J'ai beaucoup apprécié ce récit de voyage et d'aventure à la sauce Tintin. Enfin presque car Tanquerelle la joue en anti-héros pour son Georges accumulateur de bévues, empoté, maladroit et suiveur peu enthousiaste de ses camarades aventuriers.
Je ne connais pas les Racontars de Jorn Riel mais les références au héros d'Hergé sont nombreuses, drôles et décalées. Tanquerelle pousse l'hommage en parodiant certains passages de l'étoile mystérieuse ou de Tintin au Tibet, entre autres, mais aussi le lettrage et le graphisme des personnages présents.
Seul le graphisme des très beaux paysages aquarelles se démarque des ouvrages du célèbre reporter. La mise en couleur est aussi très moderne et accompagne le scénario de façon très agréable.
Le scénario est assez linéaire sans réelle intrigue. C'est le désarroi de notre bon George, "un peu neu neu" dans chaque situation nouvelle qui est le principal moteur comique du récit.
Toutefois Georges retombera moralement sur ses pieds à la fin de l'aventure : alcool détruit, Kloster sain et sauf un bilan moral digne des meilleurs Tintin.
Une lecture très divertissante qui apporte le sourire et la bonne humeur des amateurs de Tintin.
Truculent, comme l'indique le résumé de l'album, c'est en effet le premier qualificatif qui vient à l'esprit pour qualifier celui-ci.
Mais pas seulement. Il suffit de regarder qui en a signé le scénario. Et quand on sait qu'il a commis Amère Russie, Mobutu dans l'espace, L'Anniversaire de Kim Jong-Il, Camp Poutine, j'en passe et des meilleures, on sait que c'est beaucoup plus que cela. Partant d'un concept qui détourne déjà Il faut sauver de soldat Ryan, Aurélien Ducoudray compose une équipe foutraque qui part au front en plein milieu de la première guerre mondiale, pour aller récupérer un soldat lambda. Dès lors ce ne sont que péripéties improbables et situations incongrues, avec parfois des seins nus au milieu, dans une épopée qui dézingue pas mal de choses au sujet de la guerre : les pasionarias, le côté honorable de la chose (vite balayé par des visions d'horreur), l'exploitation commerciale et médiatique du conflit, la religion... Tous se font rattraper par la réalité : la guerre, c'est con et c'est moche. La pagaille est telle qu'on en perd rapidement le but de cette expédition, tout comme les protagonistes d'ailleurs, même s'ils rétablissent leurs objectifs en fin de parcours, et que Ducoudray nous offre une ultime pirouette. Et puis une autre. Les personnages sont bien campés au sein de cette petite équipée, et on ne peut qu'avoir de la tendresse pour chacun d'entre eux, hormis peut-être Trouffon (joli mot-valise).
C'est Marion Mousse qui se charge du dessin, avec son dessin à la fois anguleux et plein d'énergie, pour des pages où on en prend plein les yeux, grâce également aux couleurs flamboyantes d'Albertine Ralenti.
Un album difficile à définir et à résumer, qui est un petit feu d'artifice d'émotions, entre humour, critique grinçante et drame sociétal.
Bah tout pareil que Mac Arthur niveau ressenti, j’ai trouvé cet album bien sympathique et maîtrisé. Une heureuse découverte.
J’ai particulièrement apprécié le ton « léger » de l’œuvre, ça m’a fait l’effet d’une petite friandise.
Le dessin tout d’abord, il a un petit côté lumineux, c’est aéré, coloré et notre jeune héroïne Vonceil est très attachante. Bref un style lisible et fluide avec le petit plus, niveau rendu.
L’histoire n’est pas en reste, je m’y suis lancé à l’aveugle et j’ai aimé me faire bercer par l’intrigue. J’ai trouvé l’univers un peu « girly » mais attachant avec ce fantastique s’y installant petit à petit.
Le tout est bien amené, tout public et pas trop moralisateur. Je ne peux dire que franchement bien, un album plein de fraîcheur et qui possède un charme certain.
Je me suis vraiment régalé avec cette série très cynique. Dans une atmosphère glacée de janvier 1920 le retour des héros n'en finit pas de montrer l'absurdité et la monstruosité des événements passés.
