Oouhhh la jolie pépite que voilà !
Très inspiré (et influencé par Miyazaki), "Janardana" se révèle être un magnifique one shot qui ravira tous les amateurs d'aventure et d'exotisme !
Marcel Piton, ancien militaire et baroudeur a fini par se poser dans le sud ouest de la France où il y a monté une petite entreprise de pêche avec quelques associés. Le nouveau facteur du village lui apporte en main propre un courrier qui va le mettre dans tous ses états et le replonger dans un passé qu'il croyait révolu. Son jeune ami Dev qu'il s'était fait en Inde lorsqu'il était militaire vient de lui envoyer un appel à l'aide ; ni une, ni deux, Marcel embarque pour l'Inde pour retrouver son ami. S'il reste introuvable, il va rapidement faire connaissance de son espiègle fille avec qui il va se retrouver plongé dans des aventures hautes en couleur !
Entre des personnages truculents et des paysages somptueux, on est rapidement captivé par ce récit. Antoine Ettori qui assure scénario et dessin s'est fait plaisir et le partage volontiers pour notre plus grand bonheur ! Les amateurs de Miyazaki ne pourront qu'être comblés par cet album qui fleure bon le studio Ghibli, tant dans les thématiques et les personnages mis en scènes que par cette mise en couleur tout en aquarelle qui donne chaleur, ambiances et lumière à ses planches. J'ai aussi apprécié la façon d'aborder les sujets graves sans donner dans la morale mais sans faire dans le compromis ni la mièvrerie non plus. L'aventure est au rendez-vous et on dévore ces 150 pages sans s'en rendre compte !
Bref, une très bonne surprise que cet album que je recommande chaudement !
Vous ne connaissez pas Nicholas Zaroff ? Un oligarque russe - pas très sympathique - qui n’a qu’une idée en tête … se venger de ceux qui sont responsables de l’internement dans l’asile de Bedlam à Londres jusqu’à la fin de ses jours de son aïeul. Le temps a passé. Le comte Zaroff va donc s’en prendre aux descendants des coupables d’antan qui ont engendré le malheur sur sa famille pendant un siècle et demi. La vengeance est un plat qui se mange froid !
Le comte Zaroff est un chasseur particulièrement sanguinaire. Son plaisir est immense au contact du sang de ses proies. La poursuite, la filature, et l’affût sont sa came ! Et le lecteur que je suis a pris un plaisir incommensurable dans cette traque sanguinolente dans les égouts de Londres avec un peu de docteur Moreau et un peu de Frankenstein. Je suis juste baba par la qualité du scénario mais surtout par le graphisme magnifique de Carlos Puerto. On touche au sublime et à l’admirable. La colorisation sombre rend l’atmosphère particulièrement glauque. J’en ai des frissons dans le dos.
C’est du fantastique particulièrement réussi. Du super méchant psychopathe bien croustillant. Une découverte durant les 48h de la BD. Je vous encourage à vous plonger dans cette chasse dans laquelle le gibier est un humain. Vous aurez le goût du sang dans la bouche. C’est savoureux.
C'est l'histoire d'une vie gâchée. Celle de Karl, qui vit en Allemagne de l'Est dans l'après-guerre, et qui découvre qu'il est attiré par les hommes. Mais à Leipzig, à cette époque, c'est mal vu, et pire, considéré comme criminel. Alors Karl ment, feint de rire aux blagues masculinistes de ses collègues, d'être attiré par les femmes. Il se marie une première fois, a un enfant. Mais comme il est pris quasiment en flagrant délit, son beau-père, qui est aussi son employeur, le met à la porte. Karl reprend sa vie ailleurs, fonde une nouvelle famille, mais la rencontre d'Helmut va encore une fois tout bouleverser.
Au fil des pages, des mésaventures sentimentales de Karl, on sent venir la tristesse infinie qui a présidé à sa vie. Une vie presque totalement gâchée par les carcans de la société est-allemande (puis ouest-allemande, mais on ne voit pas vraiment de différences). Pourtant Karl essaie de combattre ses penchants naturels, il croit aimer Anna, puis Lieselotte. Il aime ses enfants, mais brise leur vie. Sur ses vieux jours il tente de recoller les morceaux avec sa fille, partie depuis des années... Au-delà du fait qu'il se cache, c'est aussi la méfiance envers ses femmes, ses amis qui pose problème : seule une de ses collègues le comprend et l'écoute, le soutient. C'est trop peu.
