Ce qui caractérise la série 7 lancée par David Chauvel c’est qu’il s’agit à chaque fois d’un récit complet dans un genre variable. Leur seul point commun est d’utiliser 7 personnages.
C’est à la fois cette contrainte qui ravit les uns et divise les autres s’imaginant que le développement de sept individus distincts nécessite plus que quelques pages d’une bd au format franco-belge.
Et c’est justement là où 7 Yakuzas tire toute sa force…. Mais pas seulement :)
En effet chacun de ces 7 protagonistes va intervenir à un moment dans ce long récit ponctué de flash backs sur la trame principale du leader de 95 ans, Kotobuki Ichiro qui cherche à comprendre qui en veut à ce point à sa peau alors qu’il a réussi à se défaire de tous ses ennemis tout au long de son existence comme nous allons le comprendre dans un récit soutenu et intelligent qui dresse parallèlement un portrait sensible et réaliste du Japon du XXème siècle.
Ce sont les yakuzas que Kotobuki va rencontrer au fur et à mesure de son enquete qui vont par après être développés dans des flash backs qui leur sont propres.
On s'éloigne donc des bases de la série qui balance tous les 7 dès le départ au détriment du rythme narratif ! ;)
Morvan est très fort dans cette culture qu’il chérit et a su se démarquer du bête récit de violence par ces diverses touches rythmant une histoire simple mais haletante et dont on n’aura de cesse de poursuivre jusqu’au ballet de sang final digne des meilleures scènes de tension des films japonais et asiatiques par extension.
Le vocabulaire japonais utilisé ici n’est pas si compliqué à comprendre dans son contexte même hors lexique de fin d’album (qu’il aurait été plus judicieux d’inclure en bas de chaque page concernée) et contribue au réalisme identitaire d’un pays pas comme les autres.
Hikaru Takahashi dont je ne connais pas d’autre œuvre a réalisé un boulot exemplaire pourtant décrié ici mais qui mixe à merveille les influences du manga tout en conservant de forts repères identitaires de l’école franco-belge avec une excellente palette de couleurs vives et expressives.
Son trait gras sied à merveille à toutes ces figures arrondies et les décors sont plutôt détaillés dans un style réaliste sans être pour autant aussi barbant qu’une fresque historique. J’espère le revoir à l’œuvre bientôt pour le 9ème art.
Combinant à merveille tout ce que je peux apprécier dans une œuvre purement d’exploitation et en déclinant polar noir et vengeance rouge dans un contexte inhabituel, 7 Yakuzas représente à mes yeux le haut du panier de la série 7 dont il aurait pu s’extirper sans peine pour engager une carrière vraiment méritée et estimée.
J'attribue volontiers à ce titre la note maximale et le recommande particulièrement aux détracteurs de la série car voici sans contexte l’album phare que tous les autres portant la mention « 7 » devraient au moins égaler.
Je précise que la seconde lecture est tout aussi agréable…
Maus fait partie de ces BD qu'il me fallait lire mais qui n'avait jamais réussi à me faire passer la dizaine de pages, en cause principalement le graphisme. J'ai beaucoup de mal à rentrer dans une histoire où le dessin est difficile. Et comme souvent lorsque l'on raisonne de la sorte, on passe à côté de quelque chose. Et là, ce n'est pas quelque chose, c'est un témoignage édifiant, une œuvre majeure traitant du(es) génocide(s) antisémite(s) des années 30 à l'immédiate après guerre.
Alors oui, graphiquement c'est moche, ça pique aux yeux mais après quelques pages, on n'y fait plus guère attention, tant chaque personnage colle bien à son animal totem. Alors certes c'est un peu manichéen (souris/chat/porc) mais on peut comprendre la symbolique surtout au regard des horreurs vécues.
Le témoignage est édifiant, poignant, c'est véritablement à faire lire dans toutes les écoles comme un classique je pense. Il y aurait de quoi faire de l'explication de texte intelligente et donner goût à la lecture et à l'histoire. Une des forces du récit est de ne pas oublier les petites faiblesses du peuple israélite, personne n'étant blanc ou noir.
S'il ne devait y avoir qu'une BD dans mes rayonnages, ce serait celle-là.
Amateurs botanistes, le titre de l’album vous tendra peut-être un piège. Il n’est pratiquement pas question de l’Araucaria araucana dans ce récit si ce n’est un dialogue passager du tome 1. Et pourtant, si j’étais entré dans l'album en me demandant comment un récit pouvait porter le nom d’un arbre, j’en ai attendu la fin pendant 5 ans avec anxiété, espérance voire même dépit, de ces relations troubles qui s’entretiennent avec les objets qui touchent d’un peu trop près l’âme et que l’on prend plaisir à déranger pour mieux les retrouver ensuite.
Voici 5 ans que le tome 1 nous a envoutés, et ce n’est qu’aujourd’hui que la fin du triptyque nous délivre. Que s’est-il passé ?
Tout d’abord il y a cette présentation des personnages, cette découverte un peu brutale que le dessin n’aide pas de prime abord à cerner, mais au fil du récit tout ceci gagne en profondeur, en complexité et une relecture devient obligatoire. Alors la découverte d’une qualité narrative qu’un abord graphique délicat avait masqué se laisse admirer. On en redemande, et c’est avec boulimie que l’on se prend à commencer le tome de la chute. Quelle amertume, quelle noirceur, que de sentiments étalés sur une palette où arrivistes côtoient idéalistes, que de planches où héros et salauds se côtoient avec un naturel dramatique. Le pire vient avec cette dualité perpétuelle dans ce récit : et si le héros d’un moment était le salaud d’un autre ? Tous les personnages tournent autour du principe de relativité et de « l’insoutenable légèreté de l’être ». Alors que le second épisode s’achève, tout sentiment positif semble détruit, tout espoir annihilé dans une danse morbide magnifiée par un graphisme tranchant.
