Un grand oui pour cette courte série qui offre une histoire vraiment complète avec une fin surprenante.
L'ambiance de huis clos se fait bien ressentir, on se prend vite au jeu de qui va faire quoi avec quel truc mais pourquoi et où.
Côté graphique, les décors sont un peu basiques et malheureusement les personnages pas toujours reconnaissables et ayant parfois des poses étranges. L'auteur dessine très bien les personnages âgés mais a du mal avec les jeunes, dommage vu le contexte.
Côté écriture, on a de la chance que cette tragédie SF ne s'étende que sur 3 volumes pour ne pas faire étirer les choses en longueur. En comparaison, Dragon Head propose 10 volumes pour moins.
Un bon scénario qui lorgne du côté du Seigneur des mouches et de Sunshine, des influences qui vont de Satoshi Kon à Akira, des pages très joliment colorées, de beaux livres dont les tranches sont noircies collent au vide du vaisseau, vraiment il n'y a rien qui puisse freiner l'achat.
Tronchet a beaucoup publié, ses productions sont assez éclectiques. C’est un auteur que j’aime bien, en tout cas plusieurs de ses séries sont vraiment très bonnes. Et celle-ci en fait partie.
Il n’a pas son pareil pour dresser une galerie de portraits de personnages hauts en couleurs, impayables, comme ici. Car, autour de Jean-Claude, gravitent quelques beaux spécimens, du chauffeur de taxi blagueur (tendance clown triste trash) au copain dragueur impénitent et moyennement fin, en passant par l’amoureuse nihiliste et le copain/collègue assez naïf, on a là de quoi agiter ses zygomatiques.
Car c’est souvent drôle, alors même que ça brasse pas mal de noirceur. Les personnages sont souvent à la limite du pathétique, du grotesque, mais ils gardent tous quelque chose d’attachant.
Un diptyque que j’ai lu d’une traite, avec grand plaisir en tout cas.
Je me suis vraiment régalé à la lecture de cette série. La rencontre de ces deux univers aux antipodes provoque une atmosphère de bonne humeur et de fraicheur.
Victoire, issue d'une large tribu comme l'indique les prénoms de ses très nombreux frères et Ernest qui n'a que sa grand-mère casanière et passéiste vont créer une dynamique de bonheur et d'initiatives qui bouleversera les habitudes sclérosées et soignera les blessures de famille.
C'est la rencontre du désordre entropique de Victoire et de la rigueur quasi kantienne d'Ernest qui fera éclore cette bulle de bonheur que chacun possédait au coin d'une lettre.
Le scénario est très simple mais il est d'une fluidité accomplie soutenue par une narration exquise de légèreté et de gentillesse.
Le dessin presque minimaliste travaille sur l'essentiel des sentiments que se portent les différents personnages. Peu de décors extérieurs ce qui rend le récit à la fois intemporel et universel. Les petites touches de couleurs (surtout sur les chevelures) sont là comme des fleurs qui pointent pour annoncer le printemps.
Une série que j'ai dévoré pour me mettre de bonne humeur. Une très bonne lecture à mon goût.
Monkey Meat est un OVNI intriguant, pétillant et extravagant.
Un comics complètement barré qui n'entre dans aucune case. Des histoires qui se déroulent à Monkey Meat Island où la Monkey Meat Company a fait fortune dans la viande de singe en boîte. Ça vous tente ? Alors on y va !
Cinq chapitres avec à chaque fois une histoire bien différente avec pour fil conducteur un personnage récurrent qui n'aura pas forcément toujours le rôle principal, le fameux Thaddeus Lug (une référence à Photonik ?).
Je devine un lien entre ces histoires, mais pour l'instant il ne me saute pas aux yeux. J'ai l'impression que la réponse est pourtant à portée de main.
Impossible de faire un résumé de ces cinq chapitres, ça part dans tous les sens dans l'absurde et le gros délire.
Une narration survitaminée (à la viande de singe) qui laisse peu de temps pour retrouver son souffle avec de nombreux passages sans texte où le dessin prend toute la place.
