C'est une vraie bonne surprise que cet ouvrage de la collection "Jungle pépite" qui adapte des romans et revisite des écrits célèbres pour les enfants. J'avais été moyennement séduit par Le Baron perché mais je suis conquis par cette relecture contemporaine du Petit Poucet.
Je ne connaissais pas JC Mourlevat mais cette série me donne envie d'aller dans son répertoire. Je trouve que le scénario et la mise en scène de Maxe L'Hermanier touchent juste. Le récit est dynamique, touchant et plein de surprises et de clins d'oeil.
On accompagne cette sympathique fratrie à travers un Sud-Ouest froid et pluvieux déconcertant. Car ce fut mon premier contre-pied que de découvrir que l'action ne se situait pas dans un Nord stéréotypé mais au pays du soleil si souriant. Ce conte sous forme de road trip pour enfants se déroule avec humour et tendresse sous nos yeux d'enfants.
Car on se prend vite au jeu du récit et de sa progression dramatique. C'est une approche poétique qui m'a beaucoup plu.
Je trouve que le graphisme porte très bien le récit. Dans un style semi réaliste, Stedho allie à la fois un univers de conte effrayant avec des personnages sombres et des atmosphères chaleureuses de fraternité irréductible.
Très bonne mise en couleur qui met en valeur l'ambiance de cas sociaux englués dans la boue, le froid et les odeurs de chaussettes.
Un récit rempli de lumière à partager avec ses enfants pour un conte très moderne.
J’ai découvert ce comics par hasard, et je pense que ça faisait très longtemps que je n’avais pas pris autant de plaisir à suivre une histoire. Cette histoire décrit les destins entremêlés de Bishan, Kori et Vikram. Une narration aussi peu banale (surtout sous forme de lettres qui donnent un aspect grandiose au dessin et à l’action) pour un format comics qui donne beaucoup de relief. Un vrai coup de coeur, une grande et triste histoire, très marquante dont je me rappelerai longtemps.
Sortie en catimini, comme jusqu'alors presque toutes les productions des éditions iLatina, ce titre est tombé sur ma route alors que je m'intéressais aux peuples endémiques du continent sud-américain. N'ayant jamais entendu parler du peuple Selk'nam, je me suis lancé dans la lecture de ce titre surprenant.
Histoire d'évacuer le fâcheux, je déplore le choix du format, un poil petit, qui ne rend hommage ni aux dessins de Rodrigo Elgueta, ni à ce peuple incroyable sur lequel circulaient bien des légendes. Ceci fait, le reste est plus qu'engageant.
De légende donc, il est abondamment question. Le premier à avoir évoqué ce peuple n'est autre que Magellan, ou plus exactement Antonio Pigafetta, rédacteur et témoin direct de l'extraordinaire épopée du navigateur portugais. En effet, lorsque l'expédition aborde les terres encore inexplorées de l'Am-Sud, à savoir la Patagonie, les hommes aperçoivent sur la plage une scène pour le moins étonnante qui confère au récit une dimension homérique : "Toutefois, un jour, sans que personne y pensât, nous vîmes un géant qui était sur le bord de la mer tout nu, et il dansait et sautait et chantait, et en chantant il mettait du sable et de la poussière sur sa tête." D'où le nom Patagon signifiant "grand-pied"...
Le mythe a fait long feu. Aujourd'hui, on s'accorde sur le fait que si les habitants de ces terres désolées avaient une constitution imposante avec une taille moyenne dépassant le mètre quatre vingt, on est loin des fantasmes propagés par les premiers navigateurs qui en faisaient des géants de trois mètres.
L'anecdote, bien évidemment relatée dans cette BD, suffit à me convaincre d'entamer la lecture. Or des anecdotes, on en découvre bien d'autres. Ainsi, les auteurs de Nous les Selk'Nams déroulent leur affaire à la manière d'une enquête de terrain, se mettant parfois en scène. Mais la force du récit provient surtout d'un curieux et savoureux mélange de genres. L'ouvrage prend tour à tour des accents poétiques, sociologiques ou carrément politiques, et malheureusement bien souvent teinté de tragique. Un récit peu banal qui tente des trucs, au risque parfois de paraitre bancal, mais qui reste toujours juste dans les propos. Tout ceci fait que l'on ne s'agace cependant pas des défauts. On passe au-dessus pour comprendre l'histoire de ce peuple martyr (un de plus), et grâce encore une fois à l'intelligence des auteurs, on saisit mieux ce qu'il fut et ce que fut l'esprit des hommes de la Terre de Feu.
