Enfin mon 900è avis sur ce site, pile avant mes vacances, ça fait rudement plaisir !
Ralph Azam nous a été prêté par un ami qui est franchement fan de la série Donjon et qui recommandait fortement Ralph Azam. Les douze tomes qu'il nous a prêté on été engloutis en moins d'une semaine. Trondheim est vraiment passé maitre dans l'art narratif et ça se sent. Pour ma part, je n'ai pas décroché des volumes à aucun moment. Et surtout, chaque volume m'entrainait à la suite des autres sans que je ne puisse résister. Imaginez la souffrance d'attendre que le conjoint ai fini le volume pour pouvoir le lire !
Ralph Azam à des faux airs de Donjon, avec son personnage canard rappelant Marvin, ses personnages anthropomorphique, sa fantasy qui parle d'artefacts sacrés et de pouvoirs. Mais contrairement à Donjon Zénith ou Donjon Crépuscule, l'histoire se tient bien plus et n'a pas le côté sérielle que je reproche un peu à Donjon. Ici, tout se tient d'un bout à l'autre et a même une cohérence assez importante qu'on ne soupçonnerais pas au début. Ainsi plusieurs révélations tardives permettent de remettre en lumière ce qui se produit au préalable. Une relecture est de toute façon intéressante pour remboiter toutes les pièces du puzzle, non pas que le récit est une enquête dont le mystère révèle une profondeur insoupçonnée, mais simplement le récit semble plus profond qu'on ne le soupçonnais de prime abord.
L'histoire est dense et surtout rapide. Pas de remplissage, mais une action continue et qui ne souffre jamais d'être simplement là pour l’esbroufe. A travers les péripéties de Ralph Azam, c'est un passage de l'adolescent à l'adulte qui nous est raconté, mais aussi des considérations sur la politique ou la religion, sur l'importance de nos choix et de nos actions, la découverte des conséquences de nos actes et des changements que le temps induit sur nous, sur les autres et sur nos relations.
En effet, la BD explore un temps assez long. Entre le premier et le dernier volume, plusieurs années sont passées. Au cours de ce temps, Ralph verra bon nombre de choses qui le sortiront de cette adolescence bête qu'il incarne au début, moqueur et toujours un peu distant des choses par un sarcasme bien placé, pour devenir un adulte, parfois violent, parfois énervé, conscient de plus en plus de l'impact qu'il a sur le monde. Le récit est volontairement violent d'ailleurs, bon nombre de personnages disparaissent vite du récit et beaucoup d'entre eux meurent parfois brutalement. Je sens que Trondheim s'inspire de récit d'épic fantasy mais aussi de dark fantasy, n'hésitant pas à parler de choses plus sombres sur le monde et l'âme humaine. C'est un savant mélange qui fait rire mais qui émeut aussi.
Le tout est accompagné par des personnages parfaitement bien décrits. Ralph, bien sur, est un personnage attachant par sa bêtise et sa naïveté qu'il va perdre au fur et à mesure. Mais aussi Zania, personnage moralement trouble mais qui connaitra un parcours assez peu conventionnel. Il y a aussi Yassou, jeune mage prématurément vieilli qui découvrira que son univers n'est sans doute pas vrai et ira de désillusion en désillusion. La bande de personnages présentés est assez disparates dans les intentions et les pouvoirs, mais au final ils sont tous intéressants d'une façon ou d'une autre.
Je finirais juste en disant que le second cycle me laissait envisager des passages plus long et dans une optique bien différente du début, mais Trondheim revient rapidement à son récit principal, par des pirouettes qui m'ont assez surpris. Il reste dans la continuité de son récit et le finit lorsqu'il le faut. Le dernier tome, au ton plus triste et sombre, est un adieu au monde de Ralph qui est franchement bon. Il n'aurait pas pu faire meilleure fin.
En somme, une œuvre de fantasy très simple dans son genre, explorant divers genres et plusieurs thématiques, entrainante et passionnante, mâtinée de personnages fabuleux. C'est le genre de série que je recommande parce qu'elle est à la fois suffisamment simple pour être lue par tout le monde, mais aussi suffisamment fouillée pour intéresser tout lecteur. Je pense que dans les BD que j'ai lu de Trondheim, c'est une des plus réussie en tout point. Lecture recommandée, bien sur.
Vraiment super, je recommande vivement ! Ce livre est très intéressant, j’ai appris beaucoup comme l’existence de Los Alamos, le fait que certains scientifiques soient contre l’utilisation de l’arme,... La narration de l’atome lui-même est une bonne idée qui nous tient au fil tout au long de cet ouvrage assez intense. Le noir et blanc nous plonge dans cette ambiance tragique. On peut dire que c’est un chef-d’œuvre, bravo et merci !
Tome 1
Quel raffinement dans cette bande dessinée pour adultes.
Habitué du genre, je suis encore sous le charme de cette première intégrale qui avec un dessin très sensuel, est une véritable révélation. C'est en tombant sur la parution de la seconde intégrale, que j'ai finalement cédé à l'achat de cette série que je ne connaissais que de nom.
Il faut avouer que les dessin sont somptueux avec un choix de couleurs limité (noir & blanc avec une pointe de rouge toujours très bien ciblée), les auteurs nous offrent une histoire très sensuelle malgré des scènes très hard classiques et des dialogues parfois très crus qui tranchent avec l'érotisme raffiné des dessins.
Là où la plupart des bandes dessinées pour adultes ne sont qu'un catalogue de scènes hard, nous avons le droit ici à un scénario élaboré et crédible, avec des chapitres où l'on découvre le point de vue des personnages, Iris et Simon, le tout pimenté par les aventures saphiques (et terriblement excitantes) de Charlotte .
Tome 2
5 ans ont passé depuis la première rencontre entre Iris et Simon, et l'habitude remplace le désir.
Avec ce second volume, Elise et Thomas Raven s'allie avec la scénariste Candice Solère. Si le dessin est toujours aussi sublime, avec l'apparition de nouveaux personnages comme "la danseuse folle" et la très délurée Valentine, l'histoire tourne surtout autour des amours lesbiens de Charlotte, et de la" danseuse folle", bref les femmes prennent le pouvoir dans ce second opus.
Il y a un parfum de "Eyes Wilde Shut" qui flotte sur cette histoire, qui prend un tour nouveau avec une Iris qui finit par céder à une aventure où on ne l'attendait pas.
Un peu en deçà du premier volume, sans doute en raison de trop longues scènes qui se déroulent à "la danseuse folle", ce second tome reste tout de même de grande qualité .
Bref, une très belle réussite, et je me demande encore pourquoi je suis passé à côté de ce petit chef d’œuvre de la bande dessinée érotique.
L'histoire se conclut par un cliffhanger qui ne peut que nous entraîner dans l'achat de la seconde intégrale.
Tome 3
Troisième intégrale pour cette série érotique qui possède deux atouts de taille dans le monde des bandes dessinées pour adultes.
D'une part un dessin d'une élégance que je n'ai pas retrouvé ailleurs, et d'autre part un scénario inspiré, ce qui est assez rare dans ce domaine.
