J'ai été plus que séduit par cette histoire. Un garçon part à la trace de son père qu'il n'a jamais connu. Il découvre non sans mal un lourd passé qui va le conduire jusqu'à Jérusalem. On ne sait pas si c'est une histoire vraie mais cela en a l'apparence. Point de préface pour l'indiquer expressément. Bref, beaucoup de pudeur ce qui est appréciable.
La rencontre entre Julien et son père sera unique et fait référence à celle entre Robert de Niro et Al Pacino dans le film Heat. Cela ne se passera pas de la manière qu'on attendait. Cependant, le lecteur va vite se rendre compte que ce n'est pas l'aboutissement de la quête de ce jeune homme à la recherche de ses racines. Cela ne sera qu'une étape sur un chemin bien plus long et semé d'embûches pour découvrir un véritable secret de famille qui nous conduiront dans les camps de concentration durant la Seconde Guerre Mondiale.
On ne tombera pas dans le pathos. Il y a une certaine réserve de la part de l'auteur afin d'éviter l'écueil émotionnel. C'est assez drôle par moment. Et surtout, c'est très contemporain c'est à dire inscrit dans la réalité d'aujourd'hui. La dernière partie du récit a lieu au mois d'août 2013. Point de dialogue inutile. Et en prime, un très beau dessin sobre et efficace qui est au service de l'intrigue.
Au final, nous avons un excellent roman graphique avec une jolie histoire assez touchante et sincère. C'est un joli coup de coeur.
Ma relation avec les mots est assez particulière. Je les aime et à la fois, ils ne me touchent pas particulièrement. J'aime les comprendre, les décortiquer ou encore connaitre leur étymologie car posséder ce genre de connaissance permet une compréhension du monde dans lequel nous vivons accrue, bien plus aiguisée. Par contre, j'ai un peu du mal à leur trouver un réel intérêt esthétique, en ce qui concerne le signifié comme signifiant d'ailleurs. C'est bien pour ça que je suis peu friand de roman ou de la littérature de fiction, tout comme je ne lis absolument pas de poésie, ça ne me touche pas, ça ne m’intéresse pas, au contraire des essais de sémantique, linguistique et autres chatoyantes sciences du langage. Par conséquent, si j'ai beaucoup apprécié ma lecture d'"Exercice de Style" de Queneau pour la prouesse effectuée, je pense que je n'ai pas autant profité qu'un amoureux des sons ou de la musicalité des mots et des phrases. Queneau m'a amusé par son humour, époustouflé par sa performance ludique, mais sûrement moins que beaucoup de lecteurs. "99 Exercices de Style" était ce qui me manquait pour arriver à cette ultime étape. En effet, contrairement aux mots, je suis très sensible aux dessins. C'est bien d'ailleurs pour ça que lorsque je veux qu'on me raconte une histoire, je me tourne naturellement plus vers la BD que vers la littérature.
Récemment, j'ai effectué un travail scolaire qui m'a fait bosser les théories de la BD et de la narration. J'y ai (re)lu le manifeste de McCloud (L'Art Invisible) pour la reconnaissance de la BD en tant qu'art, lecture très intéressante mais d'une certaine manière limitée. L'étape naturelle après la théorie est l'expérimentation, en effet, il est plus facile de briser les codes et la grammaire de quelque chose lorsqu'on les maîtrise. Si McCloud écrit, lucide, que l'avenir de la BD en tant qu'art se joue dans l'expérimentation, "99 Exercices de Style" (et par extension, le mouvement OuBaPo, mais nous y reviendrons plus bas) est un livre charnière pour s'attaquer à l'expérimentation une fois qu'on est calé niveau théorie.
"Exercices de style" proposait X variations autour d'une petite histoire qui n'a que peu d'intérêt en soi. L'histoire matrice de "99 Exercices de Style" a encore moins d’intérêt : Un homme travaillant à son bureau se lève, se déplace dans la maison, donne l'heure à sa compagne, et cherche quelque chose dans le frigo. La dernière case nous le montre en train de ne pas se souvenir de ce qu'il cherchait. Peut-être que certains vont hurler en lisant la suite de la critique, mais si "99 Exercices de style" me parait si jusqu'au-boutiste c'est grâce au médium qu'il exploite. Entendons nous bien, "Exercice de styles" offre une possibilité de déclinaisons quasiment, si ce n'est le cas, illimitée. Imaginez le livre de Queneau sous la forme d'une ligne. Ou peut-être plutôt un plan.
En effet, avec les mots seuls, on peut jouer sur différentes variations : le style d'écriture, la narration, et, en poussant plus loin, on peut aussi jouer sur l'expérimentation (je pense notamment à la forme Anagramme). En choisissant la BD comme médium pour l'exercice, on y rajoute une voire plusieurs dimensions. De la ligne on passe au plan voire au volume. Soyons fous, parlons même du continuum espace-temps et ses quatre dimensions.
