Note : Je mets mon avis à jour après lecture du tome 3.
J’ai lu le roman, et je dois avouer qu’il m’a beaucoup marqué. Je lui ai trouvé quelques longueurs, et certains passages un peu trop abscons (notamment les discussions philosophiques sur le vent) mais globalement j’ai adoré l’intrigue, l’univers mis en place et les personnages.
Je suis donc ravi d’à nouveau accompagner cette 34ème horde en BD. Les adaptations de romans cultes (en film, BD etc) sont toujours un peu casse-gueule. Les personnages ne ressemblent pas toujours à l’idée qu’on s’en était faite (ce qui est le cas pour moi et Golgoth par exemple, que j’imaginais plus mastodonte) et il y a souvent certaines coupures/pertes au niveau contenu… Point de coupures ici, mais je note une simplification de la narration (qui passe de narrateurs multiples à un narrateur unique) et du vocabulaire employé (qui regorgeait de termes bizarroïdes dans le roman). Les aficionados seront peut-être déçus, mais moi j’ai apprécié cette « vulgarisation » de l’histoire, que j’avais quand même trouvée difficile d’accès par moment. En tout cas je trouve le rythme parfait, les auteurs ont trouvé le bon équilibre entre les différents éléments de l’histoire (relations entre personnages, avancée difficile, discussion sur le vent).
Le dessin remplit parfaitement son rôle. Les paysages désolés sont magnifiquement représentés, ainsi que le vent.
La qualité est toujours au rendez-vous après 3 tomes parus, et j’attends la suite avec impatience !
Le personnage d'Œdipe mérite que l'on s'y attarde un petit moment. Les très beaux dessins de Diego Oddi et l'excellent scénario de Clotilde Bruneau nous font rentrer dans l'univers du plus connu des personnages de l'époque tragique du théâtre grec.
Œdipe est-il une victime du destin comme le peuvent être tous ces hommes confrontés au Mal qui les dépasse et les fauche. Les victimes des Tsunamis, tremblements de terre ou autres inondations se demandent bien ce qu'elles ont fait pour mériter un tel sort.
Œdipe reçoit la malédiction qui pèse sur son père Laios en héritage. Dans l'esprit tragique grec de ce temps vouloir s'y soustraire est uns douce illusion. Œdipe est-il libre et partant, responsable de ses actes ? C'est une des questions fondamentales que pose le récit.
Le scénario montre bien aussi, que le drame d'Œdipe repose sur deux mensonges. Celui des parents adoptifs et celui du survivant du parricide. Œdipe est-il pour autant innocent de ses actes comme nous le dit Luc Ferry dans son très bon dossier à la fin de l'ouvrage.
Pour ma part j'en doute car même son intelligence, soulignée par sa confrontation avec la Sphinx (ou Sphinge) se laisse dominée par ses sentiments, la colère, l'orgueil au moment de la tuerie ou la convoitise du pouvoir et de Jocaste.
La collection est toujours d'un niveau sensiblement égal pour les couleurs, les ambiances ou les scénarii. C'est dessiné par des Méditerranéens c'est sûrement un plus pour la compréhension des ambiances.
Pour moi c'est un ouvrage indispensable pour les collégiens et lycéens qui veulent approfondir un aspect de la liberté et des conséquences de leurs actes.
A lire et relire quand on a 15 ans (et plus)
Très bonne surprise que la découverte de ces deux albums policiers datés début des années 80. La force de cette série tient pour moi dans les trois scénarii originaux mais surtout dans les dialogues très savoureux.
Les répliques entre Paprika et Cobalt sont empreintes d'un réel humour.
Le scénario de "Fugue à Quatre Mains" rappelle celui du film "Les Barbouzes" où je verrais très bien Francis Blanche dans le rôle de l'espion chinois avec sa verve très fleurie. Une gentille dérision complète l'esprit de la série. Surtout dans Fugue où des rebondissements, genre farces, parsèment le récit.
Le niveau de français des dialogues est vraiment très bon, on y trouve même un conditionnel passé deuxième forme très bien utilisé.
L'anglais utilisé bien que simple est tout aussi bon. C'est rare de trouver une qualité littéraire de ce niveau pour ce type de série.
Le dessin des visages est soigné mais je trouve la dynamique des bouches faibles à tel point que j'ai l'impression d'avoir affaire à des ventriloques.