L'excellent scénario de Daeninckx nous promène à la fois dans les magouilles post conflit mais aussi dans les traumatismes que chacun essaye de fuir ou de cacher pour préserver le mythe national.
Dans un récit où les écrans de fumée se succèdent, le bouquet (nauséabond) final donne une tonalité désabusée sur l'idée de justice pour les déshérités. A travers des thèmes très contemporains les auteurs montrent que les combats d'hier restent des combats à mener.
Le graphisme de Tardi colle à la perfection au récit. Sa promenade en région parisienne populaire (Aulnay, Roissy, le XIXème) ou bourgeois est un vrai plaisir des yeux et d'imagination. Les petits pavillons plus ou moins cossus et les fermes n'avaient pas encore laissé la place aux cités HLM déshumanisées.
Les façades et les intérieurs des hôtels particuliers sont croqués avec élégance et précision. L'ambiance humide et frileuse de ce mois de janvier est formidablement bien rendue par ce N&B aux dégradés et contrastes si bien travaillés.
Dans un genre de policier noir assez classique j'ai trouvé la série très réussie et agréable à lire grâce à une narration d'excellente qualité.
A lire et relire avec plaisir.
J'ai beaucoup apprécié la lecture de ce triptyque assez sombre. C'est la première oeuvre de Riad Sattouf que je découvre et j'ai été séduit par son trait même si il diffère de ses autres productions.
J'ai surtout immédiatement accroché aux profils psychologiques pervers des principaux personnages. Corbeyran tombe juste avec sa description du professeur Mervent en précurseur de Mengele et consorts dans des temps où l'alibi de la Science permettait de s'autoriser les expériences les plus infâmes.
Corbeyran montre ici qu'il sait très bien produire des scenarii intimistes et littéraires où les tensions psychologiques dominent aux cabrioles fantaisistes. C'est probablement moins spectaculaire mais la mise en scène et la construction du récit m'a pleinement convaincu.
Le soupçon de fantastique ne détruit pas la cohérence du récit et permet même de créer une tension tragique maximum jusqu'à la fin.
Le graphisme de Riad Sattouf m'a séduit. J'ai aimé la recherche dans ses visages autoritaires, calculateurs, naïfs ou francs, victimes ou bourreaux. La précision des extérieurs d'une campagne de bord de mer est tout aussi intéressante avec un travail sur les costumes et les lumières d'hiver vraiment très abouti.
Une très bonne lecture qui me réconcilie avec Corbeyran et m'invite à découvrir Sattouf de façon plus approfondie.
Il y a bien longtemps que j'ai refermé mes Strange des années 70 et j'ignore tout du Cosplay. Toutefois j'ai vraiment passé un excellent moment de détente grâce au récit survitaminé et intelligent de Matias Istolainen très bien illustré par Maribel Conejero.
Les amateurs de séries et autres héros en slip pourront s'amuser à retrouver les 150 références qui parsèment les aventures d'Abel. Mais le scénario ne se contente pas d'aligner les héros Japonais et Américains qui ont fait rêver des générations d'apprenti(e)s héros-ïnes.
Istolainen introduit une bonne dose d'humour et d’auto-dérision pour égratigner gentiment ce petit monde, bien gentil par ailleurs. Voilà ! se détendre dans des mondes virtuels pourquoi pas ! Mais sans oublier la réalité qui risque de vous manipuler sans état d'âme pour arriver à ses fins.
Istolainen s'adresse à un jeune public sans les flatter. On sent son amour pour la Pop-Culture mais il met en garde son lectorat "Il vous a dit ce que vous vouliez entendre..." ainsi n'abandonnez pas la recherche du vrai pour devenir héros du quotidien sans avoir à copier des modèles illusoires.
Le graphisme de Maribel Conejero participe à ce feu d'artifice d'actions, de costumes et de rebondissements. L'auteure reprend les codes graphiques de ses personnages d'emprunt. C'est pile dans l'esprit du récit et des séries qu'elle picore déci delà.
Le découpage et la mise en scène est vraiment tonique ce qui donne un rythme fou à la lecture. Les éléments de romance permettent des pauses bienfaisantes dans cette débauche d'énergie.
Une très belle réalisation pour les ados mais les adultes (vieillissants) toujours jeunes y trouveront humour et détente.
