La lecture de cette bande dessinée m'a fait penser à la série Les Tuniques Bleues , le sergent Lester Durret , le caporal Elzaphan McDonnell sont un peu les équivalents de Blutch et le lieutenant Robert Goodloe lui serait Chesterfield sauf que le parallèle s’arrête ici , car ce sont de vraies crapules.
Il n'y a rien de révolutionnaire dans ce récit, mais les auteurs ont su bien manœuvrer leur barque jusqu'à bon port pour un dénouement digne d’intérêt.
Le Prix de L'Honneur est un western de bonne facture avec un graphisme assez particulier et une mise en scène simple mais efficace ( entre 5 et 6 vignettes par planche)
De toutes les séries Donjon, c'est largement celle-ci que j'aime le moins. Sans doute parce qu'elle n'a pas le côté évolutif des autres et reste cantonnée à une date précise dans le "grand Tout" et se borne à vouloir être drôle.
Alors j'aime bien l'univers Donjon par son côté comique, j'aime bien le dessin de Larcenet, mais c'est franchement sans passion et sans réellement m'y amuser que je lis les albums de cette série là.
Franchement, c'est sympa, pas prise de tête, mais il n'y a pas grand chose de plus à en tirer pour moi.
A noter tout de même que dans cette série se trouve l'album Technique Grogro qui, à mes yeux, sort nettement du lot : beau, excellente histoire, très drôle, et en plus l'album donne davantage de profondeur au personnage de Grogro. Cet album est du niveau d'un très bon Donjon Monsters.
Quant au tome 6, il est dessiné par Alexis Nesme et même si son scénario n'a pas tellement marqué ma mémoire, son dessin est très beau par contre.
Note : 3,5/5
Enfin lu, un album qui prenait la poussière sur ma pile depuis bien trop longtemps.
C’est pas sans menus défauts mais j’ai beaucoup aimé.
Déjà je me suis pris une claque sur la partie graphique, certaines vues (extérieures comme intérieures) sont magistrales et les couleurs sont vraiment superbes, le dessin fourmille de détail et les planches sont très bien construites.
Le tout est très immersif, le physique ou la représentation des différents personnages personnages ne m’a pas gêné outre mesure.
Matthieu Bablet possède une patte et un style bien à lui qui n’est pas pour me déplaire.
Niveau scénario, c’est un peu plus confus, l’auteur brasse énormément de thématiques, certaines passent mieux que d’autres, il y a quelques maladresses/lourdeurs mais le tout reste compréhensible, et surtout distrayant. L’auteur nous propose un univers sf solide.
Une œuvre dense mais fluide malgré les plus de 200 pages, j’ai beaucoup aimé l’introduction et la conclusion.
Un chouette album (en plus d’un bel objet).
Un auteur à suivre, prochaine étape pour moi « Carbone & Silicium » (également sur ma pile).
Cadres noirs est à l’origine un roman signé Pierre Lemaitre. Ce livre a déjà fait l’objet d’une adaptation très réussie en série télé, sous le titre dérapages, avec Eric Cantona dans le premier rôle. Et voici maintenant l’adaptation en bande dessinée.
L’histoire est celle d’Alain Delambre, un quinquagénaire qui après avoir travaillé en tant que DRH, est au chômage depuis 4 ans. 4 longues années de galères, de doute, d’entretiens d’embauche ratés car trop vieux, de perte de confiance en lui, de petits boulots alimentaires pour joindre les 2 bouts. Bref c’est plutôt la déprime quand enfin il postule à l’offre de la dernière chance et qu’un nouveau vrai job semble lui tendre les bras. Il est prêt à tout pour ce boulot. Sauf que les dés sont faussés dès le départ et quand Alain va s’en rendre compte, il va péter les plombs.
La construction du récit est une succession de scènes qui alternent entre le passé, et le présent où Alain est en prison. On ne sait pas pourquoi au début, mais cela laisse imaginer le pire, il a sans doute toucher encore un peu plus le fond. Au début on pourrait penser que les flash-backs vont nous raconter comment il a atterri en prison et que c’est la finalité du récit. Mais non, on devine peu à peu que l’histoire ne s’arrête pas là et qu’il se trame encore quelque chose. C’est malin.