Matthias Lehmann nous propose donc un récit très -TRES- émouvant, émaillé des différents épisodes qui ont fait de la vie de Karl un fiasco. C'est un récit en creux de la société allemande de l'après-guerre, dans laquelle l'homosexualité était criminelle. L'auteur évite l'écueil du sordide, en nous montrant un homme en proie à des doutes permanents, qui est sans cesse tiraillé entre son attirance pour le même sexe et l'amour véritable, mais maladroit, qu'il a pour ses enfants. Son trait élégant en noir et blanc magnifie cette sensibilité, et l'expressivité subtile de ses personnages permet de vite faire passer les plus de 450 pages que comporte ce très beau one shot.
Deuxième album que je lis dans cet univers de la Pieuvre, et c’est encore une satisfaction.
J’aime bien la façon dont Gess use des décors de ce Paris populaire revisité, de la fin du XIXème et du tout début du XXème siècle. L’omniprésence de la poésie de Baudelaire, en particulier des Fleurs du mal, colle très bien à l’ambiance – en plus de me plaire en elle-même.
L’histoire se laisse lire agréablement. Le héros, un tueur à gages, est agonisant, et au milieu de quelques cauchemars, revoit son passé, que nous suivons avec lui. La narration est fluide, même si l’on ne nous apprend pas grand-chose de la Pieuvre (les autres opus complètent les informations à propos de cette organisation mafieuse, dont les dirigeants, complémentaires, ont des caractéristiques étonnantes).
J’ajoute que j’ai bien aimé le dessin, et la colorisation : certaines planches sont vraiment très belles.
C’est en tout cas un album recommandable.
Troisième opus de cet univers inclassable développé par Stanislas Moussé depuis 3 ans, et c’est encore avec plaisir que je m’y suis plongé.
On y retrouve tout d’abord son dessin reconnaissable entre mille. Avec un trait fin, méticuleux, au stylo, qui alterne les dessins minimalistes et les planches débordant de détails, exubérantes. Quelques accointances avec le dessin de Clément Vuillier (sur Talweg ou Nous partîmes 500 par exemple).
Avec des personnages le plus souvent pourvus d’un seul œil.
Le dessin presque enfantin masque une plus grande exigence du récit, toujours muet, où les passages poétiques se mêlent à ceux plus terre à terre et violents. Dans cet opus, il y a aussi davantage de créatures extraordinaires, qui ajoutent à l’aspect étrange de l’ensemble.
Difficile de résumer l’histoire. Mais la lecture est encore agréable, pleine de fraicheur. J’en redemande !
Budjette Tan et Kajo Baldisimo sont deux auteurs philippins et ils nous proposent "Trese" un komiks car c'est ainsi que l'ont écrit bande dessinée en tagalop, la langue parlée sur l'île de Luzon là où grouille Manille, capitale aux quatorze millions d'habitants.
Alexandra Trese marche sur les traces de son père, elle est une consultante particulière de la police, dès que le surnaturel pointe le bout de son nez. Elle est toujours accompagnée par deux Kambal, ses gardes du corps.
Ce Komiks permet de découvrir le folklore philippin avec toute sa ribambelle de créatures, d'esprits et de monstres. Des chapitres de vingt quatre planches relatant chacun une histoire complète, cela fait la force de cet album mais cela pourrait aussi en faire sur le long terme sa faiblesse, trop redondant. Entre chaque chapitre, des explications nous sont données sur le surnaturel rencontré précédemment sous forme de journal.
Une héroïne qui reste assez mystérieuse, quelques brides de son passé nous sont dévoilées.
Un dessin nerveux, un noir et blanc marqué et tout en nuances. Il se rapproche des comics avec quelques touches de manga, en particulier sur le beau visage d'Alexandra. Une mise en page dynamique.
De l'excellent travail.
