Les derniers avis (7522 avis)

Par Hervé
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Petit Frère
Le Petit Frère

Jean Louis Tripp continue de m'étonner. Après Extases, où l'auteur s'était mis littéralement à nu, il nous offre un nouveau livre autobiographique déchirant avec "le petit frère", un drame qu'il a vécu à 18 ans avec la mort de son frère, Gilles. C'est une de mes lectures les plus émouvantes et poignantes de cette année. A travers près de 330 pages, nous suivons une famille recomposée et aussi déchirée, par le deuil d'un jeune enfant, mais surtout la culpabilité ressentie par Jean Louis Tripp avec cette main lâchée, main qui reviendra comme un leitmotiv dans ce récit. L'auteur restitue parfaitement ce drame de cet été 1976, avec ce décalage avec un pays en grandes vacances : "les gens étaient heureux. Et nous, avec notre convoi funéraire, on était presque déplacés", écrit -il. Avec cet album, Jean Louis Tripp a choisi le dessin en noir et blanc sur iPad, ce qui ne nuit nullement à la qualité graphique. Seules quelques planches en couleurs, vers la fin de l'album, viennent apporter un brin d'optimisme, comme si Jean Louis Tripp avait enfin tourné la page, et s'était enfin apaisé. Un album très fort, et qui rejoint dans mon panthéon personnel un album aussi fort dans l'émotion que Le Journal de mon père de Taniguchi. Bref, un petit chef d’œuvre à lire et à relire.

19/05/2022 (modifier)
Par Cacal69
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Toutes les morts de Laila Starr
Toutes les morts de Laila Starr

Pas toujours évident de trouver une accroche pour un avis, si je devais définir ce comics en un mot : Génialissime ! Je déambulais dans ma librairie préférée et soudain mon œil gauche fût attiré par une jolie couverture, puis par un nom d'un des auteurs, celui de Ram V. Et là, ça fait tilt, mais oui il a scénarisé These Savage Shores. Hop, dans le panier. La naissance d'un petit Darius va provoquer une restructuration chez les dieux et Mort se voit congédiée et envoyée sur Terre en simple mortelle dans le corps de Laila Starr, tout juste décédée, car ce petit garçon va découvrir le secret de la vie éternelle et ainsi mettre notre grande faucheuse au chômage. Ram V a concocté une merveille de conte philosophique et poétique sur la place dans notre monde de la vie et la mort. La narration est fluide et toute en sensibilité. Des personnages attachants qui vont évoluer durant le récit car chaque chapitre fait un bon de quelques années dans le futur, après chacunes des morts de Laila. On visite l'Inde, de Bombay à une plage de Goa, ainsi que son folklore fantastique. Un conte contemplatif qui n'oublie pas de nous faire réfléchir, où l'émotion transpire, sans oublier la petite touche d'humour. De la poésie. Je découvre Filipe Andrade, il a un talent fou. Un grand format qui permet d'admirer toutes ses superbes planches qui défilent sous mes yeux et la colorisation "flashy" dans les tons roses, mauves et bleus apportent cette ambiance singulière d'une Inde mystérieuse. J'ai pris une claque tellement c'est beau. Un petit mot pour le traducteur, il a fait un super boulot. Pas culte, enfin pas encore, mais ce comics mérite 5 étoiles et un énorme coup de cœur. "Je veux arriver à la fin Avec des cicatrices à montrer Traces des décisions difficiles prises Par un cœur imprudent" Cicatrices - Akur Puri

18/05/2022 (modifier)
Par Solo
Note: 5/5
Couverture de la série La Trilogie Nikopol
La Trilogie Nikopol

