J'avais adoré La Légende des nuées écarlates de Saverio Tenuta, et c'est avec bonheur que je replonge dans cette série issue du même univers mais qui peut se lire complètement indépendamment.
Saverio Tenuta s'est adjoint les services de Bruno Letizia pour construire son scénario et laisse la place au talent de Carita Lupattelli pour le dessin. C'est un réel plaisir de replonger dans cet univers médiéval fantastique japonais au bestiaire toujours aussi riche et envoutant. Les planches sont toujours aussi magnifiques et rendent merveilleusement hommage tant à l’onirisme qu'à la rudesse tranchante des combats qui émaillent le récit.
Voilà donc un conte ensorcelant qui rend la part belles aux kami et autres créatures légendaires japonaises qui nous transporte de bout en bout. Une très belle lecture qui ravira les amateurs du genre !
En cherchant comment exprimer mon ressenti sur cet album, j’ai repensé à « Automne en baie de Somme ». Pourquoi ai-je adoré Halifax alors qu’il présente bien des similitudes au niveau de la construction de son récit avec Automne en baie de Somme ? Où se fait la différence dans mon appréciation ?
Dans les deux cas, nous avons un récit de type policier dans lequel le théâtre historique joue un grand rôle. Dans les deux cas, l’intrigue policière n’est pas la plus extraordinaire qui soit. Pourtant, j’ai adoré l’un et trouvé l’autre quelconque…
Halifax, c’est d’abord un dessin, un style, une patte ; celle de Pascal Regnauld, un auteur rare qui me fascine. Un trait ultra-lisible, une colorisation à la fois franche et nuancée, un encrage inversé (les contours des personnages sont blancs et non noirs comme c’est le cas dans 99 pourcent des albums de bande dessinée). Dès que j’ouvre un de ses livres, je suis happé par le dessin, j’ai envie de lire l’histoire. C’est fascinant de pureté, ce trait a la beauté de l’évidence.
Halifax, c’est ensuite un contexte historique. Deux accidents maritimes ont marqué la ville qui servit ainsi de base arrière pour le repêchage des cadavres du Titanic. Et là encore se trouve un des points forts du récit : cette évocation de la récupération des corps des victimes du Titanic, flottant dans des eaux glacées, avec tous les problèmes de logistique qu’elle entraine. C’est le genre d’anecdote historique qui me fascine. Et ce n’est qu’un des aspects historiques développés par cet album, et nous naviguons ainsi dans les eaux de la petite histoire derrière la grande histoire, loin de ce que l’on nous enseigne à l’école mais proches de ce qui fait que l’humanité est telle qu’elle est.
Halifax, ce sont des personnages marquants autant que marqués. Marqués par l’histoire autant que par les événements fictifs auxquels ils sont confrontés. J’ai aimé ces gueules, à commencer par celle du héros, Roy Collins, qui dégage cette impression d’être aussi déterminé que désabusé.
Halifax, enfin, c’est une enquête policière. Pas la plus incroyable qui soit (comme je l’ai dit en début de chronique) mais qui permet de faire le lien entre les deux tragiques naufrages sans trahir les faits historiques avérés, qui nous tient en haleine quand bien même on devine rapidement qui est l’assassin et, enfin, lorsque l’on se dit que c’était quand même un peu facile, qui nous apporte une petite information en plus qui éclaire le personnage sous un nouvel angle, le rendant plus crédible.
En fait, pour moi, Halifax aurait été un ‘sans-fautes’ si l’intrigue policière avait été un peu moins linéaire. En l’état, c’est juste franchement, mais vraiment franchement bien !
Je recommande chaudement !
Oui, franchement, je suis très pris par cette BD bien que l'alpinisme ne soit vraiment pas ma tasse de thé (surtout avec le vertige). Mais la montagne m'attire beaucoup et cette biographie est surtout une très belle histoire de découverte de sa vie et sa passion.
Je ne connais pas encore d'autre BD de l'auteur, mais je connais le nom. Cependant, je n'avais pas réalisé que l'histoire serait la sienne et expliquerait comment il est devenu alpiniste puis finalement dessinateur de BD. Ça a donc été une agréable surprise, la lecture est très fluide et m'a entrainée dans les grandes hauteurs des massifs alpins sans que je ne décroche une minute. Le trait charbonneux correspond bien au récit, entre l'enfance difficile avec une mère qui ne le comprends pas, une envie de vivre et d'aller plus haut, et une découverte de la BD et du dessin. Progressivement, entre colères d'enfants, contrariété d'adolescents, premiers amours et sensations de liberté, le portrait de Jean-marc se dessine.
