait un véritable voyage spatiotemporel, autant documentaire qu'introspectif. Le récit commence en effet par une vibrante citation de Pierre de Coubertin (peut-être dans son discours fondateur des JO modernes, mais c'est à vérifier) vantant les valeurs de l'olympisme et s'achève par une partie documentaire qui vient confronter la théorie à la réalité. Cruel ! Et militant, donc ! Façon All Lives Matter... Nicolas Debon semble avoir trouvé la foulée qui lui convient. Après Le Tour des géants et L'Essai, déjà très chouettes (et L'Invention du Vide que je ne connais pas encore mais que je vais m'empresser de découvrir), il livre une épopée quasi homérique où un petit Ulysse moderne fait face aux a priori et à la bêtise, se confronte à ses propres limites physiques, affronte les monstres de son époque dont les finlandais Laaksonen et Marttelin ou le japonais Yamada... El Ouafi Boughéra rêve-t-il de sa terre natale quand point la fatigue ou le désespoir au cours des 42 kilomètres qui constituent son odyssée ? Un album de grande grande classe !

13/08/2021 (modifier)
Par grogro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Battue
Battue

Cette Bd m'avait un peu échappé à sa sortie. Si le thème ne m'attirait pas plus que ça, je m'étais néanmoins promis de la lire un peu plus tard. J'avais au moment de sa sortie d'autres priorités, et puis je n'avais pas nécessairement envie de lire un truc que l'on sentait quand même un peu glauque. Pas le moment... Quelle erreur ! À la fois fable socio-politique et saga familiale, ce thriller psychologique à la tension très palpable s'incarne à merveille dans ce dessin aussi subtil que massif. Le trait affuté de Lilian Coquillaud tranche les pages aux couleurs choisies comme autant de membranes. On pénètre la chair, on plonge dans la tripaille secouée par le chaos de ce monde changeant. Les protagonistes eux-mêmes semblent embourbés dans cette compétition cruelle qui se transforme rapidement en rite initiatique malsain dont les enjeux flous éveillent immanquablement la paranoïa. C'est vraiment très réussi, et même particulièrement signifiant. L'utilisation de l'aquarelle donne aux paysages une beauté presque féérique tout en lui conférant une aura de mystère saisissante. C'est tout bonnement splendide ! Camille, rouquine volcanique dont la rousseur imprègne littéralement chaque page, est l'héroïne magnifique de cette chasse épique à l'issue incertaine jusqu'au bout. Le lecteur la suit à la trace dans ses errements, faisant émerger un malaise grandissant. C'est tout cela que le duo d'auteurs parvient à faire ressentir avec la force d'une massue (le côté massif du dessin dont je parlais). Rapidement, on envisage une fin tragique. Quelqu'un va-t-il mourir ? Qui ? Comment ? Les fans de Delivrance de John Boorman y retrouveront sans aucun doute leurs petits... Ajoutons que dans l'histoire de la peinture occidentale, le roux est par convention la couleur du traitre, celle de Judas... Bref ! Je ne m'étendrai pas davantage sur le contenu car ce serait risquer de dévoiler ce qui fait le sel de ce récit. Au cours de ma lecture, mon côté tatillon de bazar est quasiment resté en veilleuse. A quelques rares occasions, j'ai (un peu) grincé des dents, la faute à quelques très rares textes un peu bâclés, à certains mots qui auraient selon moi mérité d'être choisis avec davantage de soin, ainsi qu'à deux ou trois oublis (je me souviens en effet d'un pronom manquant et d'un adverbe). Mais avouez que ces récriminations ne pèsent pas bien lourd face à ce petit bijou au dessin remarquable. En somme, c'est bien là l'essentiel : ce qui vaut à la BD son surnom de "neuvième art", non ?