Nous retrouvons ici notre couple, Simon et Iris, mais séparément,leur mariage n'ayant pas résisté aux assauts de La Danseuse folle.
En effet, nous assistons à la dérive des principaux personnages dans ce volume. Simon ,esseulé,essaie de se rattacher à ses souvenirs; Iris va jusqu'au bout de ses fantasmes avec La Danseuse folle, tandis que la plantureuse Charlotte a du mal a surmonter ses aventures avec Ava et Richard.
Les auteurs nous offrent donc un portrait assez désabusé de nos héros, le tout illustré par des scènes de sexe explicites, d'ailleurs de toute beauté. C'est pourtant le paradoxe de cet album, le dessin est si élégant qu'il fait oublier le côté pornographie de la série.
A noter, à la fin de l'album, la présence d'un bonus constituée de planches "coupées au montage", avec le commentaire des auteurs.
J'en conseille la lecture évidemment.
Tome 4
Clap de fin avec ce 4ème volume d'une série qui restera pour moi une des meilleures séries érotiques que j'ai lues. Je dis bien érotique et non pornographique car, malgré des scènes très crues voire explicites, je ne vois aucune vulgarité mais plutôt un érotisme torride et raffiné.
Après un 3ème opus assez sombre et désabusé, les auteurs nous offrent là une véritable renaissance des personnages. J'ai immédiatement songé à ce titre Renaissance au fil de la lecture, jusqu'à ce que je tombe en fin d'album sur ces mots: "mourir un peu, renaître; meilleur; Et tout recommencer....une boucle d'agonies et d'extases, de petites morts et de renaissances."
Car à travers les principaux personnages que nous suivons depuis presque 7 ans, Charlotte, Simon, Iris, nous assistons à un véritable tournant dans leur vie.
Les auteurs, non seulement, nous offrent une bouffée d'espoir après un album très sombre, mais aussi un changement de style avec l'apparition de la couleur dans les dernières pages, comme un feu d'artifice ou un apaisement après une période assez dure vécue par l'ensemble des personnages.
(Jean Louis Tripp avait utilisé le même procédé avec Le Petit Frère)
Il faut souligner en fin d'album , la présence d' un superbe cahier "art book" qui met en valeur le dessin de Raven.
Une série érotique de qualité, reposant sur un dessin soigné, et un dessin d'une qualité rarement vue dans ce genre de bande dessinée.
Bref une réussite complète.
Je ne vois pas ce que je pourrais rajouter de plus au concert de louanges qui s’est abattu à la sortie de « Hoka Hey ! », c’est une bande dessinée qui m’a impressionné par la maturité de l’auteur, Neyef.
Maturité graphique d’abord, je n’ai tout simplement rien à lui reprocher : Belle mise en couleurs adaptée à l’intensité de chaque séquence, personnages expressifs et tout de suite facilement identifiables, beauté des décors (encore heureux ! ça se passe en pleine nature et au temps des Far-West… et merci à l’éditeur d’avoir publié cet album en grand format afin qu’on puisse apprécier hautement ces superbes planches !), ça, il s’agit du dessin pur… Une vraie claque visuelle !
Maturité narrative ensuite, tout cela ne serait rien sans une narration exemplaire d’une fluidité remarquable, une mise en page aérée, un découpage des scènes varié et cohérent qui évite la monotonie que pouvaient résulter les scènes de contemplation ou de bavardages… Il est rare qu’une bande dessinée atteigne un tel degré d’excellence dans ce domaine et « Hoka Hey ! » en fait partie ! Des moments forts en action en complément de ceux calmes sont disséminés avec grand harmonie et en toute logique dans ce récit… Aucune lassitude ressentie en cours de lecture, du grand art je vous dis !
Maturité scénaristique enfin, Neyef nous propose un récit touchant qui nous fait plonger en plein cœur de la disparition des tribus indiennes en particulier celle des Lakotas. Le lecteur est invité à suivre quatre individus tous aussi attachants les uns des autres et… je vous laisse découvrir, moins vous en saurez, plus vous apprécierez cette histoire ! Beaucoup de séquences fortes en émotion jalonnent ce récit… un régal !
C’est du western sans être vraiment du western, une ambiance qui semble issue du film « Danse avec les loups » (en plus violent quand même) et qui nous change des traditionnels combats entre les cow-boys et les indiens à la John Wayne que nous présente l’auteur.
Neyef est un jeune dessinateur/scénariste, avoir une telle maturité à son âge, ça n’arrive pas souvent… s’il continue dans cette lancée en réalisant des ouvrages de même qualité que « Hoka Hey ! », on aura affaire à un futur grand auteur ! Wait and see !
Les Années Spoutnik est une BD extrêmement touchante et totalement intergénérationnelle. Mon fils de 9 ans a lu l'intégralité de la série 2 ou 3 fois et il a adoré, bien qu'il n'était pas très motivé au départ, mon insistance ayant payé.
Le talent de Baru éclabousse les 4 tomes, on prend un plaisir fou à observer la vie de ces gamins et de leurs familles dans cette cité ouvrière des années 50-60, qui me rappelle la rue de mes grands-parents, dans laquelle toutes les maisons se ressemblent. Les souvenirs racontés par mon père et mes oncles dans ce quartier communiste ouvrier, balancé entre papeterie et cimenterie, collent parfaitement avec ceux de Baru. C'est émouvant, on est face à un témoignage de la vie et des rêves de nos ascendants.
Et même moi, qui suis plus jeune, je me suis retrouvé dans plein de choses : la scène du pénalty évidemment, les bandes "rivales" (même si on ne se mettait pas des peignées comme ça !), le fait que n'importe quel endroit à l'extérieur pouvait nous servir de terrain de jeu. Je revois Alex, Alicia, Gwenaël, Gladys et d'autres, mes voisins avec qui je partais jouer toute la journée dans la forêt, sur le terrain de foot, dans le champ d'à côté, etc.
Les dialogues sont géniaux, ils ont réveillé en moi le passionné de langues, de jargons et de patois. Ils ont fait rire mon fils.
J'ai lu la série deux fois, et à chaque fois, j'ai pris un plaisir fou à lire et à décrypter ces sociolectes. Encore mieux, le mélange des cultures - et donc des langues - est un témoignage surpuissant des bienfaits, linguistiques et sociaux, de la diversité.
Sous ses abords de BD simple et légère, Baru nous livre une œuvre bien plus complexe sur notre histoire, sur la vie de nos parents et grands-parents. Et, si comme moi, vous êtes issus d'une famille modeste, communiste et ouvrière (mais heureuse), et qu'en plus vous vous intéressez de près au multiculturalisme et à la diversité linguistique et sociale, cette série doit trôner en haut de votre bédéthèque.
Les Années Spoutnik est un véritable trésor.
Si vous ouvrez un ouvrage de Renaud Dillies, soyez prêt(e) à quitter votre univers normé du quotidien pour voyager dans un monde de poésie mélancolique qui transforme votre perception plus ou moins étroite des choses.
