Cet album est une claque. Sombre, violent, crasseux, tout y est pour plonger le lecteur dans l’ambiance noire d’une banlieue déshéritée d’une ville du sud de l’Italie où règnent en maitres des bandes rivales de trafiquants et de mafieux. Peu d’espoir d’en sortir…
Les premières pages particulièrement austères donnent le ton. Ciro, un ado de 15 ans se réfugie dans un immeuble pour échapper à une bagarre dans laquelle il a peu de chance de sortir indemne. Mais cet immeuble n’est pas n’importe quel immeuble, c’est un énorme squat que la municipalité veut détruire. La décision est déjà prise et l’expulsion des habitants n’est plus qu’une question d’heures. Retranché malgré lui dans l’énorme bâtiment qui défie les forces de l’ordre, Ciro se retrouve dans l’appartement de celui qu’on surnomme le peintre fou. La police encercle le bâtiment. Un long siège commence. La discussion s’engage et au fil des heures, ce peintre étrange se livre sur sa vie. Je n’en dirai pas plus pour garder son secret. C’est poignant, noir, sans espoir. L’histoire est racontée sous trois angles différents, à trois époques différentes et les récits s’entremêlent et se répondent sans jamais perdre le lecteur, sans incohérences et retombe parfaitement sur ses pieds à la fin de l’album.
Le dessin est en accord parfait avec un scénario qui se développe sans temps mort et gagne en profondeur au fil des pages. Le découpage cinématographique entraine le lecteur dans les profondeurs de l’histoire. La colorisation superbe accentue la tension dramatique et l’ambiance glauque, crasseuse où la violence est partout. Un album poignant et visuellement très fort.
Une merveilleuse lecture.
Zidrou et Salomone ont su me toucher avec cette fable sensuelle, cruelle et émouvante.
Un beau travail des éditions Daniel Maghen.
Un titre qui interpelle et quelque peu trompeur puisque d'insectes, on en verra qu'un et très furtivement.
En Inde, la reine Shikhara fait prospérer son royaume de Shandramabad jusqu'au décès tragique de son fils. Doucement, son immense tristesse va la faire basculer dans la folie, au point de faire exterminer tous les oiseaux. Un deuil impossible et une culpabilité qui la rongent. Sa fille Jalna ne sera pas épargnée par sa colère aveugle.
Une narration onirique où la voix off de .... (il faut garder la surprise) apporte une touche de poésie et de mystère au récit.
Un drame où l'amour sera l'élément clef d'une nouvelle résurrection.
Un voyage dans un monde imaginaire et son ambiance douce/amère légèrement épicée.
Un Zidrou qui maîtrise son sujet de bout en bout.
Un récit poignant qui ne m'a pas laissé insensible.
La partie graphique est somptueuse, un trait fin, précis, doux et expressif avec une colorisation dans les tons chauds et humides qui font penser à des aquarelles.
Une mise en page immersive.
Féerique.
Pour ceux qui ont gardé une âme d'enfant.
Coup de cœur.
J'ai bien apprécié cette série de trois albums qui nous fait voyager entre Harlem et le Kenya colonial des années 20/30.
Le scénario s'articule d'une façon efficace autour du thème des origines à la fois personnelles ou paléontologiques. Le récit plaque les deux niveaux en faisant un roman d'aventure adroitement construit. Cela permet au récit des renvois au thème du racisme en montrant sa stupidité rationnelle et sa réalité émotionnelle.
Anna jeune métisse qui balance entre deux mondes possède une personnalité finement travaillée et me rappelle par son caractère et son graphisme les jolies héroïnes de Gibrat.
Malheureusement si le personnage de Simon est très élaboré celui de Djimoun son alter ego affectif africain est beaucoup plus succinct. L'épilogue est touchant et bien trouvé pour conclure cette quête de l'impossible.
J'ai beaucoup aimé le graphisme de Séjourné et la mise en couleur de Verney. Je ne connaissais pas ces artistes et c'est une belle découverte pour moi. Séjourné prend la peine de bien travailler ses personnages assez nombreux mais aussi ses différents décors à NY et au Kenya. Les cadres de la savane sont très beaux et c'est un plaisir d'accompagner l'expédition dans ses recherches.