Mais voilà que je parle au passé. Erreur ! Grossière erreur ! Car comme le rappelle justement Blue Boy dans sa critique, rapportant les propos de Margarita Maldonardo, l’une des héritières de ce peuple aujourd'hui accroché aux branches : « Utilisez vos outils de diffusion et racontez que nous, les Selk’Nams, nous sommes toujours vivants. C’est comme ça que vous pouvez nous aider ». Une très belle découverte !
Cette jolie petite série aborde un sujet délicat à destination des enfants. Ce n'est pas si facile d'expliquer à son enfant avec tact que son pays et ses autorités ont pu commettre des injustices et des ignominies à ce qui auraient pu être ses copains et copines de classe.
Cette histoire de rafle et de déportation de Juifs évoquée par une petite fille qui passe seule entre les mailles du filet et qui ne comprend pas ce qui lui arrive, s'adresse aux enfants mais aussi aux parents.
Encore un ouvrage qui participe au devoir de mémoire et c'est très bien.
Le scénario, pour optimiste qu'il puisse être sûr de tels événements, ne verse pas du tout dans l'angélisme. Il est même porteur d'une certaine tension dramatique propre à l'époque.
Le récit propose des épisodes fortement émotionnels (la fouille, la fuite ou les retrouvailles) et laisse à entendre que l'union des forces positives ont pu vaincre les forces mortifères. Mais à quel prix ! le récit n'entre pas dans les détails de la déportation mais laisse suffisamment de pistes pour approfondir le sujet.
J'avais déjà bien apprécié le trait de Marc Lizano ("Nestor, maudits mercredi" ou Cases départs) avec ses personnages à grosse tête qui sont si expressifs et attachants. Son trait fin et dynamique nous entraîne dans les pas de la gentille Dounia entre ses aventures dramatiques et d'autres plus légères.
L'alternance de pages à six cases et de dessins pleines pages travaillent aux changements de rythme en fonction de la dramaturgie du récit.
Une très bonne lecture pour les enfants d'une histoire tout en nuances
La postface d'Hellen Kaufmann nous rappelle la mémoire des 11400 enfants déportés et tués pendant cette période mais aussi que de nombreuses actions de fraternité ont pu sauver des milliers de Dounia.
Cette série m'a vraiment remué. Les trois histoires courtes qui la composent sont toutes plus touchantes les unes que les autres. Les trois scénarii s'inspirent de textes littéraires d'origines différentes mais qui se rejoignent pour dénoncer l'ignominie et l'injustice.
Un poète contemporain, un journaliste légendaire et un écrivain-baroudeur ont les même regards remplis d'indignation sur trois siècles différents. Comme quoi la cruauté et l'inhumanité traversent les âges avec une indifférence effrayante. Le thème central de l'ouvrage est bien cette inhumanité qui habite le coeur des hommes.
Blanc ou Noir, républicain ou royaliste, Européen ou Africain les auteurs nous montrent que quand on s'exprime avec des "Nous" et "Eux", l'abjection a déjà gagné la partie. Bien sûr des esprits éclairés et clairvoyants comme ceux d'Albert Londres, de Joseph Conrad ou d'Umar Timol peuvent crier haut et fort la perversité des systèmes iniques.
Malheureusement cela ne suffit pas à lutter contre certains intérêts aveuglés par la haine ou le profit.
Le graphisme de trois dessinateurs africains (Sikoue, Pov et Kibiswa) traduit de façon réaliste les ambiances portées par ces trois beaux textes. Nous restons toujours dans du N&B porteur des ombres du passé.
Quand la lumière apparaît, elle nous aveugle des atrocités commises. La mise en scène est antichronologique avec un dessin de plus en plus sombre comme si le passé devenait flou. C'est bien pourquoi un tel ouvrage participe au devoir de mémoire.