Comme une pièce de puzzle supplémentaire " Mélodie au crépuscule" nous entraîne en roulotte ou à dos de poisson pilote vers un horizon lunaire si difficile à atteindre. Ce but n'est pas le bonheur sinon il devient inaccessible comme tous ces amours trahis par Daphné, Betty, Epilie et les autres.
Non le bonheur est le chemin que Scipion parcourt auprès de son nouvel ami au rythme envoûtant de la musique libre, la musique d'oreille.
On retrouve tous les thèmes chers à Dillies, la liberté qui ne se réalise pleinement que grâce à l'amitié, la solitude mortelle et la musique garante de l'universalité et de la diversité des hommes.
Comme pour ses autres albums, Dillies nous plonge dans un monde onirique à fort pouvoir symbolique.
Le récit est admirablement traduit en images grâce aux traits si singulier de l'auteur. Son trait si flexible nous renvoie à ce monde tourmenté où les chemins les plus épanouissants ne sont pas forcément des lignes droites. Car ces lignes droites, si elles garantissent l'efficacité imposée par le chef Vlatopuk, sont bien souvent mortifères car elles nous rendent aveugles. Alors il faut prendre le temps de contempler chaque planche avec ces innombrables petits détails dans une construction qui nous impose à la fois le fragmenté et l'unitaire.
Je donne un coup de chapeau à Christophe Bouchard qui a su trouver la mise en couleur optimale pour valoriser encore plus ce petit bijou.
Je ne me lasse jamais de découvrir ou redécouvrir les oeuvres de Dillies qui me procurent des moments de lectures poétiques hors du temps.
Même si par un bref feuilletage, on est subjugué par la beauté du dessin, il faut bien avouer qu’on reste quelque peu circonspect en entamant la lecture de ce poème oriental immémorial, dont certains prétendent qu’il serait tiré d’une histoire vraie vécue par le poète lui-même, Qaïs ibn al-Moullawwah. Rares aujourd’hui sont les œuvres poétiques qui suscitent une folle adhésion, hormis peut-être dans les cercles restreints de fans adoptant la posture baudelairienne de l’artiste maudit un peu snob. A fortiori quand elles sont rédigées dans une tournure désuète, ampoulée – ou absconse, mais on doit constater que cela va souvent de pair.
Alors que là, les préjugés sont très vite mis en pièces. Contre toute attente, on se laisse rapidement entraîner dans cette histoire d’amour contrariée (et impossible). Yann Damezin sait parfaitement prendre son lecteur par la main grâce à un graphisme de toute beauté, presque incroyable par sa diversité. Chaque dessin est une histoire à lui tout seul, chaque page est une surprise à déguster, un véritable feu d’artifice de couleurs chatoyantes qui explose dans nos pupilles. L’auteur modernise totalement la miniature persane, en en conservant les préceptes, avec cette façon de concilier les motifs abstraits de l’ornementation et l’onirisme du propos. Résultat, on finit par apprécier pleinement l’élégante poésie tout en alexandrins qui s’accorde parfaitement avec le dessin luxuriant, et là encore, Damezin a eu l’intelligence d’adjoindre en fin d’ouvrage un lexique pour les termes les plus savants.
Qui plus est, le talent de l’auteur ne s’est pas limité à la partition graphique. Dans le conte original, l’éperdument amoureux « majnoun » (le fou) s’impose comme le personnage central, tandis que Leïli, qui reste une sorte de faire valoir, objet du désir du poète Qaïs, n’a guère voix au chapitre. Ainsi, Yann Damezin va revisiter à sa façon le dénouement du récit, par un twist final tout à fait inattendu – et très moderne - que je ne saurais trop révéler ici. La supplique de Majnoun depuis l’au-delà sera pour la jeune femme, littéralement séquestrée par son entourage familial et mariée de force à un autre homme, l’occasion d’exprimer son goût irrépressible pour la liberté… et de la trouver… C’est ainsi que l’histoire se conclura par un très beau mystère…
« Majnoun et Leïli » fait partie de ces œuvres rares, où l’on sait instinctivement après lecture que l’on tient là quelque chose d’extrêmement précieux, un joyau purement métaphysique au fort pouvoir sensoriel, étincelant de mille beautés. Ce chef d’œuvre n’est rien de moins qu’une ode à la liberté et à la vie, faisant presque passer au second plan l’amour entre Qaïs et Leïli, qui était le noyau du conte original.
Une enquête policière chez Pharaon ... Décalée dans une Égypte fantasmée, certes, mais si réelle qu'on la vit. Des dessins sublimes pour des corps sublimés. Même les odeurs sont là, et la découverte du "métier" d'embaumeur n'y est pas pour rien .... on attend la suite avec impatience.
Un vrai bonheur de lecture que cette BD, qui est splendide à de multiples points de vue ! Le scénario est d’une grande richesse, au fil du parcours épique d’un trio que rien ne prédispose a priori à l’aventure : Tarid le débonnaire et rondelet eunuque bibliothécaire, Lubna l’esclave copiste qui travaille avec Tarid, et Marwan l’ancien élève de Tarid devenu petit voleur de rues bien peu doué. Trio et même quatuor car s’y adjoint la mémorable mule du titre, qui joue un rôle essentiel (et inattendu) dans l’histoire, et contribue à la force comique du récit,
Ce quatuor se retrouve constitué un peu par hasard, suite un terrible évènement d’ouverture qui va les jeter sur les routes : l’incendie de la bibliothèque décidé par un vizir, moins fanatique religieux que politique soucieux de s’attirer l’appui des religieux, essentiel à son ambition politique. En les accompagnant dans leur fuite désespérée destinée à sauver un poignée des trésors de la bibliothèque, nous allons vivre avec eux une bien riche et passionnante aventure.
Les auteurs ont fait un travail de recherche et de documentation d’une très grande précision, mis en images dans une très belle illustration des villes et paysages, qui nous transporte littéralement dans cet Espagne de Al Andalus, au temps de l’apogée politique de l’émirat de Cordoue. La postface très intéressante montre à quel point le livre est fidèle dans ce que nous connaissons de cette époque où cohabitaient (de façon plus ou moins pacifique selon les moments) en Espagne royaumes musulmans et chrétiens, et dans Al Andalus musulmans, chrétiens et juifs. Et dans le fil du récit on découvre d’étonnantes anecdotes authentiques, jusque dans le détail des péripéties inattendues d’un roi trop gros pour monter à cheval, ou sur les contrefaçons d’épées vikings circulant au 10ème siècle et que seul un œil averti pouvait identifier.
L’aventure est riche de rebondissements, d’humour et d’émotions multiples. L’histoire contient beaucoup de mystères relatifs aux personnages principaux dont on découvre progressivement l’histoire passée, y compris à travers des rêves quasiment fantastiques dont on découvre le sens ensuite. Dans la description de cette époque dure qui n’est pas présentée de façon idéalisée, nos antihéros se trouvent confrontés à des difficultés nombreuses, pourchassés de tous côtés, où beaucoup de leurs contemporains sont plus prédateurs que protecteurs et où pour nombre d’entre eux, les livres ne signifient rien, ou n’ont de valeur que marchande.