"99 Exercices de style" s’inscrit parfaitement dans le courant d'auteurs et d’œuvres qui, durant les 90's visaient à réhabiliter le médium de la BD. La maison d'édition l'Association, les auteurs qui se sont essayés à l'OuBaPo, tout comme les essais de McCloud sur la BD... en BD avaient tous l'idée suivante derrière la tête : faire oublier l'époque où la BD était une simple sous-littérature populaire pour gamin illettré. C'est pendant cette période charnière que la BD s'est rendue compte de son potentiel, a théorisé sa grammaire aussi bien technique que narrative. Si L'Art Invisible est la manifestation théorique de ce courant de pensée, "99 Exercices de style" en est son pendant pratique. Car Matt Madden peut jouer sur une multitude d’éléments pour réussir à trouver ses 99 variations d'une même histoire : le dessin (au passage, comme McCloud, la technique picturale de Madden est un peu limitée, un manque de virtuosité technique bien compensé par son ingéniosité et son imagination), le texte en tant que tel (les dialogues, les récitatifs, etc...), la narration (points de vue différent, jeu sur l'unité géographique ou temporelle, etc...), mais aussi, et cela est plus surprenant, sur la composition des cases, les symboles contenus dans les planches, des hommages sur l'histoire du médium (planches dessinées et pensées selon différents genres et écoles historiques, ou inspirées par le travail d'auteurs importants en particulier), jeux sur la grammaire de la BD (multiplication ou réduction de cases, jeux sur l'ellipse grâce à la décomposition du mouvement). Enfin, certaines planches versent vers l’expérimentation plus poussée encore (une fois de plus, les 2 planches Anagrammes est l'exemple qui m'a le plus marqué), mais pas moins inintéressante. Seul regret de ma part, mais là je deviens un lecteur bien exigeant, il me semble que la boucle des possibles aurait été bouclée avec l'application de figures de style à la grammaire propre de la BD (tel, au cinéma, les montages, métonymique du réalisateur Griffith et métaphorique du réalisateur Eisenstein). Un appel est donc lancé aux dessinateurs amateurs qui me lisent : complétez l’œuvre de Madden :) !
Aussi inspiré et drôle que Queneau (le décalage entre l'aspect prosaïque de l'intrigue matrice et certains traitements choisis fonctionne souvent de manière bien comique). Cet ouvrage de référence en devient un livre essentiel pour tous ceux qui veulent comprendre la BD. J'aurais vraiment été curieux de lire, avec grande joie j'en suis sûr, un hypothétique "999 exercices de style".
Comme disent les conseils du site, la note 5 doit être reservée pours les BDs absolument cultes, hors du commun, qui marquent de leur empreinte la culture BD. Je ne connais pas une meilleure description. Cela sert comme un gant a Tintin d'Hergé. Plus que ça, seulement le Spirou de Franquin! C'est le XXéme siécle tout entier que vous y trouverez: ce qu'il a eu de bon et de mauvais...
Ce que j'aime bien faire: comparer les différentes versions au fil du temps. Toute une leçon en histoire, politique et BD. Et puis c'est le meilleur de la ligne claire européenne, c'est pas peu...
Alors là, gros gros coup de coeur...
On parle souvent de Jirô Taniguchi comme d'un mangaka ayant réussi à capter une certaine essence européenne pour l'insuffler dans ces récits... Mais à mon avis Kaoru Mori mérite tout autant, et peut-être même plus, ce genre d'appréciation...
J'avais déjà remarqué son travail dans Bride Stories, cette maîtrise du récit où il ne se passe pas grand-chose, cette plongée dans la vie d'une jeune femme que les traditions poussent à mettre sous l'éteignoir ses désirs et ses goûts profonds... Emma, qui est son premier manga en série, était déjà un coup de maître. Portant peu ou prou sur le même sujet que des films et séries tels que Gosford Park ou , elle prend pied dans l'atmosphère si particulière de l'aristocratie britannique de l'époque victorienne. Une époque tellement engoncée dans ses traditions, ses interdits, son decorum, qu'elle peut nous sembler un peu exotique à présent.
Et d'un coup de pinceau, Kaoru Mori nous y transporte.
Nous y sommes, dans ce Crystal Palace qui a servi à l'exposition universelle de Londres, en 1851 (quel dommage qu'il ait brûlé en 1936, j'aurais adoré visiter cet endroit), dans lequel le monde entier était présent. Nous y sommes, dans ce manoir racheté par un couple de riches Allemands avec leur armée de domestiques, une sous-société avec ses règles propres. Nous y sommes, dans la serre de cette intrigante et fantasque Mrs. Trollope, dont l'intercession va changer (à jamais ?) la vie et le destin d'Emma. Nous y sommes, dans la cuisine, la buanderie, dans les chambres des domestiques, dans l'intimité de ces aristos qui parfois prennent un malin plaisir à mettre leurs domestiques dans l'embarras...
Nous y sommes, à côté d'Emma, cette jeune femme qui a vécu dans la rue, et qui a su devenir une jeune femme charmante grâce à la bonté et aux bons soins d'une ancienne gouvernante. Nous y sommes, dans la propriété des Jones, avec Hakim, ce prince indien qui sert en quelque sorte de bonne conscience (ou de voix de la passion) à William.
Nous y sommes, aux tomes 4 et 5, dans ces récits courts qui nous plongent dans le passé d'Emma et de son entourage (j'ai adoré l'histoire de Crystal Palace)... Le récit principal trouve également sa conclusion dans ce tome 5, par un évènement encore une fois très bien retranscrit, entouré d'émotion.
Tout cela grâce au génie de Kaoru Mori. Elle m'a embarqué à Londres, à Howarth, à Brighton, près de York... Je n'ai pas vu venir la fin du second tome (nouvelle édition, donc fin du tome 4 de l'édition "ordinaire"), ou plutôt je pensais que le destin lui jouerait un nouveau tour, cruel. Et pourtant Kaoru Mori nous a offert ce moment de grosse émotion. Je n'ai pas vu venir non plus le changement dans le scénario du tome 3, sortant le récit d'un certain train-train. J'ai peur de la suite.
Alors bien sûr, si vous lisez le pitch de cette série, vous allez dire que Spooky se ramollit, qu'il est fleur bleue.
Bien sûr, la série souffre de menus défauts, William et son père sont peu différenciés physiquement, l'édition grand format n'est peut-être pas une bonne idée... Mais la qualité de l'histoire est telle qu'on oublie tout ça.
