Les derniers avis (7522 avis)

Par Alix
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La saga de Pelle (Snaergard, Nordlys)
La saga de Pelle (Snaergard, Nordlys)

Quelle aventure ! Mosquito réédite cet album originellement paru aux défuntes Editions Du Long Bec, et bon sang que c’est bon. L’histoire est une grande saga historique de 180 pages, remplie d’aventure, d’action, de trahisons, de malédictions, de conflits familiaux… L’intrigue est passionnante, j’ai avalé l’album d’une traite, impossible de le refermer avant d’apprendre si Pelle et ses compagnons vont réussir dans leur quête désespérée. Surtout que la mise en image est sublime, les paysages scandinaves anguleux et majestueux sont parfaitement représentés, et l’auteur a clairement fait beaucoup de recherches sur les accoutrements, bâtiments, armes etc. comme en témoigne d’ailleurs l’excellent « making off » inclus dans cette réédition. Un délice pour les yeux. Une aventure épique. Je me laisse emporter sous le coup de l’émotion et j’attribue la note maximale… et un coup de cœur, bien entendu !

14/06/2022 (modifier)
Couverture de la série Holy Wood - Portrait fantasmé de Marilyn Monroe
Holy Wood - Portrait fantasmé de Marilyn Monroe

Attention Tommy Redolfi nous tend un joli petit piège blond. Si comme une grande partie des mâles libidineux vous préférez les blondes croqueuses de diamants et très superficielles vous en serez pour vos frais. Point d'anecdote croustillante et la relation avec JFK est à peine suggérée. Au contraire Redolfi choisit un angle à la limite du fantastique et très dérangeant par moment. En premier lieu, son graphisme ne rappelle pas du tout le glamour qui symbolise le cinéma de ces années 50/60. Son trait caricatural, voire déformant met l'accent sur la monstruosité interne aux différents personnages. Débuts classiques d'une débutante parmi des milliers, avide de gloire sans rien pour la différencier de ses concurrentes. Rien ? Si une bouche pulpeuse sur un visage disgracieux qu'il suffira de remodeler. Redolfi nous fait rentrer dans un cauchemar de star. Marilyn devient alors un objet de l'immédiat présent, un sex-symbol objet marchand qui n'existe que par son image. En se transformant, elle a perdu son identité passée de petite fille dévorée par les méchants loups. A ce moment Redolfi nous bouge vraiment. 60 ans avant Metoo l'auteur nous suggère que cette usine à rêves devait être une fabrique à cauchemars pour les plus fragiles. Le trait, les couleurs, les pages noires et les ambiances de l'auteur font merveilles. Marilyn est prisonnière de ses béquilles (médicaments ou alcool) autant que de sa célébrité comme nous sommes prisonniers de ces ambiances closes : ces forêts, ces villas-forteresses luxueuses ou ce cabinet de psy. Aucun moment de répit, Rodolfi nous fait progresser dans un monde hostile où un Papa est à la fois un appel et un cri de terreur. Une excellente lecture pour un public avisé.