12/08/2021 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Justice Society - The Golden Age (L'âge d'or)
Justice Society - The Golden Age (L'âge d'or)

Cette mini-série a une bonne réputation et je dois qu'elle est mérité ! La seconde guerre mondiale est finie et les super-héros se demandent quoi faire: certains raccrochent, un tel devient un politicien influent, un essai d'être romancier etc et etc. Le ton rappelle Watchmen vu qu'on suit plusieurs super-héros qui ont des problèmes et qu'il y a un coté politique et social dans le récit quoique cela m'a semblé moins noir que l'œuvre de Moore et Gibson. Il faut dire que cela se passe dans l'Amérique fin des années 40-début des années 50 où et si les auteurs montrent des problèmes de cette époque, ce n'est pas le début d'une possible apocalypse comme dans Watchmen. J'ai trouvé que le scénario était intelligent et que l'univers est crédible. Par exemple, le scénariste donne une bonne explication sur pourquoi la guerre a continué plusieurs années malgré le fait qu'il y a des super-héros ou encore il y a une piste intéressant sur la question 'pourquoi il y a autant de super-héros au USA'. Le récit est prenant et les personnages sont terriblement attachants. La seule ombre au tableau est qu'il y a plusieurs personnages et que la plupart était inconnu pour moi alors parfois j'aillais relire la présentation des personnages présent au début de l'ouvrage pour bien me souvenir de qui était qui. Je pense qu'une des forces de Watchemen est qu'on suivait un groupe réduit de super-héros et que la plupart des héros de l'ancienne génération apparaissaient que dans des flashbacks alors qu'ici il y a une bonne douzaine même si c'est vrai que plusieurs ont un rôle plutôt réduit. Le dessin est très beau. C'est réaliste sans être froid comme dans les comics modernes qui utilisent un peu trop l'ordinateur à mon gout. Sinon, il y a une histoire en bonus datant des années 70. C'est pas mauvais, mais elle souffre de la comparaison avec la mini-série qui elle peut intéressé les non-fans de super-héros et qui a un scénario profondeur. Donc c'est un récit basique de super-héros pas mauvais, mais sans plus. Je n'ai pas trop aimé comment des personnages de la mythologie germaniques travaillent pour le camp d'Hitler et Hitler lui-même à presque l'air d'un gros méchant de comics genre Docteur Fatalis.

11/08/2021 (modifier)
Par Benjie
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Voyage des Pères
Le Voyage des Pères

Pour être connue, elle est connue cette histoire ! Et pourtant, David Ratte trouve un angle super original pour nous la raconter. C’est intelligent, drôle, subtil et léger. Avoir choisi comme héros, non pas les apôtres ou Jésus, mais les pères des apôtres qui ne comprennent pas très bien ce qui se passe avec leurs enfants pose d’emblée les bases d’un scénario décalé qui éveille notre attention. Les trois albums du premier cycle sont plus qu’à la hauteur ! L’humour n’est jamais lourd et les dialogues avec leur bonne dose d’anachronismes m’ont fait éclater de rire. Le dessin est très bon, il doux et lumineux. Mi réalistes, mi caricaturaux, les personnages principaux aux caractères bien trempés se révèlent non seulement drôles mais aussi très émouvants dans leur quête pour retrouver leur fils. Franchement, c’est à lire. Le second cycle du Voyage des Pères est tout aussi réussi que le premier mais un rien décousu quand même. Les dialogues et leur bonne dose d’anachronismes sont un peu plus lourds que dans le premier cycle et, à mon goût, le scénario perd un peu trop de vue les pères. Ca c’était le petit moins. Le gros plus, c’est qu’on découvre l’envers du décor de personnages historiques bien connus, comme Ponce Pilate et Barrabas, et on constate que leur vie ne se réduit pas aux quelques instants liés à la mort de Jésus… et ça c’est franchement drôle. Je ne change pas ma note, la série restant de très bonne qualité !

28/07/2021 (MAJ le 08/08/2021) (modifier)
Par fuuhuu
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Combat ordinaire
Le Combat ordinaire

Suite aux nombreuses éloges que j'ai pu lire sur ce site ou entendre sur cette série, enfin je me suis décidé à acheter les 4 tomes d'un coup. Rarement, j'ai été aussi émotionné durant la lecture de bd. L'auteur nous raconte une histoire ordinaire: la vie banale d'un photographe qui a peur de s'engager et de grandir. Le pitch est peut-être ordinaire, mais la qualité de cette série ne l'est pas. Elle est extraordinaire. En effet, Marco, le personnage principal est vraiment attachant. Tout de suite, on s'identifie à lui et on partage rapidement avec lui, ses états d'âmes et ses doutes. Cette BD est extraordinaire, de part les nombreux sujets du quotidien qu'elle aborde: la peur de s'engager, la volonté de faire un métier qui nous plait réellement, la drogue, le suicide, la maladie, la famille, la politique et j'en passe. Mais elle ne fait pas qu'aborder ces sujets, elle les traite avec une certaine profondeur. Chacun des tomes m'ont fait réfléchir et m'ont même parfois, bouleversé. Je terminerais par dire qu'il s'agit d'une des rares séries de BD qui m'a à la fois fait verser une petite larme, mais qui m'a également fait énormément rire. On est très loin de l'humour caca-prout ou de l'humour facile. Ici, l'humour est vrai, sincère et touchant, et donc hilarant. 5 étoiles MAUPERTUIS, OSE ET RIT !