Alors pendant plus de 3 ans le lecteur a dû attendre, dans un état de transe à chaque fois que le diptyque s’offrait du regard dans la bibliothèque personnelle des tous meilleurs. Qu’ils furent longs et éprouvants, un peu comme s’il fallait une traversée du désert pour que ce tome de chute puisse engendrer une conclusion à la hauteur des espoirs.
Et le tome conclusif de tous les dangers parut. La crainte de voir un monument potentiel tomber d’un piédestal par une chute trop banale me fit relire les tomes 1 et 2 pour gagner du temps. Mais ce train courbe du tome 3 finit par m’emmener pour la destination finale, l’écriture des destinées, la synthèse des oxymores internes à chaque personnage. Le train m’a écrasé, je suis abasourdi par la narration, étouffé par la légèreté de l’être si lourde dans ses prises de position et le jeu des conséquences. Cette trilogie sera bien un chef d’œuvre. Les rails ont mené le lecteur à une chute brillante, si logique et implacable que la cohérence globale du récit, les interventions des personnages secondaires se mettent en résonance avec une force magnifiée par un graphisme détonnant.
Toi qui as arrêté la lecture, découragé par un dessin apparemment illisible, si tu veux découvrir un chef d’œuvre de narration, persévère. Oui le trait nerveux et imparfait déroute de prime abord, mais il dégage un pouvoir de violence du vécu des personnages qui multiplie l’émotion. Oui les couleurs sont hors de réalité, mais ne dégagent-elles pas toutes les contradictions du monde narré ? Ce triptyque démontre avec brio la primauté du lien discours-image pour la qualité narrative sur la technicité d’un dessin « parfait » qui serait plus chatoyant à l’œil.
Vous l’aurez compris, le désespoir du singe rentre dans les rares albums cultes qui doivent être connus pour apprécier le 9ème art. Toute l’aventure narrée nous plonge dans l’horreur de la société humaine. Nous y retrouverons nombre de conflits et d’obscurantismes qui ont eu cours à un moment donné avant de périr par leur propre excès. Lorsque la bulle se dégonfle nombre de chemins ont été balayés, et bien des destinés se retrouvent marquées à jamais. Je formulerai sur l’arbre, le vœu de mémoire pour les victimes des dommages collatéraux. Tout l’album leur rend hommage, pour rappeler que derrière un grand mouvement « libérateur » nombre d’humains auront vu le tragique rattraper leur quotidien.
Lisez, ressentez, vivez…
(450)
J'ai a-do-ré cette série !! Ca a été un vrai régal de plonger dans ces aventures tous les soirs pendant la semaine qui vient de s'écouler.
Okko m'a fait voyager dans l'univers féodal du Japon moyenâgeux. On fait connaissance avec le mode de vie et les légendes de cette époque.
En résumé, une bande de rônins dont le sensei s’appelle Okko envoit onis et autres mahootsukai droit en jigoku, le plus souvent pour le compte d’un daimyo, afin de gagner des kokus ou quelques zenis. A l’aide de Yaris, de Tetsubos, de katanas, et de bunrakus, nos fameux bushis enverront paitre ces gun’tai et kimabusha du mal, (qui arborent d’ailleurs souvent des mons pas très nets...), sans pitié, les traitant comme des kono yaro. Après l’effort, ils chausseront leurs geta pour déguster un maigre shôshû tout en savourant un spectacle de jôruri au son des taikos.
(Après avoir lu quelques albums, ce résumé n'aura plus de secret pour vous)
Chacune de leur quête est passionnante, j'avais envie de connaitre le fin mot de l'histoire, et comment ils allaient arriver à renverser leur ennemi. L'intrigue est bien menée, riche en action, en rebondissements, avec une touche d'humour et d'émotion pour parfaire le tout.
De plus, j'ai été pris par le charisme des personnages, la force de caractère d'Okko san, la force physique de Naburo (mon perso préféré ^^...), l'innocence de Tikku, et la sympathie du moine.
Côté graphisme, c'est superbe, la richesse des costumes des personnages, la splendeur des couleurs, le raffinement des décors...rien à redire.
Un mérité, et pourtant, c'est pas souvent que j'attribue cette note ! C'est clair, cette série finira par se retrouver un jour au complet dans ma bibliothèque !
(75)
Brillant, tout simplement brillant.
Voici un comics à part où on ne va pas parler des états d'âme de lopettes en collants, ici pas ou peu d'éléments fantastiques en vue si ce n'est une nouvelle loi américaine qui sert de prétexte au contexte en interdisant par un traitement "radical" l'escalade de la violence dans le pays de l'Oncle Sam en éradiquant purement et simplement toute tentative de crime.
La monnaie va être remplacée par des comptes numériques donc exit les banques et leurs attaques à main armée... Seulement voilà, l'information a filtré dans les masses populaires et le pays est depuis lors soumis à un niveau de chaos et d'anarchie maximal dans l'attente de l'exécution de l'I.P.A. (Initiative de Paix Américaine).
C'est dans ce contexte bien précis que Graham, ancien bourlingueur ayant déjà tâté de la taule, se manifeste avec pour seul désir de réaliser le casse du siècle tant qu'il en est encore temps.
Pour ce faire, il n'a pas d'autre choix que de s'adjoindre à un couple haut en couleurs constitué d'une femme plus que fatale, Shelby et de son petit ami le chien fou Kevin.
