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Couverture de la série Dryades
Dryades

Yacha et Rudica sont deux gentilles nymphes dont la rencontre va provoquer une synergie de pouvoirs qui peuvent déranger l'ordre établi. Tiffanie Vande Ghinste nous offre un récit onirique très agréable à lire et à découvrir. Ces deux dryades portent en elles déjà ces pouvoirs. Yacha (ou Yasha) celle qui défend et guérit l'homme rencontre Rudica (Rodica ?) la fertile pour les plantes. Deux prénoms lourds de sens qui nous renvoient loin de notre quotidien normé et géographique vers la Roumanie ou la Russie. Faiseuses de bien et faiseuses de rêves, elles contreviennent malgré tout à l'ordre installé et notamment à l'Ordre des Médecins. Les touches de couleurs qu'elles installent dans cet environnement N&B plutôt tristounet ne sont pas du goût de tous. Le commérage et la calomnie a vite fait de prononcer le mot fatidique pour une femme : Sorcières. Une jolie ode poétique bien présentée par le trait fin, élégant et fluide de l'auteure. Une jolie petite création qui sort des sentiers battus.

28/06/2022 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5
Couverture de la série Gung Ho
Gung Ho

J’ai une véritable fascination pour les histoires postapocalyptiques, que ça soit en jeu vidéo (Fallout), films (I am Legend), romans (Metro 2033) ou BDs. Malgré la noirceur évidente j’adore constater que l’humanité survit malgré tout, et la liberté résultant de l’effondrement de l’ordre social doit sans doute titiller le rebelle enfoui en moi. « Gung Ho » et son graphisme élégant ont donc tout pour me plaire. L’univers mis en place est intriguant et bien décrit. L’auteur choisit de centrer sa narration sur les jeunes de la colonie. Le ton est donc très ado, et propose une réflexion intéressante sur les conflits intergénérationnelles. Comme c’était déjà le cas dans Walking Dead, les pires horreurs ne viendront pas de l’extérieur. En tout cas l’intrigue est prenante, j’ai englouti les 5 tomes assez rapidement, et la fin m’a plu (même si elle est assez bourrine). Je suis fan du dessin d’aspect synthétique. Il est certes à des années lumières de l’approche traditionnelle « crayonné, encrage et couleurs directes », mais il est précis et maitrisé, et puis surtout j’adore son esthétisme et je le trouve parfaitement adapté à ce genre d’histoire. Une série pas foncièrement originale, mais efficace et terminée en 5 tomes (ça change des 33 tomes de Walking Dead). A recommander aux amateurs du genre.

29/10/2013 (MAJ le 28/06/2022) (modifier)
Couverture de la série La Terre, le ciel, les corbeaux
La Terre, le ciel, les corbeaux