La seule chose dont je suis certain, c'est que le capitalisme est mis au banc des accusés tout en pointant du doigt notre passé colonialiste sur le continent africain
Justement, parlons de l'auteur, Juni Ba, il est sénégalais et réside en France. Il a déjà un peu de bouteille, il a travaillé sur Black Panther (2022) chez Marvel, mais aussi publié aux éditions Bang "Badawi".
Graphiquement on a un patchwork, on sent que Juni Ba a de multiples influences, ça va du manga au comics en passant par le franco/belge et le résultat est bluffant. Dynamique, esthétique et expressif.
Les couleurs sont explosives et le découpage décoiffant.
J'adore !
Par ces fortes chaleurs, une lecture rafraîchissante.
Vivement le tome 2.
J'ai bien apprécié cette série de pirates qui vise les filles assez jeunes. Ted Naifeh s'amuse à malmener les codes du genre car les récits de pirates ne s'adressent d'habitude pas à ce public.
Le scénario travaille tout du long sur le décalage entre ce qui est suggéré et ce qui est montré. Les codes sont bien là : jeune fille enlevée, carte au trésor, auberge douteuse, équipage peu recommandable, langage de charretier.
Mais Naifeh leur tord le cou immédiatement grâce à une Polly bien moins potiche que sa réputation d'élève idéale ne le laisserait croire.
Le graphique de Naifeh est très moderne. Il introduit beaucoup de dynamisme dans des scènes pourtant assez paisibles. L'humour est omniprésent dans les dialogues à double sens et dans les attitudes des personnages (excellent Scrimshaw).
Une série jeunesse très fraiche, tonique et amusante que l'adulte que je suis a trouvée bien à son goût.
Cette série est-elle destinée à la jeunesse comme son classement le laisse entendre ? Pas sûr. L'auteur norvégien Oyvind Torseter nous emmène dans un univers qui emprunte à Sempé, Piem ou Tove Jansson et ses Moomin.
Autant dire immédiatement qu'il y a un niveau lecture enfant et un autre pour les adultes. Le trait minimaliste et épuré à l'extrême peut séduire tous les publics par sa facilité d'accès et de compréhension mais aussi par son expressivité brute et sans artifice.
J'ai retrouvé beaucoup de points communs avec l'univers scandinave des Moomin : la rondeur de Tête de Mule, le gentil héros, qui évolue dans un monde à la mémoire courte et si facilement manipulable et aussi une économie de moyen qui nous renvoie à l'essentiel du message.
La prouesse de Torseter est de proposer un scénario qui peut être compris par un enfant de cinq ans comme un conte assez drôle avec un méchant loup et par un adulte comme une histoire de terrorisme et de vulnérabilité de notre société.
C'est donc une lecture assez déroutante qui mérite de passer outre cette présentation un peu simpliste. Tête de Mule possède un coeur d'enfant qui répare les choses avec des objets simples. C'est cette simplicité qui sauvera un monde qui a l'art de se mettre seul en danger.
Une conclusion bien optimiste pour un récit où l'humour omniprésent est un brin cynique et désabusé. Une bonne lecture mais un prix un peu élevé.
Comment faire beaucoup avec peu ?
Comment faire original avec du classique ?
Ils brûlent. Quel titre !
Une belle couverture comme ça a été souligné aussi.
On est absorbé très vite par l'histoire, le rythme. On comprend que les personnages évoluent dans un univers que l'on ne connait pas, et qui comme si on avançait dans la brume, ne permet de voir petit à petit, par touche, que ce qui se passe à proximité au fur et à mesure de l'avancement de l'histoire.
Pour ma part les dessins m'ont fortement attiré.
Il y a également une tension d'entrée de jeu que j'ai trouvé très bien réussie. On suit ces ados qui fuient, dans un monde qui semble être rude, que l'on ne comprend pas très bien. L'ambiance et l'imaginaire créés fonctionnent.
J'ai très hâte de lire la suite.
J'ai vraiment été séduit par cette lecture qui sort des sentiers battus. Jonathan Case réussit à nous proposer un récit dans un univers dystopique post apocalyptique qui sort du schéma classique bombe/régime facho/ violence à la Mad Max.