Une bizarrerie, c'est d'avoir Cobalt et Paprika français dans "Fugue" et américains dans "l'Assassiné Récalcitrant". J'aime beaucoup le personnage de Paprika qui souvent vole la vedette à un Cobalt un peu balourd. L'Assassiné Récalcitrant nous propose deux histoires autour de morts pas si morts. On aurait pu craindre une répétition mais il n'en est rien.
L'élégance féminine de ces années est la cerise sur le gâteau.
Dommage de n'avoir que deux albums.
Vu que tous les éditeurs semblent vouloir leur adaptations en BD de 1984 et qu'en plus ma bibliothèque municipal semble vouloir toutes les posséder, j'ai décidé de m'amuser en les lisant toutes. Cela va me changer de lire pour la millième fois une adaptation de L'ile au trésor ou des Trois mousquetaires !
J'ai vraiment adoré cette version ! Je n'ai pas lu le roman et je ne peux que comparer avec la seule autre adaptation que j'ai lu jusqu'à présent à savoir celle de Nesti. J'avais trouvé cette dernière froide, il y avait tellement de textes descriptifs que j'ai l'impression que cet auteur a tout simplement adapté le roman en faisait du copier-coller alors qu'ici Pontarello s'approprie l'histoire et y mets des émotions. Alors que la BD de Nesti s'ouvrait avec une longue description du monde de 1984, ici on découvre tout petit à petit à travers les yeux de Winston Smith. Cela permets de s'attacher facilement à lui, à mieux comprendre ce qu'il ressent, bref à ressentir des émotions !
Le scénario est prenant, j'ai adoré suivre le cheminement de Smith et l'histoire d'amour qu'il vit est particulièrement touchante. J'ai été stocké à l'album du début jusqu'à la fin alors que je savais ce qui allait se passer (quoique j'ai l'impression que Pontarolo a changé quelques trucs dont la fin, n'ayant pas la BD Nesti avec moi je ne peux comparer que de mémoire). Le message est vraiment fort et le monde décrit par Oswell fait vraiment peur ! Une excellente adaptation que je recommande même pour ceux qui ont déjà lu d'autres adaptations du roman !
Lu et relu ! Cet album me fait vraiment marrer. Une série de strips d’une demi-page racontant le général de Gaulle passant ses vacances en Bretagne… et le « grand homme » a quand même beaucoup de mal à se reconnecter au quotidien des Français. Entre ses souvenirs de la Résistance à Londres et la réalité d’un après-midi à la plage, le général est un peu décalé. Il prend des bigoudènes pour des mouettes, il ne doute pas de commander les vagues comme il le faisait avec une armée… C’est à la fois drôle et plein d’attention pour ce personnage vieillissant ! Les personnages secondaires (humains et animaux) sont aussi très bien trouvés : Wehrmacht, le chien rejeton d’Hitler qui aboie en lettres gothiques et lève la patte en faisant le salut nazi est peut-être mon personnage préféré. Les dialogues entre de Gaulle et Churchill sont aussi assez croustillants, ils en disent long sur les egos de chacun. Un humour à plusieurs degrés, c’est vraiment un plaisir.
Je ne suis pas facilement adepte du genre science-fiction, alors j'ajoute un coup de cœur à Carbone & Silicium pour avoir réussi à me transporter du début à la fin.
On démarre en 2045 (an 0 pour l'ère humanoïde), année où l'être humain met en route ses premiers robots à l'intelligence artificielle surdéveloppée. Leur fonction cérébrale est aussi dotée d'un "esprit" aussi complexe et contradictoire que celui de leur créateur, dans laquelle les émotions individuelles et les désirs primaires font face à la culture, la raison et l'éthique. Deux humanoïdes identiques, une femme (Carbone) et un homme (Silicium), prennent vie dans les labos de la Tomorrow Foundation, entreprise où l'ambition des scientifiques entre en conflit avec la perspective des investisseurs capitalistes, eux-mêmes menacés par le concurrent chinois Mekatronic. Puis, on découvre non sans horreur l'évolution de la civilisation sur près de 300 ans et à travers le regard de ces 2 personnages, interconnectés et non dénués de sentiment entre eux.
