Nicolas Junker et François Bouc se penchent sur une des dates qui ont marqué l’histoire de France : le 13 mai 1958. C’est une date que l’on connaît bien sans toujours mesurer les conséquences incroyables qu’aurait pu avoir cet événement. Et là ! On n’est pas déçus ! Le 13 mai, un groupe de généraux français fomentent un coup d’État pour défendre l’Algérie française. L’album prend le temps d’entrer dans les détails de l’événement et nous plonge au cœur d’un imbroglio militaire et politique à la fois stupéfiant et hilarant. C’est savoureux, désopilant – quand on mesure les enjeux politiques – et chacun en prend pour son grade ! Les militaires sont une caricature, à la fois fanatiques, cramponnés à leur place dans la hiérarchie et aussi complètement stupides – le général Massu en tête. Les politiques à Paris évoluent dans la confusion la plus totale, les présidents du conseil se succèdent et gaspillent leur énergie dans la recherche de majorités introuvables plutôt que de d’essayer de sortir la France d’une situation qui s’aggrave de jours en jours. En même temps, ils ne savent pas comment faire… La 4e République va-t-elle survivre ?
C’est drôle, truculent, rocambolesque. Pendant que tout ce petit monde s’agite, en coulisse, un autre général se prépare en silence depuis sa retraite de Colombey en mangeant des biscottes à son petit déjeuner. Album à déguster…
Voici une oeuvre unique par beaucoup d'aspects. Son scénario écrit au début des 70's par Jim Henson et Jerry Juhl était destiné à un film. D'une créativité en avance sur son temps, le film ne fut jamais produit et le scénario considéré comme perdu.
Jim et Jerry connurent un succès planétaire quelques années plus tard avec le Muppet Show. Jim Henson restera comme une légende du monde de la marionnette par son inventivité, sa créativité et son humour. Après la mort de Jim et de Jerry le scénario fut retrouvé et les ayants droits décidèrent d'en faire un roman graphique.
Géniale initiative renforcée par le choix de Ramon K. Pérez comme dessinateur. Car cette oeuvre est avant tout visuelle. Le texte est rare et n'est là que pour accentuer l'effet de l'absurde et du décalage. Oups erreur !!!! Mille pardons il y a du texte sur certaines planches : le script original de Jim et Jerry en Américain qui accompagne les aventures surréalistes de notre héros.
Encore un effet de décalage garanti.
Que dire du graphisme de Pérez ? Vous avez aimé l'oeuvre de Nicolas Petrimaux Il faut flinguer Ramirez et bien je trouve que " Jim Henson's Tale of Sand" est plus fort, plus dynamique, plus incongru, plus créatif, plus fou, plus rythmé... avec 6 ans d'avance. Chaque planche est une découverte où Henson pousse l'absurde jusqu'à son paroxysme.
Car il faut flinguer notre pauvre héros marionnette qui a ses pauvres 10 minutes d'avance pour courir au milieu de cette Monument Valley pleine de pièges ou d'objets sauveurs. Nul besoin de texte tellement le graphisme est explicite dans son opposition humour/angoisse ou espaces infinis/prison Cube.
Le final est une danse aussi imprévue que géniale.
Pérez modifie les colorations au fil du récit mais c'est toujours au plus juste de l'intensité dramatique et humoristique de l'aventure.
Une préface et une postface donnent certaines clés quant à la personnalité de Jim Henson et la genèse de cette oeuvre. Quelques photos bonus pour nous rappeler cette époque qui se voulait anticonformiste.
Une vraie perle couverte des prix les plus prestigieux US (justifiés à mon avis). A lire sans modération. Un must.
Une lecture rafraîchissante, un délicieux mélange des genres : du polar, de l'historique et du fantastique.
Après Dupont & Dupond, voici Bertille & Bertille, ils ne sont pas dans le même registre bien que l'un de nos Bertille, son nom de famille, soit commissaire de police au 36 quai des orfèvres, d'un caractère pas toujours facile à vivre, souvenir de ses deux années passées dans les tranchées. Notre deuxième Bertille, son prénom, est une jolie demoiselle, aristocrate, joviale, insouciante, qui mord la vie à pleine dents. Deux personnages aux personnalités très différentes.
Ils vont se rencontrer suite à l'atterrissage d'une boule rouge en pleine campagne et leur relation va doucement évoluer.
Un récit bien ancré dans l'après guerre de 14/18 sur fond d'une enquête policière, de magouilles politiciennes et où vient se mêler le fantastique avec cette mystérieuse boule rouge.
Une narration captivante, maîtrisée, sans fausses notes.
Nos deux Bertille sont attachiants et leur relation "compliquée" met du sel au récit avec souvent un humour pince sans rire.
