Une atmosphère crade & poisseuse, des personnage plongés dans une spirale infernale (sans jeu de mot).
En matière de BD, rares sont celles qui donnent la nausée. C'est le cas de Spirale. Cette petite ville coupée du monde où des événement viennent troubler le quotidien de ville.
Le seul bémol que j'ai trouvé à ce récit, c'est qu'il n'y a ni policiers ni enquêteurs qui sont dépêchés pour enquêter sur les premiers cas surnaturels ce qui à mon sens aurait donné plus de crédibilité au récit.
Sur le plan graphique, ça ressemble au style de Kentaro Miura, l'auteur de Berserk.
Voilà une œuvre à ne pas laisser entre toutes les mains. Sans en faire de trop, on nous présente malgré tout la réalité des enfants soldats, sans concession. Les meurtres de leurs propres familles qui déshumanisent les enfants, les rapts dans les villages, la manipulation de ces mêmes enfants ; leurs faisant croire qu’ils combattent pour la liberté puis leurs promettant richesses et pouvoir. L’itinéraire de ses deux frères, dont l’un est tout simplement vendu aux rebelles nous permet de comprendre faute d’excuser les exactions et les massacres perpétrés par des âmes qui sont encore en devenir. Sans vous en révéler plus ce one-shot aborde un sujet rarement exploré de la misère de ce monde avec réalisme et sensibilité.
Le dessin de Chris Alliel, bien que reconnaissable, semble basculer dans une autre dimension. Comme si il avait fallu plus de sérieux pour traiter le sujet sensible de Clément Baloup. Loin de SpyNest on découvre un trait plus sombre, des visages qui portent la douleur des épreuves et des environnements, soucieux du détail. Le Phocéen n’a pas manqué les quartiers troubles de sa ville qui offre un contraste marqué avec les forêts de l’Afrique.
Les passages entre mysticisme chamanique et réalité des villes nord-africaine rythment la lecture comme dans un état second. Ivre de la fumée et des drogues injectées dans les corps encore adolescents. Les scènes de viol, d’exécution sont ici retranscrits avec la pudeur nécessaire qui sert le scénario et nous permet de ne pas tomber dans le voyeurisme. Un exercice qui devrait ouvrir de nouveaux horizons à Chris qui n’en manquait pas.
Les couleurs de l’album de Sebastian Facio sont superbement bien inspirées. Je dois reconnaitre que je n’étais pas fan de la couverture en numérique, mais une fois en main celle-ci est hypnotique. Les aplats nous permettent de nous concentrer sur l’essentiel : les personnages.
Vous l’avez compris : un one-shot qui s’impose donc. Je me suis demandé tout au long de l’histoire comment celle-ci pouvait se conclure. Je vous défie de le deviner avant les dernières planches. Seul reproche, « la période française », un peu courte à mon goût.
Après le week-end à Rome, voici une nuit à Rome. A croire qu'on ne reste pas très longtemps à Rome malgré le fait que tous les chemins y mènent. Trêve de plaisanterie, passons aux choses sérieuses. Le comportement de deux protagonistes Raphael et Marie laisse franchement à désirer.
Cependant, on pourra s'embarquer aisément dans cette histoire d'amour qui ne sera peut-être pas à l'eau de rose. La conclusion s'avère quelque peu dramatique selon les premières pages d'introduction. Bref, on connaît la fin d'emblée.
Avoir 20 ans et s'amuser puis avoir 40 ans, ce n'est plus la même chose. La vie et les rencontres nous façonnent. Cependant, est-ce qu'au fond, on ne reste pas le même ? Cette nuit à Rome relève d'un pari fou mais qui est la réalisation d'une promesse éternelle. Une jolie bd qui ne doit pas tomber dans les mains de votre femme et épouse au risque de vous donner des idées.
Je rehausse la note à la suite de la lecture du second tome qui semble clore cette histoire. Un scénario simple mais une histoire prenante au travers du questionnement des principaux personnages qui sont attachants de réalisme. La rencontre de Marie et de Raphaël a enfin lieu et tout va s'enchaîner assez rapidement dans une nuit un peu folle comme on rêve d'en avoir.
En effet, derrière le choix d'une existence de famille paisible peut se cacher un véritable démon conduisant à la passion et donc une espèce de folie. J'ai franchement aimé cette histoire et je ne vois pas pourquoi cela mériterait moins de 4 étoiles. Bref, la fin est réellement brillante en comblant toutes mes attentes.
Maintenant, j’avoue ne pas comprendre le débat vis-à-vis de l’identification et de porter un jugement sur le comportement moralement douteux de celui qui cède à la tentation de l’amour de jeunesse. Si on devait faire la liste de toutes les bds où sévit un héros au comportement douteux, il faudrait par exemple descendre Le Tueur qui est pourtant une série culte (et à juste titre). En effet, celui qui approuve de tels actes aurait un sérieux problème. Et puis, n’entrons pas dans un débat s’il vaut mieux être un bobo parisien qu’une racaille des cités. Le propos ne se situe pas à ce niveau de caniveau. C’est un peu comme si on rejetait la musique du groupe Noir Désir parce que Cantat a commis un homicide sur sa compagne et poussant une autre à un acte désespéré. Visiblement, cela ne l’empêche pas de se produire et d’avoir le succès en raison de qualités musicales intrinsèques.