Les auteurs nous plongent dans une ambiance à la Hemingway ou à la Karen Blixen au choix.
J'ai bien aimé les lexiques en fin d'histoire qui situent les références historiques sur lesquelles se sont appuyés les auteurs.
Une très agréable lecture pour un large public.
Une histoire parue dans le Journal « Tintin » en 1975 qui détonnait à l’époque mais qui correspondait finalement bien au tournant éditorial que Greg avait voulu impulser. Fini les héros de série qui ressemblaient tous au gendre idéal et qui n’avaient aucune aspérité au niveau du caractère. Bienvenue au héros à la personnalité plus fouillée et qui pouvait eux aussi avoir quelques défauts. Le journal sortait en fait de l’influence catholique des débuts.
Et puis avec cette histoire, il était même permis qu’il n’y ait pas de héros du tout. Juste des monsieur et des madame « tout le monde » avec leurs forces et leurs faiblesses.
Et ce fut une vraie réussite.
Le scénariste de l’époque démarrait tout juste sa carrière et s’appelait Jean Van Hamme. Le dessinateur ne s’était guère essayé au dessin réaliste jusque là et était surtout connu pour la série Olivier Rameau ; c'était Dany.
L’histoire marqua une génération entière et donna lieu à une suite qui ne s’imposait peut être pas. Mais l’original a conservé toute sa force et je vous invite à la relire si comme moi vous êtes un nostalgique du journal « Tintin » des années 70/80.
Je ne suis ni passionnée de BD, ni de boxe, mais j’ai vraiment adoré ! Les illustrations, la narration, l’histoire en elle même, avec le contexte bien posé de l’époque ! Les autres commentaires en disent 10 fois plus, mais j’ai vraiment beaucoup aimé !
Coda est un rafraichissant renouveau du récit de fantasy. Imaginez un mixte entre Mad Max et Le Cycle des Epées, entre Tank Girl et de la Dark Fantasy, avec une bonne dose de violence et d'humour grinçant. C'est de la Fantasy post-apocalyptique. S'il fut un temps, le monde de Coda était un classique d'heroic-fantasy, avec ses cités, ses paladins, ses dragons et ses magiciens, la guerre qui a opposé ces derniers entre eux a tout ravagé. Les dragons immortels ne sont plus que des squelettes ne pouvant plus que hurler leur rage de ne plus pouvoir bouger. Les elfes ont été massacrés. La faune a été métamorphosée en d'étranges et dangereuses chimères. Et les hommes tentent de survivre et de reconstruire des semblants de civilisations.
Coda y est un barde errant, plutôt débrouillard mais complètement désabusé, chevauchant sa fidèle Carne, une licorne carnivore qui lui sert de garde du corps. Son but, trouver le moyen de sauver son épouse. Pour cela, il lui faudra réunir un maximum d'ichor, ce précieux liquide vert qui contient les derniers reliquats de magie capable de faire fonctionner les artefacts antiques ou de doper les pouvoirs des animaux mutants.
Graphiquement, nous sommes à la croisée du style punk d'un Jamie Hewlett, de l'élégance d'un Mike Mignola et de l'efficacité des maîtres de la BD Argentine tels qu'Eduardo Risso. Les planches et les couleurs dégagent une réelle énergie tout en prenant soin du détail et de la mise en scène. C'est réjouissant !
Outre le contexte original du récit, celui-ci s'avère empli de nombreux rebondissements. Il faut un petit moment pour capter les motivations réelles du héros, celle-ci s'éclaircissant quand on découvre finalement qui est son épouse. Et là où on pourrait imaginer un récit plus ou moins linéaire et prévisible, l'intrigue accumule les surprises et les retournements de situation, parfois plusieurs dans un même chapitre façon complot dans un complot. Les personnages sont bons et originaux. Je ne regrette que leurs monologues un peu trop nombreux, souvent verbeux et dispensables : je n'apprécie pas du tout cette manière de narrer un long monologue intérieur tout au long d'une suite d'actions qui n'a rien à voir ; j'ai l'impression de pouvoir soit lire le texte, soit suivre l'action, mais pas faire les deux en même temps, ce qui n'est pas le but d'une BD. Le héros mélancolique a un peu trop tendance à s'écouter.