Côté dessin, ce n'est pas vraiment un noir et blanc puisque le rouge intervient régulièrement (procédé à la mode) surtout autour de notre jolie jeune femme et forcément pour cette fameuse sphère. D'autres couleurs feront aussi leur apparition mais beaucoup plus épisodiquement dans les tons pastels.
Un dessin au trait fin, détaillé et expressif, il suffit de regarder les visages.
Très beau.
Un premier tome qui se lit comme un one shot. Mais c'est avec grand plaisir que je suivrai la suite de leurs aventures.
Créer une fiction BD autour de la construction d'un immeuble de rapport en Inde, aujourd'hui, peut sembler une idée bizarre.
Pourtant, l'Alcazar nous fait toucher du doigt tous les travers de nos sociétés inégalitaires en suivant le parcours de trois ouvrier.e.s, embauché.e.s sur ce chantier, vivant sur place, le temps de la construction.
Mehboob et sa femme Salma sérieux et consciencieux ainsi que Rafik, qui cherche toujours un système moins éprouvant pour gagner sa vie, se retrouvent à dormir à même le sol dans une petite cabane construite au bord des fondations. Salma apporte le sable toute la journée dans une grande coupe qu'elle porte sur sa tête et fait à manger pour le trio le soir.
Bref leur quotidien au milieu des autres métiers, les fournisseurs, le patron, le propriétaire, les acheteurs, toutes les ambiguïtés, les rapports de force économiques sociaux et ethniques sont décrit précisément.
Le dessin est étonnamment puissant, il utilise seulement deux couleurs déclinées dans toutes leurs concentrations : un bleu outre-mer et un orange vif. Ce choix systématique contribue à la force de la composition graphique. Les personnages, assez petit dans l'organisation générale, nous sont donc familiarisés essentiellement par leurs dialogues, plutôt que par la précision de leur visage.
Ils restent comme des éléments minuscules d'un tout.
J'ai été extrêmement frappée par ce livre comme une très belle composition, et ému par la justesse des observations.
En revanche, j'avoue, ne pas m'être vraiment attachée aux trois héros, qui restent en moi comme un souvenir triste...
Visuellement c'est magnifique, c'est du grand art chaque case mérite qu'on arrête la lecture pour savourer toutes ses qualités. La couleur complète le dessin en créant une ambiance et une atmosphère digne cette aventure complètement folle.
Pour résumer, Briac est un dessinateur avec un style particulier et un talent remarquable. Je ne le connaissais pas et c'est une belle découverte, un artiste qui mérite que l'on connaisse son œuvre.
L'histoire nous emmène au cœur de la recherche scientifique en 1735, leur objectif est de déterminer la rotondité de la terre. Nous assistons avec l'une des équipes envoyées en Amazonie à une expédition dantesque qui va durer 10 années.
Nous sommes plongés dans une période où l’exploitation des peuples indigènes est la règle, l'esclavage est ancré et est vécu comme une évidence avec comme conséquence des rapports humains parfois très violents. L'équipe est composée de personnages pour certains totalement investis dans leurs missions et d'autres qui tirent profit personnellement de cette expédition, c'est une vision sans concession des hommes dans une aventure où l'auteur n'hésite pas à montrer la suffisance des Européens face aux peuples indigènes.
Une pointe d'humour réussie avec les commentaires des perroquets sur le comportement de ces hommes qui veulent tout s'approprier.
Un vrai régal pour les yeux et l'histoire n'est pas en reste.
Si l’on regarde attentivement chacune des planches réalisées par François Mutterer, le dessinateur, on s’aperçoit qu’elles relèvent très souvent de la décoration d’intérieur, avec en sus un travail sur l’architecture, très géométrique (de certains décors bien sûr, mais aussi des cases elles-mêmes).
Formellement – et visuellement, c’est très riche et varié, avec des mises en abimes, de l’itération iconique, des motifs répétés et à peine modifiés. Ce qui n’empêche pas un superbe coup de crayon ! Mutterer donne à certains de ses dessins des allures de gravures du XIXème, très détaillées, usant d’un Noir et Blanc méticuleux.
Cette très grande variation graphique joue sur le déroulement de l’histoire. D’autant plus que les quelques protagonistes n’apparaissent presque jamais, ou alors seules certaines parties de leur corps (les deux personnages principaux n’étant d’ailleurs nommés que comme « Héros » et « Héroïne » dans les textes en off qui accompagnent certaines cases). Plus généralement, il n’y a jamais de visage à proprement parler : lorsque les personnages sont représentés en entier, c’est de dos, et dans les premières planches, des sortes de photomatons floutés remplissent les pages de visages indéchiffrables, dont on ne sait s’ils représentent le public des bars ou une quelconque allégorie.
Vous l’avez compris, cet album est un peu un ovni, très original visuellement, un peu expérimental, avec des planches parfois remplies de cartes, d’extraits d’annuaires, de reproduction de documents divers, et puis de longs travellings urbains, des paysages lointains vides mais beaux, etc.