Tous les acteurs de cette fresque sont dessinés avec beaucoup de talent, qu’il s’agisse des personnages importants du récit, mais aussi de tous les nombreux personnages secondaires qui existent tous avec réalisme et une belle expressivité qui rend perceptible leur personnalité : intelligence, mesquinerie, générosité, douceur, ruse, brutalité…
Mais au-delà du récit épique, il y a un autre récit imbriqué, qui nous parle de l’amour des livres, de la richesse de la connaissance qu’ils permettent de partager et de ce qu’ils apportent à l’humanité. Il est fascinant de redécouvrir avec Tarid des intuitions anciennes et souvent méconnues aujourd’hui sur l’évolution des espèces ou sur les prémices de l’aviation ! Tout au fil des livres évoqués dans la BD, l’histoire réalise un bel hommage à la richesse de la littérature des savants d’Al Andalus et un rappel de leur rôle essentiel de passeurs qui nous ont permis de sauver les textes de nombreux grands auteurs antiques. Cet autre récit est aussi un rappel de la grande fragilité des livres, en butte à l’hostilité des obscurantismes religieux et des totalitarismes politiques car toujours susceptible de contenir des pensées qui les remettent en cause. Et dans un glissement progressif qui traverse les siècles jusqu’à notre époque, la très forte dernière double page devrait interpeller non seulement tous les lecteurs, mais tous les amoureux de la liberté de pensée et de l’accès à la connaissance dont les livres ont souvent été les vecteurs.
Enfin, et c’est logique pour une BD qui évoque si fortement l’amour des livres et des bibliothèques, « La bibliomule de Cordoue » est un beau livre : un bel objet qu’on aime tenir en main et parcourir. La réussite des auteurs est totale.
Ah, Lanfeust ... Un succès colossal, une saga vendue en séries toujours plus nombreuses, tout un univers, le lancement d'une maison d'édition adulée et conspuée, le déclenchement d'une folie de la fantasy en BD ... Il est presque impossible de parler de Lanfeust de Troy sans parler de tout ce qui gravite autour, tant cette BD est un ovni débarqué voila 30 ans pour révolutionner (je n'ai pas peur de le dire) le monde de la BD francophone.
Aujourd'hui, 30 après, le nom de Lanfeust et le monde de Troy sont des valeurs sûres, des noms qui font parfois soupirer ou lever les yeux au ciel lors d’une énième annonce d’un produit dérivé de l’univers originel.
Mais au-delà de cette représentation parfois biaisée de la surabondance du monde de Troy, qu’en est-il de la BD originelle, celle qui déclencha l’ensemble du bouzin ?
Et bien, à la relecture et alors que j’ai déjà lu cette série voilà un sacré moment, je ne peux que redire, comme beaucoup de gens, que c’est bon. Je dirais même que c'est dans le très bon, puisqu'en relisant cette série, j'ai autant ri qu'apprécié l'histoire. C'est une narration impeccable, chaque tome concluant de façon satisfaisante un arc narratif qui s'emboite toujours avec le suivant, tout en nous présentant une histoire continue qui nous tient en haleine. Alors certes, il n'y a là rien que des clichés de fantasy déjà vus et revus, mais qui fonctionnent. Et dont l'auteur n'abuse finalement jamais, ne tombant ni dans le poncif usé, ni dans la facilité ou la paresse scénaristique. Lanfeust est un personnage attachant, héros maladroit et très sujet aux hormones, mais aussi courageux et impulsif, créant situation cocasses et catastrophes assez régulièrement.
Hébus n'est jamais limité au personnage de comique, bien qu'il en occupe allègrement la fonction, mais est aussi un moteur de l'action et de l'intrigue, que ce soit pour taper sur des trucs ou pour avoir des mauvaises idées au mauvais moment. Sa popularité donnera lieu à une série complète uniquement sur les trolls, preuve d'un personnage soigné dans l'écriture.
Cixi et C'ian, deux sœurs opposés en tout, rapportent la touche féminine (et le nécessaire visuel pour attirer le chaland, faut bien le dire) qui ne se contente pas d'être une potiche en attente d'un sauveur. Cixi participe à l'intrigue à sa manière, s'émancipant du rôle habituel des femmes pour devenir une sorte de sex-symbol qui n'hésite pas à user des ses charmes et atours pour manipuler, tandis que C'ian incarne cet idéal d'amour chaste et pur, d'un couple normal duquel Lanfeust finira par s'émanciper, comprenant que l'on peut demander plus à la vie.
Mine de rien, sous des airs de comédie potache ou de saga d'héroic-fantasy, la BD nous parle de quelques petits sujets qui expliquent très certainement sa popularité : la sexualité est souvent présente dans le récit, autant pour des blagues que pour de réels points d'intrigue, mais aussi la question de la destinée ou de la croyance, un Lanfeust qui incarne cet adolescent que tout le monde fut, rêvant de partir de chez lui, de découvrir le monde et de grandir. La série se finit d'ailleurs sur un acte qui me semble chargé en symbolique, dans cette idée. Pas étonnant qu'une génération de jeunes adolescents trouvèrent là une histoire faisant terriblement écho à leurs situations.
Alors voila, Lanfeust c'est bien, c'est même très bien, enrichi d'un dessin qui sait se faire dynamique dans les combats, enchanteur dans les représentations de paysages aussi divers que variés qu'on est en droit d'attendre d'un récit d'héroic-fantasy, c'est drôle et bourré de clins d’œil qu'on appréciera lire ...
Mais est-ce vraiment si indispensable que ça ?
Pour ma part, je dirais que oui. Lanfeust est une série qui n'a pas l'aura sacrée que je donnerais à un "De capes et de crocs", par exemple, mais qui est pour autant bien plus connue et appréciée. Et rien qu'à ce titre, Lanfeust de Troy est un monument de la BD qu'il convient de lire lorsqu'on s'intéresse à ce média. Parce qu'il a changé la donne (pour le meilleur et pour le pire) du paysage de BD, qu'il a élargi l'horizon que nous avons aujourd'hui de ce média et qu'il reste, des années après, toujours aussi bon dans sa façon d'être. Une BD qui est, et je ne le répéterais jamais assez, bien sans crier au génie mais qui est surtout impactante à ce point-là mérite, selon-moi, son petit statut culte.
Et c'est pourquoi ma note est ce reflet-là. Si je devais donner mon seul avis, je dirais qu'il s'agit d'un bon 4/5. Mais je ne peux pas juste dire que c'est une bonne série et m'en contenter. Lanfeust est culte, que je le veuille ou non. Et à ce titre, oui, le 5/5 est presque obligatoire lorsque je n'ai pas de réels griefs à lui opposer.
La seule chose qui est sûre, c'est que cette qualification de culte ne m'engage nullement sur les autres séries de Troy !