Cet album parvient à faire montre d’originalité dans un secteur pourtant extrêmement prolifique, à savoir celui du récit de guerre réaliste centré sur la seconde guerre mondiale. Original déjà parce que son narrateur est un soldat italien. Et si retrouver un Français, un Anglais, un Américain, voire un Japonais ou un Allemand au-devant de la scène est monnaie courante, se retrouver avec comme protagoniste central un Italien l’est beaucoup moins. Original car nous nous retrouvons derrière les lignes russes sur le front de l’est. Ce récit raconte en effet la tentative d’évasion de ce fameux soldat italien, accompagné d’un Allemand bien déterminé à rejoindre ses troupes et d’un Russe pris en otage. Et là, je pense que le nombre de récits qui combinent soldat italien et front russe doit être des plus succincts. Original encore car les auteurs ont fait le choix aussi audacieux que pertinent de ne rien traduire des dialogues. Ainsi chaque personnage s’exprime dans sa langue naturelle, qu’elle soit russe, allemande ou italienne (même si, dans le cas de cette traduction en langue française, les personnages italiens parlent en français). Audacieux car immanquablement, nous ne comprenons pas tous ce qui est dit et la gageure pour les auteurs est donc de garder le fil du récit compréhensible malgré notre incapacité à tout comprendre. Pertinent car par ce procédé, les auteurs nous plongent littéralement dans le même bourbier que celui dans lequel se retrouvent ces trois personnages, un bourbier fait d’incompréhension et de peur de l’autre alors même que la guerre les menace à chaque instant. Le récit fonctionne bien et les thématiques principales tournent autour de l’incompréhension entre les hommes source de conflits et de l’absurdité de la guerre face à la soif de vie de soldats qui fondamentalement ne désirent que la paix. Chacun des trois personnages principaux se dévoile au fil du récit. On découvre alors des personnalités très différentes mais des objectifs communs. Au niveau du dessin le style m’a fait penser à celui de Jarbinet sur Airborne 44 (ce qui de ma part est un énorme compliment). Le trait est fin, la colorisation est superbe, la mise en page est classique et efficace. L’ensemble est vraiment agréable à lire même si par moments un peu trop lyrique à mon goût. Le côté très littéraire de la narration est encore renforcé par l’introduction de chaque chapitre, extraite de grands classiques de la littérature (russe la majeure partie du temps). Au final voici un récit de guerre qui sort des sentiers battus par bien des aspects. On n’y voit peu d’actes d’héroïsme mais on s’attache au destin des trois personnages. Enfin, mention spéciale à une scène d’amour illustrée avec beaucoup de pudeur grâce à une mise en scène très inventive. Pour la note, franchement bien est peut-être un peu excessif mais c'est mieux qu'un simple pas mal. J'opte pour la note supérieure ne fusse que pour récompenser l'audace dont ont fait montre les auteurs en ne traduisant pas les dialogues.

28/06/2022 (modifier)
Par iannick
Note: 4/5
Couverture de la série Lorraine Coeur d'acier
Lorraine Coeur d'acier

Je pensais qu’en lisant « Lorraine Cœur d’acier », ça n’allait nous raconter que la déchéance de la sidérurgie dans cette région avec son lot de manifestations et de luttes sociales… et bien, après lecture, il s’avère que c’est bien plus que ça que nous font partager Tristan Thil (au scénario) et Vincent Bailly (au dessin). En effet, « Lorraine cœur d’acier » est le nom d’une radio pirate qui a été créée par la CGT et les ouvriers lors des soulèvements en 1979 dans le bassin de Longwy. Initialement conçue pour laisser la parole aux salariés, cette radio pirate va par la suite encourager la population à participer aux débats liés au quotidien de tous et à la société, allant ainsi bien au-delà de ses revendications originelles sur les conditions de travail. Bon, ok, je pourrais comprendre que les jeunes lecteurs s’en fouteront un peu de ce genre de sujet mais voilà, ça se passe à la fin des seventies, les radios fm, c’est-à-dire « libres » n’existaient pas à cette époque et leurs existences étaient automatiquement sujets à des sanctions de la part des autorités politiques. Bref, c’est bon tout de même bien de rappeler à nos chers « jeunes » que pour bénéficier actuellement de cette liberté de paroles, il a fallu que nos parents, nos grands-parents se battent pour l’obtenir… Oui, c’est rébarbatif comme sujet mais, au train où vont les choses et même si ça a été parfois été trop loin dans l’indépendance d’expression, c’est toujours bien de rappeler que ces droits ne se sont jamais acquis pour toujours… Alors, à travers ce récit, on découvre comment nos ainés en ont été amenés à parler de l’avortement, de lever le tabou de la sexualité, de permettre aux jeunes de débattre et ainsi d’essayer d’établir un dialogue entre les générations… bref, tout cela m’est apparu donc intéressant d’autant plus la narration employée dans cette bd par les auteurs s’avère vivante et efficace, on a ainsi affaire à une lecture très plaisante et une histoire assez touchante. Les personnages principaux s’avèrent eux-aussi attachants avec leurs espoirs, cette famille où le conflit générationnel est présent… mais tout cela reste assez bon enfant dans le ton. Le trait de Vincent Bailly rappelle beaucoup -à mon avis- celui de Baru… il m’est apparu adéquat à ce récit, c’est un style vivant et les personnages sont identifiables au premier coup d’œil. Mention spéciale à la mise en couleurs directes qui retransmet bien les ambiances et qui s’avère agréable à contempler. Au final, j’ai passé un bon moment de lecture avec « Lorraine Cœur d’acier ». C’est un récit que je vous recommande. Ne vous laissez pas décourager par le titre qui fait penser fortement à une histoire de conflits sociaux car la trame de cette bande dessiner va bien au-delà de cette thématique.