Mais ce n’est pas une illustration vaine et/ou froide, bien au contraire. Certains passages sont même très érotiques, par simple évocation : Mutterer arrive à faire passer une très grande sensualité avec une économie de moyens.
L’histoire de Martine Van elle-même joue aussi sur l’érotisme, autour d’une peuplade imaginaire et lointaine, les Arouchaks, sensés être devenus des spécialistes du genre (des cartes imaginaires, un article d’un scientifique singeant le nom de Dumézil tentent d’ancrer dans le réel cette peuplade).
Mais c’est quand même avant tout une histoire d’ambiance, qui voile d’une ombre de mystère et de décors étonnant une histoire d’amour, la rencontre de deux êtres, héros et héroïne, cherchant à exprimer et à satisfaire leur désir.
C’est en tout cas un album à réserver à des lecteurs curieux (l’imagination y est sacrément sollicitée) et un peu cérébraux. Des lecteurs qui auraient la chance de tomber dessus, sa rencontre n’étant pas courante.
Il faut en tout cas passer outre l’aspect austère du dessin !
Après cette excellente et agréable lecture, je vais me méfier de ma surconsommation de café qui m'aide à écrire des avis.
Regis Loisel rêvait de produire une oeuvre avec Mickey. Les éditions Glénat lui en ont procuré l'opportunité. Pas si facile tant l'image et le personnage mythique de Mickey en impose à tout artiste aussi talentueux soit-il.
Impossible de faire faire n'importe quoi à notre souris. Regis Loisel s'en tire admirablement bien à mon avis. Notre Mickey répond à tous les codes imposés, défenseur du bien et des victimes, courageux, galant avec sa Minnie et bon compagnon avec ses amis.
Loisel revient aux sources dans une Amérique des années 30 en pleine récession. Mickey se veut le symbole du non-découragement. Mieux, Loisel met en valeur cette aptitude d'exemplarité à ne pas subir les événements contraires et à ne pas tomber dans la tentation du Mal malgré un environnement hostile.
"Résister, résister" dit-il à lui-même et à Horace son fidèle ami. Car dans ces années 30 il y avait bien des cafés zombos sur le marché des idées pour vous décérébrer. Aujourd'hui encore, résister à Ronald et sa malbouffe ou à une déforestation incontrôlée qui ne vise que le profit à court terme.
Le scénario de Loisel est excellent, équilibrant les forces. Pat et Chicaneau sont des adversaires féroces qui rendent coup pour coup et seule l'intervention des femmes fera pencher la balance du bon côté.
J'ai trouvé le graphisme excellent aussi. Des extérieurs aux mille détails, des personnages rapides, expressifs et à la personnalité bien affirmée. De plus j'aime beaucoup les couleurs.
Pour moi un excellent ouvrage.
La malle aux images propose des titres qui s'orientent vers le domaine de l'enfance.
Comme les ouvrages ne sont pas toujours produits par des "spécialistes" de la littérature jeunesse cela donne des ouvrages originaux et intéressants.
J'ai vraiment eu un coup de coeur pour "L'Empire des Hauts Murs" de Simon Hureau. J'affectionne particulièrement le graphisme de Hureau. Son trait fin, précis et souple fait vivre ses héros de façon très convaincante.
Mais surtout Hureau soigne ses décors et ses extérieurs. Il n'est jamais meilleur qu'au milieu de vieilles pierres envahies par les ronces et peuplées d'araignées monstrueuses. (j'aime les araignées !!).
C'est le cas dans cette bâtisse aux mille fenêtres où Matteo et son frère Didi vont découvrir l'Aventure à la rencontre de cette bande de joyeux gamins menés par la Princesse pirate. Aventure pleine d'un courage de 12 ans pour se découvrir et découvrir l'autre.
Un Autre présent mais aussi un Autre absent mais qui peuple toutes ces salles abandonnées. Que de costumes, de livres, de jeux, de fêtes, de chats à découvrir, inventer et vivre.
Simon Hureau nous montre que les concepteurs de jeux vidéo n'ont rien inventé en capturant les enfants dans des jeux labyrinthes. Sauf que dans ces derniers, il manque cette intensité vécue et cette poésie du moment unique d'une nuit étoilée sur un toit, les uns à côté des autres et que l'on voudrait partager avec tous les enfants du monde.
Une très belle lecture poétique où Simon Hureau nous invite à prendre soin du monde de l'enfance et du monde de l'histoire. Car les bulldozers des promoteurs ne sont pas si différents de ceux de Daesh quand ils détruisent ce qui fait notre âme.
Je n'aime pas tellement ce titre de série, c'est trompeur, les auteurs auraient pu trouver un autre nom pour leur héros, Félix Sauvage franchement... enfin passons.