Mais je m'en fous. Je suis à côté d'Emma. J'y suis. Et j'y reste.
Le Guide Sublime ?
C’est bien simple, voici sûrement le bouquin qui m’aura fait le plus rire depuis belles lurettes sur un sujet (hélas) d’actualité mais (ô combien) jubilatoire ! Imaginez un peu un dictateur complètement débile, irresponsable, imbu de lui-même et malgré tout dangereux pour l’équilibre mondial. Vous y êtes ? Non non on n’est pas en Corée du Nord mais dans la jolie contrée de Sublimeland où le port de moustaches est obligatoire et où il vaut mieux filer droit et de satisfaire tous les caprices de son bien aimé Maître sous peine de disparaître !
Fabrice Erre a vu juste avec ces gags de 4 cases qui se suivent et ne se ressemblent pas. Particulièrement rodé avec son complice Fabcaro sur les petits bijoux que sont Mars ! et Z comme don Diego c’est pourtant en cavalier seul qu’il nous propose ce recueil initialement publié dans la défunte revue Mauvais Esprits.
D’abord sceptique sur la forme (peu de décors et uniquement 3 personnages dont le dictateur, son premier ministre et son fidèle chef de la Popo, POlice POlitique), la diversité des situations absurdes sur la connerie humaine à grande échelle a réussi à m’achever au bout de quelques pages et autant de situations incongrues. L’arrivée d’un autre dictateur et leurs échanges engagés vaut son pesant de cacahouètes. Fous rires garantis sur un sujet qui ne s’y prête pas initialement, chapeau bas !
Le dessin de Fabrice Erre est comme toujours aussi expressif qu’explicite et ne me laisse pas de marbre avec cette équipe de bras cassés complètement à l’Ouest !
Il y a de fortes chances pour qu’une seconde aventure voit le jour. On peut considérer néanmoins cet épais petit livre de 160 pages comme un one shot. Courez le lire, volez le, c’est « Oplikatoire ! »
Cette fois-ci, indéniablement, la mention culte me semble de rigueur.
Dès ses premières planches qui présentent une Italie baignée de soleil, « Où le regard ne porte pas… » séduit et subjugue. Nous suivons l’arrivée de William au sein de cet écrin de poésie, partagé entre curiosité et enthousiasme. La force de ce magnifique premier tome, à l’ambiance excellemment retranscrite, est de nous faire vivre l’action à travers les yeux du personnage, avec une très grande justesse de ton. Les enfants n’ont pas la même vision que les adultes de ce qui les entoure, les mêmes rêves et priorités et subissent parfois les actions de leurs aînés – et leurs conséquences - sans comprendre réellement leurs motivations. La présence de magnifiques planches aux tons rouges et ocres, encore inexpliquées, ajoutent un surcroît de mystère et de magie à cette histoire que l’on aurait aimé vivre. Une enfance au grand air en bord de mer, dans un esprit de franche camaraderie, sous le soleil éclatant, avec cette insouciance juvénile, ces excursions fantastiques et ces voyages intérieurs. Le rythme relativement lent permet une immersion totale, véritable bonheur. Les personnages secondaires ont du corps, du caractère, de l’épaisseur et une grande crédibilité.
Le second tome nous fait retrouver les protagonistes 20 ans plus tard et dans des contextes extrêmement différents. Mais là encore, Pont et Abolin abordent ce tournant difficile avec une impressionnante maîtrise. Beaucoup de BDs ou de films (français, notamment), se sont intéressés aux trentenaires (ou aux quadragénaires) « en crise », qui plaquent tout pour fuir leur quotidien assommant et retrouver un goût d’enfance et de légèreté. Mais ici, point de pathos ou de tergiversations vaseuses. Tous ont répondu à l’appel de Lisa et partent sans le savoir vraiment à la recherche du secret qui les unit depuis toujours. Et là encore, impossible de ne pas ressentir une énorme empathie pour les personnages tant les dialogues et la narration sonnent justes et les émotions se voient bien retranscrites. Comme sur le premier tome, le découpage et les couleurs collent à merveille à cette aventure.
Le final, enfin, délivre un goût de nostalgie et d’amertume, même si l’espoir est toujours présent. « Où le regard ne porte pas… » laisse une trace, nous invite à la songerie, à des réflexions sur l’au-delà et l’indicible, aux forces qui régissent nos destins, nos existences, nos rencontres.
Un défaut, s’il fallait en trouver un ? Une Lisa, qui si elle évite le cliché de l’héroïne « trop-sexy-pour-être-vraie », paraît trop masculine dans le tome 2 (comme d'autres posteurs l'ont relevé avant moi) et une présentation peut-être trop succincte de Thomas, à qui nous n’avons pas le temps de nous attacher avant de partir à sa recherche.
Pour le reste, c’est un sans-faute et un bijou comme on en voit trop peu. De l’excellente bande-dessinée !
Je suis assez sidéré de voir de si mauvaises notes pour ces tomes reprenant l'excellent blog de Bastien Vivès. Autant je ne suis pas très grand fan de son pourtant multi-récompensé "Goût du chlore", autant je suis fan absolu de cette série. Bastien Vivès saisit à la perfection certaines scènes de la vie quotidienne (le mec expliquant à sa femme qu'il l'aime mais qu'il n'a pas le choix, que c'est le jeu et qu'il est obligé d'envoyer ses bombes à Mario Kart), les exagère souvent bien sûr (le père de famille foutant des torgnoles à son môme qui risque de corner les pages de sa BD) avec un humour décapant la plupart du temps. Vivès franchit souvent les limites de la bienséance mais c'est très souvent hyper drôle et inventif (l'Islande n'existe pas, c'est un complot!). Le graphisme est assez minimaliste mais ce n'est clairement pas l'intérêt principal de cette série. Encore!