A cette bande dessinée considérée par certains comme mythique et parue chez les Humanoïdes associés à la fin des années 80, le petit éditeur belge Anspach offre une nouvelle jeunesse. Sur un scénario de Benoît Peeters et d’après un story-board conçu par François Schuiten, l’album a été remanié par Alain Goffin dans une version actualisée (retraçage des planches, remise en couleur et relettrage), le changement le plus manifeste se situant du côté de la colorisation. Exit les tonalités pétantes caractéristiques de l’époque, place à la désaturation, l’ensemble apparaît à la fois plus sobre et plus foncé. Cette nouvelle édition a également été augmentée d’un dossier de seize pages incluant un « faux » reportage lié à l’histoire et des interviews des auteurs, avec quantité d’anecdotes permettant au lecteur de mesurer à quel point le projet se voulait ambitieux.
Pour élaborer son scénar, Peeters a puisé son inspiration dans la mésaventure survenue dans les années 80 à un ami d’Alain Goffin, le peintre bruxellois Stefan de Jaeger, dont certaines œuvres auraient été « pompées » par David Hockney. Même si l’affaire est plus complexe et qu’il n’y a jamais eu de procès, « Plagiat ! » en reprend les grandes lignes et les extrapole en flirtant avec les codes du thriller. Selon les propres termes de Goffin, le personnage excentrique de Van Meer est calqué sur l’artiste belge.
Incontestablement, on retrouve la patte des célèbres créateurs des « Cités obscures », avec un univers nimbé de fantastique où l’architecture tient toujours une place prépondérante, tout comme les vertiges existentiels des protagonistes dans un monde dénué de sens où viennent se fracasser les certitudes. Soyons honnêtes, la narration imaginative mais elliptique (due peut-être au format un peu court) et quelque peu ubuesque, même si elle soulève beaucoup de questions, n’est pas le point fort du livre, qui vaut davantage pour son dessin. L’élégante ligne claire d’Alain Goffin appartient à cette mouvance « eighties », mix d’influences hergéennes et graphisme vintage très stylé, dans laquelle s’inscrivaient des auteurs tels que Serge Clerc, Yves Chaland, Ted Benoît ou Floc’h. Ce n’est pas de la science-fiction mais on peut qualifier le récit de futuriste dans la mesure où il se déroule à la fin des années 90. Malgré le réalisme du trait, les « Fifties » y sont discrètement honorées sans crainte de paraître anachroniques, en particulier avec la représentation de modèles automobiles d’’époque, mais c’est pourtant bien ce qui contribue au charme du graphisme auquel tous ceux qui ont vibré avec Tintin dans leurs jeunes années ne resteront pas insensibles.
Au-delà du volet narratif évoqué plus haut, « Plagiat ! » est davantage digne d’intérêt si on l’envisage comme une parodie douce-amère du milieu égotique de l’art. Comme on pourra souvent le vérifier, celui-ci aime à créer ses propres mythes, non sans quelques arrière-pensées motivées par un aspect pécuniaire enrobé de snobisme, plutôt qu’un goût sincère pour les qualités artistiques d’une œuvre.
3.5
J'ai eu un peu de difficulté à entrer dans ce documentaire car je ne suis pas fan du dessin qui semble s'inspirer de l'underground américain, mais le sujet m'a tellement passionné que je me suis habitué au style et le fait qu'il soit expressif illustre bien le propos vu qu'on va voir l'envers d'un monde qui rend pratiquement fou.
J'en ai appris des choses et honnêtement rien ne m'a grandement surpris. On va suivre un immigré dans un chantier où les magouilles sont légions (travailleurs sans-papiers exploités, on s'assure de la sécurité uniquement quand les inspecteurs débarquent). Le racisme est aussi présent avec des groupes ethniques qui sont confinés dans des rôles précis et les immigrants ont aucun problèmes à s'insulter entre-eux (mention spéciale pour le Haïtien qui tient à préciser qu'il est pas noir, les noirs ils viennent tous d'Afrique et lui il est supérieur à un noir !).
Bref, les auteurs montrent un univers glauque avec aussi un peu d'humour qui fonctionne bien. Tout parait réel et j'espère qu'un jour la situation va changer parce que là c'est juste intolérable.
3.5
Jusqu'à présent c'est l'album de cette collection qui m'a le plus convaincu.