Je recommande pour le dépaysement et la découverte de ces deux auteurs de talent.
Je serai du même avis et porterai la même note que les précédents aviseurs.
Voilà 2 BD que nous avons plaisir à voir et à saisir. Toute cette mise en page, en plus d'être esthétiquement très belle, permet d'étendre le terrain de jeu de cette enquête. Rarement un titre de BD n'a aussi bien porté son nom : nous pénétrons véritablement dans l'esprit méthodique et sans faille de Sherlock Holmes. Tout est parfait, chaque indice est exploité à un moment donné, les connexions se font au fur et à mesure. Bref, on se plaît à suivre tout cela et on peut prendre le temps de découvrir tous les menus détails que comportent les planches.
Le dessin en lui-même est également vraiment nickel. L'histoire reflète le cerveau de Sherlock Holmes : aucune bavure, aucun écart, aucune incohérence. Chaque scène compte et le fil directeur n'est jamais perdu de vue. On est vraiment dans l'enquête de la première à la dernière planche. C'est tout ce qui compte ici! Donc pour les fanas du genre, vous serez servis.
Toutes ces qualités m'entraînent vers un paradoxe qui se traduit par un reproche général : c'est "trop" parfait. Il manque un peu de subjectivité pour être pleinement conquis. Alors qu'on se trouve dans la tête du plus grand détective de l'histoire de la littérature, je vois trop de distance entre le lecteur et les personnages. C'est hyper ludique et génial à feuilleter du début à la fin, mais cela donne un ensemble un peu trop "scolaire" à mon goût. On peut difficilement faire plus linéaire comme récit, ça va toujours dans le bon sens! C'est une affaire de goût, je dois préférer les chemins tortueux et les non-dits. Enfin, je me place aussi dans le camp des aviseurs dubitatifs sur la suite: il faudra réussir à utiliser de nouveaux artifices visuels pour le prochain cycle, sinon on risque de perdre les délices de l'originalité graphique.
Mais bon, un super moment à passer, on en prend plein les mirettes et le scénario n'a pas à pâlir. A lire!
Le Cabinet Chinois est une oeuvre ambitieuse pour un début de carrière. Nancy Peña nous entraine dans un labyrinthe dans lequel il est difficile de ne pas se perdre.
Il y a tant de directions et de portes à ouvrir qu'il faut une bonne notice pour s'y retrouver. Bien sûr on pense immédiatement à une réécriture de La Belle et la Bête très subtile. (trop ?).
L'auteure nous propose-t-elle une recherche de clés ? A travers un vocabulaire inhabituel pour une BD ? L'anamorphose me fait dire qu'elle s'amuse à déformer ses personnages et nous renvoie au célèbre "Ambassadeurs" qui lui-même nous conduit à l'image de la mort ?
D'ailleurs toutes ses représentations se déforment au fil du livre, Corneel, le dragon, Magriete elle-même. Magriete ce nom encore une clé vers le peintre génial qui nous invitait à découvrir autre chose que l'image proposée.
Peut-être que pour une oeuvre de jeunesse madame Peña a voulu taper trop fort, comme une excellente élève qui veut nous montrer tout son potentiel, mais que c'est bon de se creuser un peu sur une oeuvre aussi déroutante en première lecture.
Son trait n'est pas aussi abouti et racé que dans ses oeuvres postérieures mais le talent est bien présent.
J'avoue que je pousse un peu ma note mais je suis trop fan.
Lora est une collégienne à la frontière entre enfance et adolescence. Là où ses amis commencent à se détacher du monde enfantin et à s'intéresser à des sujets plus adultes, elle refuse ce changement et préfère continuer à vivre joyeusement ses jeux insouciants et à faire vivre son imaginaire débridé. Elle risquerait de se retrouver toute seule malheureusement, si elle ne faisait un jour la rencontre de la fantôme qui hante sa maison avec qui elle devient très amie.
Le graphisme rappelle celui de certaines illustratrices du web et autres blogueuses. Il sait se faire agréable par la bonne humeur qui se dégage de ses couleurs et de ses personnages.