Non, une nuit à Rome est une magnifique bd qui prend un thème jusqu’ici pas exploité : est-ce que l’on peut oublier son premier amour ? Est-ce suffisant pour balayer ce que l’on a construit tout le long de la vie ? La démonstration qui est faite par l’auteur est magistrale.
Je ne vois pas ce qu'on peut demander de plus à une BD.
Le scénario de ce western est sur le mode tragique, sans rebondissements incessants, juste le drame et rien que lui, et tout à son service, dans un déroulement implacable. Contrairement à Shutter Island, où l'angoisse absurde mène le bal, et où, de mon point de vue, on n'a pas vraiment de prise, puisque la situation est totalement insensée, ici au contraire, chaque situation découle d'une précédente, qui n'a rien d'impossible, voire qui est défendable par chacune des parties. C'est aussi un drame qui met en jeu des inquiétudes intemporelles (la filiation, le mensonge, le pouvoir de l'argent...) ce qui lui donne une portée qui ne vieillira pas.
Ce scénario cohérent est servi par un dessin au crayon, extrêmement fin dans les visages, ce qui permet de ressentir très précisément les nuances de l'expression des personnages.(des expressions qui peuvent être le reflet de la pensée, ou au contraire un art de la dissimulation de celle-ci) Cette finesse en noir et blanc, associée à une certaine lenteur, remarquée par d'autres lecteurs, contribue à rappeler les films de John Ford. (évidement c'est plutôt une référence de vieillard, mais qu'à cela ne tienne...) Les décors sont, eux, traité avec une certaine rugosité, des hachures grossières au crayon gras, des trames en surimpression, et un fond doux, façon papier jauni. Les traces de rouge n'apportent rien mais elle ne nuisent pas non plus à la force de l'assemblage.
J'insiste encore sur la précision des expressions, leur beauté tragique mais aussi leur duplicité ou leur candeur (tout le contraire de Servitudes, par exemple, aussi en noir et blanc, mais avec des statues de sels à la place des personnages) C'est vraiment un bijou de compréhension de "l'âme humaine". C'est peut-être un cliché, mais le cliché, c'est ce qui nous est commun.
La vision de Bacchus est tout simplement un chef d’œuvre à mon sens. Nous sommes justement dans le milieu de la Renaissance italienne avec les tableaux des plus grands maîtres de l’époque (Antonello de Messine, Giorgione, Bellini…). Nous avons un peintre qui se meurt de la peste et qui souhaitait réaliser l’œuvre de sa vie en incarnant la grâce absolue. Il s’agissait de rendre vivant le personnage du tableau à savoir une jeune belle femme dont la nudité évoque le désir charnel. Plus que de l’art, de la passion !
C’est la seconde œuvre de ce jeune auteur qui semble avoir beaucoup de talent. Il nous dépeint une Venise faite de rivalités entre les peintres tels que nous ne l’avons jamais connu. Bref, il apporte un regard plus qu’intéressant. Il y a tout un travail de recherches minutieuses quant aux différents tableaux qui seront évoqués. Cela sera un portrait sans concession qui sera fait. L’envers du décor sera fait de petites tricheries en tout genre comme l’utilisation des miroirs. Il s’agit d’éblouir les mécènes.
J’ai littéralement adoré cette bd. Les dialogues sont parfaitement ciselés. Les cadrages soulignent la beauté des arts dans une ambiance de la Sérénissime presque authentique. Le jeu d’ombres et de lumière atteint un paroxysme presque inégalé dans le processus de création (différentiel entre les toiles en train de se peindre et les toiles achevées). Que dire également de l’intrigue qu’on ne lâchera pas jusqu’à la toute dernière image?
Au final, nous avons droit à une brillante évocation biographique d’un des peintres majeurs de la Renaissance. Bref, une vision de Bacchus qui ne manquera pas de nous enivrer pour de bon.
Note Dessin: 4/5 - Note Scénario: 4.5/5 - Note Globale: 4.25/5
Haaa Blueberry, ça c'est du pur western et de la pure BD !
Une narration claire, précise, fluide et il est difficile de s'ennuyer.
Quelle talent d’écriture il avait ce Charlier ! Beaucoup de scénaristes devraient s’en inspirer…
Puis, faut avouer que le personnage de Mike Blueberry est très charismatique, attachant, généreux et est incontestablement un de mes héros de BD favori.
Les seconds rôles ne sont pas en reste non plus et sont aussi très réussis et riches : Jim Mc Clure en tête bien évidemment, Red Neck, Chihuahua Pearl,...La liste est longue, il y en a tellement...
Il est marrant aussi de voir l’évolution du dessin qui est assez proche du style de Jijé au début mais qui, dès le tome 5, passe à la vitesse supérieure… La machine Giraudienne est en marche et le niveau graphique, déjà bien élevé, ne fera que s'améliorer au fil des tomes.
Grand moment de lecture !
Quel bouquin mes aïeux !
Difficile d'être original, tant de choses ont été écrites sur "Alpha... directions"... Allons-y sans réfléchir, presque à chaud, puisque ma lecture s'est achevée hier soir. C'est le résultat d'une formidable gageure, qui consistait à raconter l'histoire de l'évolution jusqu'avant l'arrivée de l'Homme, en bandes dessinées, en un tome, sans faire dans le scientifique chiant.
Le pari est gagné haut la main !