Le décor est celui du Mexique et l'époque est celle du début des années 1860 où la France appuyée par l'Espagne et l'Angleterre, profitent de la guerre de Sécession qui déchire le puissant voisin américain pour intervenir militairement au Mexique ; Napoléon III souhaitait au départ établir un empire qui contrebalancerait le pouvoir grandissant des Américains. Après des négociations, l'Espagne et l'Angleterre se retirent laissant seule la France qui continue cette implantation mexicaine ; on sait que cette intervention française au Mexique sera mal vue des Etats-Unis, c'est une période qui a été abordée dans d'autres Bd western, notamment dans Blueberry et Mac Coy, et aussi un peu au cinéma, le film le plus célèbre étant Vera Cruz en 1954.
C'est pas une période qui me passionne en western, mais ici, l'aspect politique a été laissé de côté au profit de l'aventure et d'une vengeance, ce qui donne un premier tome d'exposition efficace et accrocheur qui dans son objectif de bien introduire le sujet, veut un peu trop en faire (rythme rapide, pose de nombreux personnages, dialogues abondants, explications multiples). Passé ce premier tome introductif, l'aventure est lancée dès le tome suivant, le héros se retrouve mêlé malgré lui à un écheveau d'intrigues sur fond de guerre au Mexique, au sein de péripéties contées sur un ton romanesque dans un environnement militaire violent et pittoresque.
Les auteurs brassent plusieurs thématiques où s'entremêlent espionnage, Histoire, action, western et romance dans une intrigue tortueuse, comme si Yann avait envie de compliquer à foison cette histoire ; d'un autre côté, on sent que son récit est documenté, mais comme Charlier dans Blueberry, Yann surcharge ses dialogues qui parfois n'aident pas à la compréhension. La conclusion du premier cycle prépare en même temps la suite à venir, tout en offrant beaucoup d'action, mais le reproche qu'on peut faire à cette Bd, c'est d'être un peu trop touffue, il faut bien s'immerger dedans si on veut avoir une vision globale du contexte. Le fond historique est important, mais Yann fait en sorte qu'il ne déborde pas trop sur le reste en encombrant tel ou tel élément.
Le nouveau cycle m'a un peu moins intéressé car il place le héros au centre d'un environnement plus historique alors que le premier cycle était de la pure aventure ; le personnage a également changé et se révèle cruel, j'ai moins apprécié ce revirement, de plus à la fin on sent nettement que ça peut repartir encore sur d'autres bases. J'ai néanmoins apprécié les clins d'oeil à Blueberry qui sont sympathiques.
Au final, j'ai bien aimé cette bande, c'est dense et prenant, c'est un western au ton picaresque sur fond historique, épisode peu abordé en BD car peu reluisant pour la France. Mais je crois que je n'aurais pas pris le même plaisir s'il n'y avait eu le dessin de Meynet, auteur dont j'adore le style graphique, bien net, bien clair et au trait fougueux, il réussit une mise en images magnifique avec des contrastes de couleurs et des scènes spectaculaires ; c'est un dessin coloré, lumineux, chaleureux, très réaliste, et avec des femmes toujours très sexy, même si elles ont parfois tendance à se ressembler, et ses personnages ont des caractères bien affirmés. Tout ceci rend cette lecture très plaisante et très agréable.
Les Cent Nuits de Héro modernise le conte tout en en gardant l'essence. Un "Mille et une nuits" nouvelle formule.
Je découvre Isabel Greenberg et je ne suis pas déçu. Elle a énormément de talent.
Cherry est l'épouse de Jérôme mais celui-ci la délaisse et c'est ainsi qu'elle a pu conserver sa virginité. Héro est bien plus que sa servante, elle est son amante, elles s'aiment d'un amour véritable.
Suite à un pari, son mari va laisser son épouse en compagnie de Manfred pendant 100 jours et il va tenter de la séduire pour la déflorer, quitte à la prendre de force. C'est là que le talent de conteuse d'Héro intervient.
La narration est la qualité première de ce comics, elle est maîtrisée avec une petite touche d'humour et des dialogues savoureux. J'adore tous ces petits astérisques qui interpellent directement le lecteur.
L'amour est le thème central du récit, il sera cuisiné à toutes les sauces, de la aigre-douce à la piquante.
Un récit qui mettra à mal la religion et son obscurantisme, ainsi que la misogynie des hommes, enfin de certains hommes.
Un récit pour ne pas oublier les progrès réalisés pour les droits des femmes et que rien n'est jamais acquis. Toujours à devoir se battre, et c'est bien là le problème.
Le dessin dans un style "caricatural" au trait charbonneux me plaît beaucoup. Il ressemble par certains aspects à ceux du moyen âge.
La colorisation austère accentue l'atmosphère pesante qui plane le long du récit.
Une merveille !
Un gros coup de cœur.