Voilà une BD qui, enfant, m'avait beaucoup marqué. Facilement intéressé par les univers mythologiques, je jouais énormément à Age of Mythology (+ extension Cronos). Gamin donc, je feuilletais les planches pour voir ces dieux égyptiens, toutes ces têtes d'animaux m'extasiaient. Esthétiquement, je trouvais ça absolument superbe. Je ne comprenais rien à l'histoire par contre. Mais tout cet univers était déjà un étrange délice à parcourir. Et je me réjouis de ressentir le même plaisir actuellement. D'autant que je place au même rang mon avis sur le scénario. Donc après lectures et rerelectures de cette trilogie, je continue de planer dans cet univers créé par Bilal, qui a perdu les saveurs de l'agréable. Si le 1er tome est le plus réussi scénaristiquement, le deuxième tome me retient pour sa tension et son mystère dans un changement d'ambiance auquel on ne s'attend pas vraiment. Et puis le troisième tome, comme les autres, restent pour moi un régal pour les yeux, même si je lui reprocherai d'être moins chiadé que les autres niveau scénar'. Mais qu'importe! Cette ambiance pestilentielle m'emporte. L'humour est bien présent, raffiné, et la relation entre Horus et Nikopol Père est géniale. Horus lui-même, dieu rebelle, a été très bien monté psychologiquement. L'arrivée du fils Nikopol au premier tome et son rôle de premier plan à partir du second permet de donner une matière très intéressante au scénario. Et puis le troisième accueille encore un nouveau personnage tout aussi réussi (et tout à fait charmante) pour donner toujours plus d'intérêt à l'histoire et à son épilogue. Les passages issus de poèmes de Baudelaire s'intègrent admirablement dans le récit pour lui donner davantage de substances, et je ne vois vraiment pas cela comme un truc de BCBG comme j'ai pu l'entendre parfois. Je trouve même cette critique franchement navrante, tant les vers cités prennent tout leur sens et collent si bien à la peau de Nikopol qui rêve d'ailleurs, n'étant jamais à sa place, jamais maître de lui-même...jusqu'à ce que la vie (ou les dieux?) semble se jouer de lui en déclenchant un éternel recommencement? Une BD qui prête à interprétation, je ne m'y suis pas mis mais il serait intéressant de replacer cette série dans son contexte historique (les dictatures survivantes et éternelles, l'Afrique, la question d(un nouvel ordre mondial), mais aussi je crois en tenant compte de la vie de Enki Bilal, de son pays natal, ou encore l'origine de ses parents. En tout cas le résultat donne une série unique, qui mérite d'être mis au rang des cultes. Et puis encore une fois... Quel dessin!

17/05/2022 (modifier)
Couverture de la série Le Grand Vide
Le Grand Vide

Angoulême 2022 Prix du Public France Télévision. Léa Murawiec pour son premier album nous envoie un missile. Si cette jeune autrice confirme, il va falloir s'habituer à son nom vite fait. J'ai adoré le concept proposé. Dans une ville monde presque sans borne, nous nous promenons dans un univers dystopique qui ne doit rien à une explosion nucléaire ou à un régime galonné. C'est bien plus subtil car nous sommes les propres responsables de cet univers ultra connecté où la renommée (la présence) tient lieu d'espérance de vie. Peu importe la qualité et ce que vous faites du moment que l'on parle et que l'on pense à vous. L'oubli ou la solitude, c'est la mort imminente quel que soit votre âge. Paradoxalement les ados peuvent être aussi vite exposés que les personnes âgées à cause d'un lien social en reconstruction entre enfance choyée par les parents et âge adulte bien cadré par son statut. Manel Naher, la vingtaine rebelle n'a cure de ces contraintes et ne rêve que de liberté et d'aventure avec son pote Ali. Elle développe un tropisme vers le vide. Ce grand vide que la communication officielle vous en interdit la rêverie. Sauf qu'à cause d'un imprévu, comme la vie en est faite constamment, Manel est rattrapée par la patrouille. A cet âge, la pire angoisse et la pire agressivité peut suivre à la plus belle exaltation. L'action qui en découle peut avoir des effets si imprévus qu'ils vont vous transformer du tout au tout. Léa Murawiec pose un regard aiguisé et un poil angoissant sur les défauts possibles de notre société future. Elle me renvoie à cette montée d'angoisse subie par de nombreuses personnes au moment du confinement quand les liens sociaux réels ont été mis à mal à cause du virus. Je trouve que c'est très finement observé. Le concept est bon et comme si cela ne suffisait pas Léa Murawiec nous claque du/son style. On peut ne pas aimer mais l'auteure met immédiatement sa signature graphique dans votre pupille. Avec ses trois couleurs pantones, son trait fluide, élastique et bondissant, Murawiec ne laisse pas respirer. Les effets de profondeur donnent le vertige et confortent ce sentiment d'angoisse quand on regarde ces planches avec ces milliers de buildings jumeaux où s'inscrivent ces milliards de noms. C'est en tout cas l'impression que cela m'a donné. Un super concept et un graphisme personnel qui décoiffe comme son héroïne pour un premier album. Quel coup de maîtresse !!