12/06/2022 (modifier)
Couverture de la série Lulu et Nelson
Lulu et Nelson

J'étais un peu vénère en apprenant que Soleil a repoussé la sortie du tome 3, tellement je suis entré dans cette série à très fort potentiel dramatique et émotionnel. Initialement achetée pour donner du corps à un exposé CE2 sur l'Afrique du Sud, j'ai littéralement été happé par cette histoire. Tout d'abord, les couvertures sont très belles. Lucia et Nelson sont rassemblés dans une sorte de constellation argentée dans cet immense espace de liberté, j'adore. La liberté est bien le thème central de la série. Liberté irréfléchie de Lucia, la petite Italienne à qui tout est permis, même de prendre un bateau Sud-Africain toute seule avec un grand sourire du capitaine. Liberté à conquérir pour Nelson et son papa au risque de leur vie dans les pas de "Madiba". Mais qu'est la liberté sans la justice ? C'est le deuxième apprentissage de Lucia. Le "petit bourdon" à la tête si dure met en péril tous ceux qu'elle aime par son comportement égocentré de petite européenne. Heureusement si Lucia ne réfléchit pas beaucoup, elle a du coeur pour dix. Cela nous la rend très empathique mais surtout Lucia va découvrir qu'il y a la justice des hommes et la justice du coeur. Découvrir l'opposition entre droit positif et droit naturel à 10 ans peut être traumatisant surtout dans un pays comme l'Afrique du Sud en 1964. Charlotte Girard, Jean Marie Omont et Aurélie Neyret nous livrent là une série de premier ordre. Il/elles abordent ces thèmes fondamentaux de liberté, justice et égalité en direction d'un public 8/12 avec une justesse remarquable. Il/elles y ajoutent deux éléments qui pimentent le récit à l'extrême. Une intrigue dramatique à deux niveaux, le sort du papa de Lucia à la merci d'un juge et le sort du papa de Nelson à la merci d'Hendrick le fermier raciste qui élabore un plan démoniaque. A ce propos, réussir à faire tenir des propos racistes dans la bouche de Hendrick, ce qui est légitime dans le scénario mais avec la distance nécessaire pour qu'un jeune public ne se les approprie pas à dû être un casse-tête pour les auteurs. Exercice toujours périlleux mais réussi et qui fait coller le scénario au plus près de la réalité. Car la réalité historique est bien présente. "Madiba" est encore libre et enflamme d'espoir les millions d'Africains dans son pays et bien au-delà. "Madiba", c'est évidemment Nelson Mandela et la dernière page du tome 2 explique son parcours entre 1918 et 1964 l'année de son procès. Le deuxième élément est la rencontre de ces beaux animaux libres au cours des vagabondages des deux enfants dans la savane. De plus le dessin d'Aurélie Neyret est très beau avec ces bouilles à la Gazzotti dans Seuls. Un découpage très bien travaillé, des planches sur la savane et la faune Sud-Africaine qui raviront les jeunes et les moins jeunes. Des couleurs qui tombent piles avec les ambiances voulues. Du très très bon à mon goût. J'attends le tome 3 avec fébrilité tellement le scénar peut partir dans des voies différentes. (Nous sommes en 1964, pas en 1994). Si cette série était primée en 2023 à Angoulême, j'en serais très content.

02/06/2022 (modifier)
Par Blanc
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Mon année
