Je découvre cette série avec la parution du tome deux, qui vient conclure l'histoire... une histoire remarquablement construite et parfaitement maîtrisée d'un point de vue narratif, et ce malgré la complexité des thèmes abordés : voyage dans le temps, physique quantique et univers parallèles.
L'auteur a selon moi trouvé l'équilibre parfait : il s’est clairement documenté sur les sujets suscités, mais ne noie pas son scénario dans de la physique compliquée et inaccessible. Il a su prendre des libertés, sans pour autant trahir la théorie. De plus il parvient à contenir son scénario sur la longueur, et apporte des réponses logiques et satisfaisantes à toutes les questions posées lors du récit, ce qui n'était pas gagné ! Un fois toutes les clés en main, une relecture permet d'apprécier tous les détails du scenario.
Côté graphisme on remarque tout de suite les influences d’Otomo et Akira, notamment sur les superbes paysages de villes dévastées. Les planches sont magnifiques et l'utilisation des couleurs judicieuses.
Un diptyque remarquable, et immanquable pour les amateurs du genre.
Je suis tombé par hasard sur cet album qui m'a fait une excellente impression. Il s'agit d'un survival en pleine jungle, et il ne m'en fallait pas plus pour apprécier ce récit, étant passionné depuis longtemps par les Bd de jungle (tout comme au cinéma d'ailleurs, les films de jungle m'ont toujours apporté de bonnes sensations). Il y a dans cet environnement quelque chose de fascinant, de mystérieux, ça grouille toujours de dangers potentiels, et ici j'ai l'impression que c'est décuplé.
Pourquoi est-ce que mon film préféré est Predator ? je ne l'ai jamais trop su, j'ai vu ce film une bonne soixantaine de fois, j'en connais toutes les répliques par coeur, et je le revois encore sans me lasser... il y a une sorte d'ambiance spécifique que je ne peux décrire qui me fascine dans ce film, on s'attend à une banale mission militaire, le groupe de mercenaires commandés par Schwarzenegger vient à bout sans mal d'un camp de guerilleros, et puis ensuite, ils se retrouvent confrontés à l'inconnu, à une créature extraterrestre très douée et à l'instinct de chasseur.
J'ai ressenti exactement la même impression en lisant cet album, car ça m'a fait énormément penser à Predator pendant toute une partie, mais ça s'en écarte, car ici il y a un côté surnaturel avec le Latah, cependant, le récit conserve son aspect réaliste, en cela, Legrain a réussi à mixer ces 2 aspects de façon virtuose, sans que l'un déborde sur l'autre. C'est ce qui m'a fait hésiter à ranger la Bd en fantastique, et finalement j'ai opté pour l'aventure.
La bande rappelle aussi plusieurs films sur le Vietnam comme l'inévitable Platoon ou même Hamburger Hill, et aussi la superbe série des années 80, l'Enfer du devoir (Tour of duty), les progressions de GI's dans la jungle étant un des éléments qu'on retrouve dans ces oeuvres. Ici, la progression est remarquable, on ressent une oppression latente, une ambiance inquiétante bien rendue, une ambiance de jungle bien retranscrite. La mécanique scénaristique est extrêmement bien développée, avec des rebondissements qui entretiennent un suspense bien dosé, rendant ce survival prenant et captivant. L'originalité vient aussi qu'on ne s'attend pas à ce genre d'évolution, car le récit évite les histoires de guerre déja vues situées sur le front avec des scènes de combat ; les personnages sont plongés dans un autre enfer, inconnu. De plus, les nerfs des hommes sont mis à rude épreuve dans une ambiance tendue, car chacun cache un obscur vécu commun.
Seule la fin semble un peu légère, peut-être pas tout à fait au même niveau de la qualité narrative et de la densité du récit. Mais ceci n'est qu'accessoire.
Au niveau graphique, Legrain offre un dessin superbe, soigné, détaillé, j'aimais déja son style graphique sur Sisco, et ici, il réussit de belles images de jungle, avec une mise en page dynamique et très cinématographique ; le rendu des couleurs est aussi d'excellente qualité.
Voila donc une Bd qui m'a offert un très bon moment de lecture en cochant toutes les cases : scénario bien travaillé, dessin maîtrisé, cadrages étudiés, colorisation bien adaptée. J'en redemande !
Nicolas Juncker a déjà produit quelques belles réussites dans lesquelles il jouait déjà très bien de l’histoire, s’immisçant dans certaines périodes à la fois charnières et méconnues, pour livrer une version crédible et loufoque de la grande Histoire, sans pour autant négliger les ressorts de la petite. Je trouve qu’il a ici une nouvelle fois réussi son pari.