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Ralph Azham
Enfin mon 900è avis sur ce site, pile avant mes vacances, ça fait rudement plaisir ! Ralph Azam nous a été prêté par un ami qui est franchement fan de la série Donjon et qui recommandait fortement Ralph Azam. Les douze tomes qu'il nous a prêté on été engloutis en moins d'une semaine. Trondheim est vraiment passé maitre dans l'art narratif et ça se sent. Pour ma part, je n'ai pas décroché des volumes à aucun moment. Et surtout, chaque volume m'entrainait à la suite des autres sans que je ne puisse résister. Imaginez la souffrance d'attendre que le conjoint ai fini le volume pour pouvoir le lire ! Ralph Azam à des faux airs de Donjon, avec son personnage canard rappelant Marvin, ses personnages anthropomorphique, sa fantasy qui parle d'artefacts sacrés et de pouvoirs. Mais contrairement à Donjon Zénith ou Donjon Crépuscule, l'histoire se tient bien plus et n'a pas le côté sérielle que je reproche un peu à Donjon. Ici, tout se tient d'un bout à l'autre et a même une cohérence assez importante qu'on ne soupçonnerais pas au début. Ainsi plusieurs révélations tardives permettent de remettre en lumière ce qui se produit au préalable. Une relecture est de toute façon intéressante pour remboiter toutes les pièces du puzzle, non pas que le récit est une enquête dont le mystère révèle une profondeur insoupçonnée, mais simplement le récit semble plus profond qu'on ne le soupçonnais de prime abord. L'histoire est dense et surtout rapide. Pas de remplissage, mais une action continue et qui ne souffre jamais d'être simplement là pour l’esbroufe. A travers les péripéties de Ralph Azam, c'est un passage de l'adolescent à l'adulte qui nous est raconté, mais aussi des considérations sur la politique ou la religion, sur l'importance de nos choix et de nos actions, la découverte des conséquences de nos actes et des changements que le temps induit sur nous, sur les autres et sur nos relations. En effet, la BD explore un temps assez long. Entre le premier et le dernier volume, plusieurs années sont passées. Au cours de ce temps, Ralph verra bon nombre de choses qui le sortiront de cette adolescence bête qu'il incarne au début, moqueur et toujours un peu distant des choses par un sarcasme bien placé, pour devenir un adulte, parfois violent, parfois énervé, conscient de plus en plus de l'impact qu'il a sur le monde. Le récit est volontairement violent d'ailleurs, bon nombre de personnages disparaissent vite du récit et beaucoup d'entre eux meurent parfois brutalement. Je sens que Trondheim s'inspire de récit d'épic fantasy mais aussi de dark fantasy, n'hésitant pas à parler de choses plus sombres sur le monde et l'âme humaine. C'est un savant mélange qui fait rire mais qui émeut aussi. Le tout est accompagné par des personnages parfaitement bien décrits. Ralph, bien sur, est un personnage attachant par sa bêtise et sa naïveté qu'il va perdre au fur et à mesure. Mais aussi Zania, personnage moralement trouble mais qui connaitra un parcours assez peu conventionnel. Il y a aussi Yassou, jeune mage prématurément vieilli qui découvrira que son univers n'est sans doute pas vrai et ira de désillusion en désillusion. La bande de personnages présentés est assez disparates dans les intentions et les pouvoirs, mais au final ils sont tous intéressants d'une façon ou d'une autre. Je finirais juste en disant que le second cycle me laissait envisager des passages plus long et dans une optique bien différente du début, mais Trondheim revient rapidement à son récit principal, par des pirouettes qui m'ont assez surpris. Il reste dans la continuité de son récit et le finit lorsqu'il le faut. Le dernier tome, au ton plus triste et sombre, est un adieu au monde de Ralph qui est franchement bon. Il n'aurait pas pu faire meilleure fin. En somme, une œuvre de fantasy très simple dans son genre, explorant divers genres et plusieurs thématiques, entrainante et passionnante, mâtinée de personnages fabuleux. C'est le genre de série que je recommande parce qu'elle est à la fois suffisamment simple pour être lue par tout le monde, mais aussi suffisamment fouillée pour intéresser tout lecteur. Je pense que dans les BD que j'ai lu de Trondheim, c'est une des plus réussie en tout point. Lecture recommandée, bien sur.
La Bombe
Vraiment super, je recommande vivement ! Ce livre est très intéressant, j’ai appris beaucoup comme l’existence de Los Alamos, le fait que certains scientifiques soient contre l’utilisation de l’arme,... La narration de l’atome lui-même est une bonne idée qui nous tient au fil tout au long de cet ouvrage assez intense. Le noir et blanc nous plonge dans cette ambiance tragique. On peut dire que c’est un chef-d’œuvre, bravo et merci !
Amabilia
Tome 1 Quel raffinement dans cette bande dessinée pour adultes. Habitué du genre, je suis encore sous le charme de cette première intégrale qui avec un dessin très sensuel, est une véritable révélation. C'est en tombant sur la parution de la seconde intégrale, que j'ai finalement cédé à l'achat de cette série que je ne connaissais que de nom. Il faut avouer que les dessin sont somptueux avec un choix de couleurs limité (noir & blanc avec une pointe de rouge toujours très bien ciblée), les auteurs nous offrent une histoire très sensuelle malgré des scènes très hard classiques et des dialogues parfois très crus qui tranchent avec l'érotisme raffiné des dessins. Là où la plupart des bandes dessinées pour adultes ne sont qu'un catalogue de scènes hard, nous avons le droit ici à un scénario élaboré et crédible, avec des chapitres où l'on découvre le point de vue des personnages, Iris et Simon, le tout pimenté par les aventures saphiques (et terriblement excitantes) de Charlotte . Tome 2 5 ans ont passé depuis la première rencontre entre Iris et Simon, et l'habitude remplace le désir. Avec ce second volume, Elise et Thomas Raven s'allie avec la scénariste Candice Solère. Si le dessin est toujours aussi sublime, avec l'apparition de nouveaux personnages comme "la danseuse folle" et la très délurée Valentine, l'histoire tourne surtout autour des amours lesbiens de Charlotte, et de la" danseuse folle", bref les femmes prennent le pouvoir dans ce second opus. Il y a un parfum de "Eyes Wilde Shut" qui flotte sur cette histoire, qui prend un tour nouveau avec une Iris qui finit par céder à une aventure où on ne l'attendait pas. Un peu en deçà du premier volume, sans doute en raison de trop longues scènes qui se déroulent à "la danseuse folle", ce second tome reste tout de même de grande qualité . Bref, une très belle réussite, et je me demande encore pourquoi je suis passé à côté de ce petit chef d’œuvre de la bande dessinée érotique. L'histoire se conclut par un cliffhanger qui ne peut que nous entraîner dans l'achat de la seconde intégrale. Tome 3 Troisième intégrale pour