Mon année

Je n'ai jamais lu une bd sur la trisomie chez les enfants. Réussite totale sur le graphisme et l'approche discrète mais profonde psychologiquement du scenario qui contribue à l'intérêt du titre et d'une suite.

01/06/2022 (modifier)
Par LBS44
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série San-Antonio (Sanlaville)
San-Antonio (Sanlaville)

Grand fan de San-Antonio depuis plus de 35 ans.... j'ai découvert les BD de Sanlaville et franchement pas déçu... Vraiment, on retrouve l'esprit de SAN-A... bravo et une mention pour le 2nd volume, meilleur que le premier.. j'ai hâte du 3ème !

01/06/2022 (modifier)
Par Yann135
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Méridien
Méridien

Avec cet album vous n’avez pas entre vos mains une BD quelconque ! Non non ! Vous avez entre vos mains, un chef d’œuvre dessiné de toute beauté. C’est beau. C’est magnifique. C’est admirable. Les mots me manquent pour décrire les émotions ressenties à la lecture de cet album. C’est jouissif de lire un tel ouvrage. Tout est parfait ! L’histoire de cette expédition scientifique est véridique. Vous allez plonger allégrement dans le voyage de Charles-Marie de la Condamine au Pérou qui s’étale de 1735 à 1745. C’est un scientifique chargé par l’académie des sciences sur ordre du roi, de se rendre en Amérique centrale pour mesurer la longueur d’un arc de méridien. La terre est-elle une mandarine ou un citron ? Autrement dit, la terre est-elle une sphère parfaite ou plutôt une sphère enflée à l’équateur et aplatie aux pôles comme Newton le prétend ? Il faut le démontrer grâce aux mathématiques... Allez zou vous êtes prêts pour embarquer dans une expédition pas comme les autres, au siècle des lumières ! Au-delà de l’aventure scientifique, les auteurs s’attachent à la psychologie des nombreux personnages de ce périple au bout du monde. Les sentiments se mélangent. Des plus louables aux moins honorables. Que c’est délicieux ! Au scénario, Arnaud le Gouëfflec a travaillé son sujet. C’est du coup captivant de découvrir un pan entier de notre histoire même si une part de liberté est de mise pour ce genre de récit mais la vérité n’est pas loin. Le dessin de Briac est sublissime. 6 années de travail pour ce rendu exceptionnel. Des touches de couleurs encore inconnues dans ses précédents albums. Du vert ! Du bleu clair. Des couleurs qui éclatent. Et toujours ce graphisme qui va faire que vos pupilles vont se dilater. Un régal. C’est délicat et poétique à la fois. Les encres, les pastels, les acryliques et les gouaches se mélangent. C’est remarquable. La jungle luxuriante comme si vous y étiez. Briac est au sommet de son art ! Un mot concernant le lettrage de Philippe Marlu. C’est raffiné. Belle lisibilité. Les bulles n’obturent pas le dessin. Admirable. Je ne vous recommande qu’une chose ! Foncez vous procurer cet album ! Un mixte d’Apocalypse now sous Louis XV et de Fitzcarraldo ! L’album de l’année à coup sûr. D’ailleurs pour prolonger mon plaisir je me suis procuré la couverture originale et une planche de Méridien. A découvrir l’exposition de planches originales à la chapelle St Sauveur les 4 5 6 juin dans le cadre du festival « les étonnants voyageurs » à St Malo. Qu’on se le dise !