Je ne saurais dire ce que j'ai apprécié le plus dans cet album : le sujet en lui-même est passionnant, et pour tout dire, l'archéologie et les sciences associées auraient pu être une voie que j'aurais choisie. J'ai encore dans un coin de ma bibliothèque d'adolescents quelques bouquins sur les dinosaures. Il paraît que c'est fréquent à présent, mais à mon époque pas tant que ça. Il est vrai que Jurassic Park est passé par là... C'est d'ailleurs à mon avis le premier coup de génie de Jens Harder : utiliser une iconographie où chacun -ou presque- peut se retrouver. Extraits de films, de comics connus (j'ai été surpris de voir la Mouche de Trondheim, au passage), mais aussi certaines oeuvres d'art, issues de nombreuses époques et de tous les continents. De l'universalité, en somme.
Alors bien sûr, pour comprendre un peu plus finement comme la vie est apparue, il faut un minimum d'explications ; les cases sont parfois accompagnées de phrases descriptives, complétées par des résumés chronologiques entre les chapitres.
Le dessin est très évocateur, semblant puiser dans différents styles sans qu'il s'en détache véritablement un, même si réaliste est probablement le qualificatif qui convient le mieux en la circonstance, si tant qu'on puisse représenter avec réalisme des époques disparues depuis longtemps.
Le tout est complété par un texte de l'auteur sur sa démarche, ce qui éclaire encore plus l'ouvrage. On apprend ainsi qu'il a essayé de puiser dans les découvertes les plus récentes (et ça se voit, rien qu'avec les dinosaures ailés), tout en "arrangeant" certaines choses pour que ce soit plus dynamique, plus spectaculaire peut-être. On en lui en tiendra aucune rigueur, tant la qualité de l'ensemble est immense.
Jens Harder poursuit son immense oeuvre sur l'histoire du monde avec le diptyque "Beta...civilisations" consacré à l'histoire des hommes, des temps protohistoriques à nos jours, avec une césure à la date symbolique de l'an 0.
Bien sûr, comme il le relève lui-même en postface, le temps s'est considérablement ralenti, puisque de plusieurs milliards d'années on passe à quelques dizaines de millions. Et dans le prochain tome, seulement 200 ans... La recette est cependant la même : dans un patchwork étourdissant d'images (près de 2400 dans le premier tome), rythmé par quelques commentaires factuels, Harder propose donc une iconographie non exhaustive mais remarquablement variée de ces millions d'années. Passent à la moulinette images sacrées, extraits de films, de BD, croquis scientifiques... Chaque grande époque est regroupée par chapitre, introduite par un récapitulatif chronologique. On retrouve dans cette première partie le passage progressif des quatre pattes à la station debout de certains primates, la domestication du feu (passée un peur rapidement il me semble), l'invention de la roue... La vocation de l'ensemble n'est pas encyclopédique, mais à terme, nul doute qu'elle le deviendra.
Et toujours ce style très expressif, un peu surchargé de petits traits par moments, mais d'une efficacité exemplaire.
Essentiel.
Un peu comme Desproges, qui arrivait, au bout de longues phrases accumulant imparfait du subjonctif et mots savants à "amener" un gag complètement navrant, une blague con voire un simple gros mot (ou qui menait à une analyse savante par le processus inverse), Gotlib a le génie de transgresser les apparences, il se fait le coucou du rire.
Son coup de crayon est volontairement "parfait", le discours faussement sérieux, voire pédant et, pince sans rire génial, il nous pousse au rire avec ses Rubriques à brac qui forment une sorte d'anthologie du gag sous toutes ses formes, y compris les plus répétitives.
Il y a du Tex Avery ou du Chuck Jones dans cette capacité à détourner le quotidien, à y puiser un humour merveilleux et surréaliste qu'aucune relecture n'épuise.
C'est absolument, imperturbablement poilant, génialement réussi, totalement jouissif ! et c'est encore - j'allais dire plus, mais c'est impossible - drôle à la relecture ! Gotlib a réussi d'autres choses très chouettes ailleurs, mais on tient là sa plus belle série je trouve, la quintessence de son humour, de son génie créatif. C'est aussi une bonne entrée dans son univers. Si vous n'accrochez pas (et alors je vous plains et le regrette pour vous !), le reste ne passera pas.
Si les gags sont variés, on retrouve certains fils rouges, comme le détournement de formules célèbres ou des contes de notre enfance, totalement détournés. Certains personnages (comme Newton ou la coccinelle par exemple) intègrent le panthéon des personnages du Neuvième Art.
J'ai dû lire une quinzaine de fois cette série, et toujours au milieu des fous rires - qui se prolongent. Chapeau bas et merci monsieur Gotlib !
Lecture très fortement conseillée donc !
Un livre feutré où la violence est tout entière intériorisée pour ne ressurgir qu'à la fin.
Un travail sur le deuil et sur la renaissance.
Léna est une femme inconnue, lisse, dont le passé va être dévoilé par petites touches, un peu comme un tableau impressionniste de Seurat où la compréhension n'apparaît que lorsqu'on prend du recul et que suffisamment de touches ont été peintes.
Nous suivons le voyage de Léna dans une succession de cartes postales que le dessin ouaté de Juillard rapproche et éloigne de nous. Léna est de toute façon une étrangère. Un peu comme le héros éponyme de Camus, elle semble ne pas appartenir à notre monde. La vie est un nuage de fumée, derrière lequel se cache la vérité, à l'instar des innombrables cigarettes que Léna grille.