Haut en couleurs, c'est un peu ce qui ressort de cette histoire en trois tomes avec les dessins magnifiques de l'inconnu (gageons qu'il ne le restera plus très longtemps) Greg Tocchini. Ses dessins, pardon, ses esquisses usent et abusent de couleurs chaudes aquarelle pour dépeindre un trait nerveux et vif, précis et flou à la fois et débordant des cadres.
Tout ça ne serait rien sans une mise en scène quasi cinématographique avec des plans et un découpage qui imposent un rythme d'enfer à un récit somme toutes banal au demeurant afin que le lecteur ne décroche plus passé une introduction lente mais plutôt aguicheuse (rhaaah Shelby va en faire transpirer plus d'un !!!!).
Le canevas ne va guère plus loin que le schéma classique du casse qui tourne mal avec son lot de violences et d'érotisme à fleur de peau. Pour peu on a presque affaire à un synopsis taillé sur mesure pour un Tony Scott (True Romance) ou consorts et ça se lit même presque trop vite.
Oui mais voilà, pour combien de scénarios ambitieux et alambiqués peut-on éprouver le même plaisir de lecture que pour cette œuvre barrée qui va droit dans le décor ?
Il est tellement rare d'éprouver autant de plaisir à regarder les dessins tout en prenant son pied dans l'accumulation des événements narrés ici que passer à coté des derniers jours du crime américain serait totalement hors de propos.
Dans un registre différent mais similaire je ne vois guère qu'un Mutafukaz pour me procurer autant d'adrénaline.
Il s'agit surement d'une œuvre complaisante pour le mâle que je représente avide de formes girondes et de scènes violentes mais bordel que cela fait du bien !
Après on pourra toujours argumenter que les trois bouquins sont édités à un tarif fort élevé (et ils le sont) mais il est peut être urgent aussi de savoir se contenter de belles couvertures pour un contenu qui en justifie les moyens et zapper d'autres titres plus mineurs mais ce n'est qu'une opinion à parti pris parmi tant d'autres.
Bref, volez-le, empruntez-le ou achetez-le mais ne passez pas à côté tant que cela est encore possible :)
Allez pour le plaisir une tirade entre Graham et Shelby la fille étoilée juste après une petite sauterie : "Qu'est-ce qu'on a ôté de ta liste ?" La fille : "Baiser un loser !"
Instantanément culte je vous dis ! :)
Ohlala, ça c'est le Sfar que j'aime !!!...
...
...
Ohlala, ça c'est VRAIMENT le Blain que j'aime.
Donc résumons, "Socrate le Demi-chien" est une série assez hétérogène (même si elle en est qu'à son -je l'espère- début). Tout d'abord, le premier tome, sans être nul était assez moyen, on se demandait vraiment où les auteurs nous emmenaient avec leurs histoires de demi-dieu (fils de Zeus) et demi-chien (mi-chien, mi-philosophe, fils du chien de Zeus), mais je dois avouer qu'après plusieurs relectures, j'apprécie plus ce tome. Mais c'est vrai que la première fois que j'ai ouvert l'album, je trouvais que ça sonnait comme Le Chat du Rabbin en moins bien, et qu'un album entier pour une introduction d'une série, ça faisait trop. Si je m'étais arrêté à cet album, je l'aurais noté que 3/5.
Mais les deux albums suivants sont géniaux et mérite la note maximum.
L'histoire est dense ! Très dense (en fait, j'ai bien l'impression que le tome 2 est la fin d'un cycle, et le tome 3, le début d'un nouveau). Il se passe pleins d'évènements et on découvre beaucoup de personnages mythologiques, c'est vraiment superbement et intelligemment écrit (surtout pour moi, fan de mythologie grecque).
Je me suis vraiment éclaté à lire une histoire mélangeant pas mal d'éléments de la mythologie (péripéties, héros -qui ne devraient pas se rencontrer- et auteurs) avec quelques fois des références à la culture populaire et des réflexions philosophiques, le tout mâtiné d'un humour assez tordant.
Le dessin de Blain, quant à lui, est excellent. Son trait est légèrement biscornu, avec des décors très épuré, mais il a une maitrise des ombres (et des poils) parfaite. Bref grâce à ça (et aussi aux couleurs très chouettes), la série possède encore plus de charme (même si son style est peut être moins recherché que dans Gus).
Je recommande cette série...
Mr. Sfar, s'il-vous-plaît, abandonnez tout vos projets du moments et écrivez la suite de "Socrate le génial demi-chien", j'ai hâte de lire la suite :) !!!
Attention !… Très grande série !…
Nous sommes en 1945. La seconde guerre mondiale, à peine terminée, est dans toutes les mémoires.
Les valeurs conservatrices et –surtout- l’exaltation patriotique explosent en France. Et on en retrouve beaucoup dans ce qui sera édité en BD…
Michel d’Eaubonne soumet un scénario au grand dessinateur qu’est alors Auguste Liquois. L’histoire est reprise par un vrai scénariste, Roger Lécureux, ce dès la quinzième planche. Lécureux donnera une mouture pour ainsi dire définitive de l’histoire.
L’ idée est simple : un jeune provincial entre dans le maquis pour y vivre d’exaltantes aventures patriotiques.
Seulement voilà : depuis moult années, si pas décennies, la censure –surtout catholique- avait droit de veto sur ce qui était édité.
Pas question de mettre de « vilaines images » aux yeux de tout le monde, surtout des enfants. Ici, il n’en sera rien. « Dame censure » n’intervient pas.
Et ce qui devait être une « BD de guerre » va s’avérer être quelque chose de très fort. Il n’y a pas d’Allemands mais des « sales boches ».