28/06/2022 (modifier)
Couverture de la série Le Spirou de Yoann & Vehlmann - Les Géants pétrifiés
Le Spirou de Yoann & Vehlmann - Les Géants pétrifiés

« Les géants pétrifiés » par Yoann et Velhmann, a eu la lourde tâche d’inaugurer la reprise de nos 2 héros par …, ce devait être à la base un one shot pour les auteurs. A priori, ça a plutôt plu puisqu’on leur a confié les rênes de la série mère peu de temps après le « run » de Morvan et Munuera, dont je n’ai que très peu gouté. Je viens de relire cet album et je dois dire que je l’apprécie toujours autant, bien plus que ceux que les 2 auteurs proposeront par la suite, pourtant c’est le même Spirou moderne, un ton légèrement différent et une plus grande liberté peut être ou plus dense ? Le dessin peut faire peur au début mais je m’y suis bien fait et j’aime beaucoup la représentation de nos 2 héros, un peu moins certains personnages secondaires, mais y a un truc. Une aventure classique pour l’univers mais rondement menée, civilisation ancienne, fonds marins, méchants … mâtiné de chouettes ingrédients de la part de Velhmann, le personnage de Martin m’a bien amusé, et surtout le comportement de nos 2 héros est réussis, ainsi que le personnage de Tian. Bref un bel hommage dans une aventure classique mais efficace, les auteurs n’ont pas spécialement cherché à imprimer leur patte (contrairement à d’autres sur la série) mais elle est discrète, ils ont su être respectueux tout en amenant une touche de modernisation. 3,5

27/06/2022 (modifier)
Par Josq
Note: 4/5
Couverture de la série Fils du Soleil
Fils du Soleil

Depuis le temps, on est habitué au talent de Fabien Nury, alors on n'est plus trop surpris. C'est donc une banalité de dire que Fils du Soleil est une réussite. Toutefois, je découvre avec cette saga un autre talent, non moins immense, celui de Eric Henninot. Son dessin est d'une beauté graphique ahurissante. Certes, c'est d'un réalisme assez classique, mais il restitue parfaitement l'atmosphère chaleureuse ou oppressante des îles du Pacifique. Qu'elles soient baignées d'un soleil rassurant ou qu'elles soient plongées dans un violent ouragan, on s'y croirait ! Le trait d'Henninot sert donc à merveille un scénario malin de Nury. S'appuyant sur deux nouvelles de Jack London que je n'ai pas lues, le scénario contient toutefois l'esprit de l'auteur américain. On y retrouve avec plaisir son goût pour les affrontements épiques dans des paysages grandioses, les aventuriers prêts à tout pour assouvir leurs passions, les histoires d'amour contrariées, les trésors qui attirent les convoitises. C'est donc de l'aventure très classique, mais extrêmement maîtrisée. Si on ne le savait pas, on ne verrait même pas que le scénario s'inspire de deux nouvelles différentes, l'histoire étant d'une cohérence exemplaire. En outre, quoique cela oblige l'auteur à aller sur un terrain parfois assez technique, la description de cet univers assez méconnu des négociants dans les îles du Pacifique est fascinante. On découvre avec beaucoup d'intérêt ce monde où tous les marins font des centaines de kilomètres sur les mers, mais se connaissant tous et discutent aux escales comme de simples camionneurs. Il y a un décalage entre leur attitude très simple et directe et le courage dont ils font preuve au quotidien, que Nury exploite à merveille. Certes, comme plusieurs, j'ai trouvé la fin non décevante, mais trop laconique, pas tout-à-fait à la hauteur de l'excellent scénario et des brillants dialogues de Nury. Néanmoins, le climax est tellement épique que je n'ai pas réellement été déçu, j'ai bel et bien eu la sensation d'en avoir eu pour mon argent. Bref, pas le meilleur Nury, mais on reste dans du haut-de-gamme, comme toujours avec cet auteur. Tous ceux qui aiment les récits d'aventure dépaysants s'y retrouveront largement.