Une très belle lecture d'auteurs africains qui rendent hommage à de grands témoignages d'auteurs Européens. 3.5
Merci papa Noël pour cette magnifique BD que j'ai trouvée sous le sapin le 25 décembre !
J'ai eu un coup de cœur pour l'objet en lui-même en flânant en librairie : une couverture sublime, des grandes et superbes planches que j'ai feuilletées rapidement et qui laissaient présager le meilleur à la lecture et ce fut le cas !
Le récit ne fait de cadeau à personne et donne la part belle à la liberté, aux grands espaces, à l'introspection et aux questionnements sur la nature profonde de chacun face à ses origines.
Et on en prend plein les mirettes à chaque page, du grand spectacle.
Un bien beau voyage à faire sans hésiter !
Christophe Bec, c'est tout ou rien. Quand il se tourne vers une intrigue globable plutôt simple et sans trop de détours, ça donne quelque chose de très réussi, comme Siberia 56 ou la première trilogie de Carthago (je n'ai pas encore lu plus). Mais souvent, il essaye d'explorer des récits un peu pompeux, trop grandiloquents, et ça donne Eternum ou Bunker, quand il ne tombe pas dans l'anecdotique et le déjà-vu (Angel - Le Sanctuaire des hérétiques ou Pandemonium).
Avec Deepwater Prison, on est clairement dans le premier cas. L'intrigue n'est pas forcément si simple qu'elle en a l'air, mais elle a une ligne directrice très claire, dont elle ne dévie jamais, et ça fait plaisir. Ainsi, Christophe Bec nous immisce dans un monde extrêmement brutal et oppressant, où l'on reconnaît bien sa patte. Il sait multiplier les personnages avec talent, sans trop nous égarer et parvient à mener l'intrigue de chacun d'entre eux avec beaucoup de clarté. Surtout, chaque personnage est bien construit, doté de motivations compréhensibles et d'un caractère complexe, ni totalement gentil, ni totalement méchant. Sans manichéisme, Bec déroule donc le fil de son récit avec l'art d'un narrateur accompli.
Il est aidé en cela par le dessin de Stefano Raffaele, expressif et très réaliste. Son trait ne manque pas d'ampleur, et il est un peu dommage qu'il n'ait pas eu davantage d'abysses à dessiner, car il sait rendre cette impression de gigantisme que Bec savait mettre en œuvre en tant que dessinateur dans Sanctuaire.
Ainsi, Deepwater Prison est vraiment une bonne trilogie, captivante et bien construite. Il est toutefois dommage que le dernier tome - qui correspond pourtant à la mise en œuvre du plan exposé dans le tome 2 - soit un peu moins intense. Je ne saurais dire pourquoi, j'étais un peu moins pris dans l'action, l'enchaînement des scènes était peut-être un peu moins fluide. Néanmoins, je ne qualifierai pas cette conclusion de décevante, car tous les arcs narratifs sont menés au bout de manière cohérente et bien trouvée.
Mon seul vrai regret concerne les créatures des abysses, qui ne servent quasiment à rien. Je pensais qu'elles auraient un vrai rôle dans l'intrigue, mais en fait, non, c'est juste un élément de danger en plus ajouté par Christophe Bec. Mais du coup, vues les nombreuses complications qu'on peut imaginer, on ne voit pas trop pourquoi s'être amusé à imaginer une nouvelle race d'animaux géants, si c'est juste pour la mettre en toile de fond de cette histoire au ton plutôt réaliste.
A part ça, pas beaucoup de défauts à souligner, Deepwater Prison est une excellente saga, qui sait faire vivre ses personnages et les péripéties qu'ils traversent avec beaucoup d'intensité. Un vrai plaisir de lecture !
J’ai été surpris de retrouver Kokor sur un western, tant ce que je connaissais de lui ne l’y amenait pas forcément. Mais finalement il s’en tire très bien, son dessin est original pour ce genre. Et parfaitement adapté au western concocté par Peyraud. Un récit atypique en effet.
Atypique, même s’il reprend pas mal de choses des thèmes classiques du genre (migrants tentant la grande traversée des grands espaces, la violence et les attaques de bandits, la présence d’Indiens, les chercheurs d'or, le tenancier de la quincaillerie perdue au milieu des prospecteurs, etc).