Ce qui manque dans quelques auto-biographie, selon moi, c'est une réelle implication du spectateur dans le récit. Ici, la finalité est connue si l'on connait l'auteur, mais n'ayant jamais lu ses œuvres ou découvert sa vie, je ne savais pas à quel moment un changement se produirait. De fait, son intérêt pour le dessin et sa passion pour la grimpe se mélangeaient sans réellement se croiser puisqu'il s'agit de la construction d'un jeune adolescent un peu perdu qui se découvre petit à petit. Ce qui renforce les passages prenants, tout en étant franchement drôle dans certaines anecdotes.
Mais mine de rien, sous couvert d'une légèreté de début, le récit devient plus grave au fur et à mesure que la montagne s'impose comme une puissance qui prend les vies aussi. C'est grave, lourd, mais jamais pesant. On sent que ce sport est dangereux, qu'il attire et fascine mais qu'il prend des vies aussi. Finalement, le récit montre combien de gens peuvent disparaitre dans ces crevasses traitresses et ces montées dangereuses.
Un très bon récit autobiographique qui ne tombe pas dans l'écueil d'un récit trop centré sur soi-même, mais qui arrive à la fois à transmettre l'émotion de grimper les sommets, les questionnements de la jeunesse et de l'adolescence, mais aussi un récit sur l'apprentissage parfois rude de la vie et du danger. C'est une excellente lecture, prenante et poignante, qui donne envie de retourner découvrir le massif des Alpes !
Bablet affine son style maintenant bien reconaissable, au niveau du dessin (si vous n'aimez pas l'aspect des personnages, il va falloir vous y faire car la triangulation est partie pour durer) et des thèmes traités: la décadence de l'humanité et la place de la technologie régissant notre quotidien.
Belle idée de suivre l'évolution de notre monde dans le temps long à travers 2 IA ne s'éteignant jamais, spectateurs conscients. Oui mais contrairement à ce qu'on attend de solides IA comme elles, leur courbe d'apprentissage patine parfois pendant de longues décennies, se laissant aller à des petites chamailleries alors qu'il y aurait tant de choses à découvrir autour d'eux. Bref c'est un peu rageant de constater que le potentiel est énorme, que l'auteur est capable de l'exploiter mais ne l'a pas fait.
Les séquences se déroulant dans le Réseau sont magnifiques d'éclat architectural et d'étherisation. Un bel album se relisant très bien mais qui aurait mérité à être plus court.
En voilà, une série qui sait rebondir pour toujours relancer le mystère et nous emmener là où nous ne nous y attendions pas spécialement ! J’ai dévoré les cinq tomes en un temps record, preuve de l’efficacité -très blockbuster à l’Américaine- du bazar.
Pas trop envie de parler du récit puisque, justement, l’évolution de celui-ci constitue une bonne part de sa force. Donc au moins on en sait avant de commencer notre lecture, au mieux c’est. Sachez juste qu’il s’agit d’un thriller d’anticipation qui débute avec une pandémie mortelle.
Les personnages sont très typés et leurs comportements ne m’ont pas toujours semblés très ‘plausibles’, un peu comme si les auteurs les forçaient à agir d’une certaine manière pour aller dans le sens du script mais sans tenir compte du profil psychologique qu’ils leur avaient attribué.
Le dessin est bon, le découpage est clair, les dialogues ne ralentissent pas le rythme de la lecture. En clair c’est incroyablement efficace pour qui aime ce genre de thriller. Les références cinématographiques sont nombreuses (« L’Armée des douze singes » pour le début, d’autres par la suite dont je ne vous parlerai pas, justement pour ne pas trop vous en dire) et contribuent à cette impression d’être dans un film catastrophe américain.
Seule la conclusion m’a un peu laissé sur ma faim. Pour le reste malgré certains comportements que je ne comprends pas, malgré certains événements que je ne trouve pas totalement logiques, malgré certains clichés, j’ai adoré ce récit comme on adore un film catastrophe sans trop s’inquiéter de sa cohérence d’ensemble, emporté par le mouvement et le mystère.