Au dessin, Liquois se lâche vraiment. Le lecteur assiste à des exécutions sommaires, des scènes de tortures diverses…
Comme Druillet le fera 25 ans plus tard avec Lone Sloane, Liquois éclate ses cases par des décors désaxés, des personnages décalés, fait montre d’un trait réaliste de belle facture qui fait vraiment sentir cette époque.
On a parfois l’impression de se trouver dans un film car Liquois à l’art de jouer de la mise en scène de ses planches par des plans rapprochés, des plongées et contre-plongées, fait –à sa façon- participer les décors et arrière-plans à l’action.
Du grand art. Vraiment.
Raymond Cazanave reprendra par la suite le dessin.
Le trait est dur, le graphisme « noir ». Le lecteur vit, participe vraiment aux scènes. Il en « rajoutera » même en dessinant souvent les « boches » dans des attitudes assez grotesques ; ce qui faisait très plaisir au lectorat de l’époque.
C’est dans l’hebdo « Vaillant » que les aventures de notre héros de l’époque seront prépubliées.
Les deux premières histoires, dessinées par Liquois, seront publiées en 1946 et 1947. Il s’agit de tomes au curieux format car quasi carré. Chacun est composé de 24 pages de mauvais papier –non raffiné- d’après-guerre ; des pages épaisses, au ton légèrement jaunâtre, mais au « parfum » inégalable.
Les couvertures sont brochées et attirent l’oeil.
Je n’ai aucune connaissance d’un troisième album éventuel, dessiné par Cazanave ; et dont le titre de l’histoire aurait dû être « L’Imbattable Fifi ».
Tout ça pour ?… Une magnifique série, au graphisme hors du temps dans le contexte de l’époque. Les scénarios sont assez simples, mais ne sont là que comme soutien de l’action qui se déroule devant les yeux du lecteur.
Et de l’action, il y en a.
Ca, mes braves amis, c’est de la BD. Une « top note » (très rare de ma part) et un vrai coup de cœur.
Comment ne pas mettre culte à cette série parfaitement documentée de Bourgeon, qui nous plonge dans l'univers colonialiste du XVIIIème siècle !
L'immersion est totale et l'on retrouve tout le génie et le savoir faire de Bourgeon tant au niveau du dessin que de la narration de l'histoire. Effectivement, nous pouvons noter quelques passages assez lents mais ils trouvent tout leur sens dans le récit global. J'ai particulièrement apprécié l'absence de parti pris vis-à-vis du colonialisme ; là où il aurait été simple de tirer à boulet rouge sur l'esclavagisme. Toute la complexité des relations entre les différents pays et peuples y est ainsi subtilement décrit.
Il reste toutefois quelques bémols, notamment la fâcheuse tendance qu'à Bourgeon à dénuder toutes ses héroïnes sans que cela ne soit souvent justifié et qui m'agace au plus haut point.
Le second cycle également, même s'il conclut parfaitement cette œuvre, comporte pas mal de longueurs.
L'ensemble est quand même de très haute qualité et m'a réconcilié avec Bourgeon, moi qui avait moins apprécié Les Compagnons du Crépuscule ou Le Cycle de Cyann.
SCENARIO (Originalité, histoire, personnages) : 9/10
GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 8/10
NOTE GLOBALE : 17/20
Je ne vais pas verser dans l’originalité : Frenchman est une véritable claque visuelle. Le dessin, la mise en page, et surtout les couleurs aquarelles font que chaque case est un délice pour les yeux, autant de mini-tableaux composant des planches magnifiques et lumineuses.
L’histoire, tout en restant classique, est plus développée et intéressante que celle de Canoë Bay (album précédent de Patrick Prugne). Elle est ancrée dans une période historique intéressante et bien retranscrite, et ce qui aurait pu être une banale chasse à l’homme nous fait découvrir un lieu sauvage et inexploré, la Louisiane du 19eme siècle, avec ses autochtones et ses colons. La dureté de la nature humaine y est pleinement explorée, ainsi que sa faiblesse et sa lâcheté (à ce titre la fin est très belle).
Une chouette histoire magnifiquement mise en image, qui a réussi à me transporter et me faire rêver. J’ai beau essayer, je n’arrive pas à formuler le moindre reproche à l’encontre de cet album. La note maximale donc.
Je ne connaissais pas Universal War 1 avant de baguenauder sur ce site. J’adore le space opera depuis ma première vision, enfant, du Star Wars originel.
Cette série (que j’ai intégralement lue ;)) est une vraie œuvre majeure.
Graphiquement, il n’y a rien à redire, c’est de très bonne facture, trait classe et racé, les décors, planètes etc. sont superbement rendus. La mise en couleur est du meilleur effet également, elle sert bien toutes les parties du récit, de l’introduction en « flashback » à l’émergence finale des CIC.
Mais la vraie réussite se situe au niveau du scénario. C’est grandiose, on sent là la maîtrise de l’histoire, avec une tenue du suspense et des informations qui parviennent au compte goutte (sauf sur les 2 derniers tomes), les rebondissements, crédibles, intelligents, qui remettent en question systématiquement ce que l’on croit savoir, c’est du vrai grand art. On est pris par le menton (ou le nez c’est selon) et l’auteur nous emmène où il le souhaite. Vraiment une très belle histoire. Je mettrais un (petit tout petit) bémol, je pense que la fin aurait du être plus brutale et rester sur la manipulation de Mario. La fin ressemble à mes yeux (toute proportion gardée) à celle d’Abyss de Cameron, ou comment chercher une happy end là où elle ne s’impose pas. Mais c’est vraiment peanuts comparé à la grande qualité de l’œuvre.
Les personnages eux sont profonds, avec leurs fêlures, leurs faiblesses. C’est juste parfois un peu too much dans le « j’ai un passé de merde », mais c’est globalement très fouillé.
Bref, ça vaut largement son 5*.