L'intrigue se noue dans les dernières pages mais, là aussi, Léna sera ailleurs. Cette technique narrative est un choix très fort de Christin. En effet, le visage omniprésent de Léna ne cache pas les évènements mais les éclaire à travers le filtre de la vie de Léna, à travers les petits détails de ses affaires (le portrait !). Le scénariste joue aussi sur le temps. L'album est un élastique qui se tend imperceptiblement sans que rien ne véritablement semble se passer. Et puis, l'élastique casse dans un paroxysme de violence. On pense aux parques grecques tranchant la vie des êtres humains.
Le long voyage de Léna est un livre très fort, pas seulement sur le terrorisme international, mais sur la douleur et le sacrifice. Sur le chagrin qui étouffe et retire tout sel à la vie. C'est aussi une réflexion sur le libre arbitre. Léna est-elle libre ? Prisonnière de son passé ? Prisonnière de sa vengeance ? Spinoza explique que le libre arbitre est une illusion car, si l'homme a conscience de ses actes, il n'a pas conscience des causes derrière ses motivations. Au final, Léna n'est-elle pas le fruit de la géopolitique ?
'Léna et les trois femmes' publié quelques années plus tard constitue un nouvel exploit. Nous découvrons une femme tout autre, pleine de chaleur humaine, apaisée et pleine de compassion. La vengeance a été remplacée par le devoir et au final Léna se révèle une femme morale qui transcende sa condition et prend tous les risques pour épargner aux autres le cataclysme qu'elle a subi, pour donner aux autres une chance de vivre. Par là même, elle sort du cycle de la vengeance et retrouve la liberté que l'attentat de Khartoum lui avait fait perdre. Quant aux trois femmes, les références mythologiques, volontaires ou involontaires de la part du scénariste, sont évidentes. On pense bien évidemment aux trois parques qui coupaient le fil de la vie et avaient donc le pouvoir de vie ou de mort, comme les terroristes. On pense aussi, en allant plus loin, aux trois grâces, si admirablement peintes par Raphaël ou Cranach l'ancien. Ahlem incarnerait la grâce du guerrier, Souad celle de la beauté et Halima celle de l’abondance et de la vie, ce qui expliquerait sa fugue. Dès lors, la conclusion de l'intrigue et l'incroyable coup de poker de Léna deviennent parfaitement logiques.
Le diptyque appartient à la collection Long Courrier et nous sommes invités à voyager très loin, pas seulement géographiquement, mais aussi dans les méandres de l'âme humaine. Ce sont aussi deux BD féministes, mettant en scène une femme extraordinaire. Cela n'est pas si courant !
Tout commence par un bouquin sorti de nulle part et posé avec hésitation par le libraire entre comics et bd franco-belge…
Tout commence par un livre scellé avec sur-couverture noire classe et mystérieuse où seule une main rouge semble appeler de l’aide et un 4ème de couverture représentant un dinosaure affublé d’une clope et de ray-bans.
Tout cela finit par m’intriguer et c’est avec davantage de curiosité que d’envie que je me suis lancé dans cette lecture tentaculaire qui au final ressemble à un gigantesque tour de grand huit dont on ressort le sourire aux lèvres.
Du tout bon et je vais m’en expliquer….
Reprenant le principe des histoires horrifiques propres des Tales of the Crypt et autres Creepshow, Lucy Loyd’s Nightmare relève non seulement le challenge d’en être une déclinaison contemporaine mais se paye de le luxe d’être de surcroit un fantastique livre-concept où toutes les histoires s’entrelacent intelligemment par un fil narratif et la récurrence de certains personnages.
Le livre lui-même est représenté comme un objet maudit écrit par une certaine Lucy Loyd, papesse de ce style de comics et annonce des éléments violents, gore et grand guignolesques aidés par un cadrage remarquable, des doubles pages superbes et un certain art de la mise en scène (ma recommandation serait de ne pas le feuilleter histoire d’en garder toute la saveur de la découverte).
Aidé de surcroit par un dessin superbe à l’américaine par un auteur inconnu, les histoires apportent des chutes bien cyniques qui m’ont fait hurler de rire (A good man et sa morale, bad habits et son shérif mégalo) entre quelques éclaboussures car oui on baigne dans le sanguinolent mais pas dans le glauque et rarement le vulgaire.
David Chauvel (Lucy Loyd ?) truffe son récit de références discrètes et nuancées en faisant directement référence à John Carpenter (On pense directement à L’antre de la folie et un personnage ressemble curieusement à Kurt Russel) et les diverses manipulations des différents récits donnent l’envie de relire de suite le bouquin histoire de repérer tout un tas de détails discrets et savoureux jusqu’au clin d’œil de page de garde final.
Un petit bijou qui devrait remporter l’adhésion et dont il ne vaut mieux pas trop en dire pour en laisser la surprise mais j’applaudis de vive voix le concept qui va encore plus loin que les pourtant très bons Doggybags dans un registre similaire mais différent.
Lucy Loyd’s Nightmare se doit de figurer en tant qu’objet précieux et dédicacé :) dans votre bibliothèque.
« Very clever » !