Je me fais une petite cure de vieux Baudoin cet été, et cet album est l’un de ceux que j’ai le plus aimés.
Son dessin, avec ce trait gras, ce Noir et Blanc tranché qui le distinguent, est ici très réussi.
En tout cas je l’aime bien, et son travail en esquisse trouve ici à s’exprimer au service d’une histoire jouant avec délicatesse, pudeur, sur une rencontre amoureuse « tardive » : deux quinquas ou sexagénaires vivent une histoire d’amour, sous les yeux réprobateurs des habitants du village où se situe l’intrigue. Il y a bien l’idiot du village, quelques forts en gueule, mais là où Rabaté aurait joué sur une certaine méchanceté, Baudoin joue lui la carte d’une poésie fragile.
L’histoire n’est pas dense, mais elle est agréable à lire.
Note réelle 3,5/5.
Choix graphique étrange : une mise en image résolument moderne avec des polygones structurant les paysages ou les intérieurs, une colorisation parfaite qui colle aux environnements et des personnages aux gueules étranges. Ils sont effectivement difficiles à différencier mais c'est un choix risqué qui est à saluer et permet à l'auteur de créer sa marque.
Le scénario mêle SF, anticipation, critique sociale... avec un bon tempo entre scènes contemplatives ou du quotidien, dialogues et tension. Petit avertissement aux vrais fans de SF et d'anticipation : n'attendez rien de révolutionnaire, c'est finalement plus une transposition du monde actuel dans le monde cloisonné d'une station orbitale.
Merci à Ankama qui comme à déjà plusieurs reprises, nous offre un bel album joliment relié à un super rapport qualité-prix et permet à des personnes hésitantes quant au coût (moins que 2 albums traditionnels pour une pagination de 4) de se glisser dans la station.
Une belle petite histoire romantique qui atterrit dans mes mains ... Comment résister ? D'autant que cette histoire-là est assez originale dans son traitement. Dans le fond, c'est une simple rencontre entre deux personnes qui se plaisent et ça finit sur le baiser qu'on attend (je vous rassure, il y en a déjà eu un avant et pas que). Mais en même temps, c'est une excellente histoire dans sa forme, exploitant plusieurs pistes que j'ai rarement vues mais qui ont toutes un approfondissement que j'apprécie.
Mine de rien, je dirais que la thématique de cette BD est avant tout la question du genre homme-femme, avec pas mal de critiques sur la vision qu'on a de la femme. En même temps, c'est surtout un personnage féminin qui aime faire du skate et ne pas se laisser bouffer qui est au centre du récit. De ce coté là, j'ai beaucoup apprécié Jane, une femme qui en veut !
D'autre part, on a une vision des hommes (mon dieu, ce colocataire beauf et macho !) assez négative, dans un environnement où les femmes s'organisent pour les éviter. Ce qui est agréable, c'est de montrer une histoire d'amour qui franchit plusieurs clichés du genre : le mec est pas sûr de lui et pas entreprenant, par rapport à la femme, la femme sait ce qu'elle veut et n'hésite pas à le dire, on a des femmes s'organisant pour éviter les gros cons de mecs dragueurs et lourds, et surtout j'adore le personnage de Jack. A l'inverse de la plupart des hommes virils, il est simple d'esprit, maladroit, pas très malin, très volontaire, plein de bonne humeur et gentil. Une sorte d'anti-macho, qui veut juste que les gens soient bien et gentils. C'est très amusant de lire ses frasques, d'autant qu'elles m'ont parfois fait penser à des trucs que j'ai déjà pu faire. Ça aide à l'empathie.
L'histoire a d'original l'association de femmes se passant les informations sur les ex, histoire de ne pas toujours subir les erreurs de se faire draguer par le gros con (franchement, le colocataire est une caricature parfaitement horrible). Et j'aime l'idée que Jane passe outre, pour de bonnes raisons, et dans une histoire qui ne parait jamais forcée ou convenue. C'est juste une histoire banale dans un très joli enrobage avec des personnages très mignons et réalistes. Une parfaite mise en scène, en somme.