Ce découpage en forme de puzzle est rythmé. Cela a un coté efficace car c’est de cette manière qu’on découvre progressivement l’histoire d’Alain, comment il s’est retrouvé embarqué dans cette spirale de galères. De l’autre, c’est un peu déstabilisant car ce n’est pas toujours évident de comprendre ce qui lui arrive. Cela va vite, certains personnages n’appariassent que quelques cases, parfois un peu brutalement (l’homme qui l’aide à se préparer à une prise d’otage sort vraiment de nulle part). Pourtant ses séquences ont leur importance dans l’intrigue. La connaissance de l’histoire originale a été un plus niveau compréhension.
On se laisse volontiers embarqué dans cette histoire de pétage de plomb. C’est crédible, on sent le désespoir puis la colère d’Alain, on a envie de connaitre le fin mot de tout ça. Au final on lit un mix réussi entre une chronique sociale et un polar. Tout cela est accompagné par un dessin soigné et détaillé qui met très bien en valeur le récit.
C’est après avoir lu l’avis de l’excellent Bamiléké que je me suis rendu compte que je ne connais pas cet album du brillant Christian Lax. Ni une ni deux, je me suis procuré Sarane. Et vous savez quoi ? j’ai bien fait car cet ouvrage est un petit bonbon sucré. Que c’est bon de s’enfoncer avec dans le désert du Sahara avec cette femme qui se retrouve dans un univers africain qui n’est pas le sien. Le graphisme est délicat et un peu fragile. Les couleurs sont chaudes et lumineuses. Chaque case est une lithographie. C’est un régal pour les yeux. Que c’est beau notamment les visages des personnages, des jeunes comme des vieux. Lawrence d’Arabie n’est pas très loin !
La dimension étrange du début du récit s’intègre paradoxalement très bien dans la globalité de celui-ci. C’est subtil. Tout est maitrisé avec pourtant de nombreux allers et retours entre le présent et le passé. Je me suis régalé de ce voyage sensuel au fin fond du désert.
L’auteur du Choucas est au top de sa forme. A lire absolument.
Une série au potentiel infini.
On retrouve toujours notre duo de scénaristes (Sfar/Trondheim) à la baguette mais avec un dessinateur différent par tome.
Les albums sont indépendants et s’attachent à suivre des personnages ou événements secondaires croisés dans les différents univers, chaque tome s’insère dans la temporalité des séries « mères » : Zenith, Crépuscule et Poltron minet jusqu’à maintenant, à voir si avec le temps elle se développe sur les antipodes.
Sur la longueur, le ton et la partie graphique ne sont pas homogènes mais ça reste un quasi sans faute à ce jour.
C’est la série la plus riche de la franchise, on ne sait jamais sur quoi on va tomber : humour, aventure, tragédie ... et qui se permet de sacrés bonds temporels pour enrichir notre connaissance de l’univers (Le grand animateur, Les profondeurs ...).
L’autre point fort de cette série est la liste de dessinateurs guest star, entre les potes de L’Association, des petits nouveaux et des grands noms, certains sont improbables sur ce genre de série, un régal et un plaisir pour les yeux.
Une très bonne série qui donne énormément de cohérence à l’univers et qui se démarque de ses consœurs, tout en y étant intimement liée.
4+
Une histoire d’amour avec en exergue une citation de Proudhon, et en quatrième de couverture une citation d’André Breton (mon auteur favori – mais pas seulement), voilà de bonnes raisons de se plonger dans la lecture de cet album.
Rabaté a publié beaucoup d’albums sur les gens ordinaires, simples, souvent situés dans la France des trente glorieuses. Cet album ne déroge pas, mais il y a ici moins de noirceur, moins de méchanceté face à ces Français moyens. Bien au contraire, il s’attaque ici aux valeurs de la bonne société bourgeoise (la propriété avant tout), au travers de ce groupe de voleurs qui pillent les villas d’une petite ville balnéaire, dans un esprit anarchiste proche de la « reprise individuelle ».