L'entrée en matière de l'histoire est un peu déstabilisante car il est difficile de situer l'âge de l'héroïne. L'autrice lui dessine un corps de grande adolescente, à elle ainsi qu'à ses amis, mais elle se comporte de manière très enfantine. Ce n'est que quand j'ai appris qu'elle avait 12 ans que j'ai mieux situé l'intrigue et que je m'y suis davantage attaché. Et au fil des chapitres, je me suis laissé de plus en plus toucher par sa joie de vivre, sa sensibilité mais aussi par l'intelligence du propos de son histoire.
C'est l'histoire d'une ado qui ne veut pas vieillir et s'inquiète de devoir perdre ses amis. C'est aussi l'histoire de son amitié avec le fantôme d'une jeune fille de son âge, qui ne se souvient plus de sa vie passée mais qui était aussi l'amie imaginaire de l'héroïne quand elle était toute petite. Ensemble, les deux filles vont se soutenir et s'aider à progresser. Car bientôt, la fantôme va se retrouver au centre de la narration, prenant presque le rôle d'héroïne elle-même, puisqu'elle aussi a des choses à régler dans son... après-vie.
Cette BD que j'ai prise au départ pour une œuvre jeunesse légère mais un peu futile s'est révélée pleine d'émotion et d'une belle intelligence quand elle aborde le sujet de la peur de vieillir, des souvenirs, ainsi que la thématique des amis qu'on perd avec le temps et qu'on peut retrouver. Son message est universel, optimiste et il s'adresse aussi bien aux jeunes qu'aux moins jeunes lecteurs, à l'image de l'héroïne qui deviendra finalement très bonne amie avec une femme de cinquante ans de plus qu'elle.
Dans « Julia et Roem », Enki Bilal ne cache pas qu’il s’est inspiré de « Roméo et Juliette » pour concevoir son récit. D’ailleurs, même sans savoir ça, le lecteur sera rapidement mis dans l’ambiance avec la présence de nombreux dialogues issus du roman shakespearien.
Bizarrement, ce parti-pris qui aurait pu me rebuter fortement passe très bien dans cet album d’Enki Bilal car je déteste habituellement les œuvres de Shakespeare !
En effet, j’ai beaucoup apprécié cette bande dessinée. J’y ai aimé sa situation dans un futur apocalyptique. Et surtout, cette fois-ci, l’auteur a laissé de côté ses diatribes écologiques et les nombreuses invraisemblances aperçues dans le premier opus « Aminal’z » de cette trilogie « Coup de sang ». Du coup, la lecture se fait moins intello et plus fluide sans pour autant que l’aspect poétique en soit atténué, bien au contraire ! Certes, les dialogues shakespeariens parsèment cette bd mais ils se révèlent assez distraits et surtout ils apportent un côté onirique bienvenu à cette ambiance de fin du monde.
Les personnages ne me sont pas apparus franchement attachants mais certains comme Parish et Lawrence y apparaissent comme empreints de bonté et d’humanisme bienvenus au milieu de ce paysage désolant.
On pourrait reprocher à l’auteur d’avoir choisi la facilité en utilisant son style tout de suite identifiable pour concevoir cette bd, et alors ? Oui, il use de sa palette de tons habituels en y employant des teintes grises, bleues et marrons., et alors ? Cette fois-ci, ce parti-pris sert à la perfection le récit ! Ce choix graphique, cette ambiance particulière -à mon avis- s’accorde très bien avec ce scénario. Non seulement, c’est très beau mais ça apporte un vrai plus au récit !
Malgré une trame très classique, le charme s’est opéré en moi en lisant cette bd. Je me suis attaché à cette lecture, il y a quelque chose dans ce récit qui a su me la rendre captivante : est-ce sa narration fluide et dépouillée d’intrigues secondaires qui auraient pues complexité inutilement cette histoire ? L’universalité de son thème principal (l’amour) ? Son graphisme, cette atmosphère, qui accompagne très bien cette histoire d’amour qui se situe dans un futur apocalyptique ? Je pense que c’est un peu de tout ça qui m’a fait apprécier « Julia et Roem ». Une belle œuvre !