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Spirale
Une atmosphère crade & poisseuse, des personnage plongés dans une spirale infernale (sans jeu de mot). En matière de BD, rares sont celles qui donnent la nausée. C'est le cas de Spirale. Cette petite ville coupée du monde où des événement viennent troubler le quotidien de ville. Le seul bémol que j'ai trouvé à ce récit, c'est qu'il n'y a ni policiers ni enquêteurs qui sont dépêchés pour enquêter sur les premiers cas surnaturels ce qui à mon sens aurait donné plus de crédibilité au récit. Sur le plan graphique, ça ressemble au style de Kentaro Miura, l'auteur de Berserk.
Le Ventre de la Hyène
Voilà une œuvre à ne pas laisser entre toutes les mains. Sans en faire de trop, on nous présente malgré tout la réalité des enfants soldats, sans concession. Les meurtres de leurs propres familles qui déshumanisent les enfants, les rapts dans les villages, la manipulation de ces mêmes enfants ; leurs faisant croire qu’ils combattent pour la liberté puis leurs promettant richesses et pouvoir. L’itinéraire de ses deux frères, dont l’un est tout simplement vendu aux rebelles nous permet de comprendre faute d’excuser les exactions et les massacres perpétrés par des âmes qui sont encore en devenir. Sans vous en révéler plus ce one-shot aborde un sujet rarement exploré de la misère de ce monde avec réalisme et sensibilité. Le dessin de Chris Alliel, bien que reconnaissable, semble basculer dans une autre dimension. Comme si il avait fallu plus de sérieux pour traiter le sujet sensible de Clément Baloup. Loin de SpyNest on découvre un trait plus sombre, des visages qui portent la douleur des épreuves et des environnements, soucieux du détail. Le Phocéen n’a pas manqué les quartiers troubles de sa ville qui offre un contraste marqué avec les forêts de l’Afrique. Les passages entre mysticisme chamanique et réalité des villes nord-africaine rythment la lecture comme dans un état second. Ivre de la fumée et des drogues injectées dans les corps encore adolescents. Les scènes de viol, d’exécution sont ici retranscrits avec la pudeur nécessaire qui sert le scénario et nous permet de ne pas tomber dans le voyeurisme. Un exercice qui devrait ouvrir de nouveaux horizons à Chris qui n’en manquait pas. Les couleurs de l’album de Sebastian Facio sont superbement bien inspirées. Je dois reconnaitre que je n’étais pas fan de la couverture en numérique, mais une fois en main celle-ci est hypnotique. Les aplats nous permettent de nous concentrer sur l’essentiel : les personnages. Vous l’avez compris : un one-shot qui s’impose donc. Je me suis demandé tout au long de l’histoire comment celle-ci pouvait se conclure. Je vous défie de le deviner avant les dernières planches. Seul reproche, « la période française », un peu courte à mon goût.
Une nuit à Rome
Après le week-end à Rome, voici une nuit à Rome. A croire qu'on ne reste pas très longtemps à Rome malgré le fait que tous les chemins y mènent. Trêve de plaisanterie, passons aux choses sérieuses. Le comportement de deux protagonistes Raphael et Marie laisse franchement à désirer. Cependant, on pourra s'embarquer aisément dans cette histoire d'amour qui ne sera peut-être pas à l'eau de rose. La conclusion s'avère quelque peu dramatique selon les premières pages d'introduction. Bref, on connaît la fin d'emblée. Avoir 20 ans et s'amuser puis avoir 40 ans, ce n'est plus la même chose. La vie et les rencontres nous façonnent. Cependant, est-ce qu'au fond, on ne reste pas le même ? Cette nuit à Rome relève d'un pari fou mais qui est la réalisation d'une promesse éternelle. Une jolie bd qui ne doit pas tomber dans les mains de votre femme et épouse au risque de vous donner des idées. Je rehausse la note à la suite de la lecture du second tome qui semble clore cette histoire. Un scénario simple mais une histoire prenante au travers du questionnement des principaux personnages qui sont attachants de réalisme. La rencontre de Marie et de Raphaël a enfin lieu et tout va s'enchaîner assez rapidement dans une nuit un peu folle comme on rêve d'en avoir. En effet, derrière le choix d'une existence de famille paisible peut se cacher un véritable démon conduisant à la passion et donc une espèce de folie. J'ai franchement aimé cette histoire et je ne vois pas pourquoi cela mériterait moins de 4 étoiles. Bref, la fin est réellement brillante en comblant toutes mes attentes. Maintenant, j’avoue ne pas comprendre le débat vis-à-vis de l’identification et de porter un jugement sur le comportement moralement douteux de celui qui cède à la tentation de l’amour de jeunesse. Si on devait faire la liste de toutes les bds où sévit un héros au comportement douteux, il faudrait par exemple descendre Le Tueur qui est pourtant une série culte (et à juste titre). En effet, celui qui approuve de tels actes aurait un sérieux problème. Et puis, n’entrons pas dans un débat s’il vaut mieux être un bobo parisien qu’une racaille des cités. Le propos ne se situe pas à ce niveau de caniveau. C’est un peu comme si on rejetait la musique du groupe Noir Désir parce que Cantat a commis un homicide sur sa compagne et poussant une autre à un acte désespéré. Visiblement, cela ne l’empêche pas de se produire et d’avoir le succès en raison de qualités musicales intrinsèques. Non, une nuit à Rome est une magnifique bd qui prend un thème jusqu’ici pas exploité : est-ce que l’on peut oublier son premier amour ? Est-ce suffisant pour balayer ce que l’on a construit tout le long de la vie ? La démonstration qui est faite par l’auteur est magistrale.