Un jeune homme, fils de bonne famille promis à une carrière militaire, tombe amoureux d’une belle voleuse, et c’est un vent de liberté qui souffle fort dans sa vie, au point de lui faire changer de perspective.
Une belle histoire d’amour qui se fiche des conventions et des lois et, malgré les rebondissements du dernier tiers, Rabaté fait le choix de laisser la liberté, l’amour, triompher de certains déterminismes de la société, de la morale et de la loi.
C’est une histoire agréable à lire, rapidement (peu de texte, et des pages très aérées).
Depuis la fin 2014 la France a perdu une partie du contrôle de ses centrales nucléaires au profit des Américains.
Frédéric Pierucci, ancien cadre d'une des filiales d'Alstom, s’est retrouvé au cœur de ce scandale d'État.
En avril 2013, il est arrêté à New York par le FBI et poursuivi pour une soi-disant affaire de corruption. Les autorités américaines l'ont enfermé pendant plus de deux ans. Un véritable chantage pour obliger Alstom à payer la plus gigantesque amende jamais infligée par les États-Unis, et à se vendre à General Electric, son grand concurrent américain.
Cette histoire illustre la guerre secrète que les États-Unis livrent à la France et à l'Europe en détournant le droit et la morale pour les utiliser comme des armes économiques. L'une après l'autre, nos plus grandes sociétés (Alcatel, Total, BNP Paribas, Société Générale et bientôt d'autres) sont déstabilisées. Ces dernières années, plus de 14 milliards de dollars d'amende ont ainsi été payés par nos entreprises au Trésor américain.
Il aura fallu que je tombe sur cette bd édifiante, pour mesurer à quel point nos « alliés » occidentaux, « les champions du monde libre », se comportent vis-à-vis de la France sur la scène économique. Je n’ai jamais vu ce sujet majeur traité par le journalisme...
Cette BD est prenante et donne envie d’en savoir plus sur le sujet.
Le seul aspect que je regrette, c’est que cette bd n’ait pas assez fait ressortir les responsabilités de Macron et d’Hollande dans cette vente d’intérêts stratégiques aux américains.
Niveau graphisme, c’est une bichromie noire & blanche parfaitement adaptée pour un documentaire, un peu à la façon de Homicide - Une année dans les rues de Baltimore.
Pas besoin d’être un breton pour découvrir cet album magnifique. Pascal Bresson et Erwan Le Saëc ont su nous replonger dans l’affaire du Bugaled Breizh, chalutier qui a coulé mystérieusement en janvier 2004 dans les eaux britanniques au sud du Cap Lizard emportant 5 malheureux marins. A travers un journaliste sur le déclin mais fort en gueule, nous suivons l’enquête. Les incohérences sont nombreuses. C’est palpitant. Vous ne pouvez lire ce récit que d’une seule traite !
La question sous-jacente que pose cet album… pouvons-nous avoir foi aveuglement en l’état et à son armée ? On peut en douter. 18 ans après ce drame, les familles de ces marins sont toujours en attente, afin de comprendre ce qui s’est passé réellement. Deux scénarios s’affrontent. Celui d’un malheureux accident ou plus certainement d’un accrochage avec un sous-marin au cours d’un exercice militaire. Ne serions-nous pas devant un mensonge d’Etat ? Difficile de comprendre pourquoi si nous étions sur un banal accident, certains éléments sont toujours classés secret défense ! Les zones d’ombres sont nombreuses.
Au-delà du scénario parfaitement maitrisé, je suis subjugué par le graphisme d’Erwan Le Saëc. Le trait est précis et fin. Les paysages et les scènes maritimes sont sublissimes. L’effet wahou est là ! Un plaisir pour les yeux cet album. Et que dire de la couverture avec son océan de sang et une ombre inquiétante ! c’est admirable.
BD a vous procurer en urgence car malheureusement toujours d’actualité. Un gros coup de coeur.