27/06/2022 (modifier)
Couverture de la série Au travail
Au travail

C’est un joli diptyque, qui marie agréablement et efficacement introspection, analyse biographique, présentation d’une vocation de bédéiste, et recherche esthétique. Qui le fait en ajoutant pas mal de clins d’œil à des œuvres connues (un album de Spirou en particulier dans le premier tome, pas mal de Tintin dans le second). Pas de gaufrier classique, mais un grand format qui permet à Josso de présenter, avec divers styles graphiques, toutes sortes d’images et d’idées. La narration ne s’en trouve pas hachée pour autant, c’est fluide et clair. Et la bichromie, avec une dominante orange pour le premier tome (dont le choix est expliqué) et une verte dans le second, ajoute une touche originale, un aspect vieux buvard (accentué par le papier épais). Un très chouette travail éditorial de L’Association en tout cas, comme souvent. Les deux albums se laissent lire très agréablement, c’est chouette à regarder et à tenir en main, mais c’est aussi aéré visuellement et au niveau de la narration. Il y a peut-être une légère baisse d’intérêt lorsque l’auteur égrène son arbre familial dans le deuxième tome, mais même cet aspect purement autobiographique reste intéressant pour un lecteur extérieur à l’histoire familiale, car il y a certains aspects universels, et le contexte historique est bien brossé. Beau travail d’introspection donc, mais aussi bel hommage à quelques ancêtres proches, dont Josso découvre l’importance dans sa vie, les sacrifices qu’ils ont dû endurer. C’est bien amené, et original dans son traitement. Une lecture à recommander aux curieux. Le style peut rebuter, il m’a au contraire captivé.

27/06/2022 (modifier)
Couverture de la série Sermilik - Là où naissent les glaces
Sermilik - Là où naissent les glaces

Cet album est extraordinaire. Extraordinaire car il nous relate la vie d’un personnage ordinaire animé par un rêve peu banal. Extraordinaire car il nous relate la vie d’un peuple ordinaire confronté depuis toujours à une nature extraordinairement inhospitalière. Extraordinaire car il nous relate la fin d’une civilisation, d’une culture, et la disparition de savoirs ancestraux au nom de la mondialisation et de l’uniformisation des modes de vie. Cet album est extraordinaire car il m’a ému comme peu y parviennent. Et puis il y a l’inventivité de Simon Hureau pour nous conter la destinée de Max, usant de narrateurs peu banals, employant un ton léger pour nous parler de choses parfois extrêmement sombres, dramatiques, déprimantes. Et puis il y a le fait que cet album nous présente un peuple extrêmement écologiste mais d’une écologie de terrain si éloignée de notre vision souvent trop idéalisée de l’écologie. Leur rapport à la chasse, les liens qui les unissent à leurs chiens, la violence de certains rapports de force choquent autant que la solidarité qui unit les membres de cette communauté, le respect et l’écoute de la nature dont ils font preuve fascinent. Et puis il y a ce personnage de Max, qui est allé au bout de son rêve et qui aujourd’hui transmet à son tour le savoir qui lui a été transmis à son arrivée. Enfin il y a le fait que cette histoire est réelle, qu’il ne s’agit en rien d’une fiction et qu’elle constitue un extraordinaire témoignage d’une culture appelée à disparaître mais pour laquelle certains se battent avec l’énergie du désespoir. Dois-je vraiment vous préciser que j’ai adoré ?