cette série érotique qui possède deux atouts de taille dans le monde des bandes dessinées pour adultes. D'une part un dessin d'une élégance que je n'ai pas retrouvé ailleurs, et d'autre part un scénario inspiré, ce qui est assez rare dans ce domaine. Nous retrouvons ici notre couple, Simon et Iris, mais séparément,leur mariage n'ayant pas résisté aux assauts de La Danseuse folle. En effet, nous assistons à la dérive des principaux personnages dans ce volume. Simon ,esseulé,essaie de se rattacher à ses souvenirs; Iris va jusqu'au bout de ses fantasmes avec La Danseuse folle, tandis que la plantureuse Charlotte a du mal a surmonter ses aventures avec Ava et Richard. Les auteurs nous offrent donc un portrait assez désabusé de nos héros, le tout illustré par des scènes de sexe explicites, d'ailleurs de toute beauté. C'est pourtant le paradoxe de cet album, le dessin est si élégant qu'il fait oublier le côté pornographie de la série. A noter, à la fin de l'album, la présence d'un bonus constituée de planches "coupées au montage", avec le commentaire des auteurs. J'en conseille la lecture évidemment. Tome 4 Clap de fin avec ce 4ème volume d'une série qui restera pour moi une des meilleures séries érotiques que j'ai lues. Je dis bien érotique et non pornographique car, malgré des scènes très crues voire explicites, je ne vois aucune vulgarité mais plutôt un érotisme torride et raffiné. Après un 3ème opus assez sombre et désabusé, les auteurs nous offrent là une véritable renaissance des personnages. J'ai immédiatement songé à ce titre Renaissance au fil de la lecture, jusqu'à ce que je tombe en fin d'album sur ces mots: "mourir un peu, renaître; meilleur; Et tout recommencer....une boucle d'agonies et d'extases, de petites morts et de renaissances." Car à travers les principaux personnages que nous suivons depuis presque 7 ans, Charlotte, Simon, Iris, nous assistons à un véritable tournant dans leur vie. Les auteurs, non seulement, nous offrent une bouffée d'espoir après un album très sombre, mais aussi un changement de style avec l'apparition de la couleur dans les dernières pages, comme un feu d'artifice ou un apaisement après une période assez dure vécue par l'ensemble des personnages. (Jean Louis Tripp avait utilisé le même procédé avec Le Petit Frère) Il faut souligner en fin d'album , la présence d' un superbe cahier "art book" qui met en valeur le dessin de Raven. Une série érotique de qualité, reposant sur un dessin soigné, et un dessin d'une qualité rarement vue dans ce genre de bande dessinée. Bref une réussite complète.
Hoka Hey !
Je ne vois pas ce que je pourrais rajouter de plus au concert de louanges qui s’est abattu à la sortie de « Hoka Hey ! », c’est une bande dessinée qui m’a impressionné par la maturité de l’auteur, Neyef. Maturité graphique d’abord, je n’ai tout simplement rien à lui reprocher : Belle mise en couleurs adaptée à l’intensité de chaque séquence, personnages expressifs et tout de suite facilement identifiables, beauté des décors (encore heureux ! ça se passe en pleine nature et au temps des Far-West… et merci à l’éditeur d’avoir publié cet album en grand format afin qu’on puisse apprécier hautement ces superbes planches !), ça, il s’agit du dessin pur… Une vraie claque visuelle ! Maturité narrative ensuite, tout cela ne serait rien sans une narration exemplaire d’une fluidité remarquable, une mise en page aérée, un découpage des scènes varié et cohérent qui évite la monotonie que pouvaient résulter les scènes de contemplation ou de bavardages… Il est rare qu’une bande dessinée atteigne un tel degré d’excellence dans ce domaine et « Hoka Hey ! » en fait partie ! Des moments forts en action en complément de ceux calmes sont disséminés avec grand harmonie et en toute logique dans ce récit… Aucune lassitude ressentie en cours de lecture, du grand art je vous dis ! Maturité scénaristique enfin, Neyef nous propose un récit touchant qui nous fait plonger en plein cœur de la disparition des tribus indiennes en particulier celle des Lakotas. Le lecteur est invité à suivre quatre individus tous aussi attachants les uns des autres et… je vous laisse découvrir, moins vous en saurez, plus vous apprécierez cette histoire ! Beaucoup de séquences fortes en émotion jalonnent ce récit… un régal ! C’est du western sans être vraiment du western, une ambiance qui semble issue du film « Danse avec les loups » (en plus violent quand même) et qui nous change des traditionnels combats entre les cow-boys et les indiens à la John Wayne que nous présente l’auteur. Neyef est un jeune dessinateur/scénariste, avoir une telle maturité à son âge, ça n’arrive pas souvent… s’il continue dans cette lancée en réalisant des ouvrages de même qualité que « Hoka Hey ! », on aura affaire à un futur grand auteur ! Wait and see !
Les Années Spoutnik
Les Années Spoutnik est une BD extrêmement touchante et totalement intergénérationnelle. Mon fils de 9 ans a lu l'intégralité de la série 2 ou 3 fois et il a adoré, bien qu'il n'était pas très motivé au départ, mon insistance ayant payé. Le talent de Baru éclabousse les 4 tomes, on prend un plaisir fou à observer la vie de ces gamins et de leurs familles dans cette cité ouvrière des années 50-60, qui me rappelle la rue de mes grands-parents, dans laquelle toutes les maisons se ressemblent. Les souvenirs racontés par mon père et mes oncles dans ce quartier communiste ouvrier, balancé entre papeterie et cimenterie, collent parfaitement avec ceux de Baru. C'est émouvant, on est face à un témoignage de la vie et des rêves de nos ascendants. Et même moi, qui suis plus jeune, je me suis retrouvé dans plein de choses : la scène du pénalty évidemment, les bandes "rivales" (même si on ne se mettait pas des peignées comme ça !), le fait que n'importe quel endroit à l'extérieur pouvait nous servir de terrain de jeu. Je revois Alex, Alicia, Gwenaël, Gladys et d'autres, mes voisins avec qui je partais jouer toute la journée dans la forêt, sur le terrain de foot, dans le champ d'à côté, etc. Les dialogues sont géniaux, ils ont réveillé en moi le passionné de langues, de jargons et de patois. Ils ont fait rire mon fils. J'ai lu la série deux fois, et à chaque fois, j'ai pris un plaisir fou à lire et à décrypter ces sociolectes. Encore mieux, le mélange des cultures - et donc des langues - est un témoignage surpuissant des bienfaits, linguistiques et sociaux, de la diversité. Sous ses abords de BD simple et légère, Baru nous livre une œuvre bien plus complexe sur notre histoire, sur la vie de nos parents et grands-parents. Et, si comme moi, vous êtes issus d'une famille modeste, communiste et ouvrière (mais heureuse), et qu'en plus vous vous intéressez de près au multiculturalisme et à la diversité linguistique et sociale, cette série doit trôner en haut de votre bédéthèque. Les Années Spoutnik est un véritable trésor.