Bammmm ! Ça calme ça comme album !!!!
Harold Schechter nous raconte l'hallucinante vie de ce terrible tueur en série qui inspira le roman psychose et son adaptation au cinéma par Hitchcock avec le talentueux dessinateur Eric Powell (The Goon, Hillbilly ou encore Big Man Plans).
J'avoue que je ne connaissais pas du tout l'histoire de ce tueur en série et que je me suis fait captiver et pleinement surprendre par ce récit. Les auteurs ont l'excellente idée de recontextualiser l'horreur en nous racontant l'enfance et le cadre familial dans lequel Ed Gein a grandit. Le moins qu'on puisse dire c'est qu'il n'a pas été aidé de ce côté là, entre un père feignant, alcoolique et violent et une mère bigote et autoritaire. C'est pourtant cette dernière qui restera toute sa vie son phare et sa raison de vivre... puis sa raison de tuer...
Timide, un peu simple et pas très dégourdi, Ed va survivre tant bien que mal dans ce Wisconsin profond des années 50'. La mort de sa mère va achever de le faire basculer dans la folie profonde et lui faire commettre les pires atrocités imaginables. Comme les policiers qui débarquent chez lui après la disparition de deux femmes dans son village, on tombe littéralement sur le cul quand les macabres découvertes qu'ils vont faire nous pètent à la gueule. Et c'est ce qui va marquer un pays entier au travers de cette histoire, c'est de réaliser que le danger et l'horreur ne viennent pas forcément de l'autre bout du monde ou de l'espace mais qu'il peut être tapi en son sein, juste à côté de chez soi.
Eric Powell fait des merveilles en usant d'une colorisation toute en nuances de gris qui met pleinement en valeur son trait très expressif, surtout quand il s'agit des visages de ses personnages.
Voilà un album des plus réussi sur un personnage hallucinant qui aura marqué de lugubre façon l'humanité.
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Le Prix De L'Honneur
La lecture de cette bande dessinée m'a fait penser à la série Les Tuniques Bleues , le sergent Lester Durret , le caporal Elzaphan McDonnell sont un peu les équivalents de Blutch et le lieutenant Robert Goodloe lui serait Chesterfield sauf que le parallèle s’arrête ici , car ce sont de vraies crapules. Il n'y a rien de révolutionnaire dans ce récit, mais les auteurs ont su bien manœuvrer leur barque jusqu'à bon port pour un dénouement digne d’intérêt. Le Prix de L'Honneur est un western de bonne facture avec un graphisme assez particulier et une mise en scène simple mais efficace ( entre 5 et 6 vignettes par planche)
Donjon Parade
De toutes les séries Donjon, c'est largement celle-ci que j'aime le moins. Sans doute parce qu'elle n'a pas le côté évolutif des autres et reste cantonnée à une date précise dans le "grand Tout" et se borne à vouloir être drôle. Alors j'aime bien l'univers Donjon par son côté comique, j'aime bien le dessin de Larcenet, mais c'est franchement sans passion et sans réellement m'y amuser que je lis les albums de cette série là. Franchement, c'est sympa, pas prise de tête, mais il n'y a pas grand chose de plus à en tirer pour moi. A noter tout de même que dans cette série se trouve l'album Technique Grogro qui, à mes yeux, sort nettement du lot : beau, excellente histoire, très drôle, et en plus l'album donne davantage de profondeur au personnage de Grogro. Cet album est du niveau d'un très bon Donjon Monsters. Quant au tome 6, il est dessiné par Alexis Nesme et même si son scénario n'a pas tellement marqué ma mémoire, son dessin est très beau par contre. Note : 3,5/5
Shangri-La
Enfin lu, un album qui prenait la poussière sur ma pile depuis bien trop longtemps. C’est pas sans menus défauts mais j’ai beaucoup aimé. Déjà je me suis pris une claque sur la partie graphique, certaines vues (extérieures comme intérieures) sont magistrales et les couleurs sont vraiment superbes, le dessin fourmille de détail et les planches sont très bien construites. Le tout est très immersif, le physique ou la représentation des différents personnages personnages ne m’a pas gêné outre mesure. Matthieu Bablet possède une patte et un style bien à lui qui n’est pas pour me déplaire. Niveau scénario, c’est un peu plus confus, l’auteur brasse énormément de thématiques, certaines passent mieux que d’autres, il y a quelques maladresses/lourdeurs mais le tout reste compréhensible, et surtout distrayant. L’auteur nous propose un univers sf solide. Une œuvre dense mais fluide malgré les plus de 200 pages, j’ai beaucoup aimé l’introduction et la conclusion. Un chouette album (en plus d’un bel objet). Un auteur à suivre, prochaine étape pour moi « Carbone & Silicium » (également sur ma pile).