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Janardana
Oouhhh la jolie pépite que voilà ! Très inspiré (et influencé par Miyazaki), "Janardana" se révèle être un magnifique one shot qui ravira tous les amateurs d'aventure et d'exotisme ! Marcel Piton, ancien militaire et baroudeur a fini par se poser dans le sud ouest de la France où il y a monté une petite entreprise de pêche avec quelques associés. Le nouveau facteur du village lui apporte en main propre un courrier qui va le mettre dans tous ses états et le replonger dans un passé qu'il croyait révolu. Son jeune ami Dev qu'il s'était fait en Inde lorsqu'il était militaire vient de lui envoyer un appel à l'aide ; ni une, ni deux, Marcel embarque pour l'Inde pour retrouver son ami. S'il reste introuvable, il va rapidement faire connaissance de son espiègle fille avec qui il va se retrouver plongé dans des aventures hautes en couleur ! Entre des personnages truculents et des paysages somptueux, on est rapidement captivé par ce récit. Antoine Ettori qui assure scénario et dessin s'est fait plaisir et le partage volontiers pour notre plus grand bonheur ! Les amateurs de Miyazaki ne pourront qu'être comblés par cet album qui fleure bon le studio Ghibli, tant dans les thématiques et les personnages mis en scènes que par cette mise en couleur tout en aquarelle qui donne chaleur, ambiances et lumière à ses planches. J'ai aussi apprécié la façon d'aborder les sujets graves sans donner dans la morale mais sans faire dans le compromis ni la mièvrerie non plus. L'aventure est au rendez-vous et on dévore ces 150 pages sans s'en rendre compte ! Bref, une très bonne surprise que cet album que je recommande chaudement !
Maudit sois-tu
Vous ne connaissez pas Nicholas Zaroff ? Un oligarque russe - pas très sympathique - qui n’a qu’une idée en tête … se venger de ceux qui sont responsables de l’internement dans l’asile de Bedlam à Londres jusqu’à la fin de ses jours de son aïeul. Le temps a passé. Le comte Zaroff va donc s’en prendre aux descendants des coupables d’antan qui ont engendré le malheur sur sa famille pendant un siècle et demi. La vengeance est un plat qui se mange froid ! Le comte Zaroff est un chasseur particulièrement sanguinaire. Son plaisir est immense au contact du sang de ses proies. La poursuite, la filature, et l’affût sont sa came ! Et le lecteur que je suis a pris un plaisir incommensurable dans cette traque sanguinolente dans les égouts de Londres avec un peu de docteur Moreau et un peu de Frankenstein. Je suis juste baba par la qualité du scénario mais surtout par le graphisme magnifique de Carlos Puerto. On touche au sublime et à l’admirable. La colorisation sombre rend l’atmosphère particulièrement glauque. J’en ai des frissons dans le dos. C’est du fantastique particulièrement réussi. Du super méchant psychopathe bien croustillant. Une découverte durant les 48h de la BD. Je vous encourage à vous plonger dans cette chasse dans laquelle le gibier est un humain. Vous aurez le goût du sang dans la bouche. C’est savoureux.
Une Vie en parallèle
C'est l'histoire d'une vie gâchée. Celle de Karl, qui vit en Allemagne de l'Est dans l'après-guerre, et qui découvre qu'il est attiré par les hommes. Mais à Leipzig, à cette époque, c'est mal vu, et pire, considéré comme criminel. Alors Karl ment, feint de rire aux blagues masculinistes de ses collègues, d'être attiré par les femmes. Il se marie une première fois, a un enfant. Mais comme il est pris quasiment en flagrant délit, son beau-père, qui est aussi son employeur, le met à la porte. Karl reprend sa vie ailleurs, fonde une nouvelle famille, mais la rencontre d'Helmut va encore une fois tout bouleverser. Au fil des pages, des mésaventures sentimentales de Karl, on sent venir la tristesse infinie qui a présidé à sa vie. Une vie presque totalement gâchée par les carcans de la société est-allemande (puis ouest-allemande, mais on ne voit pas vraiment de différences). Pourtant Karl essaie de combattre ses penchants naturels, il croit aimer Anna, puis Lieselotte. Il aime ses enfants, mais brise leur vie. Sur ses vieux jours il tente de recoller les morceaux avec sa fille, partie depuis des années... Au-delà du fait qu'il se cache, c'est aussi la méfiance envers ses femmes, ses amis qui pose problème : seule une de ses collègues le comprend et l'écoute, le soutient. C'est trop peu. Matthias Lehmann nous propose donc un récit très -TRES- émouvant, émaillé des différents épisodes qui ont fait de la vie de Karl un fiasco. C'est un récit en creux de la société allemande de l'après-guerre, dans laquelle l'homosexualité était criminelle. L'auteur évite l'écueil du sordide, en nous montrant un homme en proie à des doutes permanents, qui est sans cesse tiraillé entre son attirance pour le même sexe et l'amour véritable, mais maladroit, qu'il a pour ses enfants. Son trait élégant en noir et blanc magnifie cette sensibilité, et l'expressivité subtile de ses personnages permet de vite faire passer les plus de 450 pages que comporte ce très beau one shot.