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Un général, des généraux
Nicolas Junker et François Bouc se penchent sur une des dates qui ont marqué l’histoire de France : le 13 mai 1958. C’est une date que l’on connaît bien sans toujours mesurer les conséquences incroyables qu’aurait pu avoir cet événement. Et là ! On n’est pas déçus ! Le 13 mai, un groupe de généraux français fomentent un coup d’État pour défendre l’Algérie française. L’album prend le temps d’entrer dans les détails de l’événement et nous plonge au cœur d’un imbroglio militaire et politique à la fois stupéfiant et hilarant. C’est savoureux, désopilant – quand on mesure les enjeux politiques – et chacun en prend pour son grade ! Les militaires sont une caricature, à la fois fanatiques, cramponnés à leur place dans la hiérarchie et aussi complètement stupides – le général Massu en tête. Les politiques à Paris évoluent dans la confusion la plus totale, les présidents du conseil se succèdent et gaspillent leur énergie dans la recherche de majorités introuvables plutôt que de d’essayer de sortir la France d’une situation qui s’aggrave de jours en jours. En même temps, ils ne savent pas comment faire… La 4e République va-t-elle survivre ? C’est drôle, truculent, rocambolesque. Pendant que tout ce petit monde s’agite, en coulisse, un autre général se prépare en silence depuis sa retraite de Colombey en mangeant des biscottes à son petit déjeuner. Album à déguster…
Jim Henson's Tale of Sand
Voici une oeuvre unique par beaucoup d'aspects. Son scénario écrit au début des 70's par Jim Henson et Jerry Juhl était destiné à un film. D'une créativité en avance sur son temps, le film ne fut jamais produit et le scénario considéré comme perdu. Jim et Jerry connurent un succès planétaire quelques années plus tard avec le Muppet Show. Jim Henson restera comme une légende du monde de la marionnette par son inventivité, sa créativité et son humour. Après la mort de Jim et de Jerry le scénario fut retrouvé et les ayants droits décidèrent d'en faire un roman graphique. Géniale initiative renforcée par le choix de Ramon K. Pérez comme dessinateur. Car cette oeuvre est avant tout visuelle. Le texte est rare et n'est là que pour accentuer l'effet de l'absurde et du décalage. Oups erreur !!!! Mille pardons il y a du texte sur certaines planches : le script original de Jim et Jerry en Américain qui accompagne les aventures surréalistes de notre héros. Encore un effet de décalage garanti. Que dire du graphisme de Pérez ? Vous avez aimé l'oeuvre de Nicolas Petrimaux Il faut flinguer Ramirez et bien je trouve que " Jim Henson's Tale of Sand" est plus fort, plus dynamique, plus incongru, plus créatif, plus fou, plus rythmé... avec 6 ans d'avance. Chaque planche est une découverte où Henson pousse l'absurde jusqu'à son paroxysme. Car il faut flinguer notre pauvre héros marionnette qui a ses pauvres 10 minutes d'avance pour courir au milieu de cette Monument Valley pleine de pièges ou d'objets sauveurs. Nul besoin de texte tellement le graphisme est explicite dans son opposition humour/angoisse ou espaces infinis/prison Cube. Le final est une danse aussi imprévue que géniale. Pérez modifie les colorations au fil du récit mais c'est toujours au plus juste de l'intensité dramatique et humoristique de l'aventure. Une préface et une postface donnent certaines clés quant à la personnalité de Jim Henson et la genèse de cette oeuvre. Quelques photos bonus pour nous rappeler cette époque qui se voulait anticonformiste. Une vraie perle couverte des prix les plus prestigieux US (justifiés à mon avis). A lire sans modération. Un must.
Bertille & Bertille
Une lecture rafraîchissante, un délicieux mélange des genres : du polar, de l'historique et du fantastique. Après Dupont & Dupond, voici Bertille & Bertille, ils ne sont pas dans le même registre bien que l'un de nos Bertille, son nom de famille, soit commissaire de police au 36 quai des orfèvres, d'un caractère pas toujours facile à vivre, souvenir de ses deux années passées dans les tranchées. Notre deuxième Bertille, son prénom, est une jolie demoiselle, aristocrate, joviale, insouciante, qui mord la vie à pleine dents. Deux personnages aux personnalités très différentes. Ils vont se rencontrer suite à l'atterrissage d'une boule rouge en pleine campagne et leur relation va doucement évoluer. Un récit bien ancré dans l'après guerre de 14/18 sur fond d'une enquête policière, de magouilles politiciennes et où vient se mêler le fantastique avec cette mystérieuse boule rouge. Une narration captivante, maîtrisée, sans fausses notes. Nos deux Bertille sont attachiants et leur relation "compliquée" met du sel au récit avec souvent un humour pince sans rire. Côté dessin, ce n'est pas vraiment un noir et blanc puisque le rouge intervient régulièrement (procédé à la mode) surtout autour de notre jolie jeune femme et forcément pour cette fameuse sphère. D'autres couleurs feront aussi leur apparition mais beaucoup plus épisodiquement dans les tons pastels. Un dessin au trait fin, détaillé et expressif, il suffit de regarder les visages. Très beau. Un premier tome qui se lit comme un one shot. Mais c'est avec grand plaisir que je suivrai la suite de leurs aventures.