Ici, nous nous concentrons sur la période mai-juin 1958, en pleine guerre d’Algérie, alors que la quatrième République agonise, que les magouilles politiques et les ambitions militaires se télescopent, et que Charles de Gaulle tire les marrons du feu, en enfumant tout ce petit monde, tout en ne disant rien (en tout cas en public), si ce n’est des sommets de vide (l’inénarrable « Je vous ai compris » clôt de façon grandiose cet album, les malentendus qui le sous-tendent, accentués par les malentendants et les grandes gueules sans cerveaux).
La narration est très rythmée, les protagonistes très typés et bien présentés, et les dialogues sont souvent savoureux.
Pour cette vision des derniers instants de la quatrième République, Juncker s’est adjoint un très bon compagnon avec Boucq, dont le trait semi-caricatural convient parfaitement au sujet et au ton employé par Juncker pour le traiter. Il accentue juste ce qu’il faut certaines expressions, les trognes de ces militaires et de quelques hommes politiques perdant certes du côté solennel, mais gagnant en potentiel de dérision.
Un album épais, très bien complété par une mise au point d’un historien, et que j’ai vraiment bien aimé.
Si vous ouvrez un ouvrage de Renaud Dillies, soyez prêt(e) à quitter votre univers normé du quotidien pour voyager dans un monde de poésie mélancolique qui transforme votre perception plus ou moins étroite des choses.
Comme une pièce de puzzle supplémentaire " Mélodie au crépuscule" nous entraîne en roulotte ou à dos de poisson pilote vers un horizon lunaire si difficile à atteindre. Ce but n'est pas le bonheur sinon il devient inaccessible comme tous ces amours trahis par Daphné, Betty, Epilie et les autres.
Non le bonheur est le chemin que Scipion parcourt auprès de son nouvel ami au rythme envoûtant de la musique libre, la musique d'oreille.
On retrouve tous les thèmes chers à Dillies, la liberté qui ne se réalise pleinement que grâce à l'amitié, la solitude mortelle et la musique garante de l'universalité et de la diversité des hommes.
Comme pour ses autres albums, Dillies nous plonge dans un monde onirique à fort pouvoir symbolique.
Le récit est admirablement traduit en images grâce aux traits si singulier de l'auteur. Son trait si flexible nous renvoie à ce monde tourmenté où les chemins les plus épanouissants ne sont pas forcément des lignes droites. Car ces lignes droites, si elles garantissent l'efficacité imposée par le chef Vlatopuk, sont bien souvent mortifères car elles nous rendent aveugles. Alors il faut prendre le temps de contempler chaque planche avec ces innombrables petits détails dans une construction qui nous impose à la fois le fragmenté et l'unitaire.
Je donne un coup de chapeau à Christophe Bouchard qui a su trouver la mise en couleur optimale pour valoriser encore plus ce petit bijou.
Je ne me lasse jamais de découvrir ou redécouvrir les oeuvres de Dillies qui me procurent des moments de lectures poétiques hors du temps.
Même si par un bref feuilletage, on est subjugué par la beauté du dessin, il faut bien avouer qu’on reste quelque peu circonspect en entamant la lecture de ce poème oriental immémorial, dont certains prétendent qu’il serait tiré d’une histoire vraie vécue par le poète lui-même, Qaïs ibn al-Moullawwah. Rares aujourd’hui sont les œuvres poétiques qui suscitent une folle adhésion, hormis peut-être dans les cercles restreints de fans adoptant la posture baudelairienne de l’artiste maudit un peu snob. A fortiori quand elles sont rédigées dans une tournure désuète, ampoulée – ou absconse, mais on doit constater que cela va souvent de pair.
Alors que là, les préjugés sont très vite mis en pièces. Contre toute attente, on se laisse rapidement entraîner dans cette histoire d’amour contrariée (et impossible). Yann Damezin sait parfaitement prendre son lecteur par la main grâce à un graphisme de toute beauté, presque incroyable par sa diversité. Chaque dessin est une histoire à lui tout seul, chaque page est une surprise à déguster, un véritable feu d’artifice de couleurs chatoyantes qui explose dans nos pupilles. L’auteur modernise totalement la miniature persane, en en conservant les préceptes, avec cette façon de concilier les motifs abstraits de l’ornementation et l’onirisme du propos. Résultat, on finit par apprécier pleinement l’élégante poésie tout en alexandrins qui s’accorde parfaitement avec le dessin luxuriant, et là encore, Damezin a eu l’intelligence d’adjoindre en fin d’ouvrage un lexique pour les termes les plus savants.