Ce que j'apprécie particulièrement, c'est la facilité à laquelle on peut avancer d'une époque à une autre et d'un lieu à un autre (préparez vous à faire le tour du monde) sans jamais nous donner une impression de précipitation. Bien au contraire, la notion d'intemporalité est bigrement présente. Cela se traduit par le mutisme des scènes, la contemplation de l'environnement, la réflexion et le fait bien sûr d'avoir deux personnages capables de traverser les âges. Possédant le savoir de l'Humanité et aptes à ressentir les mêmes émotions que nous, ils portent un regard extérieur sur cette anthropocène tout en cherchant à comprendre les motivations de leur propre existence.
C'est une dystopie où les 2 héros cherchent espoir, beauté et idéal au milieu de ce chaos. En soi, l'avenir présenté n'est pas beau à voir du tout. Mais malgré tout, on peut continuer à y croire jusqu'au bout (et la fin vaut le détour, l'épilogue met un très beau point final au récit). En parlant de beauté: graphiquement, le dessin est franchement époustouflant. Ça ne laisse pas indifférent et certains pourraient être rebutés par la déformation des corps (humains ou pas). Moi-même bousculé au début, je m'y suis fait très rapidement. Les paysages sont saisissants et parfois vraiment à couper le souffle. Les scènes dans la "matrice" sont incroyables de beauté, où les esprits flottent dans l'air au milieu de cet environnement doré. Vraiment fabuleux.
A vrai dire, je n'ai pas vraiment de défauts à lui donner, à part le fait que certains passages m'ont plus intéressés que d'autres certainement. Mais c'est le genre de bouquin où une nouvelle lecture me permet de l'apprécier autrement... Préface et Postface très intéressantes, bref il y a trop de choses à dire et cet ensemble donne envie d'écrire un avis qui dépasserait le nombre de caractères maximum autorisé :).
Cette histoire mérite sa réussite commerciale et elle peut faire aimer la Science-Fiction à ceux qui y sont a priori réticents. C'est aussi à lire plusieurs fois pour tirer toutes les pensées qui s'en dégagent, alors pourquoi pas le garder chez soi ?
Un huis-clos en extérieur… on pourrait dire ça. Ce polar très sombre et violent, en noir et jaune, est captivant. Trois parties, trois acteurs, trois points de vue, trois raisons de tuer pour une seule histoire de meurtre. Ce procédé dramatique n’est pas original mais le traitement du scénario est intéressant de même que le parti pris des auteurs pour chacun des personnages. Je retrouve ce que j’aime dans Le Tueur de Jacamon et Matz : la voix off en basse continue, la montée de la tension dramatique et le dessin en bichromie. Le travail de Ralf Meyer est d’ailleurs une vraie réussite. Il restitue avec un grand talent la lourdeur de l’ambiance nocturne, l’omniprésence des taxis jaunes qui sillonnent la ville tout la nuit et la tension qui règne entre les deux personnages qui forment le couple. Une histoire bien rythmée et bien maîtrisée et un épilogue convaincant.
Quelle horreur. Je ressors secoué de ma lecture.
L’histoire d’Alice Cyuzuzo est poignante. Agée d’à peine 5 ans, elle fuit avec sa maman et ses sœurs les horreurs du génocide rwandais, et ne rentrera chez elle que 3 ans plus tard. Seule. Sa famille entière est portée disparue (même si elle finira par les retrouver des années plus tard). Les horreurs dont elle a été témoin, difficile à appréhender pour l’adulte que je suis, ont dû être incompréhensibles à son âge.
La narration se concentre sur son point de vue d’enfant, ses interprétations, ses peurs. L’album n’explique pas le conflit, ni même les atrocités qui secouent la vie d’Alice. Un choix judicieux, qui donne une force inouïe à son histoire, qui m’a souvent mis les larmes aux yeux. C’est terrible, de devoir vivre tout ça si jeune. Notez qu’une interview avec la maman d’Alice (en fin d’album) apporte une vision plus adulte sur les évènements, et fournit des éléments supplémentaires (ce qu’Alice n’avait pas vu ou pas compris).
Il paraît dérisoire de parler du dessin. Il est pourtant superbe, avec notamment des couleurs aquarelles du plus bel effet.
Un album coup de poing, qui m’a beaucoup touché. Un témoignage essentiel.
Un très bon one-shot !