Mélodie au crépuscule
Si vous ouvrez un ouvrage de Renaud Dillies, soyez prêt(e) à quitter votre univers normé du quotidien pour voyager dans un monde de poésie mélancolique qui transforme votre perception plus ou moins étroite des choses. Comme une pièce de puzzle supplémentaire " Mélodie au crépuscule" nous entraîne en roulotte ou à dos de poisson pilote vers un horizon lunaire si difficile à atteindre. Ce but n'est pas le bonheur sinon il devient inaccessible comme tous ces amours trahis par Daphné, Betty, Epilie et les autres. Non le bonheur est le chemin que Scipion parcourt auprès de son nouvel ami au rythme envoûtant de la musique libre, la musique d'oreille. On retrouve tous les thèmes chers à Dillies, la liberté qui ne se réalise pleinement que grâce à l'amitié, la solitude mortelle et la musique garante de l'universalité et de la diversité des hommes. Comme pour ses autres albums, Dillies nous plonge dans un monde onirique à fort pouvoir symbolique. Le récit est admirablement traduit en images grâce aux traits si singulier de l'auteur. Son trait si flexible nous renvoie à ce monde tourmenté où les chemins les plus épanouissants ne sont pas forcément des lignes droites. Car ces lignes droites, si elles garantissent l'efficacité imposée par le chef Vlatopuk, sont bien souvent mortifères car elles nous rendent aveugles. Alors il faut prendre le temps de contempler chaque planche avec ces innombrables petits détails dans une construction qui nous impose à la fois le fragmenté et l'unitaire. Je donne un coup de chapeau à Christophe Bouchard qui a su trouver la mise en couleur optimale pour valoriser encore plus ce petit bijou. Je ne me lasse jamais de découvrir ou redécouvrir les oeuvres de Dillies qui me procurent des moments de lectures poétiques hors du temps.
Majnoun et Leïli - Chants d'outre-tombe
Même si par un bref feuilletage, on est subjugué par la beauté du dessin, il faut bien avouer qu’on reste quelque peu circonspect en entamant la lecture de ce poème oriental immémorial, dont certains prétendent qu’il serait tiré d’une histoire vraie vécue par le poète lui-même, Qaïs ibn al-Moullawwah. Rares aujourd’hui sont les œuvres poétiques qui suscitent une folle adhésion, hormis peut-être dans les cercles restreints de fans adoptant la posture baudelairienne de l’artiste maudit un peu snob. A fortiori quand elles sont rédigées dans une tournure désuète, ampoulée – ou absconse, mais on doit constater que cela va souvent de pair. Alors que là, les préjugés sont très vite mis en pièces. Contre toute attente, on se laisse rapidement entraîner dans cette histoire d’amour contrariée (et impossible). Yann Damezin sait parfaitement prendre son lecteur par la main grâce à un graphisme de toute beauté, presque incroyable par sa diversité. Chaque dessin est une histoire à lui tout seul, chaque page est une surprise à déguster, un véritable feu d’artifice de couleurs chatoyantes qui explose dans nos pupilles. L’auteur modernise totalement la miniature persane, en en conservant les préceptes, avec cette façon de concilier les motifs abstraits de l’ornementation et l’onirisme du propos. Résultat, on finit par apprécier pleinement l’élégante poésie tout en alexandrins qui s’accorde parfaitement avec le dessin luxuriant, et là encore, Damezin a eu l’intelligence d’adjoindre en fin d’ouvrage un lexique pour les termes les plus savants. Qui plus est, le talent de l’auteur ne s’est pas limité à la partition graphique. Dans le conte original, l’éperdument amoureux « majnoun » (le fou) s’impose comme le personnage central, tandis que Leïli, qui reste une sorte de faire valoir, objet du désir du poète Qaïs, n’a guère voix au chapitre. Ainsi, Yann Damezin va revisiter à sa façon le dénouement du récit, par un twist final tout à fait inattendu – et très moderne - que je ne saurais trop révéler ici. La supplique de Majnoun depuis l’au-delà sera pour la jeune femme, littéralement séquestrée par son entourage familial et mariée de force à un autre homme, l’occasion d’exprimer son goût irrépressible pour la liberté… et de la trouver… C’est ainsi que l’histoire se conclura par un très beau mystère… « Majnoun et Leïli » fait partie de ces œuvres rares, où l’on sait instinctivement après lecture que l’on tient là quelque chose d’extrêmement précieux, un joyau purement métaphysique au fort pouvoir sensoriel, étincelant de mille beautés. Ce chef d’œuvre n’est rien de moins qu’une ode à la liberté et à la vie, faisant presque passer au second plan l’amour entre Qaïs et Leïli, qui était le noyau du conte original.
Néféritès
Une enquête policière chez Pharaon ... Décalée dans une Égypte fantasmée, certes, mais si réelle qu'on la vit. Des dessins sublimes pour des corps sublimés. Même les odeurs sont là, et la découverte du "métier" d'embaumeur n'y est pas pour rien .... on attend la suite avec impatience.
La Bibliomule de Cordoue
Un vrai bonheur de lecture que cette BD, qui est splendide à de multiples points de vue ! Le scénario est d’une grande richesse, au fil du parcours épique d’un trio que rien ne prédispose a priori à l’aventure : Tarid le débonnaire et rondelet eunuque bibliothécaire, Lubna l’esclave copiste qui travaille avec Tarid, et Marwan l’ancien élève de Tarid devenu petit voleur de rues bien peu doué. Trio et même quatuor car s’y adjoint la mémorable mule du titre, qui joue un rôle essentiel (et inattendu) dans l’histoire, et contribue à la force comique du récit, Ce quatuor se retrouve constitué un peu par hasard, suite un terrible évènement d’ouverture qui va les jeter sur les routes : l’incendie de la bibliothèque décidé par un vizir, moins fanatique religieux que politique soucieux de s’attirer l’appui des religieux, essentiel à son ambition politique. En les accompagnant dans leur fuite désespérée destinée à sauver un poignée des trésors de la bibliothèque, nous allons vivre avec eux une bien riche et passionnante aventure. Les auteurs ont fait un travail de recherche et de documentation d’une très grande précision, mis en images dans une très belle illustration des villes et paysages, qui nous transporte littéralement dans cet Espagne de Al Andalus, au temps de l’apogée politique de l’émirat de Cordoue. La postface très intéressante montre à quel point le livre est fidèle dans ce que nous connaissons de cette époque où cohabitaient (de façon plus ou moins pacifique selon les moments) en Espagne royaumes musulmans et chrétiens, et dans Al Andalus musulmans, chrétiens et juifs. Et dans le fil du récit on découvre d’étonnantes anecdotes authentiques, jusque dans le détail des péripéties inattendues d’un roi trop gros pour monter à cheval, ou sur les contrefaçons d’épées vikings circulant au 10ème siècle et que seul un œil averti pouvait identifier. L’aventure est riche de rebondissements, d’humour et d’émotions multiples. L’histoire contient beaucoup de mystères relatifs aux personnages principaux dont on découvre progressivement l’histoire passée, y compris à travers des rêves quasiment fantastiques dont on découvre le sens ensuite. Dans la description de cette époque dure qui n’est pas présentée de façon idéalisée, nos antihéros se trouvent confrontés à des difficultés nombreuses, pourchassés de tous côtés, où beaucoup de leurs contemporains sont plus prédateurs que protecteurs et où pour nombre d’entre eux, les livres ne signifient rien, ou n’ont de valeur que marchande. Tous les acteurs de cette fresque sont dessinés avec beaucoup de talent, qu’il s’agisse des personnages importants du récit, mais aussi de tous les nombreux personnages secondaires qui existent tous avec réalisme et une belle expressivité qui rend perceptible leur personnalité : intelligence, mesquinerie, générosité, douceur, ruse, brutalité… Mais au-delà du récit épique, il y a un autre récit imbriqué, qui nous parle de l’amour des livres, de la richesse de la connaissance qu’ils permettent de partager et de ce qu’ils apportent à l’humanité. Il est fascinant de redécouvrir avec Tarid des intuitions anciennes et souvent méconnues aujourd’hui sur l’évolution des espèces ou sur les prémices de l’aviation ! Tout au fil des livres évoqués dans la BD, l’histoire réalise un bel hommage à la richesse de la littérature des savants d’Al Andalus et un rappel de leur rôle essentiel de passeurs qui nous ont permis de sauver les textes de nombreux grands auteurs antiques. Cet autre récit est aussi un rappel de la grande fragilité des livres, en butte à l’hostilité des obscurantismes religieux et des totalitarismes politiques car toujours susceptible de contenir des pensées qui les remettent en cause. Et dans un glissement progressif qui traverse les siècles jusqu’à notre époque, la très forte dernière double page devrait interpeller non seulement tous les lecteurs, mais tous les amoureux de la liberté de pensée et de l’accès à la connaissance dont les livres ont souvent été les vecteurs. Enfin, et c’est logique pour une BD qui évoque si fortement l’amour des livres et des bibliothèques, « La bibliomule de Cordoue » est un beau livre : un bel objet qu’on aime tenir en main et parcourir. La réussite des auteurs est totale.
