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Couverture de la série El Libertador
El Libertador

On a là une biographie assez classique de Gourmelen, avec une narration qui, parfois, est un peu lourde – même s’il s’affranchit quand même d’un côté trop didactique. Il n’y a pas non plus trop de raccourcis et, si l’on compare avec les collections de biographie de personnages historiques plus récentes (comme la collection « Ils ont fait l’Histoire » de chez Glénat par exemple), je trouve que ça tient largement la route. Quelques commentaires en off redondant par rapport aux textes des bulles, et une réutilisation de certains thèmes (lors du passage des montagnes par exemple), voilà quelques petites critiques de détails, mais globalement, la narration est agréable. Gourmelen nous dépeint Bolivar en une sorte de Napoléon d'Amérique, jouant sur la mobilité de ses troupes pour défaire ses ennemis par des marches et contre marches, traversant montagnes et autres contrées inhospitalières. Mais le gros point fort à mes yeux de cet album est le dessin de Palacios, compagnon de Gourmelen sur Mac Coy, et qui ici donne toute la mesure de son style très baroque (c’est cet aspect qui me fait arrondir aux quatre étoiles). Un trait gras, un jeu violent sur les couleurs (comme pour Mac Coy, il excelle dans les paysages insolés), une violence exacerbée par quelques scènes s’inspirant de quelques grand dessinateurs espagnols (Goya en tête), je suis vraiment fan de ce travail de Palacios, ici au sommet de son art. Je ne sais pas si cet album a été moins diffusé que les autres de la même collection, mais le fait est qu’on le rencontre rarement en librairie d’occase, alors même que les Mac Coy y sont souvent. En tout cas, il mérite franchement un coup d’œil. Note réelle 3,5/5.

30/06/2022 (modifier)
Par iannick
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Sommet des dieux
Le Sommet des dieux

Autant le dire tout de suite : j’adore la montagne ! Donc, « Le Sommet des dieux » était un manga que je devais absolument lire d’autant plus que j’admire aussi le dessinateur : Jiro Taniguchi. Seul obstacle à cette lecture, et de taille : 5 gros pavés, soit environ 1 700 pages à feuilleter ! Et cette occasion de découvrir ce manga s’est présenté à la bibliothèque universitaire de ma ville… pas d’hésitation, un emprunt et avanti ! Bon sang, je ne m’attendais vraiment pas à ça : on y découvre carrément les parcours pour grimper telle ou telle montagne célèbre, c’est fou comme le récit est hyper détaillé au point qu’une fois la lecture terminée, on pourrait croire qu’on a effectué les ascensions avec les protagonistes ! Ainsi, vous saurez beaucoup de choses sur la pointe Walker dans « les grandes Jorasses », « l’Eider », Les Alpes japonaises et surtout l’Everest ! La seule chose qui me chagrine un peu est que l’éditeur n’ait pas proposé une petite carte en début ou fin de manga pour nous situer ces fameux sommets… Bref, un détail parce que l’histoire m’est apparu passionnante et attachante. Les auteurs ont eu l’intelligence de ne pas nous barder de termes techniques les aventures de nos héros montagnards. En effet, l’auteur nous présente ce récit basé sur deux protagonistes : le photographe sportif, Fukamachi, et un alpiniste fictif hors pair, Habu Joji. Le premier va par un fabuleux hasard mettre la main sur l’appareil photo de Mallory qui fut un des premiers hommes à gravir l’Everest en 1924 et qui est mort en ces lieux sans que l’on sache s’il avait réussi à atteindre le toit du monde…. Le deuxième est un grimpeur extraordinaire dont on suivra ces péripéties au fil des tomes. Le lecteur suivra donc le destin de ces deux personnages ainsi qu’une multitude de protagonistes secondaires plus ou moins intéressants qui formeront une histoire riche et assez émouvante. Riche parce que le récit est très proche de la réalité : on y découvre comment un groupe se prépare avant l’assaut d’une montagne, des lieux plus ou moins mystiques (notamment Katmandou et les villages de Sherpas) … Emouvante parce qu’on s’attache vachement aux personnages principaux dont le très énigmatique Habu Joji, les auteurs en ont d’ailleurs fait un héros mystique ! Tout cela a été possible grâce à une pagination conséquente qui nous fait partager le destin de ces protagonistes, leurs peines, leurs espoirs… notamment cette question lancinante autour de l’intérêt qu’homme cherche-t-il à réaliser ces défis ? La pagination conséquente… C’est ce que reproche le plus sur ce manga les bédéphiles qui ont pu le lire, je peux les comprendre parce que le 3ème tome comporte des séquences qui ne me sont pas apparu primordiales à la trame principale du récit et il faut reconnaitre que les auteurs ont beaucoup abusé de termes élogieux sur les aventures de nos héros. Ainsi, ce coté répétitif peut vite devenir soulant pour de nombreux lecteurs. Mais, heureusement que les autres tomes sont nettement plus passionnants en particulier les deux derniers tomes et celui sur les « Grandes Jocasses ». Je ne reviendrais pas sur le coup de patte de Jiro Taniguchi car je le trouve magnifique. Ce dessinateur a un don de la narration que je trouve exceptionnel dans le monde du 9ème art. Adorateur de la montagne, je ne regrette nullement pas d’avoir lu « Le Sommet des dieux ». Jiro Taniguchi est, pour moi, un de mes dessinateurs et « metteur en scène » préféré. Je reconnais que le récit présente des passages pénibles à lire parce qu’on a la sensation que l’histoire avance peu mais cela ne m’a pas empêché de savourer cette magnifique aventure. Habu Joji, le héros fictif de ce manga, est tout de même un sacré personnage !