Ce défaut est heureusement compensé par le dynamisme de l'intrigue, par l'originalité de ses idées et de ses surprises, et aussi par une bonne dose d'humour sarcastique. En cela, j'aime beaucoup la Carne, cette licorne ultra-violente qui ne prononce que des gros mots. Et les squelettes déchus des dragons m'ont également fait rire, notamment dans la reconnaissance dont l'un fait preuve à la fin du récit.
Cette oeuvre n'est pas parfaite, son intrigue paraitra peut-être légèrement confuse, un peu trop verbeuse aussi, mais elle contient énormément de bonnes choses, qu'il s'agisse d'idées originales, de graphisme pêchu et de retournements de situations surprenants. J'aime ça.
N’ayant jamais eu un goût prononcé pour les grandes batailles historiques, cette bande dessinée ne m’a pas tant attiré pour son sujet en lui-même que pour la façon iconoclaste dont il promettait d’être traité. Nicolas Juncker, auteur dont l’appétence pour l’Histoire se vérifie à travers plusieurs de ses ouvrages (dont les remarqués Seules à Berlin et Un général, des généraux), s’est donc emparé de cette fameuse bataille de Valmy, considérée comme décisive pour la France révolutionnaire, alors que paradoxalement, la victoire fut obtenue sans grande résistance de la part de l’ennemi. Il a ainsi introduit son grain de sable fictionnel dans cette grosse machine un brin figée qu’est l’Histoire de France, ce qui provoquera peut-être quelques toussotements chez ses scrupuleux gardiens.
Ce que l’on apprécie, c’est l’angle original et espiègle sous lequel est abordé ce récit. Ou comment un soldat imaginaire, Pierre-Marie Dragon, lâche et veule, mais à la sexualité débridée va faire gagner la guerre au camp révolutionnaire… Cette fiction historique serait-elle de la part des auteurs une sorte de métaphore antimilitariste suggérant que la révolution peut être aussi sexuelle, et que tant qu’on b****, on ne pense pas à tuer son prochain ? Dragon adore enfoncer son « sabre enflammé » dans toutes les fesses qui passent à sa portée, qu’elles soient lisses comme la pêche ou velues comme le kiwi. C’est plus fort que lui et ça passe crème (si on peut dire) !
Trop vieux de deux cent ans, le dragon Dragon n’a jamais milité en faveur de la libération sexuelle, ni défilé à la Gay Pride, non, le jeune étalon s’en moque bien, pense d’abord à son plaisir immédiat et ne demande la permission à personne pour tâter du fessier. Chez ce fieffé roublard, tout est dans le ça, aucune place pour le surmoi. Et si l’on vient à se refuser à lui, il a, d’une façon presque candide, beaucoup de mal à le comprendre ! Mettre la main au fondement d’un futur roi (Louis-Philippe en l’occurrence) ne lui donne pas froid aux yeux. Sa liberté est littéralement indécente voire obscène et pourtant, nul ne songe à l’incriminer ou à le faire pendre ! S’en sortirait-il mieux de nos jours ? S’il vivait aujourd’hui, nul doute que sa conduite lubrique (on peut y voir bien sûr une forme de harcèlement mais il n’est jamais question de viol ni a fortiori de violence) serait vilipendée sur les réseaux sociaux ! Cela en fait-il pour autant un être détestable ?
Le plus étonnant, c’est qu’il parvient même à se rendre attachant, ce dragon plus matois que malfaisant, malgré sa couardise qui en fait l’opposé d’un mâle dominant. Simplement, il ne peut se passer de sexe plus d’une heure, une activité aussi vitale pour lui que manger ou respirer. Comme on peut s’y attendre, cela créé moult situations cocasses auxquelles il est difficile de contenir un fou-rire.
Simon Spruyt délaisse le superbe style vaporeux et impressionniste de son Tambour de la Moskova pour une approche plus « grand public », en optant pour des contours clarificateurs et des couleurs simplifiées. L’ensemble demeure d’une belle qualité, l’auteur possède une patte bien à lui et on appréciera particulièrement ses planches inspirées de gravures d’époque qui contribuent à casser le rythme du récit.