Lanfeust de Troy
Ah, Lanfeust ... Un succès colossal, une saga vendue en séries toujours plus nombreuses, tout un univers, le lancement d'une maison d'édition adulée et conspuée, le déclenchement d'une folie de la fantasy en BD ... Il est presque impossible de parler de Lanfeust de Troy sans parler de tout ce qui gravite autour, tant cette BD est un ovni débarqué voila 30 ans pour révolutionner (je n'ai pas peur de le dire) le monde de la BD francophone. Aujourd'hui, 30 après, le nom de Lanfeust et le monde de Troy sont des valeurs sûres, des noms qui font parfois soupirer ou lever les yeux au ciel lors d’une énième annonce d’un produit dérivé de l’univers originel. Mais au-delà de cette représentation parfois biaisée de la surabondance du monde de Troy, qu’en est-il de la BD originelle, celle qui déclencha l’ensemble du bouzin ? Et bien, à la relecture et alors que j’ai déjà lu cette série voilà un sacré moment, je ne peux que redire, comme beaucoup de gens, que c’est bon. Je dirais même que c'est dans le très bon, puisqu'en relisant cette série, j'ai autant ri qu'apprécié l'histoire. C'est une narration impeccable, chaque tome concluant de façon satisfaisante un arc narratif qui s'emboite toujours avec le suivant, tout en nous présentant une histoire continue qui nous tient en haleine. Alors certes, il n'y a là rien que des clichés de fantasy déjà vus et revus, mais qui fonctionnent. Et dont l'auteur n'abuse finalement jamais, ne tombant ni dans le poncif usé, ni dans la facilité ou la paresse scénaristique. Lanfeust est un personnage attachant, héros maladroit et très sujet aux hormones, mais aussi courageux et impulsif, créant situation cocasses et catastrophes assez régulièrement. Hébus n'est jamais limité au personnage de comique, bien qu'il en occupe allègrement la fonction, mais est aussi un moteur de l'action et de l'intrigue, que ce soit pour taper sur des trucs ou pour avoir des mauvaises idées au mauvais moment. Sa popularité donnera lieu à une série complète uniquement sur les trolls, preuve d'un personnage soigné dans l'écriture. Cixi et C'ian, deux sœurs opposés en tout, rapportent la touche féminine (et le nécessaire visuel pour attirer le chaland, faut bien le dire) qui ne se contente pas d'être une potiche en attente d'un sauveur. Cixi participe à l'intrigue à sa manière, s'émancipant du rôle habituel des femmes pour devenir une sorte de sex-symbol qui n'hésite pas à user des ses charmes et atours pour manipuler, tandis que C'ian incarne cet idéal d'amour chaste et pur, d'un couple normal duquel Lanfeust finira par s'émanciper, comprenant que l'on peut demander plus à la vie. Mine de rien, sous des airs de comédie potache ou de saga d'héroic-fantasy, la BD nous parle de quelques petits sujets qui expliquent très certainement sa popularité : la sexualité est souvent présente dans le récit, autant pour des blagues que pour de réels points d'intrigue, mais aussi la question de la destinée ou de la croyance, un Lanfeust qui incarne cet adolescent que tout le monde fut, rêvant de partir de chez lui, de découvrir le monde et de grandir. La série se finit d'ailleurs sur un acte qui me semble chargé en symbolique, dans cette idée. Pas étonnant qu'une génération de jeunes adolescents trouvèrent là une histoire faisant terriblement écho à leurs situations. Alors voila, Lanfeust c'est bien, c'est même très bien, enrichi d'un dessin qui sait se faire dynamique dans les combats, enchanteur dans les représentations de paysages aussi divers que variés qu'on est en droit d'attendre d'un récit d'héroic-fantasy, c'est drôle et bourré de clins d’œil qu'on appréciera lire ... Mais est-ce vraiment si indispensable que ça ? Pour ma part, je dirais que oui. Lanfeust est une série qui n'a pas l'aura sacrée que je donnerais à un "De capes et de crocs", par exemple, mais qui est pour autant bien plus connue et appréciée. Et rien qu'à ce titre, Lanfeust de Troy est un monument de la BD qu'il convient de lire lorsqu'on s'intéresse à ce média. Parce qu'il a changé la donne (pour le meilleur et pour le pire) du paysage de BD, qu'il a élargi l'horizon que nous avons aujourd'hui de ce média et qu'il reste, des années après, toujours aussi bon dans sa façon d'être. Une BD qui est, et je ne le répéterais jamais assez, bien sans crier au génie mais qui est surtout impactante à ce point-là mérite, selon-moi, son petit statut culte. Et c'est pourquoi ma note est ce reflet-là. Si je devais donner mon seul avis, je dirais qu'il s'agit d'un bon 4/5. Mais je ne peux pas juste dire que c'est une bonne série et m'en contenter. Lanfeust est culte, que je le veuille ou non. Et à ce titre, oui, le 5/5 est presque obligatoire lorsque je n'ai pas de réels griefs à lui opposer. La seule chose qui est sûre, c'est que cette qualification de culte ne m'engage nullement sur les autres séries de Troy !