Rouge comme la neige
Je ne vois pas ce qu'on peut demander de plus à une BD. Le scénario de ce western est sur le mode tragique, sans rebondissements incessants, juste le drame et rien que lui, et tout à son service, dans un déroulement implacable. Contrairement à Shutter Island, où l'angoisse absurde mène le bal, et où, de mon point de vue, on n'a pas vraiment de prise, puisque la situation est totalement insensée, ici au contraire, chaque situation découle d'une précédente, qui n'a rien d'impossible, voire qui est défendable par chacune des parties. C'est aussi un drame qui met en jeu des inquiétudes intemporelles (la filiation, le mensonge, le pouvoir de l'argent...) ce qui lui donne une portée qui ne vieillira pas. Ce scénario cohérent est servi par un dessin au crayon, extrêmement fin dans les visages, ce qui permet de ressentir très précisément les nuances de l'expression des personnages.(des expressions qui peuvent être le reflet de la pensée, ou au contraire un art de la dissimulation de celle-ci) Cette finesse en noir et blanc, associée à une certaine lenteur, remarquée par d'autres lecteurs, contribue à rappeler les films de John Ford. (évidement c'est plutôt une référence de vieillard, mais qu'à cela ne tienne...) Les décors sont, eux, traité avec une certaine rugosité, des hachures grossières au crayon gras, des trames en surimpression, et un fond doux, façon papier jauni. Les traces de rouge n'apportent rien mais elle ne nuisent pas non plus à la force de l'assemblage. J'insiste encore sur la précision des expressions, leur beauté tragique mais aussi leur duplicité ou leur candeur (tout le contraire de Servitudes, par exemple, aussi en noir et blanc, mais avec des statues de sels à la place des personnages) C'est vraiment un bijou de compréhension de "l'âme humaine". C'est peut-être un cliché, mais le cliché, c'est ce qui nous est commun.
La Vision de Bacchus
La vision de Bacchus est tout simplement un chef d’œuvre à mon sens. Nous sommes justement dans le milieu de la Renaissance italienne avec les tableaux des plus grands maîtres de l’époque (Antonello de Messine, Giorgione, Bellini…). Nous avons un peintre qui se meurt de la peste et qui souhaitait réaliser l’œuvre de sa vie en incarnant la grâce absolue. Il s’agissait de rendre vivant le personnage du tableau à savoir une jeune belle femme dont la nudité évoque le désir charnel. Plus que de l’art, de la passion ! C’est la seconde œuvre de ce jeune auteur qui semble avoir beaucoup de talent. Il nous dépeint une Venise faite de rivalités entre les peintres tels que nous ne l’avons jamais connu. Bref, il apporte un regard plus qu’intéressant. Il y a tout un travail de recherches minutieuses quant aux différents tableaux qui seront évoqués. Cela sera un portrait sans concession qui sera fait. L’envers du décor sera fait de petites tricheries en tout genre comme l’utilisation des miroirs. Il s’agit d’éblouir les mécènes. J’ai littéralement adoré cette bd. Les dialogues sont parfaitement ciselés. Les cadrages soulignent la beauté des arts dans une ambiance de la Sérénissime presque authentique. Le jeu d’ombres et de lumière atteint un paroxysme presque inégalé dans le processus de création (différentiel entre les toiles en train de se peindre et les toiles achevées). Que dire également de l’intrigue qu’on ne lâchera pas jusqu’à la toute dernière image? Au final, nous avons droit à une brillante évocation biographique d’un des peintres majeurs de la Renaissance. Bref, une vision de Bacchus qui ne manquera pas de nous enivrer pour de bon. Note Dessin: 4/5 - Note Scénario: 4.5/5 - Note Globale: 4.25/5
Blueberry
Haaa Blueberry, ça c'est du pur western et de la pure BD ! Une narration claire, précise, fluide et il est difficile de s'ennuyer. Quelle talent d’écriture il avait ce Charlier ! Beaucoup de scénaristes devraient s’en inspirer… Puis, faut avouer que le personnage de Mike Blueberry est très charismatique, attachant, généreux et est incontestablement un de mes héros de BD favori. Les seconds rôles ne sont pas en reste non plus et sont aussi très réussis et riches : Jim Mc Clure en tête bien évidemment, Red Neck, Chihuahua Pearl,...La liste est longue, il y en a tellement... Il est marrant aussi de voir l’évolution du dessin qui est assez proche du style de Jijé au début mais qui, dès le tome 5, passe à la vitesse supérieure… La machine Giraudienne est en marche et le niveau graphique, déjà bien élevé, ne fera que s'améliorer au fil des tomes. Grand moment de lecture !