Qui plus est, le talent de l’auteur ne s’est pas limité à la partition graphique. Dans le conte original, l’éperdument amoureux « majnoun » (le fou) s’impose comme le personnage central, tandis que Leïli, qui reste une sorte de faire valoir, objet du désir du poète Qaïs, n’a guère voix au chapitre. Ainsi, Yann Damezin va revisiter à sa façon le dénouement du récit, par un twist final tout à fait inattendu – et très moderne - que je ne saurais trop révéler ici. La supplique de Majnoun depuis l’au-delà sera pour la jeune femme, littéralement séquestrée par son entourage familial et mariée de force à un autre homme, l’occasion d’exprimer son goût irrépressible pour la liberté… et de la trouver… C’est ainsi que l’histoire se conclura par un très beau mystère…
« Majnoun et Leïli » fait partie de ces œuvres rares, où l’on sait instinctivement après lecture que l’on tient là quelque chose d’extrêmement précieux, un joyau purement métaphysique au fort pouvoir sensoriel, étincelant de mille beautés. Ce chef d’œuvre n’est rien de moins qu’une ode à la liberté et à la vie, faisant presque passer au second plan l’amour entre Qaïs et Leïli, qui était le noyau du conte original.
Une enquête policière chez Pharaon ... Décalée dans une Égypte fantasmée, certes, mais si réelle qu'on la vit. Des dessins sublimes pour des corps sublimés. Même les odeurs sont là, et la découverte du "métier" d'embaumeur n'y est pas pour rien .... on attend la suite avec impatience.
Quelle bonne surprise! La fraîcheur du dessin et la vivacité des dialogues m'ont rappelé certaines histoires pour enfants/ados des années 80-90.
J'avais peur de rester insensible aux déboires de toutes ces filles. Finalement, j'ai avalé les deux premiers tomes en quelques jours. Malika Ferdjoukh et Cati Baur enchantent des situations banales avec talent et verve. Quand elles font écho à certains souvenirs, ça devient comme une madeleine. Impossible de décrocher. Il va falloir que je me procure la suite.
La couverture attire l'oeil, le feuilletage éveille la curiosité, la lecture confirme l'essai.
Le récit prend place dans la Chine des grands royaumes intriguant et se confrontant sans cesse. Avec un intervenant remélangeant les cartes: des créatures terrifiantes au sein de brumes signe de mort certaine.
Les dessins sont tout juste magnifiques, l'auteur a travaillé toutes les techniques du graphisme et de la peinture et le résultat est là. Les costumes sont magnifiquement détaillés, les créatures fantastiques montées semblent sortir d'un Ghibli. On voit des tableaux à l'encre de Chine, des aquarelles animalistes, des guerriers courroucés d'opéra de Pekin, des regards malfaisants sortant de Naruto ou enfantins comme Les Carnets de Cerise, des cases tirées d'une scène de Tayio Matsumoto et même un strip semi-figé de 3 cases à la Fabcaro! L'historique se mêle au fantastique et au steam-punk, une sauce ayant bien pris avec Okko.
Il faut rester concentrer pour ne pas s'étonner du changement soudain de lieu ou de l'arrivée subite de nouveaux personnages clé (ou du moins que l'on pense être pour l'instant). Un point fort de l'auteur est de ne pas mettre en valeur les seuls grands personnages mais aussi de nous placer à hauteur de petites gens tout aussi importants le temps d'une scène, comme le cinéma japonais des années 60 savaient le faire. Celle de la famille s'en allant en ville payer le menuisier restera en mémoire.
Les noms des contrées et des personnages sonnent un peu identiques à nos oreilles et cela peut brouiller la compréhension de l'épopée. Les intrigues, objectifs, rivalités... sont nombreuses et peuvent encore faire un peu plus faire perdre le fil. Oui, on est plongé dans l'imaginaire foisonnant du cinéma de Hong-Kong des années 80 et 90, à l'instar de "Zu, les guerriers de la montagne magique" de Tsui Hark. On se perd petit à petit dans un monde dont on saisit un peu moins les enjeux mais qui rend le tout un peu plus fascinant.
Un très bon moment de lecture épique, j'attends avec impatience le second tome qui annonce des confrontations de plus grande ampleur.
J’ai découvert le trait fin d’Olivier Roman il y a quelques années avec Alchimie et surtout Les Fables de l'Humpur. J’avais apprécié au point de me procurer une planche de l’auteur. Aussi en découvrant ce one shot d’Olivier chez Daniel Maghen avec le compère Rodolphe, je savais avant même de découvrir les premières pages de cet album que j’allais apprécier. Je me suis trompé lourdement ! Je n’ai pas apprécié ! Cela bien au-delà de ça. J’ai été littéralement conquis ! C’est beau, c’est magnifique ! L’effet wahou est bien là ! Un émerveillement tout au long de ma lecture, sur les 90 pages de cet album !
C’est de la science-fiction mais ça fonctionne plutôt bien. Et pourtant ce n’est pas trop ma tasse de thé.
La mer s’est retirée mais n’est jamais revenue. Une lune sur les deux que compte la voute céleste de Sprague a aussi disparu. Toutes les activités du village sont en danger. L’abattement de la population est à son paroxysme. Deux frères accompagnés d’un capitaine aveugle mais avec un perroquet comme guide vont se hasarder dans un désert de sable pour comprendre la situation avec l’espoir de trouver un dénouement heureux mais aussi avec le risque de ne jamais revenir chez eux. Si vous rajoutez quelques bestioles extraordinaires à la périlleuse aventure de notre sympathique trio, vous comprenez que vous ne pourrez pas lâcher l’album avant d’avoir tourné la dernière page.