Cadres noirs
Cadres noirs est à l’origine un roman signé Pierre Lemaitre. Ce livre a déjà fait l’objet d’une adaptation très réussie en série télé, sous le titre dérapages, avec Eric Cantona dans le premier rôle. Et voici maintenant l’adaptation en bande dessinée. L’histoire est celle d’Alain Delambre, un quinquagénaire qui après avoir travaillé en tant que DRH, est au chômage depuis 4 ans. 4 longues années de galères, de doute, d’entretiens d’embauche ratés car trop vieux, de perte de confiance en lui, de petits boulots alimentaires pour joindre les 2 bouts. Bref c’est plutôt la déprime quand enfin il postule à l’offre de la dernière chance et qu’un nouveau vrai job semble lui tendre les bras. Il est prêt à tout pour ce boulot. Sauf que les dés sont faussés dès le départ et quand Alain va s’en rendre compte, il va péter les plombs. La construction du récit est une succession de scènes qui alternent entre le passé, et le présent où Alain est en prison. On ne sait pas pourquoi au début, mais cela laisse imaginer le pire, il a sans doute toucher encore un peu plus le fond. Au début on pourrait penser que les flash-backs vont nous raconter comment il a atterri en prison et que c’est la finalité du récit. Mais non, on devine peu à peu que l’histoire ne s’arrête pas là et qu’il se trame encore quelque chose. C’est malin. Ce découpage en forme de puzzle est rythmé. Cela a un coté efficace car c’est de cette manière qu’on découvre progressivement l’histoire d’Alain, comment il s’est retrouvé embarqué dans cette spirale de galères. De l’autre, c’est un peu déstabilisant car ce n’est pas toujours évident de comprendre ce qui lui arrive. Cela va vite, certains personnages n’appariassent que quelques cases, parfois un peu brutalement (l’homme qui l’aide à se préparer à une prise d’otage sort vraiment de nulle part). Pourtant ses séquences ont leur importance dans l’intrigue. La connaissance de l’histoire originale a été un plus niveau compréhension. On se laisse volontiers embarqué dans cette histoire de pétage de plomb. C’est crédible, on sent le désespoir puis la colère d’Alain, on a envie de connaitre le fin mot de tout ça. Au final on lit un mix réussi entre une chronique sociale et un polar. Tout cela est accompagné par un dessin soigné et détaillé qui met très bien en valeur le récit.
Sarane
C’est après avoir lu l’avis de l’excellent Bamiléké que je me suis rendu compte que je ne connais pas cet album du brillant Christian Lax. Ni une ni deux, je me suis procuré Sarane. Et vous savez quoi ? j’ai bien fait car cet ouvrage est un petit bonbon sucré. Que c’est bon de s’enfoncer avec dans le désert du Sahara avec cette femme qui se retrouve dans un univers africain qui n’est pas le sien. Le graphisme est délicat et un peu fragile. Les couleurs sont chaudes et lumineuses. Chaque case est une lithographie. C’est un régal pour les yeux. Que c’est beau notamment les visages des personnages, des jeunes comme des vieux. Lawrence d’Arabie n’est pas très loin ! La dimension étrange du début du récit s’intègre paradoxalement très bien dans la globalité de celui-ci. C’est subtil. Tout est maitrisé avec pourtant de nombreux allers et retours entre le présent et le passé. Je me suis régalé de ce voyage sensuel au fin fond du désert. L’auteur du Choucas est au top de sa forme. A lire absolument.