L'Alcazar
Créer une fiction BD autour de la construction d'un immeuble de rapport en Inde, aujourd'hui, peut sembler une idée bizarre. Pourtant, l'Alcazar nous fait toucher du doigt tous les travers de nos sociétés inégalitaires en suivant le parcours de trois ouvrier.e.s, embauché.e.s sur ce chantier, vivant sur place, le temps de la construction. Mehboob et sa femme Salma sérieux et consciencieux ainsi que Rafik, qui cherche toujours un système moins éprouvant pour gagner sa vie, se retrouvent à dormir à même le sol dans une petite cabane construite au bord des fondations. Salma apporte le sable toute la journée dans une grande coupe qu'elle porte sur sa tête et fait à manger pour le trio le soir. Bref leur quotidien au milieu des autres métiers, les fournisseurs, le patron, le propriétaire, les acheteurs, toutes les ambiguïtés, les rapports de force économiques sociaux et ethniques sont décrit précisément. Le dessin est étonnamment puissant, il utilise seulement deux couleurs déclinées dans toutes leurs concentrations : un bleu outre-mer et un orange vif. Ce choix systématique contribue à la force de la composition graphique. Les personnages, assez petit dans l'organisation générale, nous sont donc familiarisés essentiellement par leurs dialogues, plutôt que par la précision de leur visage. Ils restent comme des éléments minuscules d'un tout. J'ai été extrêmement frappée par ce livre comme une très belle composition, et ému par la justesse des observations. En revanche, j'avoue, ne pas m'être vraiment attachée aux trois héros, qui restent en moi comme un souvenir triste...
Méridien
Visuellement c'est magnifique, c'est du grand art chaque case mérite qu'on arrête la lecture pour savourer toutes ses qualités. La couleur complète le dessin en créant une ambiance et une atmosphère digne cette aventure complètement folle. Pour résumer, Briac est un dessinateur avec un style particulier et un talent remarquable. Je ne le connaissais pas et c'est une belle découverte, un artiste qui mérite que l'on connaisse son œuvre. L'histoire nous emmène au cœur de la recherche scientifique en 1735, leur objectif est de déterminer la rotondité de la terre. Nous assistons avec l'une des équipes envoyées en Amazonie à une expédition dantesque qui va durer 10 années. Nous sommes plongés dans une période où l’exploitation des peuples indigènes est la règle, l'esclavage est ancré et est vécu comme une évidence avec comme conséquence des rapports humains parfois très violents. L'équipe est composée de personnages pour certains totalement investis dans leurs missions et d'autres qui tirent profit personnellement de cette expédition, c'est une vision sans concession des hommes dans une aventure où l'auteur n'hésite pas à montrer la suffisance des Européens face aux peuples indigènes. Une pointe d'humour réussie avec les commentaires des perroquets sur le comportement de ces hommes qui veulent tout s'approprier. Un vrai régal pour les yeux et l'histoire n'est pas en reste.
Carpets' Bazaar
Si l’on regarde attentivement chacune des planches réalisées par François Mutterer, le dessinateur, on s’aperçoit qu’elles relèvent très souvent de la décoration d’intérieur, avec en sus un travail sur l’architecture, très géométrique (de certains décors bien sûr, mais aussi des cases elles-mêmes). Formellement – et visuellement, c’est très riche et varié, avec des mises en abimes, de l’itération iconique, des motifs répétés et à peine modifiés. Ce qui n’empêche pas un superbe coup de crayon ! Mutterer donne à certains de ses dessins des allures de gravures du XIXème, très détaillées, usant d’un Noir et Blanc méticuleux. Cette très grande variation graphique joue sur le déroulement de l’histoire. D’autant plus que les quelques protagonistes n’apparaissent presque jamais, ou alors seules certaines parties de leur corps (les deux personnages principaux n’étant d’ailleurs nommés que comme « Héros » et « Héroïne » dans les textes en off qui accompagnent certaines cases). Plus généralement, il n’y a jamais de visage à proprement parler : lorsque les personnages sont représentés en entier, c’est de dos, et dans les premières planches, des sortes de photomatons floutés remplissent les pages de visages indéchiffrables, dont on ne sait s’ils représentent le public des bars ou une quelconque allégorie. Vous l’avez compris, cet album est un peu un ovni, très original visuellement, un peu expérimental, avec des planches parfois remplies de cartes, d’extraits d’annuaires, de reproduction de documents divers, et puis de longs travellings urbains, des paysages lointains vides mais beaux, etc. Mais ce n’est pas une illustration vaine et/ou froide, bien au contraire. Certains passages sont même très érotiques, par simple évocation : Mutterer arrive à faire passer une très grande sensualité avec une économie de moyens. L’histoire de Martine Van elle-même joue aussi sur l’érotisme, autour d’une peuplade imaginaire et lointaine, les Arouchaks, sensés être devenus des spécialistes du genre (des cartes imaginaires, un article d’un scientifique singeant le nom de Dumézil tentent d’ancrer dans le réel cette peuplade). Mais c’est quand même avant tout une histoire d’ambiance, qui voile d’une ombre de mystère et de décors étonnant une histoire d’amour, la rencontre de deux êtres, héros et héroïne, cherchant à exprimer et à satisfaire leur désir. C’est en tout cas un album à réserver à des lecteurs curieux (l’imagination y est sacrément sollicitée) et un peu cérébraux. Des lecteurs qui auraient la chance de tomber dessus, sa rencontre n’étant pas courante. Il faut en tout cas passer outre l’aspect austère du dessin !