Déjà, j'aime bien le dessin, agréable à regarder. Ensuite, pour illustrer leur propos, les auteurs font intervenir des personnages avec différents profils et ils sont tous crédibles et un peu attachant. Si on enlevait les moments où on parle plus en profondeur de certains détails (du genre la situation des binationaux ou les différents types de plages en Algérie), on pourrait croire sans problème qu'on lit un roman graphique et non un documentaire.
J'ai bien aimé suivre la vie difficile des gens avec une double nationalité car au final on peut être victime de rejet dans deux pays. Les auteurs expliquent bien la situation sans tomber dans le sensationnalisme ou le sentimental facile. L'album se lit bien et le sujet m'a grandement intéressé. C'est un album que je conseille si on veut en savoir plus sur ce que vivent les enfants d'immigrants dans le bled de leurs parents, voire même de leurs grands-parents.
Chez cet éditeur, c’est le meilleur album lu de ce duo d’auteurs. Je trouve que leur collaboration monte gentiment en puissance.
Chevalier Brayard n'atteint pas des sommets mais mes lectures furent à chaque fois bien agréables.
Bref j’ai beaucoup de sympathie pour ce one-shot.
Graphiquement c’est ce que j’ai lu de mieux de Porcel, cette fois son trait ne m’a jamais dérangé, je l’ai trouvé même bien agréable, des couleurs plus chaleureuses qu’à l’accoutumée aident également.
Les personnages sont bien campés, une narration fluide, les planches ne font pas vides … j’en sors à chaque fois agréablement surpris, du bon boulot tout le long des 80 pages.
Niveau histoire, j’ai beaucoup aimé cette vision de Zidrou sur les croisades. Un récit simple animé par des personnages hauts en couleurs, le tout possède un ton réaliste mâtiné de second degré franchouillard bienvenu. C’est rempli de saynètes truculentes, le retour de nos héros en tête : le giron familial pour notre chevalier, le coup de la relique pour notre moinillon …
Et la fin m’a bien plu.
4* généreuses mais méritées.
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Groenland Vertigo
J'ai beaucoup apprécié ce récit de voyage et d'aventure à la sauce Tintin. Enfin presque car Tanquerelle la joue en anti-héros pour son Georges accumulateur de bévues, empoté, maladroit et suiveur peu enthousiaste de ses camarades aventuriers. Je ne connais pas les Racontars de Jorn Riel mais les références au héros d'Hergé sont nombreuses, drôles et décalées. Tanquerelle pousse l'hommage en parodiant certains passages de l'étoile mystérieuse ou de Tintin au Tibet, entre autres, mais aussi le lettrage et le graphisme des personnages présents. Seul le graphisme des très beaux paysages aquarelles se démarque des ouvrages du célèbre reporter. La mise en couleur est aussi très moderne et accompagne le scénario de façon très agréable. Le scénario est assez linéaire sans réelle intrigue. C'est le désarroi de notre bon George, "un peu neu neu" dans chaque situation nouvelle qui est le principal moteur comique du récit. Toutefois Georges retombera moralement sur ses pieds à la fin de l'aventure : alcool détruit, Kloster sain et sauf un bilan moral digne des meilleurs Tintin. Une lecture très divertissante qui apporte le sourire et la bonne humeur des amateurs de Tintin.
Va-t-en guerre !