Pourtant, le premier chapitre ne m'avait pas emballé. Je trouvais les personnages et les dialogues niais, mais je pense que c'est fait exprès pour surprendre le lecteur parce que tout change dès le deuxième chapitre. Le récit devient prenant et les dialogues plus savoureux. J'ai particulièrement aimé la touche de fantastique, mais je n'en dis pas plus pour ne pas gâcher la surprise.
J'ai été bluffé par le scénario. Il y a de la tension tout le temps et c'est rempli de retournements de situations et en plus tout est parfaitement logique. Je veux pas nommer des noms, mais on connait tous un ou deux scénaristes qui adorent abuser des révélations surprises et des scènes choquantes au point où leurs scénarios ne font plus de sens. Ici, tout est maitrisé du début jusqu'à la fin. Et il y a de l'humour noir comme je l'adore.
Bref, un must pour les amateurs de thrillers.
Le pas de la manu n'a aucun rapport avec notre Président en exercice, il s'agit de la manufacture d'armes de Saint-Étienne qui a fait travailler beaucoup de monde depuis des décennies. C'est d'ailleurs de là comme je l'ai appris que vient le FAMAS, qui s'avère être un acronyme : fusil d'assaut de la manufacture d'armes de Saint-Étienne. Encore un savoir-faire qui se perd et une industrie dont la France a perdu la souveraineté...
Pour en revenir à ce récit, parfois cela fait rire et suscite des jalousies dans le monde ouvrier, car pour certains ce sont des planqués, payés à l'heure et pas à la pièce et qui ont parfois pas mal de temps pour des activités personnelles. C'est ce qui s'appelle la perruque et souvent ce sont de petites pièces pour bricoler, mais l'un d'entre eux veut y construire son bateau et ça représente un sacré paquet d'heures de boulot. Mais comment faire pour sortir le moteur discrètement au nez et à la barbe des gardiens de l'entrée ?
Bel hommage à ce monde ouvrier, on sent l'affection de l'auteur Baptiste Deyrail pour ce milieu. En tout cas son dessin, whaou. Plus de 200 planches avec une technique expliquée à la fin, comme de l'huile sur des plaques de zinc. De toute beauté. Une ambiance façon films de Renoir où on croise d'ailleurs un sosie de Gabin. Je dis bravo.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
La Horde du contrevent
Note : Je mets mon avis à jour après lecture du tome 3. J’ai lu le roman, et je dois avouer qu’il m’a beaucoup marqué. Je lui ai trouvé quelques longueurs, et certains passages un peu trop abscons (notamment les discussions philosophiques sur le vent) mais globalement j’ai adoré l’intrigue, l’univers mis en place et les personnages. Je suis donc ravi d’à nouveau accompagner cette 34ème horde en BD. Les adaptations de romans cultes (en film, BD etc) sont toujours un peu casse-gueule. Les personnages ne ressemblent pas toujours à l’idée qu’on s’en était faite (ce qui est le cas pour moi et Golgoth par exemple, que j’imaginais plus mastodonte) et il y a souvent certaines coupures/pertes au niveau contenu… Point de coupures ici, mais je note une simplification de la narration (qui passe de narrateurs multiples à un narrateur unique) et du vocabulaire employé (qui regorgeait de termes bizarroïdes dans le roman). Les aficionados seront peut-être déçus, mais moi j’ai apprécié cette « vulgarisation » de l’histoire, que j’avais quand même trouvée difficile d’accès par moment. En tout cas je trouve le rythme parfait, les auteurs ont trouvé le bon équilibre entre les différents éléments de l’histoire (relations entre personnages, avancée difficile, discussion sur le vent). Le dessin remplit parfaitement son rôle. Les paysages désolés sont magnifiquement représentés, ainsi que le vent. La qualité est toujours au rendez-vous après 3 tomes parus, et j’attends la suite avec impatience !