Si « Valmy c’est fini », cet épisode ne fait que marquer le début des aventures de notre dragon, et l’on se dit que l’on remettrait volontiers les couverts… C’est une lecture assez jubilatoire, qui évoquera à certains le ton baudelairien du regretté Jean Teulé, disparu tout récemment. Une des BD les plus politiquement incorrectes de ces dernières années et un vrai coup de cœur.
Célibataire, mademoiselle Oishi aimerait bien rencontrer un compagnon pour fonder un foyer. Elle a 28 ans dans le tome 1 et 32 dans le tome 4. Mais voilà, ses histoires d’amour ne durent pas et elle commence à se demander si elle va un jour rencontrer l’âme sœur. Sa rencontre avec Henmi va tout changer. Mais le séduisant et gentil Henmi va rapidement révéler un caractère moins doux qu’il y paraissait. C’est une petite série que j’avais lue il y a longtemps et que je viens de relire. Au-delà de l’aspect girly de notre héroïne, Q-ta Minami aborde des sujets profonds : le poids du célibat, la vie de couple idéalisée qui se confronte à la réalité du quotidien, l’égoïsme, le mensonge, les dettes... Kon est une héroïne douce, fraiche et sincère, passionnée de couture et de vêtements. Un modèle d’innocence ? C’est une jolie série, toute en douceur, en mélancolie et en profondeur.
La nouvelle série de Matt Fraction (Sex Criminals) débarque en France chez… Sarbacane, un éditeur pas forcément spécialisé dans les comics, mais qui ont eu du flair sur le coup. J’avais découvert le tome 1 VO en librairie, attiré par la couverture élégante et le résumé vraiment intriguant… une semaine plus tard j’achetais le reste !
« November » raconte les mésaventures de 3 femmes sans lien apparent, qui se retrouvent malgré elles réunies et confrontées à une organisation criminelle mise en place par des flics aussi pourris que violents. Mais, ça, on ne le comprend que beaucoup plus tard. La narration « Tarantinesque » est en effet volontairement nébuleuse, l’auteur passe d’une protagoniste à l’autre et fait de nombreux sauts temporels pas toujours très clairs. Il faut s’accrocher, surtout lors des premiers chapitres, les réponses finissant par arriver. En tout cas l’histoire est tellement haletante que j’ai avalé les 4 tomes VO d’une traite (la VF est en 2 tomes). L’intrigue est bien construite, noire et pessimiste au possible, avec une brochette de personnages désespérés aux personnalités bien définies. La fin est bien amenée, avec une vision de l’unité des victimes assez poignante.
Un détail intéressant : les victimes innocentes sont tous des femmes (y compris leurs partenaires, Dee et Key étant lesbiennes), et les « méchants » tous des hommes.
La mise en image de Elsa Charretier et les couleurs pastelles de Matt Hollingsworth donnent vraiment du cachet aux albums. Le dessin est élégant, et le découpage alterne entre grandes cases et petites cases plus nombreuses montrant divers détails dans les décors. Les cadrages sont réussis, les scènes d’action sont dynamiques… bref, les planches ont de la gueule.
Voila, un chouette polar noir et violent, terminé en 2 tomes VF (ou 4 tomes VO).