30/06/2022 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série A-Lan
A-Lan

A-Lan nous plonge dans un futur proche très imprégné d'informatique et de virtuel. Réseaux, réalité virtuelle, robots et intelligences artificielles forment le quotidien des humains dont certains ne quittent même plus leur domicile et vivent connectés. C'est le cas d'Emoji, un étudiant en informatique doué mais agoraphobe. Jusqu'au jour où son université l'oblige à suivre un stage dans une demeure à la campagne dont il ne sait rien... et qu'il ne verra même pas au départ car celle-ci est invisible autant sur les réseaux qu'au travers des lunettes de réalité augmentée que tout le monde porte. Qui donc se cache dans cette étrange maison ? C'est une série tous publics, prépubliée dans le journal Spirou et adaptée à de jeunes lecteurs adolescents autant qu'adultes. Le ton y est léger, pas prise de tête certes mais l'intrigue contient pas mal de bonnes idées et ça se lit très bien. Le futur cyberpunk light qu'il présente est plutôt crédible si l'on omet quelques facilités, comme le fait que les informaticiens modernes pourraient n'avoir gardé aucune trace de langages informatiques vieux d'à peine 70 ans. Les personnages sont attachants. J'ai apprécié que les deux héros soient aussi timides l'un que l'autre, ça change des héros hyperactifs et expansifs auxquels on a trop souvent droit. Le gentil robot romantique et l'IA attirée par lui sont aussi sympas. Et j'ai trouvé amusant le robot de combat déréglé, myope comme une taupe et qui parle avec un accent mexicain. Le graphisme est lui aussi bien agréable et dynamique, et sa colorisation fonctionne bien pour lui donner ce ton futuriste et informatique qui colle à l'intrigue. J'ai passé un bon moment avec cette BD, avec un intérêt pour son cadre d'anticipation limite cyberpunk et avec le sourire pour son contenu. Et même si l'intrigue ne prend pas encore son essor pour le moment, je serai ravi de lire la suite.

30/06/2022 (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5
Couverture de la série Seul le silence
Seul le silence

Cet album me faisait de l'oeil depuis sa sortie. J'aime beaucoup ce que fait Richard Guérineau depuis longtemps, que ce soit comme "simple" dessinateur ou comme adaptateur. Ici il est dessinateur, et une nouvelle fois sa maîtrise, sa sobriété et la puissance de son trait font merveille. Il semble très à l'aise dans les décors ruraux comme dans les designs de voitures américaines du milieu du XXème siècle. La seule réserve que je pourrais avoir serait sur les visages des enfants, qui ont vraiment l'air d'adultes. Certes, la vie dans le midwest façonne très vite les faciès, mais quand même... Au niveau de l'histoire c'est un polar plutôt classique, vu de la place d'un témoin, puis d'un suspect potentiel. C'est franchement bien mené, Fabrice Colin a fait un beau travail d'adaptation. Cela m'a semblé un peu long par moments, mais j'ai trouvé que cela se justifiait tant le récit, qui court sur plusieurs décennies, est riche et dense. Il valait mieux prendre son temps pour que l'histoire se déploie de manière satisfaisante, et c'est le cas. Franchement un très bon album.