Truculent, comme l'indique le résumé de l'album, c'est en effet le premier qualificatif qui vient à l'esprit pour qualifier celui-ci. Mais pas seulement. Il suffit de regarder qui en a signé le scénario. Et quand on sait qu'il a commis Amère Russie, Mobutu dans l'espace, L'Anniversaire de Kim Jong-Il, Camp Poutine, j'en passe et des meilleures, on sait que c'est beaucoup plus que cela. Partant d'un concept qui détourne déjà Il faut sauver de soldat Ryan, Aurélien Ducoudray compose une équipe foutraque qui part au front en plein milieu de la première guerre mondiale, pour aller récupérer un soldat lambda. Dès lors ce ne sont que péripéties improbables et situations incongrues, avec parfois des seins nus au milieu, dans une épopée qui dézingue pas mal de choses au sujet de la guerre : les pasionarias, le côté honorable de la chose (vite balayé par des visions d'horreur), l'exploitation commerciale et médiatique du conflit, la religion... Tous se font rattraper par la réalité : la guerre, c'est con et c'est moche. La pagaille est telle qu'on en perd rapidement le but de cette expédition, tout comme les protagonistes d'ailleurs, même s'ils rétablissent leurs objectifs en fin de parcours, et que Ducoudray nous offre une ultime pirouette. Et puis une autre. Les personnages sont bien campés au sein de cette petite équipée, et on ne peut qu'avoir de la tendresse pour chacun d'entre eux, hormis peut-être Trouffon (joli mot-valise). C'est Marion Mousse qui se charge du dessin, avec son dessin à la fois anguleux et plein d'énergie, pour des pages où on en prend plein les yeux, grâce également aux couleurs flamboyantes d'Albertine Ralenti. Un album difficile à définir et à résumer, qui est un petit feu d'artifice d'émotions, entre humour, critique grinçante et drame sociétal.
Les Contrées salées
Bah tout pareil que Mac Arthur niveau ressenti, j’ai trouvé cet album bien sympathique et maîtrisé. Une heureuse découverte. J’ai particulièrement apprécié le ton « léger » de l’œuvre, ça m’a fait l’effet d’une petite friandise. Le dessin tout d’abord, il a un petit côté lumineux, c’est aéré, coloré et notre jeune héroïne Vonceil est très attachante. Bref un style lisible et fluide avec le petit plus, niveau rendu. L’histoire n’est pas en reste, je m’y suis lancé à l’aveugle et j’ai aimé me faire bercer par l’intrigue. J’ai trouvé l’univers un peu « girly » mais attachant avec ce fantastique s’y installant petit à petit. Le tout est bien amené, tout public et pas trop moralisateur. Je ne peux dire que franchement bien, un album plein de fraîcheur et qui possède un charme certain.
Le Der des ders
Je me suis vraiment régalé avec cette série très cynique. Dans une atmosphère glacée de janvier 1920 le retour des héros n'en finit pas de montrer l'absurdité et la monstruosité des événements passés. L'excellent scénario de Daeninckx nous promène à la fois dans les magouilles post conflit mais aussi dans les traumatismes que chacun essaye de fuir ou de cacher pour préserver le mythe national. Dans un récit où les écrans de fumée se succèdent, le bouquet (nauséabond) final donne une tonalité désabusée sur l'idée de justice pour les déshérités. A travers des thèmes très contemporains les auteurs montrent que les combats d'hier restent des combats à mener. Le graphisme de Tardi colle à la perfection au récit. Sa promenade en région parisienne populaire (Aulnay, Roissy, le XIXème) ou bourgeois est un vrai plaisir des yeux et d'imagination. Les petits pavillons plus ou moins cossus et les fermes n'avaient pas encore laissé la place aux cités HLM déshumanisées. Les façades et les intérieurs des hôtels particuliers sont croqués avec élégance et précision. L'ambiance humide et frileuse de ce mois de janvier est formidablement bien rendue par ce N&B aux dégradés et contrastes si bien travaillés. Dans un genre de policier noir assez classique j'ai trouvé la série très réussie et agréable à lire grâce à une narration d'excellente qualité. A lire et relire avec plaisir.
Petit Verglas
J'ai beaucoup apprécié la lecture de ce triptyque assez sombre. C'est la première oeuvre de Riad Sattouf que je découvre et j'ai été séduit par son trait même si il diffère de ses autres productions. J'ai surtout immédiatement accroché aux profils psychologiques pervers des principaux personnages. Corbeyran tombe juste avec sa description du professeur Mervent en précurseur de Mengele et consorts dans des temps où l'alibi de la Science permettait de s'autoriser les expériences les plus infâmes. Corbeyran montre ici qu'il sait très bien produire des scenarii intimistes et littéraires où les tensions psychologiques dominent aux cabrioles fantaisistes. C'est probablement moins spectaculaire mais la mise en scène et la construction du récit m'a pleinement convaincu. Le soupçon de fantastique ne détruit pas la cohérence du récit et permet même de créer une tension tragique maximum jusqu'à la fin. Le graphisme de Riad Sattouf m'a séduit. J'ai aimé la recherche dans ses visages autoritaires, calculateurs, naïfs ou francs, victimes ou bourreaux. La précision des extérieurs d'une campagne de bord de mer est tout aussi intéressante avec un travail sur les costumes et les lumières d'hiver vraiment très abouti. Une très bonne lecture qui me réconcilie avec Corbeyran et m'invite à découvrir Sattouf de façon plus approfondie.