Adaptée d'une nouvelle de Neil Gaiman, cette histoire commence par un étrange assassinat. Pour résoudre ce mystère bien encombrant pour les plus hautes sphères de l’État britannique, Scotland Yard fait appel en toute discrétion à un détective privé bien connu qui met immédiatement en route sa capacité d’observation, son talent d’analyse et ses déductions implacables. Un savant mélange d’enquête à la Sherlock et de surnaturel façon Lovecraft. Fortement inspiré d’« Une étude en rouge » de sir Arthur Conan Doyle - même si ici il s’agit de vert émeraude - cette enquête tient le lecteur en haleine jusqu’au bout. Pas de temps mort. Le tout porté par un beau dessin qui restitue l’ambiance londonienne à merveille. Même si les noms ne sont pas prononcés, toutes ressemblances avec les personnages de Sherlock Holmes, et du docteur Watson ne sont pas fortuites. Une enquête classique à laquelle vient subtilement se mélanger une dimension surnaturelle. Il n’en faut pas plus pour peu que tout soit bien dosé. Et c’est le cas…
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Les Assiégés
Cet album est une claque. Sombre, violent, crasseux, tout y est pour plonger le lecteur dans l’ambiance noire d’une banlieue déshéritée d’une ville du sud de l’Italie où règnent en maitres des bandes rivales de trafiquants et de mafieux. Peu d’espoir d’en sortir… Les premières pages particulièrement austères donnent le ton. Ciro, un ado de 15 ans se réfugie dans un immeuble pour échapper à une bagarre dans laquelle il a peu de chance de sortir indemne. Mais cet immeuble n’est pas n’importe quel immeuble, c’est un énorme squat que la municipalité veut détruire. La décision est déjà prise et l’expulsion des habitants n’est plus qu’une question d’heures. Retranché malgré lui dans l’énorme bâtiment qui défie les forces de l’ordre, Ciro se retrouve dans l’appartement de celui qu’on surnomme le peintre fou. La police encercle le bâtiment. Un long siège commence. La discussion s’engage et au fil des heures, ce peintre étrange se livre sur sa vie. Je n’en dirai pas plus pour garder son secret. C’est poignant, noir, sans espoir. L’histoire est racontée sous trois angles différents, à trois époques différentes et les récits s’entremêlent et se répondent sans jamais perdre le lecteur, sans incohérences et retombe parfaitement sur ses pieds à la fin de l’album. Le dessin est en accord parfait avec un scénario qui se développe sans temps mort et gagne en profondeur au fil des pages. Le découpage cinématographique entraine le lecteur dans les profondeurs de l’histoire. La colorisation superbe accentue la tension dramatique et l’ambiance glauque, crasseuse où la violence est partout. Un album poignant et visuellement très fort.
Celle qui fit le bonheur des insectes
Une merveilleuse lecture. Zidrou et Salomone ont su me toucher avec cette fable sensuelle, cruelle et émouvante. Un beau travail des éditions Daniel Maghen. Un titre qui interpelle et quelque peu trompeur puisque d'insectes, on en verra qu'un et très furtivement. En Inde, la reine Shikhara fait prospérer son royaume de Shandramabad jusqu'au décès tragique de son fils. Doucement, son immense tristesse va la faire basculer dans la folie, au point de faire exterminer tous les oiseaux. Un deuil impossible et une culpabilité qui la rongent. Sa fille Jalna ne sera pas épargnée par sa colère aveugle. Une narration onirique où la voix off de .... (il faut garder la surprise) apporte une touche de poésie et de mystère au récit. Un drame où l'amour sera l'élément clef d'une nouvelle résurrection. Un voyage dans un monde imaginaire et son ambiance douce/amère légèrement épicée. Un Zidrou qui maîtrise son sujet de bout en bout. Un récit poignant qui ne m'a pas laissé insensible. La partie graphique est somptueuse, un trait fin, précis, doux et expressif avec une colorisation dans les tons chauds et humides qui font penser à des aquarelles. Une mise en page immersive. Féerique. Pour ceux qui ont gardé une âme d'enfant. Coup de cœur.
L'Appel des Origines
J'ai bien apprécié cette série de trois albums qui nous fait voyager entre Harlem et le Kenya colonial des années 20/30. Le scénario s'articule d'une façon efficace autour du thème des origines à la fois personnelles ou paléontologiques. Le récit plaque les deux niveaux en faisant un roman d'aventure adroitement construit. Cela permet au récit des renvois au thème du racisme en montrant sa stupidité rationnelle et sa réalité émotionnelle. Anna jeune métisse qui balance entre deux mondes possède une personnalité finement travaillée et me rappelle par son caractère et son graphisme les jolies héroïnes de Gibrat. Malheureusement si le personnage de Simon est très élaboré celui de Djimoun son alter ego affectif africain est beaucoup plus succinct. L'épilogue est touchant et bien trouvé pour conclure cette quête de l'impossible. J'ai beaucoup aimé le graphisme de Séjourné et la mise en couleur de Verney. Je ne connaissais pas ces artistes et c'est une belle découverte pour moi. Séjourné prend la peine de bien travailler ses personnages assez nombreux mais aussi ses différents décors à NY et au Kenya. Les cadres de la savane sont très beaux et c'est un plaisir d'accompagner l'expédition dans ses recherches. Les auteurs nous plongent dans une ambiance à la Hemingway ou à la Karen Blixen au choix. J'ai bien aimé les lexiques en fin d'histoire qui situent les références historiques sur lesquelles se sont appuyés les auteurs. Une très agréable lecture pour un large public.