Mais, à part les attaques de bandits (et encore est-ce expédié au début, dans des scènes violentes et loufoques qui propulsent le récit sur un rythme élevé, pour ensuite le laisser tranquillement ralentir, seulement poussé par ce lancement initial), tout le reste n’est souvent qu’effleuré, un petit clin d’œil, un décor, comme pour baliser la lecture.
Pour le balisage, il y a aussi et surtout ce « rocking chair », qui traverse plusieurs fois ce Far-West, passant de mains en mains, rafistolé, cabossé comme le sont les vies de ses "propriétaires". Comme la montre d’Oger dans Go West young man, c’est un fil rouge intéressant et quelque peu incongru.
A part ce fauteuil, deux personnages nous servent aussi de guide, pour une histoire vite lue (car peu de textes), plus d’ambiance qu’autre chose, malgré le début pétaradant évoqué plus haut. Un western original, une lecture sympathique en tout cas, avec une chute amusante, qui prend à contre-pied le début (et à rebours la marche des colons).
Note réelle 3,5/5.
J'ai été un peu surpris lors de ma première lecture de cette série. En effet une série humour pour les plus jeunes qui ne tombe pas dans le pipi-caca, cela mérite qu'on s'y attarde.
Sous forme de (presque) petits strips l'autrice nous propose des traits d'humour un peu dans le style de Madame de Nancy Peña. Un graphisme simple et économe qui met en scène principalement deux personnages.
Un petit garçon et le Grand méchant Loup (Bernard) se font face à face dans une relation revisitée, apaisée et drôle des enfants avec leurs angoisses. Cela donne trois opus où chacun va pouvoir apporter à l'autre présence et amitié.
Entre un changement radical de régime alimentaire, des devoirs de maths, un parcours en voiture avec pépé ou la construction d'une cabane Delphine Perret m'a procuré un bon moment de détente avec un humour bien plaisant, gentil et espiègle.
Je conseille de commencer par le tome 1 ou de lire l'intégrale pour bien s'imprégner de l'esprit de l'ouvrage et de la personnalité du loup Bernard.
Delphine Perret est de ces personnes qui avec trois traits font vivre une page.
J'ai bien apprécié ces deux tomes qui se présentent comme un préquel de la célèbre série de Van Hamme. Comme je n'ai pas encore lu les aventures de monsieur Winch j'ai pu goûter la série avec un oeil de novice.
Je dois avouer que j'ai pris du plaisir à lire cette saga à rebondissements. J'ai trouvé le scénario de Van Hamme bon. L'auteur arrive à enchaîner les aventures de chacun des membres de la lignée Winczlav/ Winch avec dextérité et un juste équilibre dans l'importance de leur présence au sein du récit familial.
J'ai tout de suite aimé la localisation des premières planches dans cet imbroglio des Balkans très bien rendu par les auteurs. J'ai été très surpris par le courage du choix de Van Hamme dans la peinture de la personnalité de Vanko.
C'était si facile de nous servir une soupe érotique dans la rencontre Vanko/Veska et au lieu de cela, les auteurs s'aventurent sur le sujet sensible de l'avortement avec un développement argumentaire de plusieurs planches. Il fallait oser cette ligne qui donne pas mal de force ensuite au récit et à la personnalité des uns et des autres.
À partir de cet épisode fondateur, je trouve que le scénario s'installe dans une suite d'événements réalistes et dramatiques qui donnent épaisseur à la saga. Le choix de la lignée Milan-Tom est encore une réussite car ce n'est pas forcément la plus sympathique. Il y a bien quelques ficelles ou redites d'autres séries mais je trouve que c'est à la marge et presque nécessaire compte tenu du dynamisme du scénario.
J'ai un peu plus de réserves avec le graphisme. La qualité du dessin de Berthet est bonne avec ses superbes femmes. Il y a juste l'érotisme qu'il faut pour une série grand public. Par contre je trouve que ses personnages sont un peu figés mais surtout trop lisses par rapport à la tension dramatique qu'impose le scénario.
Je trouve qu'il y a un décalage entre le graphisme assez jeune ado et le scénario bien plus adulte.