Le dessin rajoute une petite touche, avec son côté dynamique et retranscrivant l'ambiance de la ville américaine. C'est plutôt bon et j'aime bien le mélange d'un style cartoon avec le mouvement bien dynamique. C'est chouette à l’œil, ça rend bien. Et pour un dessin de ce style, les moments de tendresse passent très très bien !
Oui, je suis faible face à des histoires de ce genre, mais franchement je trouve que celle-ci a de réels atouts. C'est franchement une très bonne surprise, les thématiques abordées ne sont jamais simplement un décor mal utilisé, c'est un propos qui est tenu et qui me va très bien. Je pense que les amoureux des romans graphiques et des comédies romantiques ne pourront qu'être charmés par cette petite histoire d'amour, simple et original. Pour ma part, j'ai un réel coup de cœur !
Snaergard est une aventure médiévale-fantastique au sens classique du terme.
Il était une fois Pelle, fils de noble norvégien maltraité par un père hargneux et violent, qui rencontre un jour un jeune homme étrange, noble errant de passage dans la région, qui cache visiblement un secret lié à un loup gigantesque qui terrorise la populace. Définitivement trahi par son père, Pelle décide de le quitter pour sauver son nouvel ami du sortilège qui s'est abattu sur sa sœur et lui.
J'ai aimé le classicisme de ce récit et l'élégance de son dessin. Le trait de Vincent Wagner ainsi que le sujet traité m'ont rappelé le graphisme de Mathieu Bonhomme (Messire Guillaume) et c'est un grand compliment que je lui fais là. Ses planches sont pleines de classe, et j'aime aussi la sobriété de la colorisation, qui se rapproche parfois d'une pure bichromie.
L'intrigue met un certain temps à se mettre en place, avec une narration en flash-back pour ce qui est du premier chapitre qui n'est pas tout à fait pour me séduire. Mais une fois sur sa lancée, l'histoire devient prenante et fluide. Son ton sérieux et son respect d'un esprit d'aventure et de fantastique à l'ancienne lui donne un aspect un peu rétro, comme ces récits d'aventure classiques qu'on pouvait lire en périodiques il y a quelques décennies. Pour autant, elle ne se laisse pas totalement deviner et apporte quelques rebondissements inattendus.
Il n'y a que la toute fin qui m'a un peu déçu, les trois dernières pages. Elle prend très subitement une tournure tragique qui m'apparait inutile et presque malvenue tant elle semble tomber comme un cheveu sur la soupe. Peut-être est-ce mon goût pour les fins heureuses qui est contrarié mais toujours est-il que j'aurais aimé une fin différente, ou alors au moins quelques pages de plus pour mieux l'accepter.
De ce fait, mon impression d'ensemble est légèrement gâchée mais je reconnais toutefois qu'il s'agit d'une très belle BD qui me donne envie d'en lire davantage de cet auteur.
Note : 3,5/5
C'est une très belle lecture qui porte beaucoup d'émotion que cet "Attentat". Le récit construit autour du roman néerlandais de Harry Mulish m'a collé au livre sans que je puisse l'abandonner.
Pourtant le graphisme est aride avec ces premières pages sombres où l'on devine plus que l'on voit. La suite du graphisme nous entraine dans une sorte de rêve-cauchemar où on ne sait si Anton préfère oublier ou découvrir les détails de cette sinistre nuit.
Hulsing utilise à merveille ses couleurs rouges, oranges, vert de gris pour nous faire voyager au coeur de l'incendie qui a ravagé la maison d'Anton quand il avait 12 ans et brouille sa quiétude ainsi que sa reconstruction d'adulte.
Le souvenir de ses parents et de son frère fusillés par les Allemands dans des circonstances dramatiques qu'il ne comprend pas l'a traumatisé.
Le récit s'oriente alors sur une sorte d'enquête policière involontaire où les différentes pièces du puzzle se mettent en place au fur et à mesure de rencontres de vieux fantômes.
L'ambiance est lourde dans ce chaos des souvenirs sanglants et contradictoires.
Mais le récit nous tient-il pour nous engloutir ? Non car la fin est imprévue et libératrice.
C'est un beau roman graphique au solide récit bien charpenté et très émotionnel.