29/05/2022 (modifier)
Couverture de la série Les Montagnes hallucinées (Tanabe)
Les Montagnes hallucinées (Tanabe)

Les Montagnes hallucinées : l’audacieuse (et réussie) adaptation de Lovecraft en manga ! Adapter l’Indicible de Lovecraft n’a rien de facile et de nombreux artistes s’y sont cassés les dents. Avec Les Montagnes hallucinées, Gou Tanabe réussit l’exploit de transposer la nouvelle culte de Lovecraft en manga. Une extraordinaire réussite. H.P. Lovecraft est une référence pour la littérature de l’imaginaire. Ce « maitre de l’horreur » joue avec les nerfs de ses lecteurs sans jamais rien dévoiler. Son art est tout en subtilité et il laisse toujours le lecteur imaginer son horreur. Et c’est tout le problème quand vient le temps de l’adapter ! En effet, l’indicible, terme souvent employé par Lovecraft, l’équivalent d’« inexprimable »; l’indicible donc est rarement facile à dessiner ou bien à montrer à l’écran ! Pourtant, certains réussissent ce tour de force. C’est le cas de l’artiste Gou Tanabe avec son adaptation en manga de la nouvelle Les montagnes hallucinées! Deux tomes pour une longue nouvelle Les Montagnes hallucinées est le titre d’une très longue nouvelle de Lovecraft, publiée pour la 1re fois en 1936 dans le magazine Astounding Stories. Elle est éditée dans la langue de Molière en 1954. Les Montagnes hallucinées, un des récits plus connus de Lovecraft, laisse voir un Lovecraft au sommet de son art. Tous les éléments et thèmes propres à l’auteur s’y retrouvent. L’appel de l’aventure, l’exploration scientifique, le danger des éléments, des civilisations antiques et bien entendu, l’indicible! Selon moi, c’est la nouvelle à lire pour voir l’étendu du talent de Lovecraft et comprendre son art. Gou Tanabe adapte cette histoire en un manga de 2 tomes dans la nouvelle collection « Les chefs-d’œuvre de Lovecraft » chez Ki-oon. L’éditeur français le publie dans un format très élégant avec couverture souple imitation cuir, évoquant un carnet de voyage… mystérieux, évidemment ! Lovecraft en manga pour le meilleur ! Cette audacieuse adaptation en manga démontre tout le potentiel de cet art. Sans dénaturer la nouvelle, Gou Tanabe restitue tous les personnages de la plus parfaite des façons dans un style managa. Il respecte en tout point le lent scénario des Montagnes hallucinées qui nous mène inexorablement vers l’horreur. Des découvertes scientifiques fabuleuses, en passant par le danger d’une nature austère, jusqu’à la folie qui guettent pratiquement tous les personnages de Lovecraft. Gou Tanabe ne laisse rien au hasard et n’oublie absolument aucuns détails importants des Montagnes hallucinées. L’indicible dessiné Progressivement, Gou Tanabe livre Les Montagnes hallucinées avec son subtil trait avant de passer au niveau supérieur pour nous donner des planches d’une beauté et d’une froideur à couper le souffle. Son dessin est précis, expressif, et immersif. Le rythme de sa mise en scène respecte en tout point celle de Lovecraft. Ses personnages, bien qu’ils aient des traits légèrement asiatiques, sont authentiques. Ils sortent de la nouvelle pour venir dans son manga. Mais là ou Gou Tanabe transcende son art est au niveau des décors et des paysages. Ses montagnes et cités non-euclidiennes sont criant de vérité et l’angoisse que nous avons en les regardant est si grande que le malaise s’empare de nous. L’horreur, tout l’horreur de Lovecraft ressort dans le dessin de l’artiste. L’indicible est ici « visible » et nous glace le sang bien au-delà de la seule froidure de l’Antarctique où se situe l’action. La plus réussies des adaptations de Lovecraft ? Oui pour moi, sans aucun doute, Gou Tanabe nous livre avec ces 2 tomes des Montagnes hallucinées la meilleure adaptation de Lovecraft tous médias confondus à ce jour. Il a su conceptualiser une horreur qu’on dit souvent inexplicable et la dessiner. Il a fait vivre ce récit sous nos yeux pour le meilleur et pour le pire. L’essence même de l’art de Lovecraft est présente dans chaque planche, chaque case, et chaque coup de crayon. La peur et l’angoisse enveloppe cette adaptation comme un mince voile qui déforme notre lecture pour nous faire sombrer dans un autre univers, l’univers de Lovecraft. À la frontière du réel et de l’irréel, là où la folie nous guette à chaque mot. Jamais je n’aurais cru avoir les mêmes sensations de mes lectures de Lovecraft autre qu’en nouvelle, c’est chose faite maintenant et c’est Gou Tanabe qui a réussi cet acte extraordinaire. Voici un chef-d’œuvre, tout simplement.