C'est le seul point qui me chagrine car j'ai eu beaucoup de plaisir à lire cette série. 3.5
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L'Enfant océan
C'est une vraie bonne surprise que cet ouvrage de la collection "Jungle pépite" qui adapte des romans et revisite des écrits célèbres pour les enfants. J'avais été moyennement séduit par Le Baron perché mais je suis conquis par cette relecture contemporaine du Petit Poucet. Je ne connaissais pas JC Mourlevat mais cette série me donne envie d'aller dans son répertoire. Je trouve que le scénario et la mise en scène de Maxe L'Hermanier touchent juste. Le récit est dynamique, touchant et plein de surprises et de clins d'oeil. On accompagne cette sympathique fratrie à travers un Sud-Ouest froid et pluvieux déconcertant. Car ce fut mon premier contre-pied que de découvrir que l'action ne se situait pas dans un Nord stéréotypé mais au pays du soleil si souriant. Ce conte sous forme de road trip pour enfants se déroule avec humour et tendresse sous nos yeux d'enfants. Car on se prend vite au jeu du récit et de sa progression dramatique. C'est une approche poétique qui m'a beaucoup plu. Je trouve que le graphisme porte très bien le récit. Dans un style semi réaliste, Stedho allie à la fois un univers de conte effrayant avec des personnages sombres et des atmosphères chaleureuses de fraternité irréductible. Très bonne mise en couleur qui met en valeur l'ambiance de cas sociaux englués dans la boue, le froid et les odeurs de chaussettes. Un récit rempli de lumière à partager avec ses enfants pour un conte très moderne.
These Savage Shores
J’ai découvert ce comics par hasard, et je pense que ça faisait très longtemps que je n’avais pas pris autant de plaisir à suivre une histoire. Cette histoire décrit les destins entremêlés de Bishan, Kori et Vikram. Une narration aussi peu banale (surtout sous forme de lettres qui donnent un aspect grandiose au dessin et à l’action) pour un format comics qui donne beaucoup de relief. Un vrai coup de coeur, une grande et triste histoire, très marquante dont je me rappelerai longtemps.
Nous, les Selk’Nams
Sortie en catimini, comme jusqu'alors presque toutes les productions des éditions iLatina, ce titre est tombé sur ma route alors que je m'intéressais aux peuples endémiques du continent sud-américain. N'ayant jamais entendu parler du peuple Selk'nam, je me suis lancé dans la lecture de ce titre surprenant. Histoire d'évacuer le fâcheux, je déplore le choix du format, un poil petit, qui ne rend hommage ni aux dessins de Rodrigo Elgueta, ni à ce peuple incroyable sur lequel circulaient bien des légendes. Ceci fait, le reste est plus qu'engageant. De légende donc, il est abondamment question. Le premier à avoir évoqué ce peuple n'est autre que Magellan, ou plus exactement Antonio Pigafetta, rédacteur et témoin direct de l'extraordinaire épopée du navigateur portugais. En effet, lorsque l'expédition aborde les terres encore inexplorées de l'Am-Sud, à savoir la Patagonie, les hommes aperçoivent sur la plage une scène pour le moins étonnante qui confère au récit une dimension homérique : "Toutefois, un jour, sans que personne y pensât, nous vîmes un géant qui était sur le bord de la mer tout nu, et il dansait et sautait et chantait, et en chantant il mettait du sable et de la poussière sur sa tête." D'où le nom Patagon signifiant "grand-pied"... Le mythe a fait long feu. Aujourd'hui, on s'accorde sur le fait que si les habitants de ces terres désolées avaient une constitution imposante avec une taille moyenne dépassant le mètre quatre vingt, on est loin des fantasmes propagés par les premiers navigateurs qui en faisaient des géants de trois mètres. L'anecdote, bien évidemment relatée dans cette BD, suffit à me convaincre d'entamer la lecture. Or des anecdotes, on en découvre bien d'autres. Ainsi, les auteurs de Nous les Selk'Nams déroulent leur affaire à la manière d'une enquête de terrain, se mettant parfois en scène. Mais la force du récit provient surtout d'un curieux et savoureux mélange de genres. L'ouvrage prend tour à tour des accents poétiques, sociologiques ou carrément politiques, et malheureusement bien souvent teinté de tragique. Un récit peu banal qui tente des trucs, au risque parfois de paraitre bancal, mais qui reste toujours juste dans les propos. Tout ceci fait que l'on ne s'agace cependant pas des défauts. On passe au-dessus pour comprendre l'histoire de ce peuple martyr (un de plus), et grâce encore une fois à l'intelligence des auteurs, on saisit mieux ce qu'il fut et ce que fut l'esprit des hommes de la Terre de Feu. Mais voilà que je parle au passé. Erreur ! Grossière erreur ! Car comme le rappelle justement Blue Boy dans sa critique, rapportant les propos de Margarita Maldonardo, l’une des héritières de ce peuple aujourd'hui accroché aux branches : « Utilisez vos outils de diffusion et racontez que nous, les Selk’Nams, nous sommes toujours vivants. C’est comme ça que vous pouvez nous aider ». Une très belle découverte !