Quelle formidable leçon d'économie, d'Histoire et de sociologie humaine !
Avec pédagogie, simplicité et une narration légère, les auteurs nous amènent à comprendre l'économie, des origines du capitalisme (au XVIIe siècle en Hollande puis en France et en Angleterre) à nos jours (le livre date de 2012). Commençant par les fondamentaux, il assemble brique par brique les éléments qui permettent de comprendre l'économie comme une science mais aussi et surtout son impact sur la société humaine et le développement des pays.
C'est ainsi que, petit bout par petit bout, on comprend la logique des événements qui ont marqué l'Histoire vu par l'angle de l'économie. Et tout parait alors tellement évident, tellement clair qu'on a l'impression qu'un voile est levé expliquant de grands pans de l'Histoire.
C'est formidablement bien raconté, très pédagogique. Et même si les choses se compliquent de plus en plus au fil des chapitres tandis que l'économie, la finance et la politique deviennent des données plus complexes au fur et à mesure qu'elles sont étudiées et expérimentées, pour peu qu'on ne soit pas trop fatigué à la lecture, tout est clair et percutant.
J'insiste sur le fait qu'il ne faut pas être fatigué car c'est un ouvrage dense qu'on ne lit pas en une seule fois et qui mérite volontiers plusieurs lectures pour bien s'en imprégner. Presque à chaque page, je me suis répété qu'il y avait ça et là des informations et anecdotes particulièrement intéressantes que je voudrais particulièrement vouloir retenir et diffuser autour de moi.
Sur la fin, puisque l'album aborde la situation des ces vingt dernières années et la crise actuelle, le discours se fait plus politique. Mais avec de telles explications et une telle logique, on adhère sans hésiter aux idées des auteurs qui dénoncent clairement les abus des puissants et prônent de véritables changements qu'il est difficile de ne pas souhaiter intensément.
A noter entre autres l'épilogue qui aborde avec vigueur le sujet des traités de libre-échange entre pays (du type du traité Trans-Atlantique que les USA et l'Europe négocient actuellement) et, présenté ainsi, on comprend qu'il s'agit de véritables menaces anti-démocratiques qui ne favoriseraient ni les Américains ni les autres pays mais au contraire donneraient encore plus le champ libre aux grosses entreprises pour exploiter tous les peuples.
Si L'Art Invisible est un indispensable pour comprendre en détail et de manière extrêmement fluide la bande dessinée, Economix est son équivalent pour comprendre l'Economie, la Finance et l'Histoire moderne.
Un flic se réveille dans une chambre d'hopital aprés plusieurs mois passés dans le coma. Il se rend vite compte que quelque chose ne va pas car les lieux semblent désert et à l'abandon. Trés vite il tombe sur une bande de zombies friands de chair fraiche et il parvient de justesse à leur échaper. En effet, pour une raison inconnu les morts se relèvent de leur tombe afin de traquer les vivants pour les manger ; l'humanité a subis des pertes effroyables et le monde est en proie au chaos. Dès lors il n'a plus qu'une seule idée en tête, retrouver sa femme et son fils. C'est le début d'une grande épopée qui va le mener au bout de l'horreur mais aussi de lui même.
Pour moi, dans l'univers des zombies, il existe un avant et un aprés Walking Dead. C'est vraiment la série qui a révolutionner le genre. Avant la plupart des séries se contentaient de montrer des personnes unis dans une cause commune, celle de la survie de tous.
Mais Walking Dead va plus loin en mettant en scène les difficultés qu'engendrent les relations humaines dans un monde où la survie de tous les jours est une affaire de chaque instant.
La recette avait déjà était éprouvée dans les comics de super héros. En effet, le grand public aime ce genre de série non seulement parce qu'il y a de l'action mais aussi et surtout parce que les protagonistes ont des problèmes relationnels et sentimentaux comme n'importe quelle personne lambda.
Ainsi entre amour, amitié, complot, trahison, folie, cruauté, vengeance, moments de bonheur ou de souffrance, tous les personnages évoluent en subissant des épreuves psychologiques trés fortes ; d'ailleurs certains albums sont trés marquant à ce sujet.
Bien sûr tout cela se déroule dans une ambiance de danger permanent dont les zombies ne semblent pas être les seuls responsables, car comme le dit le héros principal : "les rodeurs sont une menace mais elle reste gérable et bien moins dangeureuse que celle représentée par l'imprévisibilté du cerveau humain".
A signaler qu'il existe aussi une série télévisée tirée de cette série et qui suit les grandes lignes de l'histoire ; mais la version papier reste bien plus trash et donc pour un public averti.
Bref tout ça pour dire que c'est certainement la meilleure série du genre avec un scénario des plus intense qui sait alterner à merveille les moments d'action avec ceux plus calmes.
Attention, si vous commencez cette série vous ne pourez plus vous arrêter tellement elle est prenante car malgrés un grand nombre d'album l'envie de connaitre la suite reste bien présente du début à la fin ; à bon entendeur salut.