Histoire sans Héros
Une histoire parue dans le Journal « Tintin » en 1975 qui détonnait à l’époque mais qui correspondait finalement bien au tournant éditorial que Greg avait voulu impulser. Fini les héros de série qui ressemblaient tous au gendre idéal et qui n’avaient aucune aspérité au niveau du caractère. Bienvenue au héros à la personnalité plus fouillée et qui pouvait eux aussi avoir quelques défauts. Le journal sortait en fait de l’influence catholique des débuts. Et puis avec cette histoire, il était même permis qu’il n’y ait pas de héros du tout. Juste des monsieur et des madame « tout le monde » avec leurs forces et leurs faiblesses. Et ce fut une vraie réussite. Le scénariste de l’époque démarrait tout juste sa carrière et s’appelait Jean Van Hamme. Le dessinateur ne s’était guère essayé au dessin réaliste jusque là et était surtout connu pour la série Olivier Rameau ; c'était Dany. L’histoire marqua une génération entière et donna lieu à une suite qui ne s’imposait peut être pas. Mais l’original a conservé toute sa force et je vous invite à la relire si comme moi vous êtes un nostalgique du journal « Tintin » des années 70/80.
Championzé - Une histoire de Battling Siki
Je ne suis ni passionnée de BD, ni de boxe, mais j’ai vraiment adoré ! Les illustrations, la narration, l’histoire en elle même, avec le contexte bien posé de l’époque ! Les autres commentaires en disent 10 fois plus, mais j’ai vraiment beaucoup aimé !
Coda
Coda est un rafraichissant renouveau du récit de fantasy. Imaginez un mixte entre Mad Max et Le Cycle des Epées, entre Tank Girl et de la Dark Fantasy, avec une bonne dose de violence et d'humour grinçant. C'est de la Fantasy post-apocalyptique. S'il fut un temps, le monde de Coda était un classique d'heroic-fantasy, avec ses cités, ses paladins, ses dragons et ses magiciens, la guerre qui a opposé ces derniers entre eux a tout ravagé. Les dragons immortels ne sont plus que des squelettes ne pouvant plus que hurler leur rage de ne plus pouvoir bouger. Les elfes ont été massacrés. La faune a été métamorphosée en d'étranges et dangereuses chimères. Et les hommes tentent de survivre et de reconstruire des semblants de civilisations. Coda y est un barde errant, plutôt débrouillard mais complètement désabusé, chevauchant sa fidèle Carne, une licorne carnivore qui lui sert de garde du corps. Son but, trouver le moyen de sauver son épouse. Pour cela, il lui faudra réunir un maximum d'ichor, ce précieux liquide vert qui contient les derniers reliquats de magie capable de faire fonctionner les artefacts antiques ou de doper les pouvoirs des animaux mutants. Graphiquement, nous sommes à la croisée du style punk d'un Jamie Hewlett, de l'élégance d'un Mike Mignola et de l'efficacité des maîtres de la BD Argentine tels qu'Eduardo Risso. Les planches et les couleurs dégagent une réelle énergie tout en prenant soin du détail et de la mise en scène. C'est réjouissant ! Outre le contexte original du récit, celui-ci s'avère empli de nombreux rebondissements. Il faut un petit moment pour capter les motivations réelles du héros, celle-ci s'éclaircissant quand on découvre finalement qui est son épouse. Et là où on pourrait imaginer un récit plus ou moins linéaire et prévisible, l'intrigue accumule les surprises et les retournements de situation, parfois plusieurs dans un même chapitre façon complot dans un complot. Les personnages sont bons et originaux. Je ne regrette que leurs monologues un peu trop nombreux, souvent verbeux et dispensables : je n'apprécie pas du tout cette manière de narrer un long monologue intérieur tout au long d'une suite d'actions qui n'a rien à voir ; j'ai l'impression de pouvoir soit lire le texte, soit suivre l'action, mais pas faire les deux en même temps, ce qui n'est pas le but d'une BD. Le héros mélancolique a un peu trop tendance à s'écouter. Ce défaut est heureusement compensé par le dynamisme de l'intrigue, par l'originalité de ses idées et de ses surprises, et aussi par une bonne dose d'humour sarcastique. En cela, j'aime beaucoup la Carne, cette licorne ultra-violente qui ne prononce que des gros mots. Et les squelettes déchus des dragons m'ont également fait rire, notamment dans la reconnaissance dont l'un fait preuve à la fin du récit. Cette oeuvre n'est pas parfaite, son intrigue paraitra peut-être légèrement confuse, un peu trop verbeuse aussi, mais elle contient énormément de bonnes choses, qu'il s'agisse d'idées originales, de graphisme pêchu et de retournements de situations surprenants. J'aime ça.