L'Enfant cachée
Cette jolie petite série aborde un sujet délicat à destination des enfants. Ce n'est pas si facile d'expliquer à son enfant avec tact que son pays et ses autorités ont pu commettre des injustices et des ignominies à ce qui auraient pu être ses copains et copines de classe. Cette histoire de rafle et de déportation de Juifs évoquée par une petite fille qui passe seule entre les mailles du filet et qui ne comprend pas ce qui lui arrive, s'adresse aux enfants mais aussi aux parents. Encore un ouvrage qui participe au devoir de mémoire et c'est très bien. Le scénario, pour optimiste qu'il puisse être sûr de tels événements, ne verse pas du tout dans l'angélisme. Il est même porteur d'une certaine tension dramatique propre à l'époque. Le récit propose des épisodes fortement émotionnels (la fouille, la fuite ou les retrouvailles) et laisse à entendre que l'union des forces positives ont pu vaincre les forces mortifères. Mais à quel prix ! le récit n'entre pas dans les détails de la déportation mais laisse suffisamment de pistes pour approfondir le sujet. J'avais déjà bien apprécié le trait de Marc Lizano ("Nestor, maudits mercredi" ou Cases départs) avec ses personnages à grosse tête qui sont si expressifs et attachants. Son trait fin et dynamique nous entraîne dans les pas de la gentille Dounia entre ses aventures dramatiques et d'autres plus légères. L'alternance de pages à six cases et de dessins pleines pages travaillent aux changements de rythme en fonction de la dramaturgie du récit. Une très bonne lecture pour les enfants d'une histoire tout en nuances La postface d'Hellen Kaufmann nous rappelle la mémoire des 11400 enfants déportés et tués pendant cette période mais aussi que de nombreuses actions de fraternité ont pu sauver des milliers de Dounia.
Visions d'Afrique
Cette série m'a vraiment remué. Les trois histoires courtes qui la composent sont toutes plus touchantes les unes que les autres. Les trois scénarii s'inspirent de textes littéraires d'origines différentes mais qui se rejoignent pour dénoncer l'ignominie et l'injustice. Un poète contemporain, un journaliste légendaire et un écrivain-baroudeur ont les même regards remplis d'indignation sur trois siècles différents. Comme quoi la cruauté et l'inhumanité traversent les âges avec une indifférence effrayante. Le thème central de l'ouvrage est bien cette inhumanité qui habite le coeur des hommes. Blanc ou Noir, républicain ou royaliste, Européen ou Africain les auteurs nous montrent que quand on s'exprime avec des "Nous" et "Eux", l'abjection a déjà gagné la partie. Bien sûr des esprits éclairés et clairvoyants comme ceux d'Albert Londres, de Joseph Conrad ou d'Umar Timol peuvent crier haut et fort la perversité des systèmes iniques. Malheureusement cela ne suffit pas à lutter contre certains intérêts aveuglés par la haine ou le profit. Le graphisme de trois dessinateurs africains (Sikoue, Pov et Kibiswa) traduit de façon réaliste les ambiances portées par ces trois beaux textes. Nous restons toujours dans du N&B porteur des ombres du passé. Quand la lumière apparaît, elle nous aveugle des atrocités commises. La mise en scène est antichronologique avec un dessin de plus en plus sombre comme si le passé devenait flou. C'est bien pourquoi un tel ouvrage participe au devoir de mémoire. Une très belle lecture d'auteurs africains qui rendent hommage à de grands témoignages d'auteurs Européens. 3.5
Hoka Hey !