30/06/2022 (modifier)
Couverture de la série Maria Dolares
Maria Dolares

Ce polar d'une paire d'auteurs espagnols dont un dessinateur que je ne connais pas, est très américain, ils ont su capter cette ambiance d'un trou du cul d'Amérique profonde, avec des personnages très typés, même si l'ensemble est très inspiré des polars néo-noirs des années 90 ; j'y ai retrouvé plein de références et de situations vues dans une quantité de films comme Kill me again, Bound, U-Turn, Last Seduction, Vengeance froide, Fausse Donne ou encore Hot Spot... Le scénario picore un peu dans tous ces films cités, je ne serais pas étonné qu'Abuli s'en soit inspiré directement, il reprend pas mal de clichés typiques du néo-polar de ces années là, mais la façon dont Abuli emballe le tout est proprement virtuose, et le traitement est prompt et très accrocheur. La lecture est plutôt rapide mais ça ne m'a pas dérangé, au contraire, parfois j'aime que ça aille vite sans s'égarer en digressions factices. Le dessin est stupéfiant, c'est d'une beauté sans pareille, le trait est d'une telle finesse, les détails, les plans très cinématographiques, le soin apporté à la colorisation, tout concourt à me faire aimer cet album, je ne sais pas si j'aurais autant aimé si le dessin n'avait pas atteint un tel niveau d'excellence, parce que comme je l'ai dit, le sujet est assez rebattu au cinéma.

30/06/2022 (modifier)
Couverture de la série Amour & Désir
Amour & Désir

Amour & Désir, c'est presque un sujet d'oral d'HEC, école chère à Vincent Henry le créateur de la Boîte à Bulles. Il nous propose un ouvrage collectif très intéressant sur cette thématique. Le sujet est infini et cela permet à la quarantaine d'artistes de donner libre cours à leur créativité. Vincent Henry s'autorise un rêve avec ses deux scénarii, un très psy et un autre très sexe. Psy, onirisme, réalisme, sexualité soft ou plus hard, rupture ou rencontre, fantastique ou cruel il y en a pour tous les goûts. C'est aussi vrai pour le graphisme très largement à dominante N&B. Une fiche bio introduit l'artiste et son oeuvre de façon concise et qui va à l'essentiel (naissance, formation, créations). On y retrouve Simon Hureau avec trois histoires (le top), Joël Alessandra et son Afrique chérie et ma préférée Nancy Peña. Je ne suis pas d'accord avec Alix, je trouve son histoire très coquine et drôle par sa chute. Une très bonne initiative qui permet de mieux connaitre certains artistes sur un thème universel. Peut être lu en une ou plusieurs fois et en fonction des auteurs que l'on préfère. Très sympathique.

30/06/2022 (modifier)
Couverture de la série Superman n'est pas juif (...et moi un peu)
Superman n'est pas juif (...et moi un peu)

J'ai beaucoup apprécié le petit ouvrage autobiographique de Jimmy Bemon. Il aborde des sujets très sérieux sous une forme humoristique et intime qui m'ont souvent fait rire. En premier lieu j'ai tout de suite accroché au graphisme d'Emilie Boudet. Sa pagination et son découpage rendent le livre très agréable à lire. L'autrice arrive à rendre vivant le dynamisme du petit Benjamin. Avec sa petite bouille d'ange et ses grands yeux innocents, il nous entraine dans une suite sans fin de questionnements existentiels comme savent le faire les enfants. J'ai beaucoup aimé le choix des couleurs qui rendent une ambiance enfantine et joyeuse en décalage avec des problématiques qui peuvent être lourdes. Car in fine de quoi parle l'ouvrage ? De séparation des parents, de tolérance dans une famille mixte catho/Juif, de possible harcèlement scolaire ou de rupture avec les traditions familiales. Il faut bien les super pouvoirs de Superman pour que Benjamin ne trébuche sur aucun de ces obstacles et suive sa route en si bonne compagnie. J'ai beaucoup ri au passage de la découverte de sa circoncision et de l'importance de son zizi chez ce petit bout d'homme. Je dois rassurer tous les petits Benjamin. Aujourd'hui beaucoup de petits Africains chrétiens sont circoncis. Cela rend le zizi plus beau (dixit mes amies Africaines) et cela a du succès auprès des filles un peu plus tard. Un bon argumentaire pour cours de récré non ? LOL

30/06/2022 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5
Couverture de la série Anatole Latuile
Anatole Latuile

Mes enfants adorent les histoires de petits garçons qui font des bêtises (à commencer par Avni), et Anatole Latuile les a beaucoup fait rire, même s’il faut avouer que la qualité n’est pas constante. Les auteurs arrivent quand même à renouveler l’humour et les gags, ce qui n’était pas gagné quand on considère le nombre de tomes parus. La mise en image est parfaite pour ce genre d’histoires. Bref, rien de bien neuf, mais nous adorons lire un tome de temps en temps. Allez, un 4/5 un peu généreux.