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La Légende des nuées écarlates - Izunas
J'avais adoré La Légende des nuées écarlates de Saverio Tenuta, et c'est avec bonheur que je replonge dans cette série issue du même univers mais qui peut se lire complètement indépendamment. Saverio Tenuta s'est adjoint les services de Bruno Letizia pour construire son scénario et laisse la place au talent de Carita Lupattelli pour le dessin. C'est un réel plaisir de replonger dans cet univers médiéval fantastique japonais au bestiaire toujours aussi riche et envoutant. Les planches sont toujours aussi magnifiques et rendent merveilleusement hommage tant à l’onirisme qu'à la rudesse tranchante des combats qui émaillent le récit. Voilà donc un conte ensorcelant qui rend la part belles aux kami et autres créatures légendaires japonaises qui nous transporte de bout en bout. Une très belle lecture qui ravira les amateurs du genre !
Halifax, mon chagrin
En cherchant comment exprimer mon ressenti sur cet album, j’ai repensé à « Automne en baie de Somme ». Pourquoi ai-je adoré Halifax alors qu’il présente bien des similitudes au niveau de la construction de son récit avec Automne en baie de Somme ? Où se fait la différence dans mon appréciation ? Dans les deux cas, nous avons un récit de type policier dans lequel le théâtre historique joue un grand rôle. Dans les deux cas, l’intrigue policière n’est pas la plus extraordinaire qui soit. Pourtant, j’ai adoré l’un et trouvé l’autre quelconque… Halifax, c’est d’abord un dessin, un style, une patte ; celle de Pascal Regnauld, un auteur rare qui me fascine. Un trait ultra-lisible, une colorisation à la fois franche et nuancée, un encrage inversé (les contours des personnages sont blancs et non noirs comme c’est le cas dans 99 pourcent des albums de bande dessinée). Dès que j’ouvre un de ses livres, je suis happé par le dessin, j’ai envie de lire l’histoire. C’est fascinant de pureté, ce trait a la beauté de l’évidence. Halifax, c’est ensuite un contexte historique. Deux accidents maritimes ont marqué la ville qui servit ainsi de base arrière pour le repêchage des cadavres du Titanic. Et là encore se trouve un des points forts du récit : cette évocation de la récupération des corps des victimes du Titanic, flottant dans des eaux glacées, avec tous les problèmes de logistique qu’elle entraine. C’est le genre d’anecdote historique qui me fascine. Et ce n’est qu’un des aspects historiques développés par cet album, et nous naviguons ainsi dans les eaux de la petite histoire derrière la grande histoire, loin de ce que l’on nous enseigne à l’école mais proches de ce qui fait que l’humanité est telle qu’elle est. Halifax, ce sont des personnages marquants autant que marqués. Marqués par l’histoire autant que par les événements fictifs auxquels ils sont confrontés. J’ai aimé ces gueules, à commencer par celle du héros, Roy Collins, qui dégage cette impression d’être aussi déterminé que désabusé. Halifax, enfin, c’est une enquête policière. Pas la plus incroyable qui soit (comme je l’ai dit en début de chronique) mais qui permet de faire le lien entre les deux tragiques naufrages sans trahir les faits historiques avérés, qui nous tient en haleine quand bien même on devine rapidement qui est l’assassin et, enfin, lorsque l’on se dit que c’était quand même un peu facile, qui nous apporte une petite information en plus qui éclaire le personnage sous un nouvel angle, le rendant plus crédible. En fait, pour moi, Halifax aurait été un ‘sans-fautes’ si l’intrigue policière avait été un peu moins linéaire. En l’état, c’est juste franchement, mais vraiment franchement bien ! Je recommande chaudement !