Les dessins sont admirables avec un mixte entre le médiéval et l’oriental. La colorisation avec des tons ocres de Denis Béchu sublime les paysages très détaillés. Visuellement c’est terrible. Et avec Rodolphe aux manettes pour le scénario, nous ne sommes jamais déçus. Un trio remarquable.
Je vous encourage vivement à plonger dans cette aventure originale. Le plaisir sera au rendez-vous assurément. Un énorme coup de cœur !
Un vrai bonheur de lecture que cette BD, qui est splendide à de multiples points de vue ! Le scénario est d’une grande richesse, au fil du parcours épique d’un trio que rien ne prédispose a priori à l’aventure : Tarid le débonnaire et rondelet eunuque bibliothécaire, Lubna l’esclave copiste qui travaille avec Tarid, et Marwan l’ancien élève de Tarid devenu petit voleur de rues bien peu doué. Trio et même quatuor car s’y adjoint la mémorable mule du titre, qui joue un rôle essentiel (et inattendu) dans l’histoire, et contribue à la force comique du récit,
Ce quatuor se retrouve constitué un peu par hasard, suite un terrible évènement d’ouverture qui va les jeter sur les routes : l’incendie de la bibliothèque décidé par un vizir, moins fanatique religieux que politique soucieux de s’attirer l’appui des religieux, essentiel à son ambition politique. En les accompagnant dans leur fuite désespérée destinée à sauver un poignée des trésors de la bibliothèque, nous allons vivre avec eux une bien riche et passionnante aventure.
Les auteurs ont fait un travail de recherche et de documentation d’une très grande précision, mis en images dans une très belle illustration des villes et paysages, qui nous transporte littéralement dans cet Espagne de Al Andalus, au temps de l’apogée politique de l’émirat de Cordoue. La postface très intéressante montre à quel point le livre est fidèle dans ce que nous connaissons de cette époque où cohabitaient (de façon plus ou moins pacifique selon les moments) en Espagne royaumes musulmans et chrétiens, et dans Al Andalus musulmans, chrétiens et juifs. Et dans le fil du récit on découvre d’étonnantes anecdotes authentiques, jusque dans le détail des péripéties inattendues d’un roi trop gros pour monter à cheval, ou sur les contrefaçons d’épées vikings circulant au 10ème siècle et que seul un œil averti pouvait identifier.
L’aventure est riche de rebondissements, d’humour et d’émotions multiples. L’histoire contient beaucoup de mystères relatifs aux personnages principaux dont on découvre progressivement l’histoire passée, y compris à travers des rêves quasiment fantastiques dont on découvre le sens ensuite. Dans la description de cette époque dure qui n’est pas présentée de façon idéalisée, nos antihéros se trouvent confrontés à des difficultés nombreuses, pourchassés de tous côtés, où beaucoup de leurs contemporains sont plus prédateurs que protecteurs et où pour nombre d’entre eux, les livres ne signifient rien, ou n’ont de valeur que marchande.
Tous les acteurs de cette fresque sont dessinés avec beaucoup de talent, qu’il s’agisse des personnages importants du récit, mais aussi de tous les nombreux personnages secondaires qui existent tous avec réalisme et une belle expressivité qui rend perceptible leur personnalité : intelligence, mesquinerie, générosité, douceur, ruse, brutalité…
Mais au-delà du récit épique, il y a un autre récit imbriqué, qui nous parle de l’amour des livres, de la richesse de la connaissance qu’ils permettent de partager et de ce qu’ils apportent à l’humanité. Il est fascinant de redécouvrir avec Tarid des intuitions anciennes et souvent méconnues aujourd’hui sur l’évolution des espèces ou sur les prémices de l’aviation ! Tout au fil des livres évoqués dans la BD, l’histoire réalise un bel hommage à la richesse de la littérature des savants d’Al Andalus et un rappel de leur rôle essentiel de passeurs qui nous ont permis de sauver les textes de nombreux grands auteurs antiques. Cet autre récit est aussi un rappel de la grande fragilité des livres, en butte à l’hostilité des obscurantismes religieux et des totalitarismes politiques car toujours susceptible de contenir des pensées qui les remettent en cause. Et dans un glissement progressif qui traverse les siècles jusqu’à notre époque, la très forte dernière double page devrait interpeller non seulement tous les lecteurs, mais tous les amoureux de la liberté de pensée et de l’accès à la connaissance dont les livres ont souvent été les vecteurs.
Enfin, et c’est logique pour une BD qui évoque si fortement l’amour des livres et des bibliothèques, « La bibliomule de Cordoue » est un beau livre : un bel objet qu’on aime tenir en main et parcourir. La réussite des auteurs est totale.