Cosplay
Il y a bien longtemps que j'ai refermé mes Strange des années 70 et j'ignore tout du Cosplay. Toutefois j'ai vraiment passé un excellent moment de détente grâce au récit survitaminé et intelligent de Matias Istolainen très bien illustré par Maribel Conejero. Les amateurs de séries et autres héros en slip pourront s'amuser à retrouver les 150 références qui parsèment les aventures d'Abel. Mais le scénario ne se contente pas d'aligner les héros Japonais et Américains qui ont fait rêver des générations d'apprenti(e)s héros-ïnes. Istolainen introduit une bonne dose d'humour et d’auto-dérision pour égratigner gentiment ce petit monde, bien gentil par ailleurs. Voilà ! se détendre dans des mondes virtuels pourquoi pas ! Mais sans oublier la réalité qui risque de vous manipuler sans état d'âme pour arriver à ses fins. Istolainen s'adresse à un jeune public sans les flatter. On sent son amour pour la Pop-Culture mais il met en garde son lectorat "Il vous a dit ce que vous vouliez entendre..." ainsi n'abandonnez pas la recherche du vrai pour devenir héros du quotidien sans avoir à copier des modèles illusoires. Le graphisme de Maribel Conejero participe à ce feu d'artifice d'actions, de costumes et de rebondissements. L'auteure reprend les codes graphiques de ses personnages d'emprunt. C'est pile dans l'esprit du récit et des séries qu'elle picore déci delà. Le découpage et la mise en scène est vraiment tonique ce qui donne un rythme fou à la lecture. Les éléments de romance permettent des pauses bienfaisantes dans cette débauche d'énergie. Une très belle réalisation pour les ados mais les adultes (vieillissants) toujours jeunes y trouveront humour et détente.
Plagiat !
A cette bande dessinée considérée par certains comme mythique et parue chez les Humanoïdes associés à la fin des années 80, le petit éditeur belge Anspach offre une nouvelle jeunesse. Sur un scénario de Benoît Peeters et d’après un story-board conçu par François Schuiten, l’album a été remanié par Alain Goffin dans une version actualisée (retraçage des planches, remise en couleur et relettrage), le changement le plus manifeste se situant du côté de la colorisation. Exit les tonalités pétantes caractéristiques de l’époque, place à la désaturation, l’ensemble apparaît à la fois plus sobre et plus foncé. Cette nouvelle édition a également été augmentée d’un dossier de seize pages incluant un « faux » reportage lié à l’histoire et des interviews des auteurs, avec quantité d’anecdotes permettant au lecteur de mesurer à quel point le projet se voulait ambitieux. Pour élaborer son scénar, Peeters a puisé son inspiration dans la mésaventure survenue dans les années 80 à un ami d’Alain Goffin, le peintre bruxellois Stefan de Jaeger, dont certaines œuvres auraient été « pompées » par David Hockney. Même si l’affaire est plus complexe et qu’il n’y a jamais eu de procès, « Plagiat ! » en reprend les grandes lignes et les extrapole en flirtant avec les codes du thriller. Selon les propres termes de Goffin, le personnage excentrique de Van Meer est calqué sur l’artiste belge. Incontestablement, on retrouve la patte des célèbres créateurs des « Cités obscures », avec un univers nimbé de fantastique où l’architecture tient toujours une place prépondérante, tout comme les vertiges existentiels des protagonistes dans un monde dénué de sens où viennent se fracasser les certitudes. Soyons honnêtes, la narration imaginative mais elliptique (due peut-être au format un peu court) et quelque peu ubuesque, même si elle soulève beaucoup de questions, n’est pas le point fort du livre, qui vaut davantage pour son dessin. L’élégante ligne claire d’Alain Goffin appartient à cette mouvance « eighties », mix d’influences hergéennes et graphisme vintage très stylé, dans laquelle s’inscrivaient des auteurs tels que Serge Clerc, Yves Chaland, Ted Benoît ou Floc’h. Ce n’est pas de la science-fiction mais on peut qualifier le récit de futuriste dans la mesure où il se déroule à la fin des années 90. Malgré le réalisme du trait, les « Fifties » y sont discrètement honorées sans crainte de paraître anachroniques, en particulier avec la représentation de modèles automobiles d’’époque, mais c’est pourtant bien ce qui contribue au charme du graphisme auquel tous ceux qui ont vibré avec Tintin dans leurs jeunes années ne resteront pas insensibles. Au-delà du volet narratif évoqué plus haut, « Plagiat ! » est davantage digne d’intérêt si on l’envisage comme une parodie douce-amère du milieu égotique de l’art. Comme on pourra souvent le vérifier, celui-ci aime à créer ses propres mythes, non sans quelques arrière-pensées motivées par un aspect pécuniaire enrobé de snobisme, plutôt qu’un goût sincère pour les qualités artistiques d’une œuvre.