Ailefroide - Altitude 3954
Oui, franchement, je suis très pris par cette BD bien que l'alpinisme ne soit vraiment pas ma tasse de thé (surtout avec le vertige). Mais la montagne m'attire beaucoup et cette biographie est surtout une très belle histoire de découverte de sa vie et sa passion. Je ne connais pas encore d'autre BD de l'auteur, mais je connais le nom. Cependant, je n'avais pas réalisé que l'histoire serait la sienne et expliquerait comment il est devenu alpiniste puis finalement dessinateur de BD. Ça a donc été une agréable surprise, la lecture est très fluide et m'a entrainée dans les grandes hauteurs des massifs alpins sans que je ne décroche une minute. Le trait charbonneux correspond bien au récit, entre l'enfance difficile avec une mère qui ne le comprends pas, une envie de vivre et d'aller plus haut, et une découverte de la BD et du dessin. Progressivement, entre colères d'enfants, contrariété d'adolescents, premiers amours et sensations de liberté, le portrait de Jean-marc se dessine. Ce qui manque dans quelques auto-biographie, selon moi, c'est une réelle implication du spectateur dans le récit. Ici, la finalité est connue si l'on connait l'auteur, mais n'ayant jamais lu ses œuvres ou découvert sa vie, je ne savais pas à quel moment un changement se produirait. De fait, son intérêt pour le dessin et sa passion pour la grimpe se mélangeaient sans réellement se croiser puisqu'il s'agit de la construction d'un jeune adolescent un peu perdu qui se découvre petit à petit. Ce qui renforce les passages prenants, tout en étant franchement drôle dans certaines anecdotes. Mais mine de rien, sous couvert d'une légèreté de début, le récit devient plus grave au fur et à mesure que la montagne s'impose comme une puissance qui prend les vies aussi. C'est grave, lourd, mais jamais pesant. On sent que ce sport est dangereux, qu'il attire et fascine mais qu'il prend des vies aussi. Finalement, le récit montre combien de gens peuvent disparaitre dans ces crevasses traitresses et ces montées dangereuses. Un très bon récit autobiographique qui ne tombe pas dans l'écueil d'un récit trop centré sur soi-même, mais qui arrive à la fois à transmettre l'émotion de grimper les sommets, les questionnements de la jeunesse et de l'adolescence, mais aussi un récit sur l'apprentissage parfois rude de la vie et du danger. C'est une excellente lecture, prenante et poignante, qui donne envie de retourner découvrir le massif des Alpes !
Carbone & Silicium
Bablet affine son style maintenant bien reconaissable, au niveau du dessin (si vous n'aimez pas l'aspect des personnages, il va falloir vous y faire car la triangulation est partie pour durer) et des thèmes traités: la décadence de l'humanité et la place de la technologie régissant notre quotidien. Belle idée de suivre l'évolution de notre monde dans le temps long à travers 2 IA ne s'éteignant jamais, spectateurs conscients. Oui mais contrairement à ce qu'on attend de solides IA comme elles, leur courbe d'apprentissage patine parfois pendant de longues décennies, se laissant aller à des petites chamailleries alors qu'il y aurait tant de choses à découvrir autour d'eux. Bref c'est un peu rageant de constater que le potentiel est énorme, que l'auteur est capable de l'exploiter mais ne l'a pas fait. Les séquences se déroulant dans le Réseau sont magnifiques d'éclat architectural et d'étherisation. Un bel album se relisant très bien mais qui aurait mérité à être plus court.
Tatanka
En voilà, une série qui sait rebondir pour toujours relancer le mystère et nous emmener là où nous ne nous y attendions pas spécialement ! J’ai dévoré les cinq tomes en un temps record, preuve de l’efficacité -très blockbuster à l’Américaine- du bazar. Pas trop envie de parler du récit puisque, justement, l’évolution de celui-ci constitue une bonne part de sa force. Donc au moins on en sait avant de commencer notre lecture, au mieux c’est. Sachez juste qu’il s’agit d’un thriller d’anticipation qui débute avec une pandémie mortelle. Les personnages sont très typés et leurs comportements ne m’ont pas toujours semblés très ‘plausibles’, un peu comme si les auteurs les forçaient à agir d’une certaine manière pour aller dans le sens du script mais sans tenir compte du profil psychologique qu’ils leur avaient attribué. Le dessin est bon, le découpage est clair, les dialogues ne ralentissent pas le rythme de la lecture. En clair c’est incroyablement efficace pour qui aime ce genre de thriller. Les références cinématographiques sont nombreuses (« L’Armée des douze singes » pour le début, d’autres par la suite dont je ne vous parlerai pas, justement pour ne pas trop vous en dire) et contribuent à cette impression d’être dans un film catastrophe américain. Seule la conclusion m’a un peu laissé sur ma faim. Pour le reste malgré certains comportements que je ne comprends pas, malgré certains événements que je ne trouve pas totalement logiques, malgré certains clichés, j’ai adoré ce récit comme on adore un film catastrophe sans trop s’inquiéter de sa cohérence d’ensemble, emporté par le mouvement et le mystère.