Sa vision s'appuie plus sur l'épisode Covid qui a montré la grande vulnérabilité des hommes devant des phénomènes naturels imprévus. Ici point de virus mais un soleil qui change ses rayonnements sans que l'on y soit préparé.
Un point de vue genre scientifique qui m'a paru très convaincant. Tout au long du récit, Case ne quitte pas cette épine dorsale scientifique grâce à ce road trip de Flora (biologiste) et Elvie (métis de 10 ans maligne et super futée) à la poursuite de ces Monarques : espèce de papillons à la migration si particulière.
Le scénario est très bien construit entre les épisodes d'action/suspens et des pauses explicatives autour du carnet mi intime mi devoirs de classe bio de la pétillante Elvie. Case réussit admirablement à gérer la relation entre Flora et Elvie dans un monde vide puisque la quasi-totalité de la population a disparu.
Tous les rebondissements proposés par l'auteur sont sur un mode réaliste et crédible sans tomber dans des raccourcis de secours. Le dosage entre le tragique et l'optimisme est bien dosé et permet à un public assez jeune d'accéder au récit sans déprimer.
Le graphisme est très moderne avec une mise en scène bien tonique et un humour rafraichissant. Les extérieurs ne sont pas très détaillés mais cela renforce l'impression de vide proposée par l'auteur.
Une mise en couleur très vive et une mise en page moderne complètent l'attrait pour un large public.
J'ai trouvé cette histoire vraiment agréable avec un fondement original qui mérite une bonne lecture. Un très bon 4
Le sujet du harcèlement scolaire n'est pas nouveau en bande dessinée, il est même devenu relativement fréquent ces dernières années comme en témoigne ce thème, mais on n'a jamais trop d'histoires permettant de témoigner, d'accompagner, de comprendre, et de guérir. L'histoire de Juliette est assez exemplaire : suite à la rencontre de sa meilleur copine avec un garçon qui lui plaît, elle se retrouve un peu isolée. d'une nature réservée, pudique, elle se change dans les douches du gymnase plutôt que dans le vestiaire, et c'est là qu'une fille plus à l'aise, plus populaire, mais aussi malveillante en profite pour lui faire une sale blague. (tiens, ça me rappelle un célèbre roman d'horreur)
Se retrouvant à moitié nue devant ses camarades, l'une d'entre elles la prend en photo, et à l'heure des réseaux sociaux, le cliché humiliant fait rapidement le tour du collège, et au-delà. Juliette est alors mise à l'index, insultée, harcelée, encore plus isolée. La spirale s'enclenche : déprime, perte d'appétit, résultats scolaires en chute libre, agressivité, idées noires...
On ne peut s'empêcher d'avoir de l'empathie pour Juliette, qui est une victime du début à la fin dans cette histoire. Enfin non, pas jusqu'à la fin, car elle décide [ATTENTION SPOILER, mais c'est important], avant que ça ne finisse mal, d'enfin en parler à qui de droit, pour que les responsables, les harceleurs, soient mis face à leurs responsabilités.
[FIN SPOILER]
Ainsi Aurelle Gaillard propose donc à ses lectrices et lecteurs, qu'ils/elles soient dans la position de Juliette, celle des harceleurs/ses ou d'un témoin de tels agissements, de savoir quoi faire. Cette histoire peut être, et a certainement été celle de dizaines, de centaines, de milliers d'adolescentes de par le monde, et la première chose à faire est d'en parler à un adulte. Si le cheminement de l'histoire ce recèle pas vraiment de surprise, elle a tout de même la qualité de l'écriture, la clarté du propos et des situations, qui en font un bon "manuel de la marche à suivre".
Camille K., qui n'avait jusque-là réalisé qu'un album en solo, prête son dessin assez expressif, en bichromie, et avec assez peu de décors (mais on s'en fiche, le propos est là avec les personnages) pour servir ce sujet qui n'est plus tabou mais constitue encore un véritable fléau pour la jeunesse. A noter en annexes de nombreuses ressources pour aller plus loin, et surtout, agir, lorsqu'une telle situation se présente.