Alpha... directions / Beta... civilisations/Gamma... visions
Quel bouquin mes aïeux ! Difficile d'être original, tant de choses ont été écrites sur "Alpha... directions"... Allons-y sans réfléchir, presque à chaud, puisque ma lecture s'est achevée hier soir. C'est le résultat d'une formidable gageure, qui consistait à raconter l'histoire de l'évolution jusqu'avant l'arrivée de l'Homme, en bandes dessinées, en un tome, sans faire dans le scientifique chiant. Le pari est gagné haut la main ! Je ne saurais dire ce que j'ai apprécié le plus dans cet album : le sujet en lui-même est passionnant, et pour tout dire, l'archéologie et les sciences associées auraient pu être une voie que j'aurais choisie. J'ai encore dans un coin de ma bibliothèque d'adolescents quelques bouquins sur les dinosaures. Il paraît que c'est fréquent à présent, mais à mon époque pas tant que ça. Il est vrai que Jurassic Park est passé par là... C'est d'ailleurs à mon avis le premier coup de génie de Jens Harder : utiliser une iconographie où chacun -ou presque- peut se retrouver. Extraits de films, de comics connus (j'ai été surpris de voir la Mouche de Trondheim, au passage), mais aussi certaines oeuvres d'art, issues de nombreuses époques et de tous les continents. De l'universalité, en somme. Alors bien sûr, pour comprendre un peu plus finement comme la vie est apparue, il faut un minimum d'explications ; les cases sont parfois accompagnées de phrases descriptives, complétées par des résumés chronologiques entre les chapitres. Le dessin est très évocateur, semblant puiser dans différents styles sans qu'il s'en détache véritablement un, même si réaliste est probablement le qualificatif qui convient le mieux en la circonstance, si tant qu'on puisse représenter avec réalisme des époques disparues depuis longtemps. Le tout est complété par un texte de l'auteur sur sa démarche, ce qui éclaire encore plus l'ouvrage. On apprend ainsi qu'il a essayé de puiser dans les découvertes les plus récentes (et ça se voit, rien qu'avec les dinosaures ailés), tout en "arrangeant" certaines choses pour que ce soit plus dynamique, plus spectaculaire peut-être. On en lui en tiendra aucune rigueur, tant la qualité de l'ensemble est immense. Jens Harder poursuit son immense oeuvre sur l'histoire du monde avec le diptyque "Beta...civilisations" consacré à l'histoire des hommes, des temps protohistoriques à nos jours, avec une césure à la date symbolique de l'an 0. Bien sûr, comme il le relève lui-même en postface, le temps s'est considérablement ralenti, puisque de plusieurs milliards d'années on passe à quelques dizaines de millions. Et dans le prochain tome, seulement 200 ans... La recette est cependant la même : dans un patchwork étourdissant d'images (près de 2400 dans le premier tome), rythmé par quelques commentaires factuels, Harder propose donc une iconographie non exhaustive mais remarquablement variée de ces millions d'années. Passent à la moulinette images sacrées, extraits de films, de BD, croquis scientifiques... Chaque grande époque est regroupée par chapitre, introduite par un récapitulatif chronologique. On retrouve dans cette première partie le passage progressif des quatre pattes à la station debout de certains primates, la domestication du feu (passée un peur rapidement il me semble), l'invention de la roue... La vocation de l'ensemble n'est pas encyclopédique, mais à terme, nul doute qu'elle le deviendra. Et toujours ce style très expressif, un peu surchargé de petits traits par moments, mais d'une efficacité exemplaire. Essentiel.
Rubrique-à-Brac
Un peu comme Desproges, qui arrivait, au bout de longues phrases accumulant imparfait du subjonctif et mots savants à "amener" un gag complètement navrant, une blague con voire un simple gros mot (ou qui menait à une analyse savante par le processus inverse), Gotlib a le génie de transgresser les apparences, il se fait le coucou du rire. Son coup de crayon est volontairement "parfait", le discours faussement sérieux, voire pédant et, pince sans rire génial, il nous pousse au rire avec ses Rubriques à brac qui forment une sorte d'anthologie du gag sous toutes ses formes, y compris les plus répétitives. Il y a du Tex Avery ou du Chuck Jones dans cette capacité à détourner le quotidien, à y puiser un humour merveilleux et surréaliste qu'aucune relecture n'épuise. C'est absolument, imperturbablement poilant, génialement réussi, totalement jouissif ! et c'est encore - j'allais dire plus, mais c'est impossible - drôle à la relecture ! Gotlib a réussi d'autres choses très chouettes ailleurs, mais on tient là sa plus belle série je trouve, la quintessence de son humour, de son génie créatif. C'est aussi une bonne entrée dans son univers. Si vous n'accrochez pas (et alors je vous plains et le regrette pour vous !), le reste ne passera pas. Si les gags sont variés, on retrouve certains fils rouges, comme le détournement de formules célèbres ou des contes de notre enfance, totalement détournés. Certains personnages (comme Newton ou la coccinelle par exemple) intègrent le panthéon des personnages du Neuvième Art. J'ai dû lire une quinzaine de fois cette série, et toujours au milieu des fous rires - qui se prolongent. Chapeau bas et merci monsieur Gotlib ! Lecture très fortement conseillée donc !