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Sept yakuzas
Ce qui caractérise la série 7 lancée par David Chauvel c’est qu’il s’agit à chaque fois d’un récit complet dans un genre variable. Leur seul point commun est d’utiliser 7 personnages. C’est à la fois cette contrainte qui ravit les uns et divise les autres s’imaginant que le développement de sept individus distincts nécessite plus que quelques pages d’une bd au format franco-belge. Et c’est justement là où 7 Yakuzas tire toute sa force…. Mais pas seulement :) En effet chacun de ces 7 protagonistes va intervenir à un moment dans ce long récit ponctué de flash backs sur la trame principale du leader de 95 ans, Kotobuki Ichiro qui cherche à comprendre qui en veut à ce point à sa peau alors qu’il a réussi à se défaire de tous ses ennemis tout au long de son existence comme nous allons le comprendre dans un récit soutenu et intelligent qui dresse parallèlement un portrait sensible et réaliste du Japon du XXème siècle. Ce sont les yakuzas que Kotobuki va rencontrer au fur et à mesure de son enquete qui vont par après être développés dans des flash backs qui leur sont propres. On s'éloigne donc des bases de la série qui balance tous les 7 dès le départ au détriment du rythme narratif ! ;) Morvan est très fort dans cette culture qu’il chérit et a su se démarquer du bête récit de violence par ces diverses touches rythmant une histoire simple mais haletante et dont on n’aura de cesse de poursuivre jusqu’au ballet de sang final digne des meilleures scènes de tension des films japonais et asiatiques par extension. Le vocabulaire japonais utilisé ici n’est pas si compliqué à comprendre dans son contexte même hors lexique de fin d’album (qu’il aurait été plus judicieux d’inclure en bas de chaque page concernée) et contribue au réalisme identitaire d’un pays pas comme les autres. Hikaru Takahashi dont je ne connais pas d’autre œuvre a réalisé un boulot exemplaire pourtant décrié ici mais qui mixe à merveille les influences du manga tout en conservant de forts repères identitaires de l’école franco-belge avec une excellente palette de couleurs vives et expressives. Son trait gras sied à merveille à toutes ces figures arrondies et les décors sont plutôt détaillés dans un style réaliste sans être pour autant aussi barbant qu’une fresque historique. J’espère le revoir à l’œuvre bientôt pour le 9ème art. Combinant à merveille tout ce que je peux apprécier dans une œuvre purement d’exploitation et en déclinant polar noir et vengeance rouge dans un contexte inhabituel, 7 Yakuzas représente à mes yeux le haut du panier de la série 7 dont il aurait pu s’extirper sans peine pour engager une carrière vraiment méritée et estimée. J'attribue volontiers à ce titre la note maximale et le recommande particulièrement aux détracteurs de la série car voici sans contexte l’album phare que tous les autres portant la mention « 7 » devraient au moins égaler. Je précise que la seconde lecture est tout aussi agréable…
Maus
Maus fait partie de ces BD qu'il me fallait lire mais qui n'avait jamais réussi à me faire passer la dizaine de pages, en cause principalement le graphisme. J'ai beaucoup de mal à rentrer dans une histoire où le dessin est difficile. Et comme souvent lorsque l'on raisonne de la sorte, on passe à côté de quelque chose. Et là, ce n'est pas quelque chose, c'est un témoignage édifiant, une œuvre majeure traitant du(es) génocide(s) antisémite(s) des années 30 à l'immédiate après guerre. Alors oui, graphiquement c'est moche, ça pique aux yeux mais après quelques pages, on n'y fait plus guère attention, tant chaque personnage colle bien à son animal totem. Alors certes c'est un peu manichéen (souris/chat/porc) mais on peut comprendre la symbolique surtout au regard des horreurs vécues. Le témoignage est édifiant, poignant, c'est véritablement à faire lire dans toutes les écoles comme un classique je pense. Il y aurait de quoi faire de l'explication de texte intelligente et donner goût à la lecture et à l'histoire. Une des forces du récit est de ne pas oublier les petites faiblesses du peuple israélite, personne n'étant blanc ou noir. S'il ne devait y avoir qu'une BD dans mes rayonnages, ce serait celle-là.