Merci papa Noël pour cette magnifique BD que j'ai trouvée sous le sapin le 25 décembre ! J'ai eu un coup de cœur pour l'objet en lui-même en flânant en librairie : une couverture sublime, des grandes et superbes planches que j'ai feuilletées rapidement et qui laissaient présager le meilleur à la lecture et ce fut le cas ! Le récit ne fait de cadeau à personne et donne la part belle à la liberté, aux grands espaces, à l'introspection et aux questionnements sur la nature profonde de chacun face à ses origines. Et on en prend plein les mirettes à chaque page, du grand spectacle. Un bien beau voyage à faire sans hésiter !
Deepwater prison
Christophe Bec, c'est tout ou rien. Quand il se tourne vers une intrigue globable plutôt simple et sans trop de détours, ça donne quelque chose de très réussi, comme Siberia 56 ou la première trilogie de Carthago (je n'ai pas encore lu plus). Mais souvent, il essaye d'explorer des récits un peu pompeux, trop grandiloquents, et ça donne Eternum ou Bunker, quand il ne tombe pas dans l'anecdotique et le déjà-vu (Angel - Le Sanctuaire des hérétiques ou Pandemonium). Avec Deepwater Prison, on est clairement dans le premier cas. L'intrigue n'est pas forcément si simple qu'elle en a l'air, mais elle a une ligne directrice très claire, dont elle ne dévie jamais, et ça fait plaisir. Ainsi, Christophe Bec nous immisce dans un monde extrêmement brutal et oppressant, où l'on reconnaît bien sa patte. Il sait multiplier les personnages avec talent, sans trop nous égarer et parvient à mener l'intrigue de chacun d'entre eux avec beaucoup de clarté. Surtout, chaque personnage est bien construit, doté de motivations compréhensibles et d'un caractère complexe, ni totalement gentil, ni totalement méchant. Sans manichéisme, Bec déroule donc le fil de son récit avec l'art d'un narrateur accompli. Il est aidé en cela par le dessin de Stefano Raffaele, expressif et très réaliste. Son trait ne manque pas d'ampleur, et il est un peu dommage qu'il n'ait pas eu davantage d'abysses à dessiner, car il sait rendre cette impression de gigantisme que Bec savait mettre en œuvre en tant que dessinateur dans Sanctuaire. Ainsi, Deepwater Prison est vraiment une bonne trilogie, captivante et bien construite. Il est toutefois dommage que le dernier tome - qui correspond pourtant à la mise en œuvre du plan exposé dans le tome 2 - soit un peu moins intense. Je ne saurais dire pourquoi, j'étais un peu moins pris dans l'action, l'enchaînement des scènes était peut-être un peu moins fluide. Néanmoins, je ne qualifierai pas cette conclusion de décevante, car tous les arcs narratifs sont menés au bout de manière cohérente et bien trouvée. Mon seul vrai regret concerne les créatures des abysses, qui ne servent quasiment à rien. Je pensais qu'elles auraient un vrai rôle dans l'intrigue, mais en fait, non, c'est juste un élément de danger en plus ajouté par Christophe Bec. Mais du coup, vues les nombreuses complications qu'on peut imaginer, on ne voit pas trop pourquoi s'être amusé à imaginer une nouvelle race d'animaux géants, si c'est juste pour la mettre en toile de fond de cette histoire au ton plutôt réaliste. A part ça, pas beaucoup de défauts à souligner, Deepwater Prison est une excellente saga, qui sait faire vivre ses personnages et les péripéties qu'ils traversent avec beaucoup d'intensité. Un vrai plaisir de lecture !