J'ai dévoré les deux premiers tome de la nouvelle série des auteurs de "Chroniques des immortels". C'est un récit post-apocalyptique de grande qualité, pas fondamentalement original mais aux personnages extrêmement bien campés. Le dessin est juste magnifique. La vivacité des couleurs tranche avec la noirceur de l'univers décrit. Je pense que ce récit devrait plaire autant aux fans de Walking Dead qu'à ceux de l'Attaque des titans.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Un jour il viendra frapper à la porte
J'ai été plus que séduit par cette histoire. Un garçon part à la trace de son père qu'il n'a jamais connu. Il découvre non sans mal un lourd passé qui va le conduire jusqu'à Jérusalem. On ne sait pas si c'est une histoire vraie mais cela en a l'apparence. Point de préface pour l'indiquer expressément. Bref, beaucoup de pudeur ce qui est appréciable. La rencontre entre Julien et son père sera unique et fait référence à celle entre Robert de Niro et Al Pacino dans le film Heat. Cela ne se passera pas de la manière qu'on attendait. Cependant, le lecteur va vite se rendre compte que ce n'est pas l'aboutissement de la quête de ce jeune homme à la recherche de ses racines. Cela ne sera qu'une étape sur un chemin bien plus long et semé d'embûches pour découvrir un véritable secret de famille qui nous conduiront dans les camps de concentration durant la Seconde Guerre Mondiale. On ne tombera pas dans le pathos. Il y a une certaine réserve de la part de l'auteur afin d'éviter l'écueil émotionnel. C'est assez drôle par moment. Et surtout, c'est très contemporain c'est à dire inscrit dans la réalité d'aujourd'hui. La dernière partie du récit a lieu au mois d'août 2013. Point de dialogue inutile. Et en prime, un très beau dessin sobre et efficace qui est au service de l'intrigue. Au final, nous avons un excellent roman graphique avec une jolie histoire assez touchante et sincère. C'est un joli coup de coeur.
99 exercices de style
Ma relation avec les mots est assez particulière. Je les aime et à la fois, ils ne me touchent pas particulièrement. J'aime les comprendre, les décortiquer ou encore connaitre leur étymologie car posséder ce genre de connaissance permet une compréhension du monde dans lequel nous vivons accrue, bien plus aiguisée. Par contre, j'ai un peu du mal à leur trouver un réel intérêt esthétique, en ce qui concerne le signifié comme signifiant d'ailleurs. C'est bien pour ça que je suis peu friand de roman ou de la littérature de fiction, tout comme je ne lis absolument pas de poésie, ça ne me touche pas, ça ne m’intéresse pas, au contraire des essais de sémantique, linguistique et autres chatoyantes sciences du langage. Par conséquent, si j'ai beaucoup apprécié ma lecture d'"Exercice de Style" de Queneau pour la prouesse effectuée, je pense que je n'ai pas autant profité qu'un amoureux des sons ou de la musicalité des mots et des phrases. Queneau m'a amusé par son humour, époustouflé par sa performance ludique, mais sûrement moins que beaucoup de lecteurs. "99 Exercices de Style" était ce qui me manquait pour arriver à cette ultime étape. En effet, contrairement aux mots, je suis très sensible aux dessins. C'est bien d'ailleurs pour ça que lorsque je veux qu'on me raconte une histoire, je me tourne naturellement plus vers la BD que vers la littérature. Récemment, j'ai effectué un travail scolaire qui m'a fait bosser les théories de la BD et de la narration. J'y ai (re)lu le manifeste de McCloud (L'Art Invisible) pour la reconnaissance de la BD en tant qu'art, lecture très intéressante mais d'une certaine manière limitée. L'étape naturelle après la théorie est l'expérimentation, en effet, il est plus facile de briser les codes et la grammaire de quelque chose lorsqu'on les maîtrise. Si McCloud écrit, lucide, que l'avenir de la BD en tant qu'art se joue dans l'expérimentation, "99 Exercices de Style" (et par extension, le mouvement OuBaPo, mais nous y reviendrons plus bas) est un livre charnière pour s'attaquer à l'expérimentation une fois qu'on est calé niveau théorie. "Exercices de style" proposait X variations autour d'une petite histoire qui n'a que peu d'intérêt en soi. L'histoire matrice de "99 Exercices de Style" a encore moins d’intérêt : Un homme travaillant à son bureau se lève, se déplace dans la maison, donne l'heure à sa compagne, et cherche quelque chose dans le frigo. La dernière case nous le montre en train de ne pas se souvenir de ce qu'il cherchait. Peut-être que certains vont hurler en lisant la suite de la critique, mais si "99 Exercices de style" me parait si jusqu'au-boutiste c'est grâce au médium qu'il exploite. Entendons nous bien, "Exercice de styles" offre une possibilité de déclinaisons quasiment, si ce n'est le cas, illimitée. Imaginez le livre de Queneau sous la forme d'une ligne. Ou peut-être plutôt un plan. En effet, avec les mots seuls, on peut jouer sur différentes variations : le style d'écriture, la narration, et, en poussant plus loin, on peut aussi jouer sur l'expérimentation (je pense notamment à la forme Anagramme). En choisissant la BD comme médium pour l'exercice, on y rajoute une voire plusieurs dimensions. De la ligne on passe au plan voire au volume. Soyons fous, parlons même du continuum espace-temps et ses quatre dimensions. "99 Exercices de style" s’inscrit parfaitement dans le courant d'auteurs et d’œuvres qui, durant les 90's visaient à réhabiliter le médium de la BD. La maison d'édition l'Association, les auteurs qui se sont essayés à l'OuBaPo, tout comme les essais de McCloud sur la BD... en BD avaient tous l'idée suivante derrière la tête : faire oublier l'époque où la BD était une simple sous-littérature populaire pour gamin illettré. C'est pendant cette période charnière que la BD s'est rendue compte de son potentiel, a théorisé sa