La Malédiction de Gustave Babel
Deuxième album que je lis dans cet univers de la Pieuvre, et c’est encore une satisfaction. J’aime bien la façon dont Gess use des décors de ce Paris populaire revisité, de la fin du XIXème et du tout début du XXème siècle. L’omniprésence de la poésie de Baudelaire, en particulier des Fleurs du mal, colle très bien à l’ambiance – en plus de me plaire en elle-même. L’histoire se laisse lire agréablement. Le héros, un tueur à gages, est agonisant, et au milieu de quelques cauchemars, revoit son passé, que nous suivons avec lui. La narration est fluide, même si l’on ne nous apprend pas grand-chose de la Pieuvre (les autres opus complètent les informations à propos de cette organisation mafieuse, dont les dirigeants, complémentaires, ont des caractéristiques étonnantes). J’ajoute que j’ai bien aimé le dessin, et la colorisation : certaines planches sont vraiment très belles. C’est en tout cas un album recommandable.
Mater
Troisième opus de cet univers inclassable développé par Stanislas Moussé depuis 3 ans, et c’est encore avec plaisir que je m’y suis plongé. On y retrouve tout d’abord son dessin reconnaissable entre mille. Avec un trait fin, méticuleux, au stylo, qui alterne les dessins minimalistes et les planches débordant de détails, exubérantes. Quelques accointances avec le dessin de Clément Vuillier (sur Talweg ou Nous partîmes 500 par exemple). Avec des personnages le plus souvent pourvus d’un seul œil. Le dessin presque enfantin masque une plus grande exigence du récit, toujours muet, où les passages poétiques se mêlent à ceux plus terre à terre et violents. Dans cet opus, il y a aussi davantage de créatures extraordinaires, qui ajoutent à l’aspect étrange de l’ensemble. Difficile de résumer l’histoire. Mais la lecture est encore agréable, pleine de fraicheur. J’en redemande !
Trese
Budjette Tan et Kajo Baldisimo sont deux auteurs philippins et ils nous proposent "Trese" un komiks car c'est ainsi que l'ont écrit bande dessinée en tagalop, la langue parlée sur l'île de Luzon là où grouille Manille, capitale aux quatorze millions d'habitants. Alexandra Trese marche sur les traces de son père, elle est une consultante particulière de la police, dès que le surnaturel pointe le bout de son nez. Elle est toujours accompagnée par deux Kambal, ses gardes du corps. Ce Komiks permet de découvrir le folklore philippin avec toute sa ribambelle de créatures, d'esprits et de monstres. Des chapitres de vingt quatre planches relatant chacun une histoire complète, cela fait la force de cet album mais cela pourrait aussi en faire sur le long terme sa faiblesse, trop redondant. Entre chaque chapitre, des explications nous sont données sur le surnaturel rencontré précédemment sous forme de journal. Une héroïne qui reste assez mystérieuse, quelques brides de son passé nous sont dévoilées. Un dessin nerveux, un noir et blanc marqué et tout en nuances. Il se rapproche des comics avec quelques touches de manga, en particulier sur le beau visage d'Alexandra. Une mise en page dynamique. De l'excellent travail. Je recommande pour le dépaysement et la découverte de ces deux auteurs de talent.