Je valide totalement.
J’ai retrouvé dans cette série tout ce que j’aime dans le label 619.
Midnight Tales développe de courts récits autour d’un ordre de sorcières « L’ordre de Minuit ». Les scenarii sont la plupart du temps assurés par Matthieu Bablet - créateur de l’univers, la partie graphique est confiée aux potes du label et le tout se présente sous la même forme que Doggy Bags. Il y a le côté anthologie avec pubs, articles, nouvelles … en lien avec la thématique, c’est vraiment sympa à parcourir, j’aime le soin apporté.
Les 4 tomes parus forment un 1er cycle, la suite se passe dans la série The Midnight Order qui reprend la même forme mais dans un format plus luxueux, cette dernière s’attachera à suivre 2 sorcières qu’on aperçoit déjà ici dans les histoires dessinées par M. Bablet.
J'ai d’ailleurs découvert le 2nd cycle avant le 1er, et je dois dire que j’ai ma petite préférence pour Midnight Tales que je trouve plus fun, varié et frais. En fait j’ai préféré avoir des récits indépendants qui donnent petit à petit une peinture de l’univers que la continuité des récits proposés dans le second (en partie dû à une grosse discontinuité graphique).
Ici on découvre différentes jeunes sorcières à travers le monde : Inde, Thaïlande, US, Japon … avec une culture à chaque fois bien différente. Aucune histoire ne m’a déplu, sans être exceptionnelles je les ai trouvé toutes agréables. Il en va de même pour la partie graphique que j’ai trouvé plus maîtrisée que dans la suite, les auteurs sont ici moins débutants, il y a du beau monde (Singelin, Madoux, Gilbert …).
Ce cycle se place comme une introduction à l’univers mais il se satisfait seul (comme la suite d’ailleurs) cependant les 2 réunis forment une belle cohérence. Mais à choisir, autant démarrer par le premier et si vous êtes accroché, poursuivre l’aventure.
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Votre vote
Léviathan (Ki-oon)
Un grand oui pour cette courte série qui offre une histoire vraiment complète avec une fin surprenante. L'ambiance de huis clos se fait bien ressentir, on se prend vite au jeu de qui va faire quoi avec quel truc mais pourquoi et où. Côté graphique, les décors sont un peu basiques et malheureusement les personnages pas toujours reconnaissables et ayant parfois des poses étranges. L'auteur dessine très bien les personnages âgés mais a du mal avec les jeunes, dommage vu le contexte. Côté écriture, on a de la chance que cette tragédie SF ne s'étende que sur 3 volumes pour ne pas faire étirer les choses en longueur. En comparaison, Dragon Head propose 10 volumes pour moins. Un bon scénario qui lorgne du côté du Seigneur des mouches et de Sunshine, des influences qui vont de Satoshi Kon à Akira, des pages très joliment colorées, de beaux livres dont les tranches sont noircies collent au vide du vaisseau, vraiment il n'y a rien qui puisse freiner l'achat.
Pizza Warrior (Le Nouveau Jean-Claude)
Tronchet a beaucoup publié, ses productions sont assez éclectiques. C’est un auteur que j’aime bien, en tout cas plusieurs de ses séries sont vraiment très bonnes. Et celle-ci en fait partie. Il n’a pas son pareil pour dresser une galerie de portraits de personnages hauts en couleurs, impayables, comme ici. Car, autour de Jean-Claude, gravitent quelques beaux spécimens, du chauffeur de taxi blagueur (tendance clown triste trash) au copain dragueur impénitent et moyennement fin, en passant par l’amoureuse nihiliste et le copain/collègue assez naïf, on a là de quoi agiter ses zygomatiques. Car c’est souvent drôle, alors même que ça brasse pas mal de noirceur. Les personnages sont souvent à la limite du pathétique, du grotesque, mais ils gardent tous quelque chose d’attachant. Un diptyque que j’ai lu d’une traite, avec grand plaisir en tout cas.