Le Désespoir du Singe
Amateurs botanistes, le titre de l’album vous tendra peut-être un piège. Il n’est pratiquement pas question de l’Araucaria araucana dans ce récit si ce n’est un dialogue passager du tome 1. Et pourtant, si j’étais entré dans l'album en me demandant comment un récit pouvait porter le nom d’un arbre, j’en ai attendu la fin pendant 5 ans avec anxiété, espérance voire même dépit, de ces relations troubles qui s’entretiennent avec les objets qui touchent d’un peu trop près l’âme et que l’on prend plaisir à déranger pour mieux les retrouver ensuite. Voici 5 ans que le tome 1 nous a envoutés, et ce n’est qu’aujourd’hui que la fin du triptyque nous délivre. Que s’est-il passé ? Tout d’abord il y a cette présentation des personnages, cette découverte un peu brutale que le dessin n’aide pas de prime abord à cerner, mais au fil du récit tout ceci gagne en profondeur, en complexité et une relecture devient obligatoire. Alors la découverte d’une qualité narrative qu’un abord graphique délicat avait masqué se laisse admirer. On en redemande, et c’est avec boulimie que l’on se prend à commencer le tome de la chute. Quelle amertume, quelle noirceur, que de sentiments étalés sur une palette où arrivistes côtoient idéalistes, que de planches où héros et salauds se côtoient avec un naturel dramatique. Le pire vient avec cette dualité perpétuelle dans ce récit : et si le héros d’un moment était le salaud d’un autre ? Tous les personnages tournent autour du principe de relativité et de « l’insoutenable légèreté de l’être ». Alors que le second épisode s’achève, tout sentiment positif semble détruit, tout espoir annihilé dans une danse morbide magnifiée par un graphisme tranchant. Alors pendant plus de 3 ans le lecteur a dû attendre, dans un état de transe à chaque fois que le diptyque s’offrait du regard dans la bibliothèque personnelle des tous meilleurs. Qu’ils furent longs et éprouvants, un peu comme s’il fallait une traversée du désert pour que ce tome de chute puisse engendrer une conclusion à la hauteur des espoirs. Et le tome conclusif de tous les dangers parut. La crainte de voir un monument potentiel tomber d’un piédestal par une chute trop banale me fit relire les tomes 1 et 2 pour gagner du temps. Mais ce train courbe du tome 3 finit par m’emmener pour la destination finale, l’écriture des destinées, la synthèse des oxymores internes à chaque personnage. Le train m’a écrasé, je suis abasourdi par la narration, étouffé par la légèreté de l’être si lourde dans ses prises de position et le jeu des conséquences. Cette trilogie sera bien un chef d’œuvre. Les rails ont mené le lecteur à une chute brillante, si logique et implacable que la cohérence globale du récit, les interventions des personnages secondaires se mettent en résonance avec une force magnifiée par un graphisme détonnant. Toi qui as arrêté la lecture, découragé par un dessin apparemment illisible, si tu veux découvrir un chef d’œuvre de narration, persévère. Oui le trait nerveux et imparfait déroute de prime abord, mais il dégage un pouvoir de violence du vécu des personnages qui multiplie l’émotion. Oui les couleurs sont hors de réalité, mais ne dégagent-elles pas toutes les contradictions du monde narré ? Ce triptyque démontre avec brio la primauté du lien discours-image pour la qualité narrative sur la technicité d’un dessin « parfait » qui serait plus chatoyant à l’œil. Vous l’aurez compris, le désespoir du singe rentre dans les rares albums cultes qui doivent être connus pour apprécier le 9ème art. Toute l’aventure narrée nous plonge dans l’horreur de la société humaine. Nous y retrouverons nombre de conflits et d’obscurantismes qui ont eu cours à un moment donné avant de périr par leur propre excès. Lorsque la bulle se dégonfle nombre de chemins ont été balayés, et bien des destinés se retrouvent marquées à jamais. Je formulerai sur l’arbre, le vœu de mémoire pour les victimes des dommages collatéraux. Tout l’album leur rend hommage, pour rappeler que derrière un grand mouvement « libérateur » nombre d’humains auront vu le tragique rattraper leur quotidien. Lisez, ressentez, vivez… (450)
Okko
J'ai a-do-ré cette série !! Ca a été un vrai régal de plonger dans ces aventures tous les soirs pendant la semaine qui vient de s'écouler. Okko m'a fait voyager dans l'univers féodal du Japon moyenâgeux. On fait connaissance avec le mode de vie et les légendes de cette époque. En résumé, une bande de rônins dont le sensei s’appelle Okko envoit onis et autres mahootsukai droit en jigoku, le plus souvent pour le compte d’un daimyo, afin de gagner des kokus ou quelques zenis. A l’aide de Yaris, de Tetsubos, de katanas, et de bunrakus, nos fameux bushis enverront paitre ces gun’tai et kimabusha du mal, (qui arborent d’ailleurs souvent des mons pas très nets...), sans pitié, les traitant comme des kono yaro. Après l’effort, ils chausseront leurs geta pour déguster un maigre shôshû tout en savourant un spectacle de jôruri au son des taikos. (Après avoir lu quelques albums, ce résumé n'aura plus de secret pour vous) Chacune de leur quête est passionnante, j'avais envie de connaitre le fin mot de l'histoire, et comment ils allaient arriver à renverser leur ennemi. L'intrigue est bien menée, riche en action, en rebondissements, avec une touche d'humour et d'émotion pour parfaire le tout. De plus, j'ai été pris par le charisme des personnages, la force de caractère d'Okko san, la force physique de Naburo (mon perso préféré ^^...), l'innocence de Tikku, et la sympathie du moine. Côté graphisme, c'est superbe, la richesse des costumes des personnages, la splendeur des couleurs, le raffinement des décors...rien à redire. Un
mérité, et pourtant, c'est pas souvent que j'attribue cette note ! C'est clair, cette série finira par se retrouver un jour au complet dans ma bibliothèque !