Œdipe
Le personnage d'Œdipe mérite que l'on s'y attarde un petit moment. Les très beaux dessins de Diego Oddi et l'excellent scénario de Clotilde Bruneau nous font rentrer dans l'univers du plus connu des personnages de l'époque tragique du théâtre grec. Œdipe est-il une victime du destin comme le peuvent être tous ces hommes confrontés au Mal qui les dépasse et les fauche. Les victimes des Tsunamis, tremblements de terre ou autres inondations se demandent bien ce qu'elles ont fait pour mériter un tel sort. Œdipe reçoit la malédiction qui pèse sur son père Laios en héritage. Dans l'esprit tragique grec de ce temps vouloir s'y soustraire est uns douce illusion. Œdipe est-il libre et partant, responsable de ses actes ? C'est une des questions fondamentales que pose le récit. Le scénario montre bien aussi, que le drame d'Œdipe repose sur deux mensonges. Celui des parents adoptifs et celui du survivant du parricide. Œdipe est-il pour autant innocent de ses actes comme nous le dit Luc Ferry dans son très bon dossier à la fin de l'ouvrage. Pour ma part j'en doute car même son intelligence, soulignée par sa confrontation avec la Sphinx (ou Sphinge) se laisse dominée par ses sentiments, la colère, l'orgueil au moment de la tuerie ou la convoitise du pouvoir et de Jocaste. La collection est toujours d'un niveau sensiblement égal pour les couleurs, les ambiances ou les scénarii. C'est dessiné par des Méditerranéens c'est sûrement un plus pour la compréhension des ambiances. Pour moi c'est un ouvrage indispensable pour les collégiens et lycéens qui veulent approfondir un aspect de la liberté et des conséquences de leurs actes. A lire et relire quand on a 15 ans (et plus)
Cobalt
Très bonne surprise que la découverte de ces deux albums policiers datés début des années 80. La force de cette série tient pour moi dans les trois scénarii originaux mais surtout dans les dialogues très savoureux. Les répliques entre Paprika et Cobalt sont empreintes d'un réel humour. Le scénario de "Fugue à Quatre Mains" rappelle celui du film "Les Barbouzes" où je verrais très bien Francis Blanche dans le rôle de l'espion chinois avec sa verve très fleurie. Une gentille dérision complète l'esprit de la série. Surtout dans Fugue où des rebondissements, genre farces, parsèment le récit. Le niveau de français des dialogues est vraiment très bon, on y trouve même un conditionnel passé deuxième forme très bien utilisé. L'anglais utilisé bien que simple est tout aussi bon. C'est rare de trouver une qualité littéraire de ce niveau pour ce type de série. Le dessin des visages est soigné mais je trouve la dynamique des bouches faibles à tel point que j'ai l'impression d'avoir affaire à des ventriloques. Une bizarrerie, c'est d'avoir Cobalt et Paprika français dans "Fugue" et américains dans "l'Assassiné Récalcitrant". J'aime beaucoup le personnage de Paprika qui souvent vole la vedette à un Cobalt un peu balourd. L'Assassiné Récalcitrant nous propose deux histoires autour de morts pas si morts. On aurait pu craindre une répétition mais il n'en est rien. L'élégance féminine de ces années est la cerise sur le gâteau. Dommage de n'avoir que deux albums.
1984 (Pontarolo)
Vu que tous les éditeurs semblent vouloir leur adaptations en BD de 1984 et qu'en plus ma bibliothèque municipal semble vouloir toutes les posséder, j'ai décidé de m'amuser en les lisant toutes. Cela va me changer de lire pour la millième fois une adaptation de L'ile au trésor ou des Trois mousquetaires ! J'ai vraiment adoré cette version ! Je n'ai pas lu le roman et je ne peux que comparer avec la seule autre adaptation que j'ai lu jusqu'à présent à savoir celle de Nesti. J'avais trouvé cette dernière froide, il y avait tellement de textes descriptifs que j'ai l'impression que cet auteur a tout simplement adapté le roman en faisait du copier-coller alors qu'ici Pontarello s'approprie l'histoire et y mets des émotions. Alors que la BD de Nesti s'ouvrait avec une longue description du monde de 1984, ici on découvre tout petit à petit à travers les yeux de Winston Smith. Cela permets de s'attacher facilement à lui, à mieux comprendre ce qu'il ressent, bref à ressentir des émotions ! Le scénario est prenant, j'ai adoré suivre le cheminement de Smith et l'histoire d'amour qu'il vit est particulièrement touchante. J'ai été stocké à l'album du début jusqu'à la fin alors que je savais ce qui allait se passer (quoique j'ai l'impression que Pontarolo a changé quelques trucs dont la fin, n'ayant pas la BD Nesti avec moi je ne peux comparer que de mémoire). Le message est vraiment fort et le monde décrit par Oswell fait vraiment peur ! Une excellente adaptation que je recommande même pour ceux qui ont déjà lu d'autres adaptations du roman !