Lettres d'amour de 0 à 10
Je me suis vraiment régalé à la lecture de cette série. La rencontre de ces deux univers aux antipodes provoque une atmosphère de bonne humeur et de fraicheur. Victoire, issue d'une large tribu comme l'indique les prénoms de ses très nombreux frères et Ernest qui n'a que sa grand-mère casanière et passéiste vont créer une dynamique de bonheur et d'initiatives qui bouleversera les habitudes sclérosées et soignera les blessures de famille. C'est la rencontre du désordre entropique de Victoire et de la rigueur quasi kantienne d'Ernest qui fera éclore cette bulle de bonheur que chacun possédait au coin d'une lettre. Le scénario est très simple mais il est d'une fluidité accomplie soutenue par une narration exquise de légèreté et de gentillesse. Le dessin presque minimaliste travaille sur l'essentiel des sentiments que se portent les différents personnages. Peu de décors extérieurs ce qui rend le récit à la fois intemporel et universel. Les petites touches de couleurs (surtout sur les chevelures) sont là comme des fleurs qui pointent pour annoncer le printemps. Une série que j'ai dévoré pour me mettre de bonne humeur. Une très bonne lecture à mon goût.
Monkey Meat
Monkey Meat est un OVNI intriguant, pétillant et extravagant. Un comics complètement barré qui n'entre dans aucune case. Des histoires qui se déroulent à Monkey Meat Island où la Monkey Meat Company a fait fortune dans la viande de singe en boîte. Ça vous tente ? Alors on y va ! Cinq chapitres avec à chaque fois une histoire bien différente avec pour fil conducteur un personnage récurrent qui n'aura pas forcément toujours le rôle principal, le fameux Thaddeus Lug (une référence à Photonik ?). Je devine un lien entre ces histoires, mais pour l'instant il ne me saute pas aux yeux. J'ai l'impression que la réponse est pourtant à portée de main. Impossible de faire un résumé de ces cinq chapitres, ça part dans tous les sens dans l'absurde et le gros délire. Une narration survitaminée (à la viande de singe) qui laisse peu de temps pour retrouver son souffle avec de nombreux passages sans texte où le dessin prend toute la place. La seule chose dont je suis certain, c'est que le capitalisme est mis au banc des accusés tout en pointant du doigt notre passé colonialiste sur le continent africain Justement, parlons de l'auteur, Juni Ba, il est sénégalais et réside en France. Il a déjà un peu de bouteille, il a travaillé sur Black Panther (2022) chez Marvel, mais aussi publié aux éditions Bang "Badawi". Graphiquement on a un patchwork, on sent que Juni Ba a de multiples influences, ça va du manga au comics en passant par le franco/belge et le résultat est bluffant. Dynamique, esthétique et expressif. Les couleurs sont explosives et le découpage décoiffant. J'adore ! Par ces fortes chaleurs, une lecture rafraîchissante. Vivement le tome 2.
Polly et les Pirates
J'ai bien apprécié cette série de pirates qui vise les filles assez jeunes. Ted Naifeh s'amuse à malmener les codes du genre car les récits de pirates ne s'adressent d'habitude pas à ce public. Le scénario travaille tout du long sur le décalage entre ce qui est suggéré et ce qui est montré. Les codes sont bien là : jeune fille enlevée, carte au trésor, auberge douteuse, équipage peu recommandable, langage de charretier. Mais Naifeh leur tord le cou immédiatement grâce à une Polly bien moins potiche que sa réputation d'élève idéale ne le laisserait croire. Le graphique de Naifeh est très moderne. Il introduit beaucoup de dynamisme dans des scènes pourtant assez paisibles. L'humour est omniprésent dans les dialogues à double sens et dans les attitudes des personnages (excellent Scrimshaw). Une série jeunesse très fraiche, tonique et amusante que l'adulte que je suis a trouvée bien à son goût.