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Je découvre cette série avec la parution du tome deux, qui vient conclure l'histoire... une histoire remarquablement construite et parfaitement maîtrisée d'un point de vue narratif, et ce malgré la complexité des thèmes abordés : voyage dans le temps, physique quantique et univers parallèles. L'auteur a selon moi trouvé l'équilibre parfait : il s’est clairement documenté sur les sujets suscités, mais ne noie pas son scénario dans de la physique compliquée et inaccessible. Il a su prendre des libertés, sans pour autant trahir la théorie. De plus il parvient à contenir son scénario sur la longueur, et apporte des réponses logiques et satisfaisantes à toutes les questions posées lors du récit, ce qui n'était pas gagné ! Un fois toutes les clés en main, une relecture permet d'apprécier tous les détails du scenario. Côté graphisme on remarque tout de suite les influences d’Otomo et Akira, notamment sur les superbes paysages de villes dévastées. Les planches sont magnifiques et l'utilisation des couleurs judicieuses. Un diptyque remarquable, et immanquable pour les amateurs du genre.
Latah
Je suis tombé par hasard sur cet album qui m'a fait une excellente impression. Il s'agit d'un survival en pleine jungle, et il ne m'en fallait pas plus pour apprécier ce récit, étant passionné depuis longtemps par les Bd de jungle (tout comme au cinéma d'ailleurs, les films de jungle m'ont toujours apporté de bonnes sensations). Il y a dans cet environnement quelque chose de fascinant, de mystérieux, ça grouille toujours de dangers potentiels, et ici j'ai l'impression que c'est décuplé. Pourquoi est-ce que mon film préféré est Predator ? je ne l'ai jamais trop su, j'ai vu ce film une bonne soixantaine de fois, j'en connais toutes les répliques par coeur, et je le revois encore sans me lasser... il y a une sorte d'ambiance spécifique que je ne peux décrire qui me fascine dans ce film, on s'attend à une banale mission militaire, le groupe de mercenaires commandés par Schwarzenegger vient à bout sans mal d'un camp de guerilleros, et puis ensuite, ils se retrouvent confrontés à l'inconnu, à une créature extraterrestre très douée et à l'instinct de chasseur. J'ai ressenti exactement la même impression en lisant cet album, car ça m'a fait énormément penser à Predator pendant toute une partie, mais ça s'en écarte, car ici il y a un côté surnaturel avec le Latah, cependant, le récit conserve son aspect réaliste, en cela, Legrain a réussi à mixer ces 2 aspects de façon virtuose, sans que l'un déborde sur l'autre. C'est ce qui m'a fait hésiter à ranger la Bd en fantastique, et finalement j'ai opté pour l'aventure. La bande rappelle aussi plusieurs films sur le Vietnam comme l'inévitable Platoon ou même Hamburger Hill, et aussi la superbe série des années 80, l'Enfer du devoir (Tour of duty), les progressions de GI's dans la jungle étant un des éléments qu'on retrouve dans ces oeuvres. Ici, la progression est remarquable, on ressent une oppression latente, une ambiance inquiétante bien rendue, une ambiance de jungle bien retranscrite. La mécanique scénaristique est extrêmement bien développée, avec des rebondissements qui entretiennent un suspense bien dosé, rendant ce survival prenant et captivant. L'originalité vient aussi qu'on ne s'attend pas à ce genre d'évolution, car le récit évite les histoires de guerre déja vues situées sur le front avec des scènes de combat ; les personnages sont plongés dans un autre enfer, inconnu. De plus, les nerfs des hommes sont mis à rude épreuve dans une ambiance tendue, car chacun cache un obscur vécu commun. Seule la fin semble un peu légère, peut-être pas tout à fait au même niveau de la qualité narrative et de la densité du récit. Mais ceci n'est qu'accessoire. Au niveau graphique, Legrain offre un dessin superbe, soigné, détaillé, j'aimais déja son style graphique sur Sisco, et ici, il réussit de belles images de jungle, avec une mise en page dynamique et très cinématographique ; le rendu des couleurs est aussi d'excellente qualité. Voila donc une Bd qui m'a offert un très bon moment de lecture en cochant toutes les cases : scénario bien travaillé, dessin maîtrisé, cadrages étudiés, colorisation bien adaptée. J'en redemande !