05/08/2021 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Formidables Aventures de Lapinot
Les Formidables Aventures de Lapinot

Les formidables aventures de Lapinot, c'est une BD que j'ai mis du temps à apprivoiser. Quand je l'ai découverte il y a une vingtaine d'années, je n'ai pas été charmé par les histoires du quotidien du petit groupe de jeunes urbains qui en sont les héros. Et j'ai été déstabilisé et pas convaincu non plus par les albums mettant en scène les avatars de ces personnages dans des contextes différents et hétéroclites comme un western, une polar fantastique dans les années 1920 ou encore une romance à l'anglaise du 19e siècle. Mais c'est au fil du temps, au fur et à mesure que je me suis attaché aux personnages et à l'esprit de Lewis Trondheim que je me suis mis à aimer de plus en plus la série. Et c'est quand est paru l'album "La vie comme elle vient" que je me suis rendu compte à quel point j'aimais Lapinot quand j'ai ressenti le déchirement de sa perte. Depuis la série fait partie de mes préférées. Le dessin paraît simple mais il est très bon et très expressif. Il parvient en outre ça et là à offrir de belles cases pleines de charme et d'atmosphère. Il rend à mes yeux la série particulièrement agréable à lire et à regarder. Les histoires semblent ne pas raconter grand chose, tourner autour de petites intrigues, de petites aventures sans grand intérêt, et pourtant non, c'est passionnant, prenant, on entre dans l'univers de Lapinot comme dans un monde à part. C'est surtout l'imagination débordante de Trondheim qui s'y reflète avec une foule de bonnes idées, parfois incongrues mais intelligentes malgré tout et surtout pleines d'humour. Les dialogues sont excellents et on ne sait jamais où les intrigues vont nous mener tant l'auteur se permet de nombreuses libertés, abordant souvent de plein fouet le fantastique ou l'action débridée tout en respectant l'esprit de sa série et l'humanité de ses protagonistes. De tous les albums parus, je préfère ceux se déroulant dans la période contemporaine car j'ai aimé suivre l'évolution des personnages et en particulier de Lapinot et de sa vie sentimentale. Bref, j'aime beaucoup Les formidables aventures de Lapinot et je suis heureux que la série perdure avec Les Nouvelles Aventures de Lapinot.

15/04/2004 (MAJ le 05/08/2021) (modifier)
Par Solo
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Monk ! - Thelonious, Pannonica... Une Amitié, Une Révolution Musicale
Monk ! - Thelonious, Pannonica... Une Amitié, Une Révolution Musicale