Factomule - Un thriller politique international
Cette série est-elle destinée à la jeunesse comme son classement le laisse entendre ? Pas sûr. L'auteur norvégien Oyvind Torseter nous emmène dans un univers qui emprunte à Sempé, Piem ou Tove Jansson et ses Moomin. Autant dire immédiatement qu'il y a un niveau lecture enfant et un autre pour les adultes. Le trait minimaliste et épuré à l'extrême peut séduire tous les publics par sa facilité d'accès et de compréhension mais aussi par son expressivité brute et sans artifice. J'ai retrouvé beaucoup de points communs avec l'univers scandinave des Moomin : la rondeur de Tête de Mule, le gentil héros, qui évolue dans un monde à la mémoire courte et si facilement manipulable et aussi une économie de moyen qui nous renvoie à l'essentiel du message. La prouesse de Torseter est de proposer un scénario qui peut être compris par un enfant de cinq ans comme un conte assez drôle avec un méchant loup et par un adulte comme une histoire de terrorisme et de vulnérabilité de notre société. C'est donc une lecture assez déroutante qui mérite de passer outre cette présentation un peu simpliste. Tête de Mule possède un coeur d'enfant qui répare les choses avec des objets simples. C'est cette simplicité qui sauvera un monde qui a l'art de se mettre seul en danger. Une conclusion bien optimiste pour un récit où l'humour omniprésent est un brin cynique et désabusé. Une bonne lecture mais un prix un peu élevé.
Ils brûlent
Comment faire beaucoup avec peu ? Comment faire original avec du classique ? Ils brûlent. Quel titre ! Une belle couverture comme ça a été souligné aussi. On est absorbé très vite par l'histoire, le rythme. On comprend que les personnages évoluent dans un univers que l'on ne connait pas, et qui comme si on avançait dans la brume, ne permet de voir petit à petit, par touche, que ce qui se passe à proximité au fur et à mesure de l'avancement de l'histoire. Pour ma part les dessins m'ont fortement attiré. Il y a également une tension d'entrée de jeu que j'ai trouvé très bien réussie. On suit ces ados qui fuient, dans un monde qui semble être rude, que l'on ne comprend pas très bien. L'ambiance et l'imaginaire créés fonctionnent. J'ai très hâte de lire la suite.
Les Petits Monarques
J'ai vraiment été séduit par cette lecture qui sort des sentiers battus. Jonathan Case réussit à nous proposer un récit dans un univers dystopique post apocalyptique qui sort du schéma classique bombe/régime facho/ violence à la Mad Max. Sa vision s'appuie plus sur l'épisode Covid qui a montré la grande vulnérabilité des hommes devant des phénomènes naturels imprévus. Ici point de virus mais un soleil qui change ses rayonnements sans que l'on y soit préparé. Un point de vue genre scientifique qui m'a paru très convaincant. Tout au long du récit, Case ne quitte pas cette épine dorsale scientifique grâce à ce road trip de Flora (biologiste) et Elvie (métis de 10 ans maligne et super futée) à la poursuite de ces Monarques : espèce de papillons à la migration si particulière. Le scénario est très bien construit entre les épisodes d'action/suspens et des pauses explicatives autour du carnet mi intime mi devoirs de classe bio de la pétillante Elvie. Case réussit admirablement à gérer la relation entre Flora et Elvie dans un monde vide puisque la quasi-totalité de la population a disparu. Tous les rebondissements proposés par l'auteur sont sur un mode réaliste et crédible sans tomber dans des raccourcis de secours. Le dosage entre le tragique et l'optimisme est bien dosé et permet à un public assez jeune d'accéder au récit sans déprimer. Le graphisme est très moderne avec une mise en scène bien tonique et un humour rafraichissant. Les extérieurs ne sont pas très détaillés mais cela renforce l'impression de vide proposée par l'auteur. Une mise en couleur très vive et une mise en page moderne complètent l'attrait pour un large public. J'ai trouvé cette histoire vraiment agréable avec un fondement original qui mérite une bonne lecture. Un très bon 4
Ratures indélébiles