29/06/2022 (modifier)
Couverture de la série World's End Harem
World's End Harem

Bon c’est un peu la loose de l’avouer à bientôt 40 balais, le genre « harem » s’adressant plus aux adolescents, mais finalement après avoir lu quelques séries, je ne crache pas sur ce style de lecture, une sorte de petit plaisir coupable. D’habitude je me lasse vite de l’histoire, une fois la mise en place effectuée, les scènes ont tendance à être vite redondantes et les relations entre persos stagnent. World’s end harem se démarque pas mal de ses consœurs (en mieux). Je suis venu à bout des 12 tomes parus à ce jour, sans réelle lassitude. Le dessin est plutôt sympa, lisible et clair, les nombreuses demoiselles sont jolies et différentes. Pas grand chose à redire sur ce point. C’est au niveau de l’histoire que ce manga se différencie (un peu). Le pitch est relativement basique et classique, mais parfait pour le genre : dans le futur, une maladie décime 99,9% des hommes, les rares survivants vivent donc dans un monde peuplé de femmes … Le 1er bon point est que l’on va suivre plusieurs personnages mâles, 4 pour être précis, et ils auront tous une expérience différente face à cette société matriarcale. Le 2ème bon point est qu’il y a un semblant d’histoire, et même si ça avance mollement, les choses évoluent gentiment. Ce n’est pas qu’une compilation de situations « harem » (même si chaque survivant est bien entouré), il y a tout un background autour du virus et de la recherche de son vaccin (enfin surtout grâce au numéro 2). Une part de mystère pas fofolle mais pas déplaisante, on a envie de savoir. Le 3ème bon point (à mes yeux), c’est que ça assume complètement son côté ecchi, il y a toujours du fan service « petites culottes » dans les cadrages, mais c’est agrémenté de nombreuses scènes de sexe, je trouve ça moins hypocrite ^^ Et ces scènes se révèlent hard mais soft, comprenez par là que l’on ne voit pas tout. Au final, j’ai trouvé ça plus réussi que du hentai. Voilà pour ce que j’ai plutôt apprécié. On retrouve aussi pas mal de défauts, c’est lent, complètement superficiel, certaines scènes ou survivants peuvent laisser perplexes en fonction de votre sensibilité, des personnages moins réussis (pfff ces méchantes) etc … mais j’ai tout lu avec un certain plaisir !! Du coup, je surnote, si vous aimez le genre, c’est plutôt dans le haut du panier. 3,5

29/06/2022 (modifier)
Par Josq
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Charlotte Impératrice
Charlotte Impératrice