Rocking chair
J’ai été surpris de retrouver Kokor sur un western, tant ce que je connaissais de lui ne l’y amenait pas forcément. Mais finalement il s’en tire très bien, son dessin est original pour ce genre. Et parfaitement adapté au western concocté par Peyraud. Un récit atypique en effet. Atypique, même s’il reprend pas mal de choses des thèmes classiques du genre (migrants tentant la grande traversée des grands espaces, la violence et les attaques de bandits, la présence d’Indiens, les chercheurs d'or, le tenancier de la quincaillerie perdue au milieu des prospecteurs, etc). Mais, à part les attaques de bandits (et encore est-ce expédié au début, dans des scènes violentes et loufoques qui propulsent le récit sur un rythme élevé, pour ensuite le laisser tranquillement ralentir, seulement poussé par ce lancement initial), tout le reste n’est souvent qu’effleuré, un petit clin d’œil, un décor, comme pour baliser la lecture. Pour le balisage, il y a aussi et surtout ce « rocking chair », qui traverse plusieurs fois ce Far-West, passant de mains en mains, rafistolé, cabossé comme le sont les vies de ses "propriétaires". Comme la montre d’Oger dans Go West young man, c’est un fil rouge intéressant et quelque peu incongru. A part ce fauteuil, deux personnages nous servent aussi de guide, pour une histoire vite lue (car peu de textes), plus d’ambiance qu’autre chose, malgré le début pétaradant évoqué plus haut. Un western original, une lecture sympathique en tout cas, avec une chute amusante, qui prend à contre-pied le début (et à rebours la marche des colons). Note réelle 3,5/5.
Moi, le loup et ...
J'ai été un peu surpris lors de ma première lecture de cette série. En effet une série humour pour les plus jeunes qui ne tombe pas dans le pipi-caca, cela mérite qu'on s'y attarde. Sous forme de (presque) petits strips l'autrice nous propose des traits d'humour un peu dans le style de Madame de Nancy Peña. Un graphisme simple et économe qui met en scène principalement deux personnages. Un petit garçon et le Grand méchant Loup (Bernard) se font face à face dans une relation revisitée, apaisée et drôle des enfants avec leurs angoisses. Cela donne trois opus où chacun va pouvoir apporter à l'autre présence et amitié. Entre un changement radical de régime alimentaire, des devoirs de maths, un parcours en voiture avec pépé ou la construction d'une cabane Delphine Perret m'a procuré un bon moment de détente avec un humour bien plaisant, gentil et espiègle. Je conseille de commencer par le tome 1 ou de lire l'intégrale pour bien s'imprégner de l'esprit de l'ouvrage et de la personnalité du loup Bernard. Delphine Perret est de ces personnes qui avec trois traits font vivre une page.
La Fortune des Winczlav
J'ai bien apprécié ces deux tomes qui se présentent comme un préquel de la célèbre série de Van Hamme. Comme je n'ai pas encore lu les aventures de monsieur Winch j'ai pu goûter la série avec un oeil de novice. Je dois avouer que j'ai pris du plaisir à lire cette saga à rebondissements. J'ai trouvé le scénario de Van Hamme bon. L'auteur arrive à enchaîner les aventures de chacun des membres de la lignée Winczlav/ Winch avec dextérité et un juste équilibre dans l'importance de leur présence au sein du récit familial. J'ai tout de suite aimé la localisation des premières planches dans cet imbroglio des Balkans très bien rendu par les auteurs. J'ai été très surpris par le courage du choix de Van Hamme dans la peinture de la personnalité de Vanko. C'était si facile de nous servir une soupe érotique dans la rencontre Vanko/Veska et au lieu de cela, les auteurs s'aventurent sur le sujet sensible de l'avortement avec un développement argumentaire de plusieurs planches. Il fallait oser cette ligne qui donne pas mal de force ensuite au récit et à la personnalité des uns et des autres. À partir de cet épisode fondateur, je trouve que le scénario s'installe dans une suite d'événements réalistes et dramatiques qui donnent épaisseur à la saga. Le choix de la lignée Milan-Tom est encore une réussite car ce n'est pas forcément la plus sympathique. Il y a bien quelques ficelles ou redites d'autres séries mais je trouve que c'est à la marge et presque nécessaire compte tenu du dynamisme du scénario. J'ai un peu plus de réserves avec le graphisme. La qualité du dessin de Berthet est bonne avec ses superbes femmes. Il y a juste l'érotisme qu'il faut pour une série grand public. Par contre je trouve que ses personnages sont un peu figés mais surtout trop lisses par rapport à la tension dramatique qu'impose le scénario. Je trouve qu'il y a un décalage entre le graphisme assez jeune ado et le scénario bien plus adulte. C'est le seul point qui me chagrine car j'ai eu beaucoup de plaisir à lire cette série. 3.5