Mickey Mouse - Café Zombo
Après cette excellente et agréable lecture, je vais me méfier de ma surconsommation de café qui m'aide à écrire des avis. Regis Loisel rêvait de produire une oeuvre avec Mickey. Les éditions Glénat lui en ont procuré l'opportunité. Pas si facile tant l'image et le personnage mythique de Mickey en impose à tout artiste aussi talentueux soit-il. Impossible de faire faire n'importe quoi à notre souris. Regis Loisel s'en tire admirablement bien à mon avis. Notre Mickey répond à tous les codes imposés, défenseur du bien et des victimes, courageux, galant avec sa Minnie et bon compagnon avec ses amis. Loisel revient aux sources dans une Amérique des années 30 en pleine récession. Mickey se veut le symbole du non-découragement. Mieux, Loisel met en valeur cette aptitude d'exemplarité à ne pas subir les événements contraires et à ne pas tomber dans la tentation du Mal malgré un environnement hostile. "Résister, résister" dit-il à lui-même et à Horace son fidèle ami. Car dans ces années 30 il y avait bien des cafés zombos sur le marché des idées pour vous décérébrer. Aujourd'hui encore, résister à Ronald et sa malbouffe ou à une déforestation incontrôlée qui ne vise que le profit à court terme. Le scénario de Loisel est excellent, équilibrant les forces. Pat et Chicaneau sont des adversaires féroces qui rendent coup pour coup et seule l'intervention des femmes fera pencher la balance du bon côté. J'ai trouvé le graphisme excellent aussi. Des extérieurs aux mille détails, des personnages rapides, expressifs et à la personnalité bien affirmée. De plus j'aime beaucoup les couleurs. Pour moi un excellent ouvrage.
L'Empire des hauts murs
La malle aux images propose des titres qui s'orientent vers le domaine de l'enfance. Comme les ouvrages ne sont pas toujours produits par des "spécialistes" de la littérature jeunesse cela donne des ouvrages originaux et intéressants. J'ai vraiment eu un coup de coeur pour "L'Empire des Hauts Murs" de Simon Hureau. J'affectionne particulièrement le graphisme de Hureau. Son trait fin, précis et souple fait vivre ses héros de façon très convaincante. Mais surtout Hureau soigne ses décors et ses extérieurs. Il n'est jamais meilleur qu'au milieu de vieilles pierres envahies par les ronces et peuplées d'araignées monstrueuses. (j'aime les araignées !!). C'est le cas dans cette bâtisse aux mille fenêtres où Matteo et son frère Didi vont découvrir l'Aventure à la rencontre de cette bande de joyeux gamins menés par la Princesse pirate. Aventure pleine d'un courage de 12 ans pour se découvrir et découvrir l'autre. Un Autre présent mais aussi un Autre absent mais qui peuple toutes ces salles abandonnées. Que de costumes, de livres, de jeux, de fêtes, de chats à découvrir, inventer et vivre. Simon Hureau nous montre que les concepteurs de jeux vidéo n'ont rien inventé en capturant les enfants dans des jeux labyrinthes. Sauf que dans ces derniers, il manque cette intensité vécue et cette poésie du moment unique d'une nuit étoilée sur un toit, les uns à côté des autres et que l'on voudrait partager avec tous les enfants du monde. Une très belle lecture poétique où Simon Hureau nous invite à prendre soin du monde de l'enfance et du monde de l'histoire. Car les bulldozers des promoteurs ne sont pas si différents de ceux de Daesh quand ils détruisent ce qui fait notre âme.