Un général, des généraux
Nicolas Juncker a déjà produit quelques belles réussites dans lesquelles il jouait déjà très bien de l’histoire, s’immisçant dans certaines périodes à la fois charnières et méconnues, pour livrer une version crédible et loufoque de la grande Histoire, sans pour autant négliger les ressorts de la petite. Je trouve qu’il a ici une nouvelle fois réussi son pari. Ici, nous nous concentrons sur la période mai-juin 1958, en pleine guerre d’Algérie, alors que la quatrième République agonise, que les magouilles politiques et les ambitions militaires se télescopent, et que Charles de Gaulle tire les marrons du feu, en enfumant tout ce petit monde, tout en ne disant rien (en tout cas en public), si ce n’est des sommets de vide (l’inénarrable « Je vous ai compris » clôt de façon grandiose cet album, les malentendus qui le sous-tendent, accentués par les malentendants et les grandes gueules sans cerveaux). La narration est très rythmée, les protagonistes très typés et bien présentés, et les dialogues sont souvent savoureux. Pour cette vision des derniers instants de la quatrième République, Juncker s’est adjoint un très bon compagnon avec Boucq, dont le trait semi-caricatural convient parfaitement au sujet et au ton employé par Juncker pour le traiter. Il accentue juste ce qu’il faut certaines expressions, les trognes de ces militaires et de quelques hommes politiques perdant certes du côté solennel, mais gagnant en potentiel de dérision. Un album épais, très bien complété par une mise au point d’un historien, et que j’ai vraiment bien aimé.
Mélodie au crépuscule
Si vous ouvrez un ouvrage de Renaud Dillies, soyez prêt(e) à quitter votre univers normé du quotidien pour voyager dans un monde de poésie mélancolique qui transforme votre perception plus ou moins étroite des choses. Comme une pièce de puzzle supplémentaire " Mélodie au crépuscule" nous entraîne en roulotte ou à dos de poisson pilote vers un horizon lunaire si difficile à atteindre. Ce but n'est pas le bonheur sinon il devient inaccessible comme tous ces amours trahis par Daphné, Betty, Epilie et les autres. Non le bonheur est le chemin que Scipion parcourt auprès de son nouvel ami au rythme envoûtant de la musique libre, la musique d'oreille. On retrouve tous les thèmes chers à Dillies, la liberté qui ne se réalise pleinement que grâce à l'amitié, la solitude mortelle et la musique garante de l'universalité et de la diversité des hommes. Comme pour ses autres albums, Dillies nous plonge dans un monde onirique à fort pouvoir symbolique. Le récit est admirablement traduit en images grâce aux traits si singulier de l'auteur. Son trait si flexible nous renvoie à ce monde tourmenté où les chemins les plus épanouissants ne sont pas forcément des lignes droites. Car ces lignes droites, si elles garantissent l'efficacité imposée par le chef Vlatopuk, sont bien souvent mortifères car elles nous rendent aveugles. Alors il faut prendre le temps de contempler chaque planche avec ces innombrables petits détails dans une construction qui nous impose à la fois le fragmenté et l'unitaire. Je donne un coup de chapeau à Christophe Bouchard qui a su trouver la mise en couleur optimale pour valoriser encore plus ce petit bijou. Je ne me lasse jamais de découvrir ou redécouvrir les oeuvres de Dillies qui me procurent des moments de lectures poétiques hors du temps.
Majnoun et Leïli - Chants d'outre-tombe
Même si par un bref feuilletage, on est subjugué par la beauté du dessin, il faut bien avouer qu’on reste quelque peu circonspect en entamant la lecture de ce poème oriental immémorial, dont certains prétendent qu’il serait tiré d’une histoire vraie vécue par le poète lui-même, Qaïs ibn al-Moullawwah. Rares aujourd’hui sont les œuvres poétiques qui suscitent une folle adhésion, hormis peut-être dans les cercles restreints de fans adoptant la posture baudelairienne de l’artiste maudit un peu snob. A fortiori quand elles sont rédigées dans une tournure désuète, ampoulée – ou absconse, mais on doit constater que cela va souvent de pair. Alors que là, les préjugés sont très vite mis en pièces. Contre toute attente, on se laisse rapidement entraîner dans cette histoire d’amour contrariée (et impossible). Yann Damezin sait parfaitement prendre son lecteur par la main grâce à un graphisme de toute beauté, presque incroyable par sa diversité. Chaque dessin est une histoire à lui tout seul, chaque page est une surprise à déguster, un véritable feu d’artifice de couleurs chatoyantes qui explose dans nos pupilles. L’auteur modernise totalement la miniature persane, en en conservant les préceptes, avec cette façon de concilier les motifs abstraits de l’ornementation et l’onirisme du propos. Résultat, on finit par apprécier pleinement l’élégante poésie tout en alexandrins qui s’accorde parfaitement avec le dessin luxuriant, et là encore, Damezin a eu l’intelligence d’adjoindre en fin d’ouvrage un lexique pour les termes les plus savants. Qui plus est, le talent de l’auteur ne s’est pas limité à la partition graphique. Dans le conte original, l’éperdument amoureux « majnoun » (le fou) s’impose comme le personnage central, tandis que Leïli, qui reste une sorte de faire valoir, objet du désir du poète Qaïs, n’a guère voix au chapitre. Ainsi, Yann Damezin va revisiter à sa façon le dénouement du récit, par un twist final tout à fait inattendu – et très moderne - que je ne saurais trop révéler ici. La supplique de Majnoun depuis l’au-delà sera pour la jeune femme, littéralement séquestrée par son entourage familial et mariée de force à un autre homme, l’occasion d’exprimer son goût irrépressible pour la liberté… et de la trouver… C’est ainsi que l’histoire se conclura par un très beau mystère… « Majnoun et Leïli » fait partie de ces œuvres rares, où l’on sait instinctivement après lecture que l’on tient là quelque chose d’extrêmement précieux, un joyau purement métaphysique au fort pouvoir sensoriel, étincelant de mille beautés. Ce chef d’œuvre n’est rien de moins qu’une ode à la liberté et à la vie, faisant presque passer au second plan l’amour entre Qaïs et Leïli, qui était le noyau du conte original.