25/05/2022 (modifier)
Couverture de la série L'Histoire Secrète
L'Histoire Secrète

L’Histoire secrète : Jean-Pierre Pécau revisite 3 000 ans d’histoire ! Avec L’Histoire Secrète, Jean-Pierre Pécau orchestre un immense complot qui revisite l’histoire de l’humanité. Une saga riche et exigeante ! La synchronicité, concept développé par Carl Gustav Jung, psychiatre de son métier. On peut la résumer en disant que c’est une conjoncture de 2 évènements simultanés qui ne sont pas reliés mais qui peuvent être perçus comme tel. La « rétro-synchronicité », elle, est une possibilité de voir l’avenir et de l’aiguiller de la façon que nous voulons. Concept inventé par l’auteur Jean-Pierre Pécau, inspiré de celui de Jung, qui est à la base de son univers conceptuel. Bienvenue dans L’Histoire Secrète ! Une série riche et complexe L’Histoire Secrète débute en 1998 dans la série Arcanes. L’auteur, Jean-Pierre Pécau, commence à poser les pierres de ce qui va devenir sa plus longue série en carrière. Pécau, professeur d’histoire, passionné de jeux de rôle, va utiliser toutes ses compétences et connaissances pour nous offrir une immense mosaïque où tous les grands évènements historiques sont directement reliés à un jeu secret dans lequel participent les 4 personnages principaux de la série. Cette histoire, cachée derrière l’histoire officielle, sera développée du début de l’humanité jusqu’à l’époque contemporaine. Deux frères et deux sœurs jouent avec le destin de l’humanité pour des raisons différentes. C’est complexe, lourd, et ça demande énormément de temps pour bien saisir l’ensemble de l’œuvre. En fait, lire au complet L’Histoire Secrète, c’est un évènement historique en soi tant les ramifications sont nombreuses et complexes. Une vie éditoriale particulièrement riche ! Pour bien parler de L’Histoire Secrète, une mise en contexte s’impose. Premièrement, du point de vue de l’édition et ensuite du point de vue de l’histoire. La série principale de cet univers comporte 36 tomes. Débutée en 2005, le tome 35 est sorti en mars 2019. Tome 35, car il existe un tome 0 qui se veut un préquel de l’histoire, qui lui est paru en 2018. Avant toute chose, son univers a commencé, comme je l’expliquais plus haut, en 1998 avec le 1er tome de la série Arcanes. Série qui comprend 10 tomes, terminée en 2012 et dont 6 tomes ont été écrit en parallèle avec L’Histoire Secrète. À côté de ces 2 séries, Pécau a développé une série dérivée de Arcanes du nom d’Arcane majeur. Six tomes parus de 2003 à 2013 qui viennent enrichir son univers. C’est donc 52 tomes qui composent l’univers de Pécau ! Voilà de la lecture pour vos prochaines années ! Une histoire impressionnante et complexe Maintenant, un petit résumé de L’Histoire Secrète, sans entrer dans les détails, je ne veux pas divulgâcher des éléments importants de l’histoire. Pécau nous offre avec son univers une relecture de l’histoire de l’humanité où 4 « Archontes », qu’on peut qualifier de magiciens, s’affrontent pour son contrôle. Dans l’ombre, ils manipulent les hommes pour leur propre intérêt en utilisant le principe de la « rétro-synchronicité ». C’est un pouvoir qui leur permet de voir l’avenir et le manipuler pour arriver à leur fin. Pour se faire, ces magiciens doivent utiliser des cartes qui sont appelées des Ivoires, qui sont à la base de nos jeux de cartes contemporains et fortement inspirés du tarot. Pécau va utiliser cette capacité pour prendre certains épisodes historiques qui peuvent être perçus comme inexplicables, douteux ou légendaires et les insérer dans son histoire. Prenons exemple de la quête du Graal, l’assassinat de Kennedy, la catastrophe de Tchernobyl ou bien encore les 10 plaies d’Égypte. L’auteur va attribuer une partie des mystères de ces évènements aux 4 magiciens et à la lutte qu’ils se font entre eux. Au fil de l’histoire, certaines personnes vont découvrir, par erreur ou non, l’existence de ce combat et deviendront des agents travaillant pour les « Archontes » Leur but sera de mener à bien les missions qui leur seront données par leur maître. Qui sont les 4 Archontes ? Plusieurs personnages historiques sont utilisés par Pécau dans la série. Par exemple, Moïse, Nostradamus, John Dee, Newton, Napoléon, sont tous des agents pour les différents « Archontes ». Bien entendu, l’auteur en invente aussi plusieurs qui viendront