Chantier interdit au public
3.5 J'ai eu un peu de difficulté à entrer dans ce documentaire car je ne suis pas fan du dessin qui semble s'inspirer de l'underground américain, mais le sujet m'a tellement passionné que je me suis habitué au style et le fait qu'il soit expressif illustre bien le propos vu qu'on va voir l'envers d'un monde qui rend pratiquement fou. J'en ai appris des choses et honnêtement rien ne m'a grandement surpris. On va suivre un immigré dans un chantier où les magouilles sont légions (travailleurs sans-papiers exploités, on s'assure de la sécurité uniquement quand les inspecteurs débarquent). Le racisme est aussi présent avec des groupes ethniques qui sont confinés dans des rôles précis et les immigrants ont aucun problèmes à s'insulter entre-eux (mention spéciale pour le Haïtien qui tient à préciser qu'il est pas noir, les noirs ils viennent tous d'Afrique et lui il est supérieur à un noir !). Bref, les auteurs montrent un univers glauque avec aussi un peu d'humour qui fonctionne bien. Tout parait réel et j'espère qu'un jour la situation va changer parce que là c'est juste intolérable.
Vacances au bled
3.5 Jusqu'à présent c'est l'album de cette collection qui m'a le plus convaincu. Déjà, j'aime bien le dessin, agréable à regarder. Ensuite, pour illustrer leur propos, les auteurs font intervenir des personnages avec différents profils et ils sont tous crédibles et un peu attachant. Si on enlevait les moments où on parle plus en profondeur de certains détails (du genre la situation des binationaux ou les différents types de plages en Algérie), on pourrait croire sans problème qu'on lit un roman graphique et non un documentaire. J'ai bien aimé suivre la vie difficile des gens avec une double nationalité car au final on peut être victime de rejet dans deux pays. Les auteurs expliquent bien la situation sans tomber dans le sensationnalisme ou le sentimental facile. L'album se lit bien et le sujet m'a grandement intéressé. C'est un album que je conseille si on veut en savoir plus sur ce que vivent les enfants d'immigrants dans le bled de leurs parents, voire même de leurs grands-parents.
Chevalier Brayard
Chez cet éditeur, c’est le meilleur album lu de ce duo d’auteurs. Je trouve que leur collaboration monte gentiment en puissance. Chevalier Brayard n'atteint pas des sommets mais mes lectures furent à chaque fois bien agréables. Bref j’ai beaucoup de sympathie pour ce one-shot. Graphiquement c’est ce que j’ai lu de mieux de Porcel, cette fois son trait ne m’a jamais dérangé, je l’ai trouvé même bien agréable, des couleurs plus chaleureuses qu’à l’accoutumée aident également. Les personnages sont bien campés, une narration fluide, les planches ne font pas vides … j’en sors à chaque fois agréablement surpris, du bon boulot tout le long des 80 pages. Niveau histoire, j’ai beaucoup aimé cette vision de Zidrou sur les croisades. Un récit simple animé par des personnages hauts en couleurs, le tout possède un ton réaliste mâtiné de second degré franchouillard bienvenu. C’est rempli de saynètes truculentes, le retour de nos héros en tête : le giron familial pour notre chevalier, le coup de la relique pour notre moinillon … Et la fin m’a bien plu. 4* généreuses mais méritées.