(75)
The Last Days of American Crime
Brillant, tout simplement brillant. Voici un comics à part où on ne va pas parler des états d'âme de lopettes en collants, ici pas ou peu d'éléments fantastiques en vue si ce n'est une nouvelle loi américaine qui sert de prétexte au contexte en interdisant par un traitement "radical" l'escalade de la violence dans le pays de l'Oncle Sam en éradiquant purement et simplement toute tentative de crime. La monnaie va être remplacée par des comptes numériques donc exit les banques et leurs attaques à main armée... Seulement voilà, l'information a filtré dans les masses populaires et le pays est depuis lors soumis à un niveau de chaos et d'anarchie maximal dans l'attente de l'exécution de l'I.P.A. (Initiative de Paix Américaine). C'est dans ce contexte bien précis que Graham, ancien bourlingueur ayant déjà tâté de la taule, se manifeste avec pour seul désir de réaliser le casse du siècle tant qu'il en est encore temps. Pour ce faire, il n'a pas d'autre choix que de s'adjoindre à un couple haut en couleurs constitué d'une femme plus que fatale, Shelby et de son petit ami le chien fou Kevin. Haut en couleurs, c'est un peu ce qui ressort de cette histoire en trois tomes avec les dessins magnifiques de l'inconnu (gageons qu'il ne le restera plus très longtemps) Greg Tocchini. Ses dessins, pardon, ses esquisses usent et abusent de couleurs chaudes aquarelle pour dépeindre un trait nerveux et vif, précis et flou à la fois et débordant des cadres. Tout ça ne serait rien sans une mise en scène quasi cinématographique avec des plans et un découpage qui imposent un rythme d'enfer à un récit somme toutes banal au demeurant afin que le lecteur ne décroche plus passé une introduction lente mais plutôt aguicheuse (rhaaah Shelby va en faire transpirer plus d'un !!!!). Le canevas ne va guère plus loin que le schéma classique du casse qui tourne mal avec son lot de violences et d'érotisme à fleur de peau. Pour peu on a presque affaire à un synopsis taillé sur mesure pour un Tony Scott (True Romance) ou consorts et ça se lit même presque trop vite. Oui mais voilà, pour combien de scénarios ambitieux et alambiqués peut-on éprouver le même plaisir de lecture que pour cette œuvre barrée qui va droit dans le décor ? Il est tellement rare d'éprouver autant de plaisir à regarder les dessins tout en prenant son pied dans l'accumulation des événements narrés ici que passer à coté des derniers jours du crime américain serait totalement hors de propos. Dans un registre différent mais similaire je ne vois guère qu'un Mutafukaz pour me procurer autant d'adrénaline. Il s'agit surement d'une œuvre complaisante pour le mâle que je représente avide de formes girondes et de scènes violentes mais bordel que cela fait du bien ! Après on pourra toujours argumenter que les trois bouquins sont édités à un tarif fort élevé (et ils le sont) mais il est peut être urgent aussi de savoir se contenter de belles couvertures pour un contenu qui en justifie les moyens et zapper d'autres titres plus mineurs mais ce n'est qu'une opinion à parti pris parmi tant d'autres. Bref, volez-le, empruntez-le ou achetez-le mais ne passez pas à côté tant que cela est encore possible :) Allez pour le plaisir une tirade entre Graham et Shelby la fille étoilée juste après une petite sauterie : "Qu'est-ce qu'on a ôté de ta liste ?" La fille : "Baiser un loser !" Instantanément culte je vous dis ! :)
Socrate le demi-chien
Ohlala, ça c'est le Sfar que j'aime !!!... ... ... Ohlala, ça c'est VRAIMENT le Blain que j'aime. Donc résumons, "Socrate le Demi-chien" est une série assez hétérogène (même si elle en est qu'à son -je l'espère- début). Tout d'abord, le premier tome, sans être nul était assez moyen, on se demandait vraiment où les auteurs nous emmenaient avec leurs histoires de demi-dieu (fils de Zeus) et demi-chien (mi-chien, mi-philosophe, fils du chien de Zeus), mais je dois avouer qu'après plusieurs relectures, j'apprécie plus ce tome. Mais c'est vrai que la première fois que j'ai ouvert l'album, je trouvais que ça sonnait comme Le Chat du Rabbin en moins bien, et qu'un album entier pour une introduction d'une série, ça faisait trop. Si je m'étais arrêté à cet album, je l'aurais noté que 3/5. Mais les deux albums suivants sont géniaux et mérite la note maximum. L'histoire est dense ! Très dense (en fait, j'ai bien l'impression que le tome 2 est la fin d'un cycle, et le tome 3, le début d'un nouveau). Il se passe pleins d'évènements et on découvre beaucoup de personnages mythologiques, c'est vraiment superbement et intelligemment écrit (surtout pour moi, fan de mythologie grecque). Je me suis vraiment éclaté à lire une histoire mélangeant pas mal d'éléments de la mythologie (péripéties, héros -qui ne devraient pas se rencontrer- et auteurs) avec quelques fois des références à la culture populaire et des réflexions philosophiques, le tout mâtiné d'un humour assez tordant. Le dessin de Blain, quant à lui, est excellent. Son trait est légèrement biscornu, avec des décors très épuré, mais il a une maitrise des ombres (et des poils) parfaite. Bref grâce à ça (et aussi aux couleurs très chouettes), la série possède encore plus de charme (même si son style est peut être moins recherché que dans Gus). Je recommande cette série... Mr. Sfar, s'il-vous-plaît, abandonnez tout vos projets du moments et écrivez la suite de "Socrate le génial demi-chien", j'ai hâte de lire la suite :) !!!