Le sujet du harcèlement scolaire n'est pas nouveau en bande dessinée, il est même devenu relativement fréquent ces dernières années comme en témoigne ce thème, mais on n'a jamais trop d'histoires permettant de témoigner, d'accompagner, de comprendre, et de guérir. L'histoire de Juliette est assez exemplaire : suite à la rencontre de sa meilleur copine avec un garçon qui lui plaît, elle se retrouve un peu isolée. d'une nature réservée, pudique, elle se change dans les douches du gymnase plutôt que dans le vestiaire, et c'est là qu'une fille plus à l'aise, plus populaire, mais aussi malveillante en profite pour lui faire une sale blague. (tiens, ça me rappelle un célèbre roman d'horreur) Se retrouvant à moitié nue devant ses camarades, l'une d'entre elles la prend en photo, et à l'heure des réseaux sociaux, le cliché humiliant fait rapidement le tour du collège, et au-delà. Juliette est alors mise à l'index, insultée, harcelée, encore plus isolée. La spirale s'enclenche : déprime, perte d'appétit, résultats scolaires en chute libre, agressivité, idées noires... On ne peut s'empêcher d'avoir de l'empathie pour Juliette, qui est une victime du début à la fin dans cette histoire. Enfin non, pas jusqu'à la fin, car elle décide [ATTENTION SPOILER, mais c'est important], avant que ça ne finisse mal, d'enfin en parler à qui de droit, pour que les responsables, les harceleurs, soient mis face à leurs responsabilités. [FIN SPOILER] Ainsi Aurelle Gaillard propose donc à ses lectrices et lecteurs, qu'ils/elles soient dans la position de Juliette, celle des harceleurs/ses ou d'un témoin de tels agissements, de savoir quoi faire. Cette histoire peut être, et a certainement été celle de dizaines, de centaines, de milliers d'adolescentes de par le monde, et la première chose à faire est d'en parler à un adulte. Si le cheminement de l'histoire ce recèle pas vraiment de surprise, elle a tout de même la qualité de l'écriture, la clarté du propos et des situations, qui en font un bon "manuel de la marche à suivre". Camille K., qui n'avait jusque-là réalisé qu'un album en solo, prête son dessin assez expressif, en bichromie, et avec assez peu de décors (mais on s'en fiche, le propos est là avec les personnages) pour servir ce sujet qui n'est plus tabou mais constitue encore un véritable fléau pour la jeunesse. A noter en annexes de nombreuses ressources pour aller plus loin, et surtout, agir, lorsqu'une telle situation se présente. Je valide totalement.
Midnight Tales
J’ai retrouvé dans cette série tout ce que j’aime dans le label 619. Midnight Tales développe de courts récits autour d’un ordre de sorcières « L’ordre de Minuit ». Les scenarii sont la plupart du temps assurés par Matthieu Bablet - créateur de l’univers, la partie graphique est confiée aux potes du label et le tout se présente sous la même forme que Doggy Bags. Il y a le côté anthologie avec pubs, articles, nouvelles … en lien avec la thématique, c’est vraiment sympa à parcourir, j’aime le soin apporté. Les 4 tomes parus forment un 1er cycle, la suite se passe dans la série The Midnight Order qui reprend la même forme mais dans un format plus luxueux, cette dernière s’attachera à suivre 2 sorcières qu’on aperçoit déjà ici dans les histoires dessinées par M. Bablet. J'ai d’ailleurs découvert le 2nd cycle avant le 1er, et je dois dire que j’ai ma petite préférence pour Midnight Tales que je trouve plus fun, varié et frais. En fait j’ai préféré avoir des récits indépendants qui donnent petit à petit une peinture de l’univers que la continuité des récits proposés dans le second (en partie dû à une grosse discontinuité graphique). Ici on découvre différentes jeunes sorcières à travers le monde : Inde, Thaïlande, US, Japon … avec une culture à chaque fois bien différente. Aucune histoire ne m’a déplu, sans être exceptionnelles je les ai trouvé toutes agréables. Il en va de même pour la partie graphique que j’ai trouvé plus maîtrisée que dans la suite, les auteurs sont ici moins débutants, il y a du beau monde (Singelin, Madoux, Gilbert …). Ce cycle se place comme une introduction à l’univers mais il se satisfait seul (comme la suite d’ailleurs) cependant les 2 réunis forment une belle cohérence. Mais à choisir, autant démarrer par le premier et si vous êtes accroché, poursuivre l’aventure.