27/06/2022 (modifier)
Couverture de la série L'Idole dans la bombe
L'Idole dans la bombe

Il y a des moments comme ça où une nouvelle change totalement l’état d’esprit, bon comme mauvais, grave comme futile. Je viens d’apprendre la sortie du 3ème tome (et conclusion) de cette série que j’affectionne tant, après 14 ans d’absence ... Autant vous dire que je suis en grande joie, je n’y croyais plus du tout, je la pensais abandonnée. Bref la good news du jour !! Je l’ai découverte dans feu la collection 32, j’ai tout de suite accroché. Je trouve la partie graphique sans fioritures et très agréable, Jérôme Jouvray possède un trait simple, moderne et efficace qui me convient parfaitement. Le dessin est magnifié par de très belles couleurs, malgré les ambiances sombres je les trouvent chaleureuses, je ne connais pas la technique mais j’aime. Un grand plaisir à parcourir les pages. Au scénario, Stéphane Presle que je ne connaissais pas, nous propose un récit sous forme de fable, inspiré de la guerre froide et de la course à la bombe. C’est tout sauf linéaire, il y a énormément de personnages, et choses rares ils sont tous réussis et intéressants. La narration est fluide, on passe de l’un à l’autre facilement. Franchement du tout bon à ce jour, maintenant j’espère juste une fin en apothéose et absurde, en adéquation avec le plaisir éprouvé durant mes nombreuses lectures. Quoiqu’il en soit, après Sasmira, Prophet … bien content de voir arriver une conclusion, j’ai encore bon espoir pour L’éducation des assassins :) —————— Màj après lecture du tome 3 La voilà enfin, cette suite et fin, bien content de voir une conclusion. Elle est satisfaisante et je ne change pas ma note, mais j’en attendais sans doute un peu trop. J’ai l’impression que les auteurs ont dû condenser leur histoire pour arriver à ce finish, pas évident quand il y a énormément de personnages, il faut raccourcir et relier les fils, du coup certains persos sont un peu sacrifiés et d’autres ont un comportement un peu surprenant. A mes yeux, il manque un ou deux chapitres pour l’apothéose mais la fable absurde est bien là. Le graphisme est toujours au poil pour un bon moment de lecture, je ne boude pas mon plaisir.

18/05/2022 (MAJ le 26/06/2022) (modifier)
Par Josq
Note: 4/5
Couverture de la série Moscou année zéro
Moscou année zéro