Donjon Monsters
Une série au potentiel infini. On retrouve toujours notre duo de scénaristes (Sfar/Trondheim) à la baguette mais avec un dessinateur différent par tome. Les albums sont indépendants et s’attachent à suivre des personnages ou événements secondaires croisés dans les différents univers, chaque tome s’insère dans la temporalité des séries « mères » : Zenith, Crépuscule et Poltron minet jusqu’à maintenant, à voir si avec le temps elle se développe sur les antipodes. Sur la longueur, le ton et la partie graphique ne sont pas homogènes mais ça reste un quasi sans faute à ce jour. C’est la série la plus riche de la franchise, on ne sait jamais sur quoi on va tomber : humour, aventure, tragédie ... et qui se permet de sacrés bonds temporels pour enrichir notre connaissance de l’univers (Le grand animateur, Les profondeurs ...). L’autre point fort de cette série est la liste de dessinateurs guest star, entre les potes de L’Association, des petits nouveaux et des grands noms, certains sont improbables sur ce genre de série, un régal et un plaisir pour les yeux. Une très bonne série qui donne énormément de cohérence à l’univers et qui se démarque de ses consœurs, tout en y étant intimement liée. 4+
Sous les galets la plage
Une histoire d’amour avec en exergue une citation de Proudhon, et en quatrième de couverture une citation d’André Breton (mon auteur favori – mais pas seulement), voilà de bonnes raisons de se plonger dans la lecture de cet album. Rabaté a publié beaucoup d’albums sur les gens ordinaires, simples, souvent situés dans la France des trente glorieuses. Cet album ne déroge pas, mais il y a ici moins de noirceur, moins de méchanceté face à ces Français moyens. Bien au contraire, il s’attaque ici aux valeurs de la bonne société bourgeoise (la propriété avant tout), au travers de ce groupe de voleurs qui pillent les villas d’une petite ville balnéaire, dans un esprit anarchiste proche de la « reprise individuelle ». Un jeune homme, fils de bonne famille promis à une carrière militaire, tombe amoureux d’une belle voleuse, et c’est un vent de liberté qui souffle fort dans sa vie, au point de lui faire changer de perspective. Une belle histoire d’amour qui se fiche des conventions et des lois et, malgré les rebondissements du dernier tiers, Rabaté fait le choix de laisser la liberté, l’amour, triompher de certains déterminismes de la société, de la morale et de la loi. C’est une histoire agréable à lire, rapidement (peu de texte, et des pages très aérées).
Le Piège américain
Depuis la fin 2014 la France a perdu une partie du contrôle de ses centrales nucléaires au profit des Américains. Frédéric Pierucci, ancien cadre d'une des filiales d'Alstom, s’est retrouvé au cœur de ce scandale d'État. En avril 2013, il est arrêté à New York par le FBI et poursuivi pour une soi-disant affaire de corruption. Les autorités américaines l'ont enfermé pendant plus de deux ans. Un véritable chantage pour obliger Alstom à payer la plus gigantesque amende jamais infligée par les États-Unis, et à se vendre à General Electric, son grand concurrent américain. Cette histoire illustre la guerre secrète que les États-Unis livrent à la France et à l'Europe en détournant le droit et la morale pour les utiliser comme des armes économiques. L'une après l'autre, nos plus grandes sociétés (Alcatel, Total, BNP Paribas, Société Générale et bientôt d'autres) sont déstabilisées. Ces dernières années, plus de 14 milliards de dollars d'amende ont ainsi été payés par nos entreprises au Trésor américain. Il aura fallu que je tombe sur cette bd édifiante, pour mesurer à quel point nos « alliés » occidentaux, « les champions du monde libre », se comportent vis-à-vis de la France sur la scène économique. Je n’ai jamais vu ce sujet majeur traité par le journalisme... Cette BD est prenante et donne envie d’en savoir plus sur le sujet. Le seul aspect que je regrette, c’est que cette bd n’ait pas assez fait ressortir les responsabilités de Macron et d’Hollande dans cette vente d’intérêts stratégiques aux américains. Niveau graphisme, c’est une bichromie noire & blanche parfaitement adaptée pour un documentaire, un peu à la façon de Homicide - Une année dans les rues de Baltimore.