La Peau du lézard
Je me fais une petite cure de vieux Baudoin cet été, et cet album est l’un de ceux que j’ai le plus aimés. Son dessin, avec ce trait gras, ce Noir et Blanc tranché qui le distinguent, est ici très réussi. En tout cas je l’aime bien, et son travail en esquisse trouve ici à s’exprimer au service d’une histoire jouant avec délicatesse, pudeur, sur une rencontre amoureuse « tardive » : deux quinquas ou sexagénaires vivent une histoire d’amour, sous les yeux réprobateurs des habitants du village où se situe l’intrigue. Il y a bien l’idiot du village, quelques forts en gueule, mais là où Rabaté aurait joué sur une certaine méchanceté, Baudoin joue lui la carte d’une poésie fragile. L’histoire n’est pas dense, mais elle est agréable à lire. Note réelle 3,5/5.
Shangri-La
Choix graphique étrange : une mise en image résolument moderne avec des polygones structurant les paysages ou les intérieurs, une colorisation parfaite qui colle aux environnements et des personnages aux gueules étranges. Ils sont effectivement difficiles à différencier mais c'est un choix risqué qui est à saluer et permet à l'auteur de créer sa marque. Le scénario mêle SF, anticipation, critique sociale... avec un bon tempo entre scènes contemplatives ou du quotidien, dialogues et tension. Petit avertissement aux vrais fans de SF et d'anticipation : n'attendez rien de révolutionnaire, c'est finalement plus une transposition du monde actuel dans le monde cloisonné d'une station orbitale. Merci à Ankama qui comme à déjà plusieurs reprises, nous offre un bel album joliment relié à un super rapport qualité-prix et permet à des personnes hésitantes quant au coût (moins que 2 albums traditionnels pour une pagination de 4) de se glisser dans la station.
The Cute Girl Network
Une belle petite histoire romantique qui atterrit dans mes mains ... Comment résister ? D'autant que cette histoire-là est assez originale dans son traitement. Dans le fond, c'est une simple rencontre entre deux personnes qui se plaisent et ça finit sur le baiser qu'on attend (je vous rassure, il y en a déjà eu un avant et pas que). Mais en même temps, c'est une excellente histoire dans sa forme, exploitant plusieurs pistes que j'ai rarement vues mais qui ont toutes un approfondissement que j'apprécie. Mine de rien, je dirais que la thématique de cette BD est avant tout la question du genre homme-femme, avec pas mal de critiques sur la vision qu'on a de la femme. En même temps, c'est surtout un personnage féminin qui aime faire du skate et ne pas se laisser bouffer qui est au centre du récit. De ce coté là, j'ai beaucoup apprécié Jane, une femme qui en veut ! D'autre part, on a une vision des hommes (mon dieu, ce colocataire beauf et macho !) assez négative, dans un environnement où les femmes s'organisent pour les éviter. Ce qui est agréable, c'est de montrer une histoire d'amour qui franchit plusieurs clichés du genre : le mec est pas sûr de lui et pas entreprenant, par rapport à la femme, la femme sait ce qu'elle veut et n'hésite pas à le dire, on a des femmes s'organisant pour éviter les gros cons de mecs dragueurs et lourds, et surtout j'adore le personnage de Jack. A l'inverse de la plupart des hommes virils, il est simple d'esprit, maladroit, pas très malin, très volontaire, plein de bonne humeur et gentil. Une sorte d'anti-macho, qui veut juste que les gens soient bien et gentils. C'est très amusant de lire ses frasques, d'autant qu'elles m'ont parfois fait penser à des trucs que j'ai déjà pu faire. Ça aide à l'empathie. L'histoire a d'original l'association de femmes se passant les informations sur les ex, histoire de ne pas toujours subir les erreurs de se faire draguer par le gros con (franchement, le colocataire est une caricature parfaitement horrible). Et j'aime l'idée que Jane passe outre, pour de bonnes raisons, et dans une histoire qui ne parait jamais forcée ou convenue. C'est juste une histoire banale dans un très joli enrobage avec des personnages très mignons et réalistes. Une parfaite mise en scène, en somme. Le dessin rajoute une petite touche, avec son côté dynamique et retranscrivant l'ambiance de la ville américaine. C'est plutôt bon et j'aime bien le mélange d'un style cartoon avec le mouvement bien dynamique. C'est chouette à l’œil, ça rend bien. Et pour un dessin de ce style, les moments de tendresse passent très très bien ! Oui, je suis faible face à des histoires de ce genre, mais franchement je trouve que celle-ci a de réels atouts. C'est franchement une très bonne surprise, les thématiques abordées ne sont jamais simplement un décor mal utilisé, c'est un propos qui est tenu et qui me va très bien. Je pense que les amoureux des romans graphiques et des comédies romantiques ne pourront qu'être charmés par cette petite histoire d'amour, simple et original. Pour ma part, j'ai un réel coup de cœur !