grammaire aussi bien technique que narrative. Si L'Art Invisible est la manifestation théorique de ce courant de pensée, "99 Exercices de style" en est son pendant pratique. Car Matt Madden peut jouer sur une multitude d’éléments pour réussir à trouver ses 99 variations d'une même histoire : le dessin (au passage, comme McCloud, la technique picturale de Madden est un peu limitée, un manque de virtuosité technique bien compensé par son ingéniosité et son imagination), le texte en tant que tel (les dialogues, les récitatifs, etc...), la narration (points de vue différent, jeu sur l'unité géographique ou temporelle, etc...), mais aussi, et cela est plus surprenant, sur la composition des cases, les symboles contenus dans les planches, des hommages sur l'histoire du médium (planches dessinées et pensées selon différents genres et écoles historiques, ou inspirées par le travail d'auteurs importants en particulier), jeux sur la grammaire de la BD (multiplication ou réduction de cases, jeux sur l'ellipse grâce à la décomposition du mouvement). Enfin, certaines planches versent vers l’expérimentation plus poussée encore (une fois de plus, les 2 planches Anagrammes est l'exemple qui m'a le plus marqué), mais pas moins inintéressante. Seul regret de ma part, mais là je deviens un lecteur bien exigeant, il me semble que la boucle des possibles aurait été bouclée avec l'application de figures de style à la grammaire propre de la BD (tel, au cinéma, les montages, métonymique du réalisateur Griffith et métaphorique du réalisateur Eisenstein). Un appel est donc lancé aux dessinateurs amateurs qui me lisent : complétez l’œuvre de Madden :) ! Aussi inspiré et drôle que Queneau (le décalage entre l'aspect prosaïque de l'intrigue matrice et certains traitements choisis fonctionne souvent de manière bien comique). Cet ouvrage de référence en devient un livre essentiel pour tous ceux qui veulent comprendre la BD. J'aurais vraiment été curieux de lire, avec grande joie j'en suis sûr, un hypothétique "999 exercices de style".
Les Aventures de Tintin
Comme disent les conseils du site, la note 5 doit être reservée pours les BDs absolument cultes, hors du commun, qui marquent de leur empreinte la culture BD. Je ne connais pas une meilleure description. Cela sert comme un gant a Tintin d'Hergé. Plus que ça, seulement le Spirou de Franquin! C'est le XXéme siécle tout entier que vous y trouverez: ce qu'il a eu de bon et de mauvais... Ce que j'aime bien faire: comparer les différentes versions au fil du temps. Toute une leçon en histoire, politique et BD. Et puis c'est le meilleur de la ligne claire européenne, c'est pas peu...
Emma (Mori)
Alors là, gros gros coup de coeur... On parle souvent de Jirô Taniguchi comme d'un mangaka ayant réussi à capter une certaine essence européenne pour l'insuffler dans ces récits... Mais à mon avis Kaoru Mori mérite tout autant, et peut-être même plus, ce genre d'appréciation... J'avais déjà remarqué son travail dans Bride Stories, cette maîtrise du récit où il ne se passe pas grand-chose, cette plongée dans la vie d'une jeune femme que les traditions poussent à mettre sous l'éteignoir ses désirs et ses goûts profonds... Emma, qui est son premier manga en série, était déjà un coup de maître. Portant peu ou prou sur le même sujet que des films et séries tels que Gosford Park ou, elle prend pied dans l'atmosphère si particulière de l'aristocratie britannique de l'époque victorienne. Une époque tellement engoncée dans ses traditions, ses interdits, son decorum, qu'elle peut nous sembler un peu exotique à présent.
Et d'un coup de pinceau, Kaoru Mori nous y transporte.
Nous y sommes, dans ce Crystal Palace qui a servi à l'exposition universelle de Londres, en 1851 (quel dommage qu'il ait brûlé en 1936, j'aurais adoré visiter cet endroit), dans lequel le monde entier était présent. Nous y sommes, dans ce manoir racheté par un couple de riches Allemands avec leur armée de domestiques, une sous-société avec ses règles propres. Nous y sommes, dans la serre de cette intrigante et fantasque Mrs. Trollope, dont l'intercession va changer (à jamais ?) la vie et le destin d'Emma. Nous y sommes, dans la cuisine, la buanderie, dans les chambres des domestiques, dans l'intimité de ces aristos qui parfois prennent un malin plaisir à mettre leurs domestiques dans l'embarras...
Nous y sommes, à côté d'Emma, cette jeune femme qui a vécu dans la rue, et qui a su devenir une jeune femme charmante grâce à la bonté et aux bons soins d'une ancienne gouvernante. Nous y sommes, dans la propriété des Jones, avec Hakim, ce prince indien qui sert en quelque sorte de bonne conscience (ou de voix de la passion) à William.
Nous y sommes, aux tomes 4 et 5, dans ces récits courts qui nous plongent dans le passé d'Emma et de son entourage (j'ai adoré l'histoire de Crystal Palace)... Le récit principal trouve également sa conclusion dans ce tome 5, par un évènement encore une fois très bien retranscrit, entouré d'émotion.
Tout cela grâce au génie de Kaoru Mori. Elle m'a embarqué à Londres, à Howarth, à Brighton, près de York... Je n'ai pas vu venir la fin du second tome (nouvelle édition, donc fin du tome 4 de l'édition "ordinaire"), ou plutôt je pensais que le destin lui jouerait un nouveau tour, cruel. Et pourtant Kaoru Mori nous a offert ce moment de grosse émotion. Je n'ai pas vu venir non plus le changement dans le scénario du tome 3, sortant le récit d'un certain train-train. J'ai peur de la suite.
Alors bien sûr, si vous lisez le pitch de cette série, vous allez dire que Spooky se ramollit, qu'il est fleur bleue.
Bien sûr, la série souffre de menus défauts, William et son père sont peu différenciés physiquement, l'édition grand format n'est peut-être pas une bonne idée... Mais la qualité de l'histoire est telle qu'on oublie tout ça.