Encore un Nury, encore une brillante réussite ! On ne se lasse pas de tresser des lauriers à cet auteur, qui a signé de nombreux récits historiques, certains sous l'angle de la fantaisie (Comment faire fortune en juin 40), d'autres sur un mode beaucoup plus sérieux (La Mort de Staline). Charlotte impératrice relève de la deuxième tendance. Fabien Nury s'ingénie ici à nous retracer le destin tragique de l'impératrice Charlotte de Belgique, épouse de l'archiduc Maximilien de Habsbourg, présenté ici un peu comme le mouton noir de la célèbre dynastie autrichienne. On n'en est actuellement qu'à la moitié de la saga, mais indéniablement, on est face à du grand Nury ! Les personnages sont travaillés, attachants ou repoussants, mais aucun ne laisse indifférent. Si tout est vu à travers les yeux de la princesse Charlotte, donc, la nuance est là. Ainsi, on est tour-à-tour pris de sympathie, puis de pitié, d'horreur ou de dégoût face à la personnalité fantasque de Maximilien de Habsbourg. Sorte de monstre composite créé par un pouvoir visiblement sclérosé, il est à la fois une victime d'un système dont il aimerait s'extraire, et bourreau par vengeance, voulant faire ressentir aux autres le poids des sacrifices auxquels son destin l'a forcé. Cette nuance se retrouve partout dans le récit, et il est appréciable que Nury n'ait pas fait passer une quelconque vision politique anachronique avant sa reconstitution historique. Ainsi, on craint que Charlotte ne soit présentée comme une sainte de vitrail victime des abus d'un pouvoir corrompu de toutes parts, mais c'est plus subtil. Bien sûr, on plaint Charlotte bien plus qu'on ne la déteste, et c'est normal. Mais la personnalité de la princesse se révèle également très complexe, n'hésitant pas à faire preuve de cruauté envers son mari en le laissant foncer droit dans un mur qu'elle voit depuis longtemps, ou dans le deuxième tome, en faisant chanter une pauvre fille innocente pour l'utiliser comme espionne. Ainsi, on évite la dialectique de la pauvre héroïne sans peur et sans reproches face aux affres d'un pouvoir castrateur et intégralement mauvais. Les actions apparemment mauvaises des personnages sont, sinon justifiées, au moins expliquées (brillante scène où Charlotte accuse un officier de tuer des innocents juste avant que celui-ci ne la sauve de l'attentat qu'un de ces "innocents" allait faire sur elle), et même les personnages qui auraient pu sembler être totalement bons révèlent avoir une part obscure au contact du pouvoir. Le deuxième tome est sans doute le plus intéressant des deux parus à ce jour, car il nous montre l'évolution de Charlotte, à la fois sur le plan intime, mais aussi et surtout politique. On assiste alors avec horreur au parcours d'une femme forte qui veut changer son destin, mais ne peut y parvenir. La manière qu'elle a de vouloir imposer des mesures qui nous semblent bonnes vues du XXIe siècle (fin de l'esclavage, liberté de culte, etc.) dans un pays en guerre où lesdites mesures sont en réalité inapplicables est brillamment décrite par les auteurs. Ce n'est pas sans évoquer le destin d'une reine complètement de fiction, Daenerys, dans cet excellent arc narratif de Game of Thrones où elle essaye d'imposer la démocratie dans une sorte de Moyen-Orient qui en est au strict opposé. Comme elle, Charlotte se casse les dents au Mexique, car sa seule alternative se résume à : imposer la liberté par la force, mais alors ce n'est plus vraiment la liberté, ou imposer la liberté par la douceur, mais c'est strictement impossible dans un pays où les habitants sont écrasés par les rebelles et par le pouvoir. Assister au triste spectacle de cette princesse artificiellement devenue impératrice se cassant les dents face à de complexes logiques de pouvoir est sans doute la plus belle réussite de cette grande œuvre que signe Nury et Bonhomme. La dure réalité de la guerre est parfaitement illustrée dans ce récit où chaque personnage doit naviguer entre l'idéalisme, l'action, et le défaitisme sans jamais se briser sur un de ces écueils. Arrivé à ce point de la saga, Charlotte est évidemment le personnage qui semble y arriver le mieux (avec le prêtre devenu son confesseur, et qui la guide sagement), mais la fin du deuxième tome et sa terrible scène de sexe a l'air porteur de mauvais augures pour l'héroïne, nous laissant en tête plusieurs questions atroces : le viol est-il réel ou simplement imaginé par Charlotte ? Etait-ce un viol ou un acte finalement consenti par l'impératrice ? Difficile de faire la part des choses dans cette conclusion qui semble annoncer la chute de l'héroïne dans la folie, fin inévitable pour ce personnage historique, qui sera sans aucun doute traité dans le dernier tome de la saga, et préparé dans l'avant-dernier. Je n'ai parlé ici que de Fabien Nury, mais plus que dans n'importe laquelle autre de ses bandes dessinées, la réussite de celle-ci est évidemment due au fabuleux dessin de Matthieu Bonhomme. Ce dernier a un trait d'une beauté qui confine au sublime. On le savait déjà, mais pour moi, Charlotte impératrice est sa plus belle réussite graphique à ce jour. Qu'il s'agisse d'illustrer la légèreté des premiers émois amoureux, les premières hésitations de la vie conjugale, le soleil chaleureux de l'Italie ou le soleil de plomb du Mexique, l'horreur de la guerre... Matthieu Bonhomme est parfait dans tout ! La souplesse de son trait est d'une aisance assez incroyable, qui sert mieux que jamais le récit qu'il illustre. Il faut également mentionner la coloriste Isabelle Merlet. C'est aussi grâce à elle et aux couleurs chatoyantes qu'elle apporte au récit que Charlotte impératrice doit sa réussite. Les yeux se régalent à chaque case, à chaque planche, il y a là une alchimie entre le dessin, les couleurs et l'histoire qui est le signe qu'on est bel et bien face à une grande œuvre. Quant à savoir s'il s'agira d'un chef-d'œuvre, attendons encore les deux prochains tomes pour le savoir...

29/06/2022 (modifier)