N'ayant jamais lu le diptyque Mort au Tsar, je me suis lancé dans cette refonte de l'histoire sans la connaître auparavant. Je ne pourrai donc pas comparer les deux versions de l'histoire, mais je suis plutôt content de l'avoir découverte dans la version souhaitée initialement par son auteur. Moscou année zéro succède donc au chef-d'œuvre La Mort de Staline, Nury et Robin nous offrant une nouvelle page marquante de l'histoire de la Russie, qui fait un écho assez impressionnant à leur précédente œuvre. Mettre en exergue ces deux bandes dessinées n'est en effet pas inutile, tant Nury nous offre deux facettes d'une même histoire, au point qu'on pourrait croire que les récits sont les mêmes alors qu'ils sont en réalité très différents. Dans leurs deux œuvres, Fabien Nury et Thierry Robin nous dépeignent la fin d'un régime. On pourrait même dire qu'ils nous dépeignent la fin d'un régime autoritaire, mais pourtant, les deux pouvoirs qu'ils décrivent connaissent des différences majeures. Ainsi, là où le régime stalinien est un pouvoir extrêmement fort et sans failles, le pouvoir tsariste, en 1905, est au contraire un régime faible. Un régime qui s'appuie sur des répressions sanglantes, mais qui, contrairement à la dictature communiste, n'arrive pas pour autant à faire taire l'opposition. Finalement, les deux récits de Nury et Robin fonctionnent plutôt en miroirs inversés. Dans l'un, on voit un régime écraser le peuple. Dans l'autre, on voit un peuple écraser le régime. Et les deux récits sont aussi captivants, ou presque. Contrairement à La Mort de Staline, Moscou année zéro nous présente des personnages envers lesquels on peut ressentir bien davantage d'empathie. Le montage prodigieux du récit lui donne un souffle en nous rapprochant toujours un peu plus d'êtres fragiles confrontés aux immenses conséquences de leurs choix. Ainsi, le gouverneur Sergueï Alexandrovitch apparaît bien vite plus comme une victime que comme un bourreau. N'étant pas sans évoquer un certain Louis XVI de par chez nous, il essaye de porter tant bien que mal une charge trop lourde pour ses faibles épaules. Et le peuple gronde... De l'autre côté, on sent également chez le terroriste Georgi un sentiment inexorable de vide. Alexandrovitch et Georgi sont finalement très similaires. Chacun est confronté à une impression d'être passé à côté de sa vie, de la vie. Et chacun s'est enfermé dans une spirale où son destin dépend intégralement de l'autre. Coincé dans sa paranoïa, le gouverneur attend la mort avec inquiétude et fatalité ; il sait qu'un jour, un homme lui ôtera la vie et lui fera payer les erreurs qu'il a commises au pouvoir. De son côté, Georgi a fait l'erreur de transformer son attentat en projet personnel : que le gouverneur démissionne ou non, il est de toute façon l'homme à abattre. Mais qu'arrivera-t-il une fois que le terroriste se sera débarrassé du gouverneur ? Sa vie aura-t-elle toujours un sens ? Avec son aisance habituelle, Fabien Nury nous plonge dans une de ces grandes pages d'histoire assez peu connues, en choisissant de nous y faire entrer par le biais des destins personnels. Face au triste itinéraire de ces deux destins tragiques, l'auteur nous dresse ainsi le portrait d'un pays et d'une société en plein délitement. Tout n'y est que négation de soi, de ses valeurs, d'un destin commun. Plusieurs visions s'affrontent dans l'arène sociale et politique sans que l'une réussisse à faire valoir sa position plus que les autres. Véritable tragédie, au sens antique du terme (le parallèle avec Agamemnon d'Eschyle est brillamment exécuté), Moscou Année Zéro nous mène inéluctablement à un dénouement qu'on connaît (ou devine) à l'avance, sans que, pour autant, on s'ennuie. L'étude de caractère est très poussée, et les implications des actes des uns et des autres trop intéressante pour qu'on reproche quoi que ce soit au récit. Malgré tout, dans les petites faiblesses de cette œuvre, il faut reconnaître que jamais les auteurs ne renouent avec l'intensité de La Mort de Staline. Cette dernière avait une force narrative qu'on ne retrouve jamais totalement dans Moscou année zéro (même si on n'en est pas toujours loin). En outre, il est dommage que Nury soit obligé de raccourcir certains points historiques pourtant très intéressants. Ainsi, on manque parfois de contexte : lorsqu'on découvre le gouverneur en début de récit, il est déjà détesté par la population, et fait déjà l'objet de tentatives d'assassinats. On comprend globalement pourquoi, mais les années précédentes auraient gagné à être un peu plus évoquées. De même, lorsque le tsar et son ministre évoque leurs mensonges antisémites et le Protocole des Sages de Sion, il aurait été intéressant d'expliquer un peu plus les tenants et les aboutissants d'une telle politique. Là, c'est assez schématique. Néanmoins, ces quelques faiblesses narratives ne nuisent jamais totalement à la qualité d'une œuvre qui reste une bande dessinée tout-à-fait mémorable et figure dans le haut du panier de la carrière de ses auteurs. Même si La Mort de Staline reste un chef-d'œuvre indépassable, Fabien Nury prouve une nouvelle fois qu'il est un auteur majeur sans lequel la bande dessinée française aurait beaucoup perdu.

26/06/2022 (modifier)