Dans la tête de Sherlock Holmes
Je serai du même avis et porterai la même note que les précédents aviseurs. Voilà 2 BD que nous avons plaisir à voir et à saisir. Toute cette mise en page, en plus d'être esthétiquement très belle, permet d'étendre le terrain de jeu de cette enquête. Rarement un titre de BD n'a aussi bien porté son nom : nous pénétrons véritablement dans l'esprit méthodique et sans faille de Sherlock Holmes. Tout est parfait, chaque indice est exploité à un moment donné, les connexions se font au fur et à mesure. Bref, on se plaît à suivre tout cela et on peut prendre le temps de découvrir tous les menus détails que comportent les planches. Le dessin en lui-même est également vraiment nickel. L'histoire reflète le cerveau de Sherlock Holmes : aucune bavure, aucun écart, aucune incohérence. Chaque scène compte et le fil directeur n'est jamais perdu de vue. On est vraiment dans l'enquête de la première à la dernière planche. C'est tout ce qui compte ici! Donc pour les fanas du genre, vous serez servis. Toutes ces qualités m'entraînent vers un paradoxe qui se traduit par un reproche général : c'est "trop" parfait. Il manque un peu de subjectivité pour être pleinement conquis. Alors qu'on se trouve dans la tête du plus grand détective de l'histoire de la littérature, je vois trop de distance entre le lecteur et les personnages. C'est hyper ludique et génial à feuilleter du début à la fin, mais cela donne un ensemble un peu trop "scolaire" à mon goût. On peut difficilement faire plus linéaire comme récit, ça va toujours dans le bon sens! C'est une affaire de goût, je dois préférer les chemins tortueux et les non-dits. Enfin, je me place aussi dans le camp des aviseurs dubitatifs sur la suite: il faudra réussir à utiliser de nouveaux artifices visuels pour le prochain cycle, sinon on risque de perdre les délices de l'originalité graphique. Mais bon, un super moment à passer, on en prend plein les mirettes et le scénario n'a pas à pâlir. A lire!
Le Cabinet Chinois
Le Cabinet Chinois est une oeuvre ambitieuse pour un début de carrière. Nancy Peña nous entraine dans un labyrinthe dans lequel il est difficile de ne pas se perdre. Il y a tant de directions et de portes à ouvrir qu'il faut une bonne notice pour s'y retrouver. Bien sûr on pense immédiatement à une réécriture de La Belle et la Bête très subtile. (trop ?). L'auteure nous propose-t-elle une recherche de clés ? A travers un vocabulaire inhabituel pour une BD ? L'anamorphose me fait dire qu'elle s'amuse à déformer ses personnages et nous renvoie au célèbre "Ambassadeurs" qui lui-même nous conduit à l'image de la mort ? D'ailleurs toutes ses représentations se déforment au fil du livre, Corneel, le dragon, Magriete elle-même. Magriete ce nom encore une clé vers le peintre génial qui nous invitait à découvrir autre chose que l'image proposée. Peut-être que pour une oeuvre de jeunesse madame Peña a voulu taper trop fort, comme une excellente élève qui veut nous montrer tout son potentiel, mais que c'est bon de se creuser un peu sur une oeuvre aussi déroutante en première lecture. Son trait n'est pas aussi abouti et racé que dans ses oeuvres postérieures mais le talent est bien présent. J'avoue que je pousse un peu ma note mais je suis trop fan.