Sauvage
Je n'aime pas tellement ce titre de série, c'est trompeur, les auteurs auraient pu trouver un autre nom pour leur héros, Félix Sauvage franchement... enfin passons. Le décor est celui du Mexique et l'époque est celle du début des années 1860 où la France appuyée par l'Espagne et l'Angleterre, profitent de la guerre de Sécession qui déchire le puissant voisin américain pour intervenir militairement au Mexique ; Napoléon III souhaitait au départ établir un empire qui contrebalancerait le pouvoir grandissant des Américains. Après des négociations, l'Espagne et l'Angleterre se retirent laissant seule la France qui continue cette implantation mexicaine ; on sait que cette intervention française au Mexique sera mal vue des Etats-Unis, c'est une période qui a été abordée dans d'autres Bd western, notamment dans Blueberry et Mac Coy, et aussi un peu au cinéma, le film le plus célèbre étant Vera Cruz en 1954. C'est pas une période qui me passionne en western, mais ici, l'aspect politique a été laissé de côté au profit de l'aventure et d'une vengeance, ce qui donne un premier tome d'exposition efficace et accrocheur qui dans son objectif de bien introduire le sujet, veut un peu trop en faire (rythme rapide, pose de nombreux personnages, dialogues abondants, explications multiples). Passé ce premier tome introductif, l'aventure est lancée dès le tome suivant, le héros se retrouve mêlé malgré lui à un écheveau d'intrigues sur fond de guerre au Mexique, au sein de péripéties contées sur un ton romanesque dans un environnement militaire violent et pittoresque. Les auteurs brassent plusieurs thématiques où s'entremêlent espionnage, Histoire, action, western et romance dans une intrigue tortueuse, comme si Yann avait envie de compliquer à foison cette histoire ; d'un autre côté, on sent que son récit est documenté, mais comme Charlier dans Blueberry, Yann surcharge ses dialogues qui parfois n'aident pas à la compréhension. La conclusion du premier cycle prépare en même temps la suite à venir, tout en offrant beaucoup d'action, mais le reproche qu'on peut faire à cette Bd, c'est d'être un peu trop touffue, il faut bien s'immerger dedans si on veut avoir une vision globale du contexte. Le fond historique est important, mais Yann fait en sorte qu'il ne déborde pas trop sur le reste en encombrant tel ou tel élément. Le nouveau cycle m'a un peu moins intéressé car il place le héros au centre d'un environnement plus historique alors que le premier cycle était de la pure aventure ; le personnage a également changé et se révèle cruel, j'ai moins apprécié ce revirement, de plus à la fin on sent nettement que ça peut repartir encore sur d'autres bases. J'ai néanmoins apprécié les clins d'oeil à Blueberry qui sont sympathiques. Au final, j'ai bien aimé cette bande, c'est dense et prenant, c'est un western au ton picaresque sur fond historique, épisode peu abordé en BD car peu reluisant pour la France. Mais je crois que je n'aurais pas pris le même plaisir s'il n'y avait eu le dessin de Meynet, auteur dont j'adore le style graphique, bien net, bien clair et au trait fougueux, il réussit une mise en images magnifique avec des contrastes de couleurs et des scènes spectaculaires ; c'est un dessin coloré, lumineux, chaleureux, très réaliste, et avec des femmes toujours très sexy, même si elles ont parfois tendance à se ressembler, et ses personnages ont des caractères bien affirmés. Tout ceci rend cette lecture très plaisante et très agréable.
Les Cent Nuits de Héro
Les Cent Nuits de Héro modernise le conte tout en en gardant l'essence. Un "Mille et une nuits" nouvelle formule. Je découvre Isabel Greenberg et je ne suis pas déçu. Elle a énormément de talent. Cherry est l'épouse de Jérôme mais celui-ci la délaisse et c'est ainsi qu'elle a pu conserver sa virginité. Héro est bien plus que sa servante, elle est son amante, elles s'aiment d'un amour véritable. Suite à un pari, son mari va laisser son épouse en compagnie de Manfred pendant 100 jours et il va tenter de la séduire pour la déflorer, quitte à la prendre de force. C'est là que le talent de conteuse d'Héro intervient. La narration est la qualité première de ce comics, elle est maîtrisée avec une petite touche d'humour et des dialogues savoureux. J'adore tous ces petits astérisques qui interpellent directement le lecteur. L'amour est le thème central du récit, il sera cuisiné à toutes les sauces, de la aigre-douce à la piquante. Un récit qui mettra à mal la religion et son obscurantisme, ainsi que la misogynie des hommes, enfin de certains hommes. Un récit pour ne pas oublier les progrès réalisés pour les droits des femmes et que rien n'est jamais acquis. Toujours à devoir se battre, et c'est bien là le problème. Le dessin dans un style "caricatural" au trait charbonneux me plaît beaucoup. Il ressemble par certains aspects à ceux du moyen âge. La colorisation austère accentue l'atmosphère pesante qui plane le long du récit. Une merveille ! Un gros coup de cœur.