Néféritès
Une enquête policière chez Pharaon ... Décalée dans une Égypte fantasmée, certes, mais si réelle qu'on la vit. Des dessins sublimes pour des corps sublimés. Même les odeurs sont là, et la découverte du "métier" d'embaumeur n'y est pas pour rien .... on attend la suite avec impatience.
Quatre soeurs
Quelle bonne surprise! La fraîcheur du dessin et la vivacité des dialogues m'ont rappelé certaines histoires pour enfants/ados des années 80-90. J'avais peur de rester insensible aux déboires de toutes ces filles. Finalement, j'ai avalé les deux premiers tomes en quelques jours. Malika Ferdjoukh et Cati Baur enchantent des situations banales avec talent et verve. Quand elles font écho à certains souvenirs, ça devient comme une madeleine. Impossible de décrocher. Il va falloir que je me procure la suite.
Les Brumes écarlates
La couverture attire l'oeil, le feuilletage éveille la curiosité, la lecture confirme l'essai. Le récit prend place dans la Chine des grands royaumes intriguant et se confrontant sans cesse. Avec un intervenant remélangeant les cartes: des créatures terrifiantes au sein de brumes signe de mort certaine. Les dessins sont tout juste magnifiques, l'auteur a travaillé toutes les techniques du graphisme et de la peinture et le résultat est là. Les costumes sont magnifiquement détaillés, les créatures fantastiques montées semblent sortir d'un Ghibli. On voit des tableaux à l'encre de Chine, des aquarelles animalistes, des guerriers courroucés d'opéra de Pekin, des regards malfaisants sortant de Naruto ou enfantins comme Les Carnets de Cerise, des cases tirées d'une scène de Tayio Matsumoto et même un strip semi-figé de 3 cases à la Fabcaro! L'historique se mêle au fantastique et au steam-punk, une sauce ayant bien pris avec Okko. Il faut rester concentrer pour ne pas s'étonner du changement soudain de lieu ou de l'arrivée subite de nouveaux personnages clé (ou du moins que l'on pense être pour l'instant). Un point fort de l'auteur est de ne pas mettre en valeur les seuls grands personnages mais aussi de nous placer à hauteur de petites gens tout aussi importants le temps d'une scène, comme le cinéma japonais des années 60 savaient le faire. Celle de la famille s'en allant en ville payer le menuisier restera en mémoire. Les noms des contrées et des personnages sonnent un peu identiques à nos oreilles et cela peut brouiller la compréhension de l'épopée. Les intrigues, objectifs, rivalités... sont nombreuses et peuvent encore faire un peu plus faire perdre le fil. Oui, on est plongé dans l'imaginaire foisonnant du cinéma de Hong-Kong des années 80 et 90, à l'instar de "Zu, les guerriers de la montagne magique" de Tsui Hark. On se perd petit à petit dans un monde dont on saisit un peu moins les enjeux mais qui rend le tout un peu plus fascinant. Un très bon moment de lecture épique, j'attends avec impatience le second tome qui annonce des confrontations de plus grande ampleur.
Sprague
J’ai découvert le trait fin d’Olivier Roman il y a quelques années avec Alchimie et surtout Les Fables de l'Humpur. J’avais apprécié au point de me procurer une planche de l’auteur. Aussi en découvrant ce one shot d’Olivier chez Daniel Maghen avec le compère Rodolphe, je savais avant même de découvrir les premières pages de cet album que j’allais apprécier. Je me suis trompé lourdement ! Je n’ai pas apprécié ! Cela bien au-delà de ça. J’ai été littéralement conquis ! C’est beau, c’est magnifique ! L’effet wahou est bien là ! Un émerveillement tout au long de ma lecture, sur les 90 pages de cet album ! C’est de la science-fiction mais ça fonctionne plutôt bien. Et pourtant ce n’est pas trop ma tasse de thé. La mer s’est retirée mais n’est jamais revenue. Une lune sur les deux que compte la voute céleste de Sprague a aussi disparu. Toutes les activités du village sont en danger. L’abattement de la population est à son paroxysme. Deux frères accompagnés d’un capitaine aveugle mais avec un perroquet comme guide vont se hasarder dans un désert de sable pour comprendre la situation avec l’espoir de trouver un dénouement heureux mais aussi avec le risque de ne jamais revenir chez eux. Si vous rajoutez quelques bestioles extraordinaires à la périlleuse aventure de notre sympathique trio, vous comprenez que vous ne pourrez pas lâcher l’album avant d’avoir tourné la dernière page. Les dessins sont admirables avec un mixte entre le médiéval et l’oriental. La colorisation avec des tons ocres de Denis Béchu sublime les paysages très détaillés. Visuellement c’est terrible. Et avec Rodolphe aux manettes pour le scénario, nous ne sommes jamais déçus. Un trio remarquable. Je vous encourage vivement à plonger dans cette aventure originale. Le plaisir sera au rendez-vous assurément. Un énorme coup de cœur !