De Gaulle à la plage
Lu et relu ! Cet album me fait vraiment marrer. Une série de strips d’une demi-page racontant le général de Gaulle passant ses vacances en Bretagne… et le « grand homme » a quand même beaucoup de mal à se reconnecter au quotidien des Français. Entre ses souvenirs de la Résistance à Londres et la réalité d’un après-midi à la plage, le général est un peu décalé. Il prend des bigoudènes pour des mouettes, il ne doute pas de commander les vagues comme il le faisait avec une armée… C’est à la fois drôle et plein d’attention pour ce personnage vieillissant ! Les personnages secondaires (humains et animaux) sont aussi très bien trouvés : Wehrmacht, le chien rejeton d’Hitler qui aboie en lettres gothiques et lève la patte en faisant le salut nazi est peut-être mon personnage préféré. Les dialogues entre de Gaulle et Churchill sont aussi assez croustillants, ils en disent long sur les egos de chacun. Un humour à plusieurs degrés, c’est vraiment un plaisir.
Carbone & Silicium
Je ne suis pas facilement adepte du genre science-fiction, alors j'ajoute un coup de cœur à Carbone & Silicium pour avoir réussi à me transporter du début à la fin. On démarre en 2045 (an 0 pour l'ère humanoïde), année où l'être humain met en route ses premiers robots à l'intelligence artificielle surdéveloppée. Leur fonction cérébrale est aussi dotée d'un "esprit" aussi complexe et contradictoire que celui de leur créateur, dans laquelle les émotions individuelles et les désirs primaires font face à la culture, la raison et l'éthique. Deux humanoïdes identiques, une femme (Carbone) et un homme (Silicium), prennent vie dans les labos de la Tomorrow Foundation, entreprise où l'ambition des scientifiques entre en conflit avec la perspective des investisseurs capitalistes, eux-mêmes menacés par le concurrent chinois Mekatronic. Puis, on découvre non sans horreur l'évolution de la civilisation sur près de 300 ans et à travers le regard de ces 2 personnages, interconnectés et non dénués de sentiment entre eux. Ce que j'apprécie particulièrement, c'est la facilité à laquelle on peut avancer d'une époque à une autre et d'un lieu à un autre (préparez vous à faire le tour du monde) sans jamais nous donner une impression de précipitation. Bien au contraire, la notion d'intemporalité est bigrement présente. Cela se traduit par le mutisme des scènes, la contemplation de l'environnement, la réflexion et le fait bien sûr d'avoir deux personnages capables de traverser les âges. Possédant le savoir de l'Humanité et aptes à ressentir les mêmes émotions que nous, ils portent un regard extérieur sur cette anthropocène tout en cherchant à comprendre les motivations de leur propre existence. C'est une dystopie où les 2 héros cherchent espoir, beauté et idéal au milieu de ce chaos. En soi, l'avenir présenté n'est pas beau à voir du tout. Mais malgré tout, on peut continuer à y croire jusqu'au bout (et la fin vaut le détour, l'épilogue met un très beau point final au récit). En parlant de beauté: graphiquement, le dessin est franchement époustouflant. Ça ne laisse pas indifférent et certains pourraient être rebutés par la déformation des corps (humains ou pas). Moi-même bousculé au début, je m'y suis fait très rapidement. Les paysages sont saisissants et parfois vraiment à couper le souffle. Les scènes dans la "matrice" sont incroyables de beauté, où les esprits flottent dans l'air au milieu de cet environnement doré. Vraiment fabuleux. A vrai dire, je n'ai pas vraiment de défauts à lui donner, à part le fait que certains passages m'ont plus intéressés que d'autres certainement. Mais c'est le genre de bouquin où une nouvelle lecture me permet de l'apprécier autrement... Préface et Postface très intéressantes, bref il y a trop de choses à dire et cet ensemble donne envie d'écrire un avis qui dépasserait le nombre de caractères maximum autorisé :). Cette histoire mérite sa réussite commerciale et elle peut faire aimer la Science-Fiction à ceux qui y sont a priori réticents. C'est aussi à lire plusieurs fois pour tirer toutes les pensées qui s'en dégagent, alors pourquoi pas le garder chez soi ?