Léna (Le Long Voyage de Léna)
Un livre feutré où la violence est tout entière intériorisée pour ne ressurgir qu'à la fin. Un travail sur le deuil et sur la renaissance. Léna est une femme inconnue, lisse, dont le passé va être dévoilé par petites touches, un peu comme un tableau impressionniste de Seurat où la compréhension n'apparaît que lorsqu'on prend du recul et que suffisamment de touches ont été peintes. Nous suivons le voyage de Léna dans une succession de cartes postales que le dessin ouaté de Juillard rapproche et éloigne de nous. Léna est de toute façon une étrangère. Un peu comme le héros éponyme de Camus, elle semble ne pas appartenir à notre monde. La vie est un nuage de fumée, derrière lequel se cache la vérité, à l'instar des innombrables cigarettes que Léna grille. L'intrigue se noue dans les dernières pages mais, là aussi, Léna sera ailleurs. Cette technique narrative est un choix très fort de Christin. En effet, le visage omniprésent de Léna ne cache pas les évènements mais les éclaire à travers le filtre de la vie de Léna, à travers les petits détails de ses affaires (le portrait !). Le scénariste joue aussi sur le temps. L'album est un élastique qui se tend imperceptiblement sans que rien ne véritablement semble se passer. Et puis, l'élastique casse dans un paroxysme de violence. On pense aux parques grecques tranchant la vie des êtres humains. Le long voyage de Léna est un livre très fort, pas seulement sur le terrorisme international, mais sur la douleur et le sacrifice. Sur le chagrin qui étouffe et retire tout sel à la vie. C'est aussi une réflexion sur le libre arbitre. Léna est-elle libre ? Prisonnière de son passé ? Prisonnière de sa vengeance ? Spinoza explique que le libre arbitre est une illusion car, si l'homme a conscience de ses actes, il n'a pas conscience des causes derrière ses motivations. Au final, Léna n'est-elle pas le fruit de la géopolitique ? 'Léna et les trois femmes' publié quelques années plus tard constitue un nouvel exploit. Nous découvrons une femme tout autre, pleine de chaleur humaine, apaisée et pleine de compassion. La vengeance a été remplacée par le devoir et au final Léna se révèle une femme morale qui transcende sa condition et prend tous les risques pour épargner aux autres le cataclysme qu'elle a subi, pour donner aux autres une chance de vivre. Par là même, elle sort du cycle de la vengeance et retrouve la liberté que l'attentat de Khartoum lui avait fait perdre. Quant aux trois femmes, les références mythologiques, volontaires ou involontaires de la part du scénariste, sont évidentes. On pense bien évidemment aux trois parques qui coupaient le fil de la vie et avaient donc le pouvoir de vie ou de mort, comme les terroristes. On pense aussi, en allant plus loin, aux trois grâces, si admirablement peintes par Raphaël ou Cranach l'ancien. Ahlem incarnerait la grâce du guerrier, Souad celle de la beauté et Halima celle de l’abondance et de la vie, ce qui expliquerait sa fugue. Dès lors, la conclusion de l'intrigue et l'incroyable coup de poker de Léna deviennent parfaitement logiques. Le diptyque appartient à la collection Long Courrier et nous sommes invités à voyager très loin, pas seulement géographiquement, mais aussi dans les méandres de l'âme humaine. Ce sont aussi deux BD féministes, mettant en scène une femme extraordinaire. Cela n'est pas si courant !
Lucy Loyd's nightmare
Tout commence par un bouquin sorti de nulle part et posé avec hésitation par le libraire entre comics et bd franco-belge… Tout commence par un livre scellé avec sur-couverture noire classe et mystérieuse où seule une main rouge semble appeler de l’aide et un 4ème de couverture représentant un dinosaure affublé d’une clope et de ray-bans. Tout cela finit par m’intriguer et c’est avec davantage de curiosité que d’envie que je me suis lancé dans cette lecture tentaculaire qui au final ressemble à un gigantesque tour de grand huit dont on ressort le sourire aux lèvres. Du tout bon et je vais m’en expliquer…. Reprenant le principe des histoires horrifiques propres des Tales of the Crypt et autres Creepshow, Lucy Loyd’s Nightmare relève non seulement le challenge d’en être une déclinaison contemporaine mais se paye de le luxe d’être de surcroit un fantastique livre-concept où toutes les histoires s’entrelacent intelligemment par un fil narratif et la récurrence de certains personnages. Le livre lui-même est représenté comme un objet maudit écrit par une certaine Lucy Loyd, papesse de ce style de comics et annonce des éléments violents, gore et grand guignolesques aidés par un cadrage remarquable, des doubles pages superbes et un certain art de la mise en scène (ma recommandation serait de ne pas le feuilleter histoire d’en garder toute la saveur de la découverte). Aidé de surcroit par un dessin superbe à l’américaine par un auteur inconnu, les histoires apportent des chutes bien cyniques qui m’ont fait hurler de rire (A good man et sa morale, bad habits et son shérif mégalo) entre quelques éclaboussures car oui on baigne dans le sanguinolent mais pas dans le glauque et rarement le vulgaire. David Chauvel (Lucy Loyd ?) truffe son récit de références discrètes et nuancées en faisant directement référence à John Carpenter (On pense directement à L’antre de la folie et un personnage ressemble curieusement à Kurt Russel) et les diverses manipulations des différents récits donnent l’envie de relire de suite le bouquin histoire de repérer tout un tas de détails discrets et savoureux jusqu’au clin d’œil de page de garde final. Un petit bijou qui devrait remporter l’adhésion et dont il ne vaut mieux pas trop en dire pour en laisser la surprise mais j’applaudis de vive voix le concept qui va encore plus loin que les pourtant très bons Doggybags dans un registre similaire mais différent. Lucy Loyd’s Nightmare se doit de figurer en tant qu’objet précieux et dédicacé :) dans votre bibliothèque. « Very clever » !