Quelques connaissances de jazz suffiront pour avoir une idée de qui est Thelonious Monk. Pianiste hors pair, créateur d'un style nouveau grâce à un jeu terriblement libre qu'il développait dans les cabarets new-yorkais, ce génie a révolutionné le jazz en même temps qu'il a repoussé les limites de l'improvisation. J'espère qu'un lecteur ne connaissant pas vraiment l'artiste réussira quand même à apprécier cette biographie, qui se lit très facilement (le jazz est accessible à tous). Mais peut-être que cette BD aura quelque chose d'opaque pour celui qui découvre. L'auteur parle beaucoup de l'individu bien sûr, mais il aborde beaucoup sa musique, son style. Ainsi, celui qui n'a pas écouté quelques morceaux avant de bouquiner risque de trouver pas mal de passages superficiels. Par contre, et c'est là qu'est la réussite de cette oeuvre, le lecteur peut tout à fait ressentir la musique, et ça c'est fort! J'écoute cet artiste depuis pas si longtemps que ça mais je l'avais souvent en fond quand j'était petit. Pour ceux qui ont déjà un intérêt pour ce drôle d'oiseau, vous serez forcément conquis. Par ailleurs, cette BD se complète très bien avec la biographie de Laurent de Wilde (Monk, édition Folio). A part ça, on pourra apprécier à fond toute cette ambiance folle d'âge d'or du jazz (année 40-50) dans les rues et surtout dans les terribles cabarets de New-York, lieux de liberté absolu où tous les géants du jazz et bebop ont dû passer et se surpasser pour gagner leur vie et devenir célèbre! Quelle intensité cela a dû être. Si Monk est mis en avant, Pannonica est le fil directeur choisi de l'auteur. Cela donne un nouvel angle d'approche pour retracer son parcours, et c'est bien vu ! Au niveau de la biographie, je ne sais que ce que je lis et dans celle écrite par Laurent de Wilde, le jazzman est décrit comme quelqu'un de tout à fait ordinaire derrière ses excentricités. Il gardait un lien familial très fort et il restait régulièrement dans son appartement, en solitaire. En tout cas, il était loin d'avoir le nez dehors tous les jours. Et dans cette BD, je ne vois pas ce trait de personnalité. On nous fait savoir quelques timides fois que sa femme faisait partie de son équilibre vital, mais pas vraiment plus. Je pense que c'est volontaire de la part de Youssef Daoudi puisque son récit est orienté par la relation de Monk avec la "Baronne du jazz", Pannonica. Mais quand même, je trouve dommage de ne pas avoir montré cette autre facette, bien plus intimiste et humble que ce qui est présenté ici. Il y a de la bipolarité dans l'air avec Monk, aussi j'aurais aimé trouver un peu plus d'équilibre dans les contradictions. Et sinon, on parle d'un musicien donc que faut-il voir et faire entendre ? De la musique pardi! Ben oui! Alors là, le rendu est époustouflant : ça swingue, ça transpire, ça chante, ça tape du pied, ça claque des doigts! J'ai rarement ressenti ça. Le mouvement est incroyablement bien représenté, c'est très vivant ! Le dessin permet vraiment de traduire toute la liberté du jazz bebop et de l'improvisation de Monk. En dehors des scènes musicales, j'ai été parfois déçu par le rendu de certains visages, qui n'ont pas toujours le crayonné esquissé bien fourni. Quant à la bichromie, au même titre que la couleur de notre site marron Bdthèque, on finit par s'y faire très très bien !! :). Mais là encore on trouvera quelques irrégularités (ou des choix que je ne défendrais pas) : des visages ou des corps tout blanc, sans ce jeu de duo de couleurs, comme si l'auteur avait oublié de remplir un peu de marron/beige pour harmoniser l'ensemble. Ou bien a-t-il voulu mettre en avant la peau blanche de Pannonica au milieu de tout ces amis noirs, je ne sais pas... Aussi, je fais rarement de commentaire à ce sujet, mais je trouve cette couverture absolument superbe! En bref, écoutez un petit "Evidence" pour vous mettre en appétit, écouter du Monk en même temps que vous lisez sa biographie, et je n'aurai plus qu'à vous souhaiter bon voyage à New-York !

04/08/2021 (modifier)
Par Yann135
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Kenya
Kenya

Avec cette série, je suis plus que comblé. Ces cinq albums haletants illuminent mon été pluvieux. Tout est bon. L’histoire est originale et trépidante avec un suspens à couper le souffle qui évolue crescendo vers l’horreur d’album en album. Le graphisme est juste sublime. Je dis haut et fort que le duo Rodolphe et Léo sont à leur paroxysme de leur art. Laissez vous aller et laissez vous transporter sur les contreforts du Kilimandjaro avec la jolie Kathy Austin. Les animaux dessinés sont étonnants mais admirables. L’ambiance énigmatique et mystérieuse font que le lecteur que je suis plonge immédiatement dans cette aventure singulière. Que c’est bon ! Voilà donc un cycle abouti avec de belles surprises qui ne peut que ravir les adeptes de Conan Doyle et son monde perdu. Voilà de la BD 5 étoiles ! PS. Évidemment beaucoup de personnes vont juger cet avis trop dithyrambique. Peu importe. Je salue la qualité et l’esthétisme de tous les albums de Léo. C’est ma came à moi. J’estime que ce dessinateur devrait rentrer au panthéon de la BD. Par vent et marée, je défendrais son travail même si certains vont trouver mes appétences un peu surprenantes. C’est comme ça. Et puis tous les goûts sont dans la nature.