Les Mémoires du Dragon Dragon
N’ayant jamais eu un goût prononcé pour les grandes batailles historiques, cette bande dessinée ne m’a pas tant attiré pour son sujet en lui-même que pour la façon iconoclaste dont il promettait d’être traité. Nicolas Juncker, auteur dont l’appétence pour l’Histoire se vérifie à travers plusieurs de ses ouvrages (dont les remarqués Seules à Berlin et Un général, des généraux), s’est donc emparé de cette fameuse bataille de Valmy, considérée comme décisive pour la France révolutionnaire, alors que paradoxalement, la victoire fut obtenue sans grande résistance de la part de l’ennemi. Il a ainsi introduit son grain de sable fictionnel dans cette grosse machine un brin figée qu’est l’Histoire de France, ce qui provoquera peut-être quelques toussotements chez ses scrupuleux gardiens. Ce que l’on apprécie, c’est l’angle original et espiègle sous lequel est abordé ce récit. Ou comment un soldat imaginaire, Pierre-Marie Dragon, lâche et veule, mais à la sexualité débridée va faire gagner la guerre au camp révolutionnaire… Cette fiction historique serait-elle de la part des auteurs une sorte de métaphore antimilitariste suggérant que la révolution peut être aussi sexuelle, et que tant qu’on b****, on ne pense pas à tuer son prochain ? Dragon adore enfoncer son « sabre enflammé » dans toutes les fesses qui passent à sa portée, qu’elles soient lisses comme la pêche ou velues comme le kiwi. C’est plus fort que lui et ça passe crème (si on peut dire) ! Trop vieux de deux cent ans, le dragon Dragon n’a jamais milité en faveur de la libération sexuelle, ni défilé à la Gay Pride, non, le jeune étalon s’en moque bien, pense d’abord à son plaisir immédiat et ne demande la permission à personne pour tâter du fessier. Chez ce fieffé roublard, tout est dans le ça, aucune place pour le surmoi. Et si l’on vient à se refuser à lui, il a, d’une façon presque candide, beaucoup de mal à le comprendre ! Mettre la main au fondement d’un futur roi (Louis-Philippe en l’occurrence) ne lui donne pas froid aux yeux. Sa liberté est littéralement indécente voire obscène et pourtant, nul ne songe à l’incriminer ou à le faire pendre ! S’en sortirait-il mieux de nos jours ? S’il vivait aujourd’hui, nul doute que sa conduite lubrique (on peut y voir bien sûr une forme de harcèlement mais il n’est jamais question de viol ni a fortiori de violence) serait vilipendée sur les réseaux sociaux ! Cela en fait-il pour autant un être détestable ? Le plus étonnant, c’est qu’il parvient même à se rendre attachant, ce dragon plus matois que malfaisant, malgré sa couardise qui en fait l’opposé d’un mâle dominant. Simplement, il ne peut se passer de sexe plus d’une heure, une activité aussi vitale pour lui que manger ou respirer. Comme on peut s’y attendre, cela créé moult situations cocasses auxquelles il est difficile de contenir un fou-rire. Simon Spruyt délaisse le superbe style vaporeux et impressionniste de son Tambour de la Moskova pour une approche plus « grand public », en optant pour des contours clarificateurs et des couleurs simplifiées. L’ensemble demeure d’une belle qualité, l’auteur possède une patte bien à lui et on appréciera particulièrement ses planches inspirées de gravures d’époque qui contribuent à casser le rythme du récit. Si « Valmy c’est fini », cet épisode ne fait que marquer le début des aventures de notre dragon, et l’on se dit que l’on remettrait volontiers les couverts… C’est une lecture assez jubilatoire, qui évoquera à certains le ton baudelairien du regretté Jean Teulé, disparu tout récemment. Une des BD les plus politiquement incorrectes de ces dernières années et un vrai coup de cœur.
