La Vision de Bacchus

Note: 3.83/5
(3.83/5 pour 6 avis)

Sous la Renaissance vénitienne, le peintre Giorgio de Castelfranco tente de réaliser ce que son maître Antonello de Messine avait réussi avant lui : insuffler la vie dans un dernier tableau. Une fascinante réflexion historique et artistique…


1454 - 1643 : Du début de la Renaissance à Louis XIII Italie Mirages One-shots, le best-of Peinture et tableaux en bande dessinée Venise

1510, à Venise. Le maître Bellini vient d'apprendre qu'un de ses anciens disciples, le peintre Giorgio de Castelfranco, atteint par la peste, est sur le point de mourir. Ce dernier lui confie sa tentative de transcender le réel dans un tableau, comme avait su le faire avant lui son maître Antonello de Messine. 35 ans plus tôt, Monsieur Antonello de Messine vient d'arriver à Venise où il rencontre le maître Bellini. Tous deux sont à la recherche de « l'effet de présence ». Dans un milieu artistique en pleine effervescence, Antonello et Bellini finissent par devenir rivaux. Après qu'Antonello de Messine s'est vu proposer d'être peintre de la cour chez le duché de Milan, Giovanni Bellini parvient à découvrir les secrets de la peinture à l'huile de ce dernier. C'est alors qu'Antonello rencontre le banquier Filippo Barbarelli qui lui propose d'immortaliser la beauté de sa jeune épouse. Mais le peintre et son sujet finissent par devenir amants. Cette liaison va perturber leurs relations. Au cours d'une déambulation, Antonello parvient au port où l'on décharge des sculptures grecques. C'est en écoutant une conversation sur l'origine mythologique de ces statues qu'il reçoit La Vision de Bacchus...

Scénariste
Dessinateur
Coloriste
Editeur / Collection
Genre / Public / Type
Date de parution 19 Février 2014
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série La Vision de Bacchus
Les notes (6)
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16/06/2014 | Erik
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Par Blue boy
Note: 4/5
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Pour son second opus, Jean Dytar a choisi pour cadre la ville de Venise sous la Renaissance, où les arts et la peinture rayonnaient sur l’Europe depuis plus d’un siècle. C’est à travers deux peintres majeurs de l’école vénitienne que l’auteur aborde son récit : Giorgione (1477-1510), emporté par la peste à l’âge de 32 ans, et Antonello de Messine (1430-1479), vénéré par le premier qui le considérait comme son mentor, sans l’avoir jamais rencontré. En référence à l’univers pictural des deux artistes, Jean Dytar a conçu ses cases comme des petits tableaux, en jouant avec l’ombre et la lumière (à l’époque, l’école flamande fascinait et influençait beaucoup les Italiens), entamant une sorte de dialogue entre la peinture et la bande dessinée. Cela produit un style très singulier, révélant chez son auteur une très grande finesse, pas si courante dans le neuvième art. Nous sommes ainsi plongés dans l’atmosphère vénitienne de ce siècle flamboyant, où se jouaient en coulisses les luttes de pouvoir et d’influence, tant dans le domaine politique qu’artistique. Mais ce dont nous parle surtout Jean Dytar, ce sont les affres de la création, et en particulier de la manière dont l’artiste peut parvenir à insuffler la vie dans son œuvre. De quelle manière doit-il s’impliquer pour représenter au mieux son sujet sur la toile ? Ne devra-t-il pas y laisser un peu de sa propre vie pour en mettre dans son tableau ? L’auteur effectue sa démonstration via le personnage d’Antonello de Messine, qui se voit chargé par un certain Filippo Barbarelli d’immortaliser en peinture sa jolie et magnétique épouse au regard triste, afin qu’il puisse la désirer jusqu’à la fin sans redouter le spectacle de sa lente décrépitude. Il acceptera la commande, tout en imposant ses exigences, notamment celle de travailler dans le plus grand secret vis-à-vis de son client, car pour peindre avec le plus grand réalisme l’épouse du vieux Barbarelli, il devra emprunter des chemins peu orthodoxes… Un travail brillant qui une fois terminé le rendra exsangue moralement, et laissera madame dans une solitude glacée, détrônée par son double figé dans la gouache dans le cœur de son mari. Toutes ces questions sur le processus créatif sont passionnantes et sont traitées avec subtilité par l’ex-prof d’Arts plastiques qu’est Jean Dytar, qui développe un style tout à fait unique depuis une décennie. De plus, il sait insuffler suffisamment de mystère dans ses histoires pour les rendre captivantes. Auteur modeste, il sait se faire pédagogue en évitant tout snobisme et vanité vis-à-vis de ses lecteurs. Une qualité qu’il aura sans doute conservée de son passage dans l’enseignement, et qui s’explique aussi par le plaisir de partager la connaissance, tout simplement.

23/10/2019 (modifier)
Par Gaston
Note: 3/5
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J'ai moins accroché à cet album qu'au Sourire des Marionnettes du même auteur. Il faut dire que les thèmes abordés dans cet ouvrage m'intéressent moins. Bon, peut-être qu'on peut apprécier ce récit sans s’intéresser nécessairement à l'art. En tout cas, malgré tous mes efforts je ne suis jamais totalement rentré dans l'histoire. Les personnages ne m'ont jamais intéressé et si les dialogues sont bons, les personnages parlaient souvent de choses dont je n'avais rien à foutre. J'ai bien aimé le dessin en revanche. C'est dommage parce que je vois que l'auteur a mis beaucoup de travail dans cet album et que c'est bien fait, que le scénario est à la fois complexe et intelligent... C'est juste que ce n'est pas un album pour moi.