03/08/2021 (modifier)
Par olma
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Confidences à Allah
Confidences à Allah

Cet album est la transposition d'un roman, qu'elle m'a donné envie de lire une fois l'album refermé. Peut-être aurai-je le même coup de coeur qu'à la lecture de la BD, si celle-ci est fidèle à l'esprit du livre. Le sujet pourrait pourtant être noir et désespérant, car c'est un portrait sans la moindre concession de la condition féminine au Maroc - mais qui pourrait se passer dans de nombreux autres pays: absences de droits, violence, prostitution, patriarcat rétrograde, religion oppressante... Mais l'incroyable énergie de Jbara emporte tout: son récit raconté d'un ton direct, la simplicité sans fard de ses "confidences" qu'elle fait régulièrement à Allah, sa liberté et son optimisme font qu'elle arrive pourtant à tracer son destin sans fausse honte ou pudeur et que dans une vie où elle fait peu de belles rencontres, elle arrive à s'appuyer sur celles-ci pour se trouver elle-même. C'est une belle leçon de vie que donne cette jeune femme dont on pourrait penser si souvent qu'elle pourrait baisser les bras, mais refuse de se laisser briser ou enfermer. Le trait de la dessinatrice est à la fois précis et vivant, expressif et tout sauf statique : elle fait très bien ressortir des sensations très différentes selon les moments entre colère et révolte mais aussi douceur, tendresse ou sensualité... La mise en page et les cadrages sont presque cinématographiques et la mise en couleur (également par Marie Avril, qui remercie Rozenn) sont très réussies.

29/07/2021 (modifier)
Par Solo
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Etranger
L'Etranger

Adaptation clairement réussie (lecture 1ère édition) Le dessin tout d'abord. L'importance du soleil écrasant n'est pas mis de côté et la représentation est excellente. Plus particulièrement, il y a 2 scènes qui sont essentiellement attendues par le lecteur ayant lu le roman. La scène de la plage est une merveille de représentation : 4 planches muettes tabassent M. Meursault de coups de soleil, avec un découpage qui l'oppresse et le pousse jusqu'à l'acte. Cela peut tomber sous le sens, mais le fait de ne pas avoir écrit de narration descriptive était la meilleure solution. Autre scène que je trouvais importante dans le même thème est celle du corbillard. J'en suis moins friand, elle passe plus inaperçue par rapport à mon souvenir du roman. M. Meursault est très sensible à ce qui l'entoure, et l'auteur le traduit par une mise en image sous silence : quand il regarde les gens par la fenêtre, lorsqu'il est avec Marie, lorsqu'il entre dans la pièce de Raymond Sintès, les deux scènes décrites plus haut... C'est fabuleux de réussir à traduire les pensées écrites vers une mise en image. Pour moi, Jacques Ferrandez parvient à éviter le premier grand piège comme un chef. Second piège, le texte. Si ma mémoire est bonne, tout le texte paraît reprendre mot pour mot celui du roman. C'était le meilleur choix à faire. Albert Camus a créé un nouveau genre littéraire, c'est quand même pas rien! Alors pas question de dénaturer le maître. Avec humilité bienvenue et salvatrice, Ferrandez rend à César ce qui est à César. Troisième piège, M. Meursault. Il est sensuel je l'ai dit, mais bien étranger à plusieurs égards : français en Algérie, pas d'appartenance à un groupe social, il nous paraît comme un inconnu dont on ne connait même pas le prénom, indifférent dans toutes ses relations affectives. Et là encore, c'est la mise en image qui fait parfaitement bien le boulot pour tirer l'essence du roman. Ses émotions sont rarement exprimées. On voit bien quand il ne comprend pas le monde qui l'entoure. Inversement, on se tue en cherchant à le comprendre. Et boum, voilà la fin ! Si on ne le comprend toujours pas, lui peut scander ses propres convictions et faire triompher sa philosophie face à toutes ces péripéties. Le culte est peut-être réservé par Camus, mais Jacques Ferrandez mérite tous les honneurs pour avoir réussi à adapter un récit sous haute surveillance, en ayant su utiliser les codes de la BD. Cette dernière sera une excellente alternative à celui ou celle qui ne serait pas tenté(e) par le bouquin originel. Si vous avez déjà lu le roman, allez-y quand même et voyez comme la BD sait apporter un nouveau souffle!

27/07/2021 (modifier)