Seance tea party
Lora est une collégienne à la frontière entre enfance et adolescence. Là où ses amis commencent à se détacher du monde enfantin et à s'intéresser à des sujets plus adultes, elle refuse ce changement et préfère continuer à vivre joyeusement ses jeux insouciants et à faire vivre son imaginaire débridé. Elle risquerait de se retrouver toute seule malheureusement, si elle ne faisait un jour la rencontre de la fantôme qui hante sa maison avec qui elle devient très amie. Le graphisme rappelle celui de certaines illustratrices du web et autres blogueuses. Il sait se faire agréable par la bonne humeur qui se dégage de ses couleurs et de ses personnages. L'entrée en matière de l'histoire est un peu déstabilisante car il est difficile de situer l'âge de l'héroïne. L'autrice lui dessine un corps de grande adolescente, à elle ainsi qu'à ses amis, mais elle se comporte de manière très enfantine. Ce n'est que quand j'ai appris qu'elle avait 12 ans que j'ai mieux situé l'intrigue et que je m'y suis davantage attaché. Et au fil des chapitres, je me suis laissé de plus en plus toucher par sa joie de vivre, sa sensibilité mais aussi par l'intelligence du propos de son histoire. C'est l'histoire d'une ado qui ne veut pas vieillir et s'inquiète de devoir perdre ses amis. C'est aussi l'histoire de son amitié avec le fantôme d'une jeune fille de son âge, qui ne se souvient plus de sa vie passée mais qui était aussi l'amie imaginaire de l'héroïne quand elle était toute petite. Ensemble, les deux filles vont se soutenir et s'aider à progresser. Car bientôt, la fantôme va se retrouver au centre de la narration, prenant presque le rôle d'héroïne elle-même, puisqu'elle aussi a des choses à régler dans son... après-vie. Cette BD que j'ai prise au départ pour une œuvre jeunesse légère mais un peu futile s'est révélée pleine d'émotion et d'une belle intelligence quand elle aborde le sujet de la peur de vieillir, des souvenirs, ainsi que la thématique des amis qu'on perd avec le temps et qu'on peut retrouver. Son message est universel, optimiste et il s'adresse aussi bien aux jeunes qu'aux moins jeunes lecteurs, à l'image de l'héroïne qui deviendra finalement très bonne amie avec une femme de cinquante ans de plus qu'elle.
Julia & Roem (Coup de sang)
Dans « Julia et Roem », Enki Bilal ne cache pas qu’il s’est inspiré de « Roméo et Juliette » pour concevoir son récit. D’ailleurs, même sans savoir ça, le lecteur sera rapidement mis dans l’ambiance avec la présence de nombreux dialogues issus du roman shakespearien. Bizarrement, ce parti-pris qui aurait pu me rebuter fortement passe très bien dans cet album d’Enki Bilal car je déteste habituellement les œuvres de Shakespeare ! En effet, j’ai beaucoup apprécié cette bande dessinée. J’y ai aimé sa situation dans un futur apocalyptique. Et surtout, cette fois-ci, l’auteur a laissé de côté ses diatribes écologiques et les nombreuses invraisemblances aperçues dans le premier opus « Aminal’z » de cette trilogie « Coup de sang ». Du coup, la lecture se fait moins intello et plus fluide sans pour autant que l’aspect poétique en soit atténué, bien au contraire ! Certes, les dialogues shakespeariens parsèment cette bd mais ils se révèlent assez distraits et surtout ils apportent un côté onirique bienvenu à cette ambiance de fin du monde. Les personnages ne me sont pas apparus franchement attachants mais certains comme Parish et Lawrence y apparaissent comme empreints de bonté et d’humanisme bienvenus au milieu de ce paysage désolant. On pourrait reprocher à l’auteur d’avoir choisi la facilité en utilisant son style tout de suite identifiable pour concevoir cette bd, et alors ? Oui, il use de sa palette de tons habituels en y employant des teintes grises, bleues et marrons., et alors ? Cette fois-ci, ce parti-pris sert à la perfection le récit ! Ce choix graphique, cette ambiance particulière -à mon avis- s’accorde très bien avec ce scénario. Non seulement, c’est très beau mais ça apporte un vrai plus au récit ! Malgré une trame très classique, le charme s’est opéré en moi en lisant cette bd. Je me suis attaché à cette lecture, il y a quelque chose dans ce récit qui a su me la rendre captivante : est-ce sa narration fluide et dépouillée d’intrigues secondaires qui auraient pues complexité inutilement cette histoire ? L’universalité de son thème principal (l’amour) ? Son graphisme, cette atmosphère, qui accompagne très bien cette histoire d’amour qui se situe dans un futur apocalyptique ? Je pense que c’est un peu de tout ça qui m’a fait apprécier « Julia et Roem ». Une belle œuvre !