Bugaled Breizh - 37 secondes
Pas besoin d’être un breton pour découvrir cet album magnifique. Pascal Bresson et Erwan Le Saëc ont su nous replonger dans l’affaire du Bugaled Breizh, chalutier qui a coulé mystérieusement en janvier 2004 dans les eaux britanniques au sud du Cap Lizard emportant 5 malheureux marins. A travers un journaliste sur le déclin mais fort en gueule, nous suivons l’enquête. Les incohérences sont nombreuses. C’est palpitant. Vous ne pouvez lire ce récit que d’une seule traite ! La question sous-jacente que pose cet album… pouvons-nous avoir foi aveuglement en l’état et à son armée ? On peut en douter. 18 ans après ce drame, les familles de ces marins sont toujours en attente, afin de comprendre ce qui s’est passé réellement. Deux scénarios s’affrontent. Celui d’un malheureux accident ou plus certainement d’un accrochage avec un sous-marin au cours d’un exercice militaire. Ne serions-nous pas devant un mensonge d’Etat ? Difficile de comprendre pourquoi si nous étions sur un banal accident, certains éléments sont toujours classés secret défense ! Les zones d’ombres sont nombreuses. Au-delà du scénario parfaitement maitrisé, je suis subjugué par le graphisme d’Erwan Le Saëc. Le trait est précis et fin. Les paysages et les scènes maritimes sont sublissimes. L’effet wahou est là ! Un plaisir pour les yeux cet album. Et que dire de la couverture avec son océan de sang et une ombre inquiétante ! c’est admirable. BD a vous procurer en urgence car malheureusement toujours d’actualité. Un gros coup de coeur.
Ed Gein - Autopsie d'un tueur en série
Bammmm ! Ça calme ça comme album !!!! Harold Schechter nous raconte l'hallucinante vie de ce terrible tueur en série qui inspira le roman psychose et son adaptation au cinéma par Hitchcock avec le talentueux dessinateur Eric Powell (The Goon, Hillbilly ou encore Big Man Plans). J'avoue que je ne connaissais pas du tout l'histoire de ce tueur en série et que je me suis fait captiver et pleinement surprendre par ce récit. Les auteurs ont l'excellente idée de recontextualiser l'horreur en nous racontant l'enfance et le cadre familial dans lequel Ed Gein a grandit. Le moins qu'on puisse dire c'est qu'il n'a pas été aidé de ce côté là, entre un père feignant, alcoolique et violent et une mère bigote et autoritaire. C'est pourtant cette dernière qui restera toute sa vie son phare et sa raison de vivre... puis sa raison de tuer... Timide, un peu simple et pas très dégourdi, Ed va survivre tant bien que mal dans ce Wisconsin profond des années 50'. La mort de sa mère va achever de le faire basculer dans la folie profonde et lui faire commettre les pires atrocités imaginables. Comme les policiers qui débarquent chez lui après la disparition de deux femmes dans son village, on tombe littéralement sur le cul quand les macabres découvertes qu'ils vont faire nous pètent à la gueule. Et c'est ce qui va marquer un pays entier au travers de cette histoire, c'est de réaliser que le danger et l'horreur ne viennent pas forcément de l'autre bout du monde ou de l'espace mais qu'il peut être tapi en son sein, juste à côté de chez soi. Eric Powell fait des merveilles en usant d'une colorisation toute en nuances de gris qui met pleinement en valeur son trait très expressif, surtout quand il s'agit des visages de ses personnages. Voilà un album des plus réussi sur un personnage hallucinant qui aura marqué de lugubre façon l'humanité.