Mais je m'en fous. Je suis à côté d'Emma. J'y suis. Et j'y reste.
Guide Sublime
Le Guide Sublime ? C’est bien simple, voici sûrement le bouquin qui m’aura fait le plus rire depuis belles lurettes sur un sujet (hélas) d’actualité mais (ô combien) jubilatoire ! Imaginez un peu un dictateur complètement débile, irresponsable, imbu de lui-même et malgré tout dangereux pour l’équilibre mondial. Vous y êtes ? Non non on n’est pas en Corée du Nord mais dans la jolie contrée de Sublimeland où le port de moustaches est obligatoire et où il vaut mieux filer droit et de satisfaire tous les caprices de son bien aimé Maître sous peine de disparaître ! Fabrice Erre a vu juste avec ces gags de 4 cases qui se suivent et ne se ressemblent pas. Particulièrement rodé avec son complice Fabcaro sur les petits bijoux que sont Mars ! et Z comme don Diego c’est pourtant en cavalier seul qu’il nous propose ce recueil initialement publié dans la défunte revue Mauvais Esprits. D’abord sceptique sur la forme (peu de décors et uniquement 3 personnages dont le dictateur, son premier ministre et son fidèle chef de la Popo, POlice POlitique), la diversité des situations absurdes sur la connerie humaine à grande échelle a réussi à m’achever au bout de quelques pages et autant de situations incongrues. L’arrivée d’un autre dictateur et leurs échanges engagés vaut son pesant de cacahouètes. Fous rires garantis sur un sujet qui ne s’y prête pas initialement, chapeau bas ! Le dessin de Fabrice Erre est comme toujours aussi expressif qu’explicite et ne me laisse pas de marbre avec cette équipe de bras cassés complètement à l’Ouest ! Il y a de fortes chances pour qu’une seconde aventure voit le jour. On peut considérer néanmoins cet épais petit livre de 160 pages comme un one shot. Courez le lire, volez le, c’est « Oplikatoire ! »
Où le regard ne porte pas...
Cette fois-ci, indéniablement, la mention culte me semble de rigueur. Dès ses premières planches qui présentent une Italie baignée de soleil, « Où le regard ne porte pas… » séduit et subjugue. Nous suivons l’arrivée de William au sein de cet écrin de poésie, partagé entre curiosité et enthousiasme. La force de ce magnifique premier tome, à l’ambiance excellemment retranscrite, est de nous faire vivre l’action à travers les yeux du personnage, avec une très grande justesse de ton. Les enfants n’ont pas la même vision que les adultes de ce qui les entoure, les mêmes rêves et priorités et subissent parfois les actions de leurs aînés – et leurs conséquences - sans comprendre réellement leurs motivations. La présence de magnifiques planches aux tons rouges et ocres, encore inexpliquées, ajoutent un surcroît de mystère et de magie à cette histoire que l’on aurait aimé vivre. Une enfance au grand air en bord de mer, dans un esprit de franche camaraderie, sous le soleil éclatant, avec cette insouciance juvénile, ces excursions fantastiques et ces voyages intérieurs. Le rythme relativement lent permet une immersion totale, véritable bonheur. Les personnages secondaires ont du corps, du caractère, de l’épaisseur et une grande crédibilité. Le second tome nous fait retrouver les protagonistes 20 ans plus tard et dans des contextes extrêmement différents. Mais là encore, Pont et Abolin abordent ce tournant difficile avec une impressionnante maîtrise. Beaucoup de BDs ou de films (français, notamment), se sont intéressés aux trentenaires (ou aux quadragénaires) « en crise », qui plaquent tout pour fuir leur quotidien assommant et retrouver un goût d’enfance et de légèreté. Mais ici, point de pathos ou de tergiversations vaseuses. Tous ont répondu à l’appel de Lisa et partent sans le savoir vraiment à la recherche du secret qui les unit depuis toujours. Et là encore, impossible de ne pas ressentir une énorme empathie pour les personnages tant les dialogues et la narration sonnent justes et les émotions se voient bien retranscrites. Comme sur le premier tome, le découpage et les couleurs collent à merveille à cette aventure. Le final, enfin, délivre un goût de nostalgie et d’amertume, même si l’espoir est toujours présent. « Où le regard ne porte pas… » laisse une trace, nous invite à la songerie, à des réflexions sur l’au-delà et l’indicible, aux forces qui régissent nos destins, nos existences, nos rencontres. Un défaut, s’il fallait en trouver un ? Une Lisa, qui si elle évite le cliché de l’héroïne « trop-sexy-pour-être-vraie », paraît trop masculine dans le tome 2 (comme d'autres posteurs l'ont relevé avant moi) et une présentation peut-être trop succincte de Thomas, à qui nous n’avons pas le temps de nous attacher avant de partir à sa recherche. Pour le reste, c’est un sans-faute et un bijou comme on en voit trop peu. De l’excellente bande-dessinée !
Bastien Vivès
Je suis assez sidéré de voir de si mauvaises notes pour ces tomes reprenant l'excellent blog de Bastien Vivès. Autant je ne suis pas très grand fan de son pourtant multi-récompensé "Goût du chlore", autant je suis fan absolu de cette série. Bastien Vivès saisit à la perfection certaines scènes de la vie quotidienne (le mec expliquant à sa femme qu'il l'aime mais qu'il n'a pas le choix, que c'est le jeu et qu'il est obligé d'envoyer ses bombes à Mario Kart), les exagère souvent bien sûr (le père de famille foutant des torgnoles à son môme qui risque de corner les pages de sa BD) avec un humour décapant la plupart du temps. Vivès franchit souvent les limites de la bienséance mais c'est très souvent hyper drôle et inventif (l'Islande n'existe pas, c'est un complot!). Le graphisme est assez minimaliste mais ce n'est clairement pas l'intérêt principal de cette série. Encore!