faire avancer l’histoire. Les 4 Archontes sont : Dyo qui va former la maison des Coupes et représente le cœur dans nos cartes et le Pape dans le tarot. Manipulateur et dangereux, il n’aime pas beaucoup le genre humain. Il sera responsable de la montée en puissance de l’URSS et sera à l’origine de la catastrophe de Tchernobyl. Reka, qui va former la maison des Lances, représente le pique dans nos cartes et la Papesse dans le tarot. C’est une grande amatrice de l’homme dans tous les domaines. C’est une rêveuse avec quelques moments de folies meurtrières passagères. Elle se fera passer pour une déesse dans plusieurs époques. Arker, qui va former la maison des Épées, représente le carreau dans nos cartes et l’Impératrice dans le tarot. Elle ne veut que l’évolution de l’Homme à son plus haut degré. Erlin, qui va former la maison des Deniers, représente le trèfle dans nos cartes et l’Empereur dans le tarot. Il est le plus humain des 4 Archontes et ne désire que le bien pour l’Homme et est prêt à tout pour le réaliser. Au fil de l’histoire, un 5e Archonte sera créé par les diverses manipulations de la trame du futur. Un 5e joueur, qui lui ne sera que mal et destruction. Finalement, Guillaume de Lecce représente le joker dans nos cartes et le Mat dans le tarot. Tout au long de la série, ces 5 magiciens vont s’affronter et quelques fois vont s’allier dans un seul et unique but, le contrôle de l’humanité. Une longue lecture L’Histoire Secrète n’est pas une série parfaite, aucune série ne l’est. Par contre, elle démontre un grand souci du détail par son auteur. Sur 36 tomes, il réussit le tour de force d’avoir une cohérence presque parfaite et même s’il se glisse quelques erreurs, cela ne dérange en rien la lecture. Il prend plus de 3 000 ans d’histoire et en fait une relecture des plus passionnantes, divertissantes mais aussi questionnantes ! Tous ces évènements étranges et inexpliqués de l’histoire sont insérés dans un immense complot secret. L’idée est bonne et elle fonctionne. C’est complètement addictif si on embarque dans l’univers, ce qui n’est pas chose facile, je vous avertis. Le nombre incroyable de tomes, le temps incalculable de lecture que ça demande, le fait qu’il faut avoir pratiquement tous les tomes lors de la lecture car l’auteur fait énormément de renvois aux tomes précédents pour expliquer son histoire, le côté pécuniaire si vous n’avez pas une bibliothèque pour les emprunter, sont des embûches qui peuvent faire reculer plusieurs personnes. Si on accepte tous ces obstacles potentiels et qu’on rentre dans la série, on en ressort avec une vision différente. La richesse scénaristique est fabuleuse et le travail de recherche que Pécau a dû faire pour en arriver à ce résultat est phénoménal. Un graphisme qui passe en deuxième La série ne brille pas par sa qualité graphique. Igor Kordey, le dessinateur principal de la série (qui a travaillé sur les New X-Men de Morrison), nous donne un dessin réaliste qui est correct. En fait, le travail des dessinateurs est éclipsé par le scénario. Le mince équilibre entre le dessin et le scénario n’est donc pas atteint ici. Mais Kordey nous donne de merveilleux décors et joue avec les époques de belle façon. Il a dessiné les tomes 0,1,2 et 6 à 35. Goran Sudzaka et Geto se sont chargés du tome 3 et Léo Pilopovic des tomes 4 et 5. L’équipe qui s’est occupée des couleurs, composée de plus de 6 personnes, pour les 36 tomes, fait le travail. Il est rare pour moi de dire ça pour une série BD, mais ici, on sent réellement que le dessin est là pour appuyer le scénario, qui lui prend toute la place. Et c’est un peu désolant car je crois sincèrement que cette série avait un immense potentiel graphique qui aurait pu être mieux exploité. Mais bon, la perfection n’existe pas. Une saga pour lecteurs avertis L’Histoire Secrète se développe dans un univers cohérent. Je la conseille aux lecteurs chevronnés. Une longue intrigue aux ramifications complexes et détaillées où il est facile de se perdre. Une série de dessinateurs et de coloristes qui font le travail. Mais surtout, un scénariste qui a su réécrire l’histoire de brillante façon et inventer cet univers. Tant d’éléments qui font que je recommande cette série. Chapeau à monsieur Jean-Pierre Pécau pour ces 36 tomes qui nous amènent dans l’histoire secrète de notre humanité !