17/05/2022 (modifier)
Couverture de la série Le Moine fou
Le Moine fou

Cet avis est pour réfuter les arguments des personnes mettant une note inférieure à 3 pour ce travail de très haute volée. Le moine fou est un roman graphique. Ce n'est pas du dessin, mais plutôt de la peinture (genre aquarelle, ce qui explique les couleurs diluées). On peut mesurer le travail effectué ! Pour les personnes nées après les années 80, juger Le moine fou vieillot, c'est comme le comparer à un manga (par exemple, Nori Taka le roi de la baston), c'est comme regarder un film d'Indiana Jones, sans aucun trucage numérique et le comparer avec...Uncharted, qui a des effets spectaculaires, mais une histoire ultra prévisible et des personnages creux (sans parler des films à milliards de Marvel, ou seuls les effets comptent, c'est à pleurer). Essayons d'élever le débat. Je trouve que c'est une oeuvre difficile, parce qu'elle fourmille de détails qui parlent à ceux qui connaissent un peu la culture chinoise (pour ceux que ça intéresse, lisez les romans du Juge Ti, qui sont une manière accessible, intrigante et rapide d'apprendre quelques détails sur la vie médiévale en Chine). Ici, le rendu de l'ambiance médiévale chinoise est excellent, les paysages magnifiques, surtout quand on a eu la chance de visiter la Chine. Les coutumes et détails sont très bien rendus. Les arts martiaux aussi, même si ON N'EST PAS DANS UN MANGA des années 2010-2020, avec des effets de mouvement qui illustrent la force ou la violence des coups. Les poses paraissent figées, mais quand on connait les arts martiaux, on sait ce qu'elles signifient et quels sont leurs effets ! Certains ne s'identifient pas à une fille, fusse-t-telle garçon manqué ? Et bien justement, c'est un ouvrage féministe bien avant l'heure et cela me convient très bien. Les femmes y sont victimes ou conquérantes, les hommes souvent laids ou quelconques, sauf ceux dont la personnalité sort de l'ordinaire. Je comprends qu'une certaine confusion soit perçue, car j'ai parfois l'impression d'avoir raté une case. Mais cela laisse plus de place à la réflexion et l'imagination. Cette oeuvre fait partie de mes préférées et m'y plonger est vraiment dépaysant pour moi. Un voyage dans le temps, l'espace, et la culture d'une autre civilisation. Ah oui, car la spiritualité est très bien évoquée, ici. Je vous l'ai dit, c'est exigeant. Notez que j'ai des goûts très éclectiques en matière d'art, pas seulement de BD. A ceux qui mettent moins de 3, j'aimerais bien savoir ce qui mérite vos 4 ou 5 étoiles ! Bien sûr, la note est subjective, mais moins de 3, c'est insultant !

07/05/2022 (modifier)
Par Pharise
Note: 5/5
Couverture de la série Astérix
Astérix

Je donne mon premier avis sur une série sans risque ! Même si tout n'est pas rose dans le monde récent d'Astérix (Je ferme les yeux sur les errements des dernières années), les grands tomes qui ont fait sa gloire sont cultes et nous montrent que le temps n'a pas d'impact sur ce point. Pour moi comme pour beaucoup, ce sont les BD des premières lectures, les bons souvenirs et surtout le talent d'avoir fait en sorte que ces BD restent toujours aussi actuelles et lisibles quel que soit notre âge et les années passées.

06/05/2022 (modifier)
Par FredGri
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Raptor
Raptor

J'avais lu, l’Été dernier la version originale chez Dark Horse, mais je m'étais tout de même rendu compte de la complexité de la langue McKeanienne, très littéraire, avec un vocabulaire recherché et précis. Du coup, en voyant la version française chez Futuropolis, je dois bien avouer que j'étais content. Et j'ai donc redécouvert ce très bel album, profond, pas toujours très facile à aborder, mais qui mérite d'une part qu'on aille jusqu'au bout, et d'autre part qui sait se dévoiler progressivement, tout en gardant ses petits secrets ! Une nouvelle fois McKean montre qu'il reste un artiste exceptionnel (j'adore les séquences déclinées avec le faucon et sa proie, que c'est beau !), mais qu'en plus il sait aussi écrire avec une vraie sensibilité des récits qui nous interrogent, nous surprennent et nous émeuvent ! Un voyage qui ne laisse pas indifférent, à lire et à relire ! Très conseillé !

05/05/2022 (modifier)
Par Solo
Note: 5/5
Couverture de la série Et si l'amour c'était aimer ?
Et si l'amour c'était aimer ?