Fifi - Gars du maquis
Attention !… Très grande série !… Nous sommes en 1945. La seconde guerre mondiale, à peine terminée, est dans toutes les mémoires. Les valeurs conservatrices et –surtout- l’exaltation patriotique explosent en France. Et on en retrouve beaucoup dans ce qui sera édité en BD… Michel d’Eaubonne soumet un scénario au grand dessinateur qu’est alors Auguste Liquois. L’histoire est reprise par un vrai scénariste, Roger Lécureux, ce dès la quinzième planche. Lécureux donnera une mouture pour ainsi dire définitive de l’histoire. L’ idée est simple : un jeune provincial entre dans le maquis pour y vivre d’exaltantes aventures patriotiques. Seulement voilà : depuis moult années, si pas décennies, la censure –surtout catholique- avait droit de veto sur ce qui était édité. Pas question de mettre de « vilaines images » aux yeux de tout le monde, surtout des enfants. Ici, il n’en sera rien. « Dame censure » n’intervient pas. Et ce qui devait être une « BD de guerre » va s’avérer être quelque chose de très fort. Il n’y a pas d’Allemands mais des « sales boches ». Au dessin, Liquois se lâche vraiment. Le lecteur assiste à des exécutions sommaires, des scènes de tortures diverses… Comme Druillet le fera 25 ans plus tard avec Lone Sloane, Liquois éclate ses cases par des décors désaxés, des personnages décalés, fait montre d’un trait réaliste de belle facture qui fait vraiment sentir cette époque. On a parfois l’impression de se trouver dans un film car Liquois à l’art de jouer de la mise en scène de ses planches par des plans rapprochés, des plongées et contre-plongées, fait –à sa façon- participer les décors et arrière-plans à l’action. Du grand art. Vraiment. Raymond Cazanave reprendra par la suite le dessin. Le trait est dur, le graphisme « noir ». Le lecteur vit, participe vraiment aux scènes. Il en « rajoutera » même en dessinant souvent les « boches » dans des attitudes assez grotesques ; ce qui faisait très plaisir au lectorat de l’époque. C’est dans l’hebdo « Vaillant » que les aventures de notre héros de l’époque seront prépubliées. Les deux premières histoires, dessinées par Liquois, seront publiées en 1946 et 1947. Il s’agit de tomes au curieux format car quasi carré. Chacun est composé de 24 pages de mauvais papier –non raffiné- d’après-guerre ; des pages épaisses, au ton légèrement jaunâtre, mais au « parfum » inégalable. Les couvertures sont brochées et attirent l’oeil. Je n’ai aucune connaissance d’un troisième album éventuel, dessiné par Cazanave ; et dont le titre de l’histoire aurait dû être « L’Imbattable Fifi ». Tout ça pour ?… Une magnifique série, au graphisme hors du temps dans le contexte de l’époque. Les scénarios sont assez simples, mais ne sont là que comme soutien de l’action qui se déroule devant les yeux du lecteur. Et de l’action, il y en a. Ca, mes braves amis, c’est de la BD. Une « top note » (très rare de ma part) et un vrai coup de cœur.
Les Passagers du vent
Comment ne pas mettre culte à cette série parfaitement documentée de Bourgeon, qui nous plonge dans l'univers colonialiste du XVIIIème siècle ! L'immersion est totale et l'on retrouve tout le génie et le savoir faire de Bourgeon tant au niveau du dessin que de la narration de l'histoire. Effectivement, nous pouvons noter quelques passages assez lents mais ils trouvent tout leur sens dans le récit global. J'ai particulièrement apprécié l'absence de parti pris vis-à-vis du colonialisme ; là où il aurait été simple de tirer à boulet rouge sur l'esclavagisme. Toute la complexité des relations entre les différents pays et peuples y est ainsi subtilement décrit. Il reste toutefois quelques bémols, notamment la fâcheuse tendance qu'à Bourgeon à dénuder toutes ses héroïnes sans que cela ne soit souvent justifié et qui m'agace au plus haut point. Le second cycle également, même s'il conclut parfaitement cette œuvre, comporte pas mal de longueurs. L'ensemble est quand même de très haute qualité et m'a réconcilié avec Bourgeon, moi qui avait moins apprécié Les Compagnons du Crépuscule ou Le Cycle de Cyann. SCENARIO (Originalité, histoire, personnages) : 9/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 8/10 NOTE GLOBALE : 17/20
Frenchman
Je ne vais pas verser dans l’originalité : Frenchman est une véritable claque visuelle. Le dessin, la mise en page, et surtout les couleurs aquarelles font que chaque case est un délice pour les yeux, autant de mini-tableaux composant des planches magnifiques et lumineuses. L’histoire, tout en restant classique, est plus développée et intéressante que celle de Canoë Bay (album précédent de Patrick Prugne). Elle est ancrée dans une période historique intéressante et bien retranscrite, et ce qui aurait pu être une banale chasse à l’homme nous fait découvrir un lieu sauvage et inexploré, la Louisiane du 19eme siècle, avec ses autochtones et ses colons. La dureté de la nature humaine y est pleinement explorée, ainsi que sa faiblesse et sa lâcheté (à ce titre la fin est très belle). Une chouette histoire magnifiquement mise en image, qui a réussi à me transporter et me faire rêver. J’ai beau essayer, je n’arrive pas à formuler le moindre reproche à l’encontre de cet album. La note maximale donc.
Universal War One
Je ne connaissais pas Universal War 1 avant de baguenauder sur ce site. J’adore le space opera depuis ma première vision, enfant, du Star Wars originel. Cette série (que j’ai intégralement lue ;)) est une vraie œuvre majeure. Graphiquement, il n’y a rien à redire, c’est de très bonne facture, trait classe et racé, les décors, planètes etc. sont superbement rendus. La mise en couleur est du meilleur effet également, elle sert bien toutes les parties du récit, de l’introduction en « flashback » à l’émergence finale des CIC. Mais la vraie réussite se situe au niveau du scénario. C’est grandiose, on sent là la maîtrise de l’histoire, avec une tenue du suspense et des informations qui parviennent au compte goutte (sauf sur les 2 derniers tomes), les rebondissements, crédibles, intelligents, qui remettent en question systématiquement ce que l’on croit savoir, c’est du vrai grand art. On est pris par le menton (ou le nez c’est selon) et l’auteur nous emmène où il le souhaite. Vraiment une très belle histoire. Je mettrais un (petit tout petit) bémol, je pense que la fin aurait du être plus brutale et rester sur la manipulation de Mario. La fin ressemble à mes yeux (toute proportion gardée) à celle d’Abyss de Cameron, ou comment chercher une happy end là où elle ne s’impose pas. Mais c’est vraiment peanuts comparé à la grande qualité de l’œuvre. Les personnages eux sont profonds, avec leurs fêlures, leurs faiblesses. C’est juste parfois un peu too much dans le « j’ai un passé de merde », mais c’est globalement très fouillé. Bref, ça vaut largement son 5*.