Berceuse assassine
Un huis-clos en extérieur… on pourrait dire ça. Ce polar très sombre et violent, en noir et jaune, est captivant. Trois parties, trois acteurs, trois points de vue, trois raisons de tuer pour une seule histoire de meurtre. Ce procédé dramatique n’est pas original mais le traitement du scénario est intéressant de même que le parti pris des auteurs pour chacun des personnages. Je retrouve ce que j’aime dans Le Tueur de Jacamon et Matz : la voix off en basse continue, la montée de la tension dramatique et le dessin en bichromie. Le travail de Ralf Meyer est d’ailleurs une vraie réussite. Il restitue avec un grand talent la lourdeur de l’ambiance nocturne, l’omniprésence des taxis jaunes qui sillonnent la ville tout la nuit et la tension qui règne entre les deux personnages qui forment le couple. Une histoire bien rythmée et bien maîtrisée et un épilogue convaincant.
Le Grand Voyage d'Alice
Quelle horreur. Je ressors secoué de ma lecture. L’histoire d’Alice Cyuzuzo est poignante. Agée d’à peine 5 ans, elle fuit avec sa maman et ses sœurs les horreurs du génocide rwandais, et ne rentrera chez elle que 3 ans plus tard. Seule. Sa famille entière est portée disparue (même si elle finira par les retrouver des années plus tard). Les horreurs dont elle a été témoin, difficile à appréhender pour l’adulte que je suis, ont dû être incompréhensibles à son âge. La narration se concentre sur son point de vue d’enfant, ses interprétations, ses peurs. L’album n’explique pas le conflit, ni même les atrocités qui secouent la vie d’Alice. Un choix judicieux, qui donne une force inouïe à son histoire, qui m’a souvent mis les larmes aux yeux. C’est terrible, de devoir vivre tout ça si jeune. Notez qu’une interview avec la maman d’Alice (en fin d’album) apporte une vision plus adulte sur les évènements, et fournit des éléments supplémentaires (ce qu’Alice n’avait pas vu ou pas compris). Il paraît dérisoire de parler du dessin. Il est pourtant superbe, avec notamment des couleurs aquarelles du plus bel effet. Un album coup de poing, qui m’a beaucoup touché. Un témoignage essentiel.
Basketful of heads
Un très bon one-shot ! Pourtant, le premier chapitre ne m'avait pas emballé. Je trouvais les personnages et les dialogues niais, mais je pense que c'est fait exprès pour surprendre le lecteur parce que tout change dès le deuxième chapitre. Le récit devient prenant et les dialogues plus savoureux. J'ai particulièrement aimé la touche de fantastique, mais je n'en dis pas plus pour ne pas gâcher la surprise. J'ai été bluffé par le scénario. Il y a de la tension tout le temps et c'est rempli de retournements de situations et en plus tout est parfaitement logique. Je veux pas nommer des noms, mais on connait tous un ou deux scénaristes qui adorent abuser des révélations surprises et des scènes choquantes au point où leurs scénarios ne font plus de sens. Ici, tout est maitrisé du début jusqu'à la fin. Et il y a de l'humour noir comme je l'adore. Bref, un must pour les amateurs de thrillers.
Le Pas de la Manu
Le pas de la manu n'a aucun rapport avec notre Président en exercice, il s'agit de la manufacture d'armes de Saint-Étienne qui a fait travailler beaucoup de monde depuis des décennies. C'est d'ailleurs de là comme je l'ai appris que vient le FAMAS, qui s'avère être un acronyme : fusil d'assaut de la manufacture d'armes de Saint-Étienne. Encore un savoir-faire qui se perd et une industrie dont la France a perdu la souveraineté... Pour en revenir à ce récit, parfois cela fait rire et suscite des jalousies dans le monde ouvrier, car pour certains ce sont des planqués, payés à l'heure et pas à la pièce et qui ont parfois pas mal de temps pour des activités personnelles. C'est ce qui s'appelle la perruque et souvent ce sont de petites pièces pour bricoler, mais l'un d'entre eux veut y construire son bateau et ça représente un sacré paquet d'heures de boulot. Mais comment faire pour sortir le moteur discrètement au nez et à la barbe des gardiens de l'entrée ? Bel hommage à ce monde ouvrier, on sent l'affection de l'auteur Baptiste Deyrail pour ce milieu. En tout cas son dessin, whaou. Plus de 200 planches avec une technique expliquée à la fin, comme de l'huile sur des plaques de zinc. De toute beauté. Une ambiance façon films de Renoir où on croise d'ailleurs un sosie de Gabin. Je dis bravo.