Economix
Quelle formidable leçon d'économie, d'Histoire et de sociologie humaine ! Avec pédagogie, simplicité et une narration légère, les auteurs nous amènent à comprendre l'économie, des origines du capitalisme (au XVIIe siècle en Hollande puis en France et en Angleterre) à nos jours (le livre date de 2012). Commençant par les fondamentaux, il assemble brique par brique les éléments qui permettent de comprendre l'économie comme une science mais aussi et surtout son impact sur la société humaine et le développement des pays. C'est ainsi que, petit bout par petit bout, on comprend la logique des événements qui ont marqué l'Histoire vu par l'angle de l'économie. Et tout parait alors tellement évident, tellement clair qu'on a l'impression qu'un voile est levé expliquant de grands pans de l'Histoire. C'est formidablement bien raconté, très pédagogique. Et même si les choses se compliquent de plus en plus au fil des chapitres tandis que l'économie, la finance et la politique deviennent des données plus complexes au fur et à mesure qu'elles sont étudiées et expérimentées, pour peu qu'on ne soit pas trop fatigué à la lecture, tout est clair et percutant. J'insiste sur le fait qu'il ne faut pas être fatigué car c'est un ouvrage dense qu'on ne lit pas en une seule fois et qui mérite volontiers plusieurs lectures pour bien s'en imprégner. Presque à chaque page, je me suis répété qu'il y avait ça et là des informations et anecdotes particulièrement intéressantes que je voudrais particulièrement vouloir retenir et diffuser autour de moi. Sur la fin, puisque l'album aborde la situation des ces vingt dernières années et la crise actuelle, le discours se fait plus politique. Mais avec de telles explications et une telle logique, on adhère sans hésiter aux idées des auteurs qui dénoncent clairement les abus des puissants et prônent de véritables changements qu'il est difficile de ne pas souhaiter intensément. A noter entre autres l'épilogue qui aborde avec vigueur le sujet des traités de libre-échange entre pays (du type du traité Trans-Atlantique que les USA et l'Europe négocient actuellement) et, présenté ainsi, on comprend qu'il s'agit de véritables menaces anti-démocratiques qui ne favoriseraient ni les Américains ni les autres pays mais au contraire donneraient encore plus le champ libre aux grosses entreprises pour exploiter tous les peuples. Si L'Art Invisible est un indispensable pour comprendre en détail et de manière extrêmement fluide la bande dessinée, Economix est son équivalent pour comprendre l'Economie, la Finance et l'Histoire moderne.
Walking Dead
Un flic se réveille dans une chambre d'hopital aprés plusieurs mois passés dans le coma. Il se rend vite compte que quelque chose ne va pas car les lieux semblent désert et à l'abandon. Trés vite il tombe sur une bande de zombies friands de chair fraiche et il parvient de justesse à leur échaper. En effet, pour une raison inconnu les morts se relèvent de leur tombe afin de traquer les vivants pour les manger ; l'humanité a subis des pertes effroyables et le monde est en proie au chaos. Dès lors il n'a plus qu'une seule idée en tête, retrouver sa femme et son fils. C'est le début d'une grande épopée qui va le mener au bout de l'horreur mais aussi de lui même. Pour moi, dans l'univers des zombies, il existe un avant et un aprés Walking Dead. C'est vraiment la série qui a révolutionner le genre. Avant la plupart des séries se contentaient de montrer des personnes unis dans une cause commune, celle de la survie de tous. Mais Walking Dead va plus loin en mettant en scène les difficultés qu'engendrent les relations humaines dans un monde où la survie de tous les jours est une affaire de chaque instant. La recette avait déjà était éprouvée dans les comics de super héros. En effet, le grand public aime ce genre de série non seulement parce qu'il y a de l'action mais aussi et surtout parce que les protagonistes ont des problèmes relationnels et sentimentaux comme n'importe quelle personne lambda. Ainsi entre amour, amitié, complot, trahison, folie, cruauté, vengeance, moments de bonheur ou de souffrance, tous les personnages évoluent en subissant des épreuves psychologiques trés fortes ; d'ailleurs certains albums sont trés marquant à ce sujet. Bien sûr tout cela se déroule dans une ambiance de danger permanent dont les zombies ne semblent pas être les seuls responsables, car comme le dit le héros principal : "les rodeurs sont une menace mais elle reste gérable et bien moins dangeureuse que celle représentée par l'imprévisibilté du cerveau humain". A signaler qu'il existe aussi une série télévisée tirée de cette série et qui suit les grandes lignes de l'histoire ; mais la version papier reste bien plus trash et donc pour un public averti. Bref tout ça pour dire que c'est certainement la meilleure série du genre avec un scénario des plus intense qui sait alterner à merveille les moments d'action avec ceux plus calmes. Attention, si vous commencez cette série vous ne pourez plus vous arrêter tellement elle est prenante car malgrés un grand nombre d'album l'envie de connaitre la suite reste bien présente du début à la fin ; à bon entendeur salut.
Gung Ho
J'ai dévoré les deux premiers tome de la nouvelle série des auteurs de "Chroniques des immortels". C'est un récit post-apocalyptique de grande qualité, pas fondamentalement original mais aux personnages extrêmement bien campés. Le dessin est juste magnifique. La vivacité des couleurs tranche avec la noirceur de l'univers décrit. Je pense que ce récit devrait plaire autant aux fans de Walking Dead qu'à ceux de l'Attaque des titans.