La saga de Pelle (Snaergard, Nordlys)
Snaergard est une aventure médiévale-fantastique au sens classique du terme. Il était une fois Pelle, fils de noble norvégien maltraité par un père hargneux et violent, qui rencontre un jour un jeune homme étrange, noble errant de passage dans la région, qui cache visiblement un secret lié à un loup gigantesque qui terrorise la populace. Définitivement trahi par son père, Pelle décide de le quitter pour sauver son nouvel ami du sortilège qui s'est abattu sur sa sœur et lui. J'ai aimé le classicisme de ce récit et l'élégance de son dessin. Le trait de Vincent Wagner ainsi que le sujet traité m'ont rappelé le graphisme de Mathieu Bonhomme (Messire Guillaume) et c'est un grand compliment que je lui fais là. Ses planches sont pleines de classe, et j'aime aussi la sobriété de la colorisation, qui se rapproche parfois d'une pure bichromie. L'intrigue met un certain temps à se mettre en place, avec une narration en flash-back pour ce qui est du premier chapitre qui n'est pas tout à fait pour me séduire. Mais une fois sur sa lancée, l'histoire devient prenante et fluide. Son ton sérieux et son respect d'un esprit d'aventure et de fantastique à l'ancienne lui donne un aspect un peu rétro, comme ces récits d'aventure classiques qu'on pouvait lire en périodiques il y a quelques décennies. Pour autant, elle ne se laisse pas totalement deviner et apporte quelques rebondissements inattendus. Il n'y a que la toute fin qui m'a un peu déçu, les trois dernières pages. Elle prend très subitement une tournure tragique qui m'apparait inutile et presque malvenue tant elle semble tomber comme un cheveu sur la soupe. Peut-être est-ce mon goût pour les fins heureuses qui est contrarié mais toujours est-il que j'aurais aimé une fin différente, ou alors au moins quelques pages de plus pour mieux l'accepter. De ce fait, mon impression d'ensemble est légèrement gâchée mais je reconnais toutefois qu'il s'agit d'une très belle BD qui me donne envie d'en lire davantage de cet auteur. Note : 3,5/5
L'Attentat (La Boîte à Bulles)
C'est une très belle lecture qui porte beaucoup d'émotion que cet "Attentat". Le récit construit autour du roman néerlandais de Harry Mulish m'a collé au livre sans que je puisse l'abandonner. Pourtant le graphisme est aride avec ces premières pages sombres où l'on devine plus que l'on voit. La suite du graphisme nous entraine dans une sorte de rêve-cauchemar où on ne sait si Anton préfère oublier ou découvrir les détails de cette sinistre nuit. Hulsing utilise à merveille ses couleurs rouges, oranges, vert de gris pour nous faire voyager au coeur de l'incendie qui a ravagé la maison d'Anton quand il avait 12 ans et brouille sa quiétude ainsi que sa reconstruction d'adulte. Le souvenir de ses parents et de son frère fusillés par les Allemands dans des circonstances dramatiques qu'il ne comprend pas l'a traumatisé. Le récit s'oriente alors sur une sorte d'enquête policière involontaire où les différentes pièces du puzzle se mettent en place au fur et à mesure de rencontres de vieux fantômes. L'ambiance est lourde dans ce chaos des souvenirs sanglants et contradictoires. Mais le récit nous tient-il pour nous engloutir ? Non car la fin est imprévue et libératrice. C'est un beau roman graphique au solide récit bien charpenté et très émotionnel.