Mlle Ôishi
Célibataire, mademoiselle Oishi aimerait bien rencontrer un compagnon pour fonder un foyer. Elle a 28 ans dans le tome 1 et 32 dans le tome 4. Mais voilà, ses histoires d’amour ne durent pas et elle commence à se demander si elle va un jour rencontrer l’âme sœur. Sa rencontre avec Henmi va tout changer. Mais le séduisant et gentil Henmi va rapidement révéler un caractère moins doux qu’il y paraissait. C’est une petite série que j’avais lue il y a longtemps et que je viens de relire. Au-delà de l’aspect girly de notre héroïne, Q-ta Minami aborde des sujets profonds : le poids du célibat, la vie de couple idéalisée qui se confronte à la réalité du quotidien, l’égoïsme, le mensonge, les dettes... Kon est une héroïne douce, fraiche et sincère, passionnée de couture et de vêtements. Un modèle d’innocence ? C’est une jolie série, toute en douceur, en mélancolie et en profondeur.
November
La nouvelle série de Matt Fraction (Sex Criminals) débarque en France chez… Sarbacane, un éditeur pas forcément spécialisé dans les comics, mais qui ont eu du flair sur le coup. J’avais découvert le tome 1 VO en librairie, attiré par la couverture élégante et le résumé vraiment intriguant… une semaine plus tard j’achetais le reste ! « November » raconte les mésaventures de 3 femmes sans lien apparent, qui se retrouvent malgré elles réunies et confrontées à une organisation criminelle mise en place par des flics aussi pourris que violents. Mais, ça, on ne le comprend que beaucoup plus tard. La narration « Tarantinesque » est en effet volontairement nébuleuse, l’auteur passe d’une protagoniste à l’autre et fait de nombreux sauts temporels pas toujours très clairs. Il faut s’accrocher, surtout lors des premiers chapitres, les réponses finissant par arriver. En tout cas l’histoire est tellement haletante que j’ai avalé les 4 tomes VO d’une traite (la VF est en 2 tomes). L’intrigue est bien construite, noire et pessimiste au possible, avec une brochette de personnages désespérés aux personnalités bien définies. La fin est bien amenée, avec une vision de l’unité des victimes assez poignante. Un détail intéressant : les victimes innocentes sont tous des femmes (y compris leurs partenaires, Dee et Key étant lesbiennes), et les « méchants » tous des hommes. La mise en image de Elsa Charretier et les couleurs pastelles de Matt Hollingsworth donnent vraiment du cachet aux albums. Le dessin est élégant, et le découpage alterne entre grandes cases et petites cases plus nombreuses montrant divers détails dans les décors. Les cadrages sont réussis, les scènes d’action sont dynamiques… bref, les planches ont de la gueule. Voila, un chouette polar noir et violent, terminé en 2 tomes VF (ou 4 tomes VO).
Une étude en émeraude
Adaptée d'une nouvelle de Neil Gaiman, cette histoire commence par un étrange assassinat. Pour résoudre ce mystère bien encombrant pour les plus hautes sphères de l’État britannique, Scotland Yard fait appel en toute discrétion à un détective privé bien connu qui met immédiatement en route sa capacité d’observation, son talent d’analyse et ses déductions implacables. Un savant mélange d’enquête à la Sherlock et de surnaturel façon Lovecraft. Fortement inspiré d’« Une étude en rouge » de sir Arthur Conan Doyle - même si ici il s’agit de vert émeraude - cette enquête tient le lecteur en haleine jusqu’au bout. Pas de temps mort. Le tout porté par un beau dessin qui restitue l’ambiance londonienne à merveille. Même si les noms ne sont pas prononcés, toutes ressemblances avec les personnages de Sherlock Holmes, et du docteur Watson ne sont pas fortuites. Une enquête classique à laquelle vient subtilement se mélanger une dimension surnaturelle. Il n’en faut pas plus pour peu que tout soit bien dosé. Et c’est le cas…