25/05/2022 (modifier)
Couverture de la série Alt-Life
Alt-Life

Sommes-nous des êtres de chair ? Le bonheur, c’est la contrepartie du malheur ? Un monde sans contrainte peut-il amener ce bonheur ? Qui sommes-nous ? Qu’est-ce qui fait de nous des humains ? Tant de questions posées dans Alt-Life ! Une longue attente pour une juste anticipation Alt-Life, je l’attendais avec impatience. J’avais une vague impression que cette BD serait un de ces trucs qui sort du lot, qui ne reste pas sur le chemin de brique jaune. Et je ne m’étais pas trompé ! Elle représente très bien ce qu’est notre époque et anticipe où nous allons. Une immersion totale Nous suivons l’histoire de 2 pionniers, Josiane et René, qui ont accepté de faire un avec la machine pour intégrer leur esprit dans le nouveau monde virtuel où l’humanité ira les rejoindre après une année de tests et d’évolution de ce projet qui se nomme « la génération ». Plus de retour en arrière possible pour eux, c’est une fusion parfaite entre l’homme et la machine où l’esprit est absorbé dans ce nouvel univers. Dans ce nouveau monde, pas de contrainte, ou si peu. Plus besoins de manger, de boire, d’aller aux toilettes, de prendre de douche. Tout est géré et conditionné par la machine. On peut y créer ce qu’on veut, on peut y faire ce qu’on veut, aucune limite à part notre imagination. Bref, c’est l’immersion totale. L’expérience ne sera pas vécue de la même manière par nos 2 aventuriers du virtuel. Au début, Josiane laisse libre cours à ces pulsions sexuelles inassouvies. René aura plus de difficulté à basculer complètement dans ce type de relation et se questionnera sur la réalité de la chose. Les 2 personnages évoluent dans cet univers différemment pour à la fin se retrouver tous les 2 dans une quête d’humanité. Une fois leur année passée, le reste des gens viendront les rejoindre mais avec un accès moins élevé dans leur possibilité de création mais surtout d’espace qui leur est donné. Ici aussi, dans cet univers, la disparité entre les classes sociales est présente. Les riches ont plus d’espace, les pauvres moins. Pas beaucoup d’évolution sociale! L’humanité en question Il est difficile de bien décrire Alt-Life tant cette BD est complexe et regorge d’éléments philosophiques et de questionnements sur notre humanité. En fait, pour bien la comprendre vous allez devoir la lire ! Alt-Life est tellement collée sur notre époque que ça peut paraître épeurant en lecture. Tant de ressemblance avec nous, ce que nous vivons, ce que nous sommes. Et cette anticipation de devenir de pur esprit de la machine dans un nouveau monde est bien présente dans les diverses formes d’art depuis très longtemps. Quand j’ai terminé ma 1re lecture, j’ai ressenti plusieurs émotions. La peur, la peur de voir cet avenir arriver. Un avenir où on laisse tomber notre monde pour s’enfuir dans un nouveau qui, malgré les précautions, ressemblera de plus en plus à notre ancien monde. La colère, la colère de participer tacitement à cette inexorable évolution de notre société pour le meilleur et le pire. L’excitation, car je suis un être de pulsions et avoir la possibilité de vivre ces pulsions sans contrainte et conséquence est tentante mais tout aussi troublante. L’espoir, car à la fin de cette histoire, Josiane et René recherche cette réalité, la réalité qui pue, qui fait mal, qui nous fait pleurer, qui nous frustre mais aussi qui nous stimule, qui nous rend heureux, qui nous donne du plaisir, qui fait de nous des humains. Car la grande question de cette BD, et elle est très Dickienne cette question, qu’est-ce qui fait de nous des humains ? Une BD qui porte à réflexion Alors, lisez Alt-Life ! Pour la grande qualité du scénario : quand vous aurez terminé de la lire, elle vous restera en tête fort longtemps. Pour la qualité graphique qui colle à l’histoire de façon parfaite avec son petit côté psychédélique dans la couleur et les dessins. Pour la profonde réflexion qu’elle vient mettre en nous. Une grande BD !

25/05/2022 (modifier)
Couverture de la série Le Spirou d'Emile Bravo - L'Espoir malgré tout
Le Spirou d'Emile Bravo - L'Espoir malgré tout