La Bibliomule de Cordoue
Un vrai bonheur de lecture que cette BD, qui est splendide à de multiples points de vue ! Le scénario est d’une grande richesse, au fil du parcours épique d’un trio que rien ne prédispose a priori à l’aventure : Tarid le débonnaire et rondelet eunuque bibliothécaire, Lubna l’esclave copiste qui travaille avec Tarid, et Marwan l’ancien élève de Tarid devenu petit voleur de rues bien peu doué. Trio et même quatuor car s’y adjoint la mémorable mule du titre, qui joue un rôle essentiel (et inattendu) dans l’histoire, et contribue à la force comique du récit, Ce quatuor se retrouve constitué un peu par hasard, suite un terrible évènement d’ouverture qui va les jeter sur les routes : l’incendie de la bibliothèque décidé par un vizir, moins fanatique religieux que politique soucieux de s’attirer l’appui des religieux, essentiel à son ambition politique. En les accompagnant dans leur fuite désespérée destinée à sauver un poignée des trésors de la bibliothèque, nous allons vivre avec eux une bien riche et passionnante aventure. Les auteurs ont fait un travail de recherche et de documentation d’une très grande précision, mis en images dans une très belle illustration des villes et paysages, qui nous transporte littéralement dans cet Espagne de Al Andalus, au temps de l’apogée politique de l’émirat de Cordoue. La postface très intéressante montre à quel point le livre est fidèle dans ce que nous connaissons de cette époque où cohabitaient (de façon plus ou moins pacifique selon les moments) en Espagne royaumes musulmans et chrétiens, et dans Al Andalus musulmans, chrétiens et juifs. Et dans le fil du récit on découvre d’étonnantes anecdotes authentiques, jusque dans le détail des péripéties inattendues d’un roi trop gros pour monter à cheval, ou sur les contrefaçons d’épées vikings circulant au 10ème siècle et que seul un œil averti pouvait identifier. L’aventure est riche de rebondissements, d’humour et d’émotions multiples. L’histoire contient beaucoup de mystères relatifs aux personnages principaux dont on découvre progressivement l’histoire passée, y compris à travers des rêves quasiment fantastiques dont on découvre le sens ensuite. Dans la description de cette époque dure qui n’est pas présentée de façon idéalisée, nos antihéros se trouvent confrontés à des difficultés nombreuses, pourchassés de tous côtés, où beaucoup de leurs contemporains sont plus prédateurs que protecteurs et où pour nombre d’entre eux, les livres ne signifient rien, ou n’ont de valeur que marchande. Tous les acteurs de cette fresque sont dessinés avec beaucoup de talent, qu’il s’agisse des personnages importants du récit, mais aussi de tous les nombreux personnages secondaires qui existent tous avec réalisme et une belle expressivité qui rend perceptible leur personnalité : intelligence, mesquinerie, générosité, douceur, ruse, brutalité… Mais au-delà du récit épique, il y a un autre récit imbriqué, qui nous parle de l’amour des livres, de la richesse de la connaissance qu’ils permettent de partager et de ce qu’ils apportent à l’humanité. Il est fascinant de redécouvrir avec Tarid des intuitions anciennes et souvent méconnues aujourd’hui sur l’évolution des espèces ou sur les prémices de l’aviation ! Tout au fil des livres évoqués dans la BD, l’histoire réalise un bel hommage à la richesse de la littérature des savants d’Al Andalus et un rappel de leur rôle essentiel de passeurs qui nous ont permis de sauver les textes de nombreux grands auteurs antiques. Cet autre récit est aussi un rappel de la grande fragilité des livres, en butte à l’hostilité des obscurantismes religieux et des totalitarismes politiques car toujours susceptible de contenir des pensées qui les remettent en cause. Et dans un glissement progressif qui traverse les siècles jusqu’à notre époque, la très forte dernière double page devrait interpeller non seulement tous les lecteurs, mais tous les amoureux de la liberté de pensée et de l’accès à la connaissance dont les livres ont souvent été les vecteurs. Enfin, et c’est logique pour une BD qui évoque si fortement l’amour des livres et des bibliothèques, « La bibliomule de Cordoue » est un beau livre : un bel objet qu’on aime tenir en main et parcourir. La réussite des auteurs est totale.