Trop fort! Je suis en train d'écrire en repensant à certaines scènes et ça me fait encore éclater de rire. Tout est à garder. Les grands délires qui finissent par des "Michel, tu dérapes", la conscience de Sandrine, "tout est bien qui [...]" ... J'ai jamais rigolé autant tout seul, le nez dans une BD. Encore meilleur que les 2 autres lectures de Fabcaro (Open Bar, Zaï Zaï Zaï Zaï) parce-que l'histoire est encore plus présente, et que l'auteur est parvenu à me surprendre encore plus par son humour. A garder toujours près de soi

01/05/2022 (modifier)
Couverture de la série L'Aigle sans orteils
L'Aigle sans orteils

Lax est un maître conteur en humanité ! Je ne sais pas si sa formidable histoire d'Amédée Fario est pure fiction ou possède un fond de réalité mais peu importe. Mon premier avis sur le site était dédié à Marathon, c'est dire si l'effort solitaire avec un dépassement de soi gratuit m'attire. Même si mes légendes sont plutôt Zatopek, Mimoun ou Abebe Bikila, j'ai aussi rêvé sur les noms de Gaul, Coppi, Bahamontes Thévenet ou Hinault. Petit-Breton est un nom que l'on se transmettait de génération en génération comme le trésor d'un patrimoine sportif historique qu'il ne faut pas oublier. Merci à Lax de nous rendre ce patrimoine en images si belles. Au-delà de la belle histoire d'Amédée, c'est la formidable histoire des premiers Tours que l'auteur fait revivre. Effort, solidarité, créativité de la technique et de l'hygiène sportive, vision des organisateurs sur l'impact populaire d'un grand événement sportif, il y a tous ces thèmes très bien mis en valeur dans l'ouvrage. Evidemment, 1910,1911,1912,1913, le récit s'égraine comme une pendule tragique qui avance vers l'indicible. L'ombre portée de la guerre est toujours présent dans l'esprit du lecteur. Toutes ces vies, ces histoires non écrites à cause de ces vieillards ventripotents et galonnés qui vont envoyer des millions d'Amédée à la mort et produire des monstres encore plus terrifiants. 100 ans après, j'en ai encore de l'amertume dans la bouche et un ouvrage comme celui de Lax nous rappelle ce monstrueux gâchis. Je suis fan du dessin de Lax depuis ma lecture du Choucas. Lax ne nous vend pas de la Pin-up ou du BG body buildé (encore que Amédée est BG et Adeline à croquer) mais ses visages dans l'effort sont magnifiques. Son trait presque caricatural se prête bien aux rictus grotesques qu'ont tous les sportifs (moi le premier) au bout de leurs forces. Lax partage avec Cosey ses grandioses descriptions de montagne. Ici nous sommes gâtés. C'est dur, caillouteux, anguleux et froid mais c'est beau. Les teintes jaunes et bleutées sont piles dans les ambiances voulues. Lax revient aussi sur le thème du handicap surmonté, probablement un hommage à son frère, cela enrichit aussi un récit qui n'a aucune faiblesse à mes yeux. Pour finir, voilà une histoire qui crée de l'émotion, de l'empathie pour tous les personnages. Une lecture qui ne m'a pas laissé insensible.

01/05/2022 (modifier)
Par greg
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Highland Games
Highland Games

Les tribulations d'une équipe amateur de lancer de marteau bretonne qui va participer aux fameux Highland Games en Ecosse. Ce récit met en situation un coach, professeur d'arts plastiques, et ses "poulains", qui vont quitter leur Bretagne natale, certains pour la première fois, afin de tenter leur chance aux Highland Games, jeux traditionnels servant par le passé à pacifier les tensions entre clans par des épreuves aussi ludiques qu'improbables comme le lancer de troncs d'arbres, de ballots de paille, de pierres, et j'en passe. L'essentiel du récit se concentre sur la traversée Bretagne-Ecosse, les jeux en question ne faisant qu'une vingtaine de pages sur presque 160. Mais ce n'est pas un problème, les jeux ne sont qu'un prétexte pour nous dévoiler des tranches de vie. Chaque personnage est inspiré d'une personne réelle, et c'est un des éléments qui rend l'ensemble sympathique : l'auteur prend le temps de poser ses personnages, et nous les dévoile petit à petit au court du récit qui prend un peu la forme d'un voyage initiatique vers l'âge adulte. C'est très touchant, car ils sont tous confrontés aux défis du quotidien, certains plus que d'autres, un mélange extrêmement réussi d'humour et de sentiments. On passe souvent d'un grand sourire à une petite larme et vice-versa. Bref un plaisir total, j'ai rarement autant apprécié une BD, légère mais plein de bonne humeur.

28/04/2022 (modifier)