24/10/2018 (modifier)
Par BDenis
Note: 4/5

(Avertissement : j'accorde toujours plus d'importance au scénario qu'au dessin) Un one-shot qui se passe dans le milieu de la peinture vénitien au 16e siècle. NON, NE FUYEZ PAS ! Il y a une vraie histoire, on ne va pas vous demander de vous passionner pour le 3e art si vous n'êtes pas amateur. Et l'on suit l'arrivée à Venise d'Antonello de Messine, qui vient donc de Sicile cela ne vous aura pas échappé. C'est un peintre hors pair, de quoi rendre jaloux Bellini et son école. Si Antonello est si talentueux c'est aussi grâce à quelques secrets de réalisation : de la fabrication de ses couleurs à la conception de ses portraits, le garçon est astucieux. Même s'il s'est inspiré de recettes flamandes. Les commandes de tableaux se succèdent avec bonheur pour le Sicilien, et l'aura de ce dernier ne laisse pas les femmes indifférentes. Les vies qui se croisent de tous ces personnages sont vraiment intéressantes à suivre, en plus que d'être instructives en certains points. Les 120 pages se lisent d'une traite et avec un vrai plaisir. Le dessin a un style qui lui est propre, il est très joli et convient tout à fait au cadre. 14 / 20

31/12/2016 (modifier)
Par Canarde
Note: 4/5
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Très beau travail. Je viens de lire Le Caravage de Manara, et en ouvrant cette "vision de Bacchus", on a tendance à trouver une certaine naïveté dans la représentation en comparaison. Mais cette naïveté s'ouvre ensuite sur une intrigue très subtile et vraisemblable autour d'un tableau de Giorgione fini par Titien : la Vénus endormie. Ici beaucoup moins d'épées et de bordels que chez Manara, mais une violence plus psychologique... Celle d'un commanditaire riche qui croit pouvoir tout acheter, de peintres qui cherchent à gagner les faveurs de leurs clients par tous les moyens, d'amours impartageables, de filiations inavouées... Bref c'est peut-être moins spectaculaire, mais très prenant, complexe et bien construit. Les tableaux donnent envie de retourner au musée de l’Académie. Les rues de Venise, stylisées, jouent leur rôle. Les visages plutôt caricaturaux, épousent habilement les psychologies. Je ne connaissais pas ce Jean Dytar, mais je l'ai à l’œil...

23/08/2015 (modifier)
Par montane
Note: 4/5

Un très beau livre sur la création artistique qui se passe à Venise au temps de sa splendeur. Un peintre dont le talent ne cesse de croitre se voit confier pour mission de réaliser un portrait de femme, celle d'un individu richissime prêt à tout pour tenter d'immortaliser celle qu'il aime. L'artiste réussira au delà de ses espérances. Il parviendra à capturer un instant de vie, un moment de grâce chez son modèle qui restera pour l'éternité. Fasciné par cette femme, il en tombera amoureux et de leur liaison naitra un fils qui lui aussi marchera sur les traces de son père, à la recherche du tableau parfait. Une quête de la perfection qui vous monopolise en permanence, qui hante vos nuits, et à laquelle l'artiste consacre ses jours jusqu'à le consumer. Voila une très belle œuvre, très originale, passée malheureusement un peu inaperçue dans le flot des sorties BD annuelles. Et c'est bien dommage car Dyrar, même s'il n'est pas un dessinateur de génie, est au moins un très bon conteur qui gagne à être connu.

07/12/2014 (modifier)
Par Erik
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
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La vision de Bacchus est tout simplement un chef d’œuvre à mon sens. Nous sommes justement dans le milieu de la Renaissance italienne avec les tableaux des plus grands maîtres de l’époque (Antonello de Messine, Giorgione, Bellini…). Nous avons un peintre qui se meurt de la peste et qui souhaitait réaliser l’œuvre de sa vie en incarnant la grâce absolue. Il s’agissait de rendre vivant le personnage du tableau à savoir une jeune belle femme dont la nudité évoque le désir charnel. Plus que de l’art, de la passion ! C’est la seconde œuvre de ce jeune auteur qui semble avoir beaucoup de talent. Il nous dépeint une Venise faite de rivalités entre les peintres tels que nous ne l’avons jamais connu. Bref, il apporte un regard plus qu’intéressant. Il y a tout un travail de recherches minutieuses quant aux différents tableaux qui seront évoqués. Cela sera un portrait sans concession qui sera fait. L’envers du décor sera fait de petites tricheries en tout genre comme l’utilisation des miroirs. Il s’agit d’éblouir les mécènes. J’ai littéralement adoré cette bd. Les dialogues sont parfaitement ciselés. Les cadrages soulignent la beauté des arts dans une ambiance de la Sérénissime presque authentique. Le jeu d’ombres et de lumière atteint un paroxysme presque inégalé dans le processus de création (différentiel entre les toiles en train de se peindre et les toiles achevées). Que dire également de l’intrigue qu’on ne lâchera pas jusqu’à la toute dernière image? Au final, nous avons droit à une brillante évocation biographique d’un des peintres majeurs de la Renaissance. Bref, une vision de Bacchus qui ne manquera pas de nous enivrer pour de bon. Note Dessin: 4/5 - Note Scénario: 4.5/5 - Note Globale: 4.25/5

16/06/2014 (modifier)