Je profite de la sortie de la quatrième partie pour compléter mon avis. Dans cette dernière partie le rythme s'accélère, la fin est proche au moins pour nos héros bruxellois. Spip nous rappelle qu'il a sa place en résolvant l'impasse dialectique où se trouvaient Spirou et Fantasio près du pont. Les drapeaux alliés sont de sortie mais Emile Bravo en profite pour intensifier l'intensité dramatique du récit. De brèves larmes de joie, l'auteur nous renvoie aux larmes de souffrance. Qui aura le dernier mot ? semble interroger le dernier gag comique et macabre au dépens du policier girouette . Un épilogue plus léger, quoique, nous invite à voir plus loin. En Afrique? En Palestine? Jusqu'à cette dernière double page saisissante, voire inoubliable, Felix pour toujours avec nous. A lire. Il faut avouer qu'Emile Bravo n'a pas facilité la tâche de Spirou en le laissant seul affronter ces terribles années brunes. Kassandra partie, aucune aide mycologique en vue et Fantasio qui la joue grand ado borderline en de maintes reprises. Il reste Spip mais le cuir de la Gestapo semble trop indigeste pour ses petites dents. Spirou et Fantasio sont partis sur les chemins de l'exode et de toutes les misères voire de toutes les ignominies. Je trouve le personnage de Fantasio fantastique .Si complexe et si travaillé. Il est de nombreuses fois très proche de se brûler mais c'est à chaque fois pour nous montrer la vrai face de l'ignoble. Son personnage est bien plus torturé que celui de Spirou mais au final c'est lui qui sera initié. Spirou traverse ces trois tomes avec son insouciante bonne volonté due à sa jeunesse. Le scénario est un modèle d'anti manichéisme. Anselme nous le rappelle et nous renvoie à nos propres errements historiques loin de toute classification simplificatrice. Nos pays civilisés n'ont ils pas envoyé des meutes colonisatrices de par le monde? Spirou nous le dit clairement : un soldat quelque soit son uniforme cela tue des gens. Spirou avec ses questions d'enfants auxquelles il est si difficile de répondre, nous adultes. Spirou avec son bon sens qui éclaire cette période comme le théâtre de marionnettes éclaire le visage des enfants. Même si le sens subversif leur échappe et c'est tant mieux, c'est la garantie de son succès. C'est cette insouciance que nous peint monsieur Bravo qui sera la meilleure arme pour avancer et choisir les bons trains celui des Justes. celui de P'tit Louis et Suzanne et de leurs compagnons d'infortune. Car ceci n'est pas un train !!! Le peintre belge le plus célèbre du XXème siècle me pardonnera cette paraphrase. Emile Bravo fait apparaître le génial Magritte dans une rencontre avec Spirou. Dans ce troisième volume cette rencontre est fugace et éphémère mais je la pense centrale. Centrale physiquement en page 48 du tome 3 et centrale dans la compréhension de l'œuvre. Ce qui pose problème à beaucoup depuis le premier épisode, est la personnalité de Fantasio. Emile Bravo joue les iconoclastes cassant le miroir lisse du héros de notre enfance. Du miroir cassé il en résulte mille visages qui d'ailleurs changent en fonction de votre angle de vue. Oui Fantasio est multiple mais c'est lui l'adulte ( ou sur la voie) qui sort de sa bulle d'enfance. Il est presque de chair avec sa lourdeur, ses aspirations sexuelles frustrées, est-ce l'amour pour Madeleine qui le fait agir? Mais au delà du ressort comique qu'il incarne (une autre facette du miroir) c'est lui qui prend les risques en conscience librement ou presque. Presque parce qu'il n'est plus capable d'une entière humanité, prisonnier qu'il est de sa haine légitime de l'ennemi. Que ces Forteresses Volantes sont belles dans le ciel d'azur. Une représentation de la beauté du moment qui part tuer des dizaines de milliers d'enfants, vieillards et leurs familles. Ceux là on eu la malchance de naître au mauvais endroit, Dresde ,Hiroshima ,Rotterdam ou St Lo entre autres, au mauvais moment. Je comprends Spirou encore comme enfant idéaliste. Il est plus idée que chair. Ce qui peut le faire passer pour naïf ou nigaud. Mais c'est ses idées pacifiques bien qu'audacieuses qui entrainent l'adhésion du groupe. Le monde est souvent aveugle comme le père André qui a oublié la base même du message qu'il doit transmettre. Alors l'artiste, le peintre en particulier a le devoir de l'éclairer et de le reconstruire. Felix porte en lui cette mission même au péril de son couple et de sa vie. Fantasio est plus clairvoyant qu'il n'y paraît quand il dit "qu'y a-t-il de plus noble que de faire passer un message?" après son échec pitoyable et burlesque. Techniquement je trouve les dessins et les couleurs en phases avec le projet. Visages émaciés jusqu'à la caricature, couleurs sombres. Seule Madeleine nous rappelle que le printemps reviendra avec ses belles couleurs que porte amour. Mais Emile Bravo nous conte un récit ou la réalité l'emporte de loin sur la fantaisie. "Tu sous-estimes l'efficacité de la Gestapo" prévient Fantasio. Les nombreux réseaux de la Résistance démantelés pendant la guerre sont là pour le confirmer. Mieux valait ne pas tomber vivante entre les mains de ces assassins sadiques. 200 pages pour presque revenir au point de départ, dans des trains en partance? J'aime ce rythme. Quand la peur, la faim et le froid sont là, une minute semble une heure. Quand je tourne la page, action ou attente. Attendre encore, attendre le bon moment car la moindre erreur et le temps se raccourcit dramatiquement. Peu à peu les souvenirs familiaux de cette abominable période s'effacent. Merci à monsieur Bravo de transmettre ce message aux jeunes générations. Pas un train mais un chemin de liberté ou d'asservissement. On a toujours le choix comme nous le dit Dewilde.

07/12/